{"id":72417,"date":"2020-05-12T15:09:40","date_gmt":"2020-05-12T13:09:40","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=72417"},"modified":"2020-05-20T17:33:34","modified_gmt":"2020-05-20T15:33:34","slug":"economie-de-pandemie-economie-de-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/05\/12\/economie-de-pandemie-economie-de-guerre\/","title":{"rendered":"\u00c9conomie de pand\u00e9mie, \u00e9conomie de guerre"},"content":{"rendered":"\n

Les dirigeants politiques du monde entier se plaisent \u00e0 le r\u00e9p\u00e9ter : \u00ab nous \u00bb sommes en \u00ab guerre \u00bb<\/a>. Quel meilleur moyen de mobiliser toutes les volont\u00e9s contre un ennemi commun<\/a>, le virus, tout en disqualifiant r\u00e9sistances et protestations ? Mais au-del\u00e0 des \u00e9lans patriotiques d\u2019une part, des tra\u00eetres qui tra\u00eenent sans attestation de l\u2019autre, la guerre est aussi un r\u00e9servoir de r\u00e9f\u00e9rences sur le plan de l\u2019\u00e9conomie<\/a>. Dans les pays touch\u00e9s par la crise, la production et les \u00e9changes se retrouvent dans une situation in\u00e9dite, qui pr\u00e9sente un certain nombre de traits analogues \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de guerre.<\/p>\n\n\n\n

Pr\u00e9cisons. Les \u00e9conomies de guerre dans l\u2019histoire sont aussi vari\u00e9es que les guerres elles-m\u00eames et le contexte dans lequel elles interviennent. Mais dans la suite de ce texte, nous nous int\u00e9resserons \u00e0 la r\u00e9orientation d\u2019\u00e9conomies de march\u00e9 industrialis\u00e9es au service et sous la contrainte d\u2019une guerre totale, men\u00e9e par l\u2019\u00c9tat qui s\u2019empare d\u2019un grand nombre de leviers jusqu\u2019alors r\u00e9serv\u00e9s au march\u00e9. Nous pensons donc aux pays riches pendant les deux guerres mondiales, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment, aux \u00c9tats qui ont cumul\u00e9 une implication compl\u00e8te dans le conflit et une continuit\u00e9 politique et administrative pendant les combats eux-m\u00eames. Seront \u00e9voqu\u00e9s avec plus ou moins de d\u00e9tail la France, le Royaume-Uni et l\u2019Allemagne pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale ; le Royaume-Uni et les \u00c9tats-Unis pendant la Seconde.<\/p>\n\n\n\n

Les \u00e9conomies de guerre dans l\u2019histoire sont aussi vari\u00e9es que les guerres elles-m\u00eames et le contexte dans lequel elles interviennent.<\/p>THOMAS IRACE, ULYSSE LOJKINE<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Nous proposons d\u2019examiner quatre moments communs \u00e0 la crise actuelle et \u00e0 ces situations d\u2019\u00e9conomie de guerre : interruption du commerce, mobilisation des ressources, transformation des structures, reconstruction. On peut les faire correspondre approximativement \u00e0 des temps successifs (le choc, la r\u00e9organisation, la sortie de crise) mais on peut aussi les comprendre comme quatre dimensions superpos\u00e9es d\u2019un m\u00eame processus. Notons que si l\u2019analogie de structure entre la crise actuelle et l\u2019\u00e9conomie de guerre nous para\u00eet frappante, elle ne signifie pas une similitude de contenu : nous ne sommes pas en guerre, et il serait ind\u00e9cent de pr\u00e9tendre le contraire <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais dans chacun des quatre domaines, l\u2019\u00e9conomie de guerre peut \u00eatre une base de questionnement f\u00e9conde sur la crise actuelle.<\/p>\n\n\n\n

si l\u2019analogie de structure entre la crise actuelle et l\u2019\u00e9conomie de guerre nous para\u00eet frappante, elle ne signifie pas une similitude de contenu : nous ne sommes pas en guerre, et il serait ind\u00e9cent de pr\u00e9tendre le contraire.<\/p>THOMAS IRACE, ULYSSE LOJKINE<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \"Image\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Interruption<\/h2>\n\n\n\n

\u00ab La p\u00e9riode qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la Premi\u00e8re guerre mondiale fut la p\u00e9riode de mondialisation la plus compl\u00e8te jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, une p\u00e9riode de libre-\u00e9change approfondi et de ce qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui des politiques n\u00e9olib\u00e9rales. \u00bb<\/p>Branko Milanovic, 2016 <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n

Un premier parall\u00e8le contribue au succ\u00e8s de la m\u00e9taphore guerri\u00e8re : depuis que les avions restent clou\u00e9s au sol et que les masques<\/a> arrivent au compte-gouttes, beaucoup diagnostiquent ou pr\u00e9disent un reflux de la \u00ab mondialisation \u00bb, sans toujours se mettre d\u2019accord sur le sens donn\u00e9 \u00e0 ce terme mais en mettant g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019accent sur les flux financiers et commerciaux transfrontaliers. \u00c0 \u00e9couter les discours des dirigeants politiques, la lutte de chaque peuple contre le virus est d\u2019autant plus h\u00e9ro\u00efque qu\u2019il semble ne plus pouvoir compter que sur lui-m\u00eame. Et quand il s\u2019agit d\u2019envisager l\u2019avenir, beaucoup ne jurent plus que par le retour de la souverainet\u00e9 (nationale ou europ\u00e9enne) et la relocalisation industrielle, seules voies de la r\u00e9silience sanitaire, \u00e9conomique et in fine <\/em>politique. En somme : que le moins d\u00e9pendant gagne.<\/p>\n\n\n\n

Or les deux guerres mondiales ont bien vu, elles aussi, des perturbations violentes des \u00e9changes internationaux \u00e0 leurs d\u00e9buts. \u00c0 premi\u00e8re vue, ceux-ci paraissent constituer des pr\u00e9c\u00e9dents valables : pour ne prendre que le cas de la France, l\u2019INSEE estime la baisse du commerce ext\u00e9rieur de la France \u00e0 6 % au premier semestre. Si la chute devait se poursuivre sur le reste de l\u2019ann\u00e9e, elle pourrait se rapprocher des niveaux connus en 1914 (-26 %) ou en 1940 (-29 %) <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Au niveau mondial, l\u2019OMC<\/a> pr\u00e9voit une baisse du commerce entre 13 et 32 % pour l\u2019ann\u00e9e 2020, plus violente donc qu\u2019en 2008-2009 <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Quand il s\u2019agit d\u2019envisager l\u2019avenir, beaucoup ne jurent plus que par le retour de la souverainet\u00e9 (nationale ou europ\u00e9enne) et la relocalisation industrielle, seules voies de la r\u00e9silience sanitaire, \u00e9conomique et in fine <\/em>politique. En somme : que le moins d\u00e9pendant gagne.<\/p>THOMAS IRACE, ULYSSE LOJKINE<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Pendant les deux conflits mondiaux, la rupture des cha\u00eenes d\u2019approvisionnement, par le blocus ou la conqu\u00eate, est l\u2019un des principaux moyens de la guerre \u00e9conomique. Ses cons\u00e9quences sont parfois tragiques. En 1914-1919, le blocus impos\u00e9 \u00e0 l\u2019Allemagne par les pays de l\u2019Entente fait des centaines de milliers de morts de faim. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, l\u2019Empire ottoman bloque les d\u00e9troits turcs, coupant ainsi une voie d\u2019approvisionnement cruciale pour la Russie ; c\u2019est une des causes de la p\u00e9nurie de l\u2019hiver 1916-1917, et du d\u00e9sordre politique que l\u2019on sait <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En 1939-1945 plusieurs famines massives surviennent (en Union sovi\u00e9tique, au Bengale, dans la province chinoise du Henan, \u00e0 Java, au Vietnam, en Gr\u00e8ce, en Autriche, aux Pays-Bas\u2026) <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Dans ce cadre, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des approvisionnements en nourriture constitue un avantage strat\u00e9gique d\u00e9cisif, non seulement pour nourrir la population mais aussi parce qu\u2019il permet de lib\u00e9rer une partie de la main-d\u2019\u0153uvre agricole en direction des forces arm\u00e9es ou de l\u2019industrie. C\u2019est par exemple un atout pour le Royaume-Uni par rapport \u00e0 l\u2019Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. S\u2019y ajoutent bien s\u00fbr les livraisons de mat\u00e9riel militaire produit aux Etats-Unis et financ\u00e9s par le programme de pr\u00eat-bail. L\u2019historien David Edgerton peut ainsi souligner que le Royaume-Uni n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 seul et assi\u00e9g\u00e9 comme se pla\u00eet \u00e0 l\u2019imaginer le r\u00e9cit national d\u2019outre-Manche : ses importations en valeur chutent \u00e0 partir de 1940, mais elles retrouvent d\u00e8s 1943 le niveau d\u2019avant-guerre <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Le Royaume-Uni n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 seul et assi\u00e9g\u00e9 comme se pla\u00eet \u00e0 l\u2019imaginer le r\u00e9cit national d\u2019outre-Manche : ses importations en valeur chutent \u00e0 partir de 1940, mais elles retrouvent d\u00e8s 1943 le niveau d\u2019avant-guerre.<\/p>THOMAS IRACE, ULYSSE LOJKINE<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Un autre point de r\u00e9f\u00e9rence pour aujourd\u2019hui concerne les p\u00e9nuries de mati\u00e8res strat\u00e9giques. La capacit\u00e9 d\u2019adaptation devient alors d\u00e9terminante : le gros du caoutchouc naturel mondial provenant d\u2019Asie du Sud-Est, tous les bellig\u00e9rants de la Seconde Guerre mondiale (Japon except\u00e9) sont forc\u00e9s de se tourner vers la production de caoutchouc synth\u00e9tique. L\u2019industrie ainsi cr\u00e9\u00e9e continue sur sa lanc\u00e9e bien au-del\u00e0 de la guerre. La transformation de charbon en p\u00e9trole est une priorit\u00e9 absolue pour l\u2019Allemagne nazie, qui la d\u00e9ploie \u00e0 grande \u00e9chelle pendant la guerre, m\u00eame si la m\u00e9thode, trop peu rentable, n\u2019a qu\u2019une post\u00e9rit\u00e9 limit\u00e9e <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Aujourd\u2019hui, certains d\u00e9veloppements commencent \u00e0 rappeler ces p\u00e9riodes de mise sous tension des \u00e9changes mondiaux. De nombreux \u00c9tats se d\u00e9m\u00e8nent face \u00e0 l\u2019interruption de flux qui, encore r\u00e9cemment, paraissaient aller de soi : les pays riches ayant fond\u00e9 leur agriculture sur l\u2019exploitation de migrants saisonniers doivent, au choix, laisser pourrir les r\u00e9coltes, exhorter les locaux au retour \u00e0 la terre, ou maintenir le statu quo<\/em> au risque de propager le virus dans des r\u00e9gions plus vuln\u00e9rables <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Quant aux pays les plus d\u00e9pendants aux importations alimentaires, le Covid-19 leur fait courir un risque majeur de p\u00e9nurie <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Du c\u00f4t\u00e9 des m\u00e9dicaments, les rapports de force internationaux apparaissent sous leur jour le plus cru. Donald Trump serait ainsi directement intervenu aupr\u00e8s de l\u2019Inde pour emp\u00eacher qu\u2019elle ne bloque ses exportations d\u2019hydroxychloroquine <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Le Covid-19 leur fait courir un risque majeur de p\u00e9nurie aux pays les plus d\u00e9pendants aux importations alimentaires.<\/p>THOMAS IRACE, ULYSSE LOJKINE<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Mais sur ce point encore, gardons-nous des parall\u00e8les trop rapides : la \u00ab guerre \u00bb au coronavirus est une guerre sans blocus, sans torpillages, bombardements ou mines marines. Aucun pays ne cherchant \u00e0 couper les vivres aux autres, il nous est permis d\u2019esp\u00e9rer un bilan humain et mat\u00e9riel incomparablement moins lourd.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \"Image\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Mobilisation<\/h2>\n\n\n\n

\u00ab Ce domaine plein de locomotives tonitruantes, de nourriture fumante, de hauts fourneaux incandescents, de fuseaux en action, cet immense domaine de l’\u00e9conomie se pr\u00e9sentait \u00e0 notre regard, et notre t\u00e2che \u00e9tait de saisir dans son unit\u00e9 ce monde vibrant d’efforts, de le mettre au service de la guerre, de lui imposer une volont\u00e9 uniforme et d’employer ses forces titanesques \u00e0 des fins de d\u00e9fense. \u00bb<\/p>Walter Rathenau, 1915 <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n

Un deuxi\u00e8me champ th\u00e9matique nous est fourni par les formes inhabituelles d\u2019interventions de la puissance publique : r\u00e9quisitions, commande publique massive de mat\u00e9riel sanitaire, secteurs entiers ferm\u00e9s par d\u00e9cret\u2026 Ces mesures d\u2019urgence rappellent la probl\u00e9matique sp\u00e9cifique de l\u2019\u00e9conomie de guerre, th\u00e9oris\u00e9e par l\u2019\u00e9conomiste et polymathe viennois Otto Neurath<\/a> comme une \u00e9clipse des pr\u00e9occupations mon\u00e9taires (de valeur d\u2019\u00e9change), remplac\u00e9es par des pr\u00e9occupations mat\u00e9rielles (de valeur d\u2019usage). D\u00e8s 1909, Neurath \u00e9crivait : \u00ab La guerre force une nation \u00e0 pr\u00eater plus d\u2019attention \u00e0 la quantit\u00e9 de biens \u00e0 sa disposition, et moins aux quantit\u00e9s d\u2019argent disponibles. (\u2026) Il devient plus clair que la monnaie n\u2019est qu\u2019un outil pour se procurer des biens \u00bb <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>.Une situation qui n\u2019est pas sans cons\u00e9quences sur les crit\u00e8res de jugement de l\u2019action gouvernementale : le recul du PIB de 5,8 % au premier semestre fait figure de non-\u00e9v\u00e9nement par rapport \u00e0 la gestion confuse des stocks de masques.<\/p>\n\n\n\n

Le recul du PIB de 5,8 % au premier semestre fait figure de non-\u00e9v\u00e9nement par rapport \u00e0 la gestion confuse des stocks de masques.<\/p>THOMAS IRACE, ULYSSE LOJKINE<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Bien s\u00fbr, m\u00eame une pand\u00e9mie mondiale n\u2019efface pas d\u2019un coup de balai la logique capitaliste, et ce pas plus au sein de l\u2019\u00c9tat que dans le reste de la soci\u00e9t\u00e9. La crise actuelle se traduit moins par l\u2019effacement du motif de rentabilit\u00e9-comp\u00e9titivit\u00e9 que par l\u2019irruption d\u2019un concurrent s\u00e9rieux : le motif d\u2019endiguement du virus. La question se pose alors de leur compatibilit\u00e9. Dans l\u2019id\u00e9ologie comme dans la pratique, le \u00ab monde d\u2019avant \u00bb et ses pouvoirs publics sont mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, parfois de mani\u00e8re tr\u00e8s concr\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n

Ainsi, les controverses des derni\u00e8res semaines sur le maintien des chantiers ou des livraisons Amazon<\/a> ont illustr\u00e9 la tension entre les exigences du capital et celles du confinement. Aujourd\u2019hui, ce sont les modalit\u00e9s du d\u00e9confinement<\/a> (en particulier la r\u00e9ouverture des \u00e9tablissements scolaires)  qui t\u00e9moignent de la volont\u00e9 de renvoyer de nombreux salari\u00e9s sur leur lieu de travail. Mais d\u2019autres mesures sont plus difficiles \u00e0 interpr\u00e9ter : dans le cadre de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence sanitaire, les d\u00e9rogations au code du travail sont th\u00e9oriquement limit\u00e9es aux \u00ab secteurs d\u2019activit\u00e9s particuli\u00e8rement n\u00e9cessaires \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de la nation et \u00e0 la continuit\u00e9 de la vie \u00e9conomique et sociale \u00bb <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

La crise actuelle se traduit moins par l\u2019effacement du motif de rentabilit\u00e9-comp\u00e9titivit\u00e9 que par l\u2019irruption d\u2019un concurrent s\u00e9rieux : le motif d\u2019endiguement du virus. La question se pose alors de leur compatibilit\u00e9.<\/p>THOMAS IRACE, ULYSSE LOJKINE<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Certes, la situation a quelque chose d\u2019in\u00e9dit par rapport aux guerres mondiales : on saurait difficilement accuser des \u00c9tats de ne \u00ab pas en faire assez \u00bb pour gagner une guerre si elle menace leur propre existence  <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais la mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve n\u2019est pas seulement id\u00e9ologique : elle est aussi pratique. Si le gouvernement voulait sinc\u00e8rement se lancer dans une mue post-n\u00e9olib\u00e9rale, le pourrait-il ? Un \u00c9tat qui carbure au new public management<\/em> est-il capable d\u2019organiser directement des secteurs entiers, ou condamn\u00e9 \u00e0 laisser l\u2019initiative au priv\u00e9 <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span> ? Quels sont les moyens acceptables de mobilisation ? Jusqu\u2019o\u00f9 est-on pr\u00eat \u00e0 aller dans l\u2019h\u00e9t\u00e9rodoxie <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span> ? Dans ce domaine, nous allons voir que l\u2019exp\u00e9rience de 2020 r\u00e9sonne \u00e9trangement avec celle de la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n

Nous sommes en ao\u00fbt 1914 : l\u2019engrenage des alliances a op\u00e9r\u00e9 et l\u2019Allemagne a fini par d\u00e9clarer la guerre \u00e0 la France. En l\u2019espace de quelques jours, pour parer \u00e0 un d\u00e9but de bank run<\/em>, le gouvernement a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019un moratoire sur le paiement des effets de commerce, des d\u00e9p\u00f4ts de caisses d\u2019\u00e9pargne et d\u2019une large part des d\u00e9p\u00f4ts bancaires (un quatri\u00e8me moratoire, sur les loyers, s\u2019y ajoute deux semaines plus tard). De son c\u00f4t\u00e9, la Banque de France, soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e mais d\u00e9j\u00e0 garante de la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me bancaire, a r\u00e9escompt\u00e9 massivement : entre le 27 juillet et le 1er ao\u00fbt, la valeur de son portefeuille commercial a doubl\u00e9 <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019exp\u00e9rience de 2020 r\u00e9sonne \u00e9trangement avec celle de la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>THOMAS IRACE, ULYSSE LOJKINE<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Financi\u00e8rement, m\u00eame si le cours forc\u00e9 a d\u00fb \u00eatre instaur\u00e9 pour pr\u00e9server les r\u00e9serves d\u2019or, la situation para\u00eet sous contr\u00f4le, au point que le gouverneur de la Banque de France inclut parmi les op\u00e9rations \u00e0 financer \u00ab toutes celles qui se rattachent \u00e0 la d\u00e9fense nationale, \u00e0 l\u2019approvisionnement des populations mais aussi \u00e0 la reprise de l\u2019activit\u00e9 industrielle et commerciale dans la mesure o\u00f9 la mobilisation le permet \u00bb [Margairaz, La Banque de France et la crise du cr\u00e9dit<\/em>]. C\u2019est la guerre, certes, mais personne ne s\u2019attend \u00e0 ce qu\u2019elle soit longue, ou totale. Il faut donc bien laisser un peu de place au business as usual<\/em>.<\/p>\n\n\n\n

M\u00eame constat en ce qui concerne la production : dans un premier temps, les contraintes du conflit ne paraissent pas justifier un bouleversement de l\u2019ordre marchand existant <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le \u00ab plan XVII \u00bb, que l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise s\u2019appr\u00eate \u00e0 appliquer, date de 1912 : il ne fait pas la moindre mention d\u2019une mobilisation industrielle. Dans les termes de l\u2019historien Gerd Hardach, \u00ab les munitions fabriqu\u00e9es et stock\u00e9es en temps de paix devaient suffire \u00e0 couvrir les besoins \u00e9ventuels. La production courante devait seulement remplacer les mat\u00e9riels consomm\u00e9s \u00bb <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est la guerre, certes, mais personne ne s\u2019attend \u00e0 ce qu\u2019elle soit longue, ou totale. Il faut donc bien laisser un peu de place au business as usual<\/em>.<\/p>THOMAS IRACE, ULYSSE LOJKINE<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

En r\u00e9alit\u00e9, la bataille de la Marne suffira \u00e0 \u00e9puiser les stocks d\u2019avant-guerre d\u2019obus de 75. \u00c0 l\u2019automne, les commandes de l\u2019\u00c9tat-Major peinent \u00e0 \u00eatre remplies. Si la France peut rapidement mettre \u00e0 contribution les usines d\u2019armement priv\u00e9es qui produisaient plut\u00f4t pour l\u2019exportation avant la guerre, comme celles de Schneider au Creusot, cette mobilisation improvis\u00e9e ne se fait pas sans \u00e0-coups : en 1914-1915, 30 \u00e0 50 % des obus lanc\u00e9s par l\u2019artillerie fran\u00e7aise n\u2019explosent pas <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En 2020, bis repetita<\/em> : Schneider Electric s\u2019associe \u00e0 trois autres fleurons de l\u2019industrie fran\u00e7aise (Air Liquide, PSA, Valeo) pour produire 10 000 respirateurs\u2026 dont 8 500 d\u2019un mod\u00e8le qui serait inadapt\u00e9 \u00e0 l\u2019usage en r\u00e9animation <\/span>22<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Sur la dur\u00e9e, bien s\u00fbr, cette mobilisation d\u00e9clench\u00e9e avec quelques mois de retard finit par changer le visage industriel de la France pour en faire une v\u00e9ritable \u00ab \u00e9conomie mixte de guerre \u00bb, comptant 1,7 million de salari\u00e9s de l\u2019armement en novembre 1918 <\/span>23<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Surtout, l\u2019\u00c9tat s\u2019est retrouv\u00e9 \u00e0 poursuivre des objectifs nouveaux : d\u00e9veloppement de la production de guerre, mais aussi gestion des approvisionnements en nourriture, combustibles et mati\u00e8res premi\u00e8res, ou des conflits sociaux dans les entreprises.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019\u00c9tat s\u2019est retrouv\u00e9 \u00e0 poursuivre des objectifs nouveaux : d\u00e9veloppement de la production de guerre, mais aussi gestion des approvisionnements en nourriture, combustibles et mati\u00e8res premi\u00e8res, ou des conflits sociaux dans les entreprises.<\/p>THOMAS IRACE, ULYSSE LOJKINE<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le nouveau contexte de mobilisation industrielle ne signifie pas pour autant une pause dans la direction priv\u00e9e de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique : faute de moyens, l\u2019\u00c9tat n\u2019a pas d\u2019autre choix que d\u2019impliquer les industriels et leurs organisations professionnelles (chambres de commerce, comit\u00e9 des Forges et autres). D\u2019une part en les incorporant \u00e0 d\u2019innombrables commissions (\u00e9valuation des stocks et contr\u00f4le des prix) et comit\u00e9s (r\u00e9partition des produits import\u00e9s) o\u00f9 ils c\u00f4toient parlementaires et fonctionnaires. D\u2019autre part en leur confiant le soin d\u2019organiser et de se r\u00e9partir les importations de mati\u00e8res premi\u00e8res industrielles (acier, fonte, aluminium, plomb, \u00e9tain) et les commandes d\u2019armement <\/span>24<\/sup><\/a><\/span><\/span>. In\u00e9vitablement, la fronti\u00e8re s\u2019estompe entre autorit\u00e9s publiques et priv\u00e9es. Sans correspondre \u00e0 un type bien identifi\u00e9, la coordination qui se met en place repose sur un rapport de d\u00e9pendance mutuelle entre minist\u00e8res \u00e9conomiques et grands industriels. L\u2019\u00c9tat d\u00e9pend de l\u2019industrie pour les aspects logistiques et techniques de la production de guerre, tandis que l\u2019industrie d\u00e9pend de l\u2019\u00c9tat pour les commandes, pour certaines autorisations administratives d\u2019importation et pour la mise \u00e0 disposition d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre mal pay\u00e9e et priv\u00e9e du droit de gr\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n

Une telle configuration permet aux profits de guerre d\u2019atteindre des niveaux confortables. Comme le montrent les enqu\u00eates parlementaires, certains industriels n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 utiliser la caution de l\u2019\u00c9tat pour \u00e9craser leurs concurrents <\/span>25<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Surtout, les officiers responsables de la commande de guerre sont en position de faiblesse face \u00e0 leurs fournisseurs priv\u00e9s et peinent \u00e0 se faire une id\u00e9e pr\u00e9cise des prix de revient, donc des b\u00e9n\u00e9fices r\u00e9alis\u00e9s <\/span>26<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019\u00c9tat n\u2019utilise qu\u2019\u00e0 la marge son droit de r\u00e9quisition et ce n\u2019est que sous la pression parlementaire que les contr\u00f4les sont durcis en 1916, avec l\u2019apparition de p\u00e9nalit\u00e9s pour les retards et les d\u00e9fauts, et d\u2019un imp\u00f4t sur les b\u00e9n\u00e9fices de guerre, inspir\u00e9 de la pratique britannique mais \u00ab plus symbolique qu\u2019efficace \u00bb <\/span>27<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019\u00c9tat d\u00e9pend de l\u2019industrie pour les aspects logistiques et techniques de la production de guerre, tandis que l\u2019industrie d\u00e9pend de l\u2019\u00c9tat pour les commandes, pour certaines autorisations administratives d\u2019importation et pour la mise \u00e0 disposition d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre mal pay\u00e9e et priv\u00e9e du droit de gr\u00e8ve. Une telle configuration permet aux profits de guerre d\u2019atteindre des niveaux confortables.<\/p>THOMAS IRACE, ULYSSE LOJKINE<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Au fil des circonstances, c\u2019est donc un v\u00e9ritable changement de r\u00e9gime \u00e9conomique qui s\u2019impose. La classe politique d\u2019avant-guerre priv\u00e9e de l\u2019option lib\u00e9rale, et les milieux patronaux coup\u00e9s de leur environnement commercial habituel, sont pris dans l\u2019engrenage d\u2019un dirigisme au visage de partenariat public-priv\u00e9, chacun finissant par y trouver son compte <\/span>28<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Certes, pour certains de ses initiateurs, le mod\u00e8le a de l\u2019avenir. D\u00e9j\u00e0 avant la guerre, le radical Etienne Cl\u00e9mentel (ministre du Commerce et de l\u2019Industrie \u00e0 partir d\u2019octobre 1915) voyait dans les ententes industrielles une n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9conomique \u00e0 mettre au service de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral <\/span>29<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais beaucoup d\u2019autres pr\u00e9f\u00e8rent refouler cette exp\u00e9rience inconfortable <\/span>30<\/sup><\/a><\/span><\/span> et aspirent apr\u00e8s la guerre au retour d\u2019une normalit\u00e9 lib\u00e9rale largement fantasm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \"Image\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Transformation<\/h2>\n\n\n\n

Ainsi, les amples perturbations que nous avons d\u00e9crites sont dues \u00e0 une crise temporaire, et souvent, les mesures prises pour y r\u00e9pondre sont elles aussi pens\u00e9es comme temporaires. Pourtant, dans les exemples historiques qui nous int\u00e9ressent, ces amples changements ont eu des cons\u00e9quences \u00e0 long terme, qui n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 directement vis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

Nouvelles institutions<\/h3>\n\n\n\n

Reprenons le cas de la Premi\u00e8re guerre mondiale en France. Nous avons vu que le cours des \u00e9v\u00e9nements avait conduit \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une \u00e9conomie mixte, con\u00e7ue comme arrangement temporaire et sans dessein pr\u00e9alable. Pourtant, apr\u00e8s la guerre, tout son h\u00e9ritage est loin d\u2019\u00eatre liquid\u00e9. Du c\u00f4t\u00e9 du priv\u00e9, la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale de la production fran\u00e7aise (CGPF), premi\u00e8re structure patronale conf\u00e9d\u00e9rale, est cr\u00e9\u00e9e d\u00e8s juillet 1919, sous les encouragements du ministre Cl\u00e9mentel. Du c\u00f4t\u00e9 du public, les continuit\u00e9s sont parfois remarquables dans les domaines les plus techniques, droit administratif ou syst\u00e8me financier. Ainsi, les \u00ab offices \u00bb, \u00e9tablissements publics au statut juridique ambigu, g\u00e9n\u00e9ralement dot\u00e9s de ressources propres, se sont g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s pendant la guerre ; ils occupent une place majeure – et controvers\u00e9e –\u00a0 au sein du r\u00e9pertoire des formes institutionnelles disponibles dans les ann\u00e9es 1920-30 <\/span>31<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En mati\u00e8re financi\u00e8re, c\u2019est en 1914 que la France commence ses adieux longs et h\u00e9sitants \u00e0 l\u2019\u00e9talon-or, et d\u00e9couvre (ou red\u00e9couvre) une forme de politique mon\u00e9taire. Apr\u00e8s-guerre, l\u2019\u00c9tat devient un acteur bancaire direct en cr\u00e9ant des institutions comme le Cr\u00e9dit National (1919) ou l\u2019Office national de cr\u00e9dit agricole (1920) <\/span>32<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Surtout, la guerre a \u00e9tabli un pr\u00e9c\u00e9dent institutionnel en faisant de la Banque de France le bras arm\u00e9 du Tr\u00e9sor (avances, escompte de bons de la d\u00e9fense nationale, soutien dans l\u2019\u00e9mission d\u2019emprunts) <\/span>33<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

En mati\u00e8re financi\u00e8re, c\u2019est en 1914 que la France commence ses adieux longs et h\u00e9sitants \u00e0 l\u2019\u00e9talon-or, et d\u00e9couvre (ou red\u00e9couvre) une forme de politique mon\u00e9taire.<\/p>THOMAS IRACE, ULYSSE LOJKINE<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Nul ne peut pr\u00e9dire ce qu\u2019il en sera cette fois-ci. Il n\u2019est pas implausible cependant que les administrations des \u00c9tats occidentaux, humili\u00e9es par leur incapacit\u00e9 \u00e0 une r\u00e9action efficace, connaissent des \u00e9volutions durables dans leur fonctionnement ou leur structure.<\/p>\n\n\n\n

Nouvelles productions<\/h3>\n\n\n\n

La production requise, pendant les deux guerres mondiales, \u00e9tait essentiellement industrielle : armes, v\u00e9hicules, munitions \u2013 et, surtout au cours de la Seconde Guerre, avions et chars. La mobilisation de toute la soci\u00e9t\u00e9 pour cette production a donc eu pour effet durable une acc\u00e9l\u00e9ration des processus d\u2019urbanisation et d\u2019industrialisation, qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 bien engag\u00e9s depuis le XIXe si\u00e8cle, mais \u00e9taient loin d\u2019\u00eatre achev\u00e9s dans toutes les r\u00e9gions des grandes puissances bellig\u00e9rantes.<\/p>\n\n\n\n

Un des exemples les plus cit\u00e9s est celui du Sud des \u00c9tats-Unis au cours de la Seconde Guerre mondiale. Depuis la guerre de S\u00e9cession, il \u00e9tait devenu un espace \u00e9conomiquement p\u00e9riph\u00e9rique, marqu\u00e9 par une \u00e9conomie encore largement agricole et l\u2019\u00e9migration vers le Nord, puis frapp\u00e9 par la Grande D\u00e9pression. L\u2019implantation d\u2019usines d\u2019armement pendant la guerre permet l\u2019urbanisation, la formation de la main d\u2019\u0153uvre et la construction d\u2019infrastructures de transport. cette r\u00e9gion peut alors conna\u00eetre un d\u00e9collage industriel apr\u00e8s la guerre, qui a donc agi comme un \u201cBig Push<\/em>\u201d  <\/span>34<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le cycle \u00e9conomie de march\u00e9 \/ \u00e9conomie de guerre \/ \u00e9conomie de march\u00e9 n\u2019a donc pas \u00e9t\u00e9 un simple aller-retour, mais a inclus des transformations dont le march\u00e9 s\u2019est ensuite empar\u00e9 pour les approfondir <\/span>35<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Le cycle \u00e9conomie de march\u00e9 \/ \u00e9conomie de guerre \/ \u00e9conomie de march\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 un simple aller-retour, mais a inclus des transformations dont le march\u00e9 s\u2019est ensuite empar\u00e9 pour les approfondir.<\/p>THOMAS IRACE, ULYSSE LOJKINE<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Bien qu\u2019il ne s\u2019agisse en rien d\u2019une \u00e9conomie de march\u00e9, on peut aussi citer l\u2019exemple sovi\u00e9tique : l\u2019avanc\u00e9e des troupes nazies lors de l\u2019op\u00e9ration Barbarossa contraint l\u2019\u00c9tat \u00e0 relocaliser massivement la production de guerre vers l\u2019Est, et notamment en Sib\u00e9rie, dont la production industrielle double en trois ans entre 1942 et 1945 <\/span>36<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Peut-on attendre des effets analogues de la crise actuelle ? C\u2019est difficile \u00e0 dire car il s\u2019agit d\u2019une perspective \u00e0 long terme, et o\u00f9 la situation est tr\u00e8s diff\u00e9rente. La plupart des secteurs de l\u2019\u00e9conomie sont \u00e0 l\u2019arr\u00eat. Dans le secteur le plus intens\u00e9ment mobilis\u00e9, celui de la sant\u00e9, l\u2019intrication entre public et priv\u00e9 est telle que son avenir d\u00e9pend directement des choix politiques \u00e0 venir – dont nous discuterons dans la prochaine section.<\/p>\n\n\n\n

Cependant, le confinement n\u2019a pas interrompu toutes les autres activit\u00e9s \u00e9conomiques. Il favorise fortement celles qui peuvent s\u2019exercer sans contact physique prolong\u00e9. Cela vaut du c\u00f4t\u00e9 de la production, avec le recours massif au t\u00e9l\u00e9travail, dont la g\u00e9n\u00e9ralisation \u00e0 long terme pour les emplois de bureau aurait de profondes cons\u00e9quences <\/span>37<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cela vaut aussi du c\u00f4t\u00e9 de la consommation, avec le recours massif aux livraisons de produit, que ce soit par Amazon ou par d\u2019autres plateformes, mais aussi des consommations de loisir comme Netflix et le Skype entre amis. Les habitudes de travail et de consommation ainsi contract\u00e9es risquent fort de perdurer, surtout si le confinement est suivi par une p\u00e9riode significative de distanciation sociale relative ou si les commerces et caf\u00e9s font massivement faillite. Il est alors possible que le confinement agisse de mani\u00e8re analogue \u00e0 un \u201cbig push<\/em>\u201d sur le travail \u00e0 distance et la consommation \u00e0 domicile (commerce en ligne avec livraison \u00e0 domicile, ou consommation directe, avec Netflix par exemple), qui avaient besoin de ce d\u00e9placement initial dans les habitudes des travailleurs, managers<\/em> et consommateurs (y compris le t\u00e9l\u00e9chargement des applications, l\u2019ouverture de comptes) pour pouvoir ensuite suivre leur d\u00e9veloppement technologique propre.<\/p>\n\n\n\n

Le confinement n\u2019a pas interrompu toutes les autres activit\u00e9s \u00e9conomiques. Il favorise fortement celles qui peuvent s\u2019exercer sans contact physique prolong\u00e9.<\/p>THOMAS IRACE, ULYSSE LOJKINE<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Il est bien s\u00fbr difficile de pr\u00e9voir l\u2019avenir<\/a>, mais on peut simplement noter que les march\u00e9s financiers semblent bien parier sur ce sc\u00e9nario : les firmes adapt\u00e9es \u00e0 la distanciation ont vu leur valeur boursi\u00e8re augmenter depuis le d\u00e9but de la crise, alors que leurs concurrents plus traditionnels, comme Starbucks, Carrefour ou Gaumont, ont perdu de la valeur.<\/p>\n\n\n\n

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