{"id":90659,"date":"2020-11-24T17:04:08","date_gmt":"2020-11-24T16:04:08","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=90659"},"modified":"2020-11-24T17:05:31","modified_gmt":"2020-11-24T16:05:31","slug":"les-gangs-du-president-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/11\/24\/les-gangs-du-president-2\/","title":{"rendered":"Les Gangs du Pr\u00e9sident. Deuxi\u00e8me partie"},"content":{"rendered":"\n
Nayib Bukele, pr\u00e9sident du Salvador depuis juin 2019, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu sur une seule promesse forte : mettre fin \u00e0 la corruption en politique et \u00e0 la violence dans le pays. Un an apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir du jeune pr\u00e9sident, le taux d\u2019homicides quotidien n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi bas depuis la fin de la guerre civile en 1992. Pr\u00e9sent\u00e9 comme la principale r\u00e9ussite du d\u00e9but de son mandat, Nayib Bukele attribue ce succ\u00e8s \u00e0 la seule mise en place de son \u00ab Plan Control Territorial \u00bb (\u00ab Plan de contr\u00f4le territorial \u00bb) qui est une politique de confrontation arm\u00e9e avec les principaux gangs du pays (la MS-13 et la 18). Or, dans les faits, nulle confrontation entre les forces de l\u2019ordre et les gangs mais bien des n\u00e9gociations secr\u00e8tes, comme le d\u00e9voile ce reportage du m\u00e9dia <\/em>El Faro. <\/em><\/p>\n\n\n\n Depuis la publication de ce reportage salu\u00e9 et repris par la presse internationale dans son ensemble, Bukele a d\u00e9clar\u00e9 une guerre ouverte aux principaux m\u00e9dias salvadoriens, dont <\/em>El Faro. <\/em><\/p>\n\n\n\n Cet article illustre les rapports \u00e0 l\u2019oeuvre entre un gouvernement et le crime organis\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle \u00e9tatique dans une des r\u00e9gions les plus violentes du monde. Nous l\u2019avons traduit et le publions en deux parties. La premi\u00e8re partie est ici<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n Les documents analys\u00e9s par El Faro<\/em> comprennent 108 pages tir\u00e9es des rapports carc\u00e9raux des 12 derniers mois des prisons de haute s\u00e9curit\u00e9 de Zacatecoluca et de Izalco Fase III. Il s’agit de carnets de bord dans lesquels chaque gardien de service note tout ce qu’il juge pertinent : admissions de nourriture, admissions d’avocats, admissions d’enqu\u00eateurs de police, d\u2019ambulances pour aller chercher un d\u00e9tenu. Les gardiens notent l’heure d’entr\u00e9e et de sortie de chaque visiteur et en font une br\u00e8ve description. Ces documents comprennent des rapports sur les relais entre les gardiens, des tables de comptage des d\u00e9tenus, des plaques des v\u00e9hicules entrant dans les locaux, ainsi que des signatures des personnes qui les remplissent quotidiennement. <\/p>\n\n\n\n El Faro<\/em> a fait une analyse minutieuse de ces pages et a omis les d\u00e9tails qui pourraient mettre en danger les gardiens, la police ou les autres employ\u00e9s publics qui y figurent.<\/p>\n\n\n\n Les pages en possession de ce m\u00e9dia enregistrent au moins 12 occasions entre le 18 octobre 2019 et le 7 ao\u00fbt 2020 o\u00f9 le directeur Osiris Luna entre \u00e0 Zacatecoluca ou \u00e0 Izalco Fase III avec des personnes qui refusent de s’identifier ou qui se couvrent m\u00eame le visage avec des cagoules. Lors de trois de ces visites, il est accompagn\u00e9 par le directeur du Tissu Social, Carlos Marroqu\u00edn.<\/p>\n\n\n\n Trois des 12 admissions irr\u00e9guli\u00e8res ont lieu \u00e0 Izalco, et neuf \u00e0 Zacatecoluca. Lors de cinq de ces visites \u00e0 Zacatecoluca, le groupe d\u2019individus se retrouve avec Diablo de Hollywood ; lors de trois de ces cinq visites, Snyder de Pasadena est \u00e9galement pr\u00e9sent. Au total, 20 personnes masqu\u00e9es par des cagoules ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, bien qu’il soit possible qu’une m\u00eame personne soit entr\u00e9e plusieurs fois de cette fa\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n Les pages n’expliquent pas les questions qui ont \u00e9t\u00e9 discut\u00e9es \u00e0 l’int\u00e9rieur de la prison, mais les Wilas<\/em> et les rapports des services de renseignement que ce journal a analys\u00e9s et qui sont mentionn\u00e9s dans cette enqu\u00eate le font. L\u2019ensemble des documents permet \u00e9galement de comprendre le lien entre les \u00e9v\u00e9nements publics ou les annonces du gouvernement au cours des quinze derniers mois, et le dialogue secret qui a eu lieu entre le gouvernement et les membres des gangs dans les prisons.<\/p>\n\n\n\n Le 21 juin 2019, 20 jours apr\u00e8s avoir pris la pr\u00e9sidence, Bukele ordonne par Twitter que des mesures extraordinaires soient appliqu\u00e9es dans toutes les prisons du pays pendant deux semaines, jusqu’au 5 juillet. Or le 28 juin, des membres pr\u00e9sum\u00e9s d’un gang d\u00e9tournent un bus de la ligne 202 rempli de passagers \u00e0 El Congo, Santa Ana, et violent deux femmes. En r\u00e9ponse, Bukele ordonne au directeur Osiris Luna de prolonger ind\u00e9finiment les mesures extr\u00eames : fermeture des magasins, enfermement des personnes 24 heures sur 24, interdiction de visites et des programmes \u00e9ducatifs et r\u00e9cr\u00e9atifs.<\/p>\n\n\n\n\n\n Le 2 juillet, le pr\u00e9sident lance la phase II de son plan \u00ab Contr\u00f4le Territorial \u00bb, avec lequel il a promis de mettre fin \u00e0 la criminalit\u00e9 : \u00ab Nous allons leur disputer aux gangs l’autre partie. J’ai toujours dit que si 50 membres de gangs sont captur\u00e9s, ils finissent par en recruter 100. Cela doit changer, c’est le c\u00f4t\u00e9 positif de notre plan \u00bb, d\u00e9clare Bukele lors de la pr\u00e9sentation. A ses c\u00f4t\u00e9s se trouvait Carlos Marroqu\u00edn, charg\u00e9, en tant que Directeur de la Reconstruction du Tissu Social, de cette deuxi\u00e8me phase, officiellement ax\u00e9e sur le travail de pr\u00e9vention et la politique de la jeunesse. Marroqu\u00edn a \u00e9t\u00e9 officiellement pr\u00e9sent\u00e9 comme une pi\u00e8ce indispensable de la strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9 publique du gouvernement. <\/p>\n\n\n\n Deux mois plus tard, le 2 septembre 2019, le pr\u00e9sident Bukele ordonne \u00e0 Luna via Twitter : \u00ab Apr\u00e8s que notre pays a connu le mois le moins meurtrier depuis les accords de paix, le directeur @OsirisLunaMeza re\u00e7oit l’ordre de lever totalement l’urgence des @CentrosPenales (centres p\u00e9nitenciers). La tendance \u00e0 la baisse devrait se poursuivre en septembre. Le pr\u00e9sident doit tenir sa parole. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Trois jours plus tard seulement, le 5 septembre, un journaliste d’El Faro<\/em> \u00e9crit \u00e0 sa source qui avait d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 en ao\u00fbt de l’existence de n\u00e9gociations entre les gangs et le gouvernement : \u00ab Regarde, le mois a commenc\u00e9 violemment \u00bb. Le membre du gang r\u00e9pond par un message vocal : \u00ab Si je ne vous l’ai pas dit, alors ? J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 tout cela \u00bb. Le journaliste \u00e9crit : \u00ab Hier encore, dix homicides, dont deux dans ta r\u00e9gion, \u00e0 Ahuachap\u00e1n \u00bb. \u00ab Je vous ai dit que \u00e7a et d’autres choses \u00e9taient encore \u00e0 venir. Le meilleur n\u2019est pas encore arriv\u00e9, mais je veux en parler en personne \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Une rencontre est organis\u00e9e avec lui le 13 septembre, toujours \u00e0 San Salvador. Une fois de plus, le membre du gang souligne que les accords avec le gouvernement Bukele se faisaient petit \u00e0 petit et que, dans l’intervalle, il serait normal de voir certains jours o\u00f9 les homicides augmenteraient, comme une forme de pression de la part du gang. Cependant, il d\u00e9clare qu’\u00e0 cette \u00e9poque il existait d\u00e9j\u00e0 une r\u00e8gle pour toute la structure de la MS-13 : \u00ab demander la permission au responsable du programme pour commettre un homicide \u00bb sous peine d’\u00eatre puni par le gang, ce qui est tr\u00e8s similaire \u00e0 ce qui s’est pass\u00e9 au d\u00e9but de la tr\u00eave de 2012, lorsque un groupe interne de la mara<\/em> a m\u00eame \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9, connu sous le nom La Familia<\/em> ou La Federaci\u00f3n<\/em>, qui \u00e9tait le seul \u00e0 pouvoir autoriser un homicide.<\/p>\n\n\n\n Le membre du gang \u00e9tait prudent et a insist\u00e9 sur le fait de r\u00e9aliser ses r\u00e9v\u00e9lations au fur et \u00e0 mesure. Or apr\u00e8s cette rencontre, El Faro<\/em> n’a pas pu lui parler \u00e0 nouveau par message ou en personne. <\/p>\n\n\n\n Un mois plus tard, le rapport carc\u00e9ral de Zacatecoluca enregistre une entr\u00e9e irr\u00e9guli\u00e8re \u00e0 12h40, le 18 octobre 2019. Un mois et demi s’est \u00e9coul\u00e9 depuis l’assouplissement des mesures et le directeur g\u00e9n\u00e9ral Osiris Luna est admis, selon le dossier, accompagn\u00e9 du directeur de Zacatecoluca, Ivan Orlando Rivas, et de \u00ab M. Rodriguez, M. Lopez et M. Campos \u00bb. Ils disent qu\u2019ils vont au d\u00e9partement de \u00ab proc\u00e9dures administratives officielles, acc\u00e8s jusqu\u2019au secteur 2 \u00bb. Le gardien note ce qui suit : \u00ab Seuls les messieurs se sont identifi\u00e9s par un nom de famille, car le directeur g\u00e9n\u00e9ral Osiris Luna leur a permis de le faire ainsi. Il leur a \u00e9galement dit verbalement de ne pas signer le protocole \u00bb. Le chauffeur qui conduit ne s’identifie pas non plus. Le cort\u00e8ge repart une heure plus tard, \u00e0 13h40. <\/p>\n\n\n\n Deux mois plus tard, le 12 d\u00e9cembre, les services de renseignement de la prison r\u00e9ussissent \u00e0 intercepter quelques Wilas<\/em> sortant de la prison d’Izalco Fase III. Elles s’adressent aux homeboys<\/em> des rues et leur demandent de garder leur calme car \u00ab eux, ils se sont d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9s dans les rues et ont discut\u00e9 sur le fait que nous devions respecter ce dont on avait parl\u00e9 avec les gens du gouvernement. Il est \u00e9galement \u00e9crit que si le gouvernement ne respecte pas l\u2019accord, \u00ab s\u2019ouvrirait toute la valve des meurtres \u00bb.<\/p>\n\n\n\n La r\u00e9duction des homicides par le biais de n\u00e9gociations secr\u00e8tes avec les gangs n’est pas nouvelle au Salvador. Il n’est pas non plus nouveau que les gangs administrent les chiffres des homicides comme monnaie d’\u00e9change dans ces n\u00e9gociations. Ce n\u2019est pas non plus une nouveaut\u00e9 que dans ces conversations, l’un des partis cherche \u00e0 obtenir des avantages \u00e9lectoraux.<\/p>\n\n\n\n En mars 2012, le gouvernement, alors aux mains du FMLN, a permis la sortie d\u2019une trentaine de dirigeants de la MS-13 et des deux factions de Barrio 18 de la prison de haute s\u00e9curit\u00e9 de Zacatecoluca sans l’annoncer et les a emmen\u00e9s dans des prisons ordinaires, o\u00f9 la communication avec l’ext\u00e9rieur est plus facile et o\u00f9 ils peuvent contr\u00f4ler leurs structures dans les rues avec moins de difficult\u00e9s. Quelques jours plus tard, El Faro<\/em> a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 cette n\u00e9gociation, connue sous le nom de \u00ab tr\u00eave \u00bb et orchestr\u00e9e par David Mungu\u00eda Pay\u00e9s, ministre de la S\u00e9curit\u00e9 et de la Justice du gouvernement de Mauricio Funes. Les r\u00e9sultats, en termes d’homicides, ont \u00e9t\u00e9 extraordinaires : de 4 371 en 2011 \u00e0 2 594 en 2012. L’\u00e9change de vies contre des avantages en prison a donn\u00e9 des r\u00e9sultats.<\/p>\n\n\n\n El Faro<\/em> a \u00e9galement r\u00e9v\u00e9l\u00e9, en 2016, qu’au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2014, quelques mois avant l’\u00e9lection pr\u00e9sidentielle remport\u00e9e par l’\u00e9ph\u00e9m\u00e8re Salvador S\u00e1nchez Cer\u00e9n, le FMLN et Arena avaient tous deux tent\u00e9 de ren\u00e9gocier les accords ant\u00e9rieurs en \u00e9change du soutien des gangs \u00e0 leurs candidats. Les r\u00e9unions des leaders des deux partis avec les chefs des gangs ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es par des vid\u00e9os. Lors de ces r\u00e9unions, ce ne sont pas des vies qui \u00e9taient n\u00e9goci\u00e9es, mais des votes. Les enregistrements montrent \u00e9galement des paiements en esp\u00e8ces aux membres des gangs, et des promesses de b\u00e9n\u00e9fices \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n Mais apr\u00e8s les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, S\u00e1nchez Cer\u00e9n a d\u00e9mantel\u00e9 ces accords et le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 notable : 6 656 homicides en 2015, la premi\u00e8re ann\u00e9e du gouvernement du nouveau pr\u00e9sident de gauche devenant la plus violente de l\u2019histoire. Pendant les ann\u00e9es de dialogue avec l’\u00c9tat, les gangs ont conserv\u00e9 toute leur capacit\u00e9 meurtri\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n Plusieurs politiciens font l’objet de poursuites judiciaires pour ces offres. Parmi eux, Aristides Valencia et Benito Lara, membres du FMLN, ou Mungu\u00eda Pay\u00e9s, ancien ministre de la S\u00e9curit\u00e9 et de la D\u00e9fense. C\u2019est aussi le cas d\u2019Ernesto Muyshondt, actuel maire de la capitale et candidat \u00e0 la r\u00e9\u00e9lection de Arena en 2021. Norman Quijano, actuel d\u00e9put\u00e9 d’Arena, a r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9viter d’\u00eatre jug\u00e9 car il n’y avait pas assez de voix pour le destituer. Cependant, son mandat de l\u00e9gislateur prendra bient\u00f4t fin et, avec lui, son immunit\u00e9. Tous les autres pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9s sont en train d\u2019\u00eatre jug\u00e9s, plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s les n\u00e9gociations.<\/p>\n\n\n\n Bukele a fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ces n\u00e9gociations sur son compte Twitter. Le 1er f\u00e9vrier 2020, apr\u00e8s que de nouvelles exigences fiscales ont \u00e9t\u00e9 \u00e9mises \u00e0 l’encontre des politiciens du FMLN et de Arena, le pr\u00e9sident a tweet\u00e9 : \u00ab Arena et FMLN sont des d\u00e9chets, ils sont pires que \u00e7a. Ils ont n\u00e9goci\u00e9 le sang de notre peuple. Soyez mille fois maudits \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Lorsque le pr\u00e9sident Bukele tweete cela, son directeur de prison, Osiris Luna, est d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9 au moins quatre fois dans la prison de Zacatecoluca avec des personnes cagoul\u00e9es ou non identifi\u00e9es, selon les documents publi\u00e9s par El Faro<\/em>. \u00c0 l’une de ces occasions, comme le rapportent les journaux, Luna est arriv\u00e9e avec trois personnes anonymes pour rencontrer Diablo et Snyder, les dirigeants du MS-13 qui avaient \u00e9galement particip\u00e9 aux n\u00e9gociations auxquelles Bukele a fait r\u00e9f\u00e9rence dans son tweet. <\/p>\n\n\n\n Le 20 d\u00e9cembre 2019, \u00e0 8h15 du matin, toujours en compagnie du directeur Luna, les premi\u00e8res personnes masqu\u00e9es apparaissent dans les documents analys\u00e9s par El Faro<\/em>. Avec le fonctionnaire, ils entrent dans Zacatecoluca \u00ab trois personnes portant des cagoules, qui ne se sont pas identifi\u00e9es, n’ont pas pass\u00e9 les portiques de s\u00e9curit\u00e9 et n’ont pas subi de fouille corporelle \u00bb, selon le rapport carc\u00e9ral. Ils arrivent \u00e0 bord du pick-up Hilux blanc portant les plaques P803-956 et expliquent qu’ils vont faire \u00ab une visite du centre p\u00e9nitentiaire \u00bb. Ils partent \u00e0 9h25, selon le registre du garde.<\/p>\n\n\n\n Dans tous les r\u00e8glements des prisons, inscrits notamment dans la Loi P\u00e9nitentiaire et le r\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral de la Loi P\u00e9nitentiaire, il n’y a aucun article ou exception qui permette l’entr\u00e9e de personnes non identifi\u00e9es dans les prisons du pays. L’article 8 du r\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral stipule que pour entrer dans une prison, \u00ab les visiteurs doivent s’identifier pleinement avec un document contenant une photographie, d\u00e9livr\u00e9 par les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes. \u00bb<\/p>\n\n\n\n\n\n En effet, l’article 14 A, paragraphe 4, de la Loi P\u00e9nitentiaire oblige les agents p\u00e9nitentiaires \u00e0 informer le parquet \u00ab de tout visiteur appartenant \u00e0 une organisation interdite par la loi qui participe \u00e0 des activit\u00e9s li\u00e9es \u00e0 des actes criminels, que ce soit \u00e0 l’int\u00e9rieur ou \u00e0 l’ext\u00e9rieur de la prison \u00bb. Une source du syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire a expliqu\u00e9 \u00e0 El Faro<\/em> que cet article oblige les gardiens, qui sont charg\u00e9s de surveiller les centres ou de tenir les registres carc\u00e9raux, \u00e0 \u00e9tablir des rapports et \u00e0 les soumettre au parquet.<\/p>\n\n\n\n Carlos Rodr\u00edguez, chef du d\u00e9partement de v\u00e9rification des prisons de la Procuratie pour la D\u00e9fense des Droits de l’Homme, explique qu’ils sont tenus de respecter des mesures de s\u00e9curit\u00e9 strictes lorsqu’ils entrent dans les prisons : \u00ab Absolument. Nous devons nous conformer aux r\u00e8gles, nous identifier, passer les portiques et subir la fouille corporelle qui est parfois inconfortable. Nous n’avons pas trouv\u00e9 d’autre moyen d’entrer sans les protocoles de s\u00e9curit\u00e9. Nous avons m\u00eame re\u00e7u des plaintes du personnel p\u00e9nitentiaire lui-m\u00eame, car chaque fois qu’il sort et entre dans la prison, il doit se soumettre \u00e0 ces contr\u00f4les. \u00bb <\/p>\n\n\n\n En ao\u00fbt 2015, la Cour constitutionnelle a consid\u00e9r\u00e9 comme organisations terroristes la MS-13 et Barrio 18, dans une d\u00e9cision qui oblige les juges \u00e0 appliquer uniform\u00e9ment la Loi Contre les Actes de Terrorisme aux membres de ces groupes ainsi qu’\u00e0 ceux qui en font l\u2019apologie et \u00e0 leurs financiers. La Cour a \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab inadmissible \u00bb toute n\u00e9gociation avec celles-ci ou des organisations similaires et a pr\u00e9cis\u00e9 quelles activit\u00e9s seraient consid\u00e9r\u00e9es comme terroristes et lesquelles ne le seraient pas.<\/p>\n\n\n\n Parmi ces activit\u00e9s inacceptables, se trouvent les m\u00e9canismes extra-l\u00e9gaux visant \u00e0 rechercher des accords avec les membres des gangs pour leur accorder des avantages en prison : \u00ab N’est pas admissible, sur les bases de l’\u00e9tat de droit constitutionnel, l’utilisation de m\u00e9canismes parajuridiques qui impliquent des n\u00e9gociations avec la criminalit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, et encore moins avec la criminalit\u00e9 organis\u00e9e, sous des conditions de r\u00e9duction des taux de criminalit\u00e9 en \u00e9change d’avantages qui ne s’inscrivent pas dans le cadre r\u00e9glementaire p\u00e9nitentiaire qui informe la finalit\u00e9 de la peine -art. 27 CN.- ; ou en \u00e9change d\u2019annuler la validit\u00e9 et l’application de la l\u00e9gislation p\u00e9nale \u00bb, lit-on dans la sentence.<\/p>\n\n\n\n Un des juges qui a sign\u00e9 cette sentence a expliqu\u00e9 \u00e0 El Faro<\/em> ce qui est inadmissible : \u00ab Les gouvernements ne peuvent pas l\u00e9gitimer ces groupes ou discuter de choses en dehors de la loi. Une n\u00e9gociation en dehors de la loi peut \u00eatre un accord sur la baisse des homicides en \u00e9change de questions li\u00e9es aux f\u00eates organis\u00e9es par les d\u00e9tenus, par exemple. \u00bb <\/p>\n\n\n\n Le nom de ceux \u00e0 qui le groupe conduit par Osiris Luna rend visite \u00e0 Zacatecoluca est enregistr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois lors de la visite suivante, selon les documents obtenus par El Faro<\/em> : le 9 janvier 2020. Ce jour-l\u00e0, \u00e0 10h, Luna entre dans son \u00ab van personnel \u00bb avec \u00ab trois autres accompagnateurs non identifi\u00e9s, pour interviewer deux pdl (priv\u00e9s de libert\u00e9), Borromeo (Diablo) et Tiberio (Snyder) \u00bb, indique le rapport. Ils partent \u00e0 11h40.<\/p>\n\n\n\n Le lendemain, 10 janvier, un motocycliste, deux gardiens et une infirmi\u00e8re conduisent Snyder dans une voiture institutionnelle \u00e0 l’h\u00f4pital Santa Teresa de Zacatecoluca, \u00ab pour une consultation m\u00e9dicale d’urgence \u00bb \u00e0 16h40. Le registre carc\u00e9ral indique : \u00ab Il a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 par le Directeur G\u00e9n\u00e9ral des Centres P\u00e9nitentiaires, Osiris Luna, et le directeur de la prison, l’insp. Juan Jos\u00e9 Ram\u00edrez. Le pdl est admis pour analyse de l’acide peptique et de l’hypertension art\u00e9rielle \u00bb. Le 4 f\u00e9vrier \u00e0 18h30, Osiris Luna entre de nouveau dans Zacatecoluca avec quelqu’un qui masque son identit\u00e9. Dans la voiture P841-810, un automobiliste transporte Luna et \u00ab un autre individu avec une cagoule non identifi\u00e9. Ils partent \u00e0 19h35. \u00bb <\/p>\n\n\n\nLes rapports et les hommes cagoul\u00e9s <\/strong><\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n La n\u00e9gociation dans l\u2019ombre : une pratique nouvelle ? <\/strong><\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Une n\u00e9gociation ill\u00e9gale<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Quatre jours plus tard, le 14 janvier, Luna et le directeur de Zacatecoluca retournent \u00e0 la prison avec \u00ab quatre autres personnes cagoul\u00e9es non identifi\u00e9es \u00bb. Le registre carc\u00e9ral note qu’\u00e0 16h15, dans la voiture P842-331, entrent \u00ab le directeur et les trois cagoul\u00e9s \u00bb, et dans la voiture P638-554 arrive \u00ab un autre cagoul\u00e9 \u00bb. Ils affirment qu’ils vont \u00ab interviewer des pdl de diff\u00e9rents secteurs \u00bb et partent \u00e0 17h30. Le v\u00e9hicule P842-331 est celui qui, selon le document de vente, appartient \u00e0 Dennis Fernando Salinas Bermudez, Directeur adjoint du Tissu Social.<\/p>\n\n\n\n\n\n
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