{"id":78646,"date":"2020-07-16T12:07:00","date_gmt":"2020-07-16T10:07:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=78646"},"modified":"2020-11-07T23:52:49","modified_gmt":"2020-11-07T22:52:49","slug":"clausewitz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/07\/16\/clausewitz\/","title":{"rendered":"Esquisse d&rsquo;une philosophie du combat"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"intro\"><em>La guerre est la continuation de la politique par d\u2019autres moyens<\/em>. Telle est la proposition la plus connue de Carl von Clausewitz, militaire et th\u00e9oricien prussien du d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Cette citation, souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme un condens\u00e9 de la r\u00e9flexion de l\u2019auteur, ne r\u00e9sume toutefois que tr\u00e8s imparfaitement sa pens\u00e9e. Le chef-d\u2019\u0153uvre de Clausewitz, <em>De la guerre<\/em>, publi\u00e9 \u00e0 titre posthume entre 1832 et 1834, n\u2019est pas qu&rsquo;un simple trait\u00e9 de strat\u00e9gie s\u2019adressant \u00e0 un public militaire. C\u2019est une v\u00e9ritable philosophie de <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/04\/25\/munkler-abolir-la-guerre\/\">la guerre<\/a>, s\u2019attachant aux principes qui sont en jeu dans le face-\u00e0-face guerrier. D\u2019autres \u00e9crits, quoique regroup\u00e9s dans la premi\u00e8re \u00e9dition de <em>De la guerre<\/em>, n\u2019ont pas connu le m\u00eame succ\u00e8s. Il en va ainsi de <em>Th\u00e9orie du combat<\/em>, qui propose pourtant les contours d\u2019une philosophie du combat, compl\u00e9mentaire \u00e0 celle qu\u2019expose Clausewitz dans <em>De la guerre<\/em>. Cette <em>Th\u00e9orie du combat<\/em> offre un aper\u00e7u int\u00e9ressant de la pens\u00e9e clausewitzienne en ce qui concerne l\u2019interaction entre le maniement d\u2019une arme et l\u2019essence du combat qui est men\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Souvent vant\u00e9 comme un grand th\u00e9oricien, Clausewitz est aussi \u2013 on a tendance \u00e0 l\u2019oublier \u2013 un praticien de la guerre. Il s\u2019initie aux armes, en tant que <em>Fahnenjunker <\/em>(Cadet)<em> <\/em>dans un r\u00e9giment d\u2019infanterie, alors qu\u2019il n\u2019a que douze ans. Il fait tr\u00e8s t\u00f4t l\u2019exp\u00e9rience du combat et s\u2019expose durablement \u00e0 sa cruelle r\u00e9alit\u00e9&#160;: officier courageux, il participe \u00e0 de nombreuses batailles contre les troupes de Bonaparte, d\u2019abord dans l\u2019arm\u00e9e prussienne, puis au service du Tsar, lors de la campagne de Russie. Esprit curieux et brillant, il \u00e9tudie puis enseigne \u00e0 la <em>Kriegsakademie<\/em> (\u00c9cole de Guerre de Prusse), avant d\u2019en prendre la direction. T\u00e9moin des mutations militaires et soci\u00e9tales de son \u00e9poque, il participe directement \u00e0 la r\u00e9organisation et \u00e0 la modernisation de l\u2019arm\u00e9e prussienne. Enfin, son mariage avec la Comtesse Marie Von Br\u00fchl exerce sur lui une influence majeure, dans la mesure o\u00f9 cette union lui permet de c\u00f4toyer les \u00e9lites politiques et intellectuelles du Berlin de l\u2019\u00e9poque. C\u2019est sur la base de ce parcours de vie singulier que Clausewitz va forger une pens\u00e9e originale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Si son \u0153uvre a mieux surv\u00e9cu au temps que les \u00e9crits d\u2019autres strat\u00e9gistes \u2013 parfois contemporains de Clausewitz \u2013 tomb\u00e9s depuis en d\u00e9su\u00e9tude, c\u2019est qu&rsquo;il a r\u00e9volutionn\u00e9 la fa\u00e7on m\u00eame de concevoir la guerre. Dans son esprit, elle ne se cantonne pas au respect d\u2019une s\u00e9rie de r\u00e8gles concernant l\u2019agencement des troupes sur le champ de bataille ou \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019une man\u0153uvre permettant de sortir gagnant de l\u2019affrontement. L\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres analysent la guerre dans l\u2019expression de sa seule forme, ce qui les pousse \u00e0 r\u00e9diger des trait\u00e9s prescriptifs de la conduite du combat, Clausewitz porte aussi et surtout son attention sur le fond, sur ce qui fait et caract\u00e9rise la guerre en tant qu\u2019affrontement de volont\u00e9s. Il propose une lecture nouvelle, plus descriptive, de ses principes, qui place le facteur humain au premier plan. Pour autant, Clausewitz ne n\u00e9glige pas les aspects tactiques du combat et plusieurs des huit volumes de <em>De la guerre<\/em> sont consacr\u00e9s \u00e0 des questions aussi techniques que le franchissement de fleuves, l\u2019assaut de places fortes ou encore le combat d\u00e9fensif. Ce ne sont toutefois pas ces chapitres-l\u00e0 qui font entrer Clausewitz dans la post\u00e9rit\u00e9, mais bien sa philosophie de la guerre en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne fondamentalement social et humain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Que sa pens\u00e9e ait pu \u00e9clore au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ne tient en rien du hasard. P\u00e9riode de bouleversements non seulement militaires, mais aussi \u00e9conomiques et soci\u00e9taux, les guerres napol\u00e9oniennes ont profond\u00e9ment marqu\u00e9 son \u0153uvre. Ses premiers travaux portent d\u2019ailleurs sur l\u2019analyse de plusieurs campagnes de Bonaparte, notamment celle d\u2019Italie (1799), mais aussi celle de Russie (1812-1814). Clausewitz doit aussi beaucoup \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de nouveaux courants philosophiques, qui attestent qu\u2019il s\u2019inscrit pleinement dans l&rsquo;\u00e9volution des id\u00e9es de son temps. Or, l&rsquo;\u00e9poque est \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement de la pens\u00e9e romantique, qui marque une rupture avec le \u00ab&#160;si\u00e8cle des Lumi\u00e8res&#160;\u00bb, en ce que le romantisme s&rsquo;oppose \u00e0 la discipline de la seule raison et fait la part belle \u00e0 l&rsquo;humain dans ce qu&rsquo;il a de plus individuel, notamment l&rsquo;irrationnel ou l\u2019intuition. On retrouve ainsi dans les id\u00e9es du <em>Sturm und Drang<\/em> (Temp\u00eate et passion), ce mouvement artistique pr\u00e9curseur du romantisme allemand, des concepts qui vont inspirer Clausewitz dans sa r\u00e9flexion sur le chef de guerre. Ce que ces pr\u00e9-romantiques pr\u00eatent comme qualit\u00e9s au g\u00e9nie artistique, Clausewitz va en quelque sorte transposer au g\u00e9nie militaire&#160;: la sup\u00e9riorit\u00e9 du chef n&rsquo;est pas seulement fonction de sa capacit\u00e9 de raisonnement et de rationalit\u00e9, mais aussi de son aptitude \u00e0 s&rsquo;affranchir des codes de l&rsquo;art, \u00e0 les transgresser, et \u00e0 faire preuve d&rsquo;imagination.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>41. Le talent et le g\u00e9nie peuvent donc dominer l&rsquo;entendement calculateur dans la conduite de la bataille.<\/p>\n\n\n\n<p>42. Les forces morales et le g\u00e9nie r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par la lutte doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des forces autonomes qui d\u00e9passent constamment, en raison de leur in\u00e9galit\u00e9 et de leur \u00e9lasticit\u00e9, les limites de la raison calculatrice.<\/p>\n\n\n\n<p>43. L&rsquo;art de la guerre doit savoir appr\u00e9cier ces forces morales aussi bien dans la th\u00e9orie que dans l&rsquo;ex\u00e9cution.<\/p>\n\n\n\n<p>44. Plus ces forces peuvent \u00eatre utilis\u00e9es et plus vigoureusement et avec davantage de succ\u00e8s pourra \u00eatre men\u00e9e la lutte.&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-1-78646' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/07\/16\/clausewitz\/#easy-footnote-bottom-1-78646' title='Carl von Clausewitz, &lt;em&gt;Th\u00e9orie du combat&lt;\/em&gt;, \u00c9ditions Economica, 1998, page 30'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Cette influence du romantisme s&rsquo;exerce \u00e9galement sur les trois \u00e9l\u00e9ments constitutifs de l&rsquo;\u00e9quation guerri\u00e8re de Clausewitz. La guerre n&rsquo;est pas que \u00ab&#160;<em>la continuation de la politique par d&rsquo;autres moyen<\/em>s&#160;\u00bb. Elle est aussi \u00e0 l&rsquo;intersection de deux autres principes&#160;: la haine et l&rsquo;hostilit\u00e9 qui existe \u00e0 diff\u00e9rents niveaux entre les peuples et les protagonistes, qui constitue selon lui l&rsquo;expression d&rsquo;une pulsion naturelle aveugle, et le jeu des probabilit\u00e9s et du hasard, qui rend impossible l&rsquo;\u00e9tude et la pratique de la guerre comme une discipline purement scientifique, mais impose au g\u00e9nie militaire la ma\u00eetrise d&rsquo;autres qualit\u00e9s, relevant davantage de l&rsquo;art, voire de l&rsquo;instinct. Pour Clausewitz, la guerre n&rsquo;est donc pas, ou pas seulement, la continuation de la politique. Elle na\u00eet de l&rsquo;interaction de ce principe avec les deux autres, ce qui constitue une \u00ab&#160;<em>trinit\u00e9<\/em>&#160;\u00bb dont l&rsquo;\u00e9quilibre pr\u00e9caire dicte les \u00e9volutions de la guerre elle-m\u00eame. C&rsquo;est en cela que \u00ab&#160;<em>la guerre est un cam\u00e9l\u00e9on<\/em>&#160;\u00bb pour Clausewitz. La force d&rsquo;attraction changeante de l&rsquo;un ou l&rsquo;autre de ces \u00e9l\u00e9ments peut modifier la forme tout enti\u00e8re de la guerre, mais le fond en reste inchang\u00e9 et intemporel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Pour autant, Clausewitz ne pr\u00f4ne pas de d\u00e9tournement de la science&#160;: \u00ab&#160;<em>la violence s\u2019arme des inventions des arts et des sciences<\/em>&#160;\u00bb, observe-t-il dans sa d\u00e9finition de la guerre. Il s\u2019agit pour lui de trouver le juste \u00e9quilibre entre ce que les sciences \u2013 y compris leurs applications concr\u00e8tes \u2013 et les arts peuvent apporter \u00e0 la conduite des op\u00e9rations militaires. M\u00eame s\u2019il consid\u00e8re la guerre elle-m\u00eame davantage comme un art que comme une science (les imp\u00e9ratifs du \u00ab&#160;<em>pouvoir [agir]<\/em>&#160;\u00bb l\u2019emportant en d\u00e9finitive sur ceux du \u00ab&#160;<em>savoir [agir]<\/em>&#160;\u00bb), il s\u2019int\u00e9resse vivement aux progr\u00e8s techniques de l\u2019industrialisation naissante. Certains des principes les plus connus de son \u0153uvre (notamment les id\u00e9es de \u00ab&#160;<em>centre de gravit\u00e9<\/em>&#160;\u00bb ou \u00ab&#160;<em>point culminant<\/em>&#160;\u00bb) attestent d\u2019une origine scientifique. Par ailleurs, sa r\u00e9f\u00e9rence r\u00e9currente aux \u00ab&#160;<em>lois des probabilit\u00e9s<\/em>&#160;\u00bb, que l\u2019on retrouve jusque dans sa d\u00e9finition de la trinit\u00e9 guerri\u00e8re, illustre l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de Clausewitz pour les mati\u00e8res scientifiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Mais l\u2019influence du <em>Zeitgeist<\/em> ne se manifeste pas toujours de fa\u00e7on aussi explicite dans l&rsquo;\u0153uvre de Clausewitz. Elle transpara\u00eet parfois aussi en filigrane et rel\u00e8ve alors davantage des biais anthropologiques de son temps. Il en va ainsi de la distinction qu\u2019op\u00e8re Clausewitz entre les guerres pratiqu\u00e9es par les peuples civilis\u00e9s, qu\u2019il juge en g\u00e9n\u00e9ral \u00ab&#160;<em>moins cruelles et d\u00e9vastatrices<\/em>&#160;\u00bb que celles des peuples \u00ab&#160;<em>primitifs<\/em>&#160;\u00bb. De ce constat, Clausewitz ne tire toutefois pas de r\u00e8gle absolue. Son exp\u00e9rience des guerres napol\u00e9oniennes lui a fait prendre conscience du potentiel destructeur presque illimit\u00e9 de la guerre. La distinction qu\u2019il propose toutefois entre les guerres des peuples civilis\u00e9s et celles des peuples primitifs \u2013 lesquelles seraient mues davantage par la raison et tandis que les secondes le seraient davantage par l&rsquo;instinct, les passions et le temp\u00e9rament \u2013 renvoie non seulement \u00e0 l\u2019antagonisme entre les th\u00e8ses de <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/03\/13\/hobbes-coronavirus\/\">Hobbes<\/a> et celles de Rousseau, antagonisme sur lequel Clausewitz ne prend pas position en d\u00e9finitive, mais aussi \u00e0 ce que le d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle croit savoir de l\u2019histoire des guerres anciennes, pour lesquelles il n\u2019existe alors qu\u2019un corpus d\u2019\u00e9tudes limit\u00e9es et aujourd\u2019hui d\u00e9pass\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Philosophie du combat<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Finalit\u00e9 des combats<\/h4>\n\n\n\n<p>1.Quelle est la finalit\u00e9 du combat&#160;?<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>l&rsquo;an\u00e9antissement des forces ennemies.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>b) la possession d&rsquo;un objet quelconque.<\/p>\n\n\n\n<p>c) la simple victoire pour l&rsquo;honneur des armes.<\/p>\n\n\n\n<p>d) plusieurs ou les trois fins ensemble.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Th\u00e9orie de la victoire<\/h4>\n\n\n\n<p>2. Ces quatre objectifs ne peuvent \u00eatre atteints que par la victoire.<\/p>\n\n\n\n<p>3. La victoire est la retraite de l&rsquo;ennemi sur le champ de bataille.&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-2-78646' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/07\/16\/clausewitz\/#easy-footnote-bottom-2-78646' title='&lt;em&gt;Ibid&lt;\/em&gt;., page 25'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le principe du combat<\/h4>\n\n\n\n<p>30. Chaque combat est une expression de l&rsquo;inimiti\u00e9. Cet Instinct se manifeste aussi pendant le d\u00e9roulement du combat.<\/p>\n\n\n\n<p>31. L&rsquo;instinct de l&rsquo;attaque et de l&rsquo;an\u00e9antissement de son ennemi est l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus caract\u00e9ristique de la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>32. M\u00eame pour l&rsquo;homme le plus brutal, cette pulsion n&rsquo;est pas uniquement instinctive. La raison sup\u00e9rieure s&rsquo;y ajoute. L&rsquo;Instinct inconscient devient un acte intentionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>33. Les forces \u00e9motives seront ainsi subordonn\u00e9es \u00e0 la raison<\/p>\n\n\n\n<p>34. Toutefois ces forces ne seront jamais tout \u00e0 fait \u00e9limin\u00e9es et remplac\u00e9es par le simple calcul car, m\u00eame si elles disparaissaient compl\u00e8tement dans les desseins de la raison, elles s&rsquo;animeraient de nouveau spontan\u00e9ment pendant le combat.<\/p>\n\n\n\n<p>35. Comme nos guerres ne sont pas l&rsquo;expression d&rsquo;une inimiti\u00e9 d&rsquo;un individu contre un autre, il semble que le combat soit compl\u00e8tement d\u00e9nu\u00e9 d&rsquo;inimiti\u00e9 et donc un acte purement rationnel.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;36. Il n&rsquo;en est pas ainsi. D&rsquo;une part, les deux adversaires font preuve d&rsquo;une haine collective qui se manifeste plus au moins violemment chez l&rsquo;individu. La haine contre la partie ennemie s\u2019exprime donc \u00e9galement contre chaque individu de la partie adverse. D&rsquo;autre part, un vrai sentiment d&rsquo;hostilit\u00e9 appara\u00eet plus ou moins fortement chez l&rsquo;individu dans la lutte elle-m\u00eame&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-3-78646' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/07\/16\/clausewitz\/#easy-footnote-bottom-3-78646' title='&lt;em&gt;Ibid&lt;\/em&gt;., page 29'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Cette dichotomie de la raison et de l\u2019instinct en tant que moteur de la conflictualit\u00e9 et du maniement des armes est abord\u00e9e plus avant dans <em>Th\u00e9orie du combat<\/em> (1810-1812). Con\u00e7u comme un ensemble de cours essentiellement tactiques destin\u00e9s au prince-h\u00e9ritier de Prusse, Clausewitz y expose sa vision de la nature et du r\u00f4le des armes au combat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Pour Clausewitz le combat est le moyen d&rsquo;obtenir la victoire sur l\u2019ennemi. Le combat exprime selon lui \u00ab&#160;<em> l\u2019instinct<\/em>&#160;\u00bb d&rsquo;inimiti\u00e9 qui s\u00e9pare les protagonistes. Il est la traduction d\u2019une pulsion naturelle dot\u00e9e de \u00ab&#160;<em>forces \u00e9motives <\/em>&#160;\u00bb. Mais \u00ab&#160;<em> la raison <\/em>&#160;\u00bb se greffe toujours sur cette nature singuli\u00e8re et inconsciente. De fait, \u00ab&#160;l<em>\u2019instinct <\/em>&#160;\u00bb se mue en un \u00ab&#160;<em> acte intentionnel <\/em>&#160;\u00bb<em> <\/em>subordonn\u00e9 \u00e0<em> <\/em>\u00ab&#160;<em> la raison <\/em>&#160;\u00bb. \u00c0 partir de ce postulat et de sa d\u00e9finition du <em>\u00ab&#160;combat singulier&#160;\u00bb<\/em>, Clausewitz \u00e9tablit une distinction entre deux formes g\u00e9n\u00e9riques du combat&#160;: le \u00ab&#160;corps-\u00e0-corps&#160;\u00bb (\u00e0 l\u2019arme blanche), expression guerri\u00e8re de l\u2019instinct, et le \u00ab&#160;<em> combat \u00e0 feu <\/em>&#160;\u00bb<em> <\/em>(tirant son intitul\u00e9 des armes du m\u00eame nom), qui ferait appel aux forces de la raison.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les deux esp\u00e8ces du combat&#160;: le combat corps \u00e0 corps et le combat \u00e0 feu<\/h3>\n\n\n\n<p>46. De toutes les armes qui ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9es par la raison humaine, les armes qui rapprochent le plus les combattants sont les plus naturelles. Elles ressemblent davantage au pugilat brut et sont celles qui conviennent aussi le mieux \u00e0 l&rsquo;instinct. Le poignard et la hache appartiennent davantage \u00e0 cette cat\u00e9gorie d&rsquo;armes que la lance, le javelot ou le lance-pierre.<\/p>\n\n\n\n<p>47. Les armes combattant l&rsquo;ennemi \u00e0 distance sont davantage des instruments de la raison. Elles font presque compl\u00e8tement taire les forces morales, d&rsquo;autant plus que leur port\u00e9e efficace est grande. On peut encore penser que la fronde est lanc\u00e9e par une certaine rage int\u00e9rieure, mais celle-ci sera moins grande lors d&rsquo;un tir de fusil et encore moins lors d&rsquo;un tir de canon.<\/p>\n\n\n\n<p>48. Une grande division existe parmi les armes modernes, qui distingue armes tranchantes ou blanches et armes \u00e0 feu, m\u00eame si cette distinction n&rsquo;est pas toujours rigide. Celles-l\u00e0 conduisent au combat corps \u00e0 corps, celles-ci au combat \u00e0 distance.<\/p>\n\n\n\n<p>49. Pour cette raison naissent deux mani\u00e8res de combat&#160;: le combat corps \u00e0 corps et le combat \u00e0 feu.<\/p>\n\n\n\n<p>50. Les deux visent \u00e0 la destruction de l&rsquo;ennemi.<\/p>\n\n\n\n<p>51. Cette destruction se r\u00e9alise certainement dans le combat corps \u00e0 corps tandis qu&rsquo;elle reste al\u00e9atoire dans le combat \u00e0 feu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">De cette diff\u00e9rence d\u00e9coule une signification tr\u00e8s diff\u00e9rente des deux formes du combat.<\/p>\n\n\n\n<p>62. Dans le combat corps \u00e0 corps, la destruction \u00e9tant in\u00e9vitable, le moindre avantage ou surcro\u00eet de courage y deviennent d\u00e9cisifs car celui qui se trouve d\u00e9savantag\u00e9 ou qui est moins courageux&nbsp;cherche \u00e0 se soustraire au danger en fuyant&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-4-78646' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/07\/16\/clausewitz\/#easy-footnote-bottom-4-78646' title='&lt;em&gt;Ibid.&lt;\/em&gt;, page 31'><sup>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Pour Clausewitz, les armes combattant l\u2019ennemi \u00e0 distance <em>\u00ab&#160;font presque compl\u00e8tement taire les forces morales&#160;\u00bb, en<\/em> particulier quand leur emploi ne fait pas appel \u00e0 des pulsions telle que la \u00ab&#160;<em>rage int\u00e9rieure<\/em>&#160;\u00bb suscit\u00e9e par la haine de l\u2019ennemi. Les \u00ab&#160;<em>forces morales&#160;\u00bb<\/em> sont une notion importante de la pens\u00e9e clausewitzienne. M\u00eame si elles sont difficilement quantifiables, elles jouent un r\u00f4le consid\u00e9rable dans l\u2019action du combattant car elles influent sur \u00ab&#160;<em>la raison&#160;\u00bb<\/em> et sur <em>\u00ab&#160;l\u2019instinct&#160;\u00bb<\/em> de mani\u00e8re autonome et vivante.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;37. La soif de la gloire, l&rsquo;ambition, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat particulier et l&rsquo;esprit de corps remplacent avec d&rsquo;autres forces morales l&rsquo;inimiti\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 elle n&rsquo;existe pas.<\/p>\n\n\n\n<p>38. La volont\u00e9 du chef de guerre ou la simple fin prescrite seront rarement, voire jamais, les seuls motifs de l&rsquo;action chez le combattant&#160;; les forces morales joueront un r\u00f4le consid\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n<p>39. Cette efficacit\u00e9 est augment\u00e9e quand la lutte devient plus dangereuse car les forces morales y dominent davantage.<\/p>\n\n\n\n<p>40. M\u00eame l&rsquo;intelligence qui dirige le combat ne peut jamais \u00eatre une simple force de la raison et la lutte ne peut jamais \u00eatre l\u2019objet d&rsquo;un simple calcul, car&#160;:<\/p>\n\n\n\n<p>a) le combat est toujours un choc de forces physique et morales vivantes, qu&rsquo;on ne peut \u00e9valuer que approximativement&nbsp;&#160;;<\/p>\n\n\n\n<p>b) les forces morales qui entrent en jeu peuvent faire de la lutte un objet d&rsquo;exaltation et, de ce fait, \u00e9lever l&rsquo;intelligence jusqu\u2019\u00e0 l&rsquo;inspiration&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-5-78646' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/07\/16\/clausewitz\/#easy-footnote-bottom-5-78646' title='&lt;em&gt;Ibid.&lt;\/em&gt;, page 30'><sup>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Ces forces<em> <\/em>sont susceptibles de remplacer \u00ab&#160;<em>l\u2019inimiti\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 elle n\u2019existe pas <\/em>&#160;\u00bb<em>. <\/em>Les armes les plus modernes utilis\u00e9es \u00e0 plus grande distance de l\u2019adversaire auraient donc pour effet d&rsquo;annihiler ce que Clausewitz consid\u00e8re comme la part instinctive la plus efficace de la guerre, c\u2019est-\u00e0-dire les \u00ab&#160;<em> forces morales <\/em>&#160;\u00bb, voire l\u2019instinct \u00ab&#160;<em> d\u2019inimiti\u00e9 <\/em>&#160;\u00bb, qu\u2019il consid\u00e8re comme l\u2019essence m\u00eame du combat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">\u00c0 cette dichotomie du combat correspond une dichotomie des armes. Clausewitz fait ainsi la distinction entre \u00ab&#160;<em> les armes tranchantes ou blanche et les armes \u00e0 feu <\/em>&#160;\u00bb. L\u2019essence de l\u2019arme commande d\u00e8s lors ses modes d\u2019action&#160;: outil de mort rudimentaire, qui rapproche les adversaires, ou dispositif de combat plus sophistiqu\u00e9, qui les \u00e9loigne, tant physiquement que moralement. Au fond, pour Clausewitz, le moyen de conduire la bataille proc\u00e8de de la nature profonde de l&rsquo;arme, et non l\u2019inverse, puisque l\u2019arme n\u2019est que le moyen instinctif invent\u00e9 par la \u00ab&#160;<em> raison humaine <\/em>&#160;\u00bb<em> <\/em>et subordonn\u00e9 \u00e0 celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Cette double typologie reste fondamentalement vraie aujourd\u2019hui, sous r\u00e9serve de donner au mot \u00ab&#160;arme&#160;\u00bb une port\u00e9e plus \u00e9lev\u00e9e et un sens plus m\u00e9taphorique qu\u2019ils n\u2019y paraissent dans le texte. L\u2019analyse propos\u00e9e par Clausewitz doit \u00eatre comprise en fonction d\u2019un contexte donn\u00e9. Les notions de combat \u00ab&#160;corps \u00e0 corps&#160;\u00bb et de \u00ab&#160;combat \u00e0 feu&#160;\u00bb, tout comme le rapport de l\u2019homme \u00e0 ses armes, \u00e9voluent selon les \u00e9poques et les cultures. Les notions de distance et de danger sont relatives, puisqu\u2019elles d\u00e9pendent de crit\u00e8res techniques et humains. Un tir d\u2019artillerie, un assaut d\u2019infanterie ou de cavalerie (blind\u00e9e) au XXI\u00e8me si\u00e8cle ne ressemble plus vraiment \u00e0 ce qui se pratiquait durant une bataille napol\u00e9onienne. Mais les grands principes d\u00e9crits par Clausewitz transcendent les \u00e9poques. Les nouveaux instruments militaires de l&rsquo;instinct ou de la raison sont de m\u00eame nature&#160;: ils r\u00e9clament des exigences physiques et psychiques comparables, tant pour le combat rapproch\u00e9 que pour le combat \u00e0 grande distance&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-6-78646' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/07\/16\/clausewitz\/#easy-footnote-bottom-6-78646' title='Actuellement, les engagements \u00ab&amp;#160;&lt;em&gt;\u00e0 feu&lt;\/em&gt;&amp;#160;\u00bb \u00e0 courte distance (de l&amp;rsquo;ordre de 25 m\u00e8tres), en particulier en milieu confin\u00e9, peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme une forme de combat corps-\u00e0-corps au sens donn\u00e9 par l\u2019auteur. Un soldat contemporain qui doit p\u00e9n\u00e9trer dans une habitation, \u00ab&amp;#160;la peur au ventre&amp;#160;\u00bb, dans le but d\u2019affronter son ennemi \u00ab&amp;#160;les yeux dans les yeux&amp;#160;\u00bb avec les seuls moyens de ses grenades et de son fusil, doit puiser dans son instinct naturel, et cela malgr\u00e9 l\u2019entra\u00eenement. Les armes changent, mais l\u2019esprit de l\u2019\u00e9tude de Clausewitz demeure. De la m\u00eame mani\u00e8re, on pourrait voir dans la kalachnikov du milicien d\u2019aujourd\u2019hui ce que la dague ou la hache ont pu \u00eatre \u00e0 certains combattants des temps anciens&amp;#160;: un prolongement du bras qui va servir \u00e0 l\u2019expression de la \u00ab&amp;#160;&lt;em&gt;rage int\u00e9rieure&lt;\/em&gt;&amp;#160;\u00bb et cela, envers et contre les principes d\u2019emploi rationnel de l\u2019outil, comme le montrent parfois les images t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es de \u00ab&amp;#160;&lt;em&gt;technicals&lt;\/em&gt;&amp;#160;\u00bb lan\u00e7ant des rafales d\u2019arme automatique \u00e0 l\u2019aveugle, dans des postures improbables.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">La dichotomie clausewitzienne de l\u2019instinct et de la raison va cependant plus loin encore. En effet, Clausewitz envisage non seulement l\u2019aspect individuel de l\u2019arme et de son usage, mais aussi celui de sa finalit\u00e9 dans le cadre du combat. Ainsi, l\u2019arme blanche et le combat corps-\u00e0-corps ne sont con\u00e7us que comme l\u2019aboutissement de l\u2019affrontement, la finalit\u00e9 r\u00e9sidant dans la mise en d\u00e9route de l\u2019adversaire, c\u2019est-\u00e0-dire dans l\u2019occupation du terrain. Cette finalit\u00e9 est consubstantielle \u00e0 l\u2019arme et \u00e0 la nature du combat qu\u2019elle implique&#160;: lorsque les \u00ab&#160;<em>forces morales<\/em>&#160;\u00bb et l\u2019instinct sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre, le moindre avantage peut faire pencher la balance et le protagoniste pris en d\u00e9faut n\u2019a alors plus le choix qu\u2019entre l\u2019acceptation de son propre an\u00e9antissement et la fuite. Toutefois, cette s\u00e9quence finale est n\u00e9cessairement pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e ou accompagn\u00e9e du \u00ab&#160;<em>combat \u00e0 feu<\/em>&#160;\u00bb, qui vise en principe \u00e0 d\u00e9truire l\u2019adversaire, notamment par une puissance de feu sup\u00e9rieure, mais ne permet pas d\u2019y parvenir \u00e0 lui seul, car il ne s\u2019attaque suffisamment pas aux \u00ab&#160;<em>forces \u00e9motives<\/em>&#160;\u00bb et \u00ab&#160;<em>morales<\/em>&#160;\u00bb de l\u2019adversaire.<\/p>\n\n\n\n<p>59. Par cons\u00e9quent, le but global du combat \u00e0 feu n&rsquo;est plus l&rsquo;expulsion mais l&rsquo;effet imm\u00e9diat des moyens utilis\u00e9s, c&rsquo;est-\u00e0-dire la destruction. Consid\u00e9r\u00e9e sous cet angle, la fin du combat collectif sera la destruction ou l&rsquo;affaiblissement des forces ennemies.<\/p>\n\n\n\n<p>60. Comme le combat corps \u00e0 corps a comme objectif l&rsquo;expulsion et le combat \u00e0 feu la destruction des forces ennemies, le second est le vrai instrument de la d\u00e9cision alors que le premier en constitue la pr\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p>61. Chacune des deux formes de combat conserve cependant quelques traits caract\u00e9ristiques de l&rsquo;autre. Le combat corps \u00e0 corps n&rsquo;est pas sans force destructrice alors que le combat \u00e0 feu n&rsquo;est pas sans force capable d&rsquo;expulser l\u2019ennemi&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-7-78646' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/07\/16\/clausewitz\/#easy-footnote-bottom-7-78646' title='&lt;em&gt;Ibid&lt;\/em&gt;., page 32'><sup>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Ces pr\u00e9ceptes tranchent avec les pratiques militaires des XVII<sup>e<\/sup> et XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, que Clausewitz a \u00e9tudi\u00e9es en d\u00e9tail. Si le but du combat y est alors d\u2019obtenir la victoire l\u00e0 aussi, celle-ci ne passe pas forc\u00e9ment par la destruction de l\u2019ennemi en tant que force constitu\u00e9e. \u00c0 l\u2019\u00e9poque des \u00ab&#160;guerres en dentelle&#160;\u00bb, l\u2019outil militaire est un bien trop pr\u00e9cieux pour en risquer l\u2019an\u00e9antissement dans une bataille d\u00e9cisive. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque napol\u00e9onienne, la bataille la plus meurtri\u00e8re en Occident aura \u00e9t\u00e9 celle de Cannes (-218 av J.C.), au cours de laquelle les troupes carthaginoises d\u2019Hannibal avaient annihil\u00e9 les l\u00e9gions romaines, tuant pr\u00e8s de 60 000 romains en quelques heures. Pour les cours europ\u00e9ennes du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, une telle effusion de sang est inconcevable. En 1709, le bilan de la bataille de Malplaquet (30 000 morts) fit scandale partout en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Clausewitz laisse ici transpara\u00eetre son \u00e9tude des batailles men\u00e9es par Fr\u00e9d\u00e9ric II de Prusse, dont les campagnes font germer l\u2019id\u00e9e de \u00ab&#160;bataille d\u00e9cisive&#160;\u00bb, mais aussi et surtout son exp\u00e9rience des guerres napol\u00e9oniennes. Combats o\u00f9 l\u2019enjeu n\u2019est plus seulement le renom d\u2019un prince, ou l\u2019extension territoriale d\u2019une monarchie, mais le devenir de nations enti\u00e8res&#160;; ces batailles doivent \u00eatre men\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 au leur terme, c\u2019est-\u00e0-dire jusqu\u2019\u00e0 la destruction ou la dislocation du dispositif ennemi.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-full\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/La_bataille_dAusterlitz._2_decembre_1805_Fran\u00e7ois_G\u00e9rard-scaled.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"2560\"\n        data-pswp-height=\"1269\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/La_bataille_dAusterlitz._2_decembre_1805_Fran\u00e7ois_G\u00e9rard-330x164.jpg\"\r\n                media=\"(max-width:  330px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/La_bataille_dAusterlitz._2_decembre_1805_Fran\u00e7ois_G\u00e9rard-690x342.jpg\"\r\n                media=\"(max-width:  690px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/La_bataille_dAusterlitz._2_decembre_1805_Fran\u00e7ois_G\u00e9rard-990x491.jpg\"\r\n                media=\"(max-width:  990px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/La_bataille_dAusterlitz._2_decembre_1805_Fran\u00e7ois_G\u00e9rard-1340x664.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 1340px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/La_bataille_dAusterlitz._2_decembre_1805_Fran\u00e7ois_G\u00e9rard-1600x793.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 1600px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/La_bataille_dAusterlitz._2_decembre_1805_Fran\u00e7ois_G\u00e9rard-1920x952.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 1601px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" alt=\"Image peinture art Napol\u00e9on Austerliz Fran\u00e7ois G\u00e9rard Clausewitz Esquisse d&#039;une philosophie du combat doctrines guerre strat\u00e9gie militaire d\u00e9fense pens\u00e9e moderne philosophie g\u00e9opolitique diplomatie \u00e9conomie histoire Carl von Clausewitz De la Guerre\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/07\/La_bataille_dAusterlitz._2_decembre_1805_Fran\u00e7ois_G\u00e9rard-125x62.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n                    <figcaption class=\"pswp-caption-content \">Fran\u00e7ois G\u00e9rard, 2 d\u00e9cembre 1805. Napol\u00e9on \u00e0 la bataille d&rsquo;Austerlitz<\/figcaption>\n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<h2 class=\"outro wp-block-heading\"><strong>La dichotomie du combat aujourd&rsquo;hui<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"outro\">L\u2019actualit\u00e9 de ce principe tactique peut se mesurer \u00e0 l&rsquo;aune de nombreux conflits modernes, au cours desquels la d\u00e9cision n\u2019est pas venue de la destruction de l\u2019ennemi \u00e0 distance, par des bombardements d\u2019artillerie ou a\u00e9riens par exemple, mais par le combat rapproch\u00e9 ou par l\u2019assaut et la prise du terrain. Les conflits asym\u00e9triques contemporains, men\u00e9s par des arm\u00e9es occidentales contre des groupes non-\u00e9tatiques, illustrent eux aussi la pertinence de cette dichotomie clausewitzienne. Ce ne sont pas les frappes de drones ou de missile de croisi\u00e8re, m\u00eame massives, qui sont porteuses de d\u00e9cision, mais <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/06\/15\/militarisation-de-la-police\/\">la pr\u00e9sence de troupes au sol<\/a>, qui vont affronter l\u2019adversaire au plus pr\u00e8s. Cette r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas sans poser des probl\u00e8mes aux arm\u00e9es occidentales, puisque la \u00ab&#160;<em>d\u00e9cision<\/em>&#160;\u00bb que l\u2019on pr\u00e9tend obtenir sur le terrain met les chefs militaires en porte-\u00e0-faux avec l\u2019extr\u00eame parcimonie de moyens au sol qui est pratiqu\u00e9e depuis plusieurs ann\u00e9es. \u00ab&#160;<em>No US boots on the ground<\/em>&#160;\u00bb d\u00e9clarait ainsi le pr\u00e9sident Obama au lendemain des bombardements chimiques du r\u00e9gime Assad contre sa population, en ao\u00fbt 2013. Cette formule, devenue depuis un mot d\u2019ordre autant strat\u00e9gique que politique, est pourtant une variante d\u00e9tourn\u00e9e de l\u2019imp\u00e9ratif clausewitzien, tel que l\u2019avait formul\u00e9 l\u2019officier britannique en charge de la strat\u00e9gie de contre-insurrection en Malaisie. La n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab&#160;<em>boots on the ground<\/em>&#160;\u00bb qu\u2019\u00e9voquait Sir Robert Thompson renvoie directement \u00e0 ce qu\u2019exprime la philosophie du combat esquiss\u00e9e par Clausewitz, m\u00eame dans le contexte particulier d\u2019une guerre asym\u00e9trique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"outro\">Pour autant, cette corr\u00e9lation entre raison et combat \u00e0 distance, d&rsquo;une part, entre instinct et combat au corps-\u00e0-corps, d\u2019autre part, est-elle valable universellement&#160;? Clausewitz serait sans doute le premier \u00e0 r\u00e9pondre par la n\u00e9gative, lui qui s\u2019\u00e9tait insurg\u00e9 en son temps contre le recours \u00e0 des r\u00e8gles absolues en mati\u00e8re de tactique et de strat\u00e9gie. Et le fait est que la m\u00e9thode d\u2019analyse critique du combat \u00e0 laquelle avait recours Clausewitz privil\u00e9giait l\u2019exp\u00e9rience des batailles du XVII<sup>e<\/sup> et XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, pour lesquels il consid\u00e9rait les archives comme suffisamment d\u00e9taill\u00e9es. Son \u00e9tude des combats plus anciens est moins fouill\u00e9e, en raison de l&rsquo;insuffisance de sources. En outre, par la force des choses, il n\u2019a pas eu l\u2019occasion de se pencher sur l\u2019\u00e9volution des distances de combat intervenue depuis son \u00e9poque. Le corpus sur lequel il fonde ses principes est donc relativement limit\u00e9 dans le temps, mais depuis, les \u00e9tudes portant sur le combat se sont multipli\u00e9es et sont venues confirmer sa vision, tout en faisant appara\u00eetre certaines nuances.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"outro\">Dans la p\u00e9riode post\u00e9rieure \u00e0 Clausewitz, l\u2019un des premiers observateurs du combat moderne et de ses effets est fran\u00e7ais. Il s\u2019agit du colonel Ardant du Picq, auteur des \u00ab&#160;<em>\u00c9tudes sur le combat<\/em>&#160;\u00bb (publi\u00e9 en 1880). Ardant du Picq s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 de Clausewitz par son insistance sur la dimension psychologique du combat. Il place lui aussi le facteur humain au c\u0153ur de son objet d\u2019\u00e9tude. Compte tenu de l\u2019\u00e9volution des technologies, il comprend par ailleurs que du fait de l\u2019accroissement de la puissance et de la pr\u00e9cision des armes \u00e0 feu, il n\u2019est plus possible de se soustraire \u00e0 l\u2019influence des \u00ab&#160;<em>forces morales<\/em>&#160;\u00bb, m\u00eame quand la distance qui s\u00e9pare les adversaires augmente. De ce constat, Ardant du Picq tirera toutefois certaines conclusions qui n\u2019auraient pas eu l\u2019approbation de Clausewitz, puisqu\u2019il oppose aussi la \u00ab&#160;guerre ancienne&#160;\u00bb \u00e0 la \u00ab&#160;guerre moderne&#160;\u00bb, dans laquelle la puissance de feu serait devenue reine. Cette primaut\u00e9 du \u00ab&#160;feu&#160;\u00bb qui s&rsquo;exprime dans sa pens\u00e9e, et \u00e0 laquelle il faut pr\u00e9parer les troupes \u00e0 travers un entra\u00eenement rigoureux permettant de renforcer les \u00ab&#160;<em>forces morales<\/em>&#160;\u00bb du combattant individuel, s\u2019oppose toutefois \u00e0 la dichotomie clausewitzienne du \u00ab&#160;<em>combat au corps-\u00e0-corps<\/em>&#160;\u00bb, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et\/ou accompagn\u00e9 de la man\u0153uvre et du \u00ab&#160;<em>combat \u00e0 feu<\/em>&#160;\u00bb, seuls capables de remporter la d\u00e9cision. Durant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, cette croyance dans la primaut\u00e9 de la puissance de feu cantonne les \u00e9tats-majors fran\u00e7ais \u00e0 une certaine passivit\u00e9, qui se r\u00e9v\u00e8le catastrophique au final.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"outro\">Il n\u2019en reste pas moins qu\u2019Ardant du Picq est le premier \u00e0 d\u00e9montrer scientifiquement, notamment par le recours \u00e0 des questionnaires soumis \u00e0 des soldats ayant pris part \u00e0 des combats, que l\u2019\u00e9volution des technologies entra\u00eene un d\u00e9placement du curseur entre raison et instinct au combat. Mais bien loin d\u2019infirmer la th\u00e8se de Clausewitz, il en confirme au contraire le principe, par d\u00e9finition relatif, c\u2019est-\u00e0-dire fonction des circonstances et de l\u2019\u00e9poque. Les \u00e9tudes contemporaines sur le combat s&rsquo;inscrivent pour la plupart dans cette continuit\u00e9. En outre, les progr\u00e8s des sciences neurologiques ont permis d\u2019affiner la d\u00e9finition des exigences physiologiques et psychiques induites par le combat. \u00c0 ce titre, il convient de noter que <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/02\/21\/la-metamorphose\/\">l\u2019irruption des technologies de l\u2019information<\/a> a dans un premier temps pouss\u00e9 les arm\u00e9es \u00e0 \u00e9voluer dans un sens contraire \u00e0 Clausewitz. La num\u00e9risation du champ de bataille en particulier, entreprise en liaison avec l&rsquo;av\u00e8nement de nouveaux moyens de reconnaissance et de renseignement tactiques, \u00e9tait cens\u00e9e apporter une \u00ab&#160;<em>sup\u00e9riorit\u00e9 informationnelle<\/em>&#160;\u00bb qui permettait de se dispenser de l\u2019\u00e9tude de Clausewitz. Les tenants de ce tout technologique, qui est entr\u00e9 dans le langage courant sous l&rsquo;expression de \u00ab&#160;<em>r\u00e9volution dans les affaires militaires<\/em>&#160;\u00bb, pensaient ainsi \u00e9liminer tout \u00e9l\u00e9ment d\u2019incertitude du champ de bataille et diriger des op\u00e9rations militaires complexes en micro-manageant leurs troupes. Les chefs de guerre se muaient en \u00ab&#160;<em>caporaux strat\u00e9giques<\/em>&#160;\u00bb, d\u00e9cidant une op\u00e9ration jusque dans ses moindres d\u00e9tails. Les combattants au contact de l\u2019adversaire se trouvaient ainsi d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de l\u2019usage tant de leur raison que de leur instinct. Cette \u00e9cole de pens\u00e9e, particuli\u00e8rement pr\u00e9gnante dans <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/06\/06\/la-contre-revolution-americaine\/\">les arm\u00e9es am\u00e9ricaines<\/a>, et notamment dans l\u2019arm\u00e9e de l\u2019air, est cependant en reflux depuis quelques ann\u00e9es, pour diverses raisons. Il n\u2019en reste pas moins que m\u00eame durant cette parenth\u00e8se, certains aspects des nouvelles technologies ont encore fait davantage ressortir l\u2019importance du facteur humain, \u00e0 travers l\u2019interaction entre raison et instinct \u00e9voqu\u00e9e par Clausewitz.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"outro wp-block-heading\">Les drones \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de Clausewitz<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"outro\">Le drone arm\u00e9 repr\u00e9sente \u00e0 ce titre l\u2019exemple le plus repr\u00e9sentatif de la dichotomie clausewitzienne transpos\u00e9e aux nouvelles technologies militaires. Ces a\u00e9rodynes pilot\u00e9s par des \u00e9quipages bas\u00e9s hors des dangers du champ de bataille, \u00e0 des distances souvent consid\u00e9rables, sont capables d\u2019\u00e9liminer une cible avec une pr\u00e9cision redoutable. Instrument de mort sophistiqu\u00e9, d\u00e9nu\u00e9 de tout instinct et d\u2019\u00e9motion naturels, le drone a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par la raison humaine pour rechercher puis neutraliser \u2013 ou d\u00e9truire \u2013 un ennemi. De ce point de vue, il correspond parfaitement \u00e0 la d\u00e9finition de l\u2019arme du combat \u00e0 distance, permettant aux bellig\u00e9rants de s\u2019\u00e9loigner et de se soustraire des vues directes de l\u2019adversaire, et par cons\u00e9quent des effets des \u00ab&#160;<em>forces \u00e9motives<\/em>&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"outro\">En fait, il n\u2019en est rien, dans la mesure o\u00f9 les \u00e9quipages de drone sont eux aussi soumis \u00e0 la loi des \u00ab&#160;<em>forces morales<\/em>&#160;\u00bb s\u2019affrontant sur le terrain. Tout comme leurs camarades pr\u00e9sents sur le front, ils en ressentent les effets, alors qu&rsquo;ils ne courent aucun risque et qu&rsquo;ils peuvent agir de la fa\u00e7on la plus raisonn\u00e9e et la plus rationnelle qui soit. La vision que les capteurs (essentiellement optiques) donnent aux \u00e9quipages de drones arm\u00e9s peut les plonger \u2013 virtuellement \u2013 au c\u0153ur de la bataille. L\u2019illusion de ce que les Am\u00e9ricains appellent la \u00ab&#160;God\u2019s eyeview&#160;\u00bb, cette sensation d&rsquo;omniscience quasi divine, procur\u00e9e par une imagerie de haute d\u00e9finition transmise pratiquement en temps r\u00e9el, peut alors amener un \u00e9quipage \u00e0 \u00eatre happ\u00e9 par l\u2019impression de proximit\u00e9 imm\u00e9diate de l\u2019action. Alors que le combat s\u2019est engag\u00e9 \u00e0 des centaines, voire des milliers de kilom\u00e8tres, l\u2019\u00e9quipage peut se trouver aux prises avec les <em>\u00ab&#160;forces morales&#160;\u00bb<\/em> de l\u2019adversaire&#160;: l\u2019affrontement \u00e0 distance se mue en un corps-\u00e0-corps virtuel, dans lequel les m\u00eames causes produisent les m\u00eames effets que dans un combat physique rapproch\u00e9. Des ph\u00e9nom\u00e8nes physiologiques propres aux combattants rapproch\u00e9s, notamment l\u2019impression de contraction de l&rsquo;espace-temps et de dilatation de la zone de danger, peuvent alors \u00eatre \u00e9galement v\u00e9cus par les \u00e9quipages de drone. La grande diff\u00e9rence avec le combattant qui voit son adversaire dans le blanc des yeux, c\u2019est que l\u2019\u00e9quipage de drone n\u2019a qu\u2019une impression de proximit\u00e9 imm\u00e9diate, li\u00e9e \u00e0 la visualisation num\u00e9rique de silhouettes, voire de visages, et qu\u2019il ne court en aucun cas un danger physique quelconque. Les sensations paroxystiques du corps-\u00e0-corps lui sont \u00e9trang\u00e8res. En revanche, il peut \u00eatre affect\u00e9 par des sentiments de confusion et m\u00eame de panique, pouvant l\u2019amener \u00e0 privil\u00e9gier une r\u00e9action instinctive, plut\u00f4t que raisonn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"outro\">Dans un \u00e9trange renversement de r\u00f4le entre l\u2019homme et son arme, on observe la logique inverse \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019attaque-suicide au v\u00e9hicule pi\u00e9g\u00e9, dont l\u2019usage par des groupes irr\u00e9guliers est aujourd\u2019hui tr\u00e8s r\u00e9pandu au Moyen-Orient, non plus seulement dans le cadre d\u2019attentats terroristes, comme de v\u00e9ritables armes de guerre, sortes de \u00ab&#160;<em>missiles de croisi\u00e8re du pauvre<\/em>&#160;\u00bb. En effet, m\u00eame si le kamikaze recherche \u00e0 se rapprocher physiquement au plus pr\u00e8s de sa cible pour actionner sa ceinture d&rsquo;explosif ou son v\u00e9hicule pi\u00e9g\u00e9, l\u2019arme suicidaire l\u2019\u00e9loigne psychologiquement de son adversaire. D\u2019un certain point de vue, le kamikaze repr\u00e9sente alors la n\u00e9gation m\u00eame de l&rsquo;instinct naturel du combattant dans un corps-\u00e0-corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"outro\">Clausewitz nous livre pourtant l\u00e0 aussi une cl\u00e9 de compr\u00e9hension tactique, puisqu\u2019il pr\u00e9cise bien que c\u2019est l\u2019essence de l&rsquo;arme qui donne naissance au type de combat, et non l&rsquo;inverse. Mais chaque acteur oriente de fait sa fa\u00e7on de mener le combat. Un \u00c9tat et un groupe irr\u00e9gulier adoptent un type de combat, d\u00e8s lors qu\u2019ils ont d\u00e9velopp\u00e9 des armes propres \u00e0 leur syst\u00e8me de pens\u00e9e et \u00e0 leurs moyens. De ce point de vue, l\u2019histoire \u00e9v\u00e9nementielle r\u00e9cente montre que les \u00e9crits tactiques de Clausewitz n\u2019ont donc rien perdu de leur actualit\u00e9. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La dichotomie th\u00e9oris\u00e9e par Clausewitz entre combat corps-\u00e0-corps et combat par le feu permet de mieux cerner des ph\u00e9nom\u00e8nes comme les drones ou les attaques 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