{"id":87779,"date":"2020-10-20T15:52:12","date_gmt":"2020-10-20T13:52:12","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=87779"},"modified":"2020-11-20T12:26:51","modified_gmt":"2020-11-20T11:26:51","slug":"pisani-ferry-asymetries","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/20\/pisani-ferry-asymetries\/","title":{"rendered":"Le retour des asym\u00e9tries mondiales"},"content":{"rendered":"\n

Il y a cinquante ans, l\u2019id\u00e9e qu\u2019une poign\u00e9e de pays riches continuerait \u00e0 dominer le monde malgr\u00e9 la disparition du colonialisme \u00e9tait largement r\u00e9pandue <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il \u00e9tait alors commun\u00e9ment admis qu’\u00e0 moins d’une r\u00e9vision majeure du syst\u00e8me \u00e9conomique mondial, ces pays continueraient \u00e0 s\u2019enrichir consid\u00e9rablement en se livrant \u00e0 une concurrence acharn\u00e9e, tandis que les pays pauvres continueraient \u00e0 s’appauvrir, sinon dans l\u2019absolu, au moins en termes relatifs. La loi d\u2019airain d\u2019un centre concentrant le pouvoir et amassant les richesses face \u00e0 une p\u00e9riph\u00e9rie d\u00e9munie semblait inexorable.<\/p>\n\n\n\n

Historiens et \u00e9conomistes se rejoignaient souvent sur ce point. Fernand Braudel mettait en lumi\u00e8re la succession d\u2019\u00e9conomies-monde et la r\u00e9currence des articulations entre centre et p\u00e9riph\u00e9rie. Samir Amin<\/a> en \u00c9gypte, Andr\u00e9 Gunder Frank aux \u00c9tats-Unis, Gunnar Myrdal en Su\u00e8de, Fran\u00e7ois Perroux en France et Raul Prebisch en Argentine mettaient en garde contre les dynamiques de d\u00e9pendance \u00e9conomique, de perp\u00e9tuation du sous-d\u00e9veloppement et de mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s. Dans le climat intellectuel de l’\u00e9poque, beaucoup consid\u00e9raient commerce international, investissements, finance et monnaie comme autant de vecteurs d’un syst\u00e8me d\u2019\u00e9change in\u00e9gal \u00e9difi\u00e9 pour perp\u00e9tuer la domination des puissances \u00e9tablies.<\/p>\n\n\n\n

La loi d\u2019airain d\u2019un centre concentrant le pouvoir et amassant les richesses face \u00e0 une p\u00e9riph\u00e9rie d\u00e9munie semblait inexorable.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

L\u2019Histoire semblait conforter cette perspective pessimiste. Preuve en \u00e9taient les ascensions successives de cit\u00e9s-\u00c9tats depuis le XIVe<\/sup> si\u00e8cle,\u202fde Venise \u00e0 New York ; la \u00ab grande divergence \u00bb des revenus et des richesses entre, d’une part, l’Europe et ses rejets et, d’autre part, les anciennes puissances comme la Chine et l’Inde ; le d\u00e9clin relatif des prix et des revenus des producteurs de mati\u00e8res premi\u00e8res ; et, bien s\u00fbr, la perp\u00e9tuation des relations n\u00e9ocoloniales.<\/p>\n\n\n\n

Peu d’observateurs se souvenaient de l’avertissement lanc\u00e9 par Adam Smith en 1776, selon lequel si la \u00ab sup\u00e9riorit\u00e9 de la force \u00bb avait permis aux Europ\u00e9ens de \u00ab commettre impun\u00e9ment toutes sortes d’injustices \u00bb, les autochtones des pays en voie de d\u00e9veloppement \u00ab pourraient se renforcer, ou ceux d’Europe s’affaiblir \u00bb si bien que \u00ab les habitants des quatre coins du monde pourraient parvenir \u00e0 une \u00e9galit\u00e9 de courage et de force \u00bb. Ils \u00e9taient encore moins nombreux \u00e0 anticiper que cette \u00e9galit\u00e9 de force pourrait r\u00e9sulter d’une \u00ab communication mutuelle de connaissances et de transformations en tout genre qu’un vaste commerce entre tous les pays engendre naturellement, ou plut\u00f4t n\u00e9cessairement \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Deux convictions structuraient profond\u00e9ment la sombre perspective des ann\u00e9es 1970. La premi\u00e8re \u00e9tait qu’\u00e0 moins d’un changement g\u00e9opolitique majeur, les relations \u00e9conomiques internationales continueraient \u00e0 \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9es par une forte asym\u00e9trie entre le centre et la p\u00e9riph\u00e9rie. La seconde \u00e9tait qu’une telle asym\u00e9trie emp\u00eacherait le d\u00e9veloppement de la p\u00e9riph\u00e9rie. \u00ab La dure v\u00e9rit\u00e9, lan\u00e7ait Myrdal en 1975 lors de son discours de r\u00e9ception du prix Nobel, est que sans changements assez radicaux dans les modes de consommation des pays riches, tout discours pieux sur l\u2019av\u00e8nement d\u2019un nouvel ordre \u00e9conomique mondial n\u2019est que supercherie. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Peu d’observateurs se souvenaient de l’avertissement lanc\u00e9 par Adam Smith en 1776, selon lequel si la \u00ab sup\u00e9riorit\u00e9 de la force \u00bb avait permis aux Europ\u00e9ens de \u00ab commettre impun\u00e9ment toutes sortes d’injustices \u00bb, les autochtones des pays en voie de d\u00e9veloppement \u00ab pourraient se renforcer, ou ceux d’Europe s’affaiblir \u00bb si bien que \u00ab les habitants des quatre coins du monde pourraient parvenir \u00e0 une \u00e9galit\u00e9 de courage et de force \u00bb.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

La seconde de ces convictions a \u00e9t\u00e9 d\u00e9construite par l’histoire \u00e9conomique des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es. En 1970, les pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9 repr\u00e9sentaient 90 % de la production manufacturi\u00e8re mondiale, 80 % du PIB mondial et 65 % des exportations mondiales. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 2010, ces proportions \u00e9taient tomb\u00e9es \u00e0 55 %, 65 % et 50 % respectivement. Apr\u00e8s \u00eatre rest\u00e9 sur une tendance d\u00e9croissante du d\u00e9but du XIXe<\/sup> si\u00e8cle jusqu’au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, le revenu par habitant dans le Sud a abruptement rebondi et n’a cess\u00e9 d’augmenter pendant environ cinq d\u00e9cennies. Le d\u00e9veloppement \u00e9conomique le plus important du dernier demi-si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 le rattrapage de la production, des revenus et de la sophistication \u00e9conomique d’un groupe important de pays autrefois pauvres.<\/p>\n\n\n\n

Le monde n’est certainement pas devenu \u00e9galitaire pour autant. L\u2019\u00e9cart de revenus entre les pays du haut et les pays du bas de l’\u00e9chelle a m\u00eame continu\u00e9 \u00e0 se creuser. Bien trop de pauvres dans le monde vivent au sein de pays dont le PIB par habitant stagne depuis des d\u00e9cennies. Mais la r\u00e9partition bimodale des revenus entre les citoyens du monde, qui pr\u00e9valait encore dans les ann\u00e9es 1970, a disparu. Dans l’ensemble, les in\u00e9galit\u00e9s de revenus \u00e0 l’int\u00e9rieur des pays ont augment\u00e9, alors qu’elles ont diminu\u00e9 entre les pays. En cons\u00e9quence, la r\u00e9partition mondiale des revenus est devenue moins in\u00e9gale. Comme le dit Branko Milanovic<\/a>, si cette tendance se poursuit, \u00ab nous pourrions revenir \u00e0 la situation qui pr\u00e9valait au d\u00e9but du XIXe<\/sup> si\u00e8cle, lorsque la part la plus importante des in\u00e9galit\u00e9s mondiales \u00e9tait due aux diff\u00e9rences de revenus entre riches et pauvres Britanniques, riches et pauvres Russes, riches et pauvres Chinois \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Il ne fait donc aucun doute que l’\u00e9conomie mondiale est devenue moins divergente. Reste la question, distincte, de l\u2019asym\u00e9trie de l\u2019\u00e9conomie mondiale.<\/p>Jean-Pisani Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Il ne fait donc aucun doute que l’\u00e9conomie mondiale est devenue moins divergente. Reste la question, distincte, de l\u2019asym\u00e9trie de l\u2019\u00e9conomie mondiale. Bien s\u00fbr, les partisans de la th\u00e9orie de la d\u00e9pendance consid\u00e9raient asym\u00e9trie et persistance du sous-d\u00e9veloppement les deux faces d’une m\u00eame m\u00e9daille. Mais ce n’est pas le cas.<\/p>\n\n\n\n

La cr\u00e9ation d’un monde moins divergent<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Deux principaux facteurs expliquent l’extraordinaire changement de fortune observ\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1970 : la technologie et les politiques \u00e9conomiques. Comme l’explique Richard Baldwin dans son livre The Great Convergence<\/em>, l’une des raisons majeures pour lesquelles la pr\u00e9diction d’Adam Smith s’est concr\u00e9tis\u00e9e et qu’un groupe de pays en d\u00e9veloppement a rattrap\u00e9 les pays avanc\u00e9s est la chute spectaculaire du co\u00fbt de la circulation des id\u00e9es \u2013 un ph\u00e9nom\u00e8ne qu\u2019il appelle le \u00ab second d\u00e9couplage \u00bb (de la technologie et de la production). Au lieu que se perp\u00e9tue le foss\u00e9 entre les pays technologiquement avanc\u00e9s et les pays technologiquement attard\u00e9s, les flux de connaissances et de savoir-faire induits par les investissements directs \u00e9trangers ou les relations contractuelles entre acheteurs et fournisseurs ont entra\u00een\u00e9 d’importants gains de productivit\u00e9 dans les \u00e9conomies autrefois p\u00e9riph\u00e9riques. Alors que ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tait marginal dans le cadre des relations commerciales traditionnelles, la r\u00e9volution des t\u00e9l\u00e9communications lui a permis de se concr\u00e9tiser \u00e0 grande \u00e9chelle. <\/p>\n\n\n\n

Le monde qui r\u00e9sulte de ces dynamiques a \u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9 de mani\u00e8re saisissante par Tom Friedman, le chroniqueur du New York Times<\/em>  : The World is Flat<\/em> a-t-il \u00e9crit en 2005, illustrant ainsi la formule qui d\u00e9finit le bon journalisme comme une association de simplification et d\u2019exag\u00e9ration. Partout o\u00f9 il y a de la production, disait-il, elle b\u00e9n\u00e9ficie du m\u00eame acc\u00e8s \u00e0 la connaissance, \u00e0 la technologie et aux march\u00e9s. Il s’agissait \u00e9videmment d’une hyperbole : le monde \u00e9conomique n’a jamais \u00e9t\u00e9 et ne sera jamais \u00ab  plat  \u00bb. Ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, les pays mal gouvern\u00e9s, p\u00e9riph\u00e9riques et enclav\u00e9s ont continu\u00e9 \u00e0 avoir le plus grand mal \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 la technologie et \u00e0 surmonter les obstacles au d\u00e9veloppement. Trop de nations \u00e9chouent encore. Mais malgr\u00e9 ses exag\u00e9rations, Friedman a su saisir l’essence de la transformation \u00e9conomique d\u00e9clench\u00e9e par la technologie.<\/p>\n\n\n\n

Au lieu que se perp\u00e9tue le foss\u00e9 entre les pays technologiquement avanc\u00e9s et les pays technologiquement attard\u00e9s, les flux de connaissances et de savoir-faire induits par les investissements directs \u00e9trangers ou les relations contractuelles entre acheteurs et fournisseurs ont entra\u00een\u00e9 d’importants gains de productivit\u00e9 dans les \u00e9conomies autrefois p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Les politiques mises en \u0153uvre au niveau national ont \u00e9t\u00e9 le deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur de ce nouveau paradigme. C’est \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 que la Chine de Deng Xiaoping a chang\u00e9 de cap, s’est ouverte aux investissements \u00e9trangers et a commenc\u00e9 \u00e0 b\u00e2tir sa propre forme de capitalisme. Le retour de la Chine \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 a \u00e9t\u00e9 un point de bascule manifeste dans l’histoire \u00e9conomique. Mais comme l’ont fait remarquer Ronald Findlay et Kevin O’Rourke, les ann\u00e9es 70 ont \u00e9t\u00e9 un tournant pour beaucoup d’autres pays : alors que les barri\u00e8res commerciales avaient d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 tomber les unes apr\u00e8s les autres en Occident pendant les ann\u00e9es 1950, les droits de douane avaient jusque l\u00e0 continu\u00e9 \u00e0 augmenter dans le reste du monde. Ce n’est que dans les ann\u00e9es 1980 que les pays en d\u00e9veloppement ont massivement pris le virage des politiques de lib\u00e9ralisation \u00e9conomique.  <\/p>\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \"Image\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Les \u00e9conomistes form\u00e9s dans la tradition d’Adam Smith et de David Ricardo ont tendance \u00e0 consid\u00e9rer le d\u00e9veloppement de la fin du XXe<\/sup> si\u00e8cle le fruit de cette lib\u00e9ralisation \u00e0 grande \u00e9chelle du commerce et des investissements. Certainement, il est vrai que la lib\u00e9ralisation et la r\u00e9orientation des \u00e9conomies vers l’exportation ont permis un rattrapage \u00e9conomique, que l\u2019industrialisation par substitution aux importations n’avait pas permis de produire. Cependant, comme le souligne Baldwin, les b\u00e9n\u00e9fices issus de l’industrialisation ont \u00e9t\u00e9 fortement concentr\u00e9s : ceux-ci sont all\u00e9s dans un premier temps \u00e0 une poign\u00e9e de nouveaux pays industrialis\u00e9s d’Asie de l’Est (les Quatre Tigres asiatiques), puis, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990, \u00e0 la Chine et un petit groupe d’\u00e9conomies en voie d’industrialisation. Dans les deux cas, les politiques gouvernementales ont jou\u00e9 un r\u00f4le important dans l’orientation du d\u00e9veloppement en aiguillant les ressources et les cr\u00e9dits. De nombreux autres pays, notamment en Am\u00e9rique latine, ont plut\u00f4t connu ce que Dani Rodrik a appel\u00e9 une d\u00e9sindustrialisation pr\u00e9matur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

Si la pr\u00e9diction d’une divergence inexorable entre les pays centraux et p\u00e9riph\u00e9riques s’est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e fausse, la convergence n’est en aucun cas un ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

L’histoire est donc complexe. Tout d\u2019abord, si la pr\u00e9diction d’une divergence inexorable entre les pays centraux et p\u00e9riph\u00e9riques s’est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e fausse, la convergence n’est en aucun cas un ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9n\u00e9ral. Deuxi\u00e8mement, ni la technologie, ni la lib\u00e9ralisation ne peuvent \u00e0 elles seules expliquer le d\u00e9veloppement fulgurant de pays \u00e0 revenu moyen ou faible. Leur d\u00e9veloppement a plut\u00f4t \u00e9t\u00e9 une cons\u00e9quence des interactions entre ces deux facteurs, dans le cadre de strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement tourn\u00e9es vers l\u2019exportation.  <\/p>\n\n\n\n

La question de l’asym\u00e9trie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Ce monde moins divergent a-t-il aussi nivel\u00e9 les asym\u00e9tries ? Il est plus d\u00e9licat de r\u00e9pondre \u00e0 cette question car la puissance est plus difficile \u00e0 mesurer que la prosp\u00e9rit\u00e9<\/a>. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on peut dire que cela a \u00e9t\u00e9 le cas dans la mesure o\u00f9, en temps de paix<\/a>, le poids \u00e9conomique est un d\u00e9terminant majeur de la puissance. La cr\u00e9ation en 2008 du G20 comme groupe de coordination mondiale entre dirigeants illustre ce point. Mais la question est surtout de savoir si le syst\u00e8me international, et les changements qui lui ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9s, ont accru ou r\u00e9duit l’asym\u00e9trie induite par le poids \u00e9conomique. <\/p>\n\n\n\n

Il y a cinquante ans, le syst\u00e8me \u00e9conomique mondial \u00e9tait tr\u00e8s asym\u00e9trique. Les structures commerciales avaient \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9es par la dissolution des empires coloniaux et l’essor du commerce intra-industriel. \u00c0 mesure que les transactions s\u2019\u00e9taient d\u00e9velopp\u00e9es entre les pays avanc\u00e9s, les pays pauvres qui exportaient des marchandises et importaient des produits manufactur\u00e9s s\u2019\u00e9taient trouv\u00e9s marginalis\u00e9s, tandis que les pays riches r\u00e9coltaient les fruits de leur sp\u00e9cialisation intra-industrielle. Les flux d’investissements directs \u00e9trangers \u00e9taient encore plus asym\u00e9triques, car les \u00c9tats-Unis \u00e9taient \u00e0 l\u2019origine de la majeure partie d\u2019entre eux. L’Europe \u00e9tait notamment un des principaux b\u00e9n\u00e9ficiaires des investissements am\u00e9ricains, et elle s’inqui\u00e9tait d\u2019ailleurs de la d\u00e9pendance qui pouvait en r\u00e9sulter.<\/p>\n\n\n\n

Il y a cinquante ans, le syst\u00e8me \u00e9conomique mondial \u00e9tait tr\u00e8s asym\u00e9trique.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Les relations mon\u00e9taires \u00e9taient quant \u00e0 elles asym\u00e9triques par construction. Le syst\u00e8me de Bretton Woods \u00e9tabli au lendemain de la guerre donnait \u00e0 la monnaie am\u00e9ricaine un r\u00f4le unique et impliquait une r\u00e9partition tr\u00e8s in\u00e9gale des obligations entre les pays participants. Le dollar jouissait d’un statut particulier, car aucune autre monnaie ne pouvait rivaliser avec lui dans ses r\u00f4les d’unit\u00e9 de compte (en raison du syst\u00e8me de taux de change), de r\u00e9serve de valeur (en raison de son \u00e9quivalence en or et de la composition des r\u00e9serves de change qui en r\u00e9sultait) et de moyen d’\u00e9change (parce qu’il servait de monnaie principale pour le commerce international). Corr\u00e9lativement, les autres participants au syst\u00e8me de taux de change fixes devaient quant \u00e0 eux accumuler des liquidit\u00e9s en dollars sous forme de r\u00e9serves, assurant ainsi un financement quasi automatique du d\u00e9ficit de balance commerciale des \u00c9tats-Unis. Cette asym\u00e9trie intrins\u00e8que \u2013\u202fle fameux \u00ab privil\u00e8ge exorbitant \u00bb<\/a>\u202f\u2013 \u00e9tait une caract\u00e9ristique essentielle du syst\u00e8me. Elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine du c\u00e9l\u00e8bre dilemme de Robert Triffin, qui avait mis en \u00e9vidence la contradiction syst\u00e9mique entre pr\u00e9servation de la pr\u00e9\u00e9minence mondiale du dollar et fourniture au syst\u00e8me mondial des liquidit\u00e9s n\u00e9cessaires \u00e0 son bon fonctionnement par le canal des d\u00e9ficits courants am\u00e9ricains.<\/p>\n\n\n\n

Pr\u00e9valait de plus la conviction, mise en exergue par Charles Kindelberger dans son analyse de la Grande D\u00e9pression, selon laquelle l’asym\u00e9trie est une caract\u00e9ristique n\u00e9cessaire d’un r\u00e9gime stable. En 1973, Kindelberger avait expliqu\u00e9 que le syst\u00e8me \u00e9conomique et mon\u00e9taire international avait besoin d’un pr\u00eateur et d’un consommateur de dernier ressort qui puisse agir de mani\u00e8re discr\u00e9tionnaire afin de pr\u00e9server la stabilit\u00e9 globale en temps de crise. Il affirmait aussi la n\u00e9cessit\u00e9 du leadership<\/em> d’un pays \u00ab  pr\u00eat, consciemment ou non […] \u00e0 \u00e9tablir des normes de conduite pour les autres pays  \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Pr\u00e9valait de plus la conviction, mise en exergue par Charles Kindelberger dans son analyse de la Grande D\u00e9pression, selon laquelle l’asym\u00e9trie est une caract\u00e9ristique n\u00e9cessaire d’un r\u00e9gime stable.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Un trait marquant du syst\u00e8me \u00e9conomique international d’apr\u00e8s-guerre \u00e9tait cependant que ses r\u00e8gles n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues pour assurer une domination pure et simple, ni pour maximiser l’extraction de rente par le pays dominant. Pour citer le c\u00e9l\u00e8bre plan strat\u00e9gique am\u00e9ricain NSC-68 de 1950, elles avaient pour but de \u00ab construire une communaut\u00e9 internationale saine \u00bb et \u00ab un environnement mondial dans lequel le syst\u00e8me am\u00e9ricain [puisse] survivre et prosp\u00e9rer \u00bb. L’objectif ultime \u00e9tait de contenir l’expansion sovi\u00e9tique, ce qui n\u00e9cessitait l’\u00e9tablissement d’une alliance mutuellement b\u00e9n\u00e9fique avec les alli\u00e9s et partenaires d’Europe et d’Asie de l’Est. Les \u00c9tats-Unis s\u2019\u00e9taient ainsi engag\u00e9s dans ce que John Ikenberry a appel\u00e9 \u00ab la construction institutionnelle la plus intensive que le monde ait jamais connu \u00bb.    <\/p>\n\n\n\n

Dans ce monde, m\u00eame si les \u00c9tats-Unis restaient au centre de l\u2019\u00e9chiquier \u00e9conomique et politique, ils consid\u00e9raient le d\u00e9veloppement de leurs partenaires \u2013 autrement dit l’att\u00e9nuation de leur propre puissance \u00e9conomique relative\u202f\u2013 fondamentalement favorable \u00e0 leur int\u00e9r\u00eat national. Plus des pays partageant les m\u00eames valeurs se d\u00e9veloppaient, plus ils devenaient collectivement forts par rapport au bloc sovi\u00e9tique, et mieux cela \u00e9tait pour Washington. Et pour favoriser la croissance et le d\u00e9veloppement, les \u00c9tats-Unis \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 limiter l’exercice de leur propre pouvoir discr\u00e9tionnaire. L’ordre international lib\u00e9ral, pour reprendre la caract\u00e9risation de John Ikenberry, \u00e9tait \u00e0 la fois multilat\u00e9ral (en ce sens que tous les participants \u00e9taient soumis aux m\u00eames r\u00e8gles) et h\u00e9g\u00e9monique (en ce sens qu’il avait \u00e9t\u00e9 construit par et autour des \u00c9tats-Unis). Au gr\u00e9 de cet ordre l’h\u00e9g\u00e9mon<\/em> b\u00e9n\u00e9ficait de sa position centrale tout en acceptant d’\u00eatre significativement (mais pas enti\u00e8rement) contraint par les r\u00e8gles multilat\u00e9rales, par exemple les r\u00e8gles du commerce international. Selon les termes d’Ikenberry, les \u00c9tats-Unis devaient se comporter comme le \u00ab premier citoyen \u00bb de ce monde.<\/p>\n\n\n\n

Au gr\u00e9 de cet ordre l’h\u00e9g\u00e9mon<\/em> b\u00e9n\u00e9ficait de sa position centrale tout en acceptant d’\u00eatre significativement (mais pas enti\u00e8rement) contraint par les r\u00e8gles multilat\u00e9rales, par exemple les r\u00e8gles du commerce international.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

L\u2019id\u00e9al du multilat\u00e9ralisme est un monde caract\u00e9ris\u00e9 par l’\u00e9galit\u00e9 des droits et des obligations entre les pays participants, quelle que soit leur taille ou leur puissance. Cet objectif lointain n’a jamais \u00e9t\u00e9 atteint dans la pratique : en mati\u00e8re de finance et de taux de change, le caract\u00e8re censitaire du syst\u00e8me de Bretton Woods perp\u00e9tuait la logique de puissance  ; faute d\u2019une p\u00e9nalisation des entraves aux r\u00e8gles commerciales et en l\u2019absence m\u00eame, avant 1995, d\u2019un m\u00e9canisme de r\u00e8glement des diff\u00e9rends, la r\u00e9gulation des \u00e9changes ne pouvait par ailleurs gu\u00e8re bouleverser l’\u00e9quilibre des pouvoirs \u00e9conomiques entre nations. Mais \u00e0 mesure que l’int\u00e9gration \u00e9conomique s\u2019\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9e dans les premi\u00e8res d\u00e9cennies d\u2019apr\u00e8s-guerre, et \u00e0 mesure et que les institutions multilat\u00e9rales avaient gagn\u00e9 en l\u00e9gitimit\u00e9, un certain r\u00e9\u00e9quilibrage s\u2019\u00e9tait produit.<\/p>\n\n\n\n

Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, le syst\u00e8me mon\u00e9taire international a fait l’objet d’une refonte radicale avec l’introduction de taux de change flottants. Les partisans de la flexibilit\u00e9 des taux de change, tels Milton Friedman et Harry Johnson, consid\u00e9raient qu\u2019elle donnerait aux pays participants \u00ab une autonomie dans l\u2019utilisation des instruments mon\u00e9taires et budg\u00e9taires, ainsi que, plus g\u00e9n\u00e9ralement, dans l\u2019usage des politiques \u00e9conomiques. \u00bb Johnson ne s\u2019attendait pas \u00e0 ce que toutes les monnaies flottent : selon lui, les avantages du flottement reviendraient surtout \u00e0 celles des grands pays, parce qu\u2019elles tirent leur utilit\u00e9 \u00ab de la grande diversit\u00e9 des biens, des services et des actifs disponibles dans l’\u00e9conomie nationale. \u00bb Mais un syst\u00e8me de taux de change flottant permettrait au moins d\u2019att\u00e9nuer le \u00ab privil\u00e8ge exorbitant \u00bb du dollar.<\/p>\n\n\n\n

Apr\u00e8s la lev\u00e9e des contr\u00f4les de capitaux des ann\u00e9es 1980, le dilemme de Triffin a ainsi fait place, dans la bo\u00eete \u00e0 outils intellectuelle des d\u00e9cideurs, au trilemme de Mundell entre stabilit\u00e9 des taux de change, autonomie de la politique mon\u00e9taire et libre circulation des capitaux  : un choix auquel tous les pays \u00e9taient d\u00e9sormais confront\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

Apr\u00e8s la lev\u00e9e des contr\u00f4les de capitaux des ann\u00e9es 1980, le dilemme de Triffin a ainsi fait place, dans la bo\u00eete \u00e0 outils intellectuelle des d\u00e9cideurs, au trilemme de Mundell entre stabilit\u00e9 des taux de change, autonomie de la politique mon\u00e9taire et libre circulation des capitaux  : un choix auquel tous les pays \u00e9taient d\u00e9sormais confront\u00e9s.<\/p>Jean PIsani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Au tournant de l\u2019an 2000, il semblait probable que le syst\u00e8me international continuerait \u00e0 \u00e9voluer vers un r\u00e9gime de moins en moins asym\u00e9trique. Il n’y avait plus de blocs capitaliste et socialiste mais une \u00e9conomie mondiale. La port\u00e9e du syst\u00e8me am\u00e9ricain s’\u00e9tait \u00e9tendue au monde entier et ses succ\u00e8s permettaient de r\u00e9elles transformations. Successivement, des pays autrefois en d\u00e9veloppement s\u2019\u00e9taient impos\u00e9s dans le commerce des produits manufactur\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n

En ce qui concerne les taux de change, les \u00e9v\u00e9nements semblaient donner raison \u00e0 Harry Johnson, en cela que le syst\u00e8me mon\u00e9taire devenait plus sym\u00e9trique. En 2002, Maurice Obstfeld et Kenneth Rogoff pr\u00e9sentaient une vision remarquablement ir\u00e9nique de son fonctionnement : \u00ab  \u00e0 mesure que les r\u00e8gles mon\u00e9taires nationales s’am\u00e9liorent et que les march\u00e9s internationaux d’actifs deviennent plus complets, \u00e9crivaient-ils, il devient plausible que le r\u00e9sultat d’un \u00e9quilibre de Nash sur les r\u00e8gles mon\u00e9taires se rapproche du r\u00e9sultat d’un syst\u00e8me coop\u00e9ratif. \u00bb L\u2019espoir \u00e9tait que le r\u00f4le mondial du dollar, qui n\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs plus une grande source de pr\u00e9occupation, diminue progressivement, ouvrant la voie \u00e0 l’\u00e9mergence d’autres monnaies internationales. Quant aux institutions internationales, d\u00e9sormais pleinement l\u00e9gitimes en raison de leur caract\u00e8re v\u00e9ritablement mondial, elles jouaient un r\u00f4le de plus en plus \u00e9galisateur.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019espoir \u00e9tait que le r\u00f4le mondial du dollar, qui n\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs plus une grande source de pr\u00e9occupation, diminue progressivement, ouvrant la voie \u00e0 l’\u00e9mergence d’autres monnaies internationales.<\/p>Jean PIsani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

L’Europe a \u00e9videmment jou\u00e9 un r\u00f4le majeur dans la mise en place d’un syst\u00e8me international plus sym\u00e9trique. L’int\u00e9gration progressive au sein de l’Union europ\u00e9enne ne peut \u00eatre s\u00e9par\u00e9e de la transformation plus large du r\u00e9gime international intervenue au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies. La tentative (parfois contrari\u00e9e, mais finalement r\u00e9ussie) de l’Union de construire un syst\u00e8me politique europ\u00e9en sym\u00e9trique et juridiquement contraignant<\/a> s’est d\u00e9velopp\u00e9e parall\u00e8lement \u00e0 la tentative plus ardue, mais congruente, de construire un syst\u00e8me \u00e9conomique international fond\u00e9 sur des r\u00e8gles. Et l\u2019Union europ\u00e9enne a plaid\u00e9 sans rel\u00e2che pour un ordre multilat\u00e9ral global.<\/p>\n\n\n\n

Quand les asym\u00e9tries ressurgissent <\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Cette perspective rassurante a cependant but\u00e9 sur la r\u00e9alit\u00e9. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, une s\u00e9rie de facteurs a remis l\u2019accent sur les asym\u00e9tries. Celles-ci se sont, d\u2019abord, renforc\u00e9es avec l\u2019\u00e9volution des structures d’interd\u00e9pendance \u00e9conomique. Le fonctionnement des relations \u00e9conomiques internationales a ensuite \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9valu\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re des faits, notamment \u00e0 l\u2019occasion d\u2019\u00e9pisodes de stress aigu. Enfin les asym\u00e9tries syst\u00e9miques existantes ont \u00e9t\u00e9 davantage exploit\u00e9es comme v\u00e9hicules de pouvoir. Ces \u00e9volutions ont toutes conduit \u00e0 rendre \u00e0 la centralit\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans le positionnement des nations au sein du syst\u00e8me mondial.<\/p>\n\n\n\n

Plusieurs facteurs sont entr\u00e9s en jeu dans cette dynamique : la concentration industrielle et le pouvoir de march\u00e9 se sont renforc\u00e9s ; la technologie a conf\u00e9r\u00e9 une nouvelle importance aux structures en r\u00e9seau ; la finance mondiale a exacerb\u00e9 les in\u00e9galit\u00e9s entre pays ; le r\u00f4le dominant du syst\u00e8me financier am\u00e9ricain et du dollar ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9valu\u00e9s en hausse ; les institutions internationales se sont affaiblies ; et la rivalit\u00e9 entre les grandes puissances est devenue un \u00e9l\u00e9ment central des relations internationales. La sym\u00e9trie a \u00e9t\u00e9 in\u00e9vitablement victime de chacune de ces transformations.<\/p>\n\n\n\n

Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, une s\u00e9rie de facteurs a remis l\u2019accent sur les asym\u00e9tries. Celles-ci se sont, d\u2019abord, renforc\u00e9es avec l\u2019\u00e9volution des structures d’interd\u00e9pendance \u00e9conomique.<\/p>Jean PIsani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le premier facteur est la concentration industrielle<\/em>. Dans un monde \u00e9conomiquement plus \u00e9quilibr\u00e9, on aurait pu s’attendre \u00e0 ce qu’elle diminue m\u00e9caniquement. Mais ce n’est pas ce que sugg\u00e8rent les donn\u00e9es r\u00e9centes sur les b\u00e9n\u00e9fices des entreprises. Selon le McKinsey Global Institute<\/em>, 10 % des 6\u202f000 plus grandes entreprises du monde captent 80 % des b\u00e9n\u00e9fices \u00e9conomiques, soit une proportion plus importante qu’il y a 20 ans. Le centile sup\u00e9rieur (58 \u00ab entreprises superstars<\/em> \u00bb) en capte 36 %. Malgr\u00e9 la mont\u00e9e des g\u00e9ants \u00e9mergents, les entreprises am\u00e9ricaines repr\u00e9sentent encore \u00e0 elles seules 60 % des b\u00e9n\u00e9fices mondiaux de ces entreprises superstars \u2013\u202fexactement la m\u00eame proportion qu’il y a 20 ans.<\/p>\n\n\n\n

Les firmes am\u00e9ricaines conservent donc un pouvoir de march\u00e9 consid\u00e9rable. Cette tendance est amplifi\u00e9e dans une \u00e9conomie de plus en plus num\u00e9ris\u00e9e, o\u00f9 une part croissante des services est fournie \u00e0 un co\u00fbt marginal nul, o\u00f9 la cr\u00e9ation et l’appropriation de la valeur se concentrent dans les centres d’innovation et o\u00f9 le revenu va aux investissements immat\u00e9riels du centre plut\u00f4t qu\u2019aux sites de production o\u00f9 sont fabriqu\u00e9s les biens mat\u00e9riels.<\/p>\n\n\n\n

D’autres donn\u00e9es concernant les \u00c9tats-Unis et, dans une moindre mesure l’Europe, indiquent \u00e9galement une augmentation de la part des ventes et, surtout, des b\u00e9n\u00e9fices qui revient aux grandes entreprises. Les donn\u00e9es sur la productivit\u00e9 sugg\u00e8rent \u00e9galement qu’une part de plus en plus importante de la croissance macro\u00e9conomique est imputable aux \u00ab entreprises \u00e0 la fronti\u00e8re \u00bb (un autre nom pour d\u00e9signer les superstars<\/em>) dont les performances et la rentabilit\u00e9 sont bien sup\u00e9rieures \u00e0 la moyenne. Cette hausse est particuli\u00e8rement visible dans les secteurs \u00e0 forte composante technologique o\u00f9 co\u00fbts fixes \u00e9lev\u00e9s et faibles co\u00fbts marginaux favorisent une concentration massive, mais elle n’est en aucun cas limit\u00e9e \u00e0 l’industrie technologique.<\/p>\n\n\n\n

Les firmes am\u00e9ricaines conservent donc un pouvoir de march\u00e9 consid\u00e9rable. Cette tendance est amplifi\u00e9e dans une \u00e9conomie de plus en plus num\u00e9ris\u00e9e.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le deuxi\u00e8me facteur, li\u00e9 mais distinct, provient de la mont\u00e9e en puissance <\/em>et de la transformation des r\u00e9seaux<\/em>. Ceux-ci sont omnipr\u00e9sents dans les industries ax\u00e9es sur les donn\u00e9es, mais aussi dans la finance et l’industrie manufacturi\u00e8re. De la macro\u00e9conomie au commerce en passant par la finance, une prise de conscience croissante de leur importance transforme notre fa\u00e7on d’envisager l’interd\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n

En soi, une structure en r\u00e9seau n’implique pas n\u00e9cessairement une hi\u00e9rarchie ou une asym\u00e9trie. Les r\u00e9seaux point-\u00e0-point sont fondamentalement sym\u00e9triques, et parce qu’ils diminuent l’impact de l’\u00e9loignement et am\u00e9liorent l’acc\u00e8s, ils ont souvent \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme facteurs de nivellement. Mais une structure en r\u00e9seau implique une asym\u00e9trie si elle est organis\u00e9e selon un mod\u00e8le en \u00e9toile (hub and spoke<\/em>). Or partout o\u00f9 le co\u00fbt fixe de l\u2019\u00e9tablissement de liens entre deux n\u0153uds est significatif, mais o\u00f9 le co\u00fbt marginal de leur utilisation est faible, les mod\u00e8les en \u00e9toile ont \u00e9merg\u00e9 de la minimisation des co\u00fbt, parce qu\u2019ils constituent des structures \u00e9conomiquement efficaces. <\/p>\n\n\n\n

On trouve de telles structures en \u00e9toile dans de nombreux domaines. Les services num\u00e9riques en donnent un exemple extr\u00eame, mais des sch\u00e9mas similaires se retrouvent dans la finance. Un autre exemple est celui des cha\u00eenes de valeur mondiales, qui repr\u00e9sentent environ la moiti\u00e9 du commerce international et dans lesquelles quelques pays et entreprises ont un r\u00f4le central. Dans le secteur manufacturier, l’Allemagne, les \u00c9tats-Unis mais de plus en plus, aussi, la Chine jouent le r\u00f4le de hubs<\/em> au niveau mondial. Selon la Banque mondiale, l’expansion des cha\u00eenes de valeur depuis 1990 a r\u00e9sult\u00e9 de la fragmentation des processus de production dans les principaux pays avanc\u00e9s \u2013 au premier rang desquels l’Allemagne, les \u00c9tats-Unis et le Japon \u2013 et des strat\u00e9gies des grandes firmes d\u2019import-export. Le Rapport sur le d\u00e9veloppement dans le monde<\/em> 2020 <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> parle d’une \u00ab nouvelle configuration relationnelle des cha\u00eenes de valeur mondiales qui s’\u00e9loigne de la simple r\u00e9partition de la valeur ajout\u00e9e entre pays par des \u00e9changes anonymes de biens et de services \u00bb et consid\u00e8re qu\u2019avec les cha\u00eenes de valeur, \u00ab  la persistance des structures d\u2019\u00e9change est plus grande  \u00bb. Il est vrai que ces cha\u00eenes de valeur sont les canaux par lesquels les id\u00e9es et les technologies circulent sans heurts. Mais elles traduisent \u00e9galement une asym\u00e9trie persistante entre les centres et les n\u0153uds de deuxi\u00e8me ou troisi\u00e8me niveau.<\/p>\n\n\n\n

En soi, une structure en r\u00e9seau n’implique pas n\u00e9cessairement une hi\u00e9rarchie ou une asym\u00e9trie. Les r\u00e9seaux point-\u00e0-point sont fondamentalement sym\u00e9triques, et parce qu’ils diminuent l’impact de l’\u00e9loignement et am\u00e9liorent l’acc\u00e8s, ils ont souvent \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme facteurs de nivellement. Mais une structure en r\u00e9seau implique une asym\u00e9trie si elle est organis\u00e9e selon un mod\u00e8le en \u00e9toile (hub and spoke<\/em>).<\/p>Jean PIsani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

La lib\u00e9ralisation financi\u00e8re<\/em> fut, un temps, tenue pour un facteur \u00e9galisateur. L\u2019ouverture du compte financier (c\u2019est-\u00e0-dire la lev\u00e9e des contr\u00f4les de capitaux) devait permettre \u00e0 tous les pays d’exploiter le march\u00e9 mondial de l\u2019\u00e9pargne pour financer leur d\u00e9veloppement ou compenser les chocs temporaires sur leur revenu. En 1997, le FMI avait m\u00eame officiellement envisag\u00e9 de se faire confier le mandat de promouvoir l’ouverture du compte financier. <\/p>\n\n\n\n

En r\u00e9alit\u00e9 cependant, la structure en r\u00e9seau se retrouve aussi dans le syst\u00e8me financier international, qui est organis\u00e9 autour d’une poign\u00e9e de centres globaux qui concentrent les principaux march\u00e9s, fournissent des services et servent de hubs<\/em> pour le reste du monde. La lib\u00e9ralisation s\u2019est av\u00e9r\u00e9e perturbatrice pour les pays les plus faibles. L’exp\u00e9rience a montr\u00e9 la r\u00e9currence des \u00e9pisodes de retournements brutaux des flux de capitaux, avec son cort\u00e8ge de crises financi\u00e8res ou de crises de change. Loin d\u2019\u00eatre g\u00e9n\u00e9ralement attribuables \u00e0 des politiques \u00e9conomiques erron\u00e9es dans les pays destinataires des entr\u00e9es de capitaux, ces retournements ont principalement \u00e9t\u00e9 dus \u00e0 des facteurs communs (mont\u00e9e de l\u2019aversion au risque, hausse des taux aux \u00c9tats-Unis, etc.). La cons\u00e9quence de cette r\u00e9currence des crises a \u00e9t\u00e9 l\u2019arr\u00eat de la lib\u00e9ralisation des comptes financiers dans les pays \u00e9mergents. La crise asiatique de la fin des ann\u00e9es 1990 a marqu\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard un tournant.<\/p>\n\n\n\n

Les asym\u00e9tries restent fortes en ce qui concerne les devises de d\u00e9nomination de la dette internationale. Le foss\u00e9 entre les pays qui peuvent emprunter dans leur propre monnaie et ceux \u2013\u202f\u00e9mergents et en d\u00e9veloppement\u202f\u2013 qui sont oblig\u00e9s d’emprunter dans une devise \u00e9trang\u00e8re (ce que Barry Eichengreen, Ricardo Hausmann et Ugo Panizza ont appel\u00e9 leur \u00ab p\u00e9ch\u00e9 originel \u00bb) ne se comble que lentement. Les \u00c9tats-Unis restent notamment dans une position unique parmi les pays avanc\u00e9s : si les obligations libell\u00e9es dans d’autres devises peuvent \u00e9galement servir d’actifs s\u00fbrs pour le reste du monde, les obligations du Tr\u00e9sor am\u00e9ricain offrent une profondeur et une liquidit\u00e9 in\u00e9gal\u00e9es, et seul le dollar am\u00e9ricain s’appr\u00e9cie r\u00e9guli\u00e8rement en p\u00e9riode de stress financier mondial.<\/p>\n\n\n\n

Les \u00c9tats-Unis restent notamment dans une position unique parmi les pays avanc\u00e9s : si les obligations libell\u00e9es dans d’autres devises peuvent \u00e9galement servir d’actifs s\u00fbrs pour le reste du monde, les obligations du Tr\u00e9sor am\u00e9ricain offrent une profondeur et une liquidit\u00e9 in\u00e9gal\u00e9es, et seul le dollar am\u00e9ricain s’appr\u00e9cie r\u00e9guli\u00e8rement en p\u00e9riode de stress financier mondial.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Enfin, la crise financi\u00e8re mondiale a mis en \u00e9vidence la centralit\u00e9 de Wall Street. Elle a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 comment des d\u00e9fauts de paiement survenus \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie du march\u00e9 du cr\u00e9dit am\u00e9ricain pouvaient contaminer l’ensemble du syst\u00e8me bancaire europ\u00e9en. Elle a mis en \u00e9vidence l\u2019addiction des banques internationales au dollar et leur d\u00e9pendance, pour le financement de leurs op\u00e9rations mondiales, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l’acc\u00e8s \u00e0 la liquidit\u00e9 en dollar. Elle a ainsi transform\u00e9 la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale en fournisseur essentiel de liquidit\u00e9 internationale. Alors que le syst\u00e8me semblait sym\u00e9trique en p\u00e9riode de prosp\u00e9rit\u00e9, la p\u00e9nurie de liquidit\u00e9 en dollar a brutalement mis l’asym\u00e9trie en \u00e9vidence. Les lignes de swap <\/em>accord\u00e9es par la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale \u00e0 une s\u00e9rie de banques centrales partenaires pour les aider \u00e0 faire face \u00e0 la demande de dollars ont illustr\u00e9 de fa\u00e7on frappante la nature hi\u00e9rarchique du syst\u00e8me international.<\/p>\n\n\n\n

Cela nous m\u00e8ne au quatri\u00e8me facteur : celui de l’asym\u00e9trie mon\u00e9taire<\/em>. Les chercheurs ont commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer leur perception de l’\u00e9conomie internationale \u00e0 l\u2019aune de la persistance plus forte que pr\u00e9vu des asym\u00e9tries entre monnaies. Dans les ann\u00e9es 2010 H\u00e9l\u00e8ne Rey, de la London Business School<\/em>, a mis \u00e0 bas l\u2019id\u00e9e, dominante jusque lors, selon laquelle les taux de change flottants isolent les autres \u00e9conomies des cons\u00e9quences du cycle mon\u00e9taire am\u00e9ricain. Elle affirme que le cycle financier mondial a toujours son origine aux \u00c9tats-Unis et que les pays ne peuvent se prot\u00e9ger des entr\u00e9es et sorties de capitaux d\u00e9stabilisatrices qu’en surveillant de tr\u00e8s pr\u00e8s le cr\u00e9dit ou en recourant \u00e0 des contr\u00f4les de capitaux. Plut\u00f4t que d’\u00eatre confront\u00e9s \u00e0 un trilemme (entre fixit\u00e9 des changes, autonomie des politiques mon\u00e9taires et libert\u00e9 des mouvements de capitaux), la plupart des pays sont donc confront\u00e9s \u00e0 un dilemme.<\/p>\n\n\n\n

Plut\u00f4t que d’\u00eatre confront\u00e9s \u00e0 un trilemme (entre fixit\u00e9 des changes, autonomie des politiques mon\u00e9taires et libert\u00e9 des mouvements de capitaux), la plupart des pays sont confront\u00e9s \u00e0 un dilemme.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Dans la m\u00eame veine, Gita Gopinath, aujourd’hui \u00e9conomiste en chef du FMI, a soulign\u00e9 \u00e0 quel point la plupart des pays sont d\u00e9pendants du dollar et combien les fluctuations de son taux de change affectent leur commerce ext\u00e9rieur. Alors que l’approche standard fait, par exemple, du taux de change entre le real br\u00e9silien et le won cor\u00e9en le d\u00e9terminant principal du commerce entre la Cor\u00e9e du Sud et le Br\u00e9sil, la r\u00e9alit\u00e9 est tout autre. Dans la mesure o\u00f9 ce commerce est largement factur\u00e9 en dollars, les taux de change des monnaies des deux pays vis-\u00e0-vis de celui-ci importent davantage que leur taux de change bilat\u00e9ral. Une appr\u00e9ciation conjointe<\/em> des deux monnaies par rapport au dollar affecte les \u00e9changes entre les deux pays alors qu\u2019elle devrait en principe \u00eatre neutre. <\/p>\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \"Image\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Le paradigme de monnaie dominante de Gopinath a de profondes implications pour le commerce, l’autonomie des politiques macro\u00e9conomiques et les interd\u00e9pendances internationales. Il souligne la centralit\u00e9 de la politique mon\u00e9taire am\u00e9ricaine pour tous les pays, grands et petits, et renforce la conclusion de Rey. Les recherches de Gopinath montrent en effet que les chocs de politique mon\u00e9taire dans le pays \u00e0 monnaie dominante ont \u00ab de fortes r\u00e9percussions sur le reste du monde, alors que l’inverse n’est pas vrai \u00bb. Loin d’avoir favoris\u00e9 l’\u00e9mergence d’un monde plus sym\u00e9trique, l’ouverture financi\u00e8re et le mouvement vers la flexibilit\u00e9 des taux de change ont peut-\u00eatre renforc\u00e9 l’asym\u00e9trie du syst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n

Loin d’avoir favoris\u00e9 l’\u00e9mergence d’un monde plus sym\u00e9trique, l’ouverture financi\u00e8re et le mouvement vers la flexibilit\u00e9 des taux de change ont peut-\u00eatre renforc\u00e9 l’asym\u00e9trie du syst\u00e8me.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le cinqui\u00e8me grand facteur d\u2019exacerbation des asym\u00e9tries est enfin institutionnel<\/em> : le multilat\u00e9ralisme<\/a> donnait \u00e0 tous les pays l\u2019opportunit\u00e9 de valoriser leurs int\u00e9r\u00eats dans la gouvernance du syst\u00e8me mondial. Certes, des r\u00e8gles avaient \u00e9t\u00e9 fix\u00e9es par quelques grandes puissances et servaient leurs int\u00e9r\u00eats, mais la n\u00e9gociation et la modification de ces r\u00e8gles \u00e9taient des processus de plus en plus participatifs. Dans les ann\u00e9es 2000, les espoirs que la mondialisation soit r\u00e9gie par un r\u00e9seau d’institutions sp\u00e9cialis\u00e9es fond\u00e9es sur un syst\u00e8me de r\u00e8gles ont cependant \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us : comme cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dit, les n\u00e9gociations commerciales multilat\u00e9rales n’ont pas permis de parvenir \u00e0 un accord sur un nouveau cycle de lib\u00e9ralisation et, contrairement aux attentes, la communaut\u00e9 internationale n\u2019est pas parvenue \u00e0 s’accorder sur l’\u00e9tablissement de nouveaux cadres multilat\u00e9raux pour l’investissement, la concurrence, le climat ou la r\u00e9gulation de l\u2019internet.<\/p>\n\n\n\n

 Au tournant du mill\u00e9naire d\u00e9j\u00e0, l’affaiblissement de la gouvernance mondiale \u00e9tait visible<\/a>. En d\u00e9pit d\u2019une br\u00e8ve relance de la coop\u00e9ration internationale au lendemain de la crise financi\u00e8re mondiale de 2008, elle s\u2019est encore davantage affaiblie dans les ann\u00e9es 2010 d\u00e8s avant mais plus encore apr\u00e8s la vague populiste<\/a>. Les r\u00e8gles sont toujours en vigueur et les institutions toujours vivantes, mais l’\u00e9lan a \u00e9t\u00e9 perdu et les risques de fragmentation sont tr\u00e8s visibles.<\/p>\n\n\n\n

Les r\u00e8gles sont toujours en vigueur et les institutions toujours vivantes, mais l’\u00e9lan a \u00e9t\u00e9 perdu et les risques de fragmentation sont tr\u00e8s visibles.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Enfin, la rivalit\u00e9 g\u00e9opolitique<\/em> entre les \u00c9tats-Unis et la Chine<\/a> restructure \u00e0 grande vitesse les relations internationales et les relations entre grandes puissances et organisations internationales. Par del\u00e0 ses caprices et son positionnement agressif, Donald Trump<\/a> a op\u00e9r\u00e9 un changement de paradigme profond et peut-\u00eatre durable dans l’approche am\u00e9ricaine des relations \u00e9conomiques internationales. M. Trump s’est distingu\u00e9 par sa tentative de tirer parti de la situation commerciale et financi\u00e8re unique de son pays dans le but de soutirer des rentes p\u00e9cuniaires \u00e0 ses partenaires, de les forcer \u00e0 respecter les sanctions unilat\u00e9rales am\u00e9ricaines et de saper la gouvernance mondiale. Selon les termes de Nadia Shadlow, ancien haut fonctionnaire du NSC, sa marque de fabrique a \u00e9t\u00e9 de reconna\u00eetre que \u00ab la rivalit\u00e9 est une caract\u00e9ristique inalt\u00e9rable du syst\u00e8me international \u00bb et que ce serait \u00ab une grave erreur de revenir aux pr\u00e9mices d’une \u00e9poque r\u00e9volue \u00bb. Quel que soit le vainqueur de l’\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2020, on peut se demander si les \u00c9tats-Unis seront capables, et d\u00e9sireux, de continuer \u00e0 jouer le r\u00f4le de \u00ab premier citoyen \u00bb dans le syst\u00e8me international. Il se peut que les ressources \u00e9conomiques n\u00e9cessaires pour jouer ce r\u00f4le leur manquent de plus en plus.<\/p>\n\n\n\n

Le pr\u00e9sident Xi Jinping<\/a> a quant \u00e0 lui lanc\u00e9 l\u2019initiative des \u00ab  nouvelles routes de la soie  \u00bb (Belt and Road<\/em>), qui vise \u00e0 tisser \u00e0 partir de la Chine un r\u00e9seau d’accords bilat\u00e9raux. Bien qu’elle soit en principe attach\u00e9e au multilat\u00e9ralisme, la Chine ne fait pas sien le concept d’ordre international fond\u00e9 sur des r\u00e8gles, d’autant que ces r\u00e8gles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites par d’autres. Elle s’emploie plut\u00f4t \u00e0 construire un r\u00e9seau de relations essentiellement bilat\u00e9rales avec des pays qui d\u00e9pendent de son soutien financier, technique ou s\u00e9curitaire. Sa perspective sur les relations \u00e9conomiques internationales est fondamentalement asym\u00e9trique. Au lieu d’un syst\u00e8me multilat\u00e9ral unique domin\u00e9 par l’Occident, le monde assiste donc lentement \u00e0 l’\u00e9mergence de r\u00e9seaux concurrents de commerce, d’investissement, de cr\u00e9dit et, de plus en plus, d’accords mon\u00e9taires. Au lieu du multilat\u00e9ralisme, nous sommes peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 sur la voie d\u2019un syst\u00e8me multipolaire.<\/p>\n\n\n\n

Quel que soit le vainqueur de l’\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2020, on peut se demander si les \u00c9tats-Unis seront capables, et d\u00e9sireux, de continuer \u00e0 jouer le r\u00f4le de \u00ab premier citoyen \u00bb dans le syst\u00e8me international. Il se peut que les ressources \u00e9conomiques n\u00e9cessaires pour jouer ce r\u00f4le leur manquent de plus en plus.   <\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Tous ces facteurs convergent donc pour transformer un syst\u00e8me de relations \u00e9conomiques internationales con\u00e7u sur le principe multilat\u00e9ral en un syst\u00e8me structur\u00e9 par des r\u00e9seaux et marqu\u00e9 par de fortes asym\u00e9tries. Or comme l’ont soulign\u00e9 les politologues Henry Farrell et Abraham Newman, une structure en r\u00e9seau offre un levier consid\u00e9rable \u00e0 celui qui contr\u00f4le ses n\u0153uds. Les r\u00e9seaux sont \u00e9conomiquement efficaces, mais une interd\u00e9pendance qui repose sur eux peut \u00eatre \u00ab militaris\u00e9e \u00bb (weaponised<\/em>) et transform\u00e9e en un instrument de pouvoir au profit de celui qui contr\u00f4le ses principaux n\u0153uds. Alors que l’intensification du commerce multilat\u00e9ral agit comme une incitation \u00e0 la coop\u00e9ration, l’essor des relations \u00e9conomiques bas\u00e9es sur les r\u00e9seaux, o\u00f9 les hubs<\/em> concentrent le pouvoir et les rentes, conduit \u00e0 des batailles pour le contr\u00f4le des n\u0153uds cl\u00e9s. La notion \u00ab  d’interd\u00e9pendance arm\u00e9e  \u00bb (weaponised interdependence)<\/em> de Farrell et Newman rend compte de la mutation de structures \u00e9conomiques efficaces en structures de renforcement du pouvoir. Elle nous ram\u00e8ne \u00e9galement aux anciens mod\u00e8les de relations internationales qui sous-tendaient les sombres perspectives de l’\u00e9cole braudelienne.<\/p>\n\n\n\n

Conclusions <\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Apr\u00e8s une \u00e9clipse de plusieurs d\u00e9cennies, la notion d\u2019asym\u00e9trie reprend une place centrale dans les relations \u00e9conomiques internationales. La question est de savoir quelles conclusions les \u00e9conomistes, les sp\u00e9cialistes des relations internationales et, surtout, les d\u00e9cideurs publics doivent tirer de cette observation.<\/p>\n\n\n\n

Il faut commencer par noter que l’asym\u00e9trie est un concept complexe et quelque peu insaisissable. Elle se manifeste naturellement dans les \u00e9changes commerciaux fond\u00e9s sur l\u2019avantage comparatif, comme dans les \u00e9changes intertemporels. D’une certaine mani\u00e8re, la plupart des transactions internationales (sauf pour le commerce purement intra-industriel ou les achats d’actifs motiv\u00e9s par la recherche de rendement et de diversification du portefeuille) impliquent un certain degr\u00e9 d’asym\u00e9trie. Pris isol\u00e9ment, le constat d\u2019une asym\u00e9trie ne peut \u00eatre regard\u00e9 comme un sympt\u00f4me de dysfonctionnement.<\/p>\n\n\n\n

Apr\u00e8s une \u00e9clipse de plusieurs d\u00e9cennies, la notion d\u2019asym\u00e9trie reprend une place centrale dans les relations \u00e9conomiques internationales.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Ce \u00e0 quoi nous assistons ne se limite toutefois pas \u00e0 la simple expression du fait que les transactions internationales impliquent des pays diff\u00e9rents les uns des autres. Il s’agit d’une r\u00e9surgence des asym\u00e9tries syst\u00e9miques qui conf\u00e8rent un pouvoir \u00e0 quelques pays tout en en rendant d’autres d\u00e9pendants ou vuln\u00e9rables. Ces asym\u00e9tries ne r\u00e9sultent principalement ni de choix politiques, ni des politiques \u00e9conomiques. Il est certain que celles-ci jouent un r\u00f4le, surtout dans un contexte de rivalit\u00e9 g\u00e9opolitique qui exacerbe les relations de pouvoir. Mais la r\u00e9surgence des asym\u00e9tries trouve principalement sa source dans les transformations des r\u00e9seaux d’interd\u00e9pendance par le commerce, la technologie, la finance et les monnaies. Rien n’indique que ces asym\u00e9tries s’estomperont bient\u00f4t. Au contraire, des \u00e9l\u00e9ments \u00e9conomiques, syst\u00e9miques et g\u00e9opolitiques sugg\u00e8rent tous qu’elles pourraient bien avoir un caract\u00e8re persistant. Nous devons donc apprendre \u00e0 vivre avec elles.<\/p>\n\n\n\n

L’histoire est riche de nombreux cas de prosp\u00e9rit\u00e9 sans pouvoir ou de pouvoir sans prosp\u00e9rit\u00e9. Il y a cinquante ans, la perception que le syst\u00e8me international \u00e9tait injuste alimentait de profonds griefs \u00e0 son encontre. En fin de compte, les asym\u00e9tries entre le \u00ab centre \u00bb et la \u00ab p\u00e9riph\u00e9rie \u00bb n’ont pas emp\u00each\u00e9 le transfert de connaissances du Nord vers le Sud, et elles n’ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s que dans une mesure limit\u00e9e comme moyen d’extraction de rentes et concentration des richesses. Les asym\u00e9tries n’ont pas non plus emp\u00each\u00e9 les nouveaux venus dans le jeu de la mondialisation de gagner progressivement en influence, de gagner du pouvoir \u00e0 la marge et, en fin de compte, de s\u2019asseoir \u00e0 la grande table du G20.<\/p>\n\n\n\n

L’histoire est riche de nombreux cas de prosp\u00e9rit\u00e9 sans pouvoir ou de pouvoir sans prosp\u00e9rit\u00e9. Il y a cinquante ans, la perception que le syst\u00e8me international \u00e9tait injuste alimentait de profonds griefs \u00e0 son encontre.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Aujourd\u2019hui, deux hypoth\u00e8ses implicites qui \u00e9taient encore r\u00e9cemment monnaie courante dans l’analyse des relations \u00e9conomiques internationales ont \u00e9t\u00e9 remises en question. La premi\u00e8re \u00e9tait que, malgr\u00e9 les asym\u00e9tries qui demeuraient et la volont\u00e9 des puissances \u00e9tablies de conserver leurs privil\u00e8ges, le temps arrondirait les angles et que le syst\u00e8me deviendrait progressivement plus sym\u00e9trique ; tant que cette hypoth\u00e8se restait valable, la trajectoire semblait acquise. La seconde hypoth\u00e8se \u00e9tait que les asym\u00e9tries existantes ne serviraient pas de levier pour l’extraction de rentes injustifi\u00e9es ; on supposait explicitement ou implicitement que le \u00ab privil\u00e8ge exorbitant \u00bb de l’h\u00e9g\u00e9mon <\/em>am\u00e9ricain (et par extension, des autres pays dominants) resterait assorti de devoirs proportionnels ; pour d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 que soit ce contrat implicite, on pouvait lui reconna\u00eetre un certain degr\u00e9 d’\u00e9quit\u00e9.    <\/p>\n\n\n\n

L’exp\u00e9rience r\u00e9cente a jet\u00e9 une lumi\u00e8re crue sur la na\u00efvet\u00e9 de ces hypoth\u00e8ses. Les asym\u00e9tries au sein du syst\u00e8me mondial sont non seulement plus ancr\u00e9es qu’on ne le croyait encore r\u00e9cemment, mais elles ressurgissent avec force. La tendance n\u2019est pas \u00e0 un ordre multilat\u00e9ral au sein duquel tous les pays, grands et petits, jouent selon les m\u00eames r\u00e8gles. Au contraire, une combinaison de facteurs technologiques, syst\u00e9miques et g\u00e9opolitiques entra\u00eene une dynamique de concentration et de multipolarit\u00e9. Qui plus est, la volont\u00e9 des \u00c9tats-Unis de jouer le r\u00f4le de \u00ab premier citoyen \u00bb du syst\u00e8me est de plus en plus remise en question, alors que leur rival chinois ne manifeste aucune intention de jouer selon les r\u00e8gles con\u00e7ues par autrui. Dans ce contexte, l’escalade rapide de la rivalit\u00e9 sino-am\u00e9ricaine<\/a> \u00e9carte la perspective d’un comportement coop\u00e9ratif entre les deux rivaux et renforce la menace de fragmentation du syst\u00e8me multilat\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n

Les asym\u00e9tries au sein du syst\u00e8me mondial sont non seulement plus ancr\u00e9es qu’on ne le croyait encore r\u00e9cemment, mais elles ressurgissent avec force.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Ce nouveau contexte appelle d’abord une r\u00e9\u00e9valuation analytique. Ce n’est que r\u00e9cemment que la recherche a mis en lumi\u00e8re les nouvelles asym\u00e9tries \u00e9conomiques, financi\u00e8res ou mon\u00e9taires et commence \u00e0 d\u00e9couvrir leurs tenants et aboutissants. Elle a maintenant d\u00e9velopp\u00e9 des outils analytiques et empiriques qui permettent de r\u00e9unir des preuves syst\u00e9matiques et de mettre \u00e0 jour l’impact des asym\u00e9tries sur la r\u00e9partition des gains de l’ouverture \u00e9conomique. Nous en saurons bient\u00f4t plus sur les implications de la participation \u00e0 un syst\u00e8me mondial de plus en plus asym\u00e9trique.   <\/p>\n\n\n\n

Deuxi\u00e8mement, les relations entre \u00e9conomie et g\u00e9opolitique doivent \u00eatre \u00e9tudi\u00e9es de mani\u00e8re plus syst\u00e9matique. Pendant de nombreuses ann\u00e9es, \u2013\u202fau moins depuis la disparition de l’Union sovi\u00e9tique, mais en fait bien avant\u202f\u2013 les relations \u00e9conomiques internationales ont souvent \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9es de mani\u00e8re isol\u00e9e, du moins par les \u00e9conomistes. Elles ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9tant (pour la plupart) \u00e0 l’abri des tensions g\u00e9opolitiques. Cette position n’est plus tenable \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la rivalit\u00e9 entre les grandes puissances s’affirme comme un facteur d\u00e9terminant des d\u00e9cisions de politique \u00e9conomique. Ce changement de paradigme doit ouvrir un nouveau dialogue entre \u00e9conomistes et sp\u00e9cialistes des relations internationales.<\/p>\n\n\n\n

Ce changement de paradigme doit ouvrir un nouveau dialogue entre \u00e9conomistes et sp\u00e9cialistes des relations internationales.<\/p>Jean-Pisani Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Troisi\u00e8mement, les partisans du multilat\u00e9ralisme devraient prendre conscience de ce nouveau contexte. Ils se sont trop souvent pr\u00e9sent\u00e9s en h\u00e9rauts d\u2019un monde r\u00e9gi par des relations pacifiques et \u00e9quilibr\u00e9es qui a de moins en moins de rapport avec le r\u00e9el. N\u00e9gliger le pouvoir et l’asym\u00e9trie est tr\u00e8s risqu\u00e9, car cela alimente in\u00e9vitablement la m\u00e9fiance \u00e0 l’\u00e9gard de principes, de r\u00e8gles et d’institutions qui sont per\u00e7us comme biais\u00e9s. Le projet multilat\u00e9ral doit \u00eatre ancr\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Une r\u00e9\u00e9valuation \u00e0 l\u2019aune de cette r\u00e9alit\u00e9 est particuli\u00e8rement n\u00e9cessaire en Europe. Parce qu’elle s’est vu conf\u00e9rer des comp\u00e9tences sp\u00e9cifiques dans une s\u00e9rie de domaines particuliers, l’Union a traditionnellement abord\u00e9 les relations \u00e9conomiques internationales comme \u00ab pouvoir fragment\u00e9 \u00bb qui rel\u00e8ve les d\u00e9fis de politiques sectorielles un par un et qui, souvent, ne parvient pas \u00e0 relier les domaines d\u2019action entre eux. Pendant longtemps, l’Union a eu une politique r\u00e9glementaire, une politique commerciale, une politique de concurrence, une politique mon\u00e9taire, mais pas de politique de relations \u00e9conomiques ext\u00e9rieures. Et parce qu’elle est elle-m\u00eame une communaut\u00e9 de droit, elle a souvent abord\u00e9 les d\u00e9fis sectoriels dans une perspective id\u00e9aliste. L’Union europ\u00e9enne doit maintenant s’adapter \u00e0 une nouvelle r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9opolitique<\/a> et red\u00e9couvrir la notion m\u00eame de souverainet\u00e9 qu’elle s’\u00e9tait longtemps efforc\u00e9e d’\u00e9carter de sa Weltanschauung<\/em>.<\/p>\n\n\n\n

L’Union europ\u00e9enne doit maintenant s’adapter \u00e0 une nouvelle r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9opolitique et red\u00e9couvrir la notion m\u00eame de souverainet\u00e9 qu’elle s’\u00e9tait longtemps efforc\u00e9e d’\u00e9carter de sa Weltanschauung<\/em>.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Cette r\u00e9orientation a des implications pratiques dans une s\u00e9rie de domaines, de la technologie \u00e0 la politique de concurrence, en passant par le r\u00f4le international de l’euro. Mais elle a peut-\u00eatre avant tout des implications pour la perspective strat\u00e9gique de l’Europe et de sa gouvernance. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Union europ\u00e9enne a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e dans un souci de sym\u00e9trie entre les anciens ennemis d’un continent qui avait souffert \u00e0 plusieurs reprises de la rivalit\u00e9 entre puissances. Elle a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue comme la composante d’un ordre mondial plus large fond\u00e9 sur des r\u00e8gles. Dans ce contexte, un syst\u00e8me de gouvernance fragment\u00e9 par secteur et fond\u00e9 sur des r\u00e8gles garantissait l’\u00e9quilibre, prot\u00e9geait les pr\u00e9rogatives des \u00c9tats membres et constituait un bouclier contre la tentation d’abuser du pouvoir discr\u00e9tionnaire. En outre, ce syst\u00e8me d\u00e9cisionnel \u00e9tait efficace dans un monde o\u00f9 les enjeux et d\u00e9bats de politiques publiques \u00e9taient eux-m\u00eames fragment\u00e9s selon des lignes sectorielles.<\/p>\n\n\n\n

Un tel syst\u00e8me de gouvernance n’est plus tenable. Malgr\u00e9 toute la force que la taille de son march\u00e9 et les instruments de politique \u00e9conomique en sa possession peuvent lui conf\u00e9rer, une Europe fragment\u00e9e qui n\u2019assure pas le lien entre ses diff\u00e9rents champs d\u2019action, manque de perspective strat\u00e9gique et ne d\u00e9fend pas ses positions vis-\u00e0-vis des autres puissances ne servirait pas \u00e0 grand-chose dans le monde qui se dessine. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Apr\u00e8s une \u00e9clipse de plusieurs d\u00e9cennies, les asym\u00e9tries structurantes font leur grand retour. Dans cette situation, les \u00e9conomistes doivent apprendre le langage de la g\u00e9opolitique. Selon Jean-Pisani Ferry, il est d’autant plus n\u00e9cessaire de d\u00e9velopper une Union g\u00e9opolitique dans un syst\u00e8me de gouvernance mondial devenu caduc.<\/p>\n","protected":false},"author":620,"featured_media":88108,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-editorials.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1727],"tags":[],"geo":[],"class_list":["post-87779","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","staff-jean-pisani-ferry"],"acf":[],"yoast_head":"\nLe retour des asym\u00e9tries mondiales | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/20\/pisani-ferry-asymetries\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Le retour des asym\u00e9tries mondiales | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Apr\u00e8s une \u00e9clipse de plusieurs d\u00e9cennies, les asym\u00e9tries structurantes font leur grand retour. 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