{"id":88285,"date":"2020-10-21T22:09:00","date_gmt":"2020-10-21T20:09:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=88285"},"modified":"2020-10-21T21:44:08","modified_gmt":"2020-10-21T19:44:08","slug":"la-banque-mondiale-et-lafrique-le-pouls-ou-la-thrombose-de-la-pensee-economique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/21\/la-banque-mondiale-et-lafrique-le-pouls-ou-la-thrombose-de-la-pensee-economique\/","title":{"rendered":"La Banque mondiale et l\u2019Afrique : le pouls ou la thrombose de la pens\u00e9e \u00e9conomique ?"},"content":{"rendered":"\n
Le Bureau de l\u2019\u00e9conomiste en chef de la Banque mondiale pour la r\u00e9gion Afrique a livr\u00e9 un rapport intitul\u00e9 Africa\u2019s Pulse<\/em> <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> sur l\u2019impact de la Covid-19 sur l\u2019Afrique et les saines politiques que le continent doit mettre en \u0153uvre pour retrouver la croissance. Les banalit\u00e9s des constats et des propositions rejoignent la faiblesse de l\u2019analyse statistique. Tout cela ne serait pas bien grave si les erreurs de strat\u00e9gie \u00e9conomique n\u2019avaient pas des cons\u00e9quences terribles en mati\u00e8re de pauvret\u00e9 et de faim. Ainsi au Nig\u00e9ria, la premi\u00e8re\u00a0 \u00e9conomie\u00a0du\u00a0continent, qui d\u00e9passe la RSA, l\u2019inflation ronge les revenus de la population qui doit se nourrir. Les politiques restrictives \u00e0 l\u2019importation de produits alimentaires <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> comme \u00e0 leur exportation sont les principales explications de cette situation. Au Nig\u00e9ria comme dans toute l\u2019Afrique, la principale affectation de la consommation est l\u2019achat de nourriture. Celle-ci est largement import\u00e9e comme les intrants de l\u2019agriculture et il faut donc disposer de devises. Les gouvernements et les banques centrales n\u2019ont pas envie de s\u2019en s\u00e9parer <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> alors que la charge du service de la dette reste tr\u00e8s lourde du fait de l\u2019alourdissement et de la structure de l\u2019endettement.<\/p>\n\n\n\n Au Niger voisin, la dette qui repr\u00e9sentait 30 % du PIB en 2014, repr\u00e9sente en 2020 60 % du PIB \u00e0 la veille d\u2019\u00e9lections pr\u00e9sidentielles qui inspirent des concessions salariales et des avantages aux fonctionnaires. Pendant ce temps des millions de personnes sombrent au Niger dans la trappe de pauvret\u00e9 (comme au Nig\u00e9ria). Mais cette dimension vitale de la crise n\u2019est pas illustr\u00e9e quand la Banque mondiale prend le pouls de l\u2019Afrique. Le diagnostic est bien vieillot. Que ce soit pour la M\u00e9diterran\u00e9e ou l\u2019Afrique sub-saharienne, la Banque r\u00e9p\u00e8te : \u00ab Dans ce contexte, la pand\u00e9mie de la Covid-19 offre aux pays de la r\u00e9gion une excellente occasion de repenser leurs politiques \u00e9conomiques et sociales et de renforcer l\u2019int\u00e9gration commerciale, tout en r\u00e9duisant leur d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du p\u00e9trole \u00bb. Le Nig\u00e9ria et le Niger ne sont pas des victimes du p\u00e9trole, au contraire. C\u2019est la lenteur de la lib\u00e9ralisation des \u00e9changes et aussi le sacrifice de l\u2019agriculture africaine dans les programmes des bailleurs de fonds qui sont au c\u0153ur du d\u00e9sastre que conna\u00eet une bonne partie de l\u2019Afrique.<\/p>\n\n\n\n Africa\u2019s pulse<\/em> semble red\u00e9couvrir que des contraintes existent de nature logistique et bureaucratique. Que cela ne fonctionne pas comme dans les pays de l\u2019OCDE. Et de recommander plus d\u2019int\u00e9gration un \u00ab march\u00e9 num\u00e9rique commun qui am\u00e9liorera la productivit\u00e9 et la r\u00e9silience des \u00e9conomies. Sans compter que la perspective d\u2019acc\u00e9der enfin \u00e0 un march\u00e9 r\u00e9gional plus vaste attirera les investisseurs aujourd\u2019hui d\u00e9courag\u00e9s par les barri\u00e8res douani\u00e8res et r\u00e9glementaires servant des int\u00e9r\u00eats locaux de courte vue. \u00bb <\/p>\n\n\n\n Et de ressortir la rengaine de la cha\u00eene de valeur <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> alors que le Maroc, qui est le plus engag\u00e9, avec Tangier mutant en zone franche, un TGV, un all\u00e8gement des contr\u00f4les douanier, va subir de plein fouet l\u2019arr\u00eat des usines des groupes fran\u00e7ais et l\u2019arr\u00eat au d\u00e9collage du p\u00f4le a\u00e9ronautique annonc\u00e9 en 2019. Peut-\u00eatre qu\u2019en prenant davantage d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 leurs coll\u00e8gues de l\u2019UNECA ou des cabinets africains, les \u00e9conomistes de la Banque auraient pu r\u00e9aliser que la Covid-19 n\u2019affecte pas trop les exportations <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span> du Kenya et de l\u2019\u00c9thiopie parce que ces pays valorisent leurs mati\u00e8res premi\u00e8res (fleurs, th\u00e9, caf\u00e9, coton) et gardent des clients importants de la Chine au Royaume Uni. La diversification \u00e9conomique de l\u2019Afrique est un mantra depuis le rapport Berg mais aucune politique de l\u2019aide internationale n\u2019a concentr\u00e9 les ressources financi\u00e8res sur cet objectif. Le Tchad exploite son p\u00e9trole et a re\u00e7u un financement de la Banque mondiale pour un pipeline <\/em>(1995) qui rejoint Kribi au Cameroun. La pollution est consid\u00e9rable dans ce port en eau profonde suppl\u00e9mentaire sur l\u2019Atlantique. Et les investissements, qui auraient pu permettre la p\u00e9rennit\u00e9 de l\u2019\u00e9levage et la valorisation du coton comme de la production de c\u00e9r\u00e9ales, sont all\u00e9s au p\u00e9trole qui permet \u00e0 la Banque mondiale et \u00e0 l\u2019AFD d\u2019\u00eatre rembours\u00e9 de leurs financements d\u2019un pays en guerre depuis 30 ans.<\/p>\n\n\n\n Le rapport Africa\u2019s Pulse<\/em> continue paradoxalement \u00e0 r\u00e9clamer un investissement dans les infrastructures. La construction de ponts et de raffineries de p\u00e9trole a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par les Chinois et la financiarisation du Nigeria et de Maurice montre que des \u00e9tapes ont \u00e9t\u00e9 saut\u00e9es qui permettent la poursuite d\u2019une mondialisation de l\u2019\u00e9conomie africaine. La Zone de libre-\u00e9change continentale africaine (ZLEC) est le d\u00e9bouch\u00e9 qui s\u2019imposera pour les p\u00f4les africains comme le Rwanda ou Djibouti qui ont \u00e9merg\u00e9 sans aucun concours strat\u00e9gique de la communaut\u00e9 des PTF. <\/p>\n\n\n\n Ceux-ci se sont comport\u00e9s comme des impub\u00e8res de la pens\u00e9e du d\u00e9veloppement en fractionnant les questions \u00e9conomiques. La pauvret\u00e9 est oubli\u00e9e dans le rapport, mais la dette qui mobilise \u00e9nergie et argent,\u00a0 de la Zambie au Mozambique, s\u2019y trouve \u00e9galement occult\u00e9e. Le plus inqui\u00e9tant est l\u2019interruption du circuit financier qui autorisait le fonctionnement des \u00e9conomies africaines sur un mode comparable \u00e0 celui des pays d\u00e9velopp\u00e9s. Les invisibles <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span> qui assurent le financement du d\u00e9ficit de la balance courante ne sont plus d\u2019actualit\u00e9. La situation de la dette ext\u00e9rieure des pays africains est sous-estim\u00e9e et les effets pr\u00e9vus par les clauses des contrats de pr\u00eats sont inconnus <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Le service de la dette africaine ne concerne plus que pour un tiers les cr\u00e9anciers multilat\u00e9raux et \u00a0la Banque mondiale sugg\u00e8re que \u00ab le report du principal, principalement d\u00fb aux cr\u00e9anciers bilat\u00e9raux officiels et non officiels (dont la Chine est le plus important), pourrait \u00eatre essentiel en 2020-21 pour r\u00e9duire le fardeau du service de la dette du Mozambique et de la Zambie <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00bb Ils n\u2019auront pas le traitement privil\u00e9gi\u00e9 du reprofilage de la dette angolaise, pays p\u00e9trolier strat\u00e9gique et lieu d\u2019affrontement avec la Chine. Et on peut citer des succ\u00e8s r\u00e9cents de diversification et de modernisation qui seront confront\u00e9s \u00e0 un gap de financement du service de la dette : \u00c9thiopie, Djibouti, S\u00e9n\u00e9gal. Le syst\u00e8me financier africain ces cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, sans que les IBW ne fassent opposition, s\u2019est transform\u00e9. Les cr\u00e9dits sous des formes de \u00ab produits structur\u00e9s \u00bb <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span> dans un pays de vieille tradition budg\u00e9taire rigoriste comme le S\u00e9n\u00e9gal ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 \u00e0 des EBU <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span> comme le montre le rapport <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span> pr\u00e9-crise de la Covid-19 r\u00e9dig\u00e9 par le\u00a0 FMI sur la transparence financi\u00e8re. C\u2019est le d\u00e9partement FAD en charge de la police budg\u00e9taire qui a \u00e9tabli ce constat sans fards de la rencontre de Veolia et de la Banque mondiale dans des PPP. L\u2019heure des comptes est venue plus vite que ne l\u2019attendait cette \u00e9valuation. La conclusion est que l\u2019\u00e9quilibre budg\u00e9taire et courant de nombreux pays africains est aussi complexe et artificiel que celui de Malte.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Le Bureau de l\u2019\u00e9conomiste en chef de la Banque mondiale pour la r\u00e9gion Afrique a livr\u00e9 un rapport sur l\u2019impact de la Covid-19 sur l\u2019Afrique et les politiques que le continent doit mettre en \u0153uvre pour retrouver la croissance. Les banalit\u00e9s des constats et des propositions rejoignent la faiblesse de l\u2019analyse statistique. 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