{"id":64824,"date":"2020-03-23T23:41:40","date_gmt":"2020-03-23T22:41:40","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=64824"},"modified":"2020-03-24T22:08:16","modified_gmt":"2020-03-24T21:08:16","slug":"coronavirus-aplatir-les-courbes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/03\/23\/coronavirus-aplatir-les-courbes\/","title":{"rendered":"Coronavirus : aplatir les courbes de pand\u00e9mie et de r\u00e9cession"},"content":{"rendered":"\n

Nous sommes confront\u00e9s \u00e0 une crise sanitaire et \u00e9conomique commune<\/a> d’une ampleur sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l\u2019histoire r\u00e9cente.<\/p>\n\n\n\n

En guise d\u2019avant-propos, je tiens tout d’abord \u00e0 pr\u00e9ciser que l’endiguement de la pand\u00e9mie est la priorit\u00e9 absolue. Le premier graphique r\u00e9sume la mani\u00e8re dont les experts en sant\u00e9 publique abordent le probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \"covid-19\r\n <\/picture>\r\n \n
Graphique n\u00b01<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

\u00c0 court terme, la capacit\u00e9 du syst\u00e8me de sant\u00e9 de tout pays est limit\u00e9e (capacit\u00e9 des unit\u00e9s de soins intensifs, nombre de lits d’h\u00f4pitaux, nombre de professionnels de sant\u00e9 qualifi\u00e9s, ventilateurs….). Cela impose une limite capacitaire au nombre de patients qui peuvent \u00eatre trait\u00e9s convenablement, \u00e0 un moment donn\u00e9 de temps tel que repr\u00e9sent\u00e9 par la ligne en pointill\u00e9s dans le graphique.<\/p>\n\n\n\n

Sans contr\u00f4le, et compte tenu de ce que nous savons du taux de transmission du coronavirus, la pand\u00e9mie submergerait rapidement n’importe quel syst\u00e8me de sant\u00e9, laissant de nombreux patients infect\u00e9s par le virus sans possibilit\u00e9 de traitement.<\/p>PIERRE-OLIVIER GOURINCHAS<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Sans contr\u00f4le, et compte tenu de ce que nous savons du taux de transmission du coronavirus, la pand\u00e9mie submergerait rapidement n’importe quel syst\u00e8me de sant\u00e9, laissant de nombreux patients infect\u00e9s par le virus sans possibilit\u00e9 de traitement. Le taux de mortalit\u00e9 augmenterait en fl\u00e8che. Cette menace d\u00e9passe presque l\u2019entendement. Avec un taux de mortalit\u00e9 de base de 2 % dans l\u2019hypoth\u00e8se de syst\u00e8mes de sant\u00e9 d\u00e9bord\u00e9s et 50 % de la population mondiale infect\u00e9e, 1 % de la population mondiale \u2013 soit 76 millions de personnes \u2013 pourrait mourir. Ce sc\u00e9nario est celui de la courbe rouge du graphique n\u00b01. La partie de la courbe situ\u00e9e au-dessus de la limite capacitaire des syst\u00e8mes de soins de sant\u00e9 pr\u00e9sente un risque de mortalit\u00e9 nettement plus \u00e9lev\u00e9 (zone color\u00e9e en rouge).<\/p>\n\n\n\n

Au lieu de cela, les politiques de sant\u00e9 publique, lorsque les pays en disposent, visent \u00e0 \u00ab aplatir la courbe \u00bb en imposant des mesures drastiques de distanciation sociale et en promouvant les pratiques sanitaires essentielles (lavage de mains, masques\u2026) afin de r\u00e9duire le taux de transmission. Cet \u00ab aplatissement de la courbe \u00bb a pour objectif de r\u00e9partir la pand\u00e9mie dans le temps, afin de permettre \u00e0 un plus grand nombre de personnes de recevoir un traitement m\u00e9dical appropri\u00e9, ce qui, en fin de compte, r\u00e9duit le taux de mortalit\u00e9. C’est le sc\u00e9nario de la courbe grise du graphique n\u00b01.<\/p>\n\n\n\n

Les pays qui ont adopt\u00e9 des mesures d’endiguement drastiques, comme Ta\u00efwan, Singapour ou les r\u00e9gions chinoises situ\u00e9es en dehors du Hubei, ont vu le nombre de cas augmenter \u00e0 un rythme nettement plus lent, suivi d\u2019une d\u00e9crue. Il s’agit clairement et sans ambigu\u00eft\u00e9 de la bonne politique de sant\u00e9 publique \u00e0 court terme.<\/p>PIERRE-OLIVIER GOURINCHAS<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Ces politiques, lorsqu’elles ont \u00e9t\u00e9 mises en \u0153uvre, ont donn\u00e9 de tr\u00e8s bons r\u00e9sultats. Les pays qui ont adopt\u00e9 des mesures d’endiguement drastiques, comme Ta\u00efwan, Singapour ou les r\u00e9gions chinoises situ\u00e9es en dehors du Hubei, ont vu le nombre de cas augmenter \u00e0 un rythme nettement plus lent, suivi d\u2019une d\u00e9crue. Il s’agit clairement et sans ambigu\u00eft\u00e9 de la bonne politique de sant\u00e9 publique \u00e0 court terme.<\/p>\n\n\n\n

Supposons que les autorit\u00e9s sanitaires adoptent cette politique, qui nous place sur la trajectoire aplatie. Quelles en sont  les implications macro\u00e9conomiques ?<\/p>\n\n\n\n

Je soutiendrai qu’\u00e0 court terme, l’aplatissement de la courbe d’infection accentue in\u00e9vitablement la courbe de r\u00e9cession macro\u00e9conomique. Prenons l’exemple de la Chine ou de l’Italie : l’augmentation des distances sociales a n\u00e9cessit\u00e9 la fermeture des \u00e9coles, des universit\u00e9s, de la plupart des entreprises non-essentielles et l’obligation pour la majorit\u00e9 de la population en \u00e2ge de travailler de rester chez elle. Si certaines personnes peuvent travailler \u00e0 domicile, elles ne repr\u00e9sentent qu’une petite fraction de la population active totale. M\u00eame si le travail \u00e0 domicile reste une option, la perturbation \u00e0 court terme des routines professionnelles et familiales est importante et risque d’affecter la productivit\u00e9. En bref, la politique de sant\u00e9 publique \u2013 appropri\u00e9e \u2013 met un coup d\u2019arr\u00eat brutal \u00e0 l’\u00e9conomie. En effet, tous les indicateurs en provenance de Chine, par exemple, indiquent une chute spectaculaire de la production et du commerce.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 court terme, l’aplatissement de la courbe d’infection accentue in\u00e9vitablement la courbe de r\u00e9cession macro\u00e9conomique.<\/p>PIERRE-OLIVIER GOURINCHAS<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Dans un monde parfait, les gens s’isoleraient jusqu’\u00e0 ce que les taux d’infection diminuent suffisamment et que les autorit\u00e9s de sant\u00e9 publique donnent le feu vert \u00e0 la reprise d\u2019une vie normale. \u00c0 ce moment-l\u00e0, les moteurs \u00e9conomiques red\u00e9marreraient : les travailleurs reprendraient le travail, les usines se r\u00e9activeraient, les navires chargeraient leurs cargaisons et les avions d\u00e9colleraient \u00e0 nouveau.<\/p>\n\n\n\n

Toutefois, m\u00eame dans ce monde \u00ab  parfait  \u00bb, les d\u00e9g\u00e2ts \u00e9conomiques seraient consid\u00e9rables. Afin d\u2019en prendre la mesure, supposons que, par rapport \u00e0 une une situation d\u2019activit\u00e9 normale, les mesures de confinement r\u00e9duisent la production de 50 % pendant un mois et de 25 % le mois suivant, apr\u00e8s quoi l’\u00e9conomie reviendrait \u00e0 un niveau d\u2019activit\u00e9 normal. Une baisse d’activit\u00e9 aussi brutale mais de courte dur\u00e9e ne semble pas extraordinaire si l’on consid\u00e8re qu’une majorit\u00e9 de la main-d’\u0153uvre est actuellement enferm\u00e9e chez elle dans certains pays comme l’Italie, la Chine, la France l\u2019Espagne ou l\u2019Allemagne. Ce sc\u00e9nario porterait un coup s\u00e9v\u00e8re aux chiffres cl\u00e9s du PIB, avec une baisse du taux annuel de croissance de la production de l’ordre de 6,5 % par rapport \u00e0 l’ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une prolongation de l’arr\u00eat de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique de 25 % pendant un mois suppl\u00e9mentaire, la baisse du taux annuel de croissance de la production (par rapport \u00e0 l’ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente) atteindrait presque 10 % !<\/p>\n\n\n\n

Dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une prolongation de l’arr\u00eat de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique de 25 % pendant un mois suppl\u00e9mentaire, la baisse du taux annuel de croissance de la production (par rapport \u00e0 l’ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente) atteindrait presque 10 %.<\/p>PIERRE-OLIVIER GOURINCHAS<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Comme un certain nombre d’\u00e9conomistes l’ont soulign\u00e9, la majeure partie de ce PIB perdu ne reviendra pas. Il est donc raisonnable de pr\u00e9voir un retour \u00e0 la situation ant\u00e9rieure, plut\u00f4t qu\u2019un rattrapage de l’activit\u00e9 perdue \u2013 m\u00eame si l\u2019on peut consid\u00e9rer qu\u2019il y aura un \u00e9l\u00e9ment de rattrapage pour les achats de biens durables qui auront \u00e9t\u00e9 diff\u00e9r\u00e9s pendant la crise. \u00c0 titre de comparaison, la baisse de la croissance de la production aux \u00c9tats-Unis pendant la \u00ab  Grande r\u00e9cession  \u00bb de 2008-2009 a \u00e9t\u00e9 d’environ 4,5 %. Nous sommes donc potentiellement sur le point d’assister \u00e0 un ralentissement \u00e9conomique qui pourrait \u00e9clipser celui de cette \u00ab  Grande R\u00e9cession  \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Pourquoi les chiffres sont-ils si \u00e9lev\u00e9s aujourd’hui ? La r\u00e9ponse est que, m\u00eame au plus fort de la crise financi\u00e8re, lorsque l’\u00e9conomie am\u00e9ricaine supprimait 800 000 emplois chaque  mois, la grande majorit\u00e9 des gens \u00e9taient encore en activit\u00e9. Le taux de ch\u00f4mage aux \u00c9tats-Unis a culmin\u00e9 \u00e0 \u00ab  seulement  \u00bb 10 %. En revanche, le coronavirus cr\u00e9e une situation o\u00f9, pendant une courte p\u00e9riode, 50 % ou plus des gens ne peuvent pas travailler. L’impact sur l’activit\u00e9 \u00e9conomique est donc comparativement beaucoup plus important.<\/p>\n\n\n\n

Pendant la crise financi\u00e8re, le taux de ch\u00f4mage aux \u00c9tats-Unis a culmin\u00e9 \u00e0 \u00ab  seulement \u00bb 10  %. Le coronavirus cr\u00e9e une situation o\u00f9, pendant une courte p\u00e9riode, 50 % ou plus des gens ne peuvent pas travailler. L’impact sur l’activit\u00e9 \u00e9conomique est donc comparativement beaucoup plus important.<\/p>PIERRE-OLIVIER GOURINCHAS<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Pourtant, il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un sc\u00e9nario \u00ab  optimiste  \u00bb. Nous ne vivons pas dans le \u00ab  monde th\u00e9oriquement parfait  \u00bb d\u00e9crit ci-dessus. Au lieu de cela, un ralentissement de cette ampleur aura un retentissement \u00e9conomique qu\u2019il est n\u00e9cessaire de ne pas sous-estimer. Mal g\u00e9r\u00e9, ce ralentissement pourrait avoir un co\u00fbt \u00e9conomique tr\u00e8s important et durable.<\/p>\n\n\n\n

Une \u00e9conomie moderne est un r\u00e9seau complexe de parties interconnect\u00e9es : employ\u00e9s, entreprises, fournisseurs, consommateurs, banques et interm\u00e9diaires financiers… Chacun est l’employ\u00e9, le client, le pr\u00eateur, etc\u2026 d\u2019un autre. Un arr\u00eat soudain comme celui d\u00e9crit ci-dessus peut facilement d\u00e9clencher une cascade d’\u00e9v\u00e9nements, aliment\u00e9e par des d\u00e9cisions individuellement rationnelles mais collectivement catastrophiques.<\/p>\n\n\n\n

Tout comme les gens peuvent ignorer les instructions d’auto-isolement \u2013 au motif qu’ils ont mieux \u00e0 faire \u2013 les acteurs \u00e9conomiques peuvent prendre des d\u00e9cisions individuelles qui amplifient et pr\u00e9cipitent le ralentissement \u00e9conomique. Les \u00ab  clients  \u00bb qui s’isolent peuvent avoir moins de possibilit\u00e9s de d\u00e9penser. Face aux incertitudes sur les perspectives \u00e9conomiques futures, un r\u00e9flexe commun peut \u00eatre de r\u00e9duire encore plus les d\u00e9penses. Les entreprises auraient alors d\u2019autant plus de difficult\u00e9s \u00e0 maintenir leurs recettes, m\u00eame s\u2019il s\u2019agissait simplement d\u2019\u00e9couler leurs stocks. Face \u00e0 la baisse de la demande \u2013 dans certains secteurs tels que les loisirs, les voyages ou les divertissements, l’effondrement de la demande sera probablement quasi total \u2013 les entreprises voudront r\u00e9duire leurs co\u00fbts, en licenciant des travailleurs. Elles auront aussi de grandes difficult\u00e9s \u00e0 rembourser leurs emprunts, \u00e0 la suite de quoi le bilan des banques va se d\u00e9t\u00e9riorer. Celles-ci voudront donc naturellement se prot\u00e9ger en r\u00e9duisant leurs offre de cr\u00e9dits. Les fournisseurs demanderont \u00e0 \u00eatre pay\u00e9s, etc… La panique et la perte de confiance ajoutent, en pareilles circonstances, une couche suppl\u00e9mentaire. Il en r\u00e9sulterait des faillites en cascade, avec une augmentation des licenciements et une accumulation des fragilit\u00e9s financi\u00e8res. <\/p>\n\n\n\n

Face \u00e0 la baisse de la demande \u2013 dans certains secteurs tels que les loisirs, les voyages ou les divertissements, l’effondrement de la demande sera probablement quasi total \u2013 les entreprises voudront r\u00e9duire leurs co\u00fbts, en licenciant des travailleurs.<\/p>PIERRE-OLIVIER GOURINCHAS<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

En d\u2019autres termes, un vrai danger est que le virus mute et infecte notre syst\u00e8me \u00e9conomique m\u00eame si nous r\u00e9ussissons \u00e0 l\u2019extirper de nos corps. Sa forme \u00e9conomique n\u2019est certainement pas aussi fatale, mais elle peut n\u00e9anmoins provoquer de r\u00e9els d\u00e9g\u00e2ts. Les \u00e9conomistes reconna\u00eetront que le probl\u00e8me dans les deux cas \u2013 infection et r\u00e9cession \u2013 est celui des externalit\u00e9s n\u00e9gatives : certaines actions sont individuellement parfaitement sens\u00e9es, mais collectivement nuisibles.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019implication est que l\u2019\u00e9conomie fait face aussi \u00e0 un probl\u00e8me \u00ab  d\u2019aplatissement de la courbe  \u00bb. Sans soutien macro\u00e9conomique efficace, l\u2019impact de la contraction de l\u2019activit\u00e9 peut \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 par la courbe rouge sur le graphique 2. Celle-ci repr\u00e9sente la production perdue durant une r\u00e9cession brutale et intense, amplifi\u00e9e par les d\u00e9cisions \u00e9conomiques de millions d\u2019agents \u00e9conomiques essayant de se prot\u00e9ger en r\u00e9duisant leurs d\u00e9penses, en retardant leurs investissements, en r\u00e9duisant leurs pr\u00eats et g\u00e9n\u00e9ralement en se terrant chez eux. Notez l\u2019ironie de la chose : pour l\u2019\u00e9conomie, c\u2019est l\u2019isolement qui g\u00e9n\u00e8re des externalit\u00e9s n\u00e9gatives !<\/p>\n\n\n\n

L\u2019\u00e9conomie fait face aussi \u00e0 un probl\u00e8me \u00ab  d\u2019aplatissement de la courbe  \u00bb.<\/p>PIERRE-OLIVIER GOURINCHAS<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \"covid-19\r\n <\/picture>\r\n \n
Graphique n\u00b02<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Dans ce graphique, la zone color\u00e9e en gris repr\u00e9sente le ralentissement \u00e9conomique envisag\u00e9 dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 nous serions capables de pr\u00e9venir toute \u00ab infection \u00e9conomique \u00bb suppl\u00e9mentaire, c’est-\u00e0-dire capables de limiter le ralentissement \u00e0 la production perdue pendant la p\u00e9riode de confinement sanitaire. Comme nous l’avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, il est probable que ce chiffre soit d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s n\u00e9gatif. La ligne rouge\u00a0\u2013\u00a0ainsi que la zone color\u00e9e en rouge\u00a0\u2013\u00a0repr\u00e9sente la perte suppl\u00e9mentaire d’activit\u00e9 \u00e9conomique \u00e0 partir du moment o\u00f9 le syst\u00e8me \u00e9conomique dans son ensemble est \u00ab infect\u00e9 \u00bb et que les diverses boucles de r\u00e9troaction n\u00e9gative et m\u00e9canismes d’amplification d\u00e9crits ci-dessus se d\u00e9clenchent.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Ce n’est pas un hasard si les mesures qui contribuent \u00e0 r\u00e9soudre la crise sanitaire peuvent aggraver la crise \u00e9conomique \u2013 du moins \u00e0 court terme \u2013 et vice versa : une politique de sant\u00e9 plus stricte entra\u00eene un arr\u00eat de l’activit\u00e9 \u00e9conomique plus important. De prime abord, on pourrait penser qu\u2019il faut donc trouver le juste compromis. Il n\u2019en est rien : ch\u00f4mage contre vies perdues, le d\u00e9bat n\u2019a pas lieu d\u2019\u00eatre \u2013 du moins au regard des taux importants d’infection et de mortalit\u00e9 auxquels nous assistons. De plus, m\u00eame si aucune mesure d’endiguement n’\u00e9tait mise en \u0153uvre, une r\u00e9cession se produirait de toute fa\u00e7on, aliment\u00e9e par les comportements de pr\u00e9caution et\/ou de panique des m\u00e9nages et des entreprises confront\u00e9s \u00e0 l’incertitude de devoir faire face \u00e0 une pand\u00e9mie mal g\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

Heureusement, la politique \u00e9conomique peut agir de mani\u00e8re d\u00e9cisive pour pr\u00e9venir ces \u00ab  infections \u00e9conomiques  \u00bb. L’objectif de base est ici aussi de \u00ab  niveler la courbe  \u00bb et de limiter les dommages \u00e9conomiques \u00e0 ce qui est in\u00e9vitable lorsque la main-d’\u0153uvre est largement mise en quarantaine. Le syst\u00e8me \u00e9conomique moderne \u2013 encore une fois, lorsqu’il est correctement g\u00e9r\u00e9 \u2013 pr\u00e9voit un certain nombre de dispositifs de s\u00e9curit\u00e9 con\u00e7us pour pr\u00e9venir ou limiter les effondrements catastrophiques de ce type. Il faut consid\u00e9rer ces m\u00e9canismes comme les \u00ab  unit\u00e9s de soins intensifs, les lits et les ventilateurs  \u00bb du syst\u00e8me \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n

La politique \u00e9conomique peut agir de mani\u00e8re d\u00e9cisive pour pr\u00e9venir ces \u00ab  infections \u00e9conomiques  \u00bb.<\/p>PIERRE-OLIVIER GOURINCHAS<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les banques centrales peuvent fournir des liquidit\u00e9s d’urgence au secteur financier. Les stabilisateurs budg\u00e9taires automatiques (la baisse des recettes fiscales de l’\u00c9tat et l’augmentation des transferts) contribuent \u00e9galement \u00e0 att\u00e9nuer le coup port\u00e9 par les ralentissements \u00e9conomiques sur le bilan des m\u00e9nages et des entreprises. En outre, les gouvernements peuvent d\u00e9ployer des mesures budg\u00e9taires discr\u00e9tionnaires cibl\u00e9es ou des programmes plus larges pour soutenir l’activit\u00e9 \u00e9conomique. Ces actions contribuent \u00e0 \u00ab  aplatir la courbe \u00e9conomique  \u00bb, c’est-\u00e0-dire \u00e0 limiter la perte \u00e9conomique, comme l’illustre le graphique n\u00b02.<\/p>\n\n\n\n

Il est important de garder \u00e0 l’esprit ce que la politique \u00e9conomique peut et ne peut pas faire. L’objectif n’est pas et ne peut pas \u00eatre d’\u00e9liminer compl\u00e8tement la r\u00e9cession. La r\u00e9cession sera l\u00e0, elle sera massive, mais, esp\u00e9rons-le, de courte dur\u00e9e. La priorit\u00e9 est plut\u00f4t de court-circuiter toutes les boucles de r\u00e9troaction n\u00e9gative et les canaux de contagion qui, autrement, amplifieraient ce choc n\u00e9gatif. Si elle n’est pas ma\u00eetris\u00e9e, la r\u00e9cession menace de d\u00e9truire le r\u00e9seau complexe de liens \u00e9conomiques qui permet \u00e0 l’\u00e9conomie de fonctionner et dont la remise en marche prendrait alors beaucoup plus de temps.<\/p>\n\n\n\n

Dans cette perspective, la priorit\u00e9 devrait \u00eatre :<\/p>\n\n\n\n

  • de faire en sorte que les travailleurs puissent conserver leur emploi \u2013 et toucher leur salaire \u2013 m\u00eame s’ils sont mis en quarantaine ou contraints de rester chez eux pour s’occuper de personnes \u00e0 charge. L’aide au ch\u00f4mage partiel est ici un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9. Sans cela, il n’est m\u00eame pas certain que les recommandations de sant\u00e9 publique puissent \u00eatre suivies. Les m\u00e9nages doivent \u00eatre en mesure d’effectuer les paiements essentiels (loyer, services publics, remboursement de pr\u00eats, assurance) ;<\/li>
  • de faire en sorte que les entreprises puissent traverser la temp\u00eate sans faire faillite, en facilitant les conditions d’emprunt, en mettant en place des exon\u00e9rations temporaires des imp\u00f4ts ou des cotisations sociales, en suspendant temporairement les obligations de remboursement de pr\u00eats ou en fournissant une aide financi\u00e8re directe si n\u00e9cessaire ;<\/li>
  • de soutenir le syst\u00e8me financier, dans la mesure o\u00f9 les pr\u00eats non performants vont se multiplier, afin de garantir que la crise \u00e9conomique ne se transforme pas en crise financi\u00e8re.<\/li><\/ul>\n\n\n\n

    Ces mesures att\u00e9nueront \u2013 voire \u00e9limineront \u2013 les boucles d’amplification et r\u00e9duiront consid\u00e9rablement le ralentissement \u00e9conomique. <\/p>\n\n\n\n

    La priorit\u00e9 est plut\u00f4t de court-circuiter toutes les boucles de r\u00e9troaction n\u00e9gative et les canaux de contagion qui, autrement, amplifieraient ce choc n\u00e9gatif. Si elle n’est pas ma\u00eetris\u00e9e, la r\u00e9cession menace de d\u00e9truire le r\u00e9seau complexe de liens \u00e9conomiques qui permet \u00e0 l’\u00e9conomie de fonctionner et dont la remise en marche prendrait alors beaucoup plus de temps.<\/p>PIERRE-OLIVIER GOURINCHAS<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

    Le s\u00e9quen\u00e7age est important. Les mesures \u00e9conomiques sont particuli\u00e8rement n\u00e9cessaires lorsque l’\u00e9conomie est \u00e0 l\u2019arr\u00eat. Les mesures de relance qui seraient prises apr\u00e8s la fin de la crise sanitaire ne seront n\u00e9cessaires que si nous ne parvenons pas \u00e0 agir de mani\u00e8re d\u00e9cisive d\u00e8s maintenant pour \u00e9viter un effondrement catastrophique. Leur co\u00fbt pourrait alors s’av\u00e9rer beaucoup plus \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

    Le s\u00e9quen\u00e7age est \u00e9galement important pour une autre raison. Des politiques de sant\u00e9 strictes peuvent freiner consid\u00e9rablement la propagation de la maladie. Elles ont toutefois un inconv\u00e9nient : elles laissent une plus grande fraction de la population non-expos\u00e9e \u00e0 la maladie. Cela implique que des mesures de confinement pourraient devoir \u00eatre impos\u00e9es pendant une p\u00e9riode plus longue, au risque, dans le cas contraire, de voir la pand\u00e9mie reprendre ult\u00e9rieurement. \u00c0 cet \u00e9gard, certains \u00e9l\u00e9ments indiquent que le nombre de cas d\u00e9pist\u00e9s en Chine et \u00e0 Taiwan pourrait \u00eatre \u00e0 nouveau en augmentation. Il faudra donc rester vigilant.<\/p>\n\n\n\n

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