{"id":78965,"date":"2020-07-18T11:54:03","date_gmt":"2020-07-18T09:54:03","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=78965"},"modified":"2020-11-08T12:14:20","modified_gmt":"2020-11-08T11:14:20","slug":"liberalisme-droit-concurrence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/07\/18\/liberalisme-droit-concurrence\/","title":{"rendered":"Lib\u00e9ralisme et droit de la concurrence : autour du principe d\u2019autonomie"},"content":{"rendered":"\n
Nul n\u2019ignore que l\u2019origine du lib\u00e9ralisme est la reconnaissance de l\u2019individu comme concept de base de l\u2019organisation sociale ; un individu libre, \u00e0 \u00e9galit\u00e9 de droits quelle que soit sa position, en puissance de vouloir les r\u00e8gles qui le gouvernent et affranchi de toute soumission naturelle tant \u00e0 la religion qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00c9tat. En un mot, un individu \u00ab autonome \u00bb, au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 civile, tout \u00e0 la fois la\u00efque et distincte de l\u2019\u00c9tat. \u00c0 partir de cette id\u00e9e fondatrice, toute l\u2019histoire intellectuelle du lib\u00e9ralisme fut la recherche du lien de cet individu avec la soci\u00e9t\u00e9. Si l\u2019individu est autonome, qu\u2019est-ce qui institue la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il vit ? Apr\u00e8s diverses th\u00e9ories philosophiques, dans cette qu\u00eate fondamentale, s\u2019est progressivement impos\u00e9e, depuis le XVIII\u00b0 si\u00e8cle, l\u2019id\u00e9e que ce lien r\u00e9sidait dans les rapports du commerce et qu\u2019il \u00e9tait donc de nature \u00e9conomique <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est le point de d\u00e9part du concept de \u00ab soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9 \u00bb, pour certains du \u00ab dogme du march\u00e9 \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais quelle que soit la nature de ce lien : soumission volontaire \u00e0 un pouvoir protecteur mais absolu, le \u00ab L\u00e9viathan \u00bb, chez Hobbes <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, contrat pour la garantie du droit de propri\u00e9t\u00e9 pour Locke <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>, adh\u00e9sion \u00e0 une organisation politique d\u00e9mocratique s\u00e9parant les pouvoirs, pour Montesquieu <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, inclusion dans la nation pour la R\u00e9volution <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span> ou enfin r\u00e9ciprocit\u00e9 des int\u00e9r\u00eats individuels, pour Adam Smith <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span> et \u00e0 sa suite les utilitaristes (Ricardo, Bentham, Mill) <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>, le rattachement social de l\u2019individu est n\u00e9cessairement en tension avec sa libert\u00e9 <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il la bride plus ou moins d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. De cette relation entre libert\u00e9 individuelle et contrainte sociale, d\u00e9pend le degr\u00e9 d\u2019autonomie de l\u2019individu qui serait le principe dialectique de l\u2019organisation politique dans une soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n L\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 cette logique mais elle la renouvelle <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>, il n\u2019est aujourd\u2019hui gu\u00e8re contestable que le jeu naturel et spontan\u00e9 du march\u00e9 ne suffit pas \u00e0 sa propre r\u00e9gulation <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Pour que l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 remplisse les objectifs du droit de la concurrence, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019efficience \u00e9conomique ou du bien-\u00eatre du consommateur, tout op\u00e9rateur doit \u00eatre soumis \u00e0 des r\u00e8gles dont le respect est impos\u00e9 par l\u2019\u00c9tat <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La doctrine ordo-lib\u00e9rale allemande insiste particuli\u00e8rement sur la force n\u00e9cessaire de ces r\u00e8gles <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019autonomie des op\u00e9rateurs n\u2019est donc pas absolue, elle est encadr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Or pr\u00e9cis\u00e9ment, d\u2019autre part, la th\u00e9orisation des rapports de march\u00e9 par la doctrine am\u00e9ricaine de la fin du XIX\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle a d\u00e9montr\u00e9 que, dans la mise en relation de l\u2019offre et la demande de biens et services, le march\u00e9 ne peut fonctionner qu\u2019\u00e0 la condition que les acteurs \u00e9conomiques agissent de mani\u00e8re autonome <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Par un effet miroir, pour la protection du march\u00e9, l\u2019autonomie doit tout \u00e0 la fois \u00eatre impos\u00e9e aux uns pour \u00eatre garantie aux autres. C\u2019est un devoir prescrit pour la protection d\u2019un droit.<\/p>\n\n\n\n De cette analyse est n\u00e9 le droit anti-trust <\/em>qui, depuis les \u00c9tats-Unis, s\u2019est lentement r\u00e9pandu partout dans le monde, y compris en Europe et en France <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Appliqu\u00e9 \u00e0 la substance du droit de la concurrence, il y a deux mani\u00e8res de comprendre le concept d\u2019autonomie. Tout d\u2019abord, comme l\u2019estiment les ultra-lib\u00e9raux, \u00e0 condition d\u2019\u00eatre plus ou moins r\u00e9gul\u00e9e, la libre concurrence suffirait \u00e0 r\u00e9gler l\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9 <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ce serait un droit fondamental autonome, exclusif de toute autre intervention de l\u2019\u00c9tat. De ce point de vue, le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat serait strictement limit\u00e9 \u00e0 la protection de la s\u00e9curit\u00e9 des personnes et des biens <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>. C\u2019est ce premier aspect qui doit \u00eatre soumis \u00e0 critique. L\u2019autre approche est la prise en compte du principe d\u2019autonomie dans le contenu du droit de la concurrence ; elle consiste \u00e0 examiner comment et jusqu\u2019\u00e0 quel point, pour l\u2019individu \u00e9conomique, l\u2019autonomie est impos\u00e9e ou garantie par des r\u00e8gles imp\u00e9ratives. L\u2019objet du droit de la concurrence serait d\u2019encadrer l\u2019autonomie des acteurs pour la protection du march\u00e9. Le droit de la concurrence serait donc tout \u00e0 la fois un droit autonome (A) et un droit de l\u2019autonomie (B).<\/p>\n\n\n\n Est-il soutenable que le libre jeu de la concurrence sur le march\u00e9 soit dans l\u2019ordre juridique un droit fondamental autonome et exclusif, assurant \u00e0 lui seul le bon fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 ? Fondateur d\u2019un ordre concurrentiel, il primerait tout autre principe juridique, bornant le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat et cr\u00e9ateur du \u00ab droit constitutionnel d\u2019un march\u00e9 transcendant les r\u00e8gles nationales \u00bb <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Autrement dit, aucune loi ne devrait perturber le libre exercice de la concurrence sur le march\u00e9. Les promoteurs de cette doctrine et leurs arguments sont connus <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span>, il n\u2019est gu\u00e8re besoin d\u2019y insister. Mais cette th\u00e9orie correspond-elle \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n Le v\u00e9rifier consiste \u00e0 examiner la position de la libert\u00e9 de concurrence dans les droits fondamentaux supranationaux, dans le droit du commerce international, en droit europ\u00e9en et en droit constitutionnel interne, afin de comprendre comment cette libert\u00e9 prend place dans l\u2019ordonnancement juridique. Ce qui est en cause c\u2019est sa position dans la hi\u00e9rarchie des normes (1). Toute autre est la question de l\u2019autonomie de la m\u00e9thode du droit de la concurrence tant du point de vue des concepts que de la logique de raisonnement (2).<\/p>\n\n\n\n Sur le plan international, la question incite \u00e0 regarder la place de cette libert\u00e9 dans les grandes conventions instituant des droits fondamentaux <\/span>22<\/sup><\/a><\/span><\/span> : droits civiques et politiques <\/span>23<\/sup><\/a><\/span><\/span>, droits \u00e9conomiques et sociaux <\/span>24<\/sup><\/a><\/span><\/span>, droit de l\u2019environnement <\/span>25<\/sup><\/a><\/span><\/span>, etc.<\/em> Il s\u2019agit aussi de la situer dans les r\u00e8gles d\u2019organisation du commerce international et notamment dans celles de l\u2019OMC <\/span>26<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En r\u00e9sum\u00e9, cet examen r\u00e9v\u00e8le que la libre concurrence n\u2019est pas comprise dans les droits fondamentaux de source internationale, qu\u2019elle peine \u00e0 s\u2019instituer comme un principe effectif du commerce international et que, si, incontestablement, le march\u00e9 est le vecteur de la globalisation de l\u2019\u00e9conomie, ni le droit international, ni les droits nationaux ne parviennent \u00e0 assurer sa protection effective \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondial <\/span>27<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Pour le dire de fa\u00e7on moins n\u00e9gative, l\u2019enjeu est aujourd\u2019hui r\u00e9duit \u00e0 la recherche d\u2019un mod\u00e8le de coop\u00e9ration internationale efficace pour la protection du march\u00e9 <\/span>28<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Cet examen r\u00e9v\u00e8le que la libre concurrence n\u2019est pas comprise dans les droits fondamentaux de source internationale, qu\u2019elle peine \u00e0 s\u2019instituer comme un principe effectif du commerce international et que, si, incontestablement, le march\u00e9 est le vecteur de la globalisation de l\u2019\u00e9conomie, ni le droit international, ni les droits nationaux ne parviennent \u00e0 assurer sa protection effective \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale.<\/p>Guy Canivet<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La m\u00eame d\u00e9marche s\u2019impose en droit europ\u00e9en. En tant que telle, la libert\u00e9 de la concurrence n\u2019est directement comprise ni dans la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme <\/span>29<\/sup><\/a><\/span><\/span> ni dans la Charte des droits fondamentaux de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) <\/span>30<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais est-elle un principe fondateur de l\u2019UE <\/span>31<\/sup><\/a><\/span><\/span> ?<\/p>\n\n\n\n Depuis l\u2019origine, la politique de la concurrence, telle que pr\u00e9vue par les trait\u00e9s successifs, s\u2019est progressivement impos\u00e9e dans la jurisprudence de la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne (CJUE) comme un facteur primordial de l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique des \u00c9tats membres <\/span>32<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00c0 tel point qu\u2019en 2004, le Trait\u00e9 \u00e9tablissant une constitution pour l\u2019Europe a voulu \u00e9lever la libre concurrence au rang des objectifs autonomes de l\u2019Union au m\u00eame titre que l\u2019espace de libert\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 et de justice (article I\u202f\u2013\u202f3 2\u00b0) : \u00ab L\u2019Union offre \u00e0 ses citoyens un espace de libert\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 et de justice sans fronti\u00e8res int\u00e9rieures et un march\u00e9 int\u00e9rieur o\u00f9 la concurrence est libre et non fauss\u00e9e \u00bb <\/span>33<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Le Trait\u00e9 de Lisbonne <\/span>34<\/sup><\/a><\/span><\/span>, qui s\u2019y est substitu\u00e9 en 2007 dans les circonstances que l\u2019on connait, marque le recul de cette ambition <\/span>35<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019article 3 du Trait\u00e9 sur l\u2019Union europ\u00e9enne (TUE), qui fixe les buts de l\u2019Union, ne cite plus express\u00e9ment la libert\u00e9 de la concurrence, il indique \u00ab L\u2019Union \u00e9tablit un march\u00e9 int\u00e9rieur. Elle \u0153uvre pour le d\u00e9veloppement durable de l\u2019Europe fond\u00e9 sur une croissance \u00e9conomique \u00e9quilibr\u00e9e et sur la stabilit\u00e9 des prix, une \u00e9conomie sociale de march\u00e9 hautement comp\u00e9titive, qui tend au plein emploi et au progr\u00e8s social, et un niveau \u00e9lev\u00e9 de protection et d\u2019am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 de l\u2019environnement. Elle promeut le progr\u00e8s scientifique et technique \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Selon cet article, d\u2019une part, l\u2019\u00e9tablissement du march\u00e9 int\u00e9rieur n\u2019est pas le seul but de l\u2019Union europ\u00e9enne, c\u2019est un but parmi d\u2019autres, ce qui n\u2019est pas nouveau, d\u2019autre part, ce qui est plus innovant, le rappel de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, r\u00e9duite \u00e0 un des moyens d\u2019\u00e9tablissement du march\u00e9 int\u00e9rieur, se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une \u00ab \u00e9conomie sociale de march\u00e9 \u00bb qui int\u00e8gre la protection de l\u2019emploi et le progr\u00e8s social. C\u2019est donc dans cette mesure que l\u2019Union dispose de d\u2019une comp\u00e9tence exclusive pour \u00ab L\u2019\u00e9tablissement de r\u00e8gles de concurrence n\u00e9cessaires au fonctionnement du march\u00e9 int\u00e9rieur \u00bb (article 3,\u202f\u2013\u202f1 b du Trait\u00e9 sur le fonctionnement de l\u2019Union europ\u00e9enne TFUE).<\/p>\n\n\n\n L\u2019\u00e9tablissement du march\u00e9 int\u00e9rieur n\u2019est pas le seul but de l\u2019Union europ\u00e9enne, c\u2019est un but parmi d\u2019autres, ce qui n\u2019est pas nouveau, d\u2019autre part, ce qui est plus innovant, le rappel de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, r\u00e9duite \u00e0 un des moyens d\u2019\u00e9tablissement du march\u00e9 int\u00e9rieur, se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une \u00ab \u00e9conomie sociale de march\u00e9 \u00bb qui int\u00e8gre la protection de l\u2019emploi et le progr\u00e8s social.<\/p>Guy Canivet<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En outre, la garantie d\u2019une concurrence non fauss\u00e9e n\u2019est pas express\u00e9ment reprise \u00e0 l\u2019article 26 du TFUE relatif au march\u00e9 int\u00e9rieur : \u00ab Le march\u00e9 int\u00e9rieur comporte un espace sans fronti\u00e8res int\u00e9rieures dans lequel la libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux est assur\u00e9e selon les dispositions des trait\u00e9s. \u00bb Enfin, on sait que la r\u00e9alisation du march\u00e9 int\u00e9rieur est une des composantes des 24 politiques et actions internes de l\u2019Union europ\u00e9enne dont traite la troisi\u00e8me partie du TFUE. Dans cette partie, les r\u00e8gles de concurrence (Chapitre 1 du Titre VII) sont \u00e9voqu\u00e9es sous l\u2019angle g\u00e9n\u00e9rique des \u00ab r\u00e8gles communes sur la concurrence, la fiscalit\u00e9 et le rapprochement des l\u00e9gislations \u00bb.<\/p>\n\n\n\n M\u00eame si le Protocole 27 sur \u00ab le march\u00e9 int\u00e9rieur et la concurrence \u00bb annexe au trait\u00e9 de Lisbonne, et qui en fait partie int\u00e9grante (article 36 du TUE), rappelle que \u00ab le march\u00e9 int\u00e9rieur tel qu\u2019il est d\u00e9fini \u00e0 l\u2019article 3 du trait\u00e9 sur l\u2019Union europ\u00e9enne comprend un syst\u00e8me garantissant que la concurrence n\u2019est pas fauss\u00e9e \u00bb <\/span>36<\/sup><\/a><\/span><\/span>, et quelle que soit la port\u00e9e que la CJUE donne au rappel de cet acquis communautaire <\/span>37<\/sup><\/a><\/span><\/span>, il est difficile de dire que la protection de la libre concurrence est trait\u00e9e de mani\u00e8re autonome dans les textes constitutifs actuels de l\u2019UE. Sur ces bases, il appartient \u00e0 la CJUE, qui, comme on le sait, interpr\u00e8te les articles 101 et 102 du TFUE en consid\u00e9ration des objectifs du trait\u00e9, de pr\u00e9ciser l\u2019int\u00e9gration des r\u00e8gles de la concurrence dans l\u2019ordre juridique de l\u2019Union <\/span>38<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Dans l\u2019ordre interne, c\u2019est d\u2019abord au regard de l\u2019incidence du droit de l\u2019UE qu\u2019il convient d\u2019examiner l\u2019autonomie du droit national de la concurrence, \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9, d\u2019une part, que le droit europ\u00e9en de la concurrence est de la comp\u00e9tence exclusive de l\u2019Union, d\u2019autre part, qu\u2019il prime les droits nationaux, s\u2019applique directement, et de mani\u00e8re uniforme, en cas d\u2019affectation du commerce entre les \u00c9tats membres <\/span>39<\/sup><\/a><\/span><\/span>, enfin qu\u2019il existe, en fait, une convergence quasi-absolue entre le droit national et de droit de l\u2019UE et qu\u2019au surplus, cette convergence est renforc\u00e9e par l\u2019institution, depuis 2003, d\u2019un r\u00e9seau europ\u00e9en des autorit\u00e9s de la concurrence qui coordonne l\u2019action de la Commission et des autorit\u00e9s nationales de la concurrence tout en instaurant entre elles un syst\u00e8me de coop\u00e9ration pour la mise en \u0153uvre des r\u00e8gles europ\u00e9ennes de concurrence applicables aux entreprises <\/span>40<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Seule demeure l\u2019autonomie proc\u00e9durale des \u00c9tats membres pour l\u2019application de ces m\u00eames dispositions. Mais cette autonomie proc\u00e9durale, restrictivement interpr\u00e9t\u00e9e par la jurisprudence de la CJUE <\/span>41<\/sup><\/a><\/span><\/span> est, en outre, tr\u00e8s encadr\u00e9e, notamment par la directive ECN+ du 11 d\u00e9cembre 2018 <\/span>42<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Toujours dans le syst\u00e8me interne, le second point est la place du droit de la concurrence dans l\u2019ordre constitutionnel <\/span>43<\/sup><\/a><\/span><\/span>. M\u00eame s\u2019il se fonde sur les libert\u00e9s \u00e9conomiques garanties par la D\u00e9claration des droits de l\u2019homme<\/em> de 1789 : \u00e9galit\u00e9 des droits, droit de propri\u00e9t\u00e9, libert\u00e9 d\u2019entreprendre et libert\u00e9 contractuelle \u2013\u202fce qui n\u2019a rien d\u2019\u00e9tonnant puisque ce sont les principes fondateurs du lib\u00e9ralisme d\u2019o\u00f9 est issue l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9\u202f\u2013, selon la jurisprudence du Conseil constitutionnel, le principe de libre concurrence n\u2019est toutefois pas de valeur constitutionnelle. Le juge constitutionnel admet, en revanche, qu\u2019il participe de l\u2019ordre public \u00e9conomique et que de ce fait, la n\u00e9cessit\u00e9 de la protection du march\u00e9 peut justifier des atteintes proportionn\u00e9es aux droits et libert\u00e9s garantis par la Constitution <\/span>44<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est selon cette logique des restrictions justifi\u00e9es et proportionn\u00e9es que le principe de libre concurrence se concilie avec les exigences constitutionnelles, notamment avec les droits sociaux garantis par le pr\u00e9ambule de la Constitution<\/em> de 1946 ; ce qui n\u2019a cependant gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 explor\u00e9. La position constitutionnelle du principe de libre concurrence est donc ambigu\u00eb ; d\u2019un c\u00f4t\u00e9, il se fonde sur les libert\u00e9s \u00e9conomiques, de l\u2019autre, il peut leur porter des atteintes proportionn\u00e9es aux objectifs qu\u2019il poursuit.<\/p>\n\n\n\n Il en r\u00e9sulte que le droit de la concurrence est \u00e0 combiner avec les diff\u00e9rentes composantes de l\u2019ordre juridique interne, droit de propri\u00e9t\u00e9, droit de la responsabilit\u00e9, droit des contrats, droit des soci\u00e9t\u00e9s, droits sociaux, droit de l\u2019environnement… <\/span>45<\/sup><\/a><\/span><\/span> C\u2019est l\u2019affaire de la jurisprudence du Conseil constitutionnel, du Conseil d\u2019\u00c9tat et de la Cour de cassation. Pour beaucoup, ce travail reste \u00e0 faire <\/span>46<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n En d\u00e9finitive, on comprend que l\u2019autonomie du principe de libre concurrence n\u2019est que relative, et qu\u2019\u00e0 cet \u00e9gard la th\u00e9orie ultralib\u00e9rale est largement invalid\u00e9e. Ce qui ne veut pas dire que cette mati\u00e8re juridique, composante essentielle du droit \u00e9conomique, n\u2019ait pas d\u00e9velopp\u00e9 une m\u00e9thode d\u2019application autonome.<\/p>\n\n\n\n
<\/a>T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\nI. L\u2019autonomie, principe substantiel du droit de la concurrence<\/h2>\n\n\n\n
A – Un droit autonome ?<\/h3>\n\n\n\n
1 \u202f\u2013 L\u2019autonomie du droit de la concurrence dans la hi\u00e9rarchie des normes<\/h4>\n\n\n\n