{"id":81523,"date":"2020-09-02T13:24:31","date_gmt":"2020-09-02T11:24:31","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=81523"},"modified":"2020-09-14T00:40:12","modified_gmt":"2020-09-13T22:40:12","slug":"red-entreprises-et-droits-humains-dune-impulsion-internationale-aux-applications-europeennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/09\/02\/red-entreprises-et-droits-humains-dune-impulsion-internationale-aux-applications-europeennes\/","title":{"rendered":"Entreprises et droits humains : d’une impulsion internationale aux applications europ\u00e9ennes"},"content":{"rendered":"\n

La responsabilit\u00e9 pesant sur les entreprises en mati\u00e8re de droits humains est apparue \u00e0 la suite d\u2019accidents majeurs et d\u2019autres atteintes aux droits humains au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies. La soci\u00e9t\u00e9 civile est par la suite devenue plus exigeantes afin de tenir les entreprises responsables du respect des normes relatives aux droits de l’homme, les incitant \u00e0 tenir compte dans leur activit\u00e9 de l\u2019ensemble de ces droits humains, sans pouvoir en choisir certains et en exclure d’autres et, en cons\u00e9quence, de ne plus s’occuper seulement des questions qui leur convenaient. Cette vigilance a conduit un nombre croissant d’entreprises multinationales \u00e0 appliquer volontairement les principes cl\u00e9s relatifs aux droits humains dans leurs activit\u00e9s commerciales, et plus particuli\u00e8rement, dans leurs processus d’autor\u00e9gulation.<\/p>\n\n\n\n

\"\"<\/a>T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n

En parall\u00e8le, les principes g\u00e9n\u00e9raux relatifs aux Entreprises et Droits de l\u2019Homme (\u00ab EDH \u00bb ou \u00ab BHR \u00bb pour Business Human Rights<\/em>) se sont d\u00e9velopp\u00e9s sur la base (i) du droit international, notamment le pr\u00e9ambule de la D\u00e9claration universelle des droits de l’homme qui appelle \u00ab chaque individu et chaque organe de la soci\u00e9t\u00e9<\/em> \u00bb \u00e0 promouvoir et respecter les droits humains, et d’initiatives internationales.<\/p>\n\n\n\n

En 1976, l’Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques (\u00ab OCDE \u00bb) a adopt\u00e9 la premi\u00e8re version des Principes directeurs \u00e0 l’intention des entreprises multinationales<\/a>. Les Principes directeurs de l’OCDE, qui ont depuis \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 jour en 2011, constituent des recommandations adress\u00e9es par les gouvernements aux entreprises multinationales op\u00e9rant au sein ou \u00e0 partir de pays adh\u00e9rents \u00e0 l’OCDE. Ils \u00e9noncent des principes et des normes non contraignants qui ont pour objectif une conduite responsable des affaires dans un contexte mondial et en coh\u00e9rence avec les lois applicables et les normes internationales.<\/p>\n\n\n\n

En 2011, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (\u00ab ONU \u00bb) a approuv\u00e9 \u00e0 l’unanimit\u00e9 les \u00ab Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme : mise en \u0153uvre du cadre des Nations Unies : Prot\u00e9ger, Respecter et R\u00e9parer \u00bb (les \u00ab UNGP<\/a> \u00bb). Ces principes se fondent sur trois piliers que sont (i) l\u2019obligation de l\u2019\u00c9tat de respecter et prot\u00e9ger les droits humains et les libert\u00e9s fondamentales, (ii) le devoir pour les entreprises de se conformer aux lois et de prot\u00e9ger les droits humains et (iii) l\u2019existence de voies de recours appropri\u00e9es et efficaces en cas de violations de ces droits.<\/p>\n\n\n\n

Avec les UNGP, une nouvelle responsabilit\u00e9 soci\u00e9tale s\u2019impose \u00e0 toutes les entreprises quel qu\u2019en soit le secteur. En d’autres termes, toutes les entreprises ont le devoir et la responsabilit\u00e9 de respecter les droits humains et de pr\u00e9venir, att\u00e9nuer et traiter tout impact n\u00e9gatif potentiel que leur activit\u00e9 pourrait avoir sur les droits humains.<\/p>\n\n\n\n

Avec les UNGP, une nouvelle responsabilit\u00e9 soci\u00e9tale s\u2019impose \u00e0 toutes les entreprises quel qu\u2019en soit le secteur. En d’autres termes, toutes les entreprises ont le devoir et la responsabilit\u00e9 de respecter les droits humains et de pr\u00e9venir, att\u00e9nuer et traiter tout impact n\u00e9gatif potentiel que leur activit\u00e9 pourrait avoir sur les droits humains.<\/p>Christelle Coslin, Liam Naidoo et Margaux Renard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

S\u2019ajoute \u00e0 cela une norme internationale – la norme ISO 26 000 – \u00e9labor\u00e9e en 2010 pour fournir des lignes directrices en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 soci\u00e9tale des entreprises (\u00ab RSE \u00bb) pour encourager les organisations \u00e0 am\u00e9liorer leur impact vis-\u00e0-vis de toutes les parties prenantes et de l’environnement. Il existe \u00e9galement de nombreuses chartes et codes \u00e9thiques adopt\u00e9s volontairement par diverses entit\u00e9s publiques et priv\u00e9es (organisations internationales, organisations non gouvernementales (\u00ab ONG \u00bb), entreprises, etc.<\/em>).<\/p>\n\n\n\n

Plus r\u00e9cemment, \u00e0 la demande de la Commission europ\u00e9enne dans sa d\u00e9claration du 25 octobre 2011, des plans nationaux sur la RSE ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9s en Europe, conform\u00e9ment aux UNGP.<\/p>\n\n\n\n

En Europe, la France a jou\u00e9 un r\u00f4le de pionnier en devenant le premier \u00c9tat \u00e0 int\u00e9grer un devoir de vigilance en mati\u00e8re de droits humains dans son corpus juridique par le biais d’une Loi sp\u00e9cifique intitul\u00e9e \u00ab Loi relative au devoir de vigilance des soci\u00e9t\u00e9s m\u00e8res et des entreprises donneuses d\u2019ordre \u00bb (dite \u00ab loi sur le devoir de vigilance \u00bb) <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En application de cette loi, les soci\u00e9t\u00e9s m\u00e8res des groupes fran\u00e7ais concern\u00e9s ont publi\u00e9 fin 2017 ou en 2018 leurs premiers \u00ab plans de vigilance \u00bb fournissant une description des mesures mises en place pour pr\u00e9venir toute violation des droits humains au sein de leurs structures comme de leur cha\u00eene d’approvisionnement. Les entreprises ont publi\u00e9 leur deuxi\u00e8me (voire m\u00eame leur troisi\u00e8me) plan de vigilance qui devra aller plus loin que les versions pr\u00e9c\u00e9dentes en ce qu’il doit inclure des informations sur la mise en \u0153uvre effective dudit plan de vigilance. Si leur plan \u00e9tait jug\u00e9 insuffisant par les tribunaux civils fran\u00e7ais, les soci\u00e9t\u00e9s m\u00e8res fran\u00e7aises pourraient voir leur responsabilit\u00e9 civile engag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

En Europe, la France a jou\u00e9 un r\u00f4le de pionnier en devenant le premier Etat \u00e0 int\u00e9grer un devoir de vigilance en mati\u00e8re de droits humains dans son corpus juridique.<\/p>Christelle Coslin, Liam Naidoo et Margaux Renard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le Royaume-Uni a quant \u00e0 lui introduit depuis 2015 plusieurs lois destin\u00e9es \u00e0 lutter contre l’esclavage moderne et r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 l’impact des violations des droits humains en mati\u00e8re de criminalit\u00e9 financi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n

Une douzaine de pays europ\u00e9ens ont aujourd\u2019hui ouvert des d\u00e9bats concernant l\u2019adoption d\u2019une l\u00e9gislation nationale relative aux diligences raisonnables attendues en mati\u00e8re de droits humains. Par exemple, en Finlande, en Suisse ou en Allemagne, des propositions l\u00e9gislatives visant \u00e0 imposer une obligation de diligence raisonnable \u00e0 certaines cat\u00e9gories d\u2019entreprises sont en cours de discussion. Outre les \u00e9volutions l\u00e9gislatives, les tribunaux de certains pays ont d\u00e9velopp\u00e9 au travers de leur jurisprudence le concept d’un devoir de diligence dans des affaires li\u00e9es \u00e0 des violations des droits humains. Cette \u00e9volution de la jurisprudence a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement importante en Angleterre.<\/p>\n\n\n\n

Ainsi, la responsabilit\u00e9 des entreprises s’agissant des droits humains passe progressivement d’une norme de droit dite \u00ab souple \u00bb, \u00e9tablie en droit international, \u00e0 des obligations juridiques contraignantes d\u00e9finies par des lois nationales ou des jurisprudences qui d\u00e9passent parfois le cadre purement national.<\/p>\n\n\n\n

Cet environnement normatif mondial en pleine \u00e9volution fait du respect des droits humains non plus une option (\u00ab a nice-to-have<\/em> \u00bb) mais devient un imp\u00e9ratif (\u00ab a<\/em> must-have<\/em> \u00bb). Cet article vous permettra dans un premier temps de d\u00e9couvrir les diff\u00e9rentes impl\u00e9mentations europ\u00e9ennes des principes EDH initialement d\u00e9finis au niveau international (1.) avant d’aborder une analyse plus d\u00e9taill\u00e9e de la loi fran\u00e7aise sur le devoir de vigilance, exemple qui illustre les \u00e9volutions actuelles en la mati\u00e8re (2.).<\/p>\n\n\n\n

La responsabilit\u00e9 des entreprises s’agissant des droits humains passe progressivement d’une norme de droit dite \u00ab souple \u00bb, \u00e9tablie en droit international, \u00e0 des obligations juridiques contraignantes d\u00e9finies par des lois nationales ou des jurisprudences qui d\u00e9passent parfois le cadre purement national.<\/p>Christelle Coslin, Liam Naidoo et Margaux Renard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

1 \u2013 Les principes EDH : d’une d\u00e9finition internationale \u00e0 des applications europ\u00e9ennes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, on a pu constater une \u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale en faveur de l’adoption de r\u00e8gles contraignantes en mati\u00e8re de droits humains impos\u00e9es aux entreprises. Que ce soit en France, au Royaume-Uni, en Allemagne ou en Suisse, la tendance est au durcissement des r\u00e8gles et ce, tout au long de la cha\u00eene d’approvisionnement, donnant un r\u00f4le accru aux entreprises et m\u00eame rendant possible la mise en cause de la responsabilit\u00e9 des entreprises.<\/p>\n\n\n\n

1.1 \u2013 D\u00e9finition des obligations EDH au niveau international<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Les UNGP restent la principale source des principes EDH. Un trait\u00e9 contraignant des Nations Unies sur les droits humains est actuellement \u00e0 l’\u00e9tude, dont un projet r\u00e9vis\u00e9 a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en juillet 2019, pr\u00e9sentant des changements et am\u00e9liorations importants par rapport au \u00ab projet z\u00e9ro \u00bb publi\u00e9 en 2018. Cette nouvelle version a \u00e9t\u00e9 discut\u00e9e par les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du groupe de travail intergouvernemental des Nations unies lors du Forum des Nations unies sur les droits de l’homme en octobre 2019. <\/p>\n\n\n\n

Apr\u00e8s une br\u00e8ve description de ces principes, les raisons pour lesquelles il reste encore du chemin \u00e0 parcourir avant la conclusion d’un trait\u00e9 contraignant par les Nations unies en la mati\u00e8re seront expos\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

a) Les UNGP : pierre angulaire des principes EDH<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

En 2005, John Ruggie, Professeur de sciences politiques \u00e0 Harvard, a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 Repr\u00e9sentant sp\u00e9cial des Nations Unies pour les entreprises et les droits de l’homme<\/a>. Sa mission consistait \u00e0 soumettre des recommandations \u00ab sur la question des droits de l’homme et des soci\u00e9t\u00e9s transnationales et autres entreprises<\/em> \u00bb. Cette mission a conduit \u00e0 l’adoption, en 2008, du cadre de r\u00e9f\u00e9rence \u00ab Prot\u00e9ger, Respecter et R\u00e9parer \u00bb apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de consultations approfondies avec les entreprises, les \u00c9tats, les ONG et d’autres parties prenantes.<\/p>\n\n\n\n

Ce cadre de r\u00e9f\u00e9rence, tr\u00e8s bien accueilli par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, repose sur trois piliers essentiels :<\/p>\n\n\n\n