{"id":79991,"date":"2020-07-28T14:01:08","date_gmt":"2020-07-28T12:01:08","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=79991"},"modified":"2020-07-28T14:01:10","modified_gmt":"2020-07-28T12:01:10","slug":"aux-portes-de-lexil-la-colombie-face-a-la-migration-venezuelienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/07\/28\/aux-portes-de-lexil-la-colombie-face-a-la-migration-venezuelienne\/","title":{"rendered":"Aux portes de l\u2019exil, la Colombie face \u00e0 la migration v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne"},"content":{"rendered":"\n
La pand\u00e9mie de coronavirus qui bat son plein en Am\u00e9rique latine a donn\u00e9 aux migrations v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liennes en Colombie une tournure particuli\u00e8re. La dynamique migratoire observ\u00e9e depuis quelques ann\u00e9es au d\u00e9part du Venezuela s\u2019est partiellement enray\u00e9e. En effet, ceux qui avaient l\u2019intention de partir r\u00e9fl\u00e9chissent davantage, ceux qui partent tout de m\u00eame doivent le faire par des passages informels \u00e0 cause de la fermeture de la fronti\u00e8re, ceux qui avaient d\u00e9j\u00e0 migr\u00e9 sont tent\u00e9s de revenir, faute de pouvoir continuer \u00e0 vivre dans une p\u00e9riode d\u2019injonction \u00e0 l\u2019immobilit\u00e9 – physique, \u00e9conomique et sociale -, si oppos\u00e9e \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de la migration pr\u00e9caire qui oblige souvent les migrants \u00e0 vivre dans le mouvement continu. Des configurations totalement in\u00e9dites ont vu le jour : des migrants v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens, mass\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 colombien de la fronti\u00e8re et souhaitant retourner dans leur pays d\u2019origine, sont bloqu\u00e9s par les restrictions du gouvernement de Maduro sur les retours. La fronti\u00e8re n\u2019est plus ouverte que trois jours par semaine, avec un quota de 300 retours par jour au maximum.\u00a0<\/p>\n\n\n\n
Cependant, cette analyse ne portera pas tant sur les aspects conjoncturels de cette situation mais bien sur les aspects syst\u00e9miques. Les ph\u00e9nom\u00e8nes de retour observ\u00e9s depuis quelques mois sont ponctuels et temporaires et ne sont qu\u2019un d\u00e9tour de plus dans la migration de millions de V\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens. En outre, ces \u00e9v\u00e9nements ne contredisent pas certains aspects du sch\u00e9ma migratoire tel qu\u2019il se dessine depuis 2015, notamment sur l\u2019utilisation politique des migrants. Il est m\u00eame tr\u00e8s probable que les d\u00e9parts reprennent de plus belle sit\u00f4t que les fronti\u00e8res d\u2019Am\u00e9rique latine r\u00e9ouvriront : la pand\u00e9mie a continu\u00e9 d\u2019aggraver les crises v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liennes dont la pauvret\u00e9 qui a atteint des taux records. La r\u00e9cente situation sera \u00e9voqu\u00e9e ponctuellement pour \u00e9clairer des tendances, des tensions et des probl\u00e9matiques centrales de l\u2019\u00e9tude des migrations v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liennes en Colombie depuis 2015. <\/p>\n\n\n\n
Dans une tribune publi\u00e9e par The Washington Post <\/em>le 27 f\u00e9vrier dernier <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, le pr\u00e9sident colombien Iv\u00e1n Duque avance que le nombre total de V\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pourrait d\u00e9passer les 6,5 millions \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2020. Les proximit\u00e9s g\u00e9ographiques, historiques et culturelles font de la Colombie le premier pays r\u00e9cepteur, avec aujourd\u2019hui plus de 1,8 million de ressortissants v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens sur son territoire.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Dans sa tribune, Duque fait savoir que si la Colombie a ouvert ses portes aux V\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens, elle ne peut pas assumer cette charge seule. Tout en rappelant la gravit\u00e9 et l\u2019urgence des migrations caus\u00e9es par la crise syrienne, il d\u00e9plore le d\u00e9s\u00e9quilibre dans l\u2019aide accord\u00e9e par la communaut\u00e9 internationale. D\u2019apr\u00e8s un rapport de Brookings Institutions <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>, alors qu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2019, l\u2019ensemble des fonds accord\u00e9s pour r\u00e9pondre au conflit syrien atteignait 19,5 milliards de dollars. La r\u00e9ponse \u00e0 la crise v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne devait se contenter de 580 millions de dollars. Il ajoute que la vitesse d\u2019exil des V\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens est plus importante que celle des Syriens, d\u2019o\u00f9 l\u2019urgence d\u2019une prise de conscience internationale et d\u2019une aide ad\u00e9quate sans quoi la situation pourrait se muer en crise humanitaire sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n\n\n\n De ce fait, la question des migrations v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liennes en Colombie est devenue une question g\u00e9opolitique majeure pour le pays en particulier et la r\u00e9gion en g\u00e9n\u00e9ral. La situation demeure peu m\u00e9diatis\u00e9e alors que depuis 2015, 4,6 millions de V\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens ont quitt\u00e9 leur pays, bien que les estimations soient difficilement r\u00e9alisables et en constante \u00e9volution. Ce chiffre est similaire aux 4,8 millions de Syriens qui avaient d\u00e9j\u00e0 fui en 2015, quatre ann\u00e9es apr\u00e8s le d\u00e9but du conflit. Pourtant, en Europe, l\u2019\u00e9loignement g\u00e9ographique et les particularit\u00e9s politiques des raisons de l\u2019exil ont contribu\u00e9 \u00e0 laisser cette situation dans l\u2019ombre, \u00e0 la diff\u00e9rence du conflit syrien qui polarise le d\u00e9bat, et surtout les aides de la communaut\u00e9 internationale. Il n\u2019est absolument pas question de relativiser ni la gravit\u00e9 du cas syrien ni de discuter la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une aide humanitaire majeure et d\u2019une communaut\u00e9 internationale totalement investie au Moyen-Orient, il s\u2019agit davantage de mieux comprendre le v\u00e9ritable exode qui a lieu au Venezuela afin d\u2019envisager des solutions globales et adapt\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n