{"id":68465,"date":"2020-04-15T11:38:40","date_gmt":"2020-04-15T09:38:40","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=68465"},"modified":"2020-04-16T15:30:22","modified_gmt":"2020-04-16T13:30:22","slug":"le-mythe-de-leurope-du-sud-depensiere-et-du-nord-econome","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/04\/15\/le-mythe-de-leurope-du-sud-depensiere-et-du-nord-econome\/","title":{"rendered":"Le long surplus italien"},"content":{"rendered":"\n
Leiden. <\/em>Les n\u00e9gociations sur la r\u00e9ponse \u00e9conomique europ\u00e9enne au coronavirus ont oppos\u00e9 les \u00c9tats du Nord de l\u2019Europe et ceux du Sud. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les \u00c9tats du Nord, men\u00e9s par les Pays-Bas, favorisent une r\u00e9ponse collective ponctuelle, sous la forme d\u2019une assistance financi\u00e8re limit\u00e9e aux d\u00e9penses de sant\u00e9, alors que les \u00c9tats du Sud particuli\u00e8rement affect\u00e9s par l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, comme l\u2019Italie ou l\u2019Espagne, demandent un changement plus fondamental, qui inclurait une mutualisation de la dette publique, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9mission d\u2019obligations europ\u00e9enne (les eurobonds<\/em>). \u00c0 l\u2019heure actuelle, l\u2019Allemagne ou les Pays-Bas sont en mesure d\u2019emprunter \u00e0 des taux n\u00e9gatifs \u2013\u202fce qui signifie concr\u00e8tement que les investisseurs payent pour pouvoir leur pr\u00eater de l\u2019argent\u202f\u2013 alors que l\u2019Italie ou la Gr\u00e8ce empruntent \u00e0 des taux de 1.6 et 1.7 %. L\u2019\u00e9mission d\u2019eurobonds<\/em> permettrait au Sud d\u2019emprunter \u00e0 des taux plus bas, relevant alors certainement le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat que le Nord doit payer pour rembourser sa propre dette publique.<\/p>\n\n\n\n Sous la menace d\u2019un effondrement \u00e9conomique d\u2019une rapidit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent, qui demanderait une r\u00e9ponse rapide, ces n\u00e9gociations ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par des conflits d\u00e9l\u00e9t\u00e8res entre \u00c9tats membres. Dans une conf\u00e9rence vid\u00e9o entre les ministres des Finances europ\u00e9ens, Wopke Hoekstra le ministre hollandais, aurait demand\u00e9 une enqu\u00eate sur les raisons pour lesquelles certains pays membres (du Sud) n\u2019ont pas cr\u00e9\u00e9 d\u2019amortisseurs financiers au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es pour faire face \u00e0 la crise, alors que d\u2019autres (du Nord) ont pu cr\u00e9er des r\u00e9serves <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le Premier Ministre portugais Antonio Costa a qualifi\u00e9 ces propos de \u00ab r\u00e9pugnants \u00bb dans ce contexte d\u2019urgence sanitaire, mettant en cause l\u2019engagement europ\u00e9en des Pays-Bas. <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n L\u2019argument principal des pays du Nord a \u00e9t\u00e9 que les pays comme les Pays-Bas ont \u00e9t\u00e9 \u00e9conomes, alors que les \u00c9tats du Sud auraient \u00e9t\u00e9 trop d\u00e9pensiers. Dans ce contexte, une mutualisation de la dette permettrait aux \u00c9tats du Sud qui n\u2019auraient pas fait assez d\u2019efforts sur le plan fiscal de profiter de la frugalit\u00e9 des pays du Nord, qui ont des surplus budg\u00e9taires au prix d\u2019efforts budg\u00e9taires importants. L\u2019Italie, avec sa dette publique repr\u00e9sentant 134 % du PIB et des d\u00e9ficits publics constants, est la cible principale des critiques n\u00e9erlandaises. Elles font suite aux propos du pr\u00e9c\u00e9dent ministre des Finances n\u00e9erlandais, Jeroen Dijsselbloem, qui avait accus\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es le Sud de d\u00e9penser trop \u00ab en femmes et en alcool \u00bb. <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Le probl\u00e8me, lorsque l\u2019on analyse les cas italien et n\u00e9erlandais au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es, c\u2019est que ces st\u00e9r\u00e9otypes ne sont fond\u00e9s sur aucune \u00e9tude pr\u00e9cise chiffr\u00e9e. Au contraire, si l\u2019on soustrait les int\u00e9r\u00eats massifs que l\u2019Italie doit payer chaque ann\u00e9e sur sa dette \u2013\u202fce qu\u2019on appelle le solde primaire, c\u2019est-\u00e0-dire le solde des revenus et des d\u00e9penses hors dette (sant\u00e9, \u00e9ducation, infrastructure, etc.<\/em>)\u202f\u2013 elle appara\u00eet bien plus \u00e9conome que les Pays-Bas, au moins depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Depuis lors, et \u00e0 l\u2019exception de la crise financi\u00e8re, l\u2019Italie a toujours eu un solde primaire positif, alors que les Pays-Bas ont bien plus souvent un un solde d\u00e9ficitaire. La diff\u00e9rence, c\u2019est que les Pays-bas payent des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat bien plus bas sur leur dette. En fait, l\u2019Italie croule encore sous le poids de la dette creus\u00e9e il y a pr\u00e8s de 40 ans par le r\u00e9gime chr\u00e9tien-d\u00e9mocrate, qui a vu imploser l\u2019op\u00e9ration \u00ab main propres \u00bb du d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Elle a m\u00eame \u00e9t\u00e9 trop \u00e9conome, au prix d\u2019une croissance an\u00e9mique et d\u2019infrastructures en d\u00e9r\u00e9liction. <\/p>\n\n\n\n\n\n L\u2019Italie est l\u2019un des pays industrialis\u00e9s avec la dette publique la plus importante, surpass\u00e9e seulement par la Gr\u00e8ce et le Japon. En 2015, la dette repr\u00e9sentait l\u2019\u00e9quivalent d\u2019une fois et demi son PIB. La dette publique italienne a litt\u00e9ralement explos\u00e9 au cours des ann\u00e9es 1980, passant de 60 % du PIB en 1980 \u00e0 120 % au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Cette explosion est le r\u00e9sultat de choix politiques, qui combin\u00e9s, ont eu des effets catastrophiques jusqu\u2019\u00e0 maintenant. En 1981, on proc\u00e9da au \u00ab divorce \u00bb du minist\u00e8re des Finances et de la Banque d\u2019Italie, mettant fin \u00e0 un arrangement par lequel la Banque d\u2019Italie garantissait l\u2019achat des bons du Tr\u00e9sor italiens. La Banque d\u2019Italie \u00e9tait donc un \u00ab acheteur de dernier ressort \u00bb qui permettait \u00e0 l\u2019\u00c9tat italien d\u2019emprunter \u00e0 des taux raisonnables en mon\u00e9tisant la dette malgr\u00e9 des d\u00e9ficits primaires vertigineux, au prix d\u2019une inflation importante. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1970, la politique mon\u00e9taire en Europe et aux \u00c9tats-Unis changea radicalement, infl\u00e9chie dans le sens d\u2019une lutte s\u00e9v\u00e8re contre l\u2019inflation. La cr\u00e9ation du syst\u00e8me mon\u00e9taire europ\u00e9en \u00e9tablit un syst\u00e8me de taux de changes fixes. L\u2019Italie, qui avait un r\u00e9gime d\u2019inflation tr\u00e8s fort, dut massivement augmenter ses taux d\u2019int\u00e9r\u00eat pour d\u00e9fendre la valeur de la lire face au deutschmark. L\u2019inflation diminua, mais comme la Banque d\u2019Italie ne garantissait plus l\u2019achat des bons du Tr\u00e9sor, la cons\u00e9quence fut que les taux d\u2019int\u00e9r\u00eats sur les obligations d\u2019\u00c9tat prirent l\u2019ascenseur, ce qui causa un doublement de la dette publique. Entre le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 et la crise de l\u2019Eurozone, la dette resta stable, au prix d\u2019efforts budg\u00e9taires tr\u00e8s importants et un solde primaire, mais les int\u00e9r\u00eats de la dette rest\u00e8rent trop importants et la croissance trop basse pour pouvoir la r\u00e9duire. Au cours des ann\u00e9es 1990, l\u2019Italie a pay\u00e9 en moyenne 9.5 % de son PIB chaque ann\u00e9e en int\u00e9r\u00eats de la dette. <\/p>\n\n\n\n Depuis 2000, cette part a baiss\u00e9 \u00e0 4.4 % , mais il s\u2019agit toujours de plus du double de l\u2019Allemagne (1.84 %) ou des Pays-Bas (1.33 %) : cela co\u00fbte beaucoup plus \u00e0 l\u2019Italie d\u2019emprunter. Depuis lors, l\u2019\u00e9conomie italienne a \u00e9t\u00e9 prise dans une spirale : diminuer les d\u00e9penses pour r\u00e9duire la dette d\u00e9prime l\u2019\u00e9conomie, ce qui r\u00e9duit les rentr\u00e9es fiscales qui ne suffisent pas \u00e0 couvrir les int\u00e9r\u00eats de la dette et les d\u00e9penses courantes, notamment en retraites et sant\u00e9 pour une population vieillissante, ce qui cr\u00e9e des d\u00e9ficits et plus de dette. Malgr\u00e9 un solde primaire presque toujours positif depuis 1992, la dette a m\u00eame augment\u00e9 et l\u2019Italie emprunte toujours \u00e0 des taux plus \u00e9lev\u00e9s que la plupart des pays europ\u00e9ens. La croissance an\u00e9mique et le service de la dette ont conduit \u00e0 couper massivement dans l\u2019investissement public qui pourrait stimuler la croissance. Depuis les ann\u00e9es 1990, l\u2019Italie a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des pays europ\u00e9ens dans lesquels les investissements publics (\u00e9ducation, infrastructures) ont cr\u00fb le moins, si bien que ces investissements n\u2019ont m\u00eame pas compens\u00e9 la d\u00e9pr\u00e9ciation des infrastructures <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019effondrement d\u2019un pont \u00e0 G\u00eanes en 2018, qui tua 43 personnes, fut ainsi pr\u00e9sent\u00e9 comme le symbole de l\u2019\u00e9tat ravag\u00e9 des infrastructures dans la p\u00e9ninsule. <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n\n\n Au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, les Pays-Bas ont \u00e9t\u00e9 dans un situation fiscale plus favorable que l\u2019Italie. Le pays a m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 obtenir des exc\u00e9dents budg\u00e9taires au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. N\u00e9anmoins, si l\u2019on regarde aussi le solde primaire qui exclut les int\u00e9r\u00eats de la dette, les Pays-Bas ont \u00e9t\u00e9 bien moins disciplin\u00e9s que l\u2019Italie au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies. La diff\u00e9rence est que que les Pays-Bas doivent payer des charges bien moins grandes que l\u2019Italie, ce qui leur permet d\u2019avoir des soldes primaires plus d\u00e9ficitaires mais une situation budg\u00e9taire globale plus favorable. On pourrait \u00eatre tent\u00e9 de croire que ces deux situations sont ind\u00e9pendantes : l\u2019Italie est consid\u00e9r\u00e9e comme moins fiable, donc doit offrir des taux d\u2019int\u00e9r\u00eats plus \u00e9lev\u00e9s pour convaincre les march\u00e9s d\u2019acheter sa dette, alors que les Pays-Bas ont une r\u00e9putation d\u2019\u00c9tat fiable. C\u2019est sans doute une part de l\u2019explication. Mais comme l\u2019a montr\u00e9 l\u2019\u00e9conomiste Paul de Grauwe, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eats sur la dette des pays membres de l\u2019Eurozone sont aussi interd\u00e9pendants, car ils sont d\u00e9nomin\u00e9s dans la m\u00eame monnaie <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans une situation de crise, les investisseurs peuvent d\u00e9serter les bons du Tr\u00e9sor d\u2019un pays qui risque de ne plus pouvoir payer ses dettes (comme l\u2019Italie), augmentant ses taux d\u2019int\u00e9r\u00eats, et ach\u00e8tent des obligations d\u2019un pays consid\u00e9r\u00e9 comme plus s\u00fbr (comme les Pays-bas ou l\u2019Allemagne), diminuant ses taux d\u2019int\u00e9r\u00eats. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui s\u2019est pass\u00e9 durant la crise de l\u2019Eurozone jusqu\u2019\u00e0 ce que Mario Draghi, le pr\u00e9sident de la Banque Centrale Europ\u00e9enne, ne d\u00e9clare que la Banque \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 faire \u00ab tout ce qu’il faudrait \u00bb pour pr\u00e9server l’euro. <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span> C\u2019est aussi ce qui s\u2019est pass\u00e9 lorsque le coronavirus a touch\u00e9 l\u2019Italie, lorsque les investisseurs ont d\u00e9sert\u00e9 la dette italienne pour acheter de la dette allemande ou fran\u00e7aise <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. C\u2019est l\u2019un des arguments en faveur d\u2019une mutualisation de la dette : le malheur des pays du Sud b\u00e9n\u00e9ficie aux pays du Nord. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Le d\u00e9bat sur l\u2019utilisation d\u2019obligations europ\u00e9ennes en r\u00e9ponse \u00e0 la crise du coronavirus est marqu\u00e9 par des st\u00e9r\u00e9otypes qui ne correspondent pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. L\u2019Italie, consid\u00e9r\u00e9e trop d\u00e9pensi\u00e8re, a en fait \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement \u00e9conome au cours des 30 derni\u00e8res ann\u00e9es. Mais elle paye aujourd\u2019hui encore les erreurs commises au cours des ann\u00e9es 1970 et 1980.<\/p>\n","protected":false},"author":175,"featured_media":68324,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-briefings.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1727,2210],"tags":[2281],"geo":[1917],"class_list":["post-68465","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-sante-publique","tag-coronavirus","staff-alexandre-afonso","geo-europe"],"acf":[],"yoast_head":"\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nLes origines de la dette italienne<\/h4>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nLes taux d’int\u00e9r\u00eat sur la dette en Europe : un jeu \u00e0 somme nulle<\/h4>\n\n\n\n