{"id":68373,"date":"2020-04-14T20:41:02","date_gmt":"2020-04-14T18:41:02","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=68373"},"modified":"2020-04-14T21:23:42","modified_gmt":"2020-04-14T19:23:42","slug":"notre-dame-raffaele-ventura","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/04\/14\/notre-dame-raffaele-ventura\/","title":{"rendered":"Notre-Dame et le paradoxe de la s\u00e9curit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n

Il est 18h18. Lorsque la cath\u00e9drale Notre-Dame de Paris a pris feu, son syst\u00e8me de d\u00e9tection de fum\u00e9e tr\u00e8s co\u00fbteux a correctement d\u00e9tect\u00e9 un principe d’incendie. Pourtant, les pompiers n’ont \u00e9t\u00e9 contact\u00e9s qu’une demi-heure plus tard<\/a>, alors que les flammes s’\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 propag\u00e9es le long de la charpente de bois de la cath\u00e9drale. Que s’est-il pass\u00e9 pendant cette demi-heure ? Le d\u00e9lai entre la d\u00e9tection des premi\u00e8res flammes et l’appel aux pompiers n’est pas un probl\u00e8me technique<\/em>, si l’on consid\u00e8re que seul le fonctionnement mat\u00e9riel du syst\u00e8me d’alarme incendie est technique : d\u00e9tecteur de fum\u00e9e, mesure de la temp\u00e9rature, dispositifs \u00e9lectroniques, unit\u00e9 de contr\u00f4le. Le syst\u00e8me qui \u00e9tait install\u00e9 dans la cath\u00e9drale, qui a n\u00e9cessit\u00e9 six ans de travail d\u2019une \u00e9quipe de plusieurs dizaines de personnes, \u00e9tait un syst\u00e8me de d\u00e9tection de fum\u00e9e \u00e0 haute sensibilit\u00e9 (HSSD<\/em>), le plus perfectionn\u00e9 disponible sur le march\u00e9. Il a \u00e9galement fonctionn\u00e9 parfaitement ce 15 avril, bien que les plans de s\u00e9curit\u00e9 aient sous-estim\u00e9<\/a> la vitesse \u00e0 laquelle les flammes se sont propag\u00e9es. En revanche, si nous consid\u00e9rons plut\u00f4t comme \u00ab syst\u00e8me \u00bb l’ensemble des processus qui, de la d\u00e9tection m\u00e8nent \u00e0 l’intervention, alors la question n’est pas seulement technique, car elle concerne les conditions d’utilisation du d\u00e9tecteur et la mani\u00e8re dont les sujets humains r\u00e9agissent \u00e0 la d\u00e9tection : la question est technique au sens large. Lorsque nous parlons de \u00ab syst\u00e8me\u202fde lutte contre l’incendie \u00bb, nous n’entendons pas un ensemble de fils et de transistors mais une grande machine constitu\u00e9e de proc\u00e9dures strictes et de marges d’action humaine, et c’est l\u00e0 qu’un probl\u00e8me essentiellement (mais pas techniquement) technique est apparu.<\/p>\n\n\n\n

Lorsque nous parlons de\u00ab syst\u00e8me\u202fde lutte contre l’incendie \u00bb, nous n’entendons pas un ensemble de fils et de transistors mais une grande machine constitu\u00e9e de proc\u00e9dures strictes et de marges d’action humaine, et c’est l\u00e0 qu’un probl\u00e8me essentiellement (mais pas techniquement) technique est apparu.<\/p>Raffaele Alberto Ventura<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Beaucoup de choses restent \u00e0 v\u00e9rifier, mais certaines sont d\u00e9j\u00e0 connues. L’incendie se d\u00e9clare dans la charpente de la cath\u00e9drale, la \u00ab for\u00eat \u00bb du XIIIe si\u00e8cle, peut-\u00eatre \u00e0 cause de l’\u00e9chafaudage install\u00e9 quelques mois plus t\u00f4t pour effectuer les travaux de restauration, ou \u00e0 cause des cloches, \u00e9lectrifi\u00e9es. Lorsqu’\u00e0 18h18 l’agent de s\u00e9curit\u00e9 est alert\u00e9 par le syst\u00e8me d’alarme incendie, l’interface lui fournit une s\u00e9rie d’informations difficiles \u00e0 interpr\u00e9ter : la premi\u00e8re est une description approximative, m\u00eame si exacte, de la zone de l’incendie (\u00ab combles nef sacristie<\/em> \u00bb) bas\u00e9e sur la subdivision de l’ensemble du complexe en quatre tr\u00e8s grandes zones ; la seconde est un code alphanum\u00e9rique (\u00ab ZDA-110-3-15-1<\/em> \u00bb) associ\u00e9 \u00e0 l’un des 160 d\u00e9tecteurs de fum\u00e9e de la cath\u00e9drale. Croyant, peut-\u00eatre \u00e0 tort, que les premi\u00e8res informations indiquaient que le probl\u00e8me \u00e9tait limit\u00e9 \u00e0 la sacristie (la description pourrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e ing\u00e9nument comme \u00ab combles de la<\/em> nef de la<\/em> sacristie \u00bb), la r\u00e9action du pr\u00e9pos\u00e9 est d’envoyer un garde pour v\u00e9rifier dans la sacristie plut\u00f4t que dans les combles de la structure principale : ne trouvant manifestement aucun principe d’incendie \u00e0 cet endroit, pendant quelques dizaines de minutes le pr\u00e9pos\u00e9 semble \u00eatre convaincu qu’il ne s’agit que d’une erreur du syst\u00e8me ; en bref, fausse alerte. Entre temps cependant, il a essay\u00e9 de contacter son sup\u00e9rieur, sans succ\u00e8s ; une demi-heure plus tard seulement, il rappelle et celui-ci, comprenant peut-\u00eatre l’erreur, lui ordonne rapidement d’appeler les pompiers. Mais il est trop tard : des photos du toit en feu de Notre-Dame commencent \u00e0 appara\u00eetre sur Twitter. Le feu durera jusqu’\u00e0 quatre heures du matin, malgr\u00e9 les efforts des pompiers pour l’apprivoiser.<\/p>\n\n\n\n

Le site Agenda Digitale<\/em><\/a> r\u00e9sume ainsi le paradoxe : \u00ab Des ann\u00e9es de travail pour g\u00e9n\u00e9rer un message d’alarme incompr\u00e9hensible \u00bb. En fait, non seulement les trois termes \u00ab combles \u00bb, \u00ab nef \u00bb et \u00ab sacristie \u00bb appartiennent au vocabulaire sp\u00e9cifique de l’architecture eccl\u00e9siastique (et les agents de s\u00e9curit\u00e9 sont rarement des historiens de l’art), mais aussi, les deux premiers sont d’une impr\u00e9cision exquise : les \u00ab combles  \u00bb peuvent indiquer n’importe quelle espace sous le toit de la cath\u00e9drale enti\u00e8re et Notre-Dame a jusqu’\u00e0 cinq nefs, une nef principale et quatre nefs lat\u00e9rales. Il n\u2019y a heureusement qu\u2019une seule sacristie, mais comme elle est situ\u00e9e \u00e0 l’ext\u00e9rieur du corps central on peut se demander selon quelle logique elle a \u00e9t\u00e9 incluse dans la m\u00eame zone que les pr\u00e9c\u00e9dentes. Il est clair que ce n’\u00e9tait pas cette information tr\u00e8s vague dont le pr\u00e9pos\u00e9 alors sur place avait besoin, mais le code alphanum\u00e9rique du d\u00e9tecteur. Mais c’est l\u00e0 que le deuxi\u00e8me probl\u00e8me se pose. La personne charg\u00e9e de surveiller le tableau d’alarme incendie et d’appeler \u00e9ventuellement les pompiers, employ\u00e9e par une soci\u00e9t\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 ext\u00e9rieure, travaillait \u00e0 Notre-Dame depuis… trois jours.<\/p>\n\n\n\n

La logique de la sous-traitance intervient souvent dans des situations d’accident, pour des raisons compr\u00e9hensibles.<\/p>Raffaele Alberto Ventura<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

La logique de la sous-traitance intervient souvent dans des situations d’accident, pour des raisons compr\u00e9hensibles. Comme indiqu\u00e9 dans un rapport de la Commission europ\u00e9enne<\/a> en 2015 (\u00ab Accidents majeurs impliquant des contractants \u00bb) sur le cas sp\u00e9cifique de l’industrie p\u00e9trochimique, l’externalisation augmente les risques car elle limite l’acc\u00e8s \u00e0 l’information. Dans le cas de Notre-Dame, cette logique a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e \u00e0 l’extr\u00eame : l’organisation de la s\u00e9curit\u00e9 sur le site a \u00e9t\u00e9 r\u00e9partie entre trois acteurs diff\u00e9rents : c\u2019est peu dire que la coordination \u00e9tait \u202fmauvaise\u202f.<\/p>\n\n\n\n

Tout d’abord, il y avait l’op\u00e9rateur charg\u00e9 de la surveillance de la centrale incendie, employ\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e Elytis ; ensuite, il y avait un agent (b\u00e9n\u00e9vole) au service du dioc\u00e8se, charg\u00e9 d’effectuer des contr\u00f4les sur place pour le compte du dioc\u00e8se ; enfin, il y avait un employ\u00e9 du minist\u00e8re de la Culture qui, s’il est alert\u00e9 par les pr\u00e9c\u00e9dents, est charg\u00e9 de v\u00e9rifier la validit\u00e9 de l’alarme. Apr\u00e8s l’incendie, Elytis a \u00e9galement publi\u00e9 un communiqu\u00e9<\/a> indiquant qu’\u00e0 partir de 2016, les op\u00e9rateurs du panel de s\u00e9curit\u00e9, qui devaient \u00eatre au nombre de deux, avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits \u00e0 un seul, en raison de probl\u00e8mes budg\u00e9taires. Il ne fait aucun doute que la pr\u00e9sence de deux personnes, ayant une exp\u00e9rience plus ou moins longue, aurait consid\u00e9rablement r\u00e9duit le risque d’accident et \u00e9tait probablement pr\u00e9vue dans le protocole initial : pour la m\u00eame raison, les avions de ligne ont toujours deux pilotes, afin que l’un veille sur l’autre. Mais m\u00eame avec un seul op\u00e9rateur, une combinaison consid\u00e9rable de facteurs est n\u00e9cessaire pour qu’un tel accident se produise. Ajoutons donc un peu plus : lorsque l’incendie se d\u00e9clare, la garde de huit heures de l’officier de contr\u00f4le vient de se terminer, mais personne ne vient le remplacer. La question de la rotation des \u00e9quipes est \u00e9galement r\u00e9currente en cas d’accident, il suffit de penser \u00e0 ce qui s’est pass\u00e9 \u00e0 la centrale nucl\u00e9aire V.I. Lenin de Tchernobyl dans la nuit du 26 avril 1986, peu apr\u00e8s l’arriv\u00e9e du personnel de nuit. De plus, \u00e0 Notre-Dame, comme nous l’avons vu, son patron a \u00e9t\u00e9 indisponible pendant au moins vingt minutes. Un historien de l\u2019art aurait peut-\u00eatre compris que l\u2019information \u00ab combles nef sacristie<\/em> \u00bb n\u2019\u00e9tait pas suffisante \u00e0 identifier une zone pr\u00e9cise, mais il est rare que les agences de s\u00e9curit\u00e9 embauchent leurs employ\u00e9s parmi les historiens de l’art. En bref, la variable humaine sur laquelle reposait toute la proc\u00e9dure \u00e9tait un individu inexp\u00e9riment\u00e9, mal form\u00e9 et probablement fatigu\u00e9, confront\u00e9 \u00e0 une interface opaque.<\/p>\n\n\n\n

En bref, la variable humaine sur laquelle reposait toute la proc\u00e9dure \u00e9tait un individu inexp\u00e9riment\u00e9, mal form\u00e9 et probablement fatigu\u00e9, confront\u00e9 \u00e0 une interface opaque.<\/p>Raffaele Alberto Ventura<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Cela suffit-il pour conclure qu’il s’agissait alors d’une erreur non technique mais humaine ? C’est pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce point qu’il est important d’insister : la question des \u00eatres humains qui vont effectivement interagir avec la technologie est une question technique. La question de la lisibilit\u00e9 des interfaces est une question technique. Emp\u00eacher qu’une erreur de communication ne se transforme en catastrophe est une question technique. D’autant plus que nous savons comment va le monde, dans l’Ouest capitaliste comme \u00e0 Tchernobyl : le personnel n’est pas toujours aussi comp\u00e9tent qu’il devrait l’\u00eatre, car la comp\u00e9tence co\u00fbte de l’argent, et encore moins lorsqu\u2019il s\u2019agit de s\u2019orienter dans une cath\u00e9drale m\u00e9di\u00e9vale.<\/p>\n\n\n\n

Pour pouvoir lire l’interface, l’op\u00e9rateur devait conna\u00eetre le code d’interpr\u00e9tation ou savoir sur quel support (un \u00e9cran ? une carte ? un manuel ?) aller v\u00e9rifier la s\u00e9quence ZDA-110-3-15-1<\/em>. Pour utiliser le vocabulaire de la th\u00e9orie de l’information, on peut dire que le message de la machine \u00e0 l’homme ou de la source (le syst\u00e8me) au r\u00e9cepteur (l’op\u00e9rateur) a \u00e9t\u00e9 correctement d\u00e9livr\u00e9 par le canal (l’\u00e9cran du syst\u00e8me), mais n’a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9chiffr\u00e9. L’employ\u00e9 n’avait pas \u00e9t\u00e9 suffisamment form\u00e9 pour ma\u00eetriser le code, ce qui lui aurait permis d’interagir sans erreur avec la machine. Dans ces cas-l\u00e0, les experts en s\u00e9curit\u00e9 prescrivent une augmentation du degr\u00e9 de redondance du message, de sorte que m\u00eame si le signal est confus pour certains \u00e9l\u00e9ments, la possibilit\u00e9 que d’autres \u00e9l\u00e9ments atteignent leur destination reste \u00e9lev\u00e9e. C’est le principe selon lequel dans les communications radio, souvent perturb\u00e9es, les mots sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9s au moins deux fois. Dans le cas du syst\u00e8me d’alarme incendie, le code ZDA-110-3-15-1<\/em> n’est absolument pas redondant : il suffit de confondre un num\u00e9ro avec un autre pour se retrouver au mauvais endroit.<\/p>\n\n\n\n

Aux \u00c9tats-Unis, le d\u00e9sastre de Notre-Dame n’aurait pas pu se produire, car les sites strat\u00e9giques sont \u00e9quip\u00e9s de syst\u00e8mes de lutte contre les incendies qui contactent automatiquement les services de secours.<\/p>Raffaele Alberto Ventura<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Prendre pour acquis que les choses se d\u00e9rouleront sans probl\u00e8me dans la r\u00e9alit\u00e9 comme dans une simulation \u2013\u202fcomme si les hommes eux-m\u00eames se comportaient comme des machines\u202f\u2013 est la plus grande erreur que peuvent commettre ceux qui con\u00e7oivent un syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9. Selon les normes, ces syst\u00e8mes doivent \u00eatre \u00ab \u00e0 l’\u00e9preuve de l’erreur humaine \u00bb par le morcellement des t\u00e2ches pour minimiser la marge d’autonomie en dehors du flux rigide des proc\u00e9dures et des op\u00e9rations d\u00e9termin\u00e9es en amont. Aux \u00c9tats-Unis, par exemple, le d\u00e9sastre de Notre-Dame n’aurait pas pu se produire, car les sites strat\u00e9giques sont \u00e9quip\u00e9s de syst\u00e8mes de lutte contre les incendies qui contactent automatiquement les services de secours<\/a>.<\/p>\n\n\n\n

Pourtant cette solution technique apparemment id\u00e9ale est limit\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 d’intervenir parfois en dehors de la proc\u00e9dure, par exemple en arr\u00eatant la machine pour l’emp\u00eacher de commettre une erreur. La plupart des \u00e9tudes sur la s\u00e9curit\u00e9 et la sociologie de l’erreur s’accordent \u00e0 dire qu’une automatisation compl\u00e8te des processus ou des proc\u00e9dures n’est pas possible. Dans le deuxi\u00e8me volume de sa trilogie sur les d\u00e9cisions absurdes<\/a>, le sociologue Christian Morel cite les d\u00e9bats qui ont eu lieu dans l’a\u00e9ronautique civile sur le risque associ\u00e9 aux proc\u00e9dures trop rigides : d’une part, elles peuvent apporter une s\u00e9curit\u00e9 excessive dans des conditions incertaines, par exemple lorsqu’un pilote doit se poser sur une piste mouill\u00e9e sans possibilit\u00e9 de pr\u00e9voir le taux de frottement au sol, ou cr\u00e9er une surcharge de proc\u00e9dures qui limite la capacit\u00e9 d’adaptation du personnel navigant. Morel conclut que \u00ab l’id\u00e9e abstraite que la s\u00e9curit\u00e9 implique le strict respect des r\u00e8gles se heurte de front \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 concr\u00e8te de les enfreindre, produit un v\u00e9ritable casse-t\u00eate pour toutes les consid\u00e9rations de s\u00e9curit\u00e9. Ceux qui adh\u00e8rent au respect total des proc\u00e9dures soutiennent que tout devrait \u00eatre r\u00e9glement\u00e9 et contraindre \u00e0 respecter strictement les r\u00e8gles. Pour leur part, les sociologues de terrain soulignent que les op\u00e9rateurs ne peuvent pas travailler sans enfreindre les r\u00e8gles. La contradiction est souvent r\u00e9solue par la dissimulation des transgressions sur le terrain \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Pour comprendre comment l’automatisation peut produire des risques il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de plonger dans la science-fiction (voyez HAL 9000 dans 2001 : l’Odyss\u00e9e de l’espace<\/em> ou le r\u00e9seau Skynet dans Terminator<\/em>) : il suffit de penser au probl\u00e8me que poserait pour chaque site touristique une technologie d’incendie particuli\u00e8rement sensible, qui lancerait une alerte \u00e0 chaque signe de fum\u00e9e. La soci\u00e9t\u00e9 Elytis avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9nonc\u00e9 le probl\u00e8me li\u00e9 au syst\u00e8me de lutte contre l’incendie de la cath\u00e9drale, hautement perfectionn\u00e9 et sensible, qui a \u00e9t\u00e9 activ\u00e9 sans raison. Le probl\u00e8me est avant tout \u00e9conomique : il est inconcevable que, pour chaque d\u00e9tection d’un incendie potentiel, les pompiers soient appel\u00e9s automatiquement, car ils sont d\u00e9j\u00e0 sous pression pour un grand nombre d’urgences (dont, selon les estimations de leur f\u00e9d\u00e9ration fran\u00e7aise, environ la moiti\u00e9 sont des fausses alertes \u00e0 Paris<\/a>). De nombreuses \u00e9tudes et manuels sont consacr\u00e9s au probl\u00e8me de la pr\u00e9vention des fausses alertes, un autre domaine d’expertise qui engendre de nouveaux co\u00fbts. L’un d’entre eux<\/a> (\u00ab A guide to reducing the number of false alarms from fire-detection and fire-alarm systems<\/em> \u00bb) estime le co\u00fbt global \u00e0 un milliard par an pour l’ensemble du Royaume-Uni.<\/p>\n\n\n\n

Prendre pour acquis que les choses se d\u00e9rouleront sans probl\u00e8me dans la r\u00e9alit\u00e9 comme dans une simulation \u2013\u202fcomme si les hommes eux-m\u00eames se comportaient comme des machines\u202f\u2013 est la plus grande erreur que peuvent commettre ceux qui con\u00e7oivent un syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>RAffaele Alberto Ventura<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Il y a objectivement beaucoup de petits maillons dysfonctionnels dans la cha\u00eene de la catastrophe de Notre-Dame : si l’inflammabilit\u00e9 du bois avait \u00e9t\u00e9 correctement estim\u00e9e, la proc\u00e9dure de s\u00e9curit\u00e9 aurait \u00e9t\u00e9 meilleure ; si l’interface utilisateur du syst\u00e8me d’alarme avait \u00e9t\u00e9 mieux con\u00e7ue, il aurait \u00e9t\u00e9 plus facile de prendre des d\u00e9cisions ; si l\u2019agent de s\u00e9curit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 plus exp\u00e9riment\u00e9, il aurait compris d’o\u00f9 venait l’alarme en interpr\u00e9tant correctement les \u00e9l\u00e9ments fournis par l’interface ; si son responsable avait \u00e9t\u00e9 disponible, et probablement pas occup\u00e9 \u00e0 r\u00e9gler les probl\u00e8mes des autres clients, il l’aurait aid\u00e9… Nous avons affaire \u00e0 un \u00ab d\u00e9faut de comp\u00e9tence \u00bb qui ne devient catastrophique que parce que le syst\u00e8me suppose une comp\u00e9tence, c’est-\u00e0-dire qu’il suppose plus de comp\u00e9tence que celle qui est disponible. Au fond, tous ces dysfonctionnements peuvent \u00eatre r\u00e9sum\u00e9s en cat\u00e9gories plus g\u00e9n\u00e9rales : m\u00eame les experts ne sont pas capables de pr\u00e9voir tout ce qui pourrait mal tourner (comme la vitesse de combustion des poutres en bois du XIIIe si\u00e8cle) et, de toute fa\u00e7on, nous ne sommes pas \u00e9conomiquement en mesure de garantir un degr\u00e9 id\u00e9al de comp\u00e9tence \u2013\u202fcomme un doctorat en histoire de l’architecture pour chaque agent de s\u00e9curit\u00e9 d’un site construit \u00e0 l’\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale\u202f\u2013 pour servir l’ensemble des machines et des proc\u00e9dures que nous sommes capables de concevoir en th\u00e9orie.<\/p>\n\n\n\n

Le mot du futurologue Robert Jungk revient ici \u00e0 l’esprit : \u00ab Consid\u00e9r\u00e9 d’un point de vue purement technique, l’\u00eatre humain est un \u00e9chec \u00bb. L’alternative est s\u00e8che : soit le syst\u00e8me laisse moins d’autonomie \u00e0 l’\u00eatre humain, le transformant en pur op\u00e9rateur, soit l’\u00eatre humain pour \u00eatre plus autonome devrait aussi \u00eatre plus comp\u00e9tent, donc professionnalis\u00e9. Dans les deux cas, ces options ont un co\u00fbt suppl\u00e9mentaire : d’une part le co\u00fbt de toutes les interventions d’urgence inutiles (faux positifs) qu’une machine non supervis\u00e9e provoque, d’autre part le co\u00fbt de toute la formation du personnel n\u00e9cessaire pour la rendre r\u00e9ellement autonome. Aucune de ces deux options \u2013\u202fautomatisation compl\u00e8te ou professionnalisation compl\u00e8te\u202f\u2013 n’est \u00e9conomiquement viable \u00e0 grande \u00e9chelle. C’est pourquoi la r\u00e8gle de la gestion de la s\u00e9curit\u00e9 consiste en une solution interm\u00e9diaire : des technologies de s\u00e9curit\u00e9 faillibles qui laissent la place \u00e0 des \u00eatres humains faillibles. Une solution optimale compte tenu des conditions r\u00e9elles \u2013\u202fnous ne pouvons pas d\u00e9penser des sommes astronomiques pour nous prot\u00e9ger contre tous les risques\u202f\u2013 mais qui produit des catastrophes occasionnelles, certainement plus que si nous disposions de syst\u00e8mes de lutte contre les incendies enti\u00e8rement automatis\u00e9s, qui appellent les pompiers au moindre changement de temp\u00e9rature (mais g\u00e9n\u00e8rent ainsi de nouveaux risques ailleurs) ou d’agents de s\u00e9curit\u00e9 enti\u00e8rement professionnalis\u00e9s, \u00e0 plein temps, bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s, ayant de solides \u00e9tudes derri\u00e8re eux et une formation m\u00e9ticuleuse sur le lieu de travail. Mais si l’on veut r\u00eaver, pourquoi ne pas imaginer aussi un copilote pour chaque agent de s\u00e9curit\u00e9, comme dans les avions de ligne, voire 160 cam\u00e9ras haute d\u00e9finition et un tableau de bord de contr\u00f4le avec quelques 160 \u00e9crans ? Ce serait splendide, mais il est clair qu’il ne s’agit pas de trouver des solutions th\u00e9oriquement valables, mais de trouver des solutions r\u00e9alisables.<\/p>\n\n\n\n

Il est clair qu’il ne s’agit pas de trouver des solutions th\u00e9oriquement valables, mais de trouver des solutions r\u00e9alisables.<\/p>Raffaele Alberto Ventura<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

L’incendie de Notre-Dame est un accident et il serait injuste d’en tirer des conclusions trop g\u00e9n\u00e9rales. Mais il reste paradoxal que, dans l’histoire mill\u00e9naire de la cath\u00e9drale, les dommages les plus graves se soient produits pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 le syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme le plus avanc\u00e9 de l’histoire de l’humanit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 install\u00e9. Trois facteurs g\u00e9n\u00e9raux rendent particuli\u00e8rement \u00ab risqu\u00e9e \u00bb la situation dans laquelle se trouve Notre-Dame lorsqu’elle prend feu. La premi\u00e8re est la pr\u00e9sence du syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 lui-m\u00eame, qui tend \u00e0 rendre l’\u00eatre humain irresponsable<\/a>, d’autant qu’il est consid\u00e9r\u00e9 comme infaillible. La seconde est la condition de\u00ab stress \u00bb \u00e0 laquelle est soumis un monument visit\u00e9 par dix millions de touristes par an, environ trente mille personnes par jour, avec cinq fonctions quotidiennes, enti\u00e8rement \u00e9clair\u00e9, chauff\u00e9, \u00e9lectrifi\u00e9 jusqu’aux cloches, au milieu de la charpente en bois, sous-trait\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rentes entreprises pour les diff\u00e9rentes fonctions : s\u00e9curit\u00e9, entretien, accueil. Cela multiplie \u00e9videmment les risques \u2013\u202fcourt-circuit, surchauffe, vandalisme, n\u00e9gligence, terrorisme, etc.<\/em> \u2013\u202fm\u00eame si, il faut le rappeler, tout cela se produit dans le cadre d’une gestion des flux certainement optimale par rapport \u00e0 l’alternative (\u00e9videmment absurde) de laisser entrer dix millions de visiteurs avec une bougie \u00e0 la main. Mais il y a encore un troisi\u00e8me facteur de risque et c’est la relative raret\u00e9 des ressources face aux d\u00e9penses croissantes pour g\u00e9rer le site : comme l’ont rapport\u00e9 de nombreux experts et historiens de l’art avant et apr\u00e8s l’accident, les 456 millions d’euros allou\u00e9s annuellement \u00e0 la restauration et \u00e0 l’entretien du patrimoine historique fran\u00e7ais ne suffisent pas \u00e0 s\u00e9curiser l’ensemble des monuments du territoire, pour un total de 290 000 objets et 44 000 b\u00e2timents, selon la reconstitution du Figaro<\/em><\/a>. Le recours \u00e0 des agences de s\u00e9curit\u00e9 ext\u00e9rieures, capables de r\u00e9duire les co\u00fbts, n’est qu’une des formes sous lesquelles se manifeste la raret\u00e9 des moyens. Et chaque fois que nous d\u00e9pla\u00e7ons des ressources pour renforcer la s\u00e9curit\u00e9 d’un site, nous les soustrayons \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de tous les autres.<\/p>\n\n\n\n

Ces trois facteurs de risque g\u00e9n\u00e9raux se retrouvent partout et sont, en effet, caract\u00e9ristiques de notre civilisation : entour\u00e9s de machines et de proc\u00e9dures, nous avons tendance \u00e0 nous convaincre que tout ira bien parce que tout est con\u00e7u de mani\u00e8re optimale, en sous-estimant \u00e0 la fois l’incertitude structurelle et les transformations qui pourraient rendre nos pr\u00e9visions obsol\u00e8tes ; en outre, nous nous trouvons confront\u00e9s \u00e0 des situations techniquement de plus en plus complexes, semblables \u00e0 d’\u00e9normes cath\u00e9drales gothiques : avions avec des centaines de passagers, r\u00e9seaux routiers, centrales nucl\u00e9aires, \u00e9conomies nationales de plus en plus interd\u00e9pendantes, r\u00e9seaux bancaires, grands territoires travers\u00e9s par des tensions et des risques sanitaires, etc.<\/em> Aujourd’hui, nous sommes de moins en moins s\u00fbrs de pouvoir financer la maintenance de ces syst\u00e8mes pour r\u00e9pondre aux exigences avec lesquelles ils ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us : mat\u00e9riaux de qualit\u00e9, temps optimal pour effectuer les op\u00e9rations, personnel comp\u00e9tent et motiv\u00e9. Une bonne r\u00e8gle empirique \u2013\u202fsurtout pour une soci\u00e9t\u00e9 qui, aux temps du COVID-19, ne peut \u00eatre s\u00fbre de pouvoir garantir \u00e0 tout moment et ind\u00e9finiment les conditions dont elle b\u00e9n\u00e9ficiait \u00e0 un stade particulier de son d\u00e9veloppement\u202f\u2013 serait de concevoir des syst\u00e8mes capables de r\u00e9sister \u00e0 tout choc \u00e9conomique \u00e9ventuel. Les portes automatiques sont peut-\u00eatre pratiques, mais une panne de courant suffit \u00e0 les rendre inutiles. Et quand nous aurons c\u00e2bl\u00e9 toutes les \u00e9glises m\u00e9di\u00e9vales d’Europe avec des fils \u00e9lectriques, encore faudra-il pouvoir financer des gardes de s\u00e9curit\u00e9 pour surveiller les incendies.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

15 avril 2019, Paris. Le toit de la cath\u00e9drale Notre-Dame, symbole de la chr\u00e9tient\u00e9 europ\u00e9enne, prend feu. Il br\u00fblera pendant une dizaine d’heures, laissant des d\u00e9g\u00e2ts consid\u00e9rables. Comme apr\u00e8s chaque catastrophe, il s’agit alors d\u2019en tirer la trame des faits et les responsabilit\u00e9s \u00e9ventuelles. En g\u00e9n\u00e9ral, les causes sont divis\u00e9es en deux types  : humaines ou techniques  ? Mais les choses sont plus complexes. Elles sont si complexes, qu’un an apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements, elles nous permettent non seulement de raconter l’histoire de ce terrible accident, mais aussi de r\u00e9fl\u00e9chir aux limites de notre confiance dans la technologie.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":68381,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-angles.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[2157],"tags":[],"geo":[1876],"class_list":["post-68373","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-religion","staff-raffaele-alberto-ventura","geo-paris"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\nNotre-Dame et le paradoxe de la s\u00e9curit\u00e9 | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/04\/14\/notre-dame-raffaele-ventura\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Notre-Dame et le paradoxe de la s\u00e9curit\u00e9 | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"15 avril 2019, Paris. 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