{"id":74568,"date":"2020-06-04T15:29:07","date_gmt":"2020-06-04T13:29:07","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=74568"},"modified":"2020-06-04T15:34:00","modified_gmt":"2020-06-04T13:34:00","slug":"lutte-contre-les-changements-climatiques-en-afrique-etat-des-lieux-et-bilan-de-la-strategie-francaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/06\/04\/lutte-contre-les-changements-climatiques-en-afrique-etat-des-lieux-et-bilan-de-la-strategie-francaise\/","title":{"rendered":"Lutte contre les changements climatiques en Afrique : \u00e9tat des lieux et bilan de la strat\u00e9gie fran\u00e7aise"},"content":{"rendered":"\n

Parmi les dix plaies d’\u00c9gypte, combien ont pu \u00eatre provoqu\u00e9es par des ph\u00e9nom\u00e8nes climatiques  ? Cette question, qui a engendr\u00e9 des hypoth\u00e8ses plus ou moins farfelues de scientifiques professionnels comme amateurs <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, a trouv\u00e9 un nouvel \u00e9cho dans l\u2019actualit\u00e9 r\u00e9cente. La Corne de l\u2019Afrique subit en effet depuis janvier dernier une invasion de criquets aux cons\u00e9quences potentiellement catastrophiques en termes de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, et qui serait li\u00e9e aux effets du d\u00e9r\u00e8glement climatique. Invasion de criquets en Afrique de l\u2019Est, tensions s\u00e9curitaires au Sahel exacerb\u00e9es par les ph\u00e9nom\u00e8nes de d\u00e9sertification : ces derniers mois ont plusieurs fois rappel\u00e9 l\u2019importance du facteur climatique dans des enjeux cruciaux pour le continent africain. <\/p>\n\n\n\n

La ville de Bordeaux accueillera avant de la fin de l\u2019ann\u00e9e 2020 le Sommet Afrique – France, qui, avec 25 000 participants attendus, constituera l\u2019un des \u00e9v\u00e9nements diplomatiques de plus grande ampleur organis\u00e9 par la France depuis la COP21, et dont le th\u00e8me portera sur les \u00ab territoires durables et le d\u00e9veloppement \u00bb avec un accent particulier mis sur les enjeux li\u00e9s aux changements climatiques. Dans cette perspective, esquissons un bilan critique de la lutte contre les changements climatiques en Afrique et de la strat\u00e9gie fran\u00e7aise. <\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \"Crises\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

I) Le changement climatique en Afrique  : enjeux et bilan des actions r\u00e9alis\u00e9es<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Rappelons en pr\u00e9ambule que la lutte contre le changement climatique se d\u00e9compose en deux domaines  : l\u2019att\u00e9nuation, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019ensemble des actions men\u00e9es pour r\u00e9duire les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre et donc les changements climatiques \u00e0 venir, et l\u2019adaptation, \u00e0 savoir les mesures prises pour faire face aux impacts pr\u00e9sents et futurs des changements climatiques. Ces deux domaines ne sont pas \u00e9trangers l\u2019un \u00e0 l\u2019autre \u2013 on peut, en caricaturant, consid\u00e9rer que l\u2019adaptation pallie les insuffisances pass\u00e9es et anticip\u00e9es de l\u2019att\u00e9nuation \u2013, mais leur distinction est n\u00e9anmoins fondamentale pour comprendre de nombreux enjeux techniques et politiques autour de la lutte contre les changements climatiques. <\/p>\n\n\n\n

En moyenne, un Ethiopien mettrait 240 ans \u00e0 atteindre le niveau d\u2019\u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre d\u2019un Nord-Am\u00e9ricain <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Par cons\u00e9quent, les enjeux d\u2019att\u00e9nuation en Afrique ne sont pas tant de transformer le profil d\u2019\u00e9missions existant que de placer le continent sur des trajectoires de d\u00e9veloppement bas-carbone. L\u2019objectif est d\u2019\u00e9viter que, \u00e0 mesure que les \u00e9conomies africaines croissent, leurs contributions au changement climatique n\u2018augmentent aussi voire plus rapidement. Notons par exemple que la quantit\u00e9 de dioxyde de carbone \u00e9mise par dollar de PIB <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> en Afrique est aussi importante que dans les pays de l\u2019OCDE. Comme disent les anglo-saxons, il s\u2019agit donc pour les pays africains d\u2019effectuer un \u00ab saut de grenouille \u00bb <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> en termes de d\u00e9veloppement bas-carbone, c\u2019est-\u00e0-dire de suivre une trajectoire de d\u00e9veloppement qui ne reproduise pas la trajectoire d\u2019\u00e9missions d\u2019autres grands \u00e9mergents comme la Chine. Autrement dit, au lieu d\u2019accompagner la croissance en construisant des centrales \u00e0 charbon puis de remplacer ces centrales polluantes par des \u00e9nergies renouvelables (le mod\u00e8le chinois), il faut \u00ab sauter \u00bb une \u00e9tape et d\u2019embl\u00e9e favoriser l\u2019installation de centrales solaires et de fermes \u00e9oliennes.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

On reviendra plus loin sur les enjeux \u00e9conomiques et g\u00e9opolitiques de la distinction adaptation \/ att\u00e9nuation. Pour l\u2019heure, consid\u00e9rons que l\u2019Afrique, qui ne contribue que pour 2 \u00e0 3 % des \u00e9missions mondiales de dioxyde de carbone, est la r\u00e9gion la plus vuln\u00e9rable aux effets du changement climatique  ; \u00e0 ce titre, l\u2019urgence se situe dans l\u2019\u00e9laboration et la mise en \u0153uvre de strat\u00e9gies d\u2019adaptation. Tra\u00e7ons donc pour commencer un tableau succinct des progr\u00e8s et difficult\u00e9s rencontr\u00e9es sur le continent africain en la mati\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n

A)    Une connaissance accrue des risques climatiques gr\u00e2ce \u00e0 des donn\u00e9es de meilleure qualit\u00e9, m\u00eame si beaucoup reste \u00e0 faire.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Les strat\u00e9gies d\u2019adaptation sont toutes d\u00e9velopp\u00e9es selon le m\u00eame sch\u00e9ma  : identification des futurs ph\u00e9nom\u00e8nes climatiques (i.e. changement du r\u00e9gime des pluies, mont\u00e9e du niveau des oc\u00e9ans), analyse des impacts socio-\u00e9conomiques de ces ph\u00e9nom\u00e8nes climatiques (rendements agricoles moindres, \u00e9rosion c\u00f4ti\u00e8re accrue) et, finalement, identification des solutions (adoption de vari\u00e9t\u00e9s \u00e0 cycle court, construction de digues de protection c\u00f4ti\u00e8re). La fiabilit\u00e9 des analyses produites \u00e0 chacune des \u00e9tapes de ce raisonnement d\u00e9pend intrins\u00e8quement des donn\u00e9es utilis\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n

Les deux principaux enjeux en la mati\u00e8re sont, d\u2019une part, la qualit\u00e9 des donn\u00e9es, et, d\u2019autre part, leur accessibilit\u00e9. Or, climatologues et praticiens du d\u00e9veloppement n\u2019ont jamais dispos\u00e9 d\u2019autant de donn\u00e9es permettant d\u2019estimer les risques pos\u00e9s par les changements climatiques<\/em>. Ce constat, qui vaut pour le monde entier, est d\u2019autant plus significatif dans le cas de l\u2019Afrique, o\u00f9 l\u2019\u00e9tat des connaissances il y a quelques d\u00e9cennies \u00e9tait extr\u00eamement limit\u00e9.  <\/p>\n\n\n\n

En termes de qualit\u00e9, les donn\u00e9es collect\u00e9es via<\/em> l\u2019installation de nouvelles stations m\u00e9t\u00e9orologiques automatis\u00e9es, notamment dans des zones difficiles d\u2019acc\u00e8s, permettent de produire des mod\u00e8les climatiques \u00e0 une \u00e9chelle plus fine <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Concr\u00e8tement, cela signifie qu\u2019au lieu d\u2019extrapoler statistiquement l\u2019\u00e9volution de la temp\u00e9rature dans l\u2019est du Rwanda \u00e0 partir des donn\u00e9es collect\u00e9es, par exemple, \u00e0 Kigali et Nairobi, on peut d\u00e9sormais pr\u00e9dire l\u2019\u00e9volution de ce param\u00e8tre \u00e0 partir de donn\u00e9es recueillies sur place. Cela permet de produire des cartes climatiques fiables avec une r\u00e9solution de 25×25 km au lieu de 1 000×1 000 km, et donc de mettre en place des strat\u00e9gies d\u2019adaptation plus pertinentes. Ainsi, on pourra mieux anticiper les risques de crues dans tel bassin versant de l\u2019est du Rwanda et dimensionner tel pont ou telle digue en cons\u00e9quence. <\/p>\n\n\n\n

En termes d\u2019accessibilit\u00e9, des plateformes num\u00e9riques permettent de mettre en commun donn\u00e9es et projections disponibles, et de rendre ces informations accessibles aux chercheurs et praticiens. En th\u00e9orie, tout utilisateur muni d\u2019un ordinateur et d\u2019une connexion internet est d\u00e9sormais \u00e0 quelques clics d\u2019une information m\u00e9t\u00e9orologique pour le continent africain plus fiable, fine et compl\u00e8te que jamais. <\/p>\n\n\n\n

En pratique cependant, et malgr\u00e9 les progr\u00e8s permis par les programmes internationaux de grande ampleur entrepris par l\u2019Organisation M\u00e9t\u00e9orologique Mondiale (OMM) et la Banque mondiale notamment, de nombreux obstacles demeurent. En 2017, l\u2019OMM estimait que l\u2019Afrique disposait d\u2019une station m\u00e9t\u00e9orologique pour 26 000 km2<\/sup>, soit huit fois moins que la densit\u00e9 recommand\u00e9e. En outre, plus de la moiti\u00e9 de ces stations n\u2019\u00e9taient pas fonctionnelles, \u00e0 cause d\u2019un manque de maintenance. Le co\u00fbt du mat\u00e9riel reste \u00e9galement une barri\u00e8re, une station automatique standard co\u00fbtant environ 25 000 euros. Une fois les donn\u00e9es acquises et partag\u00e9es, il faut ensuite les exploiter, et pour cela d\u00e9velopper des mod\u00e8les climatiques complexes et on\u00e9reux. Se pose alors la question de la formation des climatologues africains pour d\u00e9velopper eux-m\u00eames ces mod\u00e8les.<\/p>\n\n\n\n

Enfin, l\u2019acc\u00e8s aux donn\u00e9es m\u00e9t\u00e9orologiques historiques, souvent enregistr\u00e9es en format papier, est un enjeu r\u00e9el en Afrique. Des millions de registres dorment sur les \u00e9tag\u00e8res des services m\u00e9t\u00e9orologiques \u00e0 travers le continent et attendent d\u2019\u00eatre digitalis\u00e9s, ce qui repr\u00e9sente un travail colossal. Par exemple, seuls 100 000 registres sur les 2 000 000 recens\u00e9s au Botswana ont \u00e9t\u00e9 digitalis\u00e9s, gr\u00e2ce au soutien de l\u2019OMM et de l\u2019Allemagne. De plus, \u00e0 mesure que la valeur de ces informations est reconnue, des int\u00e9r\u00eats commerciaux s\u2019\u00e9veillent, et certains pays, comme l\u2019Afrique du Sud, ont refus\u00e9 l\u2019aide internationale pour mettre en forme leurs donn\u00e9es car ils veulent pouvoir en conserver la pleine propri\u00e9t\u00e9 dans la perspective d\u2019en monnayer l\u2019acc\u00e8s. <\/p>\n\n\n\n

B)    Des risques climatiques complexes, multisectoriels et en mutation<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Pour beaucoup d\u2019Occidentaux, le changement climatique s\u2019assimile au r\u00e9chauffement climatique  ; son principal impact est la fonte des glaces et ses cons\u00e9quences les plus frappantes sont la disparition des ours polaires, la mont\u00e9e du niveau des oc\u00e9ans et l\u2019inondation de zones littorales polderis\u00e9es. Victimes en cela d\u2019une strat\u00e9gie de communication consistant \u00e0 r\u00e9duire des enjeux complexes sous des slogans simplistes du type Objectif COP21= 1,5\u00b0C, beaucoup ignorent la diversit\u00e9 des impacts \u2013 parfois contre-intuitifs \u2013 des changements climatiques. <\/p>\n\n\n\n

Dans le contexte africain, quels risques climatiques les donn\u00e9es d\u00e9crites ci-dessus permettent-elles donc de mieux appr\u00e9hender  ?<\/p>\n\n\n\n

En termes de changements biophysiques, les dynamiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre sont bien connues. Globalement, les temp\u00e9ratures \u2013 moyennes, minimales et maximales \u2013 vont continuer \u00e0 augmenter. Les r\u00e9gimes des pluies vont varier, certaines r\u00e9gions recevant moins de pr\u00e9cipitations et d\u2019autres davantage, le tout pr\u00e9sentant une variabilit\u00e9 inter- et intra-annuelle accrue. Les pr\u00e9cipitations deviennent \u00e9galement de plus en plus erratiques  : des p\u00e9riodes de s\u00e9cheresse prolong\u00e9es succ\u00e8dent \u00e0 des \u00e9pisodes de pluie intenses. Les r\u00e9gimes des vents et des courants sont \u00e9galement susceptibles d\u2019\u00e9voluer. <\/p>\n\n\n\n

A partir de ces quelques ph\u00e9nom\u00e8nes climatiques, une grande complexit\u00e9 d\u2019impacts \u00ab  de second ordre  \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire socio-\u00e9conomiques, se dessine. <\/p>\n\n\n\n

La disponibilit\u00e9 en eau va g\u00e9n\u00e9ralement continuer \u00e0 diminuer. La superficie du lac Tchad, dont 30 millions personnes au Tchad, Niger, Nigeria et Cameroun d\u00e9pendent pour leur approvisionnement en eau potable, a ainsi \u00e9t\u00e9 divis\u00e9e par dix en 50 ans. Le probl\u00e8me de disponibilit\u00e9 en eau se pr\u00e9sente m\u00eame dans les r\u00e9gions connaissant des pr\u00e9cipitations plus \u00e9lev\u00e9es sous forme d\u2019\u00e9pisodes pluvieux intenses. En effet, les sols d\u00e9grad\u00e9s et\/ou satur\u00e9s d\u2019eau ne peut souvent pas absorber de fortes pr\u00e9cipitations ; au lieu de recharger les nappes phr\u00e9atiques, l\u2019eau ruisselle donc vers l\u2019aval des bassins versants en g\u00e9n\u00e9rant des ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019\u00e9rosion parfois catastrophiques, des coul\u00e9es de boues et des crues. La fr\u00e9quence de ces derni\u00e8res a ainsi augment\u00e9 dans le bassin du fleuve Niger malgr\u00e9 des pr\u00e9cipitations annuelles de moins en moins importantes, donnant naissance au \u00ab  paradoxe sah\u00e9lien  \u00bb. <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/p>\n\n\n\n

De mi-2017 \u00e0 mi-2018, la ville du Cap, en Afrique du Sud, \u00e9tait sur le point de devenir la premi\u00e8re grande ville au monde o\u00f9 les robinets auraient \u00e9t\u00e9 coup\u00e9s. Pour tenter d\u2019\u00e9viter ce \u00ab  Day Zero  \u00bb, des restrictions de consommation d\u2019eau drastiques ont \u00e9t\u00e9 mises en place, r\u00e9duisant la consommation d\u2019eau de moiti\u00e9. Une brigade de l\u2019eau sp\u00e9ciale a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e pour surveiller le respect de ces restrictions, et verbaliser les \u00e9ventuels contrevenants. L\u2019\u00e9tape suivante du plan de gestion de crise, heureusement \u00e9vit\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des pluies, impliquait la coupure des robinets et l\u2019\u00e9tablissement de points de collecte d\u2019eau dans les quartiers o\u00f9 les habitants du Cap auraient d\u00fb faire la queue pour retirer leurs 25 litres d\u2019eau quotidiens. Cet \u00e9pisode a constitu\u00e9 un v\u00e9ritable traumatisme pour la population du Cap, qui a v\u00e9cu pendant un an dans la hantise du \u00ab  Day Zero  \u00bb ; dans le m\u00eame temps, des habitants ont commenc\u00e9 \u00e0 envisager de quitter la ville d\u00e9finitivement par crainte que cette situation se reproduise dans les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019\u00e9volution de la saisonnalit\u00e9 des temp\u00e9ratures et des pr\u00e9cipitations repr\u00e9sente un enjeu majeur pour l\u2019agriculture. Les cycles culturaux d\u00e9pendent en effet intimement du niveau mais aussi de la saisonnalit\u00e9 de ces deux param\u00e8tres-cl\u00e9s. Pr\u00e9dire l\u2019\u00e9volution des rendements agricoles en fonction de trajectoires climatiques est un exercice tr\u00e8s complexe, en particulier lorsque l\u2019on prend en compte l\u2019effet fertilisant et donc potentiellement positif d\u2019une plus grande quantit\u00e9 de CO2<\/sub> dans l\u2019air. L\u2019\u00e9volution anticip\u00e9e des rendements pr\u00e9sente donc une grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 selon les sous-r\u00e9gions et les vari\u00e9t\u00e9s, mais quelques grandes tendances se dessinent. Pour le ma\u00efs par exemple, des baisses de rendements de l\u2019ordre de 20 \u00e0 40 % sont pr\u00e9vues en Afrique de l\u2019Ouest, alors que le ma\u00efs repr\u00e9sente l\u2019un des premiers apports caloriques dans l\u2019alimentation du continent. Les zones propices \u00e0 la culture du haricot commun, du ma\u00efs, de la banane et du millet rouge devraient se r\u00e9duire de 30 \u00e0 50 %, tandis que d\u2019autres cultures (sorgho, igname, millet perl\u00e9) verront leurs aires de cultures \u00e9tendues. <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span> G\u00e9n\u00e9ralement, de profonds bouleversements dans les habitudes culturales devront donc se produire pour maintenir une production suffisante et assurer la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. <\/p>\n\n\n\n

Parmi les autres effets des changements climatiques sur le continent africain, on peut citer l\u2019impact accru des temp\u00eates c\u00f4ti\u00e8res sur le littoral, \u00e0 cause, d\u2019une part, de l\u2019\u00e9l\u00e9vation du niveau de la mer, et, d\u2019autre part, de la d\u00e9gradation des r\u00e9cifs coralliens \u00e0 cause de l\u2019acidification des oc\u00e9ans, ce qui menace leur r\u00f4le de protections naturelles. Aux Seychelles par exemple, plus de 100 km de c\u00f4tes d\u00e9pendent de la protection assur\u00e9e par des r\u00e9cifs d\u00e9grad\u00e9s <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019\u00e9volution des temp\u00e9ratures et du r\u00e9gime des pluies affecte \u00e9galement la diffusion de certaines maladies transmises par les moustiques. Les hauts plateaux \u00e9thiopiens, jadis \u00e9pargn\u00e9s par la malaria, voient ainsi ces insectes s\u2019acclimater gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019augmentation des temp\u00e9ratures et le paludisme se propager <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u2013 37 millions d\u2019Ethiopiens, vivant entre 1 600 et 2 400 m d\u2019altitude, sont potentiellement concern\u00e9s.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Certaines de ces menaces climatiques ont le potentiel pour exacerber des tensions communautaires larv\u00e9es, qui finissent par devenir des conflits ouverts. Ainsi dans le Sahel burkinab\u00e9, des groupes terroristes instrumentalisent les conflits entre \u00e9leveurs peuls et agriculteurs pour l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des ressources en eau de plus en plus rares. Ces groupes parviennent \u00e0 d\u00e9stabiliser des \u00e9quilibres sociaux fragiles et \u00e0 remettre en cause la souverainet\u00e9 de l\u2019Etat, accus\u00e9 de d\u00e9laisser les paysans. De m\u00eame, dans la r\u00e9gion du lac Tchad, la baisse des rendements de la p\u00eache et les difficult\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable menacent la subsistance de populations par ailleurs caract\u00e9ris\u00e9es par de forts niveaux d\u2019in\u00e9galit\u00e9s et une marginalisation politique historique. Cette situation fournit un terreau favorable pour le recrutement et les man\u0153uvres de d\u00e9stabilisation de Boko Haram, tr\u00e8s actif dans la r\u00e9gion. <\/p>\n\n\n\n

Ces situations d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 renforcent les migrations climatiques, tr\u00e8s largement intra-r\u00e9gionales et difficiles \u00e0 chiffrer. S\u2019ils r\u00e9pondent \u00e0 des dynamiques sociales complexes et multifactorielles, ces flux migratoires conduisent g\u00e9n\u00e9ralement les populations de l\u2019int\u00e9rieur des terres o\u00f9 les moyens de subsistance agricoles sont menac\u00e9s vers les zones c\u00f4ti\u00e8res et \/ ou urbaines, g\u00e9n\u00e9rant de nouveaux d\u00e9fis en termes d\u2019urbanisation et d\u2019int\u00e9gration socio-\u00e9conomique. <\/p>\n\n\n\n

La plupart des impacts des ph\u00e9nom\u00e8nes climatiques d\u00e9crits ci-dessus sont exacerb\u00e9s par des pratiques anthropiques ind\u00e9pendantes du changement climatique. D\u00e9gradation des sols, d\u00e9forestation, destruction des r\u00e9cifs coralliens, infrastructures d\u2019assainissement inadapt\u00e9es, consommation d\u2019eau outranci\u00e8re, pratiques agricoles inad\u00e9quates sont autant de facteurs qui aggravent les impacts des changements climatiques, et qui sont l\u2019objet des strat\u00e9gies d\u2019adaptation mises en \u0153uvre depuis plusieurs ann\u00e9es \u00e0 travers le continent. <\/p>\n\n\n\n

C)    Face \u00e0 ces risques climatiques, les progr\u00e8s en termes d\u2019adaptation ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s contrast\u00e9s selon les pays et les secteurs<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Les enjeux d\u2019adaptation \u2013 les plus pertinents pour le continent \u2013 sont \u00e9galement ceux pour lesquels les progr\u00e8s sont le plus difficile \u00e0 \u00e9valuer. On peut certes quantifier les moyens consacr\u00e9s au d\u00e9veloppement d\u2019une agriculture r\u00e9siliente aux changements climatiques, la restauration de for\u00eats de mangroves, la protection des zones c\u00f4ti\u00e8res ou l\u2019isolation thermique des b\u00e2timents ; et l\u2019on parviendra \u00e0 un chiffre compris entre 12,7 et 17,9 milliards de dollars investis via l\u2019aide au d\u00e9veloppement en 2017 pour l\u2019Afrique sub-saharienne. Ce chiffre, fourni par l\u2019OCDE, est une sous-estimation, car il ne prend pas en compte les investissements publics et priv\u00e9s domestiques des Africains eux-m\u00eames. Les moyens consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019adaptation en Afrique, s\u2019ils augmentent r\u00e9guli\u00e8rement, sont encore loin des besoins estim\u00e9s entre 140 et 300 milliards de dollars par an \u00e0 l\u2019horizon 2030. <\/p>\n\n\n\n

Quant \u00e0 l\u2019\u00e9valuation des r\u00e9sultats de ces investissements, il n\u2019existe pas de donn\u00e9es consolid\u00e9es, et la litt\u00e9rature internationale en est souvent r\u00e9duite \u00e0 documenter des \u00e9tudes de cas ou \u00e0 fournir des \u00e9clairages sectoriels et partiels. Cela est d\u00fb, d\u2019une part, au fait que peu de programmes d\u2019adaptation de grande ampleur ont \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, et, d\u2019autre part, \u00e0 la difficult\u00e9 intrins\u00e8que de mesurer l\u2019adaptation. Citons n\u00e9anmoins quelques exemples, comme le d\u00e9veloppement de vari\u00e9t\u00e9s de riz r\u00e9silientes au changement climatiques \u00e0 Madagascar qui, combin\u00e9es \u00e0 des techniques culturales am\u00e9lior\u00e9es, permettent de doubler les rendements \u00e0 l\u2019hectare, la diss\u00e9mination de bulletins m\u00e9t\u00e9os et d\u2019alertes en cas d\u2019\u00e9v\u00e9nements climatiques extr\u00eames par radio et SMS en Somalie, la construction de 13km de digues pour prot\u00e9ger le littoral de Guin\u00e9e-Conakry et restaurer 1 000 ha de terres arables, ou encore le creusement de dizaines de puits dans les zones arides de Djibouti <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

En termes d\u2019\u00e9valuation des progr\u00e8s de l\u2019adaptation en Afrique, deux remarques principales peuvent \u00eatre faites  :<\/p>\n\n\n\n

  1. Les actions d\u2019adaptation sont largement polaris\u00e9es entre des projets parfois efficaces mais anecdotiques en termes d\u2019\u00e9chelle, et de grands projets port\u00e9s politiquement, rarement concr\u00e9tis\u00e9s, et faisant parfois figure d\u2019\u00e9l\u00e9phants blancs. Il en va ainsi de la Grande Muraille Verte, une initiative inter-gouvernementale lanc\u00e9e en grande pompe il y a plus de 15 ans, visant \u00e0 construire une barri\u00e8re foresti\u00e8re de 15km de large et 7 800 km de long \u00e0 travers le Sahel, du S\u00e9n\u00e9gal \u00e0 Djibouti. L\u2019objectif de la Grande Muraille Verte, inspir\u00e9e d\u2019initiatives similaires men\u00e9es en Chine, est de limiter la progression du d\u00e9sert et de contribuer \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des moyens de subsistance des populations locales. Malgr\u00e9 des dizaines d\u2019\u00e9tudes et de r\u00e9unions de haut niveau, des Secr\u00e9tariats nationaux \u00e9tablis dans 11 pays et des partenariats conclus avec de nombreux instituts de recherches (IRD), ONG internationales (BirdLife), et organisations multilat\u00e9rales (G5 Sahel, Programme Alimentaire Mondial), les progr\u00e8s sur le terrain se font attendre. <\/li>
  2. Si le recensement des moyens n\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas chose ais\u00e9e, l\u2019\u00e9valuation des r\u00e9sultats dans un cadre consolid\u00e9 reste \u00e0 inventer. A ce jour, les cadres de reporting<\/em> sont nationaux et encore souvent balbutiants, la plupart des pays africains b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019aide internationale pour am\u00e9liorer leurs capacit\u00e9s en la mati\u00e8re et mettre en place des m\u00e9thodologies de suivi adapt\u00e9es. <\/li><\/ol>\n\n\n\n

    Finissons ce tour d\u2019horizon des progr\u00e8s de l\u2019adaptation en Afrique en \u00e9voquant la grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des situations nationales. Cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 refl\u00e8te les diff\u00e9rences de capacit\u00e9 (ressources, comp\u00e9tences) au sein des gouvernements, agences publiques et collectivit\u00e9s en charge de l\u2019adaptation, mais \u00e9galement des diff\u00e9rences de volont\u00e9 politique \u2013 les deux dimensions n\u2019\u00e9tant pas toujours corr\u00e9l\u00e9es. Parmi les pays les plus avanc\u00e9s dans l\u2019\u00e9laboration et la mise en \u0153uvre de leur Plan National d\u2019Adaptation <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>, on trouve donc certains des pays les plus riches d\u2019Afrique \u2013 comme le Kenya, le Maroc, l\u2019Afrique du Sud ou les Seychelles. Les pays moins d\u00e9velopp\u00e9s mais b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une forte dynamique politique comprennent par exemple le Rwanda, le Cameroun, le Togo ou le Burkina Faso. <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0<\/p>\n\n\n\n\n\n

    \n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \"L'indice\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

    D)     De nombreux obstacles demeurent pour renforcer l\u2019action climatique en Afrique, dont tous ne sont pas propres aux sujets climatiques<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

    Les obstacles sur la route d\u2019une action climatique efficace et durable en Afrique sont de deux ordres. Dans la premi\u00e8re cat\u00e9gorie, on trouve les obstacles propres \u00e0 la lutte contre le changement climatique. Il s\u2019agit en premier lieu du financement de l\u2019adaptation, pour lequel les sommes mobilis\u00e9es demeurent extr\u00eamement \u00e9loign\u00e9es des besoins. A titre d\u2019exemple, le Fonds Vert Climat a lanc\u00e9 en 2018 le tour de table pour sa recapitalisation, apr\u00e8s avoir mobilis\u00e9 7,2 milliards de dollars sur la p\u00e9riode 2014-2020 (contre 10,3 milliards de dollars promis initialement) <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Environ 9,3 milliards de dollars ont \u00e0 ce jour \u00e9t\u00e9 engag\u00e9s pour la p\u00e9riode 2020-2023, tr\u00e8s loin donc des 100 milliards de dollars annuels \u00e0 partir de 2020 sur lesquels les pays d\u00e9velopp\u00e9s s\u2019\u00e9taient mis d\u2019accord. A ce jour, le portefeuille africain du FVC repr\u00e9sente 2,2 milliards de dollars, soit 39 % de son portefeuille total.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

    Le second obstacle propre \u00e0 l\u2019adaptation au changement climatique est le manque de recul permettant d\u2019estimer l\u2019efficacit\u00e9 de certaines solutions. En particulier, les \u00ab  solutions fond\u00e9es sur la nature  \u00bb regroupent l\u2019ensemble des techniques d\u2019adaptation visant \u00e0 s\u2019appuyer sur les \u00e9cosyst\u00e8mes pour am\u00e9liorer la r\u00e9silience climatique des populations, c\u2019est-\u00e0-dire leur capacit\u00e9 \u00e0 faire face aux impacts du changement climatique. De telles solutions incluent la plantation d\u2019esp\u00e8ces d\u2019arbres sp\u00e9cifiques dans le Sahara mauritanien pour fixer les dunes et \u00e9viter l\u2019ensablement des habitations, la restauration de mangroves au Mozambique pour absorber l\u2019\u00e9nergie des vagues lors des temp\u00eates c\u00f4ti\u00e8res ou encore la restauration du couvert v\u00e9g\u00e9tal dans les collines du Rwanda pour limiter l\u2019\u00e9rosion et les glissements de terrain lors d\u2019\u00e9pisodes de pluies intenses. Ces solutions fond\u00e9es sur la nature sont tr\u00e8s s\u00e9duisantes sur le papier car la plupart d\u2019entre elles fournissent des b\u00e9n\u00e9fices multiples  : protection, source de revenus (les acacias plant\u00e9s en Mauritanie produiront par exemple de la gomme arabique), puits de carbone etc. Cependant, ces techniques \u00ab  vertes  \u00bb sont beaucoup plus longues et complexes \u00e0 mettre en place que des infrastructures dites \u00ab  grises  \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire artificielles. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019on ma\u00eetrise globalement les co\u00fbts et les d\u00e9lais associ\u00e9s \u00e0 la construction d\u2019une digue de protection c\u00f4ti\u00e8re, de nombreux \u00e9l\u00e9ments contingents cr\u00e9ent de l\u2019incertitude lors de la restauration d\u2019une for\u00eat de mangrove (mortalit\u00e9 des plants, d\u00e9pendance aux al\u00e9as climatiques etc.), qui de toute fa\u00e7on mettra plusieurs ann\u00e9es avant de fournir une protection efficace. <\/p>\n\n\n\n

    Au niveau des obstacles rencontr\u00e9s g\u00e9n\u00e9ralement par les initiatives de d\u00e9veloppement en Afrique, et qui se manifestent \u00e9galement lors de l\u2019\u00e9laboration et la mise en \u0153uvre de projets d\u2019adaptation au changement climatique, on trouve un manque r\u00e9current de capacit\u00e9s au sein des gouvernements et agences publiques, malgr\u00e9 de nombreuses initiatives de renforcement de capacit\u00e9s. L\u2019efficacit\u00e9 de ces derni\u00e8res est difficile \u00e0 \u00e9valuer de mani\u00e8re syst\u00e9matique, et se trouve souvent limit\u00e9e dans le temps par le turn-over au sein des \u00e9quipes form\u00e9es. La course aux per diem \u2013 souvent avec la complaisance des bailleurs de fonds \u2013 demeure \u00e9galement un sport dans de nombreux pays, ce qui conduit parfois \u00e0 douter de la motivation r\u00e9elle des personnels b\u00e9n\u00e9ficiant de formations nationales comme internationales.<\/p>\n\n\n\n

    Enfin, la fragilit\u00e9 et le manque de permanence de la gouvernance constituent un frein majeur \u00e0 la durabilit\u00e9 et \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 des actions d\u2019adaptation, qui s\u2019inscrivent par nature dans les moyen et long termes. Lorsqu\u2019un cadre institutionnel fort, dot\u00e9 d\u2019une m\u00e9moire et de pratiques \u00e9prouv\u00e9es fait d\u00e9faut, succ\u00e8s comme \u00e9checs d\u00e9pendent beaucoup des individualit\u00e9s. Ceci cr\u00e9e de l\u2019incertitude, limite la visibilit\u00e9 sur des questions par ailleurs complexes, et peut dissuader des investissements per\u00e7us d\u00e8s lors comme davantage risqu\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n

    II)    L\u2019action climatique de la France en Afrique  : bilan critique<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

    A)   En d\u00e9pit d\u2019une priorit\u00e9 officiellement accord\u00e9e \u00e0 l\u2019adaptation, les objectifs strat\u00e9giques fran\u00e7ais en mati\u00e8re de lutte contre le changement climatique en Afrique ne sont pas toujours lisibles.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

    L\u2019importance strat\u00e9gique de l\u2019adaptation en Afrique a \u00e9t\u00e9 explicitement reconnue dans le discours de Ouagadougou prononc\u00e9 par E. Macron le 28 novembre 2017. Y fut en effet \u00e9voqu\u00e9 avec une certaine emphase \u00ab  le changement climatique qui ravage le Sahel plus que toute autre r\u00e9gion dans le monde, qui au lac Tchad, dans toute la bande sah\u00e9lo-saharienne, bascule des populations enti\u00e8res, plonge dans la pauvret\u00e9 la plus compl\u00e8te des femmes et des hommes qui vivaient de l’agriculture, de la vente du poisson ou de routes commerciales qui vivaient depuis des si\u00e8cles et des si\u00e8cles.  \u00bb Cependant, ce discours consid\u00e9r\u00e9 comme fondateur pour la politique fran\u00e7aise en Afrique macronienne, comporte une confusion entre adaptation et att\u00e9nuation. Le Pr\u00e9sident affirmait ainsi souhaiter que \u00ab la France par ses entreprises et ses op\u00e9rateurs soit le partenaire privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019Afrique, dans le domaine de l\u2019adaptation aux changements climatiques. Je pense en particulier aux \u00e9nergies renouvelables (…)  \u00bb. Or, le d\u00e9veloppement des \u00e9nergies renouvelables rel\u00e8ve de l\u2019att\u00e9nuation et non de l\u2019adaptation. S\u2019il ne faut pas sur-interpr\u00e9ter une impr\u00e9cision sur un sujet \u2013 le changement climatique \u2013 qui n\u2019occupe en tout et pour tout qu\u2019une vingtaine de lignes dans un discours de 14 pages, on voit que ces concepts restent relativement flous au plus haut niveau de l\u2019Etat.<\/p>\n\n\n\n

    Comment ce volontarisme affich\u00e9 se traduit-il en objectifs op\u00e9rationnels  ? Rappelons que la France s\u2019est fix\u00e9 une cible de 0,55 % de son Revenu National Brut \u00e0 consacrer \u00e0 l\u2019Aide Publique au D\u00e9veloppement (APD) \u00e0 l\u2019horizon 2022. En 2018, les d\u00e9penses r\u00e9elles repr\u00e9sentaient 0,43 % du RNB, ce qui pla\u00e7ait la France \u00e0 la 10\u00e8me<\/sup> place mondiale. Pour ce qui est de son action climatique en Afrique, la France, pays h\u00f4te de la COP21, ne peut pas se permettre de manquer d\u2019ambition dans les objectifs affich\u00e9s. L\u2019Agence Fran\u00e7aise de D\u00e9veloppement s\u2019est en cons\u00e9quence assign\u00e9 pour but de \u00ab  construire une agence de financement du d\u00e9veloppement 100 % align\u00e9e sur l\u2019Accord de Paris  \u00bb. Les deux objectifs correspondants pr\u00e9sent\u00e9s dans la Strat\u00e9gie Climat-D\u00e9veloppement 2017-2022 de l\u2019AFD sont les suivants.<\/p>\n\n\n\n

    1. Chacun des engagements de l\u2019AFD doit \u00eatre analysable comme concourant, au du moins ne s\u2019opposant pas, aux objectifs d\u2019att\u00e9nuation et d\u2019adaptation des pays d\u2019intervention.<\/li>
    2. Par ailleurs, un objectif quantitatif d\u2019au moins 50 % des autorisations d\u2019engagements annuelles \u00e0 co-b\u00e9n\u00e9fices climatiques <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span> dans les pays b\u00e9n\u00e9ficiaires a \u00e9t\u00e9 fix\u00e9. L\u2019AFD maintient n\u00e9anmoins une d\u00e9clinaison diff\u00e9renci\u00e9e par grandes zones g\u00e9ographiques de cet objectif : les engagements climat devront repr\u00e9senter au moins 70 % des financements pour les zones Asie et Am\u00e9rique latine, 50 % pour la zone M\u00e9diterran\u00e9e et 30 % pour la zone Afrique subsaharienne.\u00a0<\/li><\/ol>\n\n\n\n

      Si le principe m\u00eame de cette diff\u00e9rentiation est difficile \u00e0 interpr\u00e9ter, le fait que la part retenue pour les engagements climatiques en Afrique soit moindre est incompr\u00e9hensible : pourquoi fixer un objectif inf\u00e9rieur aux autres r\u00e9gions alors m\u00eame que l\u2019Afrique est reconnue comme le continent le plus vuln\u00e9rable  ? La strat\u00e9gie fran\u00e7aise manque de visibilit\u00e9, ce que confirme l\u2019analyse des moyens engag\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

      B)     Le suivi et l\u2019\u00e9valuation de l\u2019action climatique fran\u00e7aise en Afrique manquent de transparence <\/strong><\/h4>\n\n\n\n

      Les bases de donn\u00e9es publi\u00e9es par l\u2019AFD ne comportent pas de marqueurs climatiques, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles n\u2019indiquent pas, pour chacun des plus de 1 700 projets r\u00e9pertori\u00e9s, si ceux-ci comportent une dimension climatique \u2013 qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019att\u00e9nuation ou d\u2019adaptation. Pour trouver cette information, il faut consulter la base de donn\u00e9es constitu\u00e9e par l\u2019OCDE, qui demande \u00e0 chaque pays donateur d\u2019assigner les \u00ab  marqueurs de Rio  \u00bb aux projets d\u00e9crits, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019indiquer pour chacun d\u2019entre eux s\u2019ils contribuent \u00e0 l\u2019att\u00e9nuation, l\u2019adaptation, la pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9 et la lutte contre la d\u00e9sertification. L\u2019OCDE fournit une m\u00e9thodologie aux pays pour assigner ces marqueurs et d\u00e9clarer des montants de financement associ\u00e9s, mais les pays sont libres d\u2019interpr\u00e9ter assez librement cette m\u00e9thodologie, et choisissent donc eux-m\u00eames  :<\/p>\n\n\n\n

      1. de d\u00e9clarer soit les montants promis dans des projets valid\u00e9s, soit les montants effectivement d\u00e9j\u00e0 d\u00e9bours\u00e9s  ;<\/li>
      2. d\u2019assigner les marqueurs de Rio \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des projets entiers ou \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plus fine des activit\u00e9s au sein de chaque projet  ; et<\/li>
      3. les coefficients correspondant aux appr\u00e9ciations qualitatives de contribution \u00ab  significative  \u00bb ou \u00ab  principale  \u00bb d\u2019un projet \u00e0 tel ou tel domaine des marqueurs de Rio. Ainsi, alors que l\u2019Allemagne ne d\u00e9clare que 50 % du budget d\u2019un projet comme participant \u00e0 l\u2019adaptation lorsque sa contribution est qualifi\u00e9e de \u00ab  significative  \u00bb et non de \u00ab  principale  \u00bb, le Japon d\u00e9clare 100 % du m\u00eame budget.<\/li><\/ol>\n\n\n\n

        Pour r\u00e9sumer, il existe donc une assez grande opacit\u00e9 sur les modes de suivi et de d\u00e9claration des d\u00e9penses associ\u00e9es au changement climatique dans l\u2019APD, et la France ne fait pas partie des bons \u00e9l\u00e8ves. En effet, un sondage a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 en 2018 par l\u2019OCDE pour comprendre les diff\u00e9rentes pratiques nationales en la mati\u00e8re, et la France n\u2019y a pas r\u00e9pondu. On ne sait donc pas exactement comment la France comptabilise ses diff\u00e9rentes contributions. <\/p>\n\n\n\n

        Cependant et de mani\u00e8re paradoxale, la France reconna\u00eet l\u2019importance du d\u00e9veloppement d\u2019une m\u00e9thodologie commune de comptabilisation des financements climat, en particulier pour l\u2019adaptation. Elle est d\u2019ailleurs engag\u00e9e dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019un tel cadre de suivi \u2013 l\u2019initiative Green Finance Mapping \u2013 au travers de la pr\u00e9sidence de l\u2019International Finance Development Group (IDFC). <\/p>\n\n\n\n

        C)     Dans la r\u00e9alit\u00e9, des moyens limit\u00e9s, focalis\u00e9s sur l\u2019att\u00e9nuation<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

        Quel est le volume de financements climatiques consentis par la France en Afrique ? M\u00eame si, comme on l\u2019a vu, les donn\u00e9es disponibles manquent de transparence, on peut n\u00e9anmoins esquisser une r\u00e9ponse et interpr\u00e9ter les chiffres \u00e0 l\u2019aune des objectifs affich\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n

        Les derniers chiffres pour la finance climatique de la France consolid\u00e9s par l\u2019OCDE datent de 2017, et nous disposons par ailleurs des donn\u00e9es publi\u00e9es directement par l\u2019AFD en 2018. Bien que ces chiffres ne se rapportent pas exactement au m\u00eame p\u00e9rim\u00e8tre, pr\u00e8s de 90 % de l\u2019APD climatique fran\u00e7aise est g\u00e9r\u00e9e par l\u2019AFD  ; les volumes peuvent donc \u00eatre pratiquement mis en relation. <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n

        Le volume total des financements climatiques consentis par la France en Afrique en 2018 \u00e9tait ainsi d\u2019environ 2 048 millions de dollars, ce qui repr\u00e9sentait 40 % de l\u2019aide climatique fran\u00e7aise dans le monde. Ce chiffre a largement augment\u00e9 apr\u00e8s la COP21, avec un taux de croissance de 42 % entre 2016 et 2017 et 36 % entre 2017 et 2018 \u2013 traduisant sans doute \u00e9galement une \u00e9volution dans le pratiques de reporting<\/em>, de plus en plus scrut\u00e9 apr\u00e8s 2015. <\/p>\n\n\n\n

        De mani\u00e8re \u00e9tonnante au vu des d\u00e9clarations sur l\u2019importance de l\u2019adaptation en Afrique, la part de l\u2019adaptation dans les sommes consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019action climatique fran\u00e7aise oscille entre 40 et 27 % selon les ann\u00e9es, et repr\u00e9sente donc des montants moins importants que l\u2019att\u00e9nuation. Ce constat est d\u2019autant plus remarquable lorsque l\u2019on compare avec d\u2019autres pays donateurs. Ainsi, alors que le Royaume-Uni investissait autant que la France pour ce qui est de l\u2019adaptation en Afrique en 2017, les montants engag\u00e9s par la France pour l\u2019att\u00e9nuation \u00e9taient presque six fois sup\u00e9rieurs aux investissements britanniques. De m\u00eame, l\u2019Allemagne investissait \u00e0 peine moins que la France en mati\u00e8re d\u2019att\u00e9nuation, mais deux fois plus en mati\u00e8re d\u2019adaptation. <\/p>\n\n\n\n

        Par ailleurs, les \u00e9volutions inter-annuelles sont souvent erratiques, avec des chiffres parfois surprenants. Par exemple, les sommes consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019adaptation auraient diminu\u00e9 de 2 % entre 2016 et 2017 avant d\u2019augmenter de 98 % entre 2017 et 2018. Outre d\u2019\u00e9ventuels changements dans les m\u00e9thodologies de reporting<\/em>, ces brusques \u00e9volutions traduisent la forte sensibilit\u00e9 du portefeuille \u00e0 quelques programmes phares, telle l\u2019initiative \u00ab  Transformer les syst\u00e8mes financiers pour le climat  \u00bb cofinanc\u00e9e par l\u2019AFD \u00e0 hauteur de 413 millions d\u2019euros sous forme de pr\u00eats, et qui a pu \u00eatre imput\u00e9e en bonne partie dans les chiffres de 2018 bien que la mise en \u0153uvre du projet soit pr\u00e9vue sur 20 ans.   <\/p>\n\n\n\n

        Enfin, notons qu\u2019au-del\u00e0 de l\u2019APD climatique, l\u2019aide au d\u00e9veloppement fran\u00e7aise repr\u00e9sentait en 2017 8 % de l\u2019APD totale dirig\u00e9e vers l\u2019Afrique (contre 36 % pour les Etats-Unis, 14 % pour le Royaume-Uni et 12 % pour l\u2019Allemagne), ce qui conduit \u00e0 relativiser l\u2019importance de la politique fran\u00e7aise en la mati\u00e8re du point de vue des b\u00e9n\u00e9ficiaires. Par ailleurs, il est remarquable que la France, en d\u00e9pit de ses liens historiques, de son implication diplomatique et de ses multiples int\u00e9r\u00eats sur le continent, n\u2019accorde pas une part plus importante de son APD \u00e0 l\u2019Afrique (45 %) que d\u2019autres contributeurs bilat\u00e9raux importants, comme les Etats-Unis (51 %) ou le Royaume-Uni (52 %). <\/p>\n\n\n\n

        D)     Ce qui soul\u00e8ve plusieurs questions sur les d\u00e9terminants r\u00e9els de l\u2019APD climatique fran\u00e7aise en Afrique<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

        Comment interpr\u00e9ter les tendances ainsi relev\u00e9es ? En particulier, pourquoi l\u2019att\u00e9nuation est-elle davantage financ\u00e9e que l\u2019adaptation ? Autrement dit, la hi\u00e9rarchie des crit\u00e8res d\u2019investissement de l\u2019APD climatique fran\u00e7aise en Afrique \u201cr\u00e9v\u00e9l\u00e9e\u201d par les chiffres diff\u00e8rerait-elle des d\u00e9terminants affich\u00e9s  ?<\/p>\n\n\n\n

        Les principaux crit\u00e8res de choix d\u2019investissement de l\u2019APD, climatique ou non, en Afrique comme ailleurs, sont au nombre de quatre  : i) la strat\u00e9gie politique du pays donateur  ; ii) la demande politique du pays receveur  ; iii) la rentabilit\u00e9 \u00e9conomique pour le pays donateur ; et iv) la d\u00e9montrabilit\u00e9 de l\u2019efficacit\u00e9 des solutions.<\/p>\n\n\n\n

        Or, pour chacun de ces crit\u00e8res, on peut soutenir que l\u2019att\u00e9nuation est au moins sup\u00e9rieure \u00e0 l\u2019adaptation. Pour ce qui est du premier crit\u00e8re, on peut avancer que, tandis que soutenir l\u2019adaptation des populations africaines b\u00e9n\u00e9ficie principalement aux Africains, accompagner leurs strat\u00e9gies d\u2019att\u00e9nuation profitera \u00e0 terme \u00e9galement \u00e0 la France. En effet, dans les Pays les Moins Avanc\u00e9s en particulier, l\u2019att\u00e9nuation prend une d\u00e9finition sp\u00e9cifique : plus que diminuer les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre en rempla\u00e7ant des technologies d\u00e9j\u00e0 en place par des technologies propres, il s\u2019agit de favoriser une trajectoire de d\u00e9veloppement bas-carbone alors que les \u00e9missions seront de toute fa\u00e7on amen\u00e9es \u00e0 augmenter avec la croissance \u00e9conomique. Pour les pays donateurs, dont la France, l\u2019objectif strat\u00e9gique est donc que l\u2019Afrique ne devienne pas une nouvelle Chine \u00e0 mesure que son d\u00e9veloppement s\u2019acc\u00e9l\u00e8re. L\u2019effet de serre ne connaissant pas de fronti\u00e8res, pr\u00e9venir les \u00e9missions futures de l\u2019Afrique, c\u2019est donc limiter les impacts \u00e0 venir des changements climatiques sur le territoire fran\u00e7ais. <\/p>\n\n\n\n

        Le second crit\u00e8re rel\u00e8ve de la demande politique du pays receveur. Or cette demande est souvent plus sensible aux d\u00e9penses imm\u00e9diatement visibles et exploitables politiquement qu\u2019aux investissements de fond, dont les effets mettront parfois plusieurs ann\u00e9es \u00e0 se manifester. Or, les projets d\u2019att\u00e9nuation sont souvent plus spectaculaires que les projets d\u2019adaptation. Installer une centrale solaire photovolta\u00efque, \u00e9quiper la capitale d\u2019une flotte de bus propres, construire un barrage hydro-\u00e9lectrique  : autant de projets plus attirants pour un gouvernement en qu\u00eate de visibilit\u00e9 aupr\u00e8s de son \u00e9lectorat que des formations aux agriculteurs pour adapter leurs calendriers culturaux ou adopter des semences am\u00e9lior\u00e9es, par exemple.<\/p>\n\n\n\n

        Le troisi\u00e8me crit\u00e8re dans les choix d\u2019investissement d\u2019APD \u2013 la rentabilit\u00e9 \u00e9conomique pour le pays donateur \u2013 est sans doute celui qui favorise le plus l\u2019att\u00e9nuation au d\u00e9triment de l\u2019adaptation. En effet, d\u00e9velopper des \u00e9nergies propres, par exemple, permet de cr\u00e9er des opportunit\u00e9s \u00e9conomiques pour des entreprises fran\u00e7aises, ce qui n\u2019est que rarement le cas des initiatives d\u2019adaptation. Ainsi, le d\u00e9veloppement du barrage hydro\u00e9lectrique de Nachtigal au Cameroun, qui devrait \u00eatre mis en service en 2023 et fournir 30 % de la production \u00e9lectrique du pays, est assur\u00e9 par EDF\u2026 et financ\u00e9 \u00e0 hauteur de 150 millions d\u2019euros par le groupe AFD. Globalement, l\u2019adaptation est vue comme des dommages \u00e9vit\u00e9s, tandis que l\u2019att\u00e9nuation est assimil\u00e9e \u00e0 des march\u00e9s ouverts et de nouvelles opportunit\u00e9s industrielles. <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span> Si cette dichotomie n\u2019est pas infond\u00e9e, elle n\u2019est pas totalement l\u00e9gitime, et les b\u00e9n\u00e9fices \u00ab  positifs  \u00bb li\u00e9s \u00e0 l\u2019adaptation devraient \u00eatre mieux valoris\u00e9s. Notons enfin que le crit\u00e8re de rentabilit\u00e9 \u00e9conomique des investissements d\u2019APD est d\u2019autant plus important que l\u2019aide prend la forme de pr\u00eats. Or, sur les 11,4 milliards d\u2019euros engag\u00e9s par l\u2019AFD dans le monde en 2018, 83 % l\u2019ont \u00e9t\u00e9 sous forme de pr\u00eats. Ces derniers, m\u00eame lorsqu\u2019ils sont concessionnels, c\u2019est-\u00e0-dire consentis \u00e0 des taux inf\u00e9rieurs au march\u00e9, permettent de r\u00e9aliser des op\u00e9rations profitables  ; l\u2019AFD a ainsi enregistr\u00e9 un r\u00e9sultat net de 145 millions d\u2019euros en 2018.<\/p>\n\n\n\n

        Enfin, le quatri\u00e8me crit\u00e8re \u2013 celui de la d\u00e9montrabilit\u00e9 de l\u2019efficacit\u00e9 des solutions \u2013 a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 plus haut  : la puissance d\u2019un parc \u00e9olien est ais\u00e9ment quantifiable  ; la protection assur\u00e9e par une for\u00eat permettant de lutter contre l\u2019\u00e9rosion l\u2019est beaucoup moins \u2013 jusqu\u2019au moment o\u00f9 un pont s\u2019effondre en contre-bas et que les dommages peuvent \u00eatre chiffr\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n

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