{"id":7815,"date":"2018-01-13T08:30:04","date_gmt":"2018-01-13T07:30:04","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/?p=7815"},"modified":"2019-04-07T03:21:12","modified_gmt":"2019-04-07T01:21:12","slug":"lempire-des-metaux-rares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/01\/13\/lempire-des-metaux-rares\/","title":{"rendered":"L’empire des m\u00e9taux rares"},"content":{"rendered":"\n
Que sont les m\u00e9taux rares ? Des ressources peu connues mais essentielles au fonctionnement de l’espace mondialis\u00e9. Ins\u00e9r\u00e9es au c\u0153ur de tout appareil \u00e9lectronique, sans elles aucune de nos technologies num\u00e9riques n’existerait. Composant \u00e9galement la plupart de nos technologies vertes (\u00e9oliennes, panneaux solaires ou voitures \u00e9lectriques), leurs modes de production laissent toutefois perplexe sur leur capacit\u00e9 \u00e0 s’\u00e9tablir comme alternatives durables aux \u00e9nergies fossiles. La pollution ne serait pas r\u00e9duite mais simplement d\u00e9localis\u00e9e… essentiellement en Chine o\u00f9 95 % des terres rares sont produites. Un chiffre qui par ailleurs devrait nous alarmer sur la situation de d\u00e9pendance \u00e0 la Chine dans laquelle le reste du monde -dont l’Europe- se trouve depuis les ann\u00e9es 1980. Guillaume Pitron<\/a> nous pr\u00e9sente une enqu\u00eate de six ans, dont les r\u00e9sultats sont \u00e0 retrouver dans son livre La guerre des m\u00e9taux rares<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n Dans la cro\u00fbte terrestre il y a des m\u00e9taux abondants, que tout le monde conna\u00eet : le fer, le plomb, le zinc, l\u2019aluminium, l\u2019or, l\u2019argent, le cuivre etc. A ces m\u00e9taux abondants sont m\u00e9lang\u00e9s des m\u00e9taux plus rares. Ils sont associ\u00e9s naturellement \u00e0 la cro\u00fbte terrestre : le cobalt, le gallium, les terres rares l\u00e9g\u00e8res ou lourdes, le tungst\u00e8ne, le graphite ou l’indium. A cause de leur co\u00fbt d\u2019extraction et de raffinage. Comme ils sont pr\u00e9sents dans la couche terrestre dans des proportions moindres, les proc\u00e9d\u00e9s d’extraction co\u00fbtent cher. Par ailleurs on n\u2019utilise pas un m\u00e9tal \u00e0 l\u2018\u00e9tat brut, il faut le transformer pour arriver \u00e0 un m\u00e9tal relativement purifi\u00e9. C\u2019est ce dernier qu\u2019on va utiliser, et c\u2019est l\u00e0 que se situe la diff\u00e9rence entre le minerai et le m\u00e9tal. Le minerai, c\u2019est la mati\u00e8re brute qui sort du sol. Le m\u00e9tal c\u2019est l\u2019aluminium qui entoure votre t\u00e9l\u00e9phone portable, celui-ci a \u00e9t\u00e9 purifi\u00e9. Cependant purifier de l’aluminium est plus simple que purifier un m\u00e9tal rare, car il y a beaucoup plus d\u2019aluminium dans une roche. Les processus de purification sont plus nombreux et requi\u00e8rent plus d\u2019\u00e9nergie, donc cela co\u00fbte plus cher. En plus, comme leur nom l\u2019indique, ce sont des m\u00e9taux qui sont rares, pour lesquels il y a une forte demande, ce qui influence leurs prix \u00e0 la hausse.<\/p>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui on ne pense pas notre transition \u00e9nerg\u00e9tique sans une convergence des greentechs et du num\u00e9rique. Les deux vont ensemble, ce qui veut dire que les m\u00e9taux rares sont doublement indispensables pour la transition \u00e9nerg\u00e9tique. <\/p>Guillaume Pitron <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Elles d\u00e9pendent des M\u00e9taux rares pour les \u00ab greentechs \u00bb (les technologies vertes) et le num\u00e9rique. On ne peut pas faire d\u2019\u00e9olienne ou de batterie de voiture \u00e9lectrique sans m\u00e9taux rares. Ils sont donc indispensables au d\u00e9veloppement des technologies vertes, mais aussi \u00e0 celui de nos ordinateurs, de nos smartphones et de toute technologie num\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n Par ailleurs aujourd\u2019hui on ne pense pas notre transition \u00e9nerg\u00e9tique sans une convergence des \u00ab greentechs \u00bb et du num\u00e9rique. Les deux vont ensemble, ce qui signifie que les m\u00e9taux rares sont doublement indispensables pour la transition \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est la Chine. Non pas parce qu\u2019elle a toutes les r\u00e9serves, car on trouve en fait des m\u00e9taux rares sur toute la plan\u00e8te : en Europe, en Afrique, aux Etats-Unis etc. Seulement, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980, les pays d\u00e9velopp\u00e9s qui exploitaient des mines de m\u00e9taux rares ont d\u00e9cid\u00e9 de ne plus en assumer l\u2019extraction pour des raisons \u00e9cologiques : elles \u00e9taient trop polluantes. Ils ont donc pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 laisser ce fardeau \u00e0 des pays pour lesquels l\u2019extraction de minerais, bien qu\u2019extr\u00eamement sale, ne posait pas de probl\u00e8me. Nous \u00e9tions \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la Chine n\u2019avait pas le m\u00eame niveau de d\u00e9veloppement \u00e9conomique qu’aujourd\u2019hui. L’impact \u00e9cologique de cette extraction \u00e9tait pour elle moindre que l\u2019avantage \u00e9conomique qu\u2019elle en tirait. La Chine \u00e0 elle seule produit 95 % des terres rares mondiales.<\/p>GUILLAUME PITRON <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n A cette \u00e9poque nous avons donc laiss\u00e9 la Chine r\u00e9cup\u00e9rer le monopole de l\u2019exploitation d\u2019un tas de terres rares (gallium, graphite, tungst\u00e8ne), \u00e0 telle enseigne qu\u2019aujourd\u2019hui elle a le monopole g\u00e9n\u00e9ral de leur production. Or ce monopole est pour nous occidentaux bien plus inqui\u00e9tant que celui de l\u2019Arabie Saoudite sur le p\u00e9trole, par exemple. Oui, voire bien plus. Beaucoup plus m\u00eame. L\u2019OPEP, qui est repr\u00e9sent\u00e9e par 14 pays, repr\u00e9sente 43 % de la production de p\u00e9trole mondiale. La Chine \u00e0 elle seule produit 95 % des terres rares mondiales. On est dans une situation de d\u00e9pendance bien plus grave. Un sp\u00e9cialiste que j\u2019ai interrog\u00e9, Dudley Kingsnorth, appelle \u00e7a \u201cune OPEP sous st\u00e9ro\u00efdes\u201d…<\/p>\n\n\n\n\n\n Il y a pour l\u2019extraction des terres rares une contrainte temporelle qu\u2019il n\u2019y a pas pour celle du p\u00e9trole. Le temps minier est tr\u00e8s long, il faut 15 \u00e0 20 ans entre le moment o\u00f9 vous avez trouv\u00e9 une mine et celui o\u00f9 vous commencez \u00e0 l\u2019exploiter. Le probl\u00e8me qui se pose est que nous ne pouvons pas attendre 20 ans pour sortir de cette d\u00e9pendance \u00e0 la Chine. Il y a eu un coup de tonnerre dans le monde des m\u00e9taux rares en septembre 2010. A cette date a \u00e9t\u00e9 agenc\u00e9 un embargo informel de la Chine contre le Japon, mais \u00e9galement contre les Etats-Unis. Tout Etat qui, dans l\u2019histoire, a d\u00e9tenu un monopole sur une ressource strat\u00e9gique, en a toujours abus\u00e9 – ou a \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 d\u2019en abuser. En 1930 les am\u00e9ricains qui avaient le monopole de l\u2019h\u00e9lium, un gaz indispensable au vol des ballon dirigeable Zeppelin utilis\u00e9s par les nazis, ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019imposer un embargo sur l\u2019Allemagne. De m\u00eame avec les tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bres embargos de l\u2019OPEP dans les ann\u00e9es 1970, ou lorsqu\u2019en 1979 le pr\u00e9sident am\u00e9ricain Carter gelait l\u2019exportation de 17 millions de tonnes de c\u00e9r\u00e9ales \u00e0 destination de son rival sovi\u00e9tique, apr\u00e8s que celui-ci avait envahi l\u2019Afghanistan. A chaque fois, l\u2019Etat qui dispose du monopole d\u2019une ressource en abuse en imposant un embargo, pensant qu\u2019il servira ses int\u00e9r\u00eats g\u00e9opolitiques. C\u2019est ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9 avec la Chine, elle s\u2019est servi du monopole sur les terres rares. Elle s\u2019en sert pour peser dans ses n\u00e9gociations commerciales. En septembre 2010 c\u2019est un incident diplomatique autour d\u2019un chalutier chinois, dont le capitaine a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 par les autorit\u00e9s japonaises dans cette m\u00eame zone, qui d\u00e9clenche l\u2019embargo. <\/p>\n\n\n\n La Chine n\u2019a r\u00e9ellement op\u00e9r\u00e9 qu\u2019un embargo, celui de 2010. Au-del\u00e0 du Japon celui-ci a aussi touch\u00e9 les Etats-Unis, avec qui la Chine n’avait pas de diff\u00e9rend particulier \u00e0 ce moment-l\u00e0. Il n\u2019y a en revanche pas que les embargos, mais aussi les quotas qui sont en fait des \u201cembargos light\u201d. Il ne s\u2019agit pas d’arr\u00eater l\u2019exportation d\u2019une ressource, mais de la diminuer ; de resserrer le goulot d\u2019\u00e9tranglement sans pour autant le refermer. L\u2019embargo de 2010 n\u2019a \u00e9t\u00e9 que le point de cristallisation d\u2019une politique syst\u00e9matique de P\u00e9kin, qui consiste \u00e0 limiter ses exportations de m\u00e9taux rares [par des quotas]<\/p> GUILLAUME PITRON <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Or les quotas d\u2019exportation des terres rares de la Chine appliqu\u00e9s \u00e0 ses voisins sont nombreux. Des actions des pays occidentaux contre la Chine ont d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 men\u00e9es devant l\u2019OMC. L\u2019embargo de 2010 n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019un point de cristallisation d\u2019une politique syst\u00e9matique de P\u00e9kin, consistant \u00e0 limiter ses exportations de m\u00e9taux rares. Depuis des ann\u00e9es les quotas qu\u2019elle imposait n\u2019\u00e9taient de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale pas contest\u00e9s. De fait il y en a dans toutes les provinces de Chine. Il y a cependant deux sites d\u2019extraction principaux. Le premier se situe en Mongolie int\u00e9rieure, dans la ville de Baotou. Le deuxi\u00e8me se trouve pr\u00e8s de la ville de Ganzhou, dans la province du Jiangxi situ\u00e9e \u00e0 1500 km au nord de P\u00e9kin.<\/p>\n\n\n\n D\u00e9sastreuses. La Chine a inond\u00e9 le reste du monde en terres rares depuis les ann\u00e9es 1980, et pendant longtemps \u00e0 bas prix. Nous, les occidentaux, avons \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s contents d\u2019acheter des terres rares \u00e0 des prix d\u00e9fiant toute concurrence, car cela nous permettait de faire baisser le co\u00fbt des nouvelles technologies. Toutefois cela s\u2019est r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 deux conditions d\u00e9savantageuses pour la soci\u00e9t\u00e9 chinoise. Au prix d\u2019un dumping social car le salaire de la main d\u2019oeuvre chinoise charg\u00e9e de l\u2019extraction \u00e9tait tr\u00e8s bas ; et d\u2019un dumping environnemental car les co\u00fbts de traitement de l\u2019extraction des minerais n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s aux co\u00fbts de production. C\u2019est m\u00eame l\u2019ensemble du processus d\u2019extraction et de raffinage qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 d\u2019un point de vue \u00e9cologique. Aucune norme environnementale n\u2019a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e par les chinois, dont le but \u00e9tait de satisfaire la demande internationale en terres rares au co\u00fbt le plus bas possible. Cette course vers le bas a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des d\u00e9sastres environnementaux colossaux au niveau de l\u2019extraction et du raffinage des minerais. Parmi les plus graves des dommages que j\u2019ai pu constater en voyageant en Chine, il y a les \u201clacs\u201d de rejets toxiques qui se trouvent autour de Baotou. On y trouve plusieurs \u201cvillages du cancer\u201d o\u00f9 les gens meurent \u00e0 petit feu, \u00e0 cause de l\u2019importante concentration du sol en m\u00e9taux lourds. En Chine il y a environ 8000 ONG environnementales<\/a> (ONGE) actives qui militent sur des sujets divers : de la pr\u00e9servation des pandas aux terres rares, en passant par la pollution de l\u2019air dans les grandes villes et autres. Une infime partie de ces ONG communique autour de la gravit\u00e9 de l\u2019impact environnemental de l\u2019industrie mini\u00e8re chinoise. Je pense notamment \u00e0 celle du tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre environnementaliste Ma Jun, \u201cl\u2019Institut des affaires publiques et environnementales<\/a>\u201d. En France il y en a \u00e9galement. \u201cLes Amis de la Terre<\/a>\u201d par exemple, qui est tr\u00e8s au point sur la question des m\u00e9taux rares et critique -\u00e0 raison- la politique d\u2019obsolescence programm\u00e9e. Une de leurs campagnes vise \u00e0 r\u00e9duire les d\u00e9chets \u00e9lectroniques, en les recyclant ou les rendant plus durables. L’objectif est de r\u00e9duire l\u2019extraction des m\u00e9taux rares et la pollution qui en r\u00e9sulte. Le Japon est un archipel qui n\u2019a pas un gramme de m\u00e9taux rares dans son sous-sol ; d\u2019une mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale son sous-sol est tr\u00e8s pauvre en minerais. Il est donc compl\u00e8tement d\u00e9pendant de l\u2019importation de toutes sortes de ressources mini\u00e8res. En plus, paradoxalement, c\u2019est un des pays qui est le plus d\u00e9pendant de la consommation de terres rares. Dans le mode de vie de ses habitants, mais aussi dans son industrie : l\u2019industrie high-tech du Japon repr\u00e9sente une part consid\u00e9rable de son \u00e9conomie. La question du recyclage des m\u00e9taux rares se pose donc de mani\u00e8re fondamentale. Il faut bien trouver des minerais quelque part ; soit en contournant le monopole chinois et en d\u00e9veloppant des mines alternatives -ce qu\u2019il a par ailleurs fait en Australie ; soit en recyclant les centaines de milliers de tonnes de m\u00e9taux rares qu\u2019on trouve dans ses d\u00e9charges \u00e9lectroniques, aussi appel\u00e9es \u201cmines urbaines\u201d. Ainsi le Japon d\u00e9veloppe des technologies de r\u00e9cup\u00e9ration des m\u00e9taux rares dans les d\u00e9chets \u00e9lectroniques, mais aussi de r\u00e9utilisation de ces m\u00e9taux dans de nouveaux appareils. C\u2019est ce qu\u2019on appelle des proc\u00e9d\u00e9s d\u2019\u00e9conomie circulaire : on laisse les minerais dans une boucle de consommation o\u00f9 aucun minerai n\u2019est jet\u00e9 mais r\u00e9employer. Le processus utilis\u00e9 pour s\u00e9parer les m\u00e9taux rares et les r\u00e9utiliser \u00e9tant extr\u00eamement complexe et \u00e9nergivore, il est tr\u00e8s co\u00fbteux. […] Il s\u2019av\u00e8re qu\u2019il est encore moins cher pour un industriel japonais d\u2019acheter des terres rares \u00e0 la Chine, que de recycler ses propres terres rares.<\/p>GUILLAUME PITRON <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cependant ces proc\u00e9d\u00e9s ne sont pas pleinement appliqu\u00e9s. Cette politique de recyclage est appliqu\u00e9e pour un certain nombre de m\u00e9taux tels que l\u2019aluminium, le cuivre, l\u2019or ou l\u2019argent, mais peu pour les m\u00e9taux rares. Pour ces derniers le recyclage est plus difficile, car ils n\u2019interviennent jamais \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur dans des appareils. Ils sont toujours m\u00e9lang\u00e9s \u00e0 d\u2019autres m\u00e9taux tels que le fer. Ils font l\u2019objet d\u2019un alliage, donc lorsque vous les recyclez il faut les d\u00e9sallier, les s\u00e9parer. Or le processus utilis\u00e9 pour s\u00e9parer les m\u00e9taux rares et les r\u00e9utiliser est extr\u00eamement complexe et \u00e9nergivore, donc tr\u00e8s co\u00fbteux. Techniquement c\u2019est possible, mais \u00e9conomiquement ce n\u2019est pas rentable. Il s\u2019av\u00e8re qu\u2019il est encore moins cher pour un industriel japonais d\u2019acheter des terres rares \u00e0 la Chine, que de recycler ses propres terres rares. Il n\u2019exploite donc pas ce potentiel de recyclage, faute d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conomique ad\u00e9quat. La Chine dispose d\u2019immenses volumes de d\u00e9chets \u00e9lectroniques stock\u00e9s de mani\u00e8re d\u00e9sastreuse dans ses d\u00e9charges \u00e9lectroniques, notamment car de nombreux pays lui en ont revendu des tonnes. Ils ont particip\u00e9 \u00e0 faire de la Chine une v\u00e9ritable poubelle \u00e9lectronique, c’est ce qu\u2019on appelle une \u201ce-poubelle\u201d.<\/p>\n\n\n\n\n\n La Malaisie a d\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es 1980 extrait et raffin\u00e9 des terres rares pour le compte des pays occidentaux. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le m\u00eame sch\u00e9ma qu\u2019avec la Chine : les pays occidentaux ne voulaient pas de la pollution li\u00e9e au raffinage des terres rares sur leur territoire. Ils ont donc pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 laisser les pays dont les standards environnementaux \u00e9taient moindre faire ce sale boulot \u00e0 leur place. La Malaisie comme la Chine \u00e9taient \u00e0 l\u2019\u00e9poque trop contentes de se d\u00e9velopper pour se pr\u00e9occuper d\u2019un d\u00e9sastre environnemental. Dans le cas de la Malaisie on parle du \u201cd\u00e9sastre de Bukit Merah\u201c. Aujourd\u2019hui le groupe australien Llinas cherche \u00e0 reproduire ce mod\u00e8le-l\u00e0, et comme le dit l\u2019adage \u201cl\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te. Une premi\u00e8re fois sous forme de trag\u00e9die et une deuxi\u00e8me sous forme de farce\u201d. L\u00e0 cela devient une farce. L\u2019Australie veut bien extraire le minerai mais pas le purifier, parce que c\u2019est sale. Elle laisse donc un pays dont les standards environnementaux sont moindres faire le travail de purification \u00e0 sa place. En termes g\u00e9opolitiques on est dans une logique de d\u00e9localisation de la pollution. Les \u00e9tats d\u00e9velopp\u00e9s d\u00e9localisent syst\u00e9matiquement leur pollution.<\/p> GUILLAUME PITRON <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En termes g\u00e9opolitiques on est dans une logique de d\u00e9localisation de la pollution. Les Etats d\u00e9velopp\u00e9s d\u00e9localisent syst\u00e9matiquement leur pollution. C’est ce qu\u2019a par exemple fait la France avec ses d\u00e9chets nucl\u00e9aires : elle a export\u00e9 en Sib\u00e9rie les d\u00e9chets de ses centrales. C\u2019est \u00e0 la Russie \u00e9galement que la France confie une partie du traitement de ses d\u00e9chets \u00e9lectroniques.<\/p>\n\n\n\n Par ailleurs la d\u00e9localisation de la pollution se passe autour de ph\u00e9nom\u00e8nes qu\u2019on soup\u00e7onne moins, autour du d\u00e9veloppement des voitures \u00e9lectriques par exemple. Les autorit\u00e9s gouvernementales et celles des grandes villes encouragent les fran\u00e7ais \u00e0 acheter des voitures \u00e9lectriques, dans le but de purifier l\u2019air en France. Or il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un v\u00e9ritable processus de d\u00e9localisation de la pollution ; certes ce type de voiture n\u2019\u00e9met pas de CO2 dans l\u2019atmosph\u00e8re fran\u00e7ais, mais sa construction n\u00e9cessite des m\u00e9taux rares. Notre politique actuelle qui consiste \u00e0 dire z\u00e9ro \u00e9mission de carbone dans les grandes villes gr\u00e2ce aux voitures \u00e9lectriques, car les parisiens et parisiennes ais\u00e9s veulent un ciel bleu tous les jours, signifie plus de pollution loin des regards, dans les mines chinoises de Mongolie int\u00e9rieure et du Jiangxi. En ouvrant des mines d\u2019extraction dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s importateurs tout simplement. Comme je vous l\u2019ai dit la plupart d\u2019entre eux disposent de mines de m\u00e9taux rares, et c\u2019est le cas de la France. Seulement \u00e7a ne polluerait plus la Chine mais ces pays.<\/p>\n\n\n\n Cela d\u00e9pend uniquement de d\u00e9cisions politiques. Or les politiques ne veulent pas assumer ce choix, face \u00e0 une opinion publique qui elle-m\u00eame refuse d’admettre les cons\u00e9quences de notre mode de vie soi-disant plus vert.
\n\n\n\nQue sont les m\u00e9taux rares ?<\/h3>\n\n\n\n
Ils ont 3 caract\u00e9ristiques qui les diff\u00e9rencient des m\u00e9taux abondants :<\/p>\n\n\n\n
<\/li><\/ul>\n\n\n\nPourquoi le prix des m\u00e9taux rares est si \u00e9lev\u00e9 ?<\/h3>\n\n\n\n
Aujourd\u2019hui, de quelle mani\u00e8re nos soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9velopp\u00e9es d\u00e9pendent des m\u00e9taux rares ?<\/h3>\n\n\n\n
Qui est le premier producteur mondial de m\u00e9taux rares ?<\/h3>\n\n\n\n
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<\/p>\n\n\n\nEn tant qu\u2019europ\u00e9ens, nous serions autant d\u00e9pendants de la Chine pour l\u2019acc\u00e8s aux terres rares que nous le sommes envers les pays du Golfe pour l’importation de p\u00e9trole ?<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n L’extraction des terres rares est-elle plus contraignante que celle du p\u00e9trole ?
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<\/p>\n\n\n\nA quel moment les pays europ\u00e9ens ont-ils pris conscience de cette d\u00e9pendance, et de l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019en sortir \u00e0 court-terme ?
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La d\u00e9pendance des pays europ\u00e9ens existait d\u00e9j\u00e0 mais n\u2019\u00e9tait connue que du petit monde des m\u00e9taux rares, constitu\u00e9 principalement d’industriels. Cet embargo ayant \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9, elle s\u2019est accrue pour enfin sauter aux yeux du monde, et \u00e0 ceux des politiques notamment.
<\/p>\n\n\n\nLa Chine profite-t-elle de ce monopole pour faire basculer des rapports de force g\u00e9opolitiques en sa faveur ?
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Par rapport au Japon, le diff\u00e9rend \u00e9tait \u00e0 propos des \u00eeles Senkaku. Les deux pays se disputent les \u00eeles depuis des d\u00e9cennies, donnant lieu \u00e0 un v\u00e9ritable imbroglio juridique, l\u00e9gal et diplomatique. Pour faire simple, la Chine convoite les Senkaku car le sous-sol de leur Zone \u00e9conomique exclusive renferme de gigantesques r\u00e9serves d\u2019hydrocarbures.
<\/p>\n\n\n\nAuriez-vous un autre exemple d\u2019utilisation de ce monopole par la Chine \u00e0 des fins g\u00e9opolitiques ?<\/h3>\n\n\n\n
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<\/p>\n\n\n\nO\u00f9 se situent les sites de production de m\u00e9taux rares chinois ?
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\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nDe ce fait trouve-t-on dans ces villages des mouvements \u00e9cologistes qui militent contre l\u2019extraction des m\u00e9taux rares ?
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<\/p>\n\n\n\nN\u2019est-ce pas le Japon qui a essay\u00e9 de prendre une longueur d\u2019avance dans le recyclage des terres rares contenues dans les appareils \u00e9lectroniques ?<\/h3>\n\n\n\n
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<\/p>\n\n\n\nConcernant l\u2019\u00e9conomie circulaire, la Chine est-elle en avance dans ce domaine ?
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\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n
Potentiellement elle pourrait faire des \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle en les recyclant, gr\u00e2ce aux grands volumes dont elle dispose. Toutefois bien qu\u2019elle recycle, elle ne recycle pas de m\u00e9taux rares. Toujours en raison des proc\u00e9d\u00e9s complexes et ruineux.
<\/p>\n\n\n\nVous parliez des investissements japonais dans des mines australiennes. Il y aurait une controverse m\u00ealant ces deux pays \u00e0 la Malaisie, o\u00f9 seraient raffin\u00e9es les terres rares extraites en Australie. Cela para\u00eet bien g\u00e9opolitique, que se passe-t-il exactement ?<\/h3>\n\n\n\n
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Ainsi la r\u00e9duction de pollution en France se traduit par un suppl\u00e9ment de pollution en Chine, o\u00f9 sont extraits ces m\u00e9taux rares.
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<\/p>\n\n\n\nComment pourrait-on stopper ce processus de d\u00e9localisation de la pollution ?
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<\/p>\n\n\n\nAu regard des cons\u00e9quences \u00e9cologiques, les gouvernements de ces pays d\u00e9velopp\u00e9s tentent-ils de d\u00e9velopper des alternatives \u00e0 l\u2019extraction et l\u2019utilisation de m\u00e9taux rares ?
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