{"id":90957,"date":"2020-11-12T11:51:29","date_gmt":"2020-11-12T10:51:29","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=90957"},"modified":"2020-11-12T11:51:31","modified_gmt":"2020-11-12T10:51:31","slug":"la-strategie-budgetaire-de-leurope-pour-2021-nest-pas-assez-expansionniste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/11\/12\/la-strategie-budgetaire-de-leurope-pour-2021-nest-pas-assez-expansionniste\/","title":{"rendered":"La strat\u00e9gie budg\u00e9taire de l\u2019Europe pour 2021 n\u2019est pas assez expansionniste"},"content":{"rendered":"\n
L\u2019issue de l\u2019\u00e9lection am\u00e9ricaine ayant \u00e9t\u00e9 tranch\u00e9e, la grande question sera de savoir si le gouvernement am\u00e9ricain sera en mesure d\u2019adopter un nouveau plan de relance pendant la p\u00e9riode de transition et si l\u2019Union europ\u00e9enne est \u00e9galement pr\u00eate \u00e0 jouer son r\u00f4le. La BCE semble continuer \u00e0 esp\u00e9rer que le stimulus budg\u00e9taire europ\u00e9en puisse \u00eatre \u00e9largi mais, bien que je pense qu\u2019une expansion \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne serait souhaitable, je crois que ce sont les budgets nationaux qui feront encore le gros du travail en 2021. C\u2019est la raison pour laquelle il est primordial de comprendre pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui est en train de se passer en Europe. <\/p>\n\n\n\n
J\u2019ai eu quelques retours sceptiques par rapport \u00e0 mon dernier papier dans le Financial Times<\/em> dans lequel je montrais que la zone euro \u00e9tait en train de r\u00e9p\u00e9ter ses erreurs de politique \u00e9conomique en menant une consolidation budg\u00e9taire trop importante et pr\u00e9matur\u00e9e ; la remarque qui m\u2019\u00e9tait adress\u00e9e \u00e9tait que je minimisais l\u2019importance du stimulus budg\u00e9taire en cours en France et en Allemagne. J\u2019ai donc regard\u00e9 les chiffres de plus pr\u00e8s avec Jeremie Cohen-Setton et cela m\u2019a rendu non pas moins, mais plus inquiet encore, concernant la relance budg\u00e9taire europ\u00e9enne ou plut\u00f4t son absence.<\/p>\n\n\n\n Il faut en r\u00e9alit\u00e9 beaucoup creuser pour obtenir des estimations correctes de l\u2019impulsion budg\u00e9taire parce que chaque pays utilise des normes ou astuces diff\u00e9rentes pour enregistrer ses mesures budg\u00e9taires extraordinaires, ce qui tend \u00e0 modifier profond\u00e9ment la mani\u00e8re habituelle de mesurer l\u2019impulsion budg\u00e9taire (c\u2019est-\u00e0-dire la modification du solde structurel).<\/p>\n\n\n\n Nous regardons plus sp\u00e9cifiquement les cas de la France et de l\u2019Allemagne, mais nous \u00e9largissons l\u2019exercice \u00e0 suffisamment de pays de la zone euro pour obtenir une vision plus pr\u00e9cise de la relance pour l\u2019ensemble de la zone euro. Il sera int\u00e9ressant de voir la r\u00e9action de la Commission europ\u00e9enne \u00e0 propos de l\u2019ensemble des plans budg\u00e9taires nationaux re\u00e7us, mais aussi de savoir si le FMI et l\u2019OCDE feront pression pour un stimulus budg\u00e9taire europ\u00e9en plus important et pour un plus haut degr\u00e9 de coordination internationale sur le plan des politiques \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n Le consensus g\u00e9n\u00e9ral est que la France a annonc\u00e9 le 3 septembre un grand plan de relance de 100 milliards d\u2019euros<\/a>, accroissant le d\u00e9ficit structurel de presque 2,5 % du PIB en 2021, rendant la politique budg\u00e9taire fran\u00e7aise tr\u00e8s expansionniste l\u2019ann\u00e9e prochaine. <\/p>\n\n\n\n Ce n\u2019est pas<\/em> ce que nous pensons. Dans le cadre du budget 2021, la position budg\u00e9taire de 2021 sera au mieux largement neutre et peut-\u00eatre restrictive, avec le retrait des mesures d\u2019urgence qui fera plus que compenser le stimulus budg\u00e9taire pr\u00e9vu par le plan de relance. <\/p>\n\n\n\n La confusion vient en grande partie des choix comptables effectu\u00e9s par le Tr\u00e9sor fran\u00e7ais. En effet, toutes les mesures de soutien \u00ab d\u2019urgence \u00bb, introduites entre le mois de mars et le mois de juillet par trois actes r\u00e9glementaires budg\u00e9taires suppl\u00e9mentaires, ont \u00e9t\u00e9 exclues des calculs du solde structurel et ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es \u00e0 la place comme des mesures \u00ab ad hoc <\/em>et temporaires \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les raisons de ce choix ne sont pas claires, surtout compte tenu des orientations donn\u00e9es par la Commission europ\u00e9enne selon lesquelles ces mesures \u00ab d\u2019urgence \u00bb ne doivent pas \u00eatre trait\u00e9es comme des mesures ponctuelles, et cette d\u00e9cision met la France en porte-\u00e0-faux avec les conventions comptables utilis\u00e9es dans les autres pays, y compris l\u2019Allemagne <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ce choix r\u00e9v\u00e8le aussi l\u2019espoir na\u00eff que l\u2019\u00e9pid\u00e9mie et ses cons\u00e9quences \u00e9conomiques soient de courte dur\u00e9e et puissent \u00eatre combattues avec des mesures ad hoc<\/em> et ponctuelles.<\/p>\n\n\n\n Mais ce petit changement comptable a des cons\u00e9quences profondes pour le calcul r\u00e9el de l\u2019impulsion budg\u00e9taire, \u00e9tant donn\u00e9 que ces mesures repr\u00e9sentent respectivement 2,6 et 0,2 % du PIB en 2020 <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> et en 2021 <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En corrigeant ce traitement comptable inhabituel, on obtient une impulsion budg\u00e9taire neutre plut\u00f4t que forte, repr\u00e9sentant 2,4 % du PIB en 2021. <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Ensuite, le Tr\u00e9sor a revu \u00e0 la baisse ses estimations de l’\u00e9lasticit\u00e9 des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires pour 2020-2021 de 1 \u00e0 0,8 pour prendre en compte le fait que les revenus fiscaux se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s plus r\u00e9silients en 2020 que ce que laissait penser le d\u00e9clin de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le fait que l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires puisse fluctuer autour de sa moyenne historique est connu mais rend plus difficile l\u2019interpr\u00e9tation des choix budg\u00e9taires discr\u00e9tionnaires du gouvernement \u00e0 partir du changement du solde structurel. Ici, cette modification augmente les revenus structurels et le solde structurel de 0,7 % du PIB en 2020 et le r\u00e9duit du m\u00eame montant en 2021 <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En retirant les effets de ces changements de l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 de l\u2019imp\u00f4t, l\u2019impulsion fiscale augmente de 0 \u00e0 1,4 % du PIB.<\/p>\n\n\n\nEn France<\/strong><\/h4>\n\n\n\n