{"id":71939,"date":"2020-05-09T16:16:55","date_gmt":"2020-05-09T14:16:55","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=71939"},"modified":"2020-05-16T14:07:15","modified_gmt":"2020-05-16T12:07:15","slug":"sauver-le-tourisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/05\/09\/sauver-le-tourisme\/","title":{"rendered":"Ouvrir les fronti\u00e8res pour sauver le tourisme ?"},"content":{"rendered":"\n

Alors que l\u2019\u00e9t\u00e9 s\u2019approche et que les fronti\u00e8res intra-europ\u00e9ennes restent closes, la perspective d\u2019une saison morte pour le secteur touristique europ\u00e9en semble, de prime abord, plaider en faveur d\u2019un r\u00e9tablissement prudent de la libert\u00e9 de circulation. <\/p>\n\n\n\n

Car il est d\u00e9sormais clair que les plans d\u2019aide r\u00e9clam\u00e9s par les acteurs du secteur d\u00e8s la mi-mars <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> ne suffiront pas \u00e0 combler les pertes consid\u00e9rables occasionn\u00e9es par une interruption des voyages transfrontaliers et le report – contraint ou volontaire – d\u2019un grand nombre de s\u00e9jours non indispensables.<\/p>\n\n\n\n

Dans un contexte de grande incertitude \u00e9conomique, les difficult\u00e9s existentielles d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9es par nombre de compagnies a\u00e9riennes et d\u2019agences sp\u00e9cialis\u00e9es sonneraient presque comme un avertissement : alors que ces derni\u00e8res se trouvent priv\u00e9es de perspectives par une interruption du tourisme intercontinental qui s\u2019annonce durable, la pr\u00e9servation du secteur touristique continental et de son important tissu \u00e9conomique appara\u00eet \u00e0 plus d\u2019un titre comme une priorit\u00e9 pour les \u00c9tats europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n

Dans un contexte de grande incertitude \u00e9conomique, les difficult\u00e9s existentielles d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9es par nombre de compagnies a\u00e9riennes et d\u2019agences sp\u00e9cialis\u00e9es sonneraient presque comme un avertissement.<\/p>Fran\u00e7ois Hublet<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Or, faute d\u2019une r\u00e9elle coordination \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Union<\/a>, l\u2019urgence de pr\u00e9server le tourisme europ\u00e9en de pertes jug\u00e9es insoutenables pourrait avoir un effet ambigu, voire tout \u00e0 fait inverse, sur les politiques frontali\u00e8res des \u00c9tats europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n

Tout sugg\u00e8re en effet que les \u00c9tats, int\u00e9ress\u00e9s d\u2019abord au devenir du secteur touristique national et \u00e0 l\u2019\u00e9volution des chiffres de la consommation domestique, pourraient \u00eatre tent\u00e9s de faire se reporter la plus grande part possible de la demande int\u00e9rieure sur les infrastructures touristiques nationales. La strat\u00e9gie d\u2019un renouveau du tourisme de proximit\u00e9, qui pr\u00e9sente l\u2019avantage de limiter la circulation de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, s\u2019impose aussi naturellement, sur un mode protectionniste, dans le but d\u2019assurer la pr\u00e9servation de l\u2019industrie nationale. Les Europ\u00e9ens, \u00e0 qui \u00e9taient dus 48 % des voyages dans le monde en 2018<\/a> <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>, pourraient, en se repliant sur l\u2019industrie touristique nationale, limiter la baisse de la demande cons\u00e9cutive \u00e0 l\u2019interruption totale des flux en provenance d\u2019Am\u00e9rique et d\u2019Asie, mais aussi des autres \u00c9tats europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n

Les d\u00e9clarations de nombre de chefs d\u2019\u00c9tat et de gouvernement ces derni\u00e8res semaines, appelant leurs concitoyens \u00e0 envisager des cong\u00e9s d\u2019\u00e9t\u00e9 en-de\u00e7\u00e0 des fronti\u00e8res au nom de la solidarit\u00e9 nationale et rappelant aussit\u00f4t que le retour \u00e0 la libre circulation n\u2019\u00e9tait pas envisageable en l\u2019absence de vaccin, semblent aller dans ce sens. Le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais Jean-Baptiste Lemoyne se disait le 26 avril dernier \u00ab persuad\u00e9 que les Fran\u00e7ais auront \u201cenvie de France\u201d \u00bb et souhaitait \u00ab qu’ils puissent soutenir les h\u00f4teliers, restaurateurs, activit\u00e9s de loisirs, les sites patrimoniaux qui font la richesse de nos territoires \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> alors que le pr\u00e9sident du Conseil italien Giuseppe Conte a annonc\u00e9 une campagne \u00ab Viaggio in Italia <\/em> \u00bb pour l\u2019\u00e9t\u00e9 2020 <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n

Avec le retour de fronti\u00e8res \u00e9tanches, les gouvernants europ\u00e9ens se trouvent de nouveau face \u00e0 un dilemme que l\u2019Europe de la libre-circulation semblait avoir rendu caduc : retenir ses propres consommateurs, quitte \u00e0 se couper de la consommation \u00e9trang\u00e8re, ou tenter d\u2019accueillir celle du reste du continent au risque de dissiper \u00e0 l\u2019\u00e9tranger celle de ses r\u00e9sidents. En t\u00e9moigne la double strat\u00e9gie que semble poursuivre l\u2019Autriche et ses 16 % de PIB d\u00fbs au tourisme, qui, tout en recommandant \u00e0 ses r\u00e9sidents de renoncer \u00e0 tout s\u00e9jour \u00e0 l\u2019\u00e9tranger durant les cong\u00e9s estivaux <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, envisage d\u00e9sormais de rouvrir sa fronti\u00e8re avec l\u2019Allemagne <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>, arguant de la bonne \u00e9volution de la situation sanitaire dans les deux pays. Fait qui devrait avoir pes\u00e9 dans la balance, la client\u00e8le allemande constitue une source de revenus importante pour les r\u00e9gions de l\u2019Ouest du pays, notamment au Tyrol, alors que les flux dans la direction oppos\u00e9e sont moins significatifs. \u00c0 la fronti\u00e8re austro-allemande, la partie est pourtant loin d\u2019\u00eatre jou\u00e9e. Car le gouvernement allemand, pourtant plus prudent que ses voisins sur la question frontali\u00e8re dans les premi\u00e8res semaines de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, continue de dissuader ses ressortissants d\u2019envisager des cong\u00e9s d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span> et leur conseille de limiter fortement leurs voyages estivaux, y compris \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays. Tant le ministre f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019Int\u00e9rieur Horst Seehofer que son coll\u00e8gue des Affaires \u00e9trang\u00e8res Heiko Maas appellent \u00e0 la retenue, craignant qu\u2019aux 240 000 touristes allemands dont le retour urgent a d\u00fb \u00eatre organis\u00e9 depuis f\u00e9vrier s\u2019ajoute, \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9, une nouvelle vague de rapatriements forc\u00e9s. Les fronti\u00e8res devraient donc n\u2019\u00eatre rouvertes qu\u2019au cas par cas.<\/p>\n\n\n\n

Avec le retour de fronti\u00e8res \u00e9tanches, les gouvernants europ\u00e9ens se trouvent de nouveau face \u00e0 un dilemme que l\u2019Europe de la libre-circulation semblait avoir rendu caduc : retenir ses propres consommateurs, quitte \u00e0 se couper de la consommation \u00e9trang\u00e8re, ou tenter d\u2019accueillir celle du reste du continent au risque de dissiper \u00e0 l\u2019\u00e9tranger celle de ses r\u00e9sidents.<\/p>FRan\u00e7ois Hublet<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Cependant, une strat\u00e9gie de r\u00e9tention maximale, passant par la r\u00e9ouverture des seules fronti\u00e8res \u00ab favorables \u00bb, ne saurait s\u2019appliquer partout. Car la comparaison des situations nationales et r\u00e9gionales en Europe r\u00e9v\u00e8le dans ce domaine une forte h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9. M\u00eame si la strat\u00e9gie d\u2019un report de la demande int\u00e9rieure sur l\u2019industrie nationale venait effectivement \u00e0 entra\u00eener une relocalisation int\u00e9grale des s\u00e9jours des r\u00e9sidents – ce qui semble pour le moins optimiste -, une s\u00e9rie de pays, principalement m\u00e9diterran\u00e9ens, se trouveraient largement d\u00e9ficitaires. <\/p>\n\n\n\n

On peut pour s\u2019en convaincre faire l\u2019exp\u00e9rience suivante : supposons que tous les touristes de chaque pays qui avaient pr\u00e9vu de passer leurs vacances \u00e0 l\u2019\u00e9tranger choisissent de se reporter sur des cong\u00e9s dans leur pays de r\u00e9sidence, et que tous ceux qui prenaient habituellement ces cong\u00e9s dans leur propre pays continuent de le faire. Le nombre de touristes que chaque pays accueillerait dans cette situation hypoth\u00e9tique refl\u00e8terait alors la position exportatrice ou importatrice de chaque \u00c9tat dans l\u2019\u00e9conomie touristique mondiale. Or, m\u00eame dans ce sc\u00e9nario maximal <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>, la Croatie perdrait sur un an pr\u00e8s de 65 % de ses nuit\u00e9es, Malte 61  %, la Gr\u00e8ce 50 %, l\u2019Italie 27 %, la Bulgarie 16 %, l\u2019Autriche 11 % <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span> et le Portugal 5 %. Hors UE, l\u2019Islande, dont 86 % des visiteurs sont \u00e9trangers, devrait \u00e9galement \u00eatre durement touch\u00e9e. \u00c0 l\u2019inverse, des pays comme le Luxembourg, la Su\u00e8de ou la Finlande, mais aussi la Pologne, la Slovaquie, la Roumanie et la plupart des \u00c9tats d\u2019Europe centrale, du Nord et de l\u2019Ouest, dont les r\u00e9sidents constituent une client\u00e8le importante pour le tourisme mondial, ont moins \u00e0 craindre d\u2019une telle strat\u00e9gie. En Europe du Nord, en Allemagne ou en Suisse, une r\u00e9tention r\u00e9ussie de la client\u00e8le locale pourrait m\u00eame saturer assez largement les capacit\u00e9s d\u2019accueil de certaines structures, comme s\u2019y attend par exemple la Basse-Saxe <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

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