{"id":73184,"date":"2020-05-20T14:29:52","date_gmt":"2020-05-20T12:29:52","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=73184"},"modified":"2020-05-20T18:09:34","modified_gmt":"2020-05-20T16:09:34","slug":"en-italie-le-coronavirus-a-pour-le-moment-renforce-le-gouvernement-conte-ii-mais-des-faiblesses-sous-jacentes-persistent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/05\/20\/en-italie-le-coronavirus-a-pour-le-moment-renforce-le-gouvernement-conte-ii-mais-des-faiblesses-sous-jacentes-persistent\/","title":{"rendered":"En Italie, le coronavirus a (pour le moment) renforc\u00e9 le gouvernement Conte II, mais des faiblesses sous-jacentes persistent"},"content":{"rendered":"\n

Rome.<\/em> Les crises offrent parfois des opportunit\u00e9s, et \u00e0 court terme, la pand\u00e9mie a \u00e9t\u00e9 une aubaine pour Giuseppe Conte, bloquant toute tentative d’ouverture d’une crise gouvernementale. Le Premier ministre a utilis\u00e9 l’\u00e9pid\u00e9mie \u00e0 des fins politiques pour se pr\u00e9senter comme un homme d’\u00c9tat, tout en critiquant ceux qui ont tent\u00e9 d’utiliser la pand\u00e9mie \u00e0 des fins politiques (\u00e0 savoir l’opposition). Palazzo Chigi a centralis\u00e9 les d\u00e9cisions et la communication pour faire face \u00e0 l’urgence, le Premier ministre a produit une r\u00e9glementation de second niveau, des d\u00e9crets du Premier ministre, pour g\u00e9rer les mesures sanitaires et de s\u00e9curit\u00e9 et il a largement utilis\u00e9 les conf\u00e9rences de presse et les \u00e9missions sur Facebook, monopolisant l’attention politique du pays. <\/p>\n\n\n\n

La pand\u00e9mie a temporairement masqu\u00e9 la faiblesse de la solution \u00ab Conte II<\/strong> \u00bb : l’effondrement \u00e9lectoral et politique du Mouvement 5 \u00e9toiles (le populisme a des racines dans l’\u00e9lectorat : si les partis populistes cessent d’\u00eatre populistes, les \u00e9lecteurs populistes vont ailleurs) ; les tensions entre le Mouvement 5 \u00e9toiles populiste et les d\u00e9mocrates de l’establishment<\/em> sur les politiques industrielles, l’intemp\u00e9rance de Renzi pour un programme plus mod\u00e9r\u00e9 et centralis\u00e9 sur la r\u00e9forme de la justice et les politiques sociales ; la croissance de l’opposition dans les sondages et les \u00e9lections locales. De plus, la pand\u00e9mie a mis fin \u00e0 la strat\u00e9gie de l’opposition, qui appelait \u00e0 des \u00e9lections rapides si la majorit\u00e9 d\u00e9fectueuse s’effondrait. <\/p>\n\n\n\n

Cependant, la pand\u00e9mie a \u00e9clips\u00e9, mais n’a pas effac\u00e9, la faiblesse de Conte.<\/strong> Cela est particuli\u00e8rement \u00e9vident lorsque l’on examine l’\u00ab histoire \u00bb des politiques adopt\u00e9es pour faire face \u00e0 l’\u00e9pid\u00e9mie de Covid-19. Press\u00e9 par l’opposition (et par les r\u00e9gions), Conte a \u00e9t\u00e9 contraint de durcir le verrou, apr\u00e8s avoir utilis\u00e9 une approche plus souple dans les premi\u00e8res semaines de la crise ; il a adopt\u00e9 une ligne dure (qui a largement \u00e9chou\u00e9) dans la n\u00e9gociation avec l’Union europ\u00e9enne ; le gouvernement a \u00e9t\u00e9 contraint de fermer les ports aux migrants pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 (motivation de Salvini). La pand\u00e9mie a montr\u00e9 que le gouvernement Conte II, avec un faible consensus, a \u00e9t\u00e9 largement influenc\u00e9 par l’opposition dans ses choix politiques. Une autre fragilit\u00e9 est la tendance de Conte \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 un nombre croissant de technocrates dans le processus d’\u00e9laboration des politiques. Le gouvernement a cr\u00e9\u00e9 quinze groupes de travail avec des centaines d’experts afin de g\u00e9rer la crise. Cependant, l’impression est que les technocrates sont utilis\u00e9s par le gouvernement comme des \u00ab boucliers humains \u00bb sur lesquels il se d\u00e9charge de la responsabilit\u00e9 d’un \u00e9ventuel \u00e9chec. La consultation constante d’experts peut \u00eatre lue comme le signe d’un vide de leadership et comme une abdication par la politique repr\u00e9sentative de son devoir de diriger le processus d\u00e9cisionnel. <\/p>\n\n\n\n

En outre, la politique italienne est confront\u00e9e \u00e0 un double bouc \u00e9missaire<\/strong>. Le gouvernement bl\u00e2me les r\u00e9gions du nord gouvern\u00e9es par la Ligue, en particulier la Lombardie o\u00f9 l’\u00e9pid\u00e9mie a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s grave, pour la mauvaise gestion du syst\u00e8me de sant\u00e9 (qui est sous gouvernance r\u00e9gionale) par opposition \u00e0 la pand\u00e9mie. Pendant ce temps, les r\u00e9gions accusent Rome d’avoir agi trop lentement et trop l\u00e9g\u00e8rement dans les premi\u00e8res semaines de l’\u00e9pid\u00e9mie de Covid-19. Ces derni\u00e8res semaines, le gouvernement central a \u00e9t\u00e9 assi\u00e9g\u00e9 par les gouverneurs r\u00e9gionaux, dont un du Parti D\u00e9mocrate (PD), pour avoir tard\u00e9 \u00e0 fournir du mat\u00e9riel m\u00e9dical aux h\u00f4pitaux par le biais d’une proc\u00e9dure d’achat centralis\u00e9e. La crise a mis en \u00e9vidence un probl\u00e8me non r\u00e9solu du syst\u00e8me politique italien, \u00e0 savoir la relation entre les r\u00e9gions et le gouvernement central. Conte a sembl\u00e9 mal \u00e0 l’aise dans la gestion de cette relation \u00e9galement dans la \u00ab phase 2 \u00bb de la crise, en effet les r\u00e9gions poussent maintenant le gouvernement \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer la proc\u00e9dure de r\u00e9ouverture des activit\u00e9s industrielles et commerciales, tandis que l’ex\u00e9cutif se retient. L’impression que le contr\u00f4le de l’agenda politique sur la pand\u00e9mie est plus entre les mains des r\u00e9gions qu’entre celles du gouvernement. <\/p>\n\n\n\n

En fin de compte, cependant, au moins \u00e0 court terme et \u00e0 un niveau superficiel, Conte a jou\u00e9 une strat\u00e9gie r\u00e9ussie<\/strong>. Le Premier ministre a annonc\u00e9 les meilleures notes jamais obtenues dans les sondages et, en ce moment, les \u00e9lecteurs italiens cherchent des points de r\u00e9f\u00e9rence institutionnels et sont pr\u00eats \u00e0 pardonner beaucoup, compte tenu \u00e9galement de la situation exceptionnelle. En outre, les partis d’opposition ont du mal \u00e0 s’opposer \u00e0 un gouvernement qui fait beaucoup de ce qu’ils ont demand\u00e9. Au final, Conte, soutenu par la pand\u00e9mie, est la meilleure carte de l’establishment <\/em>europhile pour \u00e9loigner durablement les nationalistes (Salvini et Meloni) du pouvoir. <\/p>\n\n\n\n

Au niveau de l’Union europ\u00e9enne<\/strong>, Conte a subi sa pire d\u00e9faite. Lors de la n\u00e9gociation des mesures d’urgence, le Premier ministre a soutenu la proposition d’euro-obligations et s’est oppos\u00e9 \u00e0 l’utilisation du m\u00e9canisme europ\u00e9en de stabilit\u00e9. Cependant, les euro-obligations ont \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement rejet\u00e9es par le bloc allemand et le bloc du Nord, tandis que le m\u00e9canisme de sauvegarde d’urgence est rest\u00e9 l’un des outils possibles pour faire face \u00e0 la crise (avec les pr\u00eats de la BEI et de SURE). Bien que M. Conte ait convenu du recours un MES sans conditionnalit\u00e9 uniquement pour les d\u00e9penses de sant\u00e9 pour 2 % du PIB, il semble que la conditionnalit\u00e9 soit, dans tous les cas, implicite avec l’utilisation du MES. En effet, le fonds pr\u00eate aux \u00c9tats membres (nouvelle dette publique) et les \u00c9tats devraient le rembourser avec des int\u00e9r\u00eats. Il est in\u00e9vitable que l’\u00e9conomie politique soit affect\u00e9e par l’utilisation du MES, m\u00eame dans le cas de pr\u00eats limit\u00e9s aux d\u00e9penses de sant\u00e9. Ceci est encore plus valable pour un pays tr\u00e8s endett\u00e9 comme l’Italie. Si l’on consid\u00e8re les r\u00e9sultats du Conseil de l’Union europ\u00e9enne et l’\u00e9quilibre des pouvoirs au sein de l’Union, il est probable que le \u00ab lien ext\u00e9rieur \u00bb exerc\u00e9 par la gouvernance europ\u00e9enne et les march\u00e9s financiers sur la politique italienne sera renforc\u00e9 dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. <\/p>\n\n\n\n

Par ailleurs, la proposition avanc\u00e9e par la France de cr\u00e9er un Fonds de relance afin de mettre en place une mutualisation douce de la dette publique de la zone euro a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e par le Conseil de l’Union europ\u00e9enne, mais la discussion sur le montant des ressources pour le remplir et les d\u00e9tails de son m\u00e9canisme de fonctionnement (subventions ou pr\u00eats) a \u00e9t\u00e9 report\u00e9e au mois prochain <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En conclusion, compte tenu des promesses faites par Conte \u00e0 l’\u00e9lectorat et de sa propagande politique en faveur de l’id\u00e9e des eurobonds<\/em>, le r\u00e9sultat au niveau europ\u00e9en semble modeste pour le Premier ministre.<\/p>\n\n\n\n

\n\t
\n\t\t