{"id":86355,"date":"2020-10-08T22:58:16","date_gmt":"2020-10-08T20:58:16","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=86355"},"modified":"2020-10-09T11:44:26","modified_gmt":"2020-10-09T09:44:26","slug":"francois-hartog","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/","title":{"rendered":"Les temporalit\u00e9s de Fran\u00e7ois Hartog"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans votre dernier ouvrage, <\/strong><strong><em>Chronos<\/em><\/strong><strong>, qui vient de para\u00eetre aux \u00e9ditions Gallimard, vous poursuivez l\u2019investigation entam\u00e9e il y a dix-sept ans dans <\/strong><strong><em>R\u00e9gimes d\u2019historicit\u00e9<\/em><\/strong><strong> sur l\u2019\u00e9volution de notre rapport au temps<\/strong><strong>. Dans les deux ouvrages, vous prenez le parti d\u2019aborder cette question par le biais des \u00ab&#160;&nbsp;crises&nbsp;&#160;\u00bb ou des \u00ab&#160;&nbsp;br\u00e8ches&nbsp;&#160;\u00bb qui, par moment, affectent le cours du temps. Qu\u2019entendez-vous par l\u00e0 et pourquoi privil\u00e9gier cette porte d\u2019entr\u00e9e dans le sujet plut\u00f4t, par exemple, que de proc\u00e9der \u00e0 une pr\u00e9sentation typologique des diff\u00e9rents r\u00e9gimes d\u2019historicit\u00e9&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai jamais cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9crire un trait\u00e9 sur le temps ou une histoire du temps, m\u00eame pas une histoire philosophique du temps comme celle qu\u2019avait faite Krzysztof Pomian dans son grand livre sur l\u2019\u00ab&#160;&nbsp;ordre du temps&nbsp;&#160;\u00bb. Ma question, depuis que je m\u2019int\u00e9resse au temps, a toujours \u00e9t\u00e9&nbsp;&#160;: que se passe-t-il aujourd\u2019hui, dans mon contemporain&#160;? Je suis parti, il y a maintenant pr\u00e8s de vingt-cinq ans, d\u2019une interrogation sur ce qu\u2019il en est de notre rapport au temps. C\u2019est cette question initiale qu\u2019au fond, j\u2019ai reconduite jusqu\u2019aujourd\u2019hui. Il \u00e9tait clair qu\u2019il y avait une interrogation, une perte d\u2019\u00e9vidence des rep\u00e8res, que la mani\u00e8re d\u2019articuler, d\u2019ordonner les unes par rapport aux autres les cat\u00e9gories du pr\u00e9sent, du pass\u00e9 et du futur avaient perdu de leur \u00e9vidence ant\u00e9rieure. C\u2019est cela que j\u2019appelle une crise du temps. Pour la diagnostiquer, je m\u2019\u00e9tais servi des travaux de Hannah Arendt autour de ce qu\u2019elle appelle les \u00ab&#160;&nbsp;br\u00e8ches&nbsp;&#160;\u00bb (<em>gap<\/em>) du temps, soit les moments de remise en question que sont juillet 1789 ou la R\u00e9sistance en France ou 1956 en Hongrie. Pourquoi ces moments&nbsp;&#160;? Parce qu\u2019ils sont particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateurs. Par le trouble qui s\u2019installe, ce qui paraissait \u00e9vident, par exemple la domination de la cat\u00e9gorie du futur dans ce que j\u2019ai appel\u00e9 le r\u00e9gime moderne d\u2019historicit\u00e9 (qui s\u2019est mis en place dans le monde occidental \u00e0 la fin du XVIII<sup>e<\/sup> et a dur\u00e9 jusqu\u2019au dernier quart du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle), devient probl\u00e9matique. Une mise en question qui s\u2019est traduite, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, par l\u2019exp\u00e9rience partag\u00e9e de plus en plus largement d\u2019un avenir qui se fermait. Ce qui paraissait acquis, \u00e0 savoir qu\u2019on marchait vers un avenir porteur de progr\u00e8s, tout d\u2019un coup, perdait sa forte \u00e9vidence. Simultan\u00e9ment, on a vu une mont\u00e9e de la cat\u00e9gorie du pr\u00e9sent, qui a rapidement tendu \u00e0 cannibaliser les autres cat\u00e9gories, celles du pass\u00e9 et du futur, pour venir s\u2019installer en position omnipotente. Ces moments de crise, de br\u00e8che entre ce qui n\u2019est plus et ce qui n\u2019est pas encore, sont difficiles \u00e0 vivre, mais, pour qui essaye de comprendre ce qui est en train d\u2019advenir, ils sont particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateurs. Michel de Certeau a cette formule que je rappelle au d\u00e9but de <em>Chronos<\/em> selon laquelle une soci\u00e9t\u00e9 \u00ab&#160;&nbsp;dit ce qu\u2019elle est en train de construire avec les repr\u00e9sentations de ce qu\u2019elle est en train de perdre&nbsp;&#160;\u00bb. C\u2019est de ce d\u00e9calage, de ce d\u00e9phasage, dont la br\u00e8che temporelle est une manifestation. On ne sait pas comment dire ce qui advient puisqu\u2019on n\u2019a pas les mots pour le dire et que les seuls mots dont on dispose sont ceux qui viennent, pour employer une expression du jour, du \u00ab&#160;&nbsp;monde d\u2019avant&nbsp;&#160;\u00bb. Ce sont toujours ces moments d\u2019instabilit\u00e9, de discordance, de d\u00e9saccord, de faille qui m\u2019int\u00e9ressent particuli\u00e8rement&nbsp;&#160;: les crises du temps.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Ce sont toujours ces moments d\u2019instabilit\u00e9, de discordance, de d\u00e9saccord, de faille qui m\u2019int\u00e9ressent particuli\u00e8rement&nbsp;&#160;: les crises du temps.<\/p><cite>Fran\u00e7ois Hartog<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans <\/strong><strong><em>Chrono<\/em><\/strong><strong>s, vous vous appuyez pr\u00e9cis\u00e9ment sur des mots provenant d\u2019un monde d\u2019avant, de tr\u00e8s longtemps avant&nbsp;&#160;: la Gr\u00e8ce. Un trin\u00f4me conceptuel charpente en effet toute la r\u00e9flexion que vous d\u00e9ployez dans cet ouvrage&nbsp;&#160;: <\/strong><strong><em>Chronos, Kairos<\/em><\/strong><strong> et <\/strong><strong><em>Krisis<\/em><\/strong><strong>. Quel sens donnez-vous \u00e0 chacune de ces trois notions et quels rapports \u00e9tablissez-vous entre elles&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Essayant de saisir ce qu\u2019il en \u00e9tait du temps aujourd\u2019hui, j\u2019ai fait, comme j\u2019aime bien le faire, un grand pas en arri\u00e8re vers les temps les plus lointains. C\u2019est ce que j\u2019avais pratiqu\u00e9 dans <em>R\u00e9gimes d\u2019historicit\u00e9 <\/em>en partant d\u2019Ulysse et de ce moment fondateur de la rencontre chez les Ph\u00e9aciens avec le barde. Justement quand Ulysse n\u2019a pas encore les mots pour dire le pass\u00e9. Non pas qu\u2019il ne sache pas ce qu\u2019il a fait la veille, mais le pass\u00e9 comme tel, son concept, n\u2019est pas \u00e0 sa disposition, si bien qu\u2019il n\u2019arrive pas \u00e0 relier l\u2019Ulysse qu\u2019il \u00e9tait lors de ce moment glorieux que fut la prise de Troie et le \u00ab&#160;&nbsp;pauvre type&nbsp;&#160;\u00bb qu\u2019il est aujourd\u2019hui, qui a tout perdu jusqu\u2019\u00e0 son nom. C\u2019est lors de ce moment exceptionnel au cours duquel l\u2019a\u00e8de chante la prise de Troie, la ruse du cheval de bois, qu\u2019Ulysse parvient finalement \u00e0 relier les deux en disant \u00ab&#160;&nbsp;c\u2019\u00e9tait moi, c\u2019est&nbsp;moi&nbsp;&#160;\u00bb. C\u2019est ce que j\u2019ai appel\u00e9 la&nbsp;d\u00e9couverte de l\u2019historicit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire cette non-co\u00efncidence principielle de soi \u00e0 soi. Tel a \u00e9t\u00e9 le point de d\u00e9part du concept de \u00ab&#160;&nbsp;r\u00e9gime d\u2019historicit\u00e9&nbsp;&#160;\u00bb. Dans <em>Chronos<\/em>, il m\u2019est apparu que, pour comprendre ce qu\u2019il en \u00e9tait du temps dans ce qui est devenu le monde occidental, il n\u2019\u00e9tait pas possible de ne pas s\u2019arr\u00eater longuement sur le temps chr\u00e9tien. J\u2019ai donc essay\u00e9 d\u2019abord d\u2019\u00e9tablir ce qu\u2019on peut d\u00e9finir comme le r\u00e9gime chr\u00e9tien d\u2019historicit\u00e9, ce qui m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 lire tous les premiers textes du christianisme et m\u00eame, un peu plus loin en amont, les principales apocalypses juives.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Or, la mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender le temps dans ces textes met en \u0153uvre trois concepts&nbsp;&#160;: <em>Chronos, Kairos <\/em>et <em>Krisis<\/em>. Trois concepts grecs, qui sont pass\u00e9s au monde de la Bible au moment de la traduction de la Bible en grec \u00e0 Alexandrie \u00e0 partir du III<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant notre \u00e8re, qui donne naissance \u00e0 la Septante. Le choix de ces concepts est int\u00e9ressant et plus encore l\u2019usage qu\u2019en font les chr\u00e9tiens, qui n\u2019est pas le m\u00eame que celui qu\u2019en faisaient les Grecs. Dans le monde grec classique, le couple principal est celui form\u00e9 par <em>Chronos<\/em> \u2013 le temps ordinaire, le temps de la vie, le temps qui s\u2019\u00e9coule \u2013 et <em>Kairos<\/em> \u2013 l\u2019instant d\u00e9cisif, l\u2019occasion \u00e0 saisir. En Gr\u00e8ce, c\u2019est la combinaison de <em>Chronos<\/em> et <em>Kairos <\/em>qui permet de penser l\u2019action. Une action r\u00e9ussie, c\u2019est une action qui sait conjoindre <em>Chronos<\/em> et <em>Kairos<\/em>. <em>Krisis<\/em> \u2013 le jugement, qui vient trancher un diff\u00e9rend, inscrit dans le temps un avant et un apr\u00e8s \u2013 a lui \u00e9t\u00e9 surtout mobilis\u00e9, dans la Gr\u00e8ce ancienne, par la m\u00e9decine hippocratique. L\u2019art du m\u00e9decin consiste, en effet, \u00e0 reconna\u00eetre le rythme de la maladie et, en particulier, \u00e0 identifier les \u00ab&#160;&nbsp;jours critiques&nbsp;&#160;\u00bb, ceux qui peuvent voir la maladie basculer vers une issue fatale ou vers la gu\u00e9rison. Il s\u2019agit bien d\u2019une sorte de jugement. C\u2019est fort de ce savoir que le bon m\u00e9decin peut agir \u00ab&#160;&nbsp;au bon moment&nbsp;&#160;\u00bb. On retrouve le concept de <em>Kairos<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L\u2019art du m\u00e9decin consiste, en effet, \u00e0 reconna\u00eetre le rythme de la maladie et, en particulier, \u00e0 identifier les \u00ab&#160;&nbsp;jours critiques&nbsp;&#160;\u00bb, ceux qui peuvent voir la maladie basculer vers une issue fatale ou vers la gu\u00e9rison. Il s\u2019agit bien d\u2019une sorte de jugement. C\u2019est fort de ce savoir que le bon m\u00e9decin peut agir \u00ab&#160;&nbsp;au bon moment&nbsp;&#160;\u00bb.<\/p><cite>Fran\u00e7ois Hartog<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>En quoi l\u2019usage chr\u00e9tien de ces trois concepts diff\u00e8re-t-il de celui qu\u2019en faisaient les Grecs&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Quand ces trois concepts se trouvent mobilis\u00e9s par les traducteurs de la Bible, ils changent en m\u00eame temps qu\u2019ils entrent dans un autre univers.<em> Chronos<\/em> continue \u00e0 exister sous la forme du temps ordinaire, du temps des saisons, du temps des labours, du temps de la vie. <em>Kairos <\/em>lui, quitte le monde du moment opportun pour prendre une force beaucoup plus grande et se rapprocher de <em>Krisis<\/em> qui, lui-m\u00eame, se trouve absolutis\u00e9 pour d\u00e9signer, dans une perspective apocalyptique, le Jugement par excellence, le Dernier&nbsp;&#160;: celui qui solde tous les comptes, met fin au monde tel qu\u2019il \u00e9tait, mais aussi ouvre sur un monde tout autre, celui du Royaume sans fin. Dans les apocalypses juives, comme dans le livre de Daniel par exemple, <em>Kairos<\/em> va \u00eatre comme attir\u00e9 par <em>Krisis<\/em> et d\u00e9signer l\u2019arriv\u00e9e de ce temps nouveau. Les premiers chr\u00e9tiens, cette petite secte apocalyptique juive, vont reprendre ces trois concepts mais vont leur donner une port\u00e9e diff\u00e9rente. <em>Chronos<\/em> va demeurer le temps ordinaire, <em>Krisis<\/em>, le Jugement, va \u00e9galement garder la m\u00eame acception, seul <em>Kairos<\/em> va se d\u00e9placer. La grande nouveaut\u00e9 chr\u00e9tienne, c\u2019est ce d\u00e9placement&nbsp;&#160;: <em>Kairos<\/em> va d\u00e9signer le moment de l\u2019Incarnation. En s\u2019incarnant J\u00e9sus entre dans le temps <em>Chronos<\/em> (avec une naissance et une mort). Ce moment-l\u00e0 devient le moment central&nbsp;&#160;: le <em>Kairos<\/em> avec majuscule.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi ce parcours qui pourrait sembler un long d\u00e9tour&nbsp;nous \u00e9loignant de la question initiale sur quel temps aujourd\u2019hui&#160;? Parce qu\u2019en Europe le temps moderne est sorti, \u00e0 tous les sens du terme, du temps chr\u00e9tien. Il en vient et il l\u2019a quitt\u00e9. Il n\u2019est donc pas inutile de retracer comment s\u2019est construit le temps chr\u00e9tien, sachant qu\u2019il s\u2019est peu \u00e0 peu impos\u00e9 au fur et \u00e0 mesure de la mont\u00e9e en puissance de l\u2019Eglise et qu\u2019il est rest\u00e9 le cadre, l\u2019armature des repr\u00e9sentations du temps jusqu\u2019\u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle. Avant d\u2019\u00eatre v\u00e9cu comme un carcan. J\u2019ajouterais une raison annexe&nbsp;&#160;: c\u2019est une occasion de \u00ab&#160;&nbsp;relire&nbsp;&#160;\u00bb ces premiers textes du christianisme qui ont largement disparu de notre horizon. L\u2019examen de la fa\u00e7on dont les chr\u00e9tiens ont mobilis\u00e9 les trois concepts m\u2019a permis de d\u00e9finir le r\u00e9gime chr\u00e9tien d\u2019historicit\u00e9 comme un&nbsp;pr\u00e9sentisme apocalyptique. Cela signifie qu\u2019entre l\u2019Incarnation, qui devient le temps fondateur, et la fin, le moment du Jugement \u2013 apocalypse et Parousie dans le langage chr\u00e9tien \u2013 entre ces deux moments, on a, au fond, du pr\u00e9sent&nbsp;&#160;: rien que du pr\u00e9sent. C\u2019est-\u00e0-dire un temps qui n\u2019a pas de consistance propre ni vraiment d\u2019importance puisque ce qui compte, c\u2019est de se convertir et d\u2019esp\u00e9rer pour le plus t\u00f4t possible ce moment terminal. C\u2019est un pr\u00e9sentisme, car il n\u2019y a que du pr\u00e9sent. Et un pr\u00e9sentisme apocalyptique puisque l\u2019issue, l\u2019horizon, est celui de l\u2019apocalypse. Il suffit de lire l\u2019Apocalypse de Jean ou les \u00e9p\u00eetres de Paul pour s\u2019en convaincre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L\u2019examen de la fa\u00e7on dont les chr\u00e9tiens ont mobilis\u00e9 les trois concepts m\u2019a permis de d\u00e9finir le r\u00e9gime chr\u00e9tien d\u2019historicit\u00e9 comme un&nbsp;pr\u00e9sentisme apocalyptique.<\/p><cite>Fran\u00e7ois Hartog<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ce pr\u00e9sentisme chr\u00e9tien est-il de m\u00eame nature que le pr\u00e9sentisme contemporain dont vous avez mis en \u00e9vidence l\u2019existence&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Ce pr\u00e9sentisme premier, initial, chr\u00e9tien, est pris entre les deux concepts de <em>Kairos<\/em> et de <em>Krisis<\/em>. C\u2019est un temps que les p\u00e8res de l\u2019\u00c9glise ont d\u00e9sign\u00e9, en latin, comme un temps interm\u00e9diaire (<em>media aetas<\/em>). Que P\u00e9trarque ait choisit de d\u00e9signer la p\u00e9riode qui est devenue le Moyen-\u00c2ge justement comme \u00ab&#160;temps interm\u00e9diaire&nbsp;&#160;\u00bb montre qu\u2019il voyait le retour \u00e0 l\u2019antiquit\u00e9 comme l\u2019ouverture d\u2019un temps enti\u00e8rement nouveau. Comment vivre ce temps pris entre <em>Kairos<\/em> et <em>Krisis&nbsp;<\/em>&#160;? La r\u00e9ponse est donn\u00e9e par Paul&nbsp;&#160;: oubliant ce qui est derri\u00e8re, le chr\u00e9tien doit \u00eatre&nbsp; tendu vers ce qui est devant. Ce pr\u00e9sent a deux bornes&nbsp;&#160;: l\u2019Incarnation et la Parousie. Ce qui veut dire que le temps chr\u00e9tien est pris entre ces deux bornes. L\u2019Incarnation devient la date pivot, tandis que la question de la date de la Cr\u00e9ation perd de son importance. Le point essentiel est que l\u2019Incarnation marque l\u2019entr\u00e9e dans un temps nouveau qui est aussi le dernier. Avec elle commence le temps de la fin, annon\u00e7ant la fin des temps. C\u2019est l\u00e0 un \u00e9l\u00e9ment essentiel, dont on trouve la pleine expression chez Augustin lorsqu\u2019il affirme que \u00ab&#160;&nbsp;le monde est entr\u00e9 dans sa vieillesse&nbsp;&#160;\u00bb. L\u2019Incarnation pour Augustin, c\u2019est le d\u00e9but du temps de la fin et si on se convertit, alors on a une chance d\u2019\u00eatre accueilli dans la cit\u00e9 de Dieu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Telle est la structure \u00e0 laquelle ne peut \u00e9chapper le temps chr\u00e9tien, m\u00eame s\u2019il l\u2019a largement oubli\u00e9 aujourd\u2019hui. Il y a bien s\u00fbr toujours des chr\u00e9tiens mais ils ne se demandent pas tous les matins \u00ab&#160;&nbsp;\u00e0 quand l\u2019Apocalypse&nbsp;&#160;?&nbsp;&#160;\u00bb, en \u00e9tant persuad\u00e9s d\u2019\u00eatre dans la vieillesse du monde. Le pr\u00e9sentisme contemporain pr\u00e9sente, quant \u00e0 lui, une tout autre texture. Il est sorti d\u2019une mise en question du futur, du temps moderne comme marchant vers le progr\u00e8s et n\u2019est donc pas du tout inscrit entre ces deux (anciennes) bornes. Il est pour ainsi dire tellement centr\u00e9 sur son nombril qu\u2019il ignore toute interrogation sur un d\u00e9but et une fin et qu\u2019il fabrique \u00e0 chaque instant le pass\u00e9 et le futur dont il a besoin. Ce pr\u00e9sentisme a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement nourri et accru par la r\u00e9volution informatique qui, je crois, est fonci\u00e8rement pr\u00e9sentiste par suite de la simultan\u00e9it\u00e9 et de l\u2019instantan\u00e9it\u00e9 qui sont sa marque de fabrique. Ce pr\u00e9sentisme est tr\u00e8s diff\u00e9rent du pr\u00e9sentisme chr\u00e9tien. Ce qui n\u2019interdit, \u00e9videmment pas, au contraire m\u00eame, de chercher, en le confrontant au pr\u00e9sentisme chr\u00e9tien, \u00e0 mieux comprendre de quoi il est fait.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans l\u2019histoire du christianisme occidental, la r\u00e9forme protestante a constitu\u00e9 un tournant majeur. Max Weber y voyait l\u2019origine d\u2019un nouveau rapport au monde, d\u2019une nouvelle \u00e9thique. En va-t-il de m\u00eame s\u2019agissant du rapport au temps&nbsp;&#160;? Peut-on distinguer un r\u00e9gime d\u2019historicit\u00e9 catholique et un r\u00e9gime d\u2019historicit\u00e9 protestant&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est une question consid\u00e9rable \u00e0 laquelle, de prime abord, je r\u00e9pondrai par la n\u00e9gative. Il n\u2019y a pas de diff\u00e9rence, on reste dans le r\u00e9gime d\u2019historicit\u00e9 chr\u00e9tien puisqu\u2019il est \u00e9vident, pour Luther, qu\u2019on demeure enserr\u00e9 dans ce cadre chr\u00e9tien, entre ces deux bornes que sont l\u2019Incarnation et l\u2019Apocalypse. Il pr\u00e9tend m\u00eame retrouver ce que l\u2019\u00c9glise a perdu en chemin au fil des si\u00e8cles. En s\u2019ins\u00e9rant trop dans le temps <em>Chronos<\/em>, le temps mondain, elle a perdu son rapport au temps <em>Kairos<\/em>. La R\u00e9forme, dans son projet, vise \u00e0 retrouver ce r\u00e9gime chr\u00e9tien d\u2019historicit\u00e9 dans sa puret\u00e9. La R\u00e9forme de Luther est une <em>reformatio<\/em>, une qu\u00eate de la forme originelle. Il se trouve qu\u2019elle est aussi devenue une rupture, ce qui n\u2019\u00e9tait pas du tout le projet initial de Luther. En cons\u00e9quence, le protestantisme dans toute sa diversit\u00e9 s\u2019est construit dans une distance croissante avec le catholicisme. C\u2019est l\u00e0 que s\u2019enracinent les diff\u00e9rentes mani\u00e8res d\u2019\u00eatre au monde qui ont \u00e9t\u00e9 celles, en particulier, du calvinisme et des catholiques autour de la question de l\u2019\u00e9conomie. Dans ce temps pr\u00e9sent qui n\u2019avait pas de consistance ou d\u2019importance, puisque tout ce qui comptait \u00e9tait d\u2019\u00eatre pr\u00eat \u00e0 une fin pouvant survenir \u00e0 tout instant, il fallait \u00eatre comme le veilleur, ne pas se laisser surprendre par la nuit, autant d\u2019images pr\u00e9sentes dans les \u00c9vangiles. Mais ce temps du monde, ce temps <em>chronos<\/em>, il a bien fallu faire avec lui, n\u00e9gocier avec lui. Les catholiques l\u2019ont fait \u00e0 leur fa\u00e7on, et j\u2019\u00e9tudie un certain nombre des op\u00e9rateurs auxquels les clercs ont eu recours avant et apr\u00e8s la R\u00e9forme.&nbsp; Les protestants ont, pour leur part, n\u00e9goci\u00e9 d\u2019une autre fa\u00e7on. La pr\u00e9destination, l\u2019id\u00e9e qu\u2019on ne savait pas ce qu\u2019il en serait de nous, aurait pu les conduire \u00e0 l\u2019inaction&nbsp;&#160;: puisqu\u2019on ne sait pas, ce n\u2019est pas la peine de faire quoi que ce soit. Au contraire, face \u00e0 l\u2019angoisse de cette incertitude radicale, les protestants ont recherch\u00e9 une esp\u00e8ce d\u2019assurance dans les \u0153uvres et la r\u00e9ussite mat\u00e9rielle. D\u2019o\u00f9 la th\u00e8se de Max Weber sur \u00ab&#160;&nbsp;l\u2019esprit du capitalisme&nbsp;&#160;\u00bb.&nbsp; Passer de la pr\u00e9destination \u00e0 l\u2019id\u00e9e que ce sont les \u0153uvres, le travail et l\u2019accumulation qui peuvent vous fournir une forme d\u2019assurance dans cette existence, a quelque chose de paradoxal, et n\u2019a pas d\u2019\u00e9quivalent chez les catholiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>La R\u00e9forme, dans son projet, vise \u00e0 retrouver ce r\u00e9gime chr\u00e9tien d\u2019historicit\u00e9 dans sa puret\u00e9. La R\u00e9forme de Luther est une <em>reformatio<\/em>, une qu\u00eate de la forme originelle. Il se trouve qu\u2019elle est aussi devenue une rupture, ce qui n\u2019\u00e9tait pas du tout le projet initial de Luther.<\/p><cite>Fran\u00e7ois Hartog<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous souligniez le fait que rares sont aujourd\u2019hui les chr\u00e9tiens \u00e0 s\u2019inqui\u00e9ter au quotidien de l\u2019advenue de l\u2019Apocalypse. Nombreux sont ceux, toutefois, chr\u00e9tiens ou non, qui, des \u00ab&#160;&nbsp;collapsologues&nbsp;&#160;\u00bb aux \u00ab&#160;&nbsp;survivalistes&nbsp;&#160;\u00bb, semblent persuad\u00e9s que la fin du monde est proche et qui s\u2019activent pour l\u2019emp\u00eacher ou s\u2019y pr\u00e9parer. Doit-on voir dans de telles attitudes une forme de s\u00e9cularisation, au sens schmittien d\u2019une transposition des cat\u00e9gories th\u00e9ologiques dans l\u2019univers la\u00efque, d\u2019un mode d\u2019appr\u00e9hension du monde propre au r\u00e9gime d\u2019historicit\u00e9 chr\u00e9tien&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a quelque chose de cet ordre. L\u2019apocalypse reste pr\u00e9sente tout au long des si\u00e8cles ne serait-ce que parce que les mouvements mill\u00e9naristes n\u2019ont jamais disparu. Le mill\u00e9narisme a \u00e9t\u00e9 constamment pr\u00e9sent dans l\u2019histoire du monde occidental. Avec cette singularit\u00e9 pour l\u2019Eglise&nbsp;&#160;: on ne peut sortir de ce cadre et, en m\u00eame temps, il faut d\u00e9sapocalyptiser autant que possible le temps. L\u2019\u00c9glise n\u2019a cess\u00e9 de r\u00e9p\u00e9ter que la date et l\u2019heure sont l\u2019affaire du P\u00e8re seul. Toute sp\u00e9culation sur la fin est non seulement vaine mais rel\u00e8ve de l\u2019h\u00e9r\u00e9sie. En cons\u00e9quence de quoi tous les mill\u00e9narismes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9prim\u00e9s par l\u2019\u00c9glise au fil des si\u00e8cles. Cela n\u2019emp\u00eache pas, au contraire, que l\u2019apocalypse soit rest\u00e9e pr\u00e9sente, mobilis\u00e9e notamment dans les p\u00e9riodes de crise grave. En temps de crise, l\u2019apocalypse est une r\u00e9f\u00e9rence que l\u2019on peut facilement jeter dans le d\u00e9bat. Comme le disait Emmanuel Mounier \u00e0 la suite de l\u2019utilisation de la bombe atomique en 1945. Face \u00e0 l\u2019in\u00e9dit de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, \u00ab&#160;&nbsp;on fait donner l\u2019apocalypse&nbsp;&#160;\u00bb. C\u2019est une esp\u00e8ce de dernier recours lorsqu\u2019on n\u2019arrive pas \u00e0 comprendre, \u00e0 ma\u00eetriser la conjoncture.&nbsp;Aujourd\u2019hui, nombreux sont ceux qui, \u00e0 leur tour, \u00ab&#160;&nbsp;font donner l\u2019apocalypse&nbsp;&#160;\u00bb, preuve, s\u2019il en \u00e9tait besoin, que nous traversons un moment de grande d\u00e9sorientation, notamment temporelle. Mais cette fa\u00e7on de brandir l\u2019apocalypse est r\u00e9ductrice, dans la mesure o\u00f9 l\u2019apocalypse dans la perspective aussi bien juive que chr\u00e9tienne est un cataclysme dont peu r\u00e9chappent mais qui ouvre sur du tout autre, \u00ab&#160;&nbsp;une nouvelle terre et un autre ciel&nbsp;&#160;\u00bb comme dit Jean. L\u2019apocalypse chr\u00e9tienne est donc tout sauf n\u00e9gative. Dans les mobilisations contemporaines, l\u2019apocalypse est uniquement n\u00e9gative. C\u2019est une fin sans apr\u00e8s. L\u2019un des moments modernes de mobilisation de l\u2019apocalypse s\u2019est nou\u00e9 lors de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. On a fortement fait donner l\u2019apocalypse \u00e0 ce moment. L\u00e9on Bloy \u00e9crit dans son journal \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1915 qu\u2019il attend \u00ab&#160;&nbsp;les cosaques et l\u2019Apocalypse&nbsp;&#160;\u00bb.&nbsp; Le chr\u00e9tien qu\u2019il est sait bien s\u00fbr que Guillaume II n\u2019est pas l\u2019Antichrist mais la guerre et ses malheurs le conduisent \u00e0 mobiliser cette figure de l\u2019apocalypse. Et elle demeure pr\u00e9sente depuis lors, r\u00e9activ\u00e9e dans les ann\u00e9es 1930 ou, apr\u00e8s 1945, dans les r\u00e9flexions autour de la bombe atomique chez un G\u00fcnther Anders par exemple qui d\u00e9signe les humains comme les \u00ab&#160;&nbsp;seigneurs de l\u2019Apocalypse&nbsp;&#160;\u00bb. De nos jours, certains collapsologues et autre catastrophistes, tendent eux aussi, \u00e0 faire donner l\u2019Apocalypse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>De nos jours, certains collapsologues et autre catastrophistes, tendent eux aussi, \u00e0 faire donner l\u2019Apocalypse.&nbsp;<\/p><cite>Fran\u00e7ois Hartog<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous pointez le fait que l\u2019apocalyptique contemporaine, \u00e0 la diff\u00e9rence de son a\u00efeule chr\u00e9tienne, n\u2019ouvre pas sur un apr\u00e8s. Pourtant, depuis le d\u00e9but de la crise pand\u00e9mique que nous traversons, les discours sur le \u00ab&#160;&nbsp;monde d\u2019apr\u00e8s&nbsp;&#160;\u00bb ont prolif\u00e9r\u00e9 dans l\u2019espace public. Au point qu\u2019on pourrait se demander si la situation exceptionnelle que nous traversons n\u2019est pas en passe de rouvrir l\u2019horizon d\u2019attente dont l\u2019obstruction est l\u2019une des caract\u00e9ristiques du pr\u00e9sentisme contemporain. Serions-nous en passe de renouer avec le futur&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Cette tendance \u00e0 opposer un monde d\u2019avant \u00e0 un monde d\u2019apr\u00e8s, cette propension \u00e0 voir dans chaque catastrophe l\u2019op\u00e9rateur d\u2019une rupture entre un avant et un apr\u00e8s, ne me semble pas exc\u00e9der le pr\u00e9sentisme. Cela signifie en effet qu\u2019on passe de l\u2019avant \u00e0 l\u2019apr\u00e8s en un instant. Ce sont des facilit\u00e9s de pens\u00e9e qui n\u2019impliquent aucune prise en compte d\u2019un v\u00e9ritable futur, d\u2019un futur qui serait non pas atteint en une minute mais qu\u2019il faudrait inscrire dans un processus de transformation qui prendrait n\u00e9cessairement du temps <em>chronos<\/em>. On est en pr\u00e9sence d\u2019un usage pr\u00e9sentiste de l\u2019avant et de l\u2019apr\u00e8s. Dans le monde occidental, particuli\u00e8rement en France, on a volontiers mobilis\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019une rupture, d\u2019une br\u00e8che. Si l\u2019on se tourne vers la Chine ou l\u2019Inde, dont je ne suis nullement sp\u00e9cialiste, je pense que l\u2019horizon temporel n\u2019est pas structur\u00e9 de cette mani\u00e8re. Il n\u2019y a pas d\u2019apocalypse dans le temps chinois. Pour Xi Jinping, cela ne veut rien dire et pas seulement parce qu\u2019il se r\u00e9f\u00e8re uniquement \u00e0 Confucius ou \u00e0 la continuit\u00e9 du temps imp\u00e9rial. Cette fa\u00e7on de penser le rapport au temps doit \u00eatre mise en perspective en fonction des lieux. Ce temps avec des br\u00e8ches, avec des perspectives de fin, n\u2019a pas grand sens ou pas le m\u00eame sens hors de l\u2019Occident. Le rapport \u00e0 la pand\u00e9mie et \u00e0 son apr\u00e8s ne sont pas les m\u00eames en Chine ou en Inde que dans le monde occidental.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Il existe certes des mani\u00e8res divergentes d\u2019envisager la crise \u00e0 laquelle est confront\u00e9e l\u2019humanit\u00e9 selon le lieu d\u2019o\u00f9 on la vit et la pense. Toutefois, la pand\u00e9mie nous rappelle que cette humanit\u00e9, par-del\u00e0 sa diversit\u00e9 fondamentale, est confront\u00e9e \u00e0 des d\u00e9fis communs. C\u2019est aussi ce que nous rappellent les penseurs de l\u2019Anthropoc\u00e8ne qui, en bouleversant notre conception des \u00e2ges g\u00e9ologiques, font vaciller notre rapport au temps.&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La prise de conscience et la r\u00e9flexion sur l\u2019Anthropoc\u00e8ne sont r\u00e9centes, en particulier chez les historiens qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 s\u2019en soucier. Du point de vue du temps, on est en pr\u00e9sence d\u2019une nouvelle crise, d\u2019un de ces moments o\u00f9 il arrive quelque chose que l\u2019on ne sait pas dire et qu\u2019on doit appr\u00e9hender tant bien que mal avec les mots de ce qui est en train de dispara\u00eetre. Il ne s\u2019agit pas pour moi d\u2019aller plaquer le r\u00e9gime chr\u00e9tien sur l\u2019Anthropoc\u00e8ne mais je pense qu\u2019il peut l\u2019\u00e9clairer. Le temps moderne, tel qu\u2019il s\u2019est d\u00e9gag\u00e9 depuis le XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avec des gens comme Buffon, Condorcet ou Darwin, est un temps qui s\u2019est d\u00e9barrass\u00e9 des bornes qui \u00e9taient celles du cadre chr\u00e9tien. En amont, la borne de la chronologie biblique&nbsp;&#160;: on a v\u00e9cu jusqu\u2019au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, officiellement, dans un univers qui ne pouvait pas avoir plus de six mille ans. On y croyait ou pas mais c\u2019\u00e9tait rest\u00e9 ce \u00e0 quoi il fallait adh\u00e9rer et, encore en 1778, Buffon a eu des probl\u00e8mes avec la Sorbonne lorsqu\u2019il a publi\u00e9 ses <em>\u00c9poques de la nature<\/em>. La g\u00e9ologie a fait sauter la borne des six mille ans. En aval, l\u2019autre borne a aussi saut\u00e9 lorsque Condorcet introduit dans son <em>Esquisse d\u2019un tableau historique des progr\u00e8s de l\u2019esprit humain<\/em> l\u2019id\u00e9e de progr\u00e8s ind\u00e9finis. Notez qu\u2019il parle toujours de progr\u00e8s au pluriel et pas encore du Progr\u00e8s au singulier. Le temps moderne est caract\u00e9ris\u00e9 par cette double ouverture vers l\u2019aval et vers l\u2019amont. Or, avec l\u2019Anthropoc\u00e8ne, on fait l\u2019exp\u00e9rience de la r\u00e9introduction de bornes puisqu\u2019il peut y avoir une fin, non pas de la Terre, mais du monde tel que nous l\u2019avons organis\u00e9. Et d\u00e8s lors qu\u2019on pose qu\u2019il peut y avoir une fin sous la forme d\u2019une sixi\u00e8me extinction des esp\u00e8ces, par exemple, on introduit aussit\u00f4t un temps de la fin. S\u2019il y a une fin possible ou pr\u00e9visible, cela signifie qu\u2019on est entr\u00e9 dans un temps qui est celui de la fin et que ce temps qui s\u2019est ouvert occupe une place analogue \u00e0 celle de l\u2019Incarnation&nbsp;&#160;: nous sommes pouss\u00e9s \u00e0 calculer combien de temps il reste. Et de fait, les publications sur ce th\u00e8me prolif\u00e8rent aujourd\u2019hui. Le parall\u00e8le avec le temps chr\u00e9tien peut aider \u00e0 mieux comprendre le trouble contemporain dans le rapport au temps.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>S\u2019il y a une fin possible ou pr\u00e9visible, cela signifie qu\u2019on est entr\u00e9 dans un temps qui est celui de la fin et que ce temps qui s\u2019est ouvert occupe une place analogue \u00e0 celle de l\u2019Incarnation&nbsp;&#160;: nous sommes pouss\u00e9s \u00e0 calculer combien de temps il reste.<\/p><cite>Fran\u00e7ois Hartog<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ce trouble li\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dans ce qui est per\u00e7u comme un temps de la fin&nbsp;peut-il contribuer \u00e0 niveler les dissensions propres \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 compte tenu du d\u00e9fi global auquel il la confronte&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Cette prise de conscience du fait que les humains comme esp\u00e8ce sont devenus une force g\u00e9ologique ne signifie pas qu\u2019ils n\u2019agissent plus dans le monde. C\u2019est l\u00e0 que la distinction propos\u00e9e par Dipesh Chakrabarthy entre le monde (<em>World<\/em>) et la plan\u00e8te (<em>Planet<\/em>) me semble \u00e9clairante. L\u2019esp\u00e8ce humaine est une force g\u00e9ologique qui, en tant que telle, a des effets sur le syst\u00e8me de la Terre, mais l\u2019humanit\u00e9, comme ensemble de collectivit\u00e9s, continue \u00e0 agir dans le monde et \u00e0 devoir composer avec des temporalit\u00e9s multiples, conflictuelles, antagonistes. Toute la difficult\u00e9 est de penser les deux ensemble. On ne peut pas se contenter de dire que, puisque nous sommes entr\u00e9s dans l\u2019Anthropoc\u00e8ne, tout le reste n\u2019a plus d\u2019importance. Pas plus qu\u2019on ne peut, pour ainsi dire, \u00ab&#160;&nbsp;reverser&nbsp;&#160;\u00bb le temps propre de l\u2019Anthropoc\u00e8ne dans celui du monde, comme on le fait lorsqu\u2019on dit qu\u2019il vaut mieux parler de Capitaloc\u00e8ne que d\u2019Anthropoc\u00e8ne. Bien s\u00fbr que le capitalisme a un r\u00f4le important dans cette \u00e9volution mais \u00e7a ne r\u00e8gle pas la question de l\u2019esp\u00e8ce humaine comme agent g\u00e9ologique. Vous pourrez supprimer le capitalisme et le remplacer par ce que vous voulez, la question n\u2019en continuera pas moins \u00e0 se poser&nbsp;&#160;: nous avons d\u00e9j\u00e0 modifi\u00e9 le climat pour les 100&nbsp;000 ans \u00e0 venir. Cela ne veut pas dire qu\u2019il ne faut pas r\u00e9fl\u00e9chir aux enjeux de la justice climatique, mais celle-ci ne peut pas r\u00e9pondre \u00e0 cette autre dimension et \u00e0 cette autre temporalit\u00e9 qui est celle de l\u2019esp\u00e8ce humaine comme force g\u00e9ologique et qui met en \u0153uvre des temporalit\u00e9s incommensurables avec celles du monde moderne. \u00c0 partir du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on a d\u00e9couvert le temps extr\u00eamement long de la Terre et de la Nature, mais on s\u2019en est s\u00e9par\u00e9&nbsp;&#160;: Condorcet, de fait, ne s\u2019int\u00e9resse qu\u2019au temps des humains. Le monde moderne s\u2019est enferm\u00e9 dans le temps qu\u2019il a fabriqu\u00e9 et qui s\u2019\u00e9tend sur quelques si\u00e8cles, tout au plus sur quelques mill\u00e9naires mais pas davantage. Le surgissement de l\u2019Anthropoc\u00e8ne bouleverse ce cadre puisqu\u2019on est en pr\u00e9sence d\u2019un temps immense qui se compte en millions voire en milliard d\u2019ann\u00e9es. Un temps sur lequel on n\u2019a aucune prise&nbsp;&#160;: comment se repr\u00e9senter un temps <em>chronos<\/em> se comptant en milliards d\u2019ann\u00e9es&nbsp;&#160;? Mais un temps o\u00f9, malgr\u00e9 tout, les humains comme esp\u00e8ce jouent un r\u00f4le.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Cette question de la responsabilit\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9 vis-\u00e0-vis de son environnement terrestre est au c\u0153ur de l\u2019\u00e9cologie politique. Cette derni\u00e8re d\u00e9veloppe un discours volontiers anxiog\u00e8ne port\u00e9 par le motif de l\u2019urgence et l\u2019id\u00e9e qu\u2019il faudrait agir au plus vite pour ne pas dire pr\u00e9cipitamment. Dans le m\u00eame temps, elle fait l\u2019\u00e9loge des vertus du ralentissement, qu\u2019il s\u2019agisse de la circulation automobile ou de la production industrielle. N\u2019y a-t-il pas l\u00e0 une contradiction&nbsp;&#160;? <\/strong>&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>On est effectivement dans cette esp\u00e8ce d\u2019injonction contradictoire qui veut qu\u2019il soit urgent de ralentir. On reste dans la perspective de l\u2019urgence qui est un des traits du pr\u00e9sentisme, au m\u00eame titre que l\u2019injonction \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer toujours plus. \u00c0 cet imp\u00e9ratif de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration r\u00e9pond le programme d\u2019un ralentissement qui, parti de l\u2019Italie, avec la <em>slow food<\/em>, s\u2019est propag\u00e9 dans de nombreux autres domaines. Ces aspirations \u00e0 sortir du pr\u00e9sentisme, qui pr\u00e9existaient \u00e0 la prise de conscience de l\u2019Anthropoc\u00e8ne, ont \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9es par elle dans la mesure o\u00f9 ne pas les suivre reviendrait \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer la survenue de la catastrophe. La perspective de l\u2019environnement reconduit encore celle du partage entre la nature et la culture. Avec l\u2019anthropoc\u00e8ne, nous sommes amen\u00e9s \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019un tel partage n\u2019est plus tenable. Il y a les vivants et les non-vivants, les humains et les non-humains qui tous sont embarqu\u00e9s sur le m\u00eame bateau, la m\u00eame Terre. La question de la responsabilit\u00e9 des humains se pose donc en des termes diff\u00e9rents. Pour emprunter encore \u00e0 Chakrabarty, je dirais que la question est moins d\u00e9sormais celle du \u00ab&#160;&nbsp;durable&nbsp;&#160;\u00bb ou du \u00ab&#160;&nbsp;soutenable&nbsp;&#160;\u00bb que de \u00ab&#160;&nbsp;l\u2019habitable&nbsp;&#160;\u00bb. Faire en sorte que la plan\u00e8te soit encore \u00ab&#160;&nbsp;habitable&nbsp;&#160;\u00bb ou, au sens propre, vivable.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ces derniers mois ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s, des deux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019Atlantique, par de nombreuses pol\u00e9miques m\u00e9morielles qui se sont cristallis\u00e9es autour de la place de la statuaire comm\u00e9morative dans l\u2019espace public. Que vous ont inspir\u00e9 les d\u00e9bats sur le sujet&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le rapport ordinaire aux statues est celui de l\u2019invisibilit\u00e9. On passe devant sans les voir. Elles font partie du paysage urbain. Qui voyait jusqu\u2019\u00e0 il y a peu la statue de Galli\u00e9ni devant les Invalides&nbsp;&#160;? Or, tout d\u2019un coup, \u00e0 la suite d\u2019un \u00e9v\u00e9nement, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un anniversaire ou autre, des protestations s\u2019\u00e9l\u00e8vent, des manifestations s\u2019organisent, remettant en cause la pr\u00e9sence de tel ou tel personnage dans l\u2019espace public. L\u2019honorer, c\u2019est imposer, disent ceux qui s\u2019y opposent, une version officielle, mensong\u00e8re ou, au moins partiale, de l\u2019histoire. C\u2019est \u00e0 partir du pr\u00e9sent et au nom d\u2019un jugement moral qu\u2019est prononc\u00e9e la condamnation qui devrait conduire \u00e0 la suppression de ladite statue. Ces manifestations sont l\u2019expression d\u2019une \u00ab&#160;&nbsp;archipellisation&nbsp;&#160;\u00bb (Guillaume Fourquet) de l\u2019espace public. Pour pouvoir s\u2019y reconnaitre, chacun y voudrait son chez soi. On a l\u00e0 un d\u00e9veloppement du combat (ancien d\u00e9j\u00e0) de la m\u00e9moire contre l\u2019histoire&nbsp;&#160;: m\u00e9moire qui a \u00e9t\u00e9 ignor\u00e9e, massacr\u00e9e, port\u00e9e aujourd\u2019hui par des victimes ou par leurs descendants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>La perspective de l\u2019environnement reconduit encore celle du partage entre la nature et la culture. Avec l\u2019anthropoc\u00e8ne, nous sommes amen\u00e9s \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019un tel partage n\u2019est plus tenable.<\/p><cite>Fran\u00e7ois Hartog<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9rection de statues relevait du grand mod\u00e8le de l\u2019histoire ma\u00eetresse de vie&nbsp;&#160;: fournisseuse d\u2019exemples. A cet \u00e9gard, la IIIe R\u00e9publique a beaucoup \u0153uvr\u00e9 pour \u00e9tablir un paysage illustrant l\u2019histoire d\u2019une France dont elle \u00e9tait l\u2019aboutissement et c\u00e9l\u00e9brant les grands hommes qui en avaient \u00e9t\u00e9 les agents&nbsp;&#160;: <em>Histoire<\/em> de Lavisse, monuments historiques, statues, tout cela formait un ensemble marchant, si j\u2019ose dire, du m\u00eame pas. Cet ensemble s\u2019est d\u00e9fait depuis longtemps, mais il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 vraiment remplac\u00e9 ni m\u00eame repens\u00e9. Les villes ont plus \u00e9t\u00e9 dans une logique d\u2019accumulation, de juxtaposition, de patriotisme local et, plus r\u00e9cemment, de patrimonialisation. On a ajout\u00e9 des noms, des statues, supprim\u00e9 parfois (apr\u00e8s 1945 notamment). Mais, plus g\u00e9n\u00e9ralement, que faire alors m\u00eame que dans les centres villes l\u2019espace est tr\u00e8s contraint&nbsp;&#160;? Un nouveau promu n\u2019a droit qu\u2019\u00e0 quelques m\u00e8tres de chauss\u00e9e&nbsp;&#160;! Si la table rase n\u2019est pas une option, le simple maintien en l\u2019\u00e9tat ne l\u2019est pas non plus. Quant \u00e0 ajouter, comme certains le sugg\u00e8rent, des notices qui viendraient corriger en quelques lignes, l\u2019exemplarit\u00e9 dont la statue \u00e9tait porteuse, cela me semble peu convaincant&nbsp;&#160;: ce type exemplaire, en fait, ne l\u2019\u00e9tait pas tant que \u00e7a&nbsp;&#160;! Le Galli\u00e9ni qui \u00e9tait honor\u00e9 par la Ville de Paris \u00e9tait celui des Taxis de la Marne, pas le boucher de Madagascar\u2026 J\u2019observe que se sont d\u00e9velopp\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es les monuments \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, expressions d\u2019\u00e9motions partag\u00e9es (\u00e0 la suite d\u2019attentats ou d\u2019assassinats)&nbsp;&#160;: ces installations en l\u2019honneur de victimes sont-elles appel\u00e9es \u00e0 jouer le r\u00f4le de lieux de m\u00e9moire (forc\u00e9ment temporaires) dans un monde encore pr\u00e9sentiste&nbsp;qui va d\u2019une crise \u00e0 une autre, d\u2019une \u00e9motion \u00e0 une autre&nbsp;&#160;?&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous avez \u00e9t\u00e9 un compagnon de route de la revue <\/strong><strong><em>Le D\u00e9bat<\/em><\/strong><strong> dans laquelle vous avez publi\u00e9 de nombreuses contributions. Comment avez-vous r\u00e9agi \u00e0 l\u2019annonce de l\u2019arr\u00eat de sa publication&nbsp;&#160;? Partagez-vous le diagnostic dress\u00e9 par Pierre Nora et Marcel Gauchet pour le justifier, \u00e0 savoir l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 obsolescence du mod\u00e8le de la revue g\u00e9n\u00e9raliste d\u2019une part et l\u2019appauvrissement de la qualit\u00e9 du d\u00e9bat d\u2019id\u00e9e de l\u2019autre&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019annonce de la fin du<em> D\u00e9bat<\/em> s\u2019est trouv\u00e9e prise elle-m\u00eame dans autre chose, compte tenu du caract\u00e8re \u00e9ruptif du mot fin. Fin du <em>D\u00e9bat<\/em>, fin de la vie intellectuelle, voire fin d\u2019un ancien monde&nbsp;&#160;! Ces ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019emballement sont un sympt\u00f4me du fonctionnement m\u00e9diatique et des simplifications qu\u2019il g\u00e9n\u00e8re. <em>Le D\u00e9bat<\/em>, ce sont trois personnes qui pendant quarante ans ont fait une revue avec tout ce que cela implique comme labeur&nbsp;&#160;: composer des sommaires, trouver des auteurs, relire des articles, les amender, etc.. Pierre Nora a bient\u00f4t 90 ans, Krzysztof Pomian en a 86 et Marcel Gauchet 75. Qu\u2019ils aient d\u00e9cid\u00e9 d\u2019arr\u00eater, ils en ont tout \u00e0 fait le droit, et nul ne le leur a impos\u00e9. Antoine Gallimard n\u2019a pas dit \u00ab&#160;&nbsp;c\u2019est termin\u00e9&nbsp;&#160;\u00bb. Ces trois personnes n\u2019ont jamais souhait\u00e9 fonctionner autrement, et c\u2019\u00e9tait leur droit le plus strict. C\u2019est pourquoi le <em>D\u00e9bat<\/em> n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un milieu \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019<em>Esprit<\/em>, par exemple, qui a toujours privil\u00e9gi\u00e9 le collectif. Le diagnostic \u00e0 retenir au fond, c\u2019est qu\u2019aujourd\u2019hui une revue g\u00e9n\u00e9raliste n\u2019a plus beaucoup de pertinence. Le travail d\u2019une telle revue, c\u2019est de rep\u00e9rer et de traiter des th\u00e8mes, des questions qui \u00e9mergent, font probl\u00e8me, en ouvrant largement le compas. La revue a un r\u00f4le de veille et de banc d\u2019essai (des auteurs peuvent lancer, mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des hypoth\u00e8ses, des interpr\u00e9tations). Or, aujourd\u2019hui, la mise en ligne des revues fait qu\u2019on consulte moins la revue ou un num\u00e9ro de la revue qu\u2019un article, dont a besoin pour telle ou telle raison. Si bien que tout le travail d\u2019\u00e9laboration d\u2019un sommaire, d\u2019une probl\u00e9matique passe par pertes et profits d\u00e8s lors qu\u2019un article (rep\u00e9r\u00e9 \u00e0 partir d\u2019une bibliographie ou d\u2019une base de donn\u00e9es) est consult\u00e9 isol\u00e9ment, sans plus tenir compte de ce qui vient avant ou apr\u00e8s dans le sommaire. Quant \u00e0 l\u2019appauvrissement du d\u00e9bat d\u2019id\u00e9e, c\u2019est difficile \u00e0 \u00e9valuer. <em>Le D\u00e9bat<\/em> a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 il y a quarante, au lendemain de la mort de Sartre, dans un contexte d\u2019un rapide d\u00e9clin du marxisme, \u00e0 partir du slogan \u00ab&#160;&nbsp;Et si revenait le temps du d\u00e9bat&nbsp;&#160;!&#160;\u00bb. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait qu\u2019on allait enfin ou \u00e0 nouveau pouvoir d\u00e9battre sans \u00eatre d\u2019embl\u00e9e assign\u00e9s \u00e0 des positions antagonistes ou tout simplement id\u00e9ologiques. Je crois qu\u2019un tel espace a exist\u00e9. Il faudrait reprendre justement tous les sommaires pour en suivre les \u00e9volutions au fil des quarante ann\u00e9es. Aujourd\u2019hui, si on se focalise sur les plateaux des cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision en continu, la d\u00e9gradation de la qualit\u00e9 du d\u00e9bat ne fait pas de doute. Mais est-ce que cela signifie pour autant qu\u2019il n\u2019y a plus de d\u00e9bat&nbsp;dans d\u2019autres enceintes et sous d\u2019autres formes&#160;? Certainement pas, et peut-\u00eatre que le <em>Grand Continent<\/em> est une forme nouvelle de faire en sorte qu\u2019il puisse y avoir encore du d\u00e9bat. \u00c0 vous de vous y employer&nbsp;&#160;!&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Florian Louis a interrog\u00e9 Fran\u00e7ois Hartog \u00e0 propos de son dernier livre.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":86359,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-reviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[2024],"tags":[],"staff":[2508],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[],"class_list":["post-86355","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","staff-florian-louis"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Les temporalit\u00e9s de Fran\u00e7ois Hartog | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Les temporalit\u00e9s de Fran\u00e7ois Hartog | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Florian Louis a interrog\u00e9 Fran\u00e7ois Hartog \u00e0 propos de son dernier livre.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2020-10-08T20:58:16+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2020-10-09T09:44:26+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/10\/gc-hartog-scaled.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"2560\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1476\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Matheo Malik\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/10\/gc-hartog-scaled.jpg\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Matheo Malik\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"34 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/\",\"name\":\"Les temporalit\u00e9s de Fran\u00e7ois Hartog | Le Grand Continent\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/10\/9782072893070_1_75.jpg\",\"datePublished\":\"2020-10-08T20:58:16+00:00\",\"dateModified\":\"2020-10-09T09:44:26+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/10\/9782072893070_1_75.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/10\/9782072893070_1_75.jpg\",\"width\":600,\"height\":973,\"caption\":\"Collection Biblioth\u00e8que des Histoires, Gallimard \u00c9tudes et monographies histoire g\u00e9n\u00e9rale collapsologie XXe-XXIe si\u00e8cle ISBN : 9782072893070\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Les temporalit\u00e9s de Fran\u00e7ois Hartog\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\",\"name\":\"Le Grand Continent\",\"description\":\"L&#039;\u00e9chelle pertinente\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45\",\"name\":\"Matheo Malik\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"Matheo Malik\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Les temporalit\u00e9s de Fran\u00e7ois Hartog | Le Grand Continent","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Les temporalit\u00e9s de Fran\u00e7ois Hartog | Le Grand Continent","og_description":"Florian Louis a interrog\u00e9 Fran\u00e7ois Hartog \u00e0 propos de son dernier livre.","og_url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/","og_site_name":"Le Grand Continent","article_published_time":"2020-10-08T20:58:16+00:00","article_modified_time":"2020-10-09T09:44:26+00:00","og_image":[{"width":2560,"height":1476,"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/10\/gc-hartog-scaled.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"Matheo Malik","twitter_card":"summary_large_image","twitter_image":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/10\/gc-hartog-scaled.jpg","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Matheo Malik","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"34 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/","name":"Les temporalit\u00e9s de Fran\u00e7ois Hartog | Le Grand Continent","isPartOf":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/10\/9782072893070_1_75.jpg","datePublished":"2020-10-08T20:58:16+00:00","dateModified":"2020-10-09T09:44:26+00:00","author":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/#primaryimage","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/10\/9782072893070_1_75.jpg","contentUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/10\/9782072893070_1_75.jpg","width":600,"height":973,"caption":"Collection Biblioth\u00e8que des Histoires, Gallimard \u00c9tudes et monographies histoire g\u00e9n\u00e9rale collapsologie XXe-XXIe si\u00e8cle ISBN : 9782072893070"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Les temporalit\u00e9s de Fran\u00e7ois Hartog"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/","name":"Le Grand Continent","description":"L&#039;\u00e9chelle pertinente","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45","name":"Matheo Malik","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g","caption":"Matheo Malik"}}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/86355","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=86355"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/86355\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/86359"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=86355"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=86355"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=86355"},{"taxonomy":"staff","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/staff?post=86355"},{"taxonomy":"editorial_format","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/editorial_format?post=86355"},{"taxonomy":"serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/serie?post=86355"},{"taxonomy":"audience","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/audience?post=86355"},{"taxonomy":"geo","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/geo?post=86355"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}