{"id":74081,"date":"2020-05-28T20:02:09","date_gmt":"2020-05-28T18:02:09","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=74081"},"modified":"2020-05-28T20:02:11","modified_gmt":"2020-05-28T18:02:11","slug":"climat-de-destitution-en-espagne-vox-prend-dassaut-les-rues-de-madrid","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/05\/28\/climat-de-destitution-en-espagne-vox-prend-dassaut-les-rues-de-madrid\/","title":{"rendered":"\u00ab Climat de destitution \u00bb en Espagne : Vox prend d\u2019assaut les rues de Madrid"},"content":{"rendered":"\n

Madrid.<\/em> Alors que l’Espagne entre dans une nouvelle phase de la pand\u00e9mie de COVID19, l’escalade politique atteint de nouveaux sommets. Samedi dernier, la direction du parti populiste de droite Vox est revenue sur la Plaza Col\u00f3n, au c\u0153ur de Madrid. Assis sur un bureau et lisant les notes de son discours, le leader Santiago Abascal a exhort\u00e9 ses partisans \u00e0 faire pression contre le gouvernement de coalition de Sanchez pour mettre fin \u00e0 son mandat <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans les rues, des centaines de manifestants, dans des voitures ouvertes et v\u00eatus aux couleurs du drapeau espagnol, ont klaxonn\u00e9 et chant\u00e9 pour r\u00e9clamer la d\u00e9mission de Pedro Sanchez, Nadia Calvi\u00f1o et Pablo Iglesias. Quelques jours auparavant, lors de la session parlementaire sur la prolongation de l’\u00e9tat d’urgence, Abascal avait invit\u00e9 tous les Espagnols \u00e0 descendre dans la rue Samedi, afin de faire pression sur une \u00ab administration incomp\u00e9tente \u00bb et de d\u00e9fendre les id\u00e9aux de \u00ab libert\u00e9 \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Tout au long des deux mois de confinement, Vox a fait toutes sortes de pirouettes concernant sa position politique sur la pand\u00e9mie.<\/p>\n\n\n\n

Au d\u00e9but de la crise, en mars dernier, ils ont tenu le gouvernement responsable d’avoir agi trop \u00ab passivement \u00bb et ont exig\u00e9 un durcissement des mesures de confinement. Dans les semaines qui ont suivi, ils ont cependant l\u00e9g\u00e8rement collabor\u00e9 avec l’administration de Sanchez au point d’approuver le mandat ex\u00e9cutif pour l’\u00e9tat d’urgence. Plus r\u00e9cemment, et compte tenu des conflits territoriaux entre r\u00e9gions espagnoles, Vox a opt\u00e9 pour une position plus libertaire, pro-libert\u00e9 et anti-r\u00e9glementaire face \u00e0 la prolongation de la p\u00e9riode d’urgence. Il est d\u00e9concertant de voir comment un parti, dont l’un des principes fondateurs est le rejet de la conception f\u00e9d\u00e9raliste du territoire national, se positionne maintenant pour un \u00ab f\u00e9d\u00e9ralisme d\u00e9loyal \u00bb combattant les mandats ex\u00e9cutifs <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ces changements expliquent la flexibilit\u00e9 dont Vox peut faire preuve dans sa mission d’amorcer un processus de destitution contre l’administration actuelle, dirig\u00e9e par Pedro Sanchez et Pablo Iglesias.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

La position politique de Vox devient paradoxale lorsque l’on pr\u00eate attention \u00e0 la devise actuelle qui anime les mobilisations de ces derni\u00e8res semaines : \u00ab Agissons au nom de la libert\u00e9 \u00bb. En effet, selon les t\u00e9moignages de l’\u00e9v\u00e9nement de samedi, les manifestants avaient pour bande sonore la chanson populaire de Nino Bravo \u00ab Libre \u00bb <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. C’est une devise \u00e9trange pour un parti qui, jusqu’au mois dernier, lors d’une conf\u00e9rence nationale conservatrice \u00e0 Rome, s’est r\u00e9uni en table ronde avec Viktor Orban <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Comme nous l’avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit sur Le Grand Continent<\/em>, Vox se trouve \u00e0 la fronti\u00e8re entre l’hyper-n\u00e9olib\u00e9ralisme et l’illib\u00e9ralisme dans le paysage politique espagnol, et il est encore trop t\u00f4t pour savoir laquelle de ces deux voies il adoptera finalement. Dans un r\u00e9cent entretien avec le sp\u00e9cialiste de droite Federico Jimenez Losantos, Abascal est all\u00e9 pr\u00e9senter ses arguments constitutionnels au nom de la libert\u00e9. Ces arguments, ressemblaient beaucoup \u00e0 la d\u00e9fense de John Yoo en faveur d’un exercice minimal de la libert\u00e9, dans le cadre de la conception f\u00e9d\u00e9raliste (droits des \u00c9tats) subordonnant toute action verticale du gouvernement central <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cette manoeuvre politique t\u00e9moigne de la nature volatile du f\u00e9d\u00e9ralisme en Espagne, qui, plus que g\u00e9n\u00e9rer un nouveau consensus et une s\u00e9paration des pouvoirs bien structur\u00e9e, peut instiguer la polarisation, la fragmentation et la confrontation id\u00e9ologique. Bien s\u00fbr, nous devons nous demander ce que Vox recherche dans cette nouvelle \u00e9tape pour \u00e9courter le mandat de S\u00e1nchez. Il y a plusieurs strat\u00e9gies en jeu.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Tout d’abord, le \u00ab climat de destitution \u00bb foment\u00e9 par les dirigeants de Vox, veut capitaliser sur le m\u00e9contentement et l’irritation du peuple espagnol apr\u00e8s deux mois d’enfermement. Comme on peut l’interpr\u00e9ter au travers des interviews d’Abascal, ses arguments sont plus sentimentaux et rageurs qu’\u00e9conomiques. Nous constatons ici un contraste avec la droite libertaire am\u00e9ricaine : le filtrage de la rage et de la haine comme affect responsable de la rupture du consensus familial et communautaire, fait rediriger l\u2019antagonisme contre un coupable central, l’administration S\u00e1nchez. Comme l\u2019a dit le psychanalyste madril\u00e8ne Jorge Alem\u00e1n, la rage est une passion qui, au niveau de l’affect, devient plus facile \u00e0 mobiliser, car n\u2019ayant pas besoin de m\u00e9diation rationnelle <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n

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