{"id":64935,"date":"2020-03-24T13:06:44","date_gmt":"2020-03-24T12:06:44","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=64935"},"modified":"2020-03-24T15:04:14","modified_gmt":"2020-03-24T14:04:14","slug":"coronavirus-10-points-scenarios","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/03\/24\/coronavirus-10-points-scenarios\/","title":{"rendered":"Et maintenant ? 10 points sur les sc\u00e9narios d’\u00e9volution de la crise du Coronavirus"},"content":{"rendered":"\n
Le Covid-19 repr\u00e9sente un enjeu aigu de sant\u00e9 publique, probablement le plus important depuis la pand\u00e9mie de grippe espagnole H1N1 de 1918. Depuis les premiers cas, apparus il y moins de 4 mois, il a caus\u00e9 des d\u00e9g\u00e2ts consid\u00e9rables et impact\u00e9 de mani\u00e8re profonde et probablement irr\u00e9versible l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des structures sous-jacentes aux soci\u00e9t\u00e9s humaines. <\/p>\n\n\n\n
On peut \u00e0 ce titre le distinguer d\u2019autres enjeux de sant\u00e9 publics majeurs comme le SIDA, le cancer ou la prise en charge du vieillissement de la population que l\u2019on pourrait qualifier de \u00ab chroniques \u00bb, car ils agissent sur des intervalles de temps beaucoup plus longs. Il faut dans la plupart des cas au moins 5 ou 6 ans avant que les sympt\u00f4mes du SIDA n\u2019apparaissent, et la majorit\u00e9 des cancers prennent au moins une d\u00e9cennie \u00e0 se d\u00e9velopper. <\/p>\n\n\n\n
Plus encore que par sa force et sa vitesse de frappe, le nCoV-2019 se distingue de ces enjeux de sant\u00e9 publics chroniques par la rapidit\u00e9 de la r\u00e9ponse m\u00e9dicale requise. Nous n\u2019avons pas le luxe de penser et de concevoir un \u00ab plan coronavirus \u00bb sur plusieurs ann\u00e9es, comme c\u2019est le cas pour les plans Cancer ou vieillissement. La situation \u00e9volue d\u2019heure en heure, et n\u00e9cessite une r\u00e9ponse en cons\u00e9quence.<\/p>\n\n\n\n Plus encore que par sa force et sa vitesse de frappe, le nCoV-2019 se distingue de ces enjeux de sant\u00e9 publics chroniques par la rapidit\u00e9 de la r\u00e9ponse m\u00e9dicale requise.<\/p>FIENE MARIE KUIJPER, XAVIER OLESSA-DARAGON, MARINE DELGRANGE et Jean-Baptiste B\u00e9gat<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Une r\u00e9ponse \u00ab m\u00e9dicale \u00bb, au sens o\u00f9 elle vise \u00e0 pr\u00e9venir, soigner, accompagner et suivre int\u00e8gre deux grandes composantes et deux grands champs de r\u00e9ponse. Le terrain scientifique, au sens des sciences dites \u00ab fondamentales \u00bb, et le terrain d\u00e9cisionnel et politique. <\/p>\n\n\n\n Or, ces deux r\u00e9ponses se con\u00e7oivent sur des \u00e9chelles de temps tr\u00e8s diff\u00e9rentes : l\u00e0 o\u00f9 la politique peut apporter une r\u00e9ponse imm\u00e9diate, la recherche scientifique et son exploitation m\u00e9dicale prennent du temps. La science a essay\u00e9 de s\u2019adapter : peer reviewing<\/em> acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 d\u2019articles, autorisations d\u2019essais cliniques et processus d\u2019autorisation de mise sur le march\u00e9 acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s\u2026 Malgr\u00e9 cela, la r\u00e9ponse ne peut s’estimer qu’en semaines, voire en mois \u2013 \u00e9chelle incompatible avec l\u2019enjeu actuel.<\/p>\n\n\n\n Ainsi, la r\u00e9ponse \u00e0 court et probablement moyen termes ne se trouve pas dans le champ \u00ab scientifique \u00bb, au sens de l\u2019apport de traitements par les sciences fondamentales. Elle se trouve dans le champ politique et d\u00e9cisionnel, via <\/em>le d\u00e9veloppement de \u00ab r\u00e9ponses non pharmaceutiques \u00bb (RNP) visant \u00e0 endiguer la propagation du virus.<\/p>\n\n\n\n Il faudra, au quotidien, des donn\u00e9es statistiques simples en temps r\u00e9el pour pouvoir s\u2019adapter aux nombreuses inconnues que le mod\u00e8le n’aura pas pr\u00e9dites.<\/p>FIENE MARIE KUIJPER, XAVIER OLESSA-DARAGON, MARINE DELGRANGE et Jean-Baptiste B\u00e9gat<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Ces RNP constituent donc la premi\u00e8re ligne de d\u00e9fense. Depuis la pand\u00e9mie de grippe AH1N1 en 2009, la mod\u00e9lisation de l\u2019impact des RNP s\u2019est impos\u00e9e comme un \u00e9l\u00e9ment central dans la justification des d\u00e9cisions en mati\u00e8re de sant\u00e9 publique. <\/p>\n\n\n\n Il faut cependant noter que, bien qu\u2019elles constituent un levier politique important, les mod\u00e9lisations math\u00e9matiques sont limit\u00e9es, biais\u00e9es et imparfaites. Ce sont des simulations, bas\u00e9es sur un certain nombre de postulats, dont un certain nombre vont fatalement s\u2019av\u00e9rer faux ou incomplets. Il y aura aussi un certain nombre de donn\u00e9es dont on ne dispose pas mais dont on aura besoin pour pouvoir lancer la mod\u00e9lisation, et pour lesquelles on sera contraint de faire des postulats. Ainsi il faudra, au quotidien, des donn\u00e9es statistiques simples en temps r\u00e9el<\/a> pour pouvoir s\u2019adapter aux nombreuses inconnues que le mod\u00e8le n’aura pas pr\u00e9dites.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 l\u2019heure actuelle, les travaux les plus influents proviennent de l\u2019\u00e9quipe de Neil Ferguson \u00e0 l\u2019Imperial College <\/em>de Londres. Publi\u00e9s le 16 mars dans un rapport de l\u2019OMS, ils analysent l\u2019impact de deux grandes strat\u00e9gies de lutte contre le virus : celle de la mitigation et celle de la suppression.<\/p>\n\n\n\n La mitigation correspond aux doctrines dans un premier temps mises en avant par la France et l\u2019Allemagne. En combinant des mesures de confinement \u00e0 domicile des cas suspects et de leur entourage familial avec la distanciation sociale des sujets vuln\u00e9rables, ces mesures ne visent pas \u00e0 arr\u00eater l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, mais \u00e0 la ralentir afin de r\u00e9duire le pic de besoins de prise en charge hospitali\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n Un discours visant \u00e0 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment accepter des centaines de milliers de morts semble intenable, comme peut maintenant en attester Boris Johnson.<\/p>FIENE MARIE KUIJPER, XAVIER OLESSA-DARAGON, MARINE DELGRANGE ET JEAN-BAPTISTE B\u00c9GAT<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Selon les pr\u00e9dictions de Ferguson et son \u00e9quipe, ce sc\u00e9nario permettrait de r\u00e9duire le pic de besoin de prise en charge hospitali\u00e8re de deux tiers et la mortalit\u00e9 de moiti\u00e9. De tels r\u00e9sultats seraient loin d\u2019\u00eatre n\u00e9gligeables, cependant l\u2019ampleur du nombre de personnes touch\u00e9es par l\u2019\u00e9pid\u00e9mie fait que cela r\u00e9sulterait tout de m\u00eame en des centaines de milliers de morts et en une saturation des syst\u00e8mes de sant\u00e9. Au Royaume-Uni \u2013 o\u00f9 cette \u00e9tude a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e \u2013 il faudrait multiplier les capacit\u00e9s d\u2019accueil par huit pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande, tout en conservant une mortalit\u00e9 estim\u00e9e \u00e0 250 000 personnes, qui seraient d\u20191,1 \u00e0 1,2 millions aux \u00c9ats-Unis<\/p>\n\n\n\n Un discours visant \u00e0 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 accepter des centaines de milliers de morts semble intenable, comme peut maintenant en attester Boris Johnson. La strat\u00e9gie de mitigation ne semble donc pas envisageable.<\/p>\n\n\n\n2 \u2013 Le sc\u00e9nario de la strat\u00e9gie de mitigation : ralentir l\u2019\u00e9pid\u00e9mie <\/strong><\/h2>\n\n\n\n