{"id":8678,"date":"2018-02-19T07:30:53","date_gmt":"2018-02-19T06:30:53","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/?p=8678"},"modified":"2021-05-13T18:39:54","modified_gmt":"2021-05-13T16:39:54","slug":"8678","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/","title":{"rendered":"La g\u00e9opolitique des s\u00e9ries"},"content":{"rendered":"\n

Jeudi dernier a <\/em>commenc\u00e9<\/em><\/a> sur Arte la diffusion fran\u00e7aise de la seconde saison d\u2019<\/em>Okkupert, la s\u00e9rie norv\u00e9gienne qui imagine que le pays, abandonn\u00e9 par l\u2019Union europ\u00e9enne, tombe sous contr\u00f4le russe. Il n\u2019y avait pas de meilleure occasion pour se pencher sur la g\u00e9opolitique des s\u00e9ries, \u00e0 partir de l\u2019<\/em>ouvrage<\/em><\/a> de Dominique Mo\u00efsi paru l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re chez Flammarion. Son analyse, nous le montrerons, est insuffisante : apr\u00e8s en avoir d\u00e9mont\u00e9 la logique d\u2019ensemble, nous proposons une contre-analyse de <\/em>Game of Thrones qui rel\u00e8ve de l\u2019appropriation de la peur plus que de sa propagation et d\u00e9gageons \u00e0 partir de <\/em>Mad Men l\u2019\u00e9quivocit\u00e9 essentielle jou\u00e9e par la critique de soi dans la culture am\u00e9ricaine, qui est bien plus qu\u2019un simple reflet du d\u00e9clin.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Dominique Mo\u00efsi propose une analyse du contenu \u00ab g\u00e9opolitique <\/em> \u00bb d\u2019un ensemble de s\u00e9ries aux th\u00e9matiques g\u00e9opolitiques, extr\u00eamement populaires, et de grande qualit\u00e9, et notamment de Game of Thrones<\/em>. Sa th\u00e8se, qui a le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre simple, donne son sous-titre \u00e0 l’ouvrage : ces s\u00e9ries exprimeraient un \u00ab triomphe de la peur <\/em> \u00bb et la plong\u00e9e progressive du monde occidental dans une attitude pessimiste.<\/p>\n\n\n\n

Ainsi, Game of thrones <\/em>traduirait une peur du chaos, Downton Abbey<\/em> une nostalgie de l\u2019ordre et de la grandeur pass\u00e9e, Homeland<\/em>, un sentiment de fragilit\u00e9 et de vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019Am\u00e9rique face au terrorisme, House of cards<\/em>, une d\u00e9fiance compl\u00e8te des Am\u00e9ricains vis-\u00e0-vis de leur syst\u00e8me politique. Tout en montrant \u00e0 quel point le discours des s\u00e9ries s\u2019est m\u00e9lang\u00e9 au discours des journalistes, et supposant que les s\u00e9ries influencent le monde autant qu\u2019elles s\u2019en inspirent, il sugg\u00e8re de r\u00e9aliser des s\u00e9ries optimistes et positives, dont il propose un exemple de sc\u00e9nario dans le dernier chapitre de son livre, qui montrerait, sous le titre Balance of Power<\/em>, les relations complexes et pourtant constructives entre les deux leaders d\u2019un monde apais\u00e9 : les Etats-Unis et la Chine.<\/p>\n\n\n\n

Reflets contre katharsis<\/em><\/h3>\n\n\n\n

En somme, la d\u00e9monstration de Dominique Mo\u00efsi se d\u00e9roule en trois \u00e9tapes : a\/ les s\u00e9ries expriment l\u2019angoisse g\u00e9opolitique des masses dans un monde incertain ; b\/ leur message \u00e9tant amplifi\u00e9 par les m\u00e9dias, elles contribuent \u00e0 leur tour \u00e0 ce \u00ab triomphe de la peur \u00bb ; c\/ en cons\u00e9quence, si nous voulons vivre dans un monde plus apais\u00e9, nous devrions nous atteler \u00e0 la r\u00e9alisation de s\u00e9ries plus optimistes. Mo\u00efsi pr\u00e9tend donc ainsi d\u00e9celer un triple m\u00e9canisme de reflet \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans son objet : des \u00e9motions sur les s\u00e9ries, des s\u00e9ries sur les m\u00e9dias, et des m\u00e9dias sur les \u00e9motions. Comme toutes les th\u00e9ories du reflet<\/a>, celle-ci est insuffisante et nous allons vous expliquer pourquoi.<\/p>\n\n\n\n

Peur montr\u00e9e ou peur v\u00e9cue ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Selon notre auteur, les s\u00e9ries qu\u2019il \u00e9tudie \u00ab refl\u00e8tent, de mani\u00e8re assez fid\u00e8le, notre m\u00e9lange de fascination et de peur \u00e0 l\u2019\u00e9gard du syst\u00e8me international chaotique qui est le n\u00f4tre aujourd\u2019hui \u00bb. Mais quel raisonnement au juste lui permet-il de conclure que nos ch\u00e8res s\u00e9ries expriment \u00ab un triomphe de la peur \u00bb ? En montrant un monde chaotique ou violent, elles rendraient compte d\u2019une \u00e9motion collective, ce qui expliquerait leur succ\u00e8s. On voit d\u2019embl\u00e9e la pauvret\u00e9 du principe d\u2019interpr\u00e9tation : l\u2019\u00e9motion repr\u00e9sent\u00e9e est identifi\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9motion v\u00e9cue, sans imaginer un instant que la fascination pour la peur pourrait, par exemple, venir de l\u2019ennui que ressentent les citoyens occidentaux dans leurs vies trop douillettes – et m\u00eame lorsqu\u2019elles jouent sur des peurs r\u00e9elles, leur fonction peut aussi bien \u00eatre de les domestiquer par la reformulation esth\u00e9tique que de les d\u00e9cupler par les sensations fortes.<\/p>\n\n\n\n

En somme, il manque \u00e0 notre auteur les rudiments d\u2019une th\u00e9orie de la repr\u00e9sentation. Nous ne nous aventurerons pas ici sur ce terrain, et nous contenterons de signaler qu\u2019un certain philosophe grec voyait<\/a> d\u00e9j\u00e0 dans le sentiment de terreur<\/em> un ingr\u00e9dient essentiel de la fiction : non pas simplement comme reflet des \u00e9motions du spectateur, mais comme purgation <\/em>(katharsis) de celles-ci. Une telle r\u00e9flexion aurait \u00e9galement \u00e9vit\u00e9 de voir des r\u00e9volutions<\/a> l\u00e0 o\u00f9 les continuit\u00e9s sont \u00e9videntes : comment croire que la critique des dirigeants politiques mise en sc\u00e8ne par House of Cards<\/em> exprime un sentiment du d\u00e9clin n\u00e9 avec les attentats du 11 septembre, quand ses ressorts ne sont pas autres que ceux de Macbeth <\/em>et Richard III<\/em>, comme l\u2019auteur le reconna\u00eet d\u2019ailleurs lui-m\u00eame \u00e0 l\u2019occasion (p. 146) ?<\/p>\n\n\n\n

Les m\u00e9dias captifs des s\u00e9ries ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Dominique Mo\u00efsi remarque \u00e9galement que les discours des s\u00e9ries sont d\u00e9sormais repris par les plus grands m\u00e9dias traditionnels et deviennent une sorte de clef de lecture du monde contemporain. Les exemples, en effet, ne manquent pas : \u00ab Game of Thrones Comes to Saudi Arabia \u00bb (New York Times<\/em>), \u00ab La derni\u00e8re saison de Game of Thrones \u00bb (Vatan-\u00e9 Emrouz<\/em>, journal ultraconservateur iranien), \u00ab Game of Thrones \u00bb (Time<\/em>, avec Georges W. Bush et Bill Clinton en couverture).<\/p>\n\n\n\n

Et certes, alors que Trump est le premier pr\u00e9sident qui, de star de la t\u00e9l\u00e9 r\u00e9alit\u00e9, est devenu pr\u00e9sident des Etats-Unis, on peut concevoir une certaine inqui\u00e9tude sur la disparition des fronti\u00e8res entre fiction et r\u00e9alit\u00e9. Mais ce serait une interpr\u00e9tation bien trop rapide : en r\u00e9alit\u00e9 les s\u00e9ries, devenues les r\u00e9f\u00e9rences communes de nos soci\u00e9t\u00e9s, fournissent les mots <\/em>de nos analyses, mais rarement leur contenu<\/em>. Les personnages de Game of Thrones<\/em> ou House of Cards<\/em> peuplent aujourd\u2019hui notre univers symbolique comme il y a quelques d\u00e9cennies encore on disait \u00ab lui, c\u2019est un Rastignac \u00bb ou \u00ab elle, c\u2019est une Bovary \u00bb. Il s\u2019agit d\u2019une nouvelle grammaire, mais non d\u2019un nouveau paradigme. Pr\u00e9tendre autre chose, c\u2019est en rester \u00e0 la une<\/em> sans ouvrir le journal.<\/p>\n\n\n\n


Pour un art optimiste ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Sur ce dernier point, nous r\u00e9pondrons par une image, cr\u00e9ation artistique du d\u00e9but des ann\u00e9es 50 appelant \u00e0 la construction commune d\u2019un monde pacifique :<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
\u00ab  Nous combattons pour la paix.  \u00bb <\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Est-ce ce l\u00e0 la voie que M. Mo\u00efsi souhaite ouvrir \u00e0 la cr\u00e9ation contemporaine ? <\/p>\n\n\n\n

Esth\u00e9tique de la Realpolitik <\/h3>\n\n\n\n

Nous avons voulu mettre en doute par ces quelques remarques la structure du projet th\u00e9orique de M. Mo\u00efsi. Mais une th\u00e9orie esth\u00e9tique ne se soutient en derni\u00e8re instance que de l\u2019analyse des \u0153uvres. Int\u00e9ressons-nous donc d\u2019un peu plus pr\u00e8s \u00e0 celle qui forme le pilier de son argumentation : Game of Thrones<\/em>, exemple iconique, selon lui, du triomphe de la peur et du chaos dans la fiction occidentale.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019ordre derri\u00e8re le chaos<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Cette s\u00e9rie exprimerait la fascination et la crainte pour le chaos et la complexit\u00e9 des al\u00e9as brutaux de notre monde multipolaire depuis la fin de la Guerre froide et de la stabilit\u00e9 g\u00e9opolitique relative qui l\u2019accompagnait. Or la s\u00e9rie pr\u00e9sente bien un univers chaotique ; mais derri\u00e8re une impression de grande confusion et de complexit\u00e9 des alliances, sa narration offre une structure remarquablement claire et on peut m\u00eame admirer la chor\u00e9graphie que forment des \u00e9v\u00e9nements tous pr\u00e9par\u00e9s de longue date par des indices savamment orchestr\u00e9s. Le grand mouvement de simplification et de d\u00e9nouement se caract\u00e9rise, dans la saison 6, avec le ch\u00e2timent de \u201cLittle finger\u201d, personnage particuli\u00e8rement d\u00e9sagr\u00e9able et vicieux, et les retrouvailles de tous les enfants de la famille Stark, puis se poursuit dans la saison 7, avec la rencontre amoureuse miraculeuse de Jon Snow et Danenerys, les deux personnages principaux qui ne s\u2019\u00e9taient jusque l\u00e0 jamais rencontr\u00e9s et dont l\u2019union des forces d\u00e9bloque \u00e9galement la situation sur le plan strat\u00e9gique. \u2013 Plut\u00f4t qu\u2019un tournant dans la structure du r\u00e9cit, nous ne pouvons que constater une remarquable reprise des conventions classiques — celles, par exemple, de L\u2019Avare <\/em>de Moli\u00e8re qui pr\u00e9sente des situations inextricables jusqu\u2019\u00e0 ce que tout le monde se d\u00e9couvre des liens de parent\u00e9 qui permettent le mariage des jeunes amants.<\/p>\n\n\n\n

Mais qu\u2019en est-il avant<\/em> ce geste final de simplification, dans le mouvement m\u00eame des p\u00e9rip\u00e9ties et des retournements d\u2019alliance qui forment le tissu m\u00eame de la s\u00e9rie ? M. Mo\u00efsi consid\u00e8re que le succ\u00e8s de la s\u00e9rie r\u00e9side en cela que les s\u00e9ries sont devenues aussi complexes que la r\u00e9alit\u00e9. Mo\u00efsi cite notamment la journaliste Alyssa Rosenberg<\/a>, qui avait propos\u00e9 dans Foreign Policy<\/em> une transposition syst\u00e9matique entre le Moyen-Orient et la s\u00e9rie am\u00e9ricaine :<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Comme on le voit, cette comparaison revient \u00e0 faire des \u00ab islamistes \u00bb et des \u00ab Kurdes \u00bb des ensembles homog\u00e8nes et unis : il n\u2019y a pas du tout assez de protagonistes dans la s\u00e9rie, qui pourtant n\u2019en manque pas, pour repr\u00e9senter ne serait-ce qu\u2019une portion infime des personnes impliqu\u00e9es dans le conflit syrien. Il serait donc beaucoup plus naturel de supposer que Game of Thrones<\/em> permet au spectateur de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des conflits qui ressemblent au r\u00e9el, qui en ont la complexit\u00e9 apparente, mais qui sont au fond d\u2019une tr\u00e8s grande simplicit\u00e9, et par cons\u00e9quent plus agr\u00e9ables \u00e0 analyser. <\/p>\n\n\n\n

Au fond, la v\u00e9ritable caract\u00e9ristique de la s\u00e9rie serait donc sa simplicit\u00e9 et non sa complexit\u00e9. Les exemples ne manquent pas : ainsi, lorsque Jon Snow accepte que les nomades vivant au Nord du Grand mur traversent celui-ci pour ne pas \u00eatre massacr\u00e9s par les \u00ab Marcheurs blancs \u00bb , l\u2019auteur y voit une reprise du geste d\u2019Angela Merkel acceptant d’accueillir un million de r\u00e9fugi\u00e9s en Allemagne. Cependant, force est de constater que, une fois la d\u00e9cision prise par Jon Snow, qui est s\u00e9v\u00e8rement critiqu\u00e9 pour cela, les \u00ab r\u00e9fugi\u00e9s \u00bb sont accueillis, et, apr\u00e8s quelques p\u00e9rip\u00e9ties qui durent durant toute la saison 6, le probl\u00e8me est r\u00e9solu<\/em>. La s\u00e9rie pr\u00e9sente donc des probl\u00e8mes similaires aux n\u00f4tres, avec la diff\u00e9rence notable qu\u2019ils peuvent \u00eatre r\u00e9solus facilement d\u00e8s lors qu\u2019un h\u00e9ros prend la d\u00e9cision juste<\/em>.<\/p>\n\n\n\n

Le manich\u00e9isme derri\u00e8re l’exotisme<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Dominique Mo\u00efsi, de m\u00eame que la plupart des commentateurs de la s\u00e9rie, s\u2019\u00e9tonne, que la s\u00e9rie ne soit pas \u00ab manich\u00e9enne \u00bb. Mais une telle assertion ne r\u00e9siste pas \u00e0 l\u2019analyse. Il existe dans la s\u00e9rie, qu\u2019on l\u2019accepte ou non, une distinction tr\u00e8s claire entre les gentils et les m\u00e9chants. Jon Snow, Arya Stark, Lady Brienne, ou Tyrion Lannister, par exemple, sont des personnages toujours positifs. Et la cruaut\u00e9 dont fait preuve Daenerys ne trompe personne : certes, elle crucifie les aristocrates de la ville aux esclaves, mais il s\u2019agit uniquement d\u2019une punition disproportionn\u00e9e pour les violences qu\u2019ils avaient commises, pr\u00e9sent\u00e9e comme maladroite, mais certainement pas comme profond\u00e9ment mauvaise \u2013 prouvant l\u2019intransigeance du personnage plut\u00f4t que sa violence. Il ne s’agit donc pas de brouiller nos rep\u00e8res moraux, mais \u00e0 l’exact inverse de nous permettre de les retrouver dans un univers exotique, en l’occurrence f\u00e9odal, o\u00f9 ils ne peuvent plus prendre la m\u00eame forme ni correspondre aux m\u00eames degr\u00e9s de violence.<\/p>\n\n\n\n

De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, il existe une panoplie de \u00ab vrais m\u00e9chants \u00bb dont les personnages principaux se vengent pour la plus grande d\u00e9lectation du spectateur. Ainsi, Ramsay Bolton est une figure du mal absolu, d\u00e9vor\u00e9 finalement par ses propres chiens apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9moli \u00e0 mains nues par Jon Snow, vengeant ainsi sa s\u0153ur que Bolton avait atrocement brutalis\u00e9e au cours de leur mariage. <\/p>\n\n\n\n

En revanche, comment expliquer, et l\u00e0 r\u00e9side le v\u00e9ritable myst\u00e8re, que tout le monde s\u2019\u00e9tonne que la plus populaire s\u00e9rie au monde, qui dure environ 60 heures, et pr\u00e9sente une cinquantaine de personnages principaux, ne soit pas caricaturalement manich\u00e9iste (bien qu\u2019elle le soit quand m\u00eame au fond) ? La plupart des spectateurs restent probablement, au fond, universalistes, mais drapent leur universalisme derri\u00e8re un r\u00e9alisme ostentatoire<\/em>, dont se revendiquent en permanence la plupart des personnages. <\/p>\n\n\n\n

La s\u00e9rie autocritique, stade ultime du capitalisme <\/h3>\n\n\n\n

Alors m\u00eame que ce livre est paru avant l\u2019\u00e9lection de Donald Trump, le livre de Mo\u00efsi constate \u00e0 travers les s\u00e9ries l\u2019\u00e9mergence d\u2019un sentiment de d\u00e9clin de la puissance am\u00e9ricaine. Ce sentiment de d\u00e9clin serait \u00e0 l\u2019origine de la popularit\u00e9 de s\u00e9ries autocritiques voire autodestructrices dont il reconna\u00eet la qualit\u00e9 tout en d\u00e9plorant le pessimisme qu\u2019elles contribuent \u00e0 valoriser. Si nous partageons le constat de l\u2019autocritique, nous pensons que, si elle est apparue r\u00e9cemment dans les s\u00e9ries, elle existe en revanche de longue date dans la culture am\u00e9ricaine. Elle est au contraire une des sources de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine sur le monde, comme nous le montrera l\u2019analyse de Mad Men<\/em>, qui, bien que non g\u00e9opolitique<\/em> dans son th\u00e8me, propose dans sa derni\u00e8re saison une analyse compl\u00e8te de la grandeur de l\u2019Am\u00e9rique, et, derri\u00e8re elle, du nouvel esprit du capitalisme.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
Malcolm, ou la destruction m\u00e9thodique et acharn\u00e9e de l\u2019image du p\u00e8re et de la famille am\u00e9ricaine.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Le terrorisme ne rend pas autocritique<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Mo\u00efsi constate assez rapidement que les s\u00e9ries am\u00e9ricaines sont marqu\u00e9es par une autocritique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard du syst\u00e8me am\u00e9ricain, notamment House of Cards<\/em>, ce qui t\u00e9moignerait d\u2019un d\u00e9clin de la puissance am\u00e9ricaine. Qu\u2019est-ce qui explique cette apparition de \u00ab la peur \u00bb des Etats-Unis, et d\u2019un sentiment de vuln\u00e9rabilit\u00e9 profond ? La r\u00e9ponse propos\u00e9e a le m\u00e9rite de la concision : les attentats du 11 septembre.<\/p>\n\n\n\n

D\u2019une part, il semble contestable de mettre sur le m\u00eame plan l\u2019expression de peurs et la critique du syst\u00e8me am\u00e9ricain. L\u2019expression des peurs de l\u2019Am\u00e9rique (notamment vis-\u00e0-vis du terrorisme) s\u2019inscrit dans un registre s\u00e9rieux et digne, li\u00e9 au culte des v\u00e9t\u00e9rans, \u00e0 la protection de la famille, \u00e0 l\u2019affirmation de l\u2019\u00c9tat protecteur, tandis que les discours \u00ab autocritiques \u00bb visent justement les valeurs am\u00e9ricaines traditionnelles (la famille, l\u2019honneur, l\u2019arm\u00e9e). Ainsi, il semble assez difficile de mettre sur le m\u00eame plan la vision inqui\u00e8te du terrorisme dans Homeland<\/em> et la remise en cause du syst\u00e8me am\u00e9ricain qui existe dans House of Cards<\/em>, les deux s\u00e9ries appartenant \u00e0 deux registres discursifs diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n

D\u2019autre part, le pessimisme et la peur ne sont pas apparus dans la culture populaire am\u00e9ricaine avec le 11 septembre : les films catastrophes ont toujours connu des succ\u00e8s retentissants dans les ann\u00e9es 90 : Armageddon<\/em>, Titanic<\/em>, Independance Day<\/em>, sans parler des films de zombies ou d\u2019horreur. En revanche, on peut dire qu\u2019ils sont apparus dans les ann\u00e9es 2000 au sein des s\u00e9ries am\u00e9ricaines, non en raison d\u2019une modification essentielle de l\u2019ethos <\/em>am\u00e9ricain, mais plut\u00f4t parce que les s\u00e9ries, acqu\u00e9rant leurs lettres de noblesse, ont commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper des th\u00e9matiques plus noires, comme le remarque d\u2019ailleurs M. Mo\u00efsi lui-m\u00eame, en faisant d\u2019une r\u00e9trospective de 2001 au MOMA consacr\u00e9e aux saisons 1 et 2 des Sopranos<\/em> le d\u00e9but de la reconnaissance institutionnelle et artistique des s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

Dialectique du r\u00eave am\u00e9ricain<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Mo\u00efsi constate que les s\u00e9ries am\u00e9ricaines sont les seules \u00e0 critiquer leur propre pays avec autant de syst\u00e9matisme (p. 44-45), mais semble limiter ce constat aux seules s\u00e9ries : \u00ab Elle [l\u2019Am\u00e9rique] aurait m\u00eame le g\u00e9nie \u00e0 travers ses s\u00e9ries de transformer ses d\u00e9faites, ou tout le moins ses \u00e9checs en victoire \u00bb (p. 36). Or ce constat est \u00e9galement valable pour le cin\u00e9ma, la musique, et la litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n

On peut tout \u00e0 fait soutenir que, si les Etats-Unis ont perdu la guerre du Vietnam, notamment en raison de la pression populaire aux Etats-Unis, en revanche, le traitement culturel de la guerre du Vietnam, et la critique rapide dont elle a fait l\u2019objet, a grandement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 \u00e0 l\u2019image du pays, tant au cin\u00e9ma (The Deer Hunter<\/em> sort en 1978, Apocalypse Now <\/em>en 1979, Full metal jacket <\/em>en 1987) qu\u2019en musique. Ainsi le festival de Woodstock, en 1969, sur fond de contestation pacifique anti-guerre, marque le d\u00e9but de la d\u00e9cennie hippie sur les airs de l\u2019hymne am\u00e9ricain d\u00e9tourn\u00e9 par Jimmy Hendrix, ou avec la chanson ouvertement anti-militaire de Country Joe Macdonald<\/a>. Les Etats-Unis ont peut-\u00eatre perdu la guerre du Vietnam mais l\u2019opposition \u00e0 cette guerre marque le d\u00e9but d\u2019une contre-culture qui a rayonn\u00e9 sur le monde, contribuant par l\u00e0 \u00e0 valoriser un pays o\u00f9 elle \u00e9tait n\u00e9e pour le mettre en question, dans un mouvement d\u2019appropriation des forces de la critique, comme le veut le nouvel esprit du capitalisme<\/em>.<\/p>\n\n\n\n

Les craintes de Mo\u00efsi qui constate le nationalisme exacerb\u00e9 des s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es russes, ne semblent pas fond\u00e9es : \u00ab Il existe bien deux poids, deux mesures. A travers ses s\u00e9ries, l\u2019Am\u00e9rique s\u2019auto flagelle. A travers les siennes, qui n\u2019ont pour l\u2019essentiel qu\u2019une audience locale, la Russie se glorifie. A ce jeu, peut-on continuer de penser qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique et ouverte l\u2019emportera n\u00e9cessairement, \u00e0 terme, en pr\u00e9sentant ses faiblesses de mani\u00e8re presque caricaturale, sur un r\u00e9gime qui se pr\u00e9sente lui aussi de mani\u00e8re caricaturale en vantant exclusivement ses m\u00e9rites ? \u00bb (p. 152) Au contraire, le nationalisme des s\u00e9ries russes, oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019acceptation (au d\u00e9tournement, et \u00e0 la valorisation financi\u00e8re) de l\u2019auto-critique am\u00e9ricaine est la meilleure garantie que le mod\u00e8le culturel am\u00e9ricain continuera \u00e0 dominer le mod\u00e8le russe.<\/p>\n\n\n\n

Don Draper et l\u2019Am\u00e9rique<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

La plupart des grandes \u0153uvres artistiques se reconnaissent \u00e0 leur capacit\u00e9 \u00e0 exprimer, lors de moments clefs, une quantit\u00e9 de significations, de symboles, et d\u2019interpr\u00e9tations presque infinie, d\u2019autant plus satisfaisants qu\u2019ils forment une harmonie impr\u00e9visible. Si nous sommes relativement sceptiques \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019analyser le contenu proprement g\u00e9opolitique des s\u00e9ries, nous pensons que certaines grandes s\u00e9ries, aujourd\u2019hui encore peu nombreuses, se pr\u00eatent \u00e0 une analyse formelle.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 la fin de la grande fresque de Mad Men<\/em>, qui est une m\u00e9ditation sur nos origines, et une invitation \u00e0 comparer notre \u00e9poque avec celle des ann\u00e9es 60, le personnage principal, Don Draper, a quitt\u00e9 son entreprise, sa famille, tout, et se trouve dans un camp hippie en Californie, assis en tailleur, la chemise hors de son pantalon, \u00e9mettant des \u00ab Aum \u00bb gutturaux entour\u00e9 de comparses barbus et chevelus. Il semble s\u00e9rieux, un peu strict pour l\u2019occasion, puis, peu \u00e0 peu, un grand sourire se dessine sur ses l\u00e8vres. A-t-il enfin trouv\u00e9 la paix int\u00e9rieure, loin du business<\/em>, aussi loin de ses probl\u00e8mes familiaux que du mod\u00e8le de virilit\u00e9 qu\u2019il incarnait dans une spirale de s\u00e9ductions incessantes, balaye-t-il d\u2019un coup l\u2019ancien monde capitaliste de la publicit\u00e9 ? Soudain, une musique retentit : il s\u2019agit du fameux spot<\/em><\/a> publicitaire pour Coca-Cola \u00ab I\u2019d like to buy the world a coke<\/em> \u00bb, o\u00f9 l\u2019on voit des jeunes bigarr\u00e9s, habill\u00e9s en hippies, qui prononcent des paroles \u00e9tonnamment lyriques pour un simple soda, sur une colline perdue dans la nature.<\/p>\n\n\n\n

Que signifie cette conclusion \u00e9tonnante ? C\u2019est justement au moment o\u00f9 l\u2019on pensait que la contre-culture allait l\u2019emporter et que Don Draper allait abandonner son travail pour se consacrer \u00e0 des activit\u00e9s non-lucratives, qu\u2019il comprend en fait l\u2019essence m\u00eame de la culture am\u00e9ricaine, et devient donc capable d\u2019inventer une publicit\u00e9 historique, accomplissant ainsi le r\u00eave de tout publicitaire gr\u00e2ce au symbole m\u00eame de l\u2019Am\u00e9rique capitaliste : le Coca-Cola. Cette s\u00e9rie rend donc sensible et proprement esth\u00e9tique<\/em>, au terme de sept saisons et apr\u00e8s avoir construit un personnage d\u2019une complexit\u00e9 fabuleuse qui pourrait tout \u00e0 fait incarner l\u2019Am\u00e9rique, un retour sur soi du personnage qui rend soudain compr\u00e9hensible au lecteur, de mani\u00e8re consciente ou purement instinctive, la relation directe entre la critique sinc\u00e8re du capitalisme et son renforcement inexorable.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

\u00c0 la G\u00e9opolitique des s\u00e9ries de Dominique Mo\u00efsi, il manque une th\u00e9orie de la repr\u00e9sentation. Nous y rem\u00e9dions par une contre-analyse de Game of Thrones, House of Cards et Mad Men.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":69639,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"templates\/post-reviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1728],"tags":[],"staff":[1557,1758],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[],"class_list":["post-8678","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts","staff-pierre-ramond","staff-ulysse-lojkine"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\nLa g\u00e9opolitique des s\u00e9ries | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La g\u00e9opolitique des s\u00e9ries | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"\u00c0 la G\u00e9opolitique des s\u00e9ries de Dominique Mo\u00efsi, il manque une th\u00e9orie de la repr\u00e9sentation. Nous y rem\u00e9dions par une contre-analyse de Game of Thrones, House of Cards et Mad Men.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2018-02-19T06:30:53+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2021-05-13T16:39:54+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2018\/02\/16156257.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1200\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"675\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"gegeurope\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"gegeurope\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"14 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/\",\"name\":\"La g\u00e9opolitique des s\u00e9ries | Le Grand Continent\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2018\/02\/g\u00e9opolitique-des-s\u00e9ries.jpg\",\"datePublished\":\"2018-02-19T06:30:53+00:00\",\"dateModified\":\"2021-05-13T16:39:54+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/25753fbf57948f81eb98a2daaf0a1f44\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2018\/02\/g\u00e9opolitique-des-s\u00e9ries.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2018\/02\/g\u00e9opolitique-des-s\u00e9ries.jpg\",\"width\":277,\"height\":456,\"caption\":\"G\u00e9opolitique des S\u00e9ries, Dominique Mo\u00efsi, page de couverture\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"La g\u00e9opolitique des s\u00e9ries\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\",\"name\":\"Le Grand Continent\",\"description\":\"L'\u00e9chelle pertinente\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/25753fbf57948f81eb98a2daaf0a1f44\",\"name\":\"gegeurope\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/332bc77b348876050983d79aac818e16?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/332bc77b348876050983d79aac818e16?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"gegeurope\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"La g\u00e9opolitique des s\u00e9ries | Le Grand Continent","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"La g\u00e9opolitique des s\u00e9ries | Le Grand Continent","og_description":"\u00c0 la G\u00e9opolitique des s\u00e9ries de Dominique Mo\u00efsi, il manque une th\u00e9orie de la repr\u00e9sentation. Nous y rem\u00e9dions par une contre-analyse de Game of Thrones, House of Cards et Mad Men.","og_url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/","og_site_name":"Le Grand Continent","article_published_time":"2018-02-19T06:30:53+00:00","article_modified_time":"2021-05-13T16:39:54+00:00","og_image":[{"width":1200,"height":675,"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2018\/02\/16156257.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"gegeurope","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"gegeurope","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"14 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/","name":"La g\u00e9opolitique des s\u00e9ries | Le Grand Continent","isPartOf":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2018\/02\/g\u00e9opolitique-des-s\u00e9ries.jpg","datePublished":"2018-02-19T06:30:53+00:00","dateModified":"2021-05-13T16:39:54+00:00","author":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/25753fbf57948f81eb98a2daaf0a1f44"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/#primaryimage","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2018\/02\/g\u00e9opolitique-des-s\u00e9ries.jpg","contentUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2018\/02\/g\u00e9opolitique-des-s\u00e9ries.jpg","width":277,"height":456,"caption":"G\u00e9opolitique des S\u00e9ries, Dominique Mo\u00efsi, page de couverture"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"La g\u00e9opolitique des s\u00e9ries"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/","name":"Le Grand Continent","description":"L'\u00e9chelle pertinente","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/25753fbf57948f81eb98a2daaf0a1f44","name":"gegeurope","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/332bc77b348876050983d79aac818e16?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/332bc77b348876050983d79aac818e16?s=96&d=mm&r=g","caption":"gegeurope"}}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8678","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8678"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8678\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/69639"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8678"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8678"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8678"},{"taxonomy":"staff","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/staff?post=8678"},{"taxonomy":"editorial_format","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/editorial_format?post=8678"},{"taxonomy":"serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/serie?post=8678"},{"taxonomy":"audience","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/audience?post=8678"},{"taxonomy":"geo","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/geo?post=8678"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}