{"id":79390,"date":"2020-07-19T21:15:21","date_gmt":"2020-07-19T19:15:21","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=79390"},"modified":"2020-11-08T12:24:09","modified_gmt":"2020-11-08T11:24:09","slug":"en-argentine-un-programme-fiscal-limite-pour-attenuer-la-crise-sanitaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/07\/19\/en-argentine-un-programme-fiscal-limite-pour-attenuer-la-crise-sanitaire\/","title":{"rendered":"En Argentine, un programme fiscal limit\u00e9 pour att\u00e9nuer la crise sanitaire"},"content":{"rendered":"\n
Buenos Aires<\/em>. La pand\u00e9mie actuelle est sans aucun doute l’un de ces \u00e9v\u00e9nements inattendus qui entra\u00eenent des r\u00e9actions dynamiques de la part des diff\u00e9rents \u00c9tats pour lisser non seulement la courbe de contagion mais aussi l’impact de la r\u00e9cession sur le bien-\u00eatre de la population, en particulier pour les plus vuln\u00e9rables. Cette note cherche \u00e0 mettre en contexte la dimension actuelle des principaux programmes sociaux non contributifs, \u00e0 examiner leur impact fiscal et leur viabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Au cours des derniers mois, d’importants programmes de protection sociale ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9s \u00e0 l\u2019Asignaci\u00f3n Universal por Hijo <\/em>(AUH, allocation universelle pour enfant) existante, en particulier le programme Tarjeta Alimentar<\/em> (carte alimentaire) depuis le d\u00e9but de l’ann\u00e9e, et l\u2019Ingreso Familiar de Emergencia<\/em> (IFE, allocation familiale d\u2019urgence), du fait de la crise provoqu\u00e9e par la COVID-19. Le premier consiste en une allocation pour un sous-ensemble de la population couverte par l’AUH (1,5 million d\u2019Argentins), de 4 000 AR$ par mois (50 euros au taux de change officiel) pour les m\u00e9nages avec un enfant et de 6 000 AR$ (75 euros) pour ceux qui en ont plus d’un <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Pour sa part, l’IFE consiste en un transfert de 10 000 AR$ pour les ch\u00f4meurs, les informels, les travailleurs sociaux et ceux des cat\u00e9gories A et B, les employ\u00e9s de maison priv\u00e9s et les autres personnes non enregistr\u00e9es. Le programme a touch\u00e9 pr\u00e8s de 8 millions de b\u00e9n\u00e9ficiaires et a \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre \u00e0 deux reprises jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent (avril et juin) avec de s\u00e9rieux probl\u00e8mes de s\u00e9lection <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Une troisi\u00e8me phase a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e, bien que les d\u00e9tails de sa nouvelle mise en \u0153uvre ne soient pas encore connus.<\/p>\n\n\n\n La figure 1<\/em> tente de replacer ces programmes dans leur contexte historique, en permettant leur comparaison avec d’autres programmes de transferts mon\u00e9taires pour les m\u00e9nages les plus vuln\u00e9rables <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le graphique int\u00e8gre l’\u00e9volution de l’AUH (bulles vertes) et, plus loin dans le temps, le Plan Jefes y Jefas de Hogares Desocupados<\/em> (PJJHD) et le Plan Familias<\/em> para la Inclusi\u00f3n Social<\/em> (bulles bleues et bleues ciel, respectivement), en plus des programmes actuels. Chaque bulle repr\u00e9sente la situation moyenne pour chaque ann\u00e9e. La position de la bulle par rapport \u00e0 sa \u00ab hauteur \u00bb indique la couverture verticale, c’est-\u00e0-dire le niveau de prestation correspondant \u00e0 une famille avec deux enfants de moins de 18 ans (mesur\u00e9 en pesos 2020 constants). En revanche, la taille des bulles indique leur port\u00e9e horizontale, c’est-\u00e0-dire le nombre de personnes titulaires de ladite prestation. \u00c0 noter que l’IFE n’est pour l’instant pas une prestation mensuelle automatique, comme c\u2019est ou c\u2019\u00e9tait le cas des autres. De plus, pour simplifier l’illustration, on suppose que les titulaires de l\u2019IFE vivent dans des m\u00e9nages o\u00f9 il n’y a qu’un seul titulaire du programme, c’est-\u00e0-dire que le graphique sous-estime la couverture verticale que les m\u00e9nages re\u00e7oivent en moyenne.<\/p>\n\n\n\n\n\n Compte tenu de ce qui a \u00e9t\u00e9 dit jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent, le tableau actuel permet de faire quelques commentaires pr\u00e9liminaires. Premi\u00e8rement, que cette crise se traduit par un \u00e9largissement important de la couverture horizontale et verticale de la protection sociale. Deuxi\u00e8mement, que l’impact budg\u00e9taire, dans le contexte de la crise, est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s important et met en danger sa durabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Comme indiqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, la couverture de la protection sociale a \u00e9t\u00e9 \u00e9largie et contraste avec la situation lors la sortie de la crise de convertibilit\u00e9. Alors qu’en 2002\/2003, sous le PJJHD, 5 % de la population \u00e9tait b\u00e9n\u00e9ficiaire de cette prestation, aujourd’hui, pr\u00e8s de 17 % de la population a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des deux versements de l’IFE. De plus, les trois grands programmes actuels ont un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 de chevauchement et, en principe, 1,5 million de titulaires sont \u00e9ligibles pour recevoir les trois transferts. Autrement dit, environ 2,3 millions de d\u00e9tenteurs de l\u2019IFE sont des b\u00e9n\u00e9ficiaires de l’AUH, dont 1,5 million sont \u00e0 leur tour \u00e9ligibles pour recevoir la carte alimentaire. Et, dans tous les cas, les ressources allou\u00e9es atteignent des populations plus larges.<\/p>\n\n\n\n D\u2019autre part, en termes de couverture verticale (montant des prestations), une expansion est \u00e9galement observ\u00e9e par rapport aux exp\u00e9riences ant\u00e9rieures. M\u00eame si on mensualisait la valeur de l’IFE (il a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9 2 des 3 mois d’isolement social pr\u00e9ventif obligatoire), elle serait similaire \u00e0 ce qu’une famille de deux enfants re\u00e7oit \u00e0 travers l\u2019AUH et au montant initial re\u00e7u par les b\u00e9n\u00e9ficiaires du Plan Jefes <\/em>en 2002\/2003. Cependant, les probl\u00e8mes de s\u00e9lection qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment peuvent conduire le m\u00eame m\u00e9nage \u00e0 avoir plus d’un b\u00e9n\u00e9ficiaire IFE (bien que la r\u00e9glementation ne le pr\u00e9voie pas) et le chevauchement entre les programmes lui-m\u00eame rend la couverture verticale des m\u00e9nages encore plus importante.<\/p>\n\n\n\n L’impact budg\u00e9taire de ce programme (relativement mod\u00e9r\u00e9 lorsqu\u2019on le compare avec d\u2019autres de la r\u00e9gion ou du monde) est significatif compte tenu du contexte macro-budg\u00e9taire. Encore une fois, la comparaison \u00e9claire :<\/p>\n\n\n\n Les donn\u00e9es fiscales commencent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 refl\u00e9ter ce qui a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9 ant\u00e9rieurement. Par exemple, si on compare la structure des d\u00e9penses primaires r\u00e9elles en mai 2020 \u00e0 celle des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, on observe une augmentation notable de 35 % (annuelle) (graphique 3), dont 60 % s’explique par l’ensemble des programmes non contributifs, qui comprend \u00e9galement le Programa de Asistencia de Emergencia al Trabajo y Producci\u00f3n<\/em> (ATP, Programme d\u2019Assistance d\u2019Urgence au Travail et \u00e0 la Production) <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les 40 % restants correspondent \u00e0 l\u2019augmentation des subventions \u00e9nerg\u00e9tiques comme cons\u00e9quence du gel des tarifs depuis avril 2019 (50 %) et l\u2019augmentation des transferts aux provinces pour att\u00e9nuer la crise (50 %).<\/p>\n\n\n\n\n\n Conclusions<\/strong><\/p>\n\n\n\n Il y a un consensus sur le fait que cette crise arrive dans le pays alors qu\u2019il a un r\u00e9seau de protection sociale plus large que par le pass\u00e9, bien que d’importantes difficult\u00e9s institutionnelles persistent (notamment par rapport aux t\u00e2ches administratives pour d\u00e9terminer l’admissibilit\u00e9 aux nouveaux programmes). Cependant, la d\u00e9t\u00e9rioration du tissu social et \u00e9conomique est un processus cumulatif et cette urgence survient apr\u00e8s une d\u00e9cennie de stagnation qui rend le probl\u00e8me beaucoup plus complexe et difficile.<\/p>\n\n\n\n Il est important de signaler qu\u2019il existe des raisons pour se pr\u00e9occuper quant au financement futur et la durabilit\u00e9 de ces programmes. D\u2019abord, la marge de man\u0153uvre pour augmenter (et m\u00eame maintenir) la pression fiscale est tr\u00e8s limit\u00e9e. L’Argentine ne peut pas recourir \u00e0 une fiscalit\u00e9 d’urgence extraordinaire comme elle l’a fait lors des crises pr\u00e9c\u00e9dentes : les instruments fiscaux introduits lors de la crise du d\u00e9but du si\u00e8cle ont \u00e9t\u00e9 maintenus lors du boom<\/em> qui lui a suivi et \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents avant cette crise. Deuxi\u00e8mement, le financement volontaire de la dette est pratiquement nul aujourd’hui, alors qu’il n’y a toujours pas d’accord programmatique avec le FMI. Enfin, le financement mon\u00e9taire semble \u00eatre la seule source disponible de financement suppl\u00e9mentaire aujourd’hui, mais, \u00e9tant donn\u00e9 l’ampleur des besoins, il est difficile de penser qu’il puisse se maintenir dans le temps sans g\u00e9n\u00e9rer de graves d\u00e9s\u00e9quilibres macro\u00e9conomiques (notamment dans un contexte d’inflation relativement \u00e9lev\u00e9e, bien que \u00ab r\u00e9prim\u00e9e \u00bb – gel des prix des services, des retraites, du taux de change -, et un \u00e9cart du taux de change tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9).<\/p>\n\n\n\n Ainsi, le maintien de ces programmes dans leurs \u00e9tats actuels (ou dans version plus simplifi\u00e9e de ceux-ci) dans le temps (ce qui semble absolument n\u00e9cessaire compte tenu de la gravit\u00e9 de la situation actuelle et des perspectives de reprise future) d\u00e9pendra, entre autres, de la capacit\u00e9 du gouvernement \u00e0 obtenir plus de financements sans alt\u00e9rer la d\u00e9licate situation macro\u00e9conomique. Pour cette raison, bien que ce soit une condition n\u00e9cessaire et non suffisante, la r\u00e9solution rapide de la n\u00e9gociation de la dette devient de plus en plus importante pour essayer de normaliser l’acc\u00e8s au financement et d’att\u00e9nuer l’impact de la crise. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Alors que la crise sanitaire a impact\u00e9 l\u2019Argentine comme le reste du continent et du monde, le pays y fait face avec un r\u00e9seau de protection sociale plus d\u00e9velopp\u00e9 et large que par le pass\u00e9. Cependant, il y a des raisons de se pr\u00e9occuper du financement futur et la durabilit\u00e9 des programmes sociaux, extr\u00eamement n\u00e9cessaires pour les perspectives de reprise. Avec une marge de man\u0153uvre limit\u00e9e pour augmenter et m\u00eame maintenir la pression fiscale, la r\u00e9solution rapide de la n\u00e9gociation de la dette devient de plus en plus centrale pour essayer de normaliser l’acc\u00e8s au financement et d’att\u00e9nuer l’impact de la crise.<\/p>\n","protected":false},"author":175,"featured_media":79405,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-studies.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1727,2210],"tags":[2281],"geo":[525],"class_list":["post-79390","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-sante-publique","tag-coronavirus","staff-julian-folgar","geo-ameriques"],"acf":[],"yoast_head":"\nLa situation actuelle<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Port\u00e9e, contexte et co\u00fbt fiscal des programmes actuels par rapport au pass\u00e9<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
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