{"id":89289,"date":"2020-10-28T06:29:00","date_gmt":"2020-10-28T05:29:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=89289"},"modified":"2020-10-28T13:17:55","modified_gmt":"2020-10-28T12:17:55","slug":"le-pape-francois-lespagne-et-le-retour-de-rome","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/28\/le-pape-francois-lespagne-et-le-retour-de-rome\/","title":{"rendered":"Le pape Fran\u00e7ois, l’Espagne et le retour de Rome"},"content":{"rendered":"\n
Le samedi 24 octobre, le pape Fran\u00e7ois a re\u00e7u le Premier ministre espagnol Pedro S\u00e1nchez et sa d\u00e9l\u00e9gation lors d’une audience publique qui a dur\u00e9 environ quarante minutes. Il est important de rappeler que la derni\u00e8re fois que le Vatican a rencontr\u00e9 un repr\u00e9sentant de l’\u00c9tat espagnol, c’\u00e9tait en 2013, lors d’une rencontre priv\u00e9e et sans signification particuli\u00e8re avec l’ancien dirigeant conservateur Mariano Rajoy. Cette fois-ci, les choses ont \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rentes compte tenu du contexte europ\u00e9en particulier. Cette rencontre a lieu quelques jours apr\u00e8s le Forum Espagne-Italie, au cours duquel Giuseppe Conte et Pedro S\u00e1nchez ont convenu d’une collaboration durable entre les deux pays du Sud de l’Union les plus durement touch\u00e9s par la pand\u00e9mie. Comme le note Francesco Olivo dans La Stampa<\/em>, les relations entre les pays n’ont pas connu un tel niveau de collaboration depuis de nombreuses d\u00e9cennies <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. On peut dire que Rome est revenue \u00e0 la politique espagnole, et que l’Espagne est revenue \u00e0 Rome, et ce, d’une mani\u00e8re qui s’\u00e9carte des positions traditionalistes et ultramontaines pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es par le catholicisme espagnol. Le nouvel axe Rome-Madrid d\u00e9place cette posture monarchique archa\u00efque, en optant pour des collaborations communes dans lesquelles l’\u00e9quilibre institutionnel triomphe des extr\u00eames id\u00e9ologiques.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Il n’est donc pas surprenant que l’audition publique du pape Fran\u00e7ois avec le ministre S\u00e1nchez, qui a dur\u00e9 un peu plus de neuf minutes, ait soulign\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de s’\u00e9loigner de la confrontation id\u00e9ologique en citant le livre Sindrome 1933<\/em> (2019) de Siegmund Ginzberg comme un avertissement d’une possible perp\u00e9tuation de la crise politique \u00e0 l’\u00e9chelle europ\u00e9enne similaire \u00e0 celle de la R\u00e9publique de Weimar. Bien que Fran\u00e7ois n’ait fait allusion \u00e0 aucun acteur de la politique int\u00e9rieure espagnole de fa\u00e7on directe, tout spectateur attentif aura per\u00e7u un message envoy\u00e9 de fa\u00e7on manifeste au parti politique d’extr\u00eame droite Vox qui, pas plus tard que cette semaine, a d\u00e9pos\u00e9 une motion parlementaire rat\u00e9e pour que la coalition gouvernementale de S\u00e1nchez commence, dans un effort pour d\u00e9l\u00e9gitimer davantage la gestion gouvernementale de l’\u00e9pid\u00e9mie du virus <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Comme l’a d\u00e9clar\u00e9 le pape Fran\u00e7ois \u00e0 S\u00e1nchez et \u00e0 sa d\u00e9l\u00e9gation : \u00ab La patrie (patria<\/em>) est une chose que nous avons re\u00e7ue de nos p\u00e8res, et en tant que telle, nous devons la construire avec le consentement de notre peuple en dehors de toute man\u0153uvre id\u00e9ologique \u00bb. Bien que la mission globale de l’\u00c9glise de Fran\u00e7ois ait \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie, il est particuli\u00e8rement pertinent de t\u00e9moigner d’une intervention o\u00f9 le patriotisme \u00e9tait au centre. Ce n’est que r\u00e9cemment que des forces politiques de gauche, comme le parti vert M\u00e1s Madrid<\/em> d’\u00cd\u00f1igo Errej\u00f3n, ont bris\u00e9 le monopole de la droite espagnole sur le patriotisme en faveur d’une alternative engag\u00e9e dans des valeurs telles que l’environnement, le plurinationalisme et le bien-\u00eatre social <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Afin d’\u00e9viter toute ambigu\u00eft\u00e9 sur ses motifs en mati\u00e8re de patriotisme, le pape a \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9 \u00ab la fantaisie traditionaliste qui veut revenir aux sources \u00bb, soulignant que l’essence th\u00e9ologique du \u00ab pater<\/em> \u00bb (p\u00e8re) n’est pas seulement s\u00e9diment\u00e9e dans un pass\u00e9 p\u00e9trifi\u00e9, mais aussi capable d’\u00e9voluer dans le pr\u00e9sent vers le futur. Cette distance extr\u00eame par rapport \u00e0 la position traditionaliste ou int\u00e9griste adopt\u00e9e par une nouvelle droite catholique nationaliste confirme la vision de l’\u00c9glise de Fran\u00e7ois comme une institution vivante qui ne se pr\u00e9occupe pas seulement de la \u00ab science des derni\u00e8res choses \u00bb \u2013\u202fcomme Erik Peterson, le th\u00e9ologien central pendant le mandat du Pape Beno\u00eet XVI, a d\u00e9fini l’essence de l’\u00c9glise \u2013\u202fmais plut\u00f4t de l’exercice d’une activit\u00e9 pastorale globale immerg\u00e9e dans les affaires g\u00e9opolitiques <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Suivant les le\u00e7ons du th\u00e9ologien du XXe<\/sup> si\u00e8cle Hans Urs von Balthasar, Fran\u00e7ois n’a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer les id\u00e9ologues catholiques traditionalistes comme des \u00ab je-sais-tout, qui pensent avoir le monopole du jugement infaillible et des proph\u00e8tes autol\u00e9gitim\u00e9s \u00bb <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. De cette fa\u00e7on, l’\u00c9glise de Fran\u00e7ois est devenue un m\u00e9diateur entre les nations et les grands desseins r\u00e9gionaux pour un plus grand \u00e9quilibre inter\u00e9tatique. De m\u00eame, l’accent mis sur le patriotisme complique tout r\u00e9cit qui cherche \u00e0 r\u00e9duire l’\u00c9glise de Fran\u00e7ois \u00e0 un instrument de pr\u00e9servation de l’ordre mondial multiculturel ax\u00e9 sur le march\u00e9. Le message du Vatican \u00e0 l’Espagne s’\u00e9loigne de cette dichotomie, en sugg\u00e9rant que le maintien d’une patrie n’est possible qu’en minimisant la confrontation id\u00e9ologique et en renfor\u00e7ant les efforts de collaboration supranationale.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Il ne fait aucun doute que la rencontre entre le pape Fran\u00e7ois et le Premier ministre S\u00e1nchez aura des cons\u00e9quences importantes sur la politique int\u00e9rieure espagnole, en particulier sur les secteurs de la droite, qui se trouve dans une double ambition contradictoire d’attaquer la l\u00e9gitimit\u00e9 du gouvernement S\u00e1nchez, tout en se pr\u00e9sentant comme v\u00e9ritable loyaliste de l’UE, comme on l’a r\u00e9cemment affirm\u00e9 dans ces colonnes <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans ce contexte, la position patriotique de Fran\u00e7ois envoie un message tr\u00e8s clair \u00e0 la droite espagnole : il est incoh\u00e9rent pour toute force politique de d\u00e9fendre les deux positions \u00e0 la fois. Plus important encore, le pape Fran\u00e7ois voit cette contradiction en contradiction avec la mission actuelle de l’\u00c9glise. En m\u00eame temps, nous ne serions pas surpris que le message de Fran\u00e7ois soit instrumentalis\u00e9 par le leader conservateur Pablo Casado (PP) afin de prendre une distance politique suppl\u00e9mentaire par rapport \u00e0 la radicalisation de l’extr\u00eame droite Vox.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Ce qui est clair, c’est que le Vatican, dans le sillage de la pand\u00e9mie, est devenu un nouveau centre d’influence pour les pays du Sud qui pourrait r\u00e9orienter le futur proche de la M\u00e9diterran\u00e9e en tant que r\u00e9gion int\u00e9gr\u00e9e coh\u00e9sive. C’est la vision pr\u00e9conis\u00e9e par Josep Vincent Boira, g\u00e9ographe valencien et directeur du plus grand projet d’infrastructure espagnol, in Roma i nosaltres<\/em> (2019). M. Boira a lui-m\u00eame particip\u00e9 au Forum hispano-italien de la semaine derni\u00e8re, o\u00f9 il a donn\u00e9 des conseils sur les ressources du corridor m\u00e9diterran\u00e9en en tant qu’opportunit\u00e9 d’int\u00e9gration dans le temps <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00c0 la surprise des id\u00e9ologues politiques, la nouvelle centralit\u00e9 de Rome est d\u00e9sormais investie dans des mod\u00e8les d’organisation territoriale et infrastructurelle, ce qui relaxe la flexibilit\u00e9 institutionnelle et neutralise la tentation d’un grand espace imp\u00e9rial. La nouvelle centralit\u00e9 de Rome dans les affaires r\u00e9gionales ne se projette plus comme une autorit\u00e9 archa\u00efque et providentielle, comme le favorisait historiquement la politique catholique traditionnelle ultramontaine. L’\u00c9glise de Fran\u00e7ois s’est \u00e9loign\u00e9e de cette tradition, favorisant une nouvelle r\u00e9invention politique tout en facilitant les efforts de collaboration entre l’Espagne et l’Italie au-del\u00e0 des contraintes temporelles des mandats pr\u00e9sidentiels.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Le samedi 24 octobre, le pape Fran\u00e7ois a re\u00e7u le Premier ministre espagnol Pedro S\u00e1nchez et sa d\u00e9l\u00e9gation, lors d’une audience publique qui a dur\u00e9 environ quarante minutes. Il est important de rappeler que la derni\u00e8re fois que le Vatican a rencontr\u00e9 un repr\u00e9sentant de l’\u00c9tat espagnol, c’\u00e9tait en 2013, lors d’une rencontre priv\u00e9e et sans particuli\u00e8re relevance avec l’ancien dirigeant conservateur Mariano Rajoy. Cette fois-ci, les choses ont \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rentes compte tenu du contexte europ\u00e9en particulier.<\/p>\n","protected":false},"author":175,"featured_media":89290,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-briefings.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1731,2157],"tags":[],"geo":[1943,543,2204],"class_list":["post-89289","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-politique","category-religion","staff-gerardo-munoz","geo-madrid","geo-mediterranee","geo-rome"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\n