{"id":90582,"date":"2020-11-09T05:30:00","date_gmt":"2020-11-09T04:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=90582"},"modified":"2020-11-20T23:53:37","modified_gmt":"2020-11-20T22:53:37","slug":"biden-president-europe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/11\/09\/biden-president-europe\/","title":{"rendered":"Biden pr\u00e9sident : une chance historique pour l\u2019Europe"},"content":{"rendered":"\n
\u00c9cartons d\u2019abord une illusion : une r\u00e9\u00e9lection de Donald Trump n\u2019aurait nullement servi le projet d\u2019une Europe plus coh\u00e9rente et plus autonome, comme on l\u2019entend parfois. <\/p>\n\n\n\n
Il est probable en effet qu\u2019une administration Trump II<\/a> serait pass\u00e9e \u00e0 la vitesse sup\u00e9rieure dans la guerre commerciale avec l\u2019Europe et le d\u00e9couplage strat\u00e9gique sur le plan militaire. La tentation aurait \u00e9t\u00e9 grande, dans beaucoup de capitales europ\u00e9ennes, de chercher \u00e0 sauvegarder ses int\u00e9r\u00eats nationaux par des accords s\u00e9par\u00e9s avec Washington. <\/p>\n\n\n\n Il est vrai que l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une administration d\u00e9mocrate peut aussi g\u00e9n\u00e9rer des ferments de divisions entre Europ\u00e9ens, les lignes de fracture passant parfois \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de certains pays. C\u2019est ce qu\u2019illustre la passe d\u2019armes, par \u00e9ditos interpos\u00e9s (sur le site Politico<\/em>), entre la ministre de la D\u00e9fense allemande, Mme Kramp-Karrenbauer (AKK)<\/a> et une brillante porte-parole des Verts au Bundestag, Mme Franziska Brantner<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Il est vrai que l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une administration d\u00e9mocrate peut aussi g\u00e9n\u00e9rer des ferments de divisions entre Europ\u00e9ens, les lignes de fracture passant parfois \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de certains pays.<\/p>Michel Duclos<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dans sa contribution, AKK croit opportun de d\u00e9noncer \u00ab l\u2019illusion de l\u2019autonomie strat\u00e9gique \u00bb. Son propos est de rappeler avec force que \u00ab l\u2019Europe a toujours besoin de l\u2019Am\u00e9rique \u00bb pour sa s\u00e9curit\u00e9. Personne ne conteste ce point en Europe \u2013 les Fran\u00e7ais moins que les autres, qui ne cachent pas leur souhait d\u2019un r\u00e9engagement am\u00e9ricain dans les crises qui affectent la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne (Sahel, Levant, M\u00e9diterran\u00e9e orientale mais aussi Balkans ou \u00c9tats baltes). On ne peut donc comprendre le message d\u2019AKK que comme un appel \u00e0 un retour \u00e0 une mythique orthodoxie atlantiste et un \u00e9tonnant signal de d\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la France. <\/p>\n\n\n\n L\u2019\u00e9dito de la ministre allemande a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 le 2 novembre, \u00e0 un moment o\u00f9 l\u2019on pouvait penser que Joe Biden allait vers une victoire \u00e9crasante. Quelques jours plus tard, il y a lieu de bien mesurer la port\u00e9e exacte du succ\u00e8s des D\u00e9mocrates : ceux-ci sont en voie de chasser Donald Trump de la Maison-Blanche mais le trumpisme <\/em>reste bien vivant<\/a>. Donald Trump a r\u00e9ussi \u00e0 mobiliser sur son nom plus de voix qu\u2019en 2016. Surtout, la position des R\u00e9publicains sortira vraisemblablement renforc\u00e9e des \u00e9lections \u00e0 la Chambre et \u00e0 peine effrit\u00e9e du scrutin pour le S\u00e9nat. Il faudra attendre janvier pour savoir si \u2013 \u00e0 un si\u00e8ge pr\u00e8s probablement \u2013 les D\u00e9mocrates contr\u00f4lent ou non le S\u00e9nat. <\/p>\n\n\n\n Ainsi, une Europe certes en proie \u00e0 des divisions devra travailler avec une Am\u00e9rique elle-m\u00eame profond\u00e9ment divis\u00e9e. Il n\u2019est pas s\u00fbr que l\u2019administration Biden-Harris \u2013 compte tenu de l\u2019incertitude sur la majorit\u00e9 au S\u00e9nat \u2013 disposera des moyens d\u2019agir \u00e0 la hauteur des extraordinaires d\u00e9fis du moment. De surcro\u00eet, une nouvelle alternance est possible d\u00e8s les \u00e9lections de 2024, entra\u00eenant de nouveaux zig-zags dans la politique \u00e9trang\u00e8re de Washington.<\/p>\n\n\n\n Il n\u2019est pas s\u00fbr que l\u2019administration Biden-Harris \u2013 compte tenu de l\u2019incertitude sur la majorit\u00e9 au S\u00e9nat \u2013 disposera des moyens d\u2019agir \u00e0 la hauteur des extraordinaires d\u00e9fis du moment.<\/p>Michel Duclos<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En toute hypoth\u00e8se, s\u2019il faut esp\u00e9rer que Joe Biden pourra r\u00e9tablir l\u2019image des \u00c9tats-Unis dans le monde, la capacit\u00e9 d\u2019influence de ceux-ci, apr\u00e8s la s\u00e9quence Bush II\/ Obama\/ Trump, doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme irr\u00e9versiblement diminu\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n Autrement dit, l\u2019argumentation du courant \u00ab anti-autonomie \u00bb ou \u00ab anti-souverainet\u00e9 europ\u00e9enne \u00bb sort affaiblie de ce que l\u2019on sait pour l\u2019instant des choix faits par le peuple am\u00e9ricain lors des \u00e9lections du 3 novembre. Une autre id\u00e9e devient au contraire de plus en plus cr\u00e9dible : c\u2019est en se montrant capables de peser, d\u00e9tenteurs de vrais leviers, d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 agir que les Europ\u00e9ens peuvent retenir l\u2019engagement des Am\u00e9ricains envers la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n Allons jusqu\u2019au bout du raisonnement : un r\u00e9\u00e9quilibrage dans le dialogue Europe-\u00c9tats-Unis est la condition de la vitalit\u00e9 \u2013 et de la soutenabilit\u00e9 \u2013 du lien transatlantique<\/a>. De ce point de vue, une administration Biden, soucieuse de r\u00e9tablir les alliances de l\u2019Am\u00e9rique, offre une opportunit\u00e9 historique. <\/p>\n\n\n\n Comment faire ? On serait tent\u00e9 de r\u00e9pondre : avant tout \u00e9viter les d\u00e9bats th\u00e9ologiques. Le point de d\u00e9part devrait \u00eatre une \u00ab offre europ\u00e9enne \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique \u00bb \u2013 une offre concr\u00e8te \u2013 qui puisse \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e aux nouveaux dirigeants am\u00e9ricains d\u00e8s la p\u00e9riode de la transition. Cette \u00ab offre europ\u00e9enne \u00bb doit porter sur les sujets g\u00e9o\u00e9conomiques<\/a> pour lesquels l\u2019Union et ses \u00c9tats membres ont des atouts \u00e0 faire valoir et pour lesquels les Am\u00e9ricains ont un int\u00e9r\u00eat \u00e0 une collaboration avec l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n Le point de d\u00e9part devrait \u00eatre une \u00ab offre europ\u00e9enne \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique \u00bb \u2013 une offre concr\u00e8te \u2013 qui puisse \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e aux nouveaux dirigeants am\u00e9ricains d\u00e8s la p\u00e9riode de la transition.<\/p>Michel Duclos<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Mentionnons quelques t\u00eates de chapitre : en mati\u00e8re de commerce, parler d\u2019un nouvel accord de libre \u00e9change est un non-starter<\/em> d\u00e9sormais de part et d\u2019autre de l\u2019Atlantique, mais la r\u00e9forme de l\u2019OMC<\/a> et la d\u00e9finition de normes techniques face \u00e0 la Chine offrent par exemple des champs de coop\u00e9ration majeurs. Un agenda commun sur la Chine devrait d\u2019ailleurs \u00eatre au c\u0153ur d\u2019une d\u00e9marche proactive de l\u2019Europe vis- \u00e0-vis des nouveaux dirigeants am\u00e9ricains. Le retour des Etats-Unis dans l\u2019Accord de Paris pr\u00e9sente une chance essentielle d\u2019action conjointe UE-Etats-Unis, sans pr\u00e9judice de la coop\u00e9ration avec d\u2019autres, y compris la Chine. Tout le domaine de la gouvernance de l\u2019internet \u2013 malgr\u00e9 la persistance possible de d\u00e9saccord (taxation des GAFA) \u2013 doit fournir \u00e9galement de vastes champs de convergences (r\u00e9gulation des contenus, 5G et autres infrastructures).<\/p>\n\n\n\n On observera que c\u2019est sur ces sujets \u2013 commerce, Chine, changement climatique, \u00ab big tech \u00bb – que la prochaine administration am\u00e9ricaine devra d\u2019entr\u00e9e de jeu prendre des positions pour marquer sa diff\u00e9rence dans les affaires du monde. On peut y ajouter deux dossiers : celui de la sant\u00e9 mondiale, o\u00f9 l\u2019Am\u00e9rique en revenant dans l\u2019OMC rejoindra naturellement certaines initiatives europ\u00e9ennes (sur les vaccins<\/a>) ; celui de l\u2019accord nucl\u00e9aire avec l\u2019Iran (JCPOA), pour lequel les EU3 (Allemagne, France, Royaume-Uni+ SEEAE) seraient bien inspir\u00e9s l\u00e0 aussi de prendre l\u2019initiative avant l\u2019installation de la nouvelle administration am\u00e9ricaine. <\/p>\n\n\n\n Sur les questions de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9, c\u2019est sans doute dans un second temps que le dialogue entre l\u2019Europe et les \u00c9tats-Unis entrera dans le vif du sujet, probablement sous l\u2019effet de la gestion des crises. Pour lancer une \u00ab offre europ\u00e9enne \u00bb sur les questions g\u00e9o\u00e9conomiques<\/a>, la Chanceli\u00e8re Merkel, forte de son autorit\u00e9 en Europe et de son prestige aupr\u00e8s des D\u00e9mocrates am\u00e9ricains, exer\u00e7ant de surcro\u00eet la pr\u00e9sidence de l\u2019Union jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, est particuli\u00e8rement bien plac\u00e9e. Lorsqu\u2019il s\u2019agira de parler s\u00e9curit\u00e9 et crises, d\u00e8s lors que les Britanniques sont hors-jeu, il y a des chances que les nouveaux dirigeants am\u00e9ricains se tournent notamment vers les Fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n Pour lancer une \u00ab offre europ\u00e9enne \u00bb sur les questions g\u00e9o\u00e9conomiques, la Chanceli\u00e8re Merkel, forte de son autorit\u00e9 en Europe et de son prestige aupr\u00e8s des D\u00e9mocrates am\u00e9ricains, exer\u00e7ant de surcro\u00eet la pr\u00e9sidence de l\u2019Union jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, est particuli\u00e8rement bien plac\u00e9e.<\/p>Michel Duclos<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Il n\u2019est pas inimaginable qu\u2019un consensus se d\u00e9gage progressivement entre Washington, Paris puis d\u2019autres capitales europ\u00e9ennes, sur le constat qu\u2019une plus grande capacit\u00e9 et latitude d\u2019action des Europ\u00e9ens, au moins pour g\u00e9rer les crises de leur environnement proche, serait de l\u2019int\u00e9r\u00eat bien compris de l\u2019Am\u00e9rique. Un appui des Am\u00e9ricains au projet d\u2019autonomie et\/ou de souverainet\u00e9 europ\u00e9ennes pourrait se dessiner et prendre \u00e0 revers les tenants d\u2019une \u00ab pax Americana \u00bb r\u00e9duisant les Europ\u00e9ens au r\u00f4le de suppl\u00e9tifs volontaires et auto-satisfaits. <\/p>\n\n\n\n Quoi qu\u2019il en soit, c\u2019est la coh\u00e9sion retrouv\u00e9e du tandem franco-allemand qui peut permettre de renouveler le dialogue transatlantique sur un agenda allant bien au-del\u00e0 de l\u2019OTAN et des questions de d\u00e9fense. Un tel dialogue, comme nous l\u2019avons indiqu\u00e9 dans notre note du mois d\u2019octobre sur la relation transatlantique pour l\u2019Institut Montaigne <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, devra n\u00e9cessairement \u00eatre polyphonique \u2013 impliquant l\u2019Union, l\u2019OTAN, les \u00c9tats membres dans des formats \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable. <\/p>\n\n\n\n Il appartiendra aux responsables europ\u00e9ens de s\u2019organiser pour que le dialogue polyphonique ne tourne pas \u00e0 la cacophonie. C\u2019est sans doute \u00e0 ce dessein que r\u00e9pond la conf\u00e9rence t\u00e9l\u00e9phonique du 10 novembre entre la Chanceli\u00e8re Merkel, le pr\u00e9sident Macron, le chancelier Kurz, la pr\u00e9sidente de la Commission Ursula Van der Leyen<\/a> et le pr\u00e9sident Charles Michel. Un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9licat sera de g\u00e9rer l\u2019ambition britannique de faire exister la \u00ab Global Britain \u00bb – alors qu\u2019au titre de la pr\u00e9sidence du G7 le PM Johnson disposera d\u2019un atout pour influencer l\u2019agenda des nouveaux dirigeants am\u00e9ricains. <\/p>\n\n\n\n Il n\u2019est pas inimaginable qu\u2019un consensus se d\u00e9gage progressivement entre Washington, Paris puis d\u2019autres capitales europ\u00e9ennes, sur le constat qu\u2019une plus grande capacit\u00e9 et latitude d\u2019action des Europ\u00e9ens, au moins pour g\u00e9rer les crises de leur environnement proche, serait de l\u2019int\u00e9r\u00eat bien compris de l\u2019Am\u00e9rique.<\/p>MICHEL DUCLOS<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Enfin, si le dialogue Europe-\u00c9tats-Unis se d\u00e9veloppe bien selon les lignes que l\u2019on vient d\u2019\u00e9voquer, pourquoi ne pas envisager sous pr\u00e9sidence fran\u00e7aise au premier semestre 2022 un \u00ab sommet transatlantique \u00bb destin\u00e9 \u00e0 ent\u00e9riner le nouvel agenda et le nouvel \u00e9lan que pourrait conna\u00eetre, avec M. Biden, la relation transatlantique<\/a> ? Le m\u00e9rite de l\u2019\u00e9dito de Mme Kramp-Karrenbauer est dans cette optique de rappeler que les Fran\u00e7ais ont encore des efforts \u00e0 faire pour lever les suspicions que suscite leur d\u00e9marche, dans certains cercles allemands certes, mais aussi au-del\u00e0, en Europe Centrale ou Nordique notamment. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Selon Michel Duclos, l’\u00e9lection de Joe Biden \u00e0 la Maison Blanche est une occasion \u00e0 ne pas manquer pour les Europ\u00e9ens. Mais pour cr\u00e9er un nouveau consensus, encore faut-il \u00eatre \u00e0 m\u00eame de proposer une \u00ab offre europ\u00e9enne \u00bb \u00e0 Washington sur les questions de g\u00e9o\u00e9conomie.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":90589,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-angles.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1731],"tags":[],"geo":[525],"class_list":["post-90582","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-politique","staff-michel-duclos","geo-ameriques"],"acf":[],"yoast_head":"\n