{"id":78680,"date":"2020-07-12T19:44:53","date_gmt":"2020-07-12T17:44:53","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=78680"},"modified":"2020-07-12T20:56:42","modified_gmt":"2020-07-12T18:56:42","slug":"hydrogene-lien-magique-dune-europe-de-lenergie-post-covid","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/07\/12\/hydrogene-lien-magique-dune-europe-de-lenergie-post-covid\/","title":{"rendered":"Hydrog\u00e8ne, \u00ab lien magique \u00bb d\u2019une Europe de l\u2019\u00e9nergie post-COVID ?"},"content":{"rendered":"\n
La Commission europ\u00e9enne a rendu sa strat\u00e9gie pour l’hydrog\u00e8ne propre \u00ab en vue d\u2019une Europe neutre climatiquement \u00bb ce mercredi 8 juillet. Elle animait dans la foul\u00e9e une conf\u00e9rence pour inaugurer l\u2019alliance europ\u00e9enne pour l\u2019hydrog\u00e8ne propre en pr\u00e9sence du vice-pr\u00e9sident de la Commission Frans Timmermans, du commissaire au march\u00e9 int\u00e9rieur Thierry Breton et des ministres des finances de l\u2019Allemagne, du Portugal, de la R\u00e9publique Tch\u00e8que et de la France ainsi que des dirigeants industriels.<\/p>\n\n\n\n
Ce plan est largement soutenu par la nouvelle pr\u00e9sidence allemande de l\u2019Union europ\u00e9enne et en particulier par le ministre f\u00e9d\u00e9ral des finances Peter Altmaier, qui a pr\u00e9sent\u00e9 la strat\u00e9gie nationale allemande pour l\u2019hydrog\u00e8ne le 10 juin dernier. D\u2019ici 2040, la Commission pr\u00e9voirait d\u2019investir 140 milliards d\u2019euros dans la production, mais aussi le transport et l\u2019utilisation d\u2019hydrog\u00e8ne d\u00e9carbon\u00e9 via l\u2019utilisation des fonds de l\u2019Union mais aussi de pr\u00eats de la Banque europ\u00e9enne d\u2019investissement. A terme, l\u2019Union envisagerait de profiter de sa longueur d\u2019avance dans le domaine pour structurer un march\u00e9 mondial et ouvert de l\u2019hydrog\u00e8ne, comme il en existe pour le p\u00e9trole ou le gaz naturel, avec un cours unique en euros se substituant aux contrats d\u2019abonnement aujourd\u2019hui pratiqu\u00e9s entre fournisseurs d\u2019hydrog\u00e8ne et consommateurs industriels <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019\u00e9change en euros assurerait un avantage commercial de long terme pour l\u2019Union si l\u2019hydrog\u00e8ne venait \u00e0 passer \u00e0 l\u2019\u00e9chelle comme l\u2019\u00e9change en dollar am\u00e9ricain du p\u00e9trole largement b\u00e9n\u00e9ficie aux exportations des \u00c9tats-Unis <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n L\u2019hydrog\u00e8ne agite l\u2019actualit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne depuis sa mention dans le Green deal europ\u00e9en en d\u00e9cembre dernier. Ce gaz, aujourd\u2019hui principalement un sous-produit de la p\u00e9trochimie utilis\u00e9 pour des proc\u00e9d\u00e9s industriels, peut \u00eatre produit avec de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, potentiellement d\u00e9carbon\u00e9e, par \u00e9lectrolyse de l\u2019eau. Ce proc\u00e9d\u00e9 pr\u00e9sente un rendement assez faible, ce qui rendrait son co\u00fbt prohibitif pour les usages industriels – 3.5\u20ac\/kg contre 1.5\u20ac\/kg pour l\u2019hydrog\u00e8ne issue de la p\u00e9trochimie. Or, avec l\u2019essor des \u00e9nergies renouvelables non pilotables dans le mix \u00e9lectrique, notamment en Allemagne, l\u2019hydrog\u00e8ne produit par \u00e9lectrolyse devient un \u00e9l\u00e9ment de flexibilit\u00e9 valorisable aupr\u00e8s de l\u2019industrie.<\/p>\n\n\n\n En effet, avec l’apparition de pressions financi\u00e8res en faveur de la d\u00e9carbonisation des grandes entreprises industrielles, avec, en premier chef, l\u2019instauration d\u2019un march\u00e9 de quotas carbone en Europe, ces derni\u00e8res, de la m\u00e9tallurgie \u00e0 la logistique en passant par la chimie – et notamment la chimie de l\u2019ammoniaque indispensable \u00e0 la production d\u2019engrais pour l\u2019agriculture – ou la mobilit\u00e9 se voient contraintes de d\u00e9carboniser leurs proc\u00e9d\u00e9s industriels. Par exemple, avec des modifications de leur \u00e9quipement, ces entreprises peuvent br\u00fbler de l\u2019hydrog\u00e8ne \u00e0 la place d\u2019\u00e9nergies fossiles pour chauffer \u00e0 haute temp\u00e9rature. L\u2019hydrog\u00e8ne, en br\u00fblant, n\u2019\u00e9met pas de gaz \u00e0 effet de serre. Ces entreprises peuvent aussi utiliser l\u2019hydrog\u00e8ne comme combustible pour des piles qui alimentent des machines \u00e9lectriques. C\u2019est ce double usage, thermique et \u00e9lectrique, qui offre \u00e0 l\u2019hydrog\u00e8ne vert son statut de \u00ab lien magique \u00bb dans la transition vers une industrie europ\u00e9enne d\u00e9carbon\u00e9e, selon l\u2019expression r\u00e9cente du ministre Altmaier.<\/p>\n\n\n\n Ce \u00ab lien magique \u00bb relevait encore, avant plans de relances post-Covid, d\u2019un volontarisme des entreprises productrices d\u2019hydrog\u00e8ne. L\u2019hydrog\u00e8ne issue d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 renouvelable – appel\u00e9 hydrog\u00e8ne vert – est plus cher que les batteries au lithium et bien plus cher que des carburants liquides comme le diesel. Certains Californiens roulent depuis quelques ann\u00e9es dans des Toyota aliment\u00e9es par des piles \u00e0 combustible \u00e0 l\u2019hydrog\u00e8ne, et certaines villes europ\u00e9ennes ou asiatiques lancent des projets pilotes de flottes publiques de bus \u00e0 hydrog\u00e8ne. Depuis la fin progressive du confinement en Europe de l\u2019Ouest, Nikola, le \u00ab Tesla de l\u2019hydrog\u00e8ne \u00bb, est mieux valoris\u00e9 au Nasdaq que Ford au NYSE <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> ; et tous les grands aci\u00e9ristes chinois ont sign\u00e9 des accords avec des entreprises productrices d\u2019hydrog\u00e8ne pour des d\u00e9monstrateurs allant jusqu\u2019au million de tonne d\u2019acier par an produit avec injection d\u2019hydrog\u00e8ne pour limiter l\u2019utilisation du charbon industriel (coke), afin de d\u00e9carboniser leur production et de s\u2019assurer contre des vell\u00e9it\u00e9s de taxes carbone aux fronti\u00e8res <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le plan de la Commission et le lancement de l\u2019alliance industrielle constituent donc un signal fort pour un leadership europ\u00e9en pour l\u2019hydrog\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n Au moment o\u00f9 l\u2019Allemagne prend la pr\u00e9sidence de l\u2019Union europ\u00e9enne, deux mois apr\u00e8s l\u2019\u00e9pineuse question des coronabonds et des houleux r\u00e8glements de comptes entre \u00c9tats membres sur la gestion de la crise sanitaire, le lancement de l\u2019alliance industrielle pour l\u2019hydrog\u00e8ne constitue un symbole fort pour l\u2019Union. Le ministre de l\u2019\u00e9nergie du Portugal, Joao Galamba, estimait lors de son intervention \u00e0 la conf\u00e9rence inaugurale de l\u2019alliance que, ce faisant, l\u2019Europe montrait \u00ab qu\u2019au-del\u00e0 d\u2019\u00eatre unie dans la diversit\u00e9, elle pouvait \u00eatre unie dans l\u2019adversit\u00e9 \u00bb. Sans mentionner la nature exacte de l\u2019adversit\u00e9, le ministre souligne ici tous les plans nationaux publi\u00e9s dans la fin de la crise sanitaire europ\u00e9enne pour des investissements dans l\u2019hydrog\u00e8ne : le Portugal, les Pays-Bas et le tr\u00e8s attendu plan allemand d\u00e9but juin. Ces plans concernent principalement des investissements dans des capacit\u00e9 de production d\u2019hydrog\u00e8ne vert.<\/p>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n