{"id":85116,"date":"2020-09-29T12:38:24","date_gmt":"2020-09-29T10:38:24","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=85116"},"modified":"2020-11-14T22:21:35","modified_gmt":"2020-11-14T21:21:35","slug":"nagorno-karabakh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/09\/29\/nagorno-karabakh\/","title":{"rendered":"Nagorno-Karabakh : la guerre des r\u00e9cits"},"content":{"rendered":"\n
La guerre \u00e9clate au Caucase. Les affrontements de ces derni\u00e8res heures entre l’Arm\u00e9nie et l’Azerba\u00efdjan, notamment l’agression de l’Azerba\u00efdjan, avec le soutien de la Turquie, contre le Haut-Karabakh, ravivent le conflit dans une r\u00e9gion au coeur d\u2019une longue, dense rivalit\u00e9 g\u00e9opolitique.<\/em><\/p>\n\n\n\n Afin de proposer \u00e0 nos lectrices et \u00e0 nos lecteurs une compr\u00e9hension intime du choc des repr\u00e9sentations qui structure cette s\u00e9quence de guerre ouverte, le Grand Continent publie deux courts textes permettant de saisir la position des deux camps oppos\u00e9s.<\/em><\/p>\n\n\n\n \u00c0 Bakou, ils aiment les exceptions. Alors que le monde entier a \u00e9cout\u00e9 les appels du Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral Antonio Guterres et des chefs d’\u00c9tat et de gouvernement \u00e0 l’Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies en faveur d’un moratoire mondial sur les op\u00e9rations de guerre, et alors que la communaut\u00e9 internationale se concentre sur les synergies pour lutter contre la pand\u00e9mie mondiale, \u00e0 l’aube du dimanche 27 septembre l’Azerba\u00efdjan a lanc\u00e9 une attaque de grande envergure, ne r\u00e9pondant \u00e0 aucune provocation, sur toute la ligne de contact avec le Haut-Karabakh (Artsakh en arm\u00e9nien) et sur une partie de la fronti\u00e8re avec l’Arm\u00e9nie. L’utilisation combin\u00e9e des forces terrestres et a\u00e9riennes, y compris des drones kamikazes et des missiles tactiques, contre la population arm\u00e9nienne et les infrastructures civiles, dont la capitale Stepanakert, a fait des victimes civiles et des dizaines de bless\u00e9s. Des combats intenses se d\u00e9roulent entre les forces arm\u00e9es azerba\u00efdjanaises et celles du Haut-Karabakh. Une mobilisation g\u00e9n\u00e9rale a commenc\u00e9 en Arm\u00e9nie et dans le Haut-Karabakh. Les forces arm\u00e9es azerba\u00efdjanaises ont subi des dommages consid\u00e9rables dans leur tentative de progression. <\/p>\n\n\n\n Jusqu’\u00e0 il y a quelques ann\u00e9es, la br\u00e8ve chronique ci-dessus pouvait sembler l’un des sc\u00e9narios d’une analyse g\u00e9opolitique, et certainement pas le plus probable. Toutefois, les constantes et les variables r\u00e9gionales et macro-r\u00e9gionales ont subi un changement radical. D’une part, on assiste \u00e0 une chute prolong\u00e9e des prix des hydrocarbures, dont les recettes ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es par la dictature az\u00e9rie pour \u00ab acheter \u00bb le consensus national et international (\u00e0 cet \u00e9gard, voir l’enqu\u00eate Azerbaijni Laundromat et ses ramifications \u00e9galement en Europe <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>), combin\u00e9e aux effets de la pand\u00e9mie Covid-19. L’impact des d\u00e9penses de guerre de l’Azerba\u00efdjan n’est pas secondaire. \u00c0 partir de 2014, selon les donn\u00e9es du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute), elles ont augment\u00e9 de 2 500 % en 7 ans et ont poursuivi la m\u00eame tendance \u00e0 la hausse. Ces donn\u00e9es sont comparables \u00e0 celles du r\u00e9armement de l’Allemagne nazie dans les ann\u00e9es 1930. De plus, ces d\u00e9penses de guerre, dans un pays o\u00f9 le taux de pauvret\u00e9 reste probl\u00e9matique, font na\u00eetre l’espoir d’une victoire militaire \u00e9crasante contre les \u00ab Arm\u00e9niens \u00bb qui, \u00e0 leur tour, selon les plaintes du Conseil de l’Europe, font l’objet de politiques scolaires publiques arm\u00e9nophobes en Azerba\u00efdjan depuis des d\u00e9cennies. <\/p>\n\n\n\n L’impact des d\u00e9penses de guerre de l’Azerba\u00efdjan n’est pas secondaire. \u00c0 partir de 2014, selon les donn\u00e9es du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute), elles ont augment\u00e9 de 2 500 % en 7 ans et ont poursuivi la m\u00eame tendance \u00e0 la hausse.<\/p>Sargis Ghazaryan<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Au niveau macro-r\u00e9gional, en revanche, la posture plus affirm\u00e9e de la Turquie, alli\u00e9e historique de l’Azerba\u00efdjan, dans son vaste voisinage – les Balkans, la M\u00e9diterran\u00e9e orientale, le Moyen-Orient, le Caucase, l’Asie centrale et les provinces turcophones du nord-ouest de la Chine – joue clairement un r\u00f4le d\u00e9stabilisateur. En d’autres termes, nous avons assist\u00e9 en Turquie, au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, \u00e0 une m\u00e9tamorphose strat\u00e9gique partant de la ligne de z\u00e9ro probl\u00e8me avec les voisins <\/em>prise par l’ancien ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res Ahmet Davutoglu, dont l’\u00e9chec a conduit \u00e0 la situation actuelle de z\u00e9ro voisins sans probl\u00e8me. <\/em> <\/p>\n\n\n\n Pour preuve, d\u00e8s le mois de juillet, l’Azerba\u00efdjan, b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019un soutien non plus cach\u00e9 de la Turquie, avait lanc\u00e9 une nouvelle attaque, \u00e9galement sans pr\u00e9c\u00e9dent tant par la g\u00e9ographie des op\u00e9rations, qui ont touch\u00e9 le territoire arm\u00e9nien lui-m\u00eame, que par l’utilisation combin\u00e9e de moyens militaires. Le point culminant de ces op\u00e9rations militaires, le troisi\u00e8me jour, a \u00e9t\u00e9 la menace explicite de Bakou de lancer une attaque de missiles contre la centrale nucl\u00e9aire de Medzamor en Arm\u00e9nie. Cet acte constitue manifestement une violation du droit international humanitaire. <\/p>\n\n\n\n Les affrontements de juillet ont pris fin gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9diation du groupe de Minsk de l’OSCE et au r\u00f4le actif de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie, coordonn\u00e9 avec la France et les \u00c9tats-Unis. Il convient de noter qu’en ces jours dramatiques, alors que Washington, Bruxelles, Paris, Berlin, Rome et Moscou, parmi beaucoup d’autres capitales, exigeaient la cessation des op\u00e9rations militaires, Ankara accusait l’Arm\u00e9nie et exprimait son soutien inconditionnel \u00e0 Bakou. La fin de l’escalade en juillet a finalement co\u00efncid\u00e9 avec des exercices conjoints massifs entre la Turquie et l’Azerba\u00efdjan et des rapports faisant \u00e9tat du transfert de djihadistes pro-turcs d’Ifrin (Syrie) en Azerba\u00efdjan dans un but anti-arm\u00e9nien. <\/p>\n\n\n\n La fin de l’escalade en juillet a finalement co\u00efncid\u00e9 avec des exercices conjoints massifs entre la Turquie et l’Azerba\u00efdjan et des rapports faisant \u00e9tat du transfert de djihadistes pro-turcs d’Ifrin (Syrie) en Azerba\u00efdjan dans un but anti-arm\u00e9nien.<\/p>SARGIS GHAZARYAN<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Il est utile, \u00e0 ce stade, de contextualiser les origines du conflit, qui a explos\u00e9 en m\u00eame temps que l’\u00e9rosion de l’URSS. C’\u00e9tait, \u00e0 l’\u00e9poque comme aujourd’hui, le droit de r\u00e9bellion d\u2019origine tocquevillienne, un jalon du progr\u00e8s social le plus important de l’histoire moderne et contemporaine. En 1921, \u00e0 l’initiative de Iosif Staline, alors commissaire \u00e0 la nationalit\u00e9 de l\u2019Union Sovi\u00e9tique, la r\u00e9gion du Haut-Karabakh, historiquement arm\u00e9nienne (comme l’a t\u00e9moign\u00e9 d\u00e9j\u00e1 H\u00e9rodote au Ve si\u00e8cle avant J.-C.) et \u00e0 majorit\u00e9 arm\u00e9nienne, l’Azerba\u00efdjan a annex\u00e9 la r\u00e9gion, ainsi commen\u00e7ant une s\u00e9rie de discriminations de Bakou contre les Arm\u00e9niens du Haut-Karabakh. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1980, encourag\u00e9s par la relative libert\u00e9 d’expression introduite par la glasnost<\/em> et la perestro\u00efka<\/em> en Union sovi\u00e9tique, les Arm\u00e9niens du Haut-Karabakh ont r\u00e9affirm\u00e9 leur droit \u00e0 l’autod\u00e9termination (sur la base de la Charte des Nations unies) lors d’un r\u00e9f\u00e9rendum d’ind\u00e9pendance organis\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement le 10 d\u00e9cembre 1991, conform\u00e9ment aux termes des lois en vigueur et de la constitution de l’URSS. Le r\u00e9f\u00e9rendum a \u00e9t\u00e9 suivi d’une v\u00e9ritable invasion militaire de l’Azerba\u00efdjan contre le Haut-Karabakh. Pendant plus d’un an, la population civile de Stepanakert, la capitale du Haut-Karabakh, a \u00e9t\u00e9 sous le feu direct de missiles Grad et soumise \u00e0 des bombardements \u00e0 fragmentation par l’arm\u00e9e de l’air azerba\u00efdjanaise. Le r\u00f4le de l’Arm\u00e9nie dans la phase arm\u00e9e du conflit, en l’absence de forces d’interposition internationales, \u00e9tait de prot\u00e9ger les civils et de fournir une assistance humanitaire, \u00e9conomique et diplomatique, lorsque les forces d’autod\u00e9fense arm\u00e9niennes du Haut-Karabakh participaient directement aux op\u00e9rations militaires. Le 5 mai 1994 a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 l’accord de cessez-le-feu de Bichkek, qui est toujours officiellement en vigueur aujourd’hui, entre l’Arm\u00e9nie, l’Azerba\u00efdjan et la R\u00e9publique du Haut-Karabakh.<\/p>\n\n\n\n\n\n Depuis lors, le r\u00e8glement pacifique du conflit a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 par le groupe de Minsk de l’OSCE, copr\u00e9sid\u00e9 par la Russie, la France et les \u00c9tats-Unis, sur la base de principes inspir\u00e9s de la Charte des Nations unies et de l’Acte final d’Helsinki, en particulier l’interdiction du recours \u00e0 la force ou \u00e0 la menace de la force, l’autod\u00e9termination des peuples et l’int\u00e9grit\u00e9 territoriale. L’Arm\u00e9nie, ainsi que le Haut-Karabakh, maintiennent une position officielle qui exclut toute alternative au r\u00e8glement pacifique du conflit, conform\u00e9ment \u00e0 la combinaison des trois principes de droit international mentionn\u00e9s ci-dessus. L’Azerba\u00efdjan, en revanche, s’oppose \u00e0 une telle combinaison de principes. <\/p>\n\n\n\n Alors que les armes continuent \u00e0 r\u00e9sonner dans le Haut-Karabakh, l’imp\u00e9ratif moral de la communaut\u00e9 internationale est de dire enfin des mots clairs. L’\u00ab ambigu\u00eft\u00e9 constructive \u00bb des d\u00e9clarations des organisations internationales, celle qui, au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, a \u00e9vit\u00e9 de pointer du doigt le r\u00e9gime azerba\u00efdjanais, a contribu\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un climat d’impunit\u00e9, mettant une fois de plus les agresseurs et les d\u00e9fenseurs sur le m\u00eame plan.<\/p>\n\n\n\n Alors que les armes continuent \u00e0 r\u00e9sonner dans le Haut-Karabakh, l’imp\u00e9ratif moral de la communaut\u00e9 internationale est de dire enfin des mots clairs.<\/p>SARGIS GHAZARYAN<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En ces heures, il me semble de mon devoir de dire moi aussi des mots clairs. Le r\u00e8glement juste et durable du conflit du Haut-Karabakh doit reposer sur ces trois piliers :<\/p>\n\n\n\n Le XXe si\u00e8cle nous a appris que tout conflit qui traverse une g\u00e9n\u00e9ration est condamn\u00e9 \u00e0 se poursuivre.<\/p>Sargis Ghazaryan<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le XXe si\u00e8cle nous a appris que tout conflit qui traverse une g\u00e9n\u00e9ration est condamn\u00e9 \u00e0 se poursuivre. Je suis convaincu que les enfants de m\u00e8res et de p\u00e8res arm\u00e9niens, az\u00e9ris ou turcs m\u00e9ritent d’\u00eatre lib\u00e9r\u00e9s des cha\u00eenes de cette guerre. <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\nL’Arm\u00e9nie d\u00e9sire la paix, l’Azerba\u00efdjan d\u00e9sire l’Arm\u00e9nie. Comprendre la position arm\u00e9nienne <\/h2>\n\n\n\n
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