{"id":67880,"date":"2020-04-11T18:54:24","date_gmt":"2020-04-11T16:54:24","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=67880"},"modified":"2020-04-11T18:54:25","modified_gmt":"2020-04-11T16:54:25","slug":"les-fossoyeurs-du-grand-consensus-americain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/04\/11\/les-fossoyeurs-du-grand-consensus-americain\/","title":{"rendered":"Les fossoyeurs du \u00ab grand consensus am\u00e9ricain \u00bb"},"content":{"rendered":"\n
\u00ab Il y a toujours eu, en marge de notre soci\u00e9t\u00e9, des personnes qui ont cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 leur propre responsabilit\u00e9 en trouvant une solution simple, un slogan attrayant ou un bouc \u00e9missaire commode. Mais, avec le temps, le bon sens fondamental et la stabilit\u00e9 du grand consensus am\u00e9ricain ont toujours pr\u00e9valu<\/em> \u00bb. C\u2019est sur les ruines de ce constat, formul\u00e9 par John Fitzgerald Kennedy en 1962, que s\u2019ouvre Antisocial<\/em>, portrait \u00e9tourdissant de l\u2019Am\u00e9rique navrante de l\u2019\u00e8re trumpienne. Pendant pr\u00e8s de 400 pages, l\u2019auteur, journaliste au New Yorker<\/em>, brosse le portrait fouill\u00e9 et sans complaisance d\u2019une n\u00e9buleuse de complotistes d\u2019extr\u00eame droite, supr\u00e9macistes blancs, n\u00e9o-nazis et autres x\u00e9nophobes que l\u2019on regroupe d\u00e9sormais, outre-Atlantique, sous la marque \u00ab alt-right<\/em> \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00c0 l\u2019instar de son coll\u00e8gue Ronan Farrow, Andrew Marantz fait partie de ces journalistes aux talents narratifs hors du commun ; il d\u00e9crit admirablement ces \u00ab gate-crashers<\/em> \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> qui, \u00e0 la faveur de la passivit\u00e9 des grands r\u00e9seaux sociaux et de leurs algorithmes amoraux, se sont immisc\u00e9s dans le d\u00e9bat public pour y introduire un vocabulaire nouveau. Antisocial<\/em> retrace ainsi la fa\u00e7on dont des propos haineux autrefois insupportables se par\u00e8rent, en quelques ann\u00e9es, des atours d\u2019un discours politique l\u00e9gitime. C\u2019est ce mouvement de translation des vues les plus extr\u00e9mistes et marginales vers le c\u0153ur du d\u00e9bat politique am\u00e9ricain mainstream <\/em>qui permit que fut port\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence am\u00e9ricaine un candidat x\u00e9nophobe, misogyne et affabulateur qu\u2019Andrew Marantz n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 qualifier de \u00ab troll m\u00e9diatique le plus dou\u00e9 au monde<\/em> \u00bb. Comment s\u2019est produit ce long glissement de terrain, qui fin\u00eet par causer l\u2019effondrement du \u00ab grand consensus \u00bb dont parlait John Kennedy et par infl\u00e9chir l\u2019histoire de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine ?<\/p>\n\n\n\n Richard Spencer, Mike Enoch, Milo Yiannopoulos, Mike Cernovich, Lauren Southern\u2026 Pendant plusieurs ann\u00e9es et avant m\u00eame l\u2019\u00e9lection de Donald Trump en novembre 2016, Andrew Marantz a suivi, observ\u00e9 et interrog\u00e9 quelques-unes des figures les plus c\u00e9l\u00e8bres de l\u2019alt-right<\/em> am\u00e9ricaine. Premier enseignement : cette derni\u00e8re <\/em>n\u2019est pas un courant politique mais bien plut\u00f4t un qualificatif controvers\u00e9 aux fronti\u00e8res floues, dont se r\u00e9clame une constellation d\u2019individus aux opinions h\u00e9t\u00e9roclites et parfois divergentes, \u00ab masculinistes, n\u00e9o-monarchistes, trolls nihilistes de Twitter et autres guerriers culturels autodidactes<\/em> \u00bb. \u00ab Il n\u2019y avait pas de parti, de PAC<\/em> <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> ou d\u2019autre organisation officielle du nom d\u2019<\/em>alt-right. Il n\u2019y avait pas de listes de membres. La d\u00e9finition de l\u2019<\/em>alt-right changeait constamment, m\u00eame au sein du mouvement ; ceux qui en \u00e9taient les leaders une semaine \u00e9taient bannis la suivante. La plupart des adh\u00e9rents de l\u2019<\/em>alt-right \u00e9taient anonymes<\/em> \u00bb, note ainsi Andrew Marantz. Ces anonymes ont en commun un rejet de l\u2019establishment<\/em> et des\u00a0\u00ab \u00e9lites globalis\u00e9es \u00bb et la conviction que les m\u00e9dias, la classe politique, le monde des affaires et les grandes figures de la vie intellectuelle am\u00e9ricaine leur dissimulent la v\u00e9rit\u00e9. Mais ils partagent surtout des opinions racistes, x\u00e9nophobes et antis\u00e9mites, qu\u2019ils dissimulent avec plus ou moins d\u2019effort. Certains (tels Mike Enoch, animateur n\u00e9onazi du podcast \u00ab Daily Shoah<\/em> \u00bb, o\u00f9 il propose de transformer les juifs en abat-jours) se r\u00e9clament ouvertement de l\u2019alt-right<\/em> et du \u00ab white nationalism\u00a0<\/em> \u00bb ; d\u2019autres, plus timides, se contentent d\u2019aborder \u00e0 demi-mots une \u00ab JQ<\/em> \u00bb (\u00ab Jewish question<\/em> \u00bb, question juive) et pr\u00e9f\u00e8rent se qualifier de \u00ab civic nationalists<\/em> \u00bb ou d\u2019alt-light<\/em>. \u00c0 l\u2019id\u00e9ologie raciste et antis\u00e9mite se m\u00eale, chez certains, la qu\u00eate d\u2019une notori\u00e9t\u00e9 personnelle : il en va ainsi de Mike Cernovich, avocat interdit de barreau \u00e0 la suite d\u2019une accusation de viol, reconverti en bloggeur, et qui dispense, selon ce qui lui attire le plus de vues, diatribes racistes et misogynes et conseils di\u00e9t\u00e9tiques <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span> ou matrimoniaux <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Pour tous, les r\u00e9seaux sociaux constituent tout \u00e0 la fois un pr\u00e9cieux vecteur de confirmation de leurs intuitions conspirationnistes et une caisse de r\u00e9sonance inestimable, offrant \u00e0 leurs propos un \u00e9cho et une port\u00e9e inesp\u00e9r\u00e9s. \u00ab \u00c0 l\u2019\u00e2ge des r\u00e9seaux sociaux, n\u2019importe qui pouvait \u00eatre influenceur. L\u2019argent, les qualifications, l\u2019intelligence, les relations \u2013 tout cela \u00e9tait utile, bien s\u00fbr, mais on pouvait s\u2019en passer. Pas besoin de savoir coder ni m\u00eame \u00e9crire ; pas besoin de montrer son visage ou d\u2019utiliser son nom. Tout ce dont on avait besoin, c\u2019\u00e9tait d\u2019un m\u00e8me<\/em> <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span> porteur <\/em> \u00bb, r\u00e9sume ainsi Marantz.<\/p>\n\n\n\n Car les algorithmes des r\u00e9seaux sociaux ne font gu\u00e8re de cas des diff\u00e9rences entre articles du New York Times<\/em> ou du New Yorker<\/em> issus de mois d\u2019enqu\u00eate et \u00e9dit\u00e9s consciencieusement par d\u2019innombrables fact-checkers<\/em> et billets alt-right<\/em> v\u00e9hiculant avec aplomb mensonges et approximations. Longtemps, Facebook ne proposa ainsi aucun moyen de distinguer ces contenus les uns des autres, d\u2019en certifier la v\u00e9racit\u00e9 ni d\u2019alerter les utilisateurs quant au caract\u00e8re douteux des affirmations qui apparaissaient sur leur page d\u2019accueil. \u00ab Chaque <\/em>feed individuel sur les r\u00e9seaux sociaux est devenu un m\u00e9lange unique et impr\u00e9visible de faits, de satire, de rumeurs, de propagande <\/em> \u00bb, \u00e9crit ainsi Marantz. Autour de chaque utilisateur est \u00e9difi\u00e9e une bulle de contenus taill\u00e9s sur mesure, regroup\u00e9s par l\u2019algorithme sur le fondement des pr\u00e9f\u00e9rences individuelles et propices \u00e0 la formation de\u00a0biais de confirmation <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. On sait d\u00e9sormais que les contenus les plus \u00ab viraux \u00bb sont s\u00e9lectionn\u00e9s par l\u2019algorithme, qui les rend plus visibles encore, ind\u00e9pendamment de leur provenance, de leur contenu ou de leur exactitude. Enivr\u00e9s par le pouvoir de ces algorithmes, ceux que Marantz surnomme les \u00ab Big Swinging Brains\u00a0<\/em> \u00bb <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span> se gardent bien de s\u2019interroger sur les cons\u00e9quences sociales et politiques de leurs innovations. Si un contenu est populaire, alors il doit \u00eatre vu du plus grand nombre, et ce qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un article de presse, d\u2019un m\u00e8me <\/em>sarcastique ou d\u2019un br\u00fblot raciste. Cette primaut\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 l\u2019algorithme se traduisit longtemps, dans les faits, par l\u2019absence totale de mod\u00e9ration et de contr\u00f4le des r\u00e9seaux sociaux, qui produisit les r\u00e9sultats que l\u2019on sait. Ce laisser-faire puise en partie ses racines dans l\u2019id\u00e9ologie libertaire des premiers jours du net, qui influen\u00e7a profond\u00e9ment les fondateurs des grands r\u00e9seaux sociaux. \u00c0 sa cr\u00e9ation, Twitter se d\u00e9finissait ainsi comme \u00ab l\u2019aile \u2018libert\u00e9 d\u2019expression\u2019 du parti pour la libert\u00e9 d\u2019expression<\/em> \u00bb. Steve Huffman, fondateur de Reddit, rapporte \u00e0 l\u2019auteur d\u2019Antisocial<\/em> avoir construit sa plateforme \u00ab autour du principe \u2018pas d\u2019\u00e9diteurs. Les \u00e9diteurs, ce sont les gens\u2019<\/em> \u00bb. \u00ab \u00a0Comme la plupart des d\u00e9veloppeurs \u00e0 l\u2019\u00e9poque, nous \u00e9tions assez libertaires.\u00a0Pas dans le sens politique ou \u2018Ayn Rand\u2019 ; plus dans le sens\u00a0\u2018<\/em>Fuck you, ne me dis pas quoi penser\u2019<\/em> \u00bb, confie encore Huffman. Longtemps les r\u00e9seaux sociaux r\u00e9pugn\u00e8rent donc \u00e0 s\u2019immiscer dans les d\u00e9bats qui voyaient le jour sur leurs plateformes. \u00ab Au lieu de reprendre l\u00e0 o\u00f9 les anciens gardiens du temple s\u2019\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s, les agents de la disruption \u2013 les nouveaux gardiens du temple \u2013 ont refus\u00e9 de reconna\u00eetre l\u2019\u00e9tendue croissante de leur influence et de leur responsabilit\u00e9. Ils ont, pour la plupart, laiss\u00e9 leurs portes sans surveillance, comptant sur les passants pour ne pas s\u2019en prendre aux verrous<\/em> \u00bb, \u00e9crit ainsi Marantz. C\u2019est dans cette br\u00e8che que s\u2019engouffra l\u2019alt-right<\/em>. Tout d\u2019abord pour y diffuser ses id\u00e9es racistes, th\u00e9ories du complot et blagues antis\u00e9mites, puis pour y faire campagne :<\/p>\n\n\n\n En 2014, les hordes de l\u2019<\/em>alt-right ont commenc\u00e9 \u00e0 se rassembler plus ouvertement autour d\u2019un ensemble d\u2019\u00e9l\u00e9ments de langage : le racisme \u00e9tait un r\u00e9alisme, la diversit\u00e9 \u00e9tait une fa\u00e7on cach\u00e9e de d\u00e9signer le g\u00e9nocide des blancs, l\u2019immigration non blanche faisait peser une menace imminente sur la souverainet\u00e9 euro-am\u00e9ricaine. Puis, \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2015, les hordes sont parvenues \u00e0 un consensus soudain et inattendu. Elles utiliseraient le <\/em>shitposting <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span> sur les r\u00e9seaux sociaux pour aider Donald Trump, cette <\/em>punchline d\u00e9routante de la culture pop qu\u2019ils avaient renomm\u00e9e, avec une ironie tout droit venue du web, ‘l’Empereur-dieu triomphant\u2019, dans son improbable conqu\u00eate de la pr\u00e9sidence des \u00c9tats-Unis<\/em>.\u00a0\u00a0<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n Andrew Marantz donne un exemple gla\u00e7ant du soutien apport\u00e9 par ces \u00ab hordes \u00bb au candidat r\u00e9publicain lorsqu\u2019il fait le r\u00e9cit de la fa\u00e7on dont naquirent les rumeurs relatives \u00e0 la sant\u00e9 d\u2019Hillary Clinton durant les derniers mois de la campagne pr\u00e9sidentielle. \u00c0 partir de mars 2016, Mike Cernovich, alors de plus en plus c\u00e9l\u00e8bre dans les r\u00e9seaux alt-right<\/em>, cr\u00e9e et promeut plusieurs hashtags \u00e9voquant d\u2019hypoth\u00e9tiques probl\u00e8mes de sant\u00e9 de la candidate d\u00e9mocrate. Les rumeurs se multiplient gr\u00e2ce au soutien des lecteurs du blog de Cernovich ; rapidement relay\u00e9es par des comptes d\u2019extr\u00eame-droite, elles apparaissent ensuite dans le Drudge Report<\/em>, blog conservateur cofond\u00e9 par Andrew Breitbart, avant d\u2019\u00eatre reprises par l\u2019ancien maire de New York et soutien de Donald Trump, Rudy Giuliani, sur le plateau de la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision Fox News. En ao\u00fbt 2016, c\u2019est Donald Trump lui-m\u00eame qui mentionnera le sujet lors d\u2019un discours de campagne, d\u00e9clarant qu\u2019il manque \u00e0 Hillary Clinton \u00ab l\u2019\u00e9nergie mentale et physique requise pour affronter l\u2019\u00c9tat islamique et les nombreux ennemis auxquels nous faisons face<\/em> \u00bb. \u00ab Je regardais les conversations en ligne \u2013 ce qui semblait atteindre les gens ou non \u2013 et rien de cela<\/em> [des all\u00e9gations sur la potentielle corruption d\u2019Hillary Clinton] ne fonctionnait\u00a0<\/em> \u00bb, expliquera Mike Cernovich \u00e0 Andrew Marantz.\u00a0<\/em>\u00ab C\u2019\u00e9tait trop complexe. J\u2019ai pens\u00e9 que le truc sur sa sant\u00e9 serait plus visc\u00e9ral, plus persuasif<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est cette utilisation virtuose des r\u00e9seaux sociaux qui permettra simultan\u00e9ment \u00e0 l\u2019alt-right <\/em>de banaliser et de diss\u00e9miner un discours antis\u00e9mite et raciste d\u2019une violence extr\u00eame. \u00ab Sur les cha\u00eenes t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es d\u2019actualit\u00e9 les plus populaires du pays, des pr\u00e9sentateurs de <\/em>prime-time livrent souvent des messages racistes que l\u2019on peut difficilement qualifier de cach\u00e9s, tant ils sont \u00e9vidents m\u00eame pour l\u2019auditeur le moins \u00e9clair\u00e9. Des questions que l\u2019on avait – \u00e0 raison – ferm\u00e9es il y a plusieurs d\u00e9cennies sont \u00e0 nouveau ouvertes. \u2018Nationaliste blanc, supr\u00e9maciste blanc, civilisation occidentale \u2013 quand ces mots sont-ils devenus offensants ?\u2019 d\u00e9clarait Steve King, repr\u00e9sentant de l\u2019Iowa au Congr\u00e8s, dans une interview au<\/em> New York Times en janvier 2019<\/em> \u00bb, relate ainsi Marantz. L\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019Antisocial<\/em> r\u00e9side en partie dans ce que son auteur y analyse avec minutie les facteurs qui ont pr\u00e9cipit\u00e9 cette transformation du discours national am\u00e9ricain. \u00ab Ce qui \u00e9tait inacceptable peut devenir acceptable. L\u2019acceptabilit\u00e9 n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une norme et les normes peuvent changer, pour le meilleur ou pour le pire<\/em> \u00bb, note Marantz. Or, mart\u00e8le-t-il encore \u00e0 plusieurs reprises, \u00ab changer la fa\u00e7on dont nous parlons, c\u2019est changer qui nous sommes<\/em> \u00bb ; la fronti\u00e8re entre les mots et les actes est perm\u00e9able : l\u2019auteur de l\u2019attaque de la mosqu\u00e9e de Christchurch (Nouvelle-Z\u00e9lande) fr\u00e9quentait assid\u00fbment certains forums de l\u2019alt-right<\/em>, sur lesquels il \u00e9crivait, peu de temps avant l\u2019attentat, qu\u2019\u00ab il \u00e9tait temps de passer \u00e0 l\u2019action dans la vie r\u00e9elle<\/em> \u00bb. Il assassina 51\u00a0personnes, nous rappelle Marantz. Autoriser les propos haineux \u00e0 prosp\u00e9rer sur les r\u00e9seaux sociaux en sacralisant la libert\u00e9 d\u2019expression, c\u2019est ignorer cette porosit\u00e9 et contribuer dans le m\u00eame temps \u00e0 la normalisation d\u2019un discours violent et mortif\u00e8re, dont on commence seulement \u00e0 recenser les effets sur la vie d\u00e9mocratique am\u00e9ricaine. \u00ab Notre pays traversait un changement soudain et douloureux. L\u2019ancien vocabulaire national \u00e9tait en train d\u2019\u00eatre d\u00e9mantel\u00e9, et il \u00e9tait trop t\u00f4t pour dire ce qui le remplacerait. J\u2019assimilais parfois ce processus \u00e0 une forme de chirurgie barbare, une greffe d\u2019organe non autoris\u00e9e. La cage thoracique du corps politique avait \u00e9t\u00e9 forc\u00e9e ; les demi-c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s <\/em>alt-light tentaient de se glisser dans le bloc op\u00e9ratoire, d\u2019ins\u00e9rer leur d\u00e9magogie \u00e0 peine d\u00e9guis\u00e9e avant de recoudre la blessure sans se faire remarquer. <\/em>[\u2026] Personne, pas m\u00eame les <\/em>alt-light eux-m\u00eames, ne savaient si le greffon serait assimil\u00e9 ou rejet\u00e9<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Comment endiguer la diffusion de discours d\u2019incitation \u00e0 la haine sur les r\u00e9seaux sociaux\u00a0avant qu\u2019elle n\u2019infuse le discours politique et ne se propage plus avant dans les esprits ? \u00ab Les discours toxiques occasionnent des dommages tangibles<\/em> \u00bb, rappelle Marantz dans un entretien accord\u00e9 au New York Times<\/em><\/a>. \u00ab Mais ce fait implique une question inconfortable qu\u2019un grand nombre d\u2019entre nous s\u2019efforce \u00e0 tout prix d\u2019\u00e9viter de poser, \u00e0 savoir : que devrions-nous, gouvernement, entreprises priv\u00e9es, individus \u2013 faire ?<\/em> \u00bb. La question demeure irr\u00e9solue.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Incursion dans la n\u00e9buleuse de l\u2019alt-right<\/em>. <\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":67884,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-reviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":0,"_lgc_tts_voice":"","_lgc_tts_publish":false,"_lgc_tts_history_item_id":"","_lgc_tts_generated_at":"","_lgc_tts_status":"","_lgc_tts_error":"","footnotes":""},"categories":[1729],"tags":[],"staff":[2203],"editorial_format":[4868],"serie":[],"audience":[],"geo":[525],"class_list":["post-67880","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-numerique","staff-marie-baleo","editorial_format-comptes-rendus","geo-ameriques"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false,"_thumbnail_id":67884,"excerpt":"Incursion dans la n\u00e9buleuse de l\u2019alt-right<\/em>. 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Les r\u00e9seaux sociaux, nouveau <\/strong>far west<\/em><\/strong><\/h2>\n\n\n\n
\u00ab <\/strong>American Carnage<\/em><\/strong> \u00bb<\/strong><\/h2>\n\n\n\n