{"id":7840,"date":"2018-01-15T08:30:33","date_gmt":"2018-01-15T07:30:33","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/?p=7840"},"modified":"2019-04-07T05:18:28","modified_gmt":"2019-04-07T03:18:28","slug":"les-heures-sombres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/01\/15\/les-heures-sombres\/","title":{"rendered":"Darkest Hour"},"content":{"rendered":"\n

Les Heures sombres<\/em> est un excellent film, mais c\u2019est un mauvais titre. Joe Wright n\u2019a pas choisi de nous montrer les bombardements de Londres, mais la p\u00e9riode qui pr\u00e9c\u00e8de imm\u00e9diatement : les premiers jours de Winston Churchill comme premier ministre, en mai 1940. L\u2019intensit\u00e9 de l\u2019\u00e9motion qui \u00e9treint le spectateur n\u2019est donc pas celle de la d\u00e9solation face aux horreurs de la guerre, c\u2019est plut\u00f4t celle d\u2019une angoisse face \u00e0 un moment o\u00f9 l\u2019incertitude est extr\u00eame, m\u00eame si nous en connaissons l\u2019issue.<\/p>\n\n\n\n

Cette incertitude est celle du Royaume-Uni face \u00e0 la d\u00e9b\u00e2cle en France. Le film a su saisir l\u2019unit\u00e9 de ce moment o\u00f9 tout vacillait : il ne s\u2019agit pas d\u2019une succession d\u2019\u00e9v\u00e9nements, il ne s\u2019agit pas \u00e0 vrai dire d\u2019\u00e9v\u00e9nement mais d\u2019une angoisse qui par la m\u00eame force appelle et emp\u00eache la d\u00e9cision. Darkest Hour<\/em> n\u2019est donc pas plus le r\u00e9cit des batailles que de la d\u00e9solation : c\u2019est une plong\u00e9e dans le temps distendu de ces quelques jours, entre l\u2019invasion de la Belgique et l\u2019\u00e9vacuation de Dunkerque. Le film s\u2019arr\u00eate juste avant celle-ci : nous voyons donc tout ce qui oppose le projet de Wright \u00e0 celui de Nolan dans Dunkerque<\/em><\/a>. Non pas montrer un d\u00e9ploiement militaire victorieux (pr\u00eet-il la forme d\u2019une retraite) mais faire l\u2019arch\u00e9ologie d\u2019une d\u00e9cision historique, celle de se battre jusqu\u2019au bout, qui se cristallise dans le discours \u00e9ternel \u00ab we will fight on the beaches <\/em> \u00bb. Nous savons vite que la France va se rendre, mais l\u2019avenir n\u2019en est pas pour autant \u00e9crit, c\u2019est au contraire une immense ind\u00e9termination qui semble s\u2019emparer du microcosme politique anglais.<\/p>\n\n\n\n

On aurait pu croire que la dimension biographique du film l\u2019am\u00e8nerait \u00e0 se disperser, \u00e0 nous distraire par des d\u00e9tails insolites sur la personnalit\u00e9 d\u2019un homme qui n\u2019en manquait pas. Les d\u00e9tails ne nous sont pas cach\u00e9s, mais ils ne nous distraient pas. En effet, le caract\u00e8re instable du Premier ministre devient le reflet de ce qui semble \u00eatre une h\u00e9sitation de l\u2019Histoire elle-m\u00eame. Et la distorsion de la dur\u00e9e historique se retrouve dans celle de son emploi du temps : tr\u00e8s vite, nous ne distinguons plus les nuits de Churchill de ses journ\u00e9es, ni son travail de son sommeil. Cet homme intemp\u00e9rant que la situation place \u00e0 la fois au comble de l\u2019excitation et de l\u2019\u00e9puisement, qui bredouille, ivre, face \u00e0 sa secr\u00e9taire et adresse \u00e0 son peuple des discours sublimes, incarne ainsi l\u2019angoisse de l\u2019heure. Ou plut\u00f4t, c\u2019est l\u2019acteur Gary Oldman qui l\u2019incarne avec brio.<\/p>\n\n\n\n

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