{"id":89616,"date":"2020-10-30T12:20:36","date_gmt":"2020-10-30T11:20:36","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=89616"},"modified":"2020-10-30T18:59:18","modified_gmt":"2020-10-30T17:59:18","slug":"yoga","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/30\/yoga\/","title":{"rendered":"Yoga d&rsquo;Emmanuel Carr\u00e8re&#160;: l&rsquo;abandon de l&rsquo;autofiction&#160;?"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab&#160;La litt\u00e9rature est le lieu o\u00f9 on ne ment pas&#160;\u00bb, \u00e9crit Emmanuel Carr\u00e8re dans <em>Yoga<\/em>. \u00c0 ma connaissance, c\u2019est le seul livre autobiographique o\u00f9 il ment.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9ditation, \u00e9crit-il \u00e9galement, dans l&rsquo;une des vingt-quatre d\u00e9finitions alternatives qu&rsquo;il propose, c\u2019est d\u00e9couvrir qu\u2019on est autre chose que ce qui se dit sans rel\u00e2che&#160;: moi&#160;! moi&#160;! moi&#160;!&#160;\u00bb Dans la premi\u00e8re phrase du livre, le mot \u00ab&#160;&nbsp;je&#160;\u00bb appara\u00eet huit fois.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces contradictions, et bien d&rsquo;autres encore, sautent imm\u00e9diatement aux yeux \u00e0 la lecture de <em>Yoga<\/em>. Et pourtant, passer sous silence cette hypocrisie ou cette na\u00efvet\u00e9 reviendrait dans une certaine mesure \u00e0 d\u00e9former le r\u00f4le de ces paradoxes, qui sont conscients et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9s. Le mot \u00ab&#160;&nbsp;yoga&#160;\u00bb a une racine commune avec le mot <em>joug<\/em>, et l&rsquo;image qui en ressort est exactement la m\u00eame&#160;: si l&rsquo;esprit et le corps sont deux chevaux sauvages, le yoga est le joug, le harnais, qui les fait avancer harmonieusement dans la m\u00eame direction. Il est naturel que la pratique du yoga (et son \u00e9criture) soit surtout celle de ceux qui ont le sentiment d\u2019\u00eatre tiraill\u00e9s et \u00e9cartel\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Yoga<\/em>, les chevaux de Carr\u00e8re s\u2019emballent.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Yoga <\/em>\u00a0s&rsquo;ouvre sur l&rsquo;histoire d&rsquo;une retraite de Vipassana, une \u00e9cole de m\u00e9ditation qui pr\u00e9voit que l\u2019on passe dix jours totalement d\u00e9connect\u00e9s du monde ext\u00e9rieur, en m\u00e9ditation constante, sans jamais parler. En adoptant une m\u00e9thode semblable \u00e0 celle de l\u2019\u00e9blouissante premi\u00e8re partie du<em> Royaume<\/em> pour traiter du catholicisme, Carr\u00e8re invite le lecteur \u00e0 prendre la m\u00e9ditation au s\u00e9rieux&#160;: non pas comme une attraction pour bobos, ni comme une pratique de bien-\u00eatre, ni comme un moyen d&rsquo;am\u00e9liorer sa concentration, mais comme un chemin de maturation int\u00e9rieure et de recherche de la paix. Il adopte \u00e9galement un ton similaire, fait d\u2019ironie, de didactisme et d\u2019\u00e9merveillement, qu\u2019il arrive \u00e0 d\u00e9barrasser de l&rsquo;inspiration gnostique des gourous ou de l&rsquo;optimisme gr\u00e9sillant des livres de d\u00e9veloppement personnel. Il convoque sans sarcasme aucun la notion de nirvana.<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00e9canisme narratif de <em>Yoga<\/em> repose sur l\u2019entrelacement de l&rsquo;histoire personnelle, de l\u2019essai, de l&rsquo;auto-analyse et de l&rsquo;exploration litt\u00e9raire que Carr\u00e8re a perfectionn\u00e9e au cours de ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. Il y a les interactions avec les autres \u00e9trangers de la retraite Vipassana&#160;; les souvenirs de mariages malheureux&#160;; les vid\u00e9os des gourous des arts martiaux sur YouTube&#160;; les digressions historico-litt\u00e9raires&#160;; les sp\u00e9culations parano\u00efaques sur son prochain, sur lui-m\u00eame, sur son pass\u00e9 et sur l&rsquo;avenir. Il y a aussi, comme on pouvait s\u2019y attendre, des sc\u00e8nes de sexe, dont une tr\u00e8s longue dans laquelle une \u00e9trang\u00e8re, sans un mot, l&#8217;emm\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel \u00e0 la fin d&rsquo;un s\u00e9minaire de yoga. C&rsquo;est pour raconter cette exp\u00e9rience que la notion de nirvana est convoqu\u00e9e sans sarcasme aucun.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les intentions initiales de Carr\u00e8re, tout ce mat\u00e9riel autobiographique devait composer un \u00ab&#160;&nbsp;petit livre souriant et subtil&#160;\u00bb pour expliquer la m\u00e9ditation \u00e0 son public. Il avait d\u00e9cid\u00e9 de l&rsquo;\u00e9crire en se rendant compte que, pour la premi\u00e8re fois, il \u00e9tait heureux&#160;: sereinement mari\u00e9, productif et prosp\u00e8re, sans \u00e9pisodes d\u00e9pressifs depuis plus d&rsquo;une d\u00e9cennie. Il cite la quatri\u00e8me de couverture de ce petit livre qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9crit&#160;: \u00ab&#160;&nbsp;Ce que j&rsquo;appelle le yoga n&rsquo;est pas seulement la bienfaisante gymnastique que nous sommes si nombreux \u00e0 pratiquer, mais un ensemble de disciplines visant l\u2019\u00e9largissement et l&rsquo;unification de la conscience. Le yoga dit que nous sommes autre chose que notre petit moi confus, fragment\u00e9, apeur\u00e9, et qu\u2019\u00e0 cette chose nous pouvons acc\u00e9der. C&rsquo;est un chemin, d&rsquo;autres l\u2019ont emprunt\u00e9 avant nous et nous l\u2019indiquent. Si ce qu&rsquo;ils disent est vrai, cela vaut la peine d\u2019aller voir \u00e0 notre tour.&nbsp;&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cela n&rsquo;est pas la quatri\u00e8me de couverture de <em>Yoga<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis quatre jours, Carr\u00e8re est plong\u00e9 dans le silence r\u00eaveur de la retraite Vipassana lorsque la r\u00e9daction de <em>Charlie Hebdo<\/em> est massacr\u00e9e par un commando terroriste. L&rsquo;une des victimes, Bernard Maris, \u00e9tait le compagnon d&rsquo;une de ses proches amies, et il est brusquement rappel\u00e9 de sa retraite pour \u00e9crire son oraison fun\u00e8bre. Au-del\u00e0 de ces circonstances tragiques \u2014 Carr\u00e8re aurait pu recommencer cette retraite de dix jours \u00e0 un autre moment \u2014, cet \u00e9pisode l&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 reconsid\u00e9rer le sens de la m\u00e9ditation, et donc le livre qu&rsquo;il \u00e9crivait. Soudain, il a vu quelque chose de sombre, une forme de rejet de la vie, dans la centaine de personnes qu&rsquo;il avait laiss\u00e9es en pleine m\u00e9ditation silencieuse dans les bois, absolument ignorantes du deuil national. Le profil vital et \u00e9nergique de Maris, \u00e0 qui la deuxi\u00e8me partie du livre est d\u00e9di\u00e9e, semble en quelque sorte offrir une autre r\u00e9ponse aux questions qui avaient pouss\u00e9 Carr\u00e8re \u00e0 la m\u00e9ditation, et avec lui le lecteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pourtant pas cela qui fait d\u00e9railler le livret \u00ab&#160;&nbsp;souriant et subtil&#160;\u00bb sur le yoga, mais un \u00e9pisode de d\u00e9pression qui le conduit \u00e0 passer quatre mois dans une clinique psychiatrique avec un diagnostic de trouble bipolaire et une r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique incluant k\u00e9tamine et \u00e9lectrochocs. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il raconte dans la troisi\u00e8me partie, dans un m\u00e9lange flou et brutal qui tient peut-\u00eatre \u00e0 la fois d\u2019une strat\u00e9gie litt\u00e9raire et du souvenir de cette \u00e9poque. Le d\u00e9clencheur semble \u00eatre la ma\u00eetresse l\u2019ayant conduit au nirvana \u00e0 un moment ind\u00e9termin\u00e9 situ\u00e9 dans le pass\u00e9&#160;; Carr\u00e8re sugg\u00e8re qu&rsquo;elle a jou\u00e9 un r\u00f4le dans ce qui forme \u00e0 la fois le c\u0153ur du livre et son trou noir&#160;: son divorce.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9cris \u00ab&#160;&nbsp;divorce&#160;\u00bb parce que j&rsquo;ai lu les interviews et vu les critiques, mais, en r\u00e9alit\u00e9, tout au long du livre, ce mot n&rsquo;est jamais prononc\u00e9. Dans ce qui constitue un vertigineux hapax pour un \u00e9crivain qui a construit son identit\u00e9 litt\u00e9raire autour de la transparence autobiographique, Carr\u00e8re \u00e9crit seulement que <em>quelque chose s&rsquo;est pass\u00e9<\/em>&#160;; que c&rsquo;est ce quelque chose qui a d\u00e9termin\u00e9 son \u00e9pisode d\u00e9pressif&#160;; et qu&rsquo;il ne peut pas le raconter parce que cela concerne aussi d&rsquo;autres personnes.<\/p>\n\n\n\n<p>La section sur la d\u00e9pression est probablement la partie la plus puissante et la plus d\u00e9chirante du livre. Carr\u00e8re raconte ses souvenirs de la vie en clinique, analyse le lexique des psychiatres, et reconstitue avec une pr\u00e9cision obsessionnelle les crises de panique et les vertiges de la k\u00e9tamine et des \u00e9lectrochocs. L&rsquo;\u00e9criture de Carr\u00e8re est souvent d&rsquo;une telle franchise que le doute s&rsquo;installe sur sa complaisance, qu\u2019elle ne soit qu\u2019une mani\u00e8re de renverser la honte et l&#8217;embarras du Carr\u00e8re qui est racont\u00e9 sur l&rsquo;orgueil du Carr\u00e8re qui raconte pour sa sinc\u00e9rit\u00e9 sans limites. Ce doute ne surgit jamais \u00e0 la lecture de sa vie d&rsquo;homme d&rsquo;\u00e2ge moyen vivant dans un petit appartement vide, incapable de travailler ou de se laver. Le journaliste qui vient faire son profil pour le <em>New York Times<\/em> \u2014&nbsp;et \u00e0 qui Carr\u00e8re explique que c\u2019\u00e9tait une solution temporaire lors d&rsquo;un d\u00e9m\u00e9nagement \u2014 \u00e9crit dans son article&#160;: \u00ab&#160;&nbsp;il souffrait en fait terriblement&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Partiellement r\u00e9tabli, Carr\u00e8re se retire \u00e0 nouveau sur une \u00eele grecque o\u00f9 il poss\u00e8de une maison, se tra\u00eenant pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la rencontre avec des connaissances l&rsquo;am\u00e8ne sur une autre \u00eele pour y diriger un atelier d&rsquo;\u00e9criture cr\u00e9ative dans un immense centre d&rsquo;accueil. Une universitaire am\u00e9ricaine nomm\u00e9e Frederica l\u2019accueille et l\u2019h\u00e9berge. C\u2019est un personnage tourment\u00e9 et captivant avec lequel le lecteur pourrait imaginer un flirt pendant les cours. La quatri\u00e8me partie du livre, qui est assez longue, est consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019histoire de Frederica et \u00e0 celle des enfants que Carr\u00e8re rencontre \u2014 tous survivants d&rsquo;histoires plus que tragiques d&rsquo;\u00e9migration clandestine, tous d\u00e9chir\u00e9s entre un apparent optimisme et une douleur sourde et profonde \u2014 dans ce qui semble \u00eatre un \u00e9cho plus ou moins explicite d\u2019<em>Autres vies que la mienne. <\/em>&nbsp;Puis il y a un retour&#160;; une vie qui continue&#160;; un livre, celui-ci, qui se termine&#160;; et pour finir l&rsquo;image optimiste d&rsquo;un nouvel amour. <em>Yoga<\/em> se termine ainsi, en rose.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 ce qui ressort de la lecture du texte. Le contexte nous en dit plus. \u00ab&#160;&nbsp;Le contexte&#160;\u00bb, explique H\u00e9l\u00e8ne Devynck, l&rsquo;ex-femme de Carr\u00e8re, dans un \u00ab&#160;&nbsp;droit de r\u00e9ponse&#160;\u00bb publi\u00e9 par <em>Vanity Fair<\/em>, \u00ab&#160;&nbsp;c&rsquo;\u00e9tait moi&#160;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son texte, Devynck r\u00e9v\u00e8le quelques d\u00e9tails factuels qui jettent une lumi\u00e8re extr\u00eamement probl\u00e9matique sur l&rsquo;op\u00e9ration litt\u00e9raire de Carr\u00e8re. Par exemple, la discr\u00e9tion sur la p\u00e9riode de son divorce, qui serait motiv\u00e9e par le tact et l\u2019affection, est en fait stipul\u00e9e par leur contrat de s\u00e9paration. Malgr\u00e9 tout, Devynck n&rsquo;aurait pas eu la possibilit\u00e9 de retirer du texte tout ce qu&rsquo;elle aurait voulu. Elle donne l\u2019exemple de la longue p\u00e9riode pass\u00e9e \u00e0 Leros \u00e0 faire du b\u00e9n\u00e9volat dans un camp de r\u00e9fugi\u00e9s, qui n\u2019aurait en fait dur\u00e9 que quelques jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces r\u00e9v\u00e9lations, si elles sont vraies (et il n&rsquo;y a pas de raison d&rsquo;en douter), se r\u00e9percutent de mani\u00e8re probl\u00e9matique sur l&rsquo;auteur de deux mani\u00e8res diff\u00e9rentes. D&rsquo;une part, Carr\u00e8re semble avoir sacrifi\u00e9 \u00e0 son projet litt\u00e9raire les d\u00e9sirs d&rsquo;une femme qui l&rsquo;a aim\u00e9, tout en pr\u00e9sentant comme un geste de delicatesse ce qui n\u2019\u00e9tait en fait qu\u2019une clause de leur contrat de s\u00e9paration. D&rsquo;autre part, le statut non fictionnel de <em>Yoga <\/em>\u2014 un statut implicite dans le texte, r\u00e9affirm\u00e9 pendant la promotion du livre, dans les articles et dans les interviews \u2014 est au moins fissur\u00e9 par les divergences factuelles que rel\u00e8ve Devynck. C&rsquo;est un probl\u00e8me pour la nature du livre. Est-ce aussi un probl\u00e8me pour son contenu&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il est impossible de consid\u00e9rer <em>Yoga<\/em> sans se rappeler les livres ant\u00e9rieurs d\u2019Emmanuel Carr\u00e8re. Certes, cela vaut pour tous ceux qui \u00e9crivent&#160;; mais ce cas-l\u00e0 est particulier. Apr\u00e8s un succ\u00e8s de jeunesse en tant que romancier, Carr\u00e8re a r\u00e9pondu \u00e0 une crise d&rsquo;\u00e9criture (racont\u00e9e dans <em>Le Royaume<\/em>) en explorant la forme sp\u00e9cifique de la non-fiction qui a fini par le d\u00e9finir&#160;: utiliser des \u00e9v\u00e9nements autobiographiques comme un moyen d&rsquo;acc\u00e9der aux sujets qu&rsquo;il voulait traiter. Dans les moments les plus r\u00e9ussis, qui sont nombreux, cela lui a permis d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 une sorte d&rsquo;objectivit\u00e9 subjective, une voix qui fait autorit\u00e9 non pas parce qu&rsquo;elle est impersonnelle mais, pr\u00e9cis\u00e9ment, parce qu&rsquo;elle est situ\u00e9e. La voix de Carr\u00e8re est celle d&rsquo;une personne qui raconte au lecteur, avec autod\u00e9rision et lucidit\u00e9, les parties de son exp\u00e9rience qui l&rsquo;ont amen\u00e9 \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 un th\u00e8me donn\u00e9 et les aspects de celle-ci qui ont d\u00e9termin\u00e9 sa perspective. Ces th\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9, au long de sa carri\u00e8re&nbsp;&#160;: l&rsquo;assassin Jean-Claude Romand, l\u2019\u00e9crivain parafasciste Edouard Limonov, un certain type de culture en France et l&rsquo;\u00c9vangile de Luc. Dans le \u00ab&#160;petit livre souriant et subtil&#160;\u00bb dont le naufrage est racont\u00e9 ici, ce th\u00e8me \u00e9tait cens\u00e9 \u00eatre la m\u00e9ditation. Mais ce n&rsquo;est pas le th\u00e8me de <em>Yoga<\/em>. Dans <em>Yoga<\/em>, le th\u00e8me auquel Carr\u00e8re acc\u00e8de \u00e0 travers son autobiographie, est l&rsquo;autobiographie d\u2019Emmanuel Carr\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;un certain point de vue, cela correspond \u00e0 la croissance ou \u00e0 l&rsquo;approfondissement du \u00ab&#160;je&#160;\u00bb&nbsp;narratif tout au long de ses vingt ans de production non fictionnelle. Dans <em>L&rsquo;Adversaire<\/em>, Carr\u00e8re semble surtout un auteur qui tente de comprendre le meurtrier dont il parle&#160;: son int\u00e9riorit\u00e9 n&rsquo;entre gu\u00e8re en jeu. Il en va de m\u00eame dans <em>Limonov<\/em>. Ce n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus le cas dans <em>Un roman russe<\/em>, dans lequel une grande partie de l&rsquo;histoire de sa famille est mise en lumi\u00e8re, tout comme dans <em>D\u2019autres vies que la mienne <\/em>\u2014 en d\u00e9pit de son titre. <em>Le Royaume<\/em> enfin s&rsquo;ouvre sur une longue section qui raconte avec force d\u00e9tails une p\u00e9riode douloureuse de sa vie d&rsquo;adulte. De ce point de vue, les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es des livres de Carr\u00e8re repr\u00e9sentent un acte de substantivation progressive qui culmine avec<em> Yoga<\/em>&#160;: le lent raffinement d&rsquo;une machine stylistico-\u00e9pist\u00e9mologique qui, en broyant les th\u00e8mes les plus disparates, a donn\u00e9 de plus en plus de place \u00e0 la figure de Carr\u00e8re lui-m\u00eame.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de <em>Yoga<\/em>, cette machine semble s\u2019enrayer par moments. L&rsquo;\u00e9pisode silencieux qui a d\u00e9clench\u00e9 la d\u00e9pression de Carr\u00e8re est li\u00e9, dans son histoire, \u00e0 l&rsquo;amante inconnue avec laquelle il avait vu la lumi\u00e8re. Vers la fin du livre, Carr\u00e8re admet que l&rsquo;histoire est dans une certaine mesure le r\u00e9sultat d&rsquo;une invention litt\u00e9raire, tout comme la figure de Frederica, au milieu de la quatri\u00e8me partie. Il y a quelque chose d\u2019irr\u00e9ductiblement d\u00e9rangeant dans cette r\u00e9v\u00e9lation&nbsp;&#160;: non seulement parce que, en th\u00e9orie, toute la construction stylistique et \u00e9pist\u00e9mologique de la litt\u00e9rature de Carr\u00e8re est bas\u00e9e sur la v\u00e9rit\u00e9 de ce qu&rsquo;il dit de lui-m\u00eame&#160;; mais aussi parce que, de fa\u00e7on cruciale, ces deux figures agissent comme des pivots entre les diff\u00e9rentes parties du roman. L\u2019amante myst\u00e9rieuse est celle par qui le yoga est reli\u00e9 \u00e0 la d\u00e9pression. Frederica est celle qui relie la d\u00e9pression \u00e0 la crise des migrants. Si les deux figures sont remani\u00e9es ou purement fictives, ces parties sont d\u00e9connect\u00e9es, juxtapos\u00e9es. Le sens de l&rsquo;ensemble est perdu.L&rsquo;un des points o\u00f9 cela est le plus \u00e9vident est la transition entre la deuxi\u00e8me et la troisi\u00e8me partie \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire entre la crise qui suit l\u2019attentat contre <em>Charlie Hebdo<\/em> et l&rsquo;\u00e9pisode d\u00e9pressif proprement dit. Ce dernier est relat\u00e9 sans aucune r\u00e9f\u00e9rence chronologique, et au-del\u00e0 de quelque chose de labile et d&rsquo;arbitraire comme l&rsquo;ordre des chapitres, rien n&rsquo;indique si cela s&rsquo;est pass\u00e9 une semaine, six mois ou deux ans plus tard. Le \u00ab&#160;petit livre souriant et subtil&#160;\u00bb avait d\u00e9j\u00e0 fait naufrage. Si <em>Yoga<\/em> devait \u00eatre un livre sur le yoga (ou l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;un livre sur le yoga), la d\u00e9pression et ce qui suit n&rsquo;auraient pas d\u00fb y trouver leur place. S\u2019il devait s\u2019agir d&rsquo;un livre sur la d\u00e9pression, on ne comprend pas pourquoi il d\u00e9bute par deux cents pages d\u2019autopsie d&rsquo;un livre rat\u00e9 sur le yoga. La seule chose que les deux th\u00e8mes ont en commun est qu&rsquo;ils ont fait souffrir Emmanuel Carr\u00e8re. La machine stylistico-\u00e9pist\u00e9mologique, apr\u00e8s avoir tout broy\u00e9, se retrouve \u00e0 se broyer elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui souffrent ne sont s\u00fbrs de rien, sinon de l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 de leur propre douleur. Il n&rsquo;est pas surprenant de constater que <em>Yoga<\/em> est parsem\u00e9 de signes d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9. Certains sont conscients, d&rsquo;autres non.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&#160;&nbsp;Je sais que ces souvenirs n\u2019ont d\u2019int\u00e9r\u00eat que pour moi, pour Anne et pour les gar\u00e7ons&#160;\u00bb, \u00e9crit Carr\u00e8re apr\u00e8s une page o\u00f9 il \u00e9voque certains \u00e9t\u00e9s familiaux en Bretagne, o\u00f9 il venait de commencer \u00e0 m\u00e9diter, \u00ab&#160;&nbsp;mais tant pis, tant pis, lecteur, il faut supporter que les auteurs racontent ce genre de choses et ne les coupent pas en se relisant, comme il serait raisonnable.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En apparence, on a sous les yeux la d\u00e9monstration de force d&rsquo;un auteur si s\u00fbr de lui qu&rsquo;il reconna\u00eet qu&rsquo;un paragraphe est pr\u00e9tentieux et superflu et d\u00e9cide de l&rsquo;inclure quand m\u00eame. Mais, sous la surface, la confiance s\u2019effrite. Carr\u00e8re n&rsquo;est pas \u00e9tranger au narcissisme des d\u00e9monstrations de force auctoriales \u2014 il suffit de dire que <em>Le Royaume<\/em>, un livre dans lequel il parle de l&rsquo;\u00c9vangile, s&rsquo;ouvre par deux cents pages dans lesquelles il parle de Carr\u00e8re. Mais, en fait, il en parle avec une telle vivacit\u00e9, une telle lucidit\u00e9, une telle profondeur et une telle ironie que le lecteur est heureux d&rsquo;\u00eatre transport\u00e9 dans ses souvenirs intimes, et il ne viendrait \u00e0 l\u2019esprit de personne \u2014 et encore moins \u00e0 celui de Carr\u00e8re&#160;! \u2014 de penser qu&rsquo;ils ne sont pas int\u00e9ressants. C&rsquo;est l&rsquo;auteur qui leur conf\u00e8re cette valeur. Dans <em>Yoga<\/em>, il n&rsquo;est pas certain qu\u2019il en soit toujours aussi capable.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres signes d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9, moins conscients, sont tout aussi patents. Par exemple, la premi\u00e8re partie du livre \u2014 plus de 150 pages d&rsquo;observations souriantes et subtiles sur la m\u00e9ditation \u2014 est remplie de proph\u00e9ties et de rappels sur la catastrophe qui est sur le point de s&rsquo;abattre sur Carr\u00e8re. Outre une premi\u00e8re page qui mentionne le terrorisme djihadiste et la crise des r\u00e9fugi\u00e9s \u2014 et une date, janvier 2015, qui \u00e9blouit le lecteur fran\u00e7ais comme une fus\u00e9e de d\u00e9tresse \u2014&nbsp;toutes les quinze \u00e0 vingt pages, Carr\u00e8re ressent le besoin de se rappeler que tout ce calme et cette d\u00e9tente vont prendre fin, que la moelle de l&rsquo;histoire est \u00e0 venir. S&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un gadget pour cr\u00e9er une atmosph\u00e8re, la premi\u00e8re page (ou encore la quatri\u00e8me de couverture, identique) aurait suffi. Il est \u00e9vident qu&rsquo;il y a quelque chose de plus&#160;: Carr\u00e8re a peur que le lecteur s&rsquo;ennuie. L&rsquo;id\u00e9e du \u00ab&#160;petit livre souriant et subtil&#160;\u00bb, qui lui semblait bonne quand il se sentait bien, lui semble terne et ennuyeuse. Ici aussi, il invite le lecteur \u00e0 \u00ab&#160;&nbsp;supporter que les auteurs racontent ce genre de choses&#160;\u00bb, en lui promettant que les feux d&rsquo;artifice arriveront bient\u00f4t.Parall\u00e8lement \u00e0 sa d\u00e9sarticulation structurelle, le livre pr\u00e9sente \u00e9galement un texte fragment\u00e9, divis\u00e9 en chapitres tr\u00e8s courts qui ont pour titres des bouts de phrase qui reprennent \u2014&nbsp;en les anticipant, en les commentant, ironiquement \u2014 le contenu du court texte \u00e0 venir. La technique, en soi, est plus ou moins traditionnelle, mais pour Carr\u00e8re, c&rsquo;est une nouveaut\u00e9 et il est difficile de ne pas la consid\u00e9rer, au vu de l&rsquo;atmosph\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale du livre, comme une sorte de r\u00e9signation \u00e9pist\u00e9mique. Le signe litt\u00e9raire des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es de la production de Carr\u00e8re \u00e9tait la composition de l&rsquo;insoluble \u2014 en combinant par exemple son autobiographie et une enqu\u00eate sur l&rsquo;\u00c9vangile, la vie d&rsquo;un \u00e9crivain bourgeois et celle d&rsquo;un imposteur devenu meurtrier, et en synth\u00e9tisant dans ces unions une conscience \u00e9clairante ou une v\u00e9rit\u00e9 profonde. Dans <em>Yoga<\/em>, il y a bien une combinaison d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, mais elle ne s&rsquo;accompagne d&rsquo;aucune confiance dans la possibilit\u00e9 de leur synth\u00e8se productive. Voici, semble dire l&rsquo;auteur, un r\u00e9sum\u00e9 de mon premier stage de tai-chi. Voici mon discours d&rsquo;enterrement pour Bernard. Voici la quatri\u00e8me de couverture du livre que je n&rsquo;ai pas \u00e9crit. Voici un rapport sur les \u00e9lectrochocs. Voici une sc\u00e8ne de sexe. Il doit y avoir un fil conducteur dans tout cela, lecteur. Je n&rsquo;ai aucune id\u00e9e de ce que c&rsquo;est.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai dit \u00ab&#160;&nbsp;ins\u00e9curit\u00e9&#160;\u00bb, j&rsquo;ai dit \u00ab&#160;&nbsp;r\u00e9signation&#160;\u00bb. Carr\u00e8re parle de \u00ab&#160;&nbsp;d\u00e9pression&#160;\u00bb, en se r\u00e9f\u00e9rant uniquement au contenu d&rsquo;une certaine partie du livre. Le sentiment en le lisant est qu&rsquo;ici la d\u00e9pression est d&rsquo;abord formelle. Il fait face \u00e0 une forme h\u00e9sitante, incertaine tant du m\u00e9rite des parties qu&rsquo;elle assemble que de sa propre capacit\u00e9 \u00e0 les r\u00e9unir en un tout qui serait en quelque sorte valable et compact.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela fait de toute analyse du livre une op\u00e9ration moralement ambigu\u00eb, car en signaler les probl\u00e8mes signifie peut-\u00eatre pointer et bl\u00e2mer les effets du mal dont il parle. De plus, ce qui, d&rsquo;un certain point de vue, est une d\u00e9faillance objective, appara\u00eet, d&rsquo;un autre point de vue, ins\u00e9parablement, bien qu&rsquo;involontairement, li\u00e9 \u00e0 sa raison profonde, \u00e0 son th\u00e8me. D&rsquo;une certaine mani\u00e8re, un \u00ab&#160;petit livre souriant et subtil&#160;\u00bb sur la d\u00e9pression, \u00e9crit dans un style clair et ma\u00eetris\u00e9, serait peu sinc\u00e8re et finalement contradictoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne fait aucun doute que ce livre sur un livre rat\u00e9 est lui-m\u00eame, en un sens, rat\u00e9. Les mat\u00e9riaux qu&rsquo;il assemble sont h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et disjoints. La voix qui les raconte semble parfois presque une imitation de celle de Carr\u00e8re, tout aussi talentueuse en surface mais avec un manque de profondeur, une partition interpr\u00e9t\u00e9e avec la virtuosit\u00e9 creuse d&rsquo;un plan m\u00e9canique. Mais ce n&rsquo;est pas tout. Il y a quelque chose d&rsquo;obsc\u00e8ne \u00e0 juxtaposer la douleur d&rsquo;un homme riche et d\u00e9pressif \u00e0 la souffrance d&rsquo;un enfant r\u00e9fugi\u00e9, ou \u00e0 se concentrer sur sa propre douleur lors de la mort d&rsquo;une connaissance dans un attentat terroriste. Carr\u00e8re est conscient de cette obsc\u00e9nit\u00e9, comme il est apparemment conscient de tout, et l&rsquo;attribue \u00e0 un d\u00e9sespoir si profond qu&rsquo;il lui a \u00e9t\u00e9 impossible d&rsquo;avoir acc\u00e8s \u00e0 autre chose qu&rsquo;\u00e0 sa propre douleur. Cette excuse a quelque chose de creux, tout comme l&rsquo;ellipse couvrant les raisons de sa d\u00e9pression, motiv\u00e9e par le d\u00e9sir de respecter l&rsquo;intimit\u00e9 des autres&#160;: ce d\u00e9sir est clairement en conflit avec l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame d&rsquo;\u00e9crire un livre comme celui-ci, \u00e0 tel point que dans ce vide, la presse fran\u00e7aise s\u2019est fait l\u2019\u00e9cho d\u2019un tourbillon de ragots, probablement plus douloureux pour les personnes concern\u00e9es que toute explication qu&rsquo;il aurait pu donner.&nbsp;Carr\u00e8re a souvent utilis\u00e9 une sorte de franchise sans scrupules pour d\u00e9sarmer ses critiques, admettant et affichant ses d\u00e9fauts afin de les revendiquer avant qu&rsquo;ils ne puissent lui \u00eatre reproch\u00e9s. Dans <em>Yoga<\/em>, il recourt, mais pas assez, \u00e0 ce proc\u00e9d\u00e9, notamment parce que les mensonges et les silences qu&rsquo;il d\u00e9voile ne sont pas int\u00e9gralement d\u00e9voil\u00e9s, comme le souligne Devynck. L&rsquo;exc\u00e8s, l&rsquo;obsc\u00e9nit\u00e9, la partie de ses faiblesses qui est \u00e9vidente non pas au service de sa strat\u00e9gie mais malgr\u00e9 ses efforts, est peut-\u00eatre l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus puissant et le plus authentique du livre. Il est possible que <em>Yoga <\/em>\u00e9choue \u00e0 d\u00e9crire la d\u00e9pression et la lutte pour la paix int\u00e9rieure. Mais il est \u00e9blouissant comme illustration ou comme exemple de ses effets.<\/p>\n\n\n\n<p>Carr\u00e8re est l&rsquo;un des plus grands \u00e9crivains vivants. De ce point de vue, un livre rat\u00e9 de sa plume a autant de valeur que les autres, ne serait-ce que parce qu&rsquo;il met en lumi\u00e8re, \u00e0 contre-jour, tout ce qui est r\u00e9ussi dans les pr\u00e9c\u00e9dents, comme une sorte de cl\u00e9 d&rsquo;interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n\n\n<p>Carr\u00e8re lui-m\u00eame \u00e9crit que <em>Yoga <\/em>sera int\u00e9ressant surtout pour ceux qui ont lu ses autres livres, et il ne fait aucun doute que c&rsquo;est le cas. Non seulement parce que, centr\u00e9 comme il l&rsquo;est sur Carr\u00e8re, il suppose un int\u00e9r\u00eat pour sa personne et une familiarit\u00e9 avec ses \u00e9crits pass\u00e9s&#160;; mais surtout parce qu&rsquo;\u00e0 bien des \u00e9gards, <em>Yoga<\/em> semble \u00eatre le point d&rsquo;aboutissement du chemin d&rsquo;autofiction commenc\u00e9 avec <em>L&rsquo;Adversaire<\/em>. C&rsquo;est une exp\u00e9rience radicale \u00e0 laquelle sa machine litt\u00e9raire, qu\u2019il a affin\u00e9e pendant vingt ans, a \u00e9t\u00e9 soumise. Comme ses lecteurs l&rsquo;ont d\u00e9couvert, c&rsquo;\u00e9tait une machine tr\u00e8s puissante, capable de g\u00e9n\u00e9rer du savoir et de l&rsquo;\u00e9merveillement&#160;; et elle \u00e9tait, ou semblait, extr\u00eamement ductile, capable de s&rsquo;adapter avec la m\u00eame agilit\u00e9 et la m\u00eame \u00e9l\u00e9gance aux contenus les plus disparates \u2014&nbsp;autobiographiques ou non.<\/p>\n\n\n\n<p>Carr\u00e8re y a mis une histoire br\u00fblante. La machine a fondu.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 le r\u00e9sultat, peut-\u00eatre le plus int\u00e9ressant, que <em>Yoga <\/em>laisse au lecteur. La d\u00e9couverte des zones d&rsquo;ombre conduit \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer la lumi\u00e8re. Dans ses livres de non-fiction, Carr\u00e8re a d\u00e9velopp\u00e9 avec beaucoup d&rsquo;habilet\u00e9 une technique litt\u00e9raire quelque peu nouvelle&#160;: une voix \u00e0 la premi\u00e8re personne \u00e0 la fois intime et prosa\u00efque, amus\u00e9e et sage, ironique et fascinante, faisant autorit\u00e9 non pas \u00e0 cause d&rsquo;un exc\u00e8s de confiance mais par la sinc\u00e9rit\u00e9 avec laquelle elle affichait ses ins\u00e9curit\u00e9s. Ses d\u00e9clarations, les critiques, mais surtout le son de cette voix ont amen\u00e9 les lecteurs \u00e0 la cataloguer comme une voix de non-fiction, non pas tant parce que ce qu&rsquo;il disait \u00e9tait vrai mais parce que la fa\u00e7on dont il le disait paraissait aussi vraie que spontan\u00e9e. Dans <em>Yoga<\/em>, cette voix s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e insuffisante, r\u00e9v\u00e9lant, r\u00e9trospectivement, ce qui \u00e9tait construit et contr\u00f4l\u00e9 dans sa spontan\u00e9it\u00e9 et sa v\u00e9rit\u00e9. Cela ne veut pas dire qu&rsquo;elle \u00e9tait fausse et mensong\u00e8re. Cela signifie que dans cette voix non-fictionnelle, il y avait une forte composante d&rsquo;invention&#160;: non pas des faits au sens strict du terme, mais d\u2019un \u00ab&#160;&nbsp;je&nbsp;&#160;\u00bb narratif et d\u2019un point de vue sur le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une interview publi\u00e9e en 2013 dans la <em>Paris Review<\/em>, pour la s\u00e9rie <em>The Art of Non-Fiction<\/em>, on demande \u00e0 Carr\u00e8re s&rsquo;il a l&rsquo;intention de r\u00e9\u00e9crire des romans, et il r\u00e9pond sans h\u00e9siter oui. <em>Yoga <\/em>donne le sentiment d&rsquo;\u00eatre un livre de transition, et je ne serais pas surpris si, r\u00e9trospectivement, Carr\u00e8re voyait l\u00e0 une raison d&rsquo;abandonner un certain chemin litt\u00e9raire autobiographique \u2014 non pas comme une filon qui s\u2019\u00e9puiserait, mais comme un monde lointain que l&rsquo;on a fini d&rsquo;explorer, avant d\u2019avoir l&rsquo;envie d&rsquo;en explorer un nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;article de Devynck montre clairement qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 quitter ce chemin. La r\u00e9v\u00e9lation de la mani\u00e8re dont Carr\u00e8re a abus\u00e9 de ses droits a un poids dans le jugement \u00e9thique qui peut \u00eatre port\u00e9 sur ce livre. La d\u00e9couverte d&rsquo;une alt\u00e9ration du r\u00e9cit sur une question aussi br\u00fblante que la crise des r\u00e9fugi\u00e9s ne peut que conduire \u00e0 un jugement politique. Mais d&rsquo;un point de vue litt\u00e9raire, plus qu&rsquo;un jugement, on doit faire le simple constat que Carr\u00e8re fait d\u00e9j\u00e0 quelque chose d&rsquo;autre \u2014&nbsp;ou peut-\u00eatre l&rsquo;a-t-il toujours fait. La notion d&rsquo;autofiction pr\u00e9sente des caract\u00e9ristiques qui la rendent difficile \u00e0 appliquer dans ce cas (par exemple, on suppose g\u00e9n\u00e9ralement qu&rsquo;elle se d\u00e9clare comme telle), mais elle semble indiquer la voie \u00e0 suivre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9crivant le pic de sa d\u00e9pression, Carr\u00e8re annonce au passage qu&rsquo;il a besoin d&rsquo;une image consolatrice et optimiste pour clore le livre, et elle lui semble impossible \u00e0 trouver. Pourtant, dans le dernier fondu rose, cette image est l\u00e0. On peut se demander si c&rsquo;est \u00ab&#160;&nbsp;vrai&#160;\u00bb ou non, mais en fin de compte, s&rsquo;il y a bien quelque chose que la lecture de <em>Yoga<\/em> prouve, c&rsquo;est que r\u00e9pondre simplement par <em>oui<\/em> ou par <em>non<\/em> \u00e0 cette question est in\u00e9vitablement insatisfaisant. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9crivain Vincenzo Latronico a lu le dernier Carr\u00e8re. 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