{"id":87826,"date":"2020-10-18T22:06:14","date_gmt":"2020-10-18T20:06:14","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=87826"},"modified":"2020-10-19T10:53:46","modified_gmt":"2020-10-19T08:53:46","slug":"haut-karabakh-ou-guerre-intermediaire-entre-puissances","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/18\/haut-karabakh-ou-guerre-intermediaire-entre-puissances\/","title":{"rendered":"Haut-Karabakh, ou guerre interm\u00e9diaire entre puissances"},"content":{"rendered":"\n
27 septembre 2020, les sir\u00e8nes anti-a\u00e9riennes retentissent \u00e0 nouveau dans la r\u00e9gion du Haut-Karabakh, alors que de violents affrontements \u00e9clatent entre les forces arm\u00e9es arm\u00e9niennes et az\u00e9ries. Il s\u2019agit de l\u2019escalade de tensions la plus violente depuis le cessez-le-feu de 1994. Ce territoire, au c\u0153ur des tensions entre Bakou et Erevan depuis pr\u00e8s de 30 ans, appartient selon le droit international \u00e0 l\u2019Azerba\u00efdjan. En pratique, c\u2019est un territoire ind\u00e9pendant, majoritairement peupl\u00e9 d\u2019arm\u00e9niens, o\u00f9 l\u2019Arm\u00e9nie stationne des troupes. Droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames et int\u00e9grit\u00e9 territoriale s\u2019opposent donc encore une fois dans un conflit \u00e0 la port\u00e9e bien plus \u00e9tendue. Tout semblait r\u00e9uni pour que le conflit refasse surface : des tensions non-r\u00e9solues, un contexte favorable et de grandissants app\u00e9tits d\u2019acteurs r\u00e9gionaux, \u00e0 commencer par l\u2019Azerba\u00efdjan lui-m\u00eame. <\/p>\n\n\n\n
En 2019, le cours du p\u00e9trole s\u2019est maintenu, profitant \u00e0 l\u2019Azerba\u00efdjan qui dispose d\u2019importantes r\u00e9serves autour de la mer Caspienne. Apr\u00e8s la chute de l\u2019URSS, l\u2019\u00e9conomie az\u00e9rie s\u2019est en effet principalement construite sur l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re qui repr\u00e9sente<\/a> 38 % de son PIB et plus de 90 % de ses exportations. Fort de ces richesses, l\u2019Azerba\u00efdjan a massivement modernis\u00e9 son arm\u00e9e en s\u2019approvisionnant principalement aupr\u00e8s de la Russie, d\u2019Isra\u00ebl et de la Turquie. Alors que le monde est aux prises avec un virus en pleine r\u00e9surgence, il peut sembler opportun pour un pays de plus en plus puissant de tenter de reconqu\u00e9rir un territoire qui persiste \u00e0 lui \u00e9chapper. Mais pour le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res fran\u00e7ais<\/a>, Jean-Yves le Drian, \u00ab la nouveaut\u00e9 c’est qu’il y a une implication militaire de la Turquie qui risque d’alimenter l’internationalisation du conflit \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Ankara soutient en effet, avec \u00ab tous ses moyens \u00bb, le \u00ab fr\u00e8re \u00bb Az\u00e9ri, a indiqu\u00e9 le ministre turc de la d\u00e9fense Hulusi Akar. La Turquie a d\u2019ailleurs, d\u00e8s juillet, particip\u00e9 \u00e0 des exercices militaires avec Bakou, peut-\u00eatre en signe pr\u00e9monitoire de la guerre actuelle. Un soutien turc de longue date qui s\u2019explique par les liens culturels tr\u00e8s forts entre les deux pays, notamment la langue, \u00e0 tel point que l\u2019ancien Pr\u00e9sident az\u00e9ri Heydar Aliyev parlait de \u00ab deux \u00c9tats, une Nation \u00bb. Rappelons \u00e9galement que l\u2019Arm\u00e9nie et la Turquie entretiennent des relations glaciales depuis le g\u00e9nocide arm\u00e9nien de 1915, qu\u2019Ankara refuse toujours de reconna\u00eetre. Au-del\u00e0 de ces consid\u00e9rations civilisationnelles, l\u2019Azerba\u00efdjan est un important fournisseur d\u2019hydrocarbures de la Turquie, qui en importe 23 %<\/a> de son gaz.<\/p>\n\n\n\n Plus largement, le conflit du Haut-Karabakh s\u2019inscrit dans la nouvelle strat\u00e9gie d\u2019influence r\u00e9gionale turque. Apr\u00e8s des d\u00e9cennies d\u2019occidentalisation, la Turquie d\u2019Erdogan op\u00e8re de fait un spectaculaire revirement politique. Les autorit\u00e9s turques ont conscience que l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019Union europ\u00e9enne rel\u00e8ve d\u00e9sormais de l\u2019utopie et jouent alors la carte d\u2019une politique centr\u00e9e sur la Turquie elle-m\u00eame. Une strat\u00e9gie qui se traduit par des interventions militaires dans les anciennes provinces ottomanes (Libye, Syrie et maintenant Caucase), une s\u00e9curisation des approvisionnements \u00e9nerg\u00e9tiques et une confrontation croissante avec ses partenaires de l\u2019OTAN, et notamment la France. Le Pr\u00e9sident Erdogan se pose aussi r\u00e9guli\u00e8rement en d\u00e9fenseur et leader du monde musulman sunnite, en t\u00e9moigne la r\u00e9cente transformation de Sainte-Sophie en Mosqu\u00e9e ou sa r\u00e9action \u00e0 la suite du discours sur le s\u00e9paratisme islamiste d\u2019Emmanuel Macron. \u00ab Qui es-tu pour parler de structurer l\u2019Islam ? \u00bb l’a-t-il invectiv\u00e9<\/a>. Non seulement pla\u00eet-il \u00e0 sa base \u00e9lectorale conservatrice, mais aussi il f\u00e9d\u00e8re autour de lui les musulmans de la r\u00e9gion \u2013 en Syrie, au Qatar ou en \u00c9gypte notamment. Au Haut-Karabakh, l\u2019argument religieux n\u2019a toutefois que peu de substance, l\u2019Azerba\u00efdjan \u00e9tant un \u00c9tat s\u00e9culaire \u00e0 majorit\u00e9 chiite. Erdogan joue donc sur une proximit\u00e9 culturelle dans une r\u00e9gion qui demeure le pr\u00e9-carr\u00e9 de la Russie. <\/p>\n\n\n\n Vladimir Poutine s\u2019est toutefois montr\u00e9 particuli\u00e8rement attentiste depuis la reprise des hostilit\u00e9s. Moscou s\u2019est pour le moment content\u00e9 d\u2019appeler \u00e0 un cessez-le-feu imm\u00e9diat et tente de jouer les m\u00e9diateurs, sans pour autant taper du poing sur la table. Compar\u00e9e \u00e0 son habituelle fermet\u00e9 dans ce qui touche \u00e0 sa sph\u00e8re d\u2019influence (Syrie, Ukraine\u2026), la position russe peut surprendre. Certes Moscou entretient des liens commerciaux et politiques \u00e9troits avec les deux ex-r\u00e9publiques sovi\u00e9tiques, et n\u2019a pas forc\u00e9ment int\u00e9r\u00eat \u00e0 prendre position trop clairement pour un camp. Mais elle laisse actuellement la Turquie s\u2019implanter dans une r\u00e9gion cl\u00e9 de sa sph\u00e8re d\u2019influence. Malgr\u00e9 la base militaire dont il dispose en Arm\u00e9nie et le trait\u00e9 d\u2019alliance qui unit les deux pays, Vladimir Poutine a d\u00e9clar\u00e9 le 7 octobre ne pas intervenir car \u00ab les combats ne se d\u00e9roulent pas sur le territoire arm\u00e9nien \u00bb. Un feu vert pour Bakou ?<\/p>\n\n\n\n Une autre grille de lecture s\u2019impose pour tenter de comprendre la position russe. Arriv\u00e9 au pouvoir en 2018 \u00e0 la suite d\u2019une r\u00e9volution, le premier ministre arm\u00e9nien Nikol Pachinian a fond\u00e9 sa politique sur la lutte contre la corruption, et sur une \u00e9mancipation relative vis-\u00e0-vis de la Russie. Il a notamment renouvel\u00e9<\/a> toute une classe dirigeante proche du Kremlin et ouvre le dialogue avec l\u2019Union europ\u00e9enne. Par cons\u00e9quent, l\u2019atonie russe peut s\u2019interpr\u00e9ter comme un geste destin\u00e9 \u00e0 signifier \u00e0 Erevan qu\u2019on ne se soustrait pas si facilement \u00e0 son influence.<\/p>\n\n\n\n\n\n Le duo Turquie-Azerba\u00efdjan profite donc d\u2019un contexte r\u00e9gional favorable et d\u2019un laisser-faire russe, qui s\u2019accompagnent aussi d\u2019un effacement des puissances traditionnelles. Les \u00c9tats-Unis de Donald Trump se retirent petit \u00e0 petit des affaires m\u00e9diterran\u00e9ennes et orientales et ce, d\u2019autant plus qu\u2019ils sont tourn\u00e9s vers les \u00e9lections et peinent \u00e0 contenir l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de COVID-19. Ce vide a finalement profit\u00e9 aux vell\u00e9it\u00e9s expansionnistes turques qui n\u2019ont finalement pas fait l\u2019objet de v\u00e9ritables remontrances, \u00e0 l\u2019exception notable de la France.<\/p>\n\n\n\n Mais cette derni\u00e8re se retrouve isol\u00e9e sur la sc\u00e8ne internationale et peine \u00e0 faire entendre sa voix. \u00c0 l\u2019OTAN, Emmanuel Macron ne peut plus compter sur le soutien am\u00e9ricain. Se tournant vers l\u2019Union europ\u00e9enne, il ne parvient pas \u00e0 d\u00e9gager de fermet\u00e9 concr\u00e8te des \u00c9tats membres, qui se contentent d\u2019agiter mollement le b\u00e2ton des sanctions qui n\u2019a d\u2019autre effet que de cristalliser davantage les tensions. Un manque de fermet\u00e9 europ\u00e9en qui mine par la m\u00eame occasion la cr\u00e9dibilit\u00e9 de Paris.<\/p>\n\n\n\n Pourtant sur le papier, l\u2019Europe n\u2019a aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 voir la situation d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer au Haut-Karabakh. Une nouvelle guerre ouverte entra\u00eenerait de nouveaux flux migratoires d\u00e9l\u00e9t\u00e8res \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne, d\u00e9j\u00e0 mise \u00e0 mal par l\u2019euroscepticisme et les mouvements anti-immigration. Cela dit, les Europ\u00e9ens comptent peut-\u00eatre sur une intervention russe en cas d\u2019escalade majeure, mais laissent donc encore une fois \u00e0 une puissance \u00e9trang\u00e8re le r\u00f4le de d\u00e9fendre leurs portes.<\/p>\n\n\n\n La guerre du Haut-Karabakh est donc un conflit qui mobilise de grands acteurs r\u00e9gionaux, auxquels s\u2019ajoutent d\u00e9sormais deux antagonistes suppl\u00e9mentaires : Isra\u00ebl et l\u2019Iran. Si on peut s\u2019attendre \u00e0 ce que l\u2019Iran soutienne l\u2019Azerba\u00efdjan chiite, il est en r\u00e9alit\u00e9 plus proche de l\u2019Arm\u00e9nie. La R\u00e9publique Islamique s\u2019inqui\u00e8te<\/a> d\u2019abord de l\u2019emprise grandissante de la Turquie et de la pr\u00e9sence djihadistes syriens que cette derni\u00e8re a envoy\u00e9 sur le front du Haut Karabakh. Enfin, T\u00e9h\u00e9ran craint qu\u2019une affirmation de l\u2019Azerba\u00efdjan \u00e9veille des vell\u00e9it\u00e9s s\u00e9paratistes au sein de sa population az\u00e9rie, d\u00e9j\u00e0 agit\u00e9e<\/a>, qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 pr\u00e8s de 15 millions d\u2019individus. <\/p>\n\n\n\nUne r\u00e9gion au c\u0153ur des zones d\u2019influence turque et russe<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nLes puissances occidentales aux abonn\u00e9s absents<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
Un autre th\u00e9\u00e2tre d\u2019affrontement entre Isra\u00ebl et l\u2019Iran<\/strong><\/h4>\n\n\n\n