{"id":63616,"date":"2020-03-15T20:40:10","date_gmt":"2020-03-15T19:40:10","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=63616"},"modified":"2020-03-19T18:32:55","modified_gmt":"2020-03-19T17:32:55","slug":"les-monnaies-digitales-au-secours-des-politiques-monetaires-non-conventionnelles-pour-freiner-la-crise-economique-liee-au-covid-19","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/03\/15\/les-monnaies-digitales-au-secours-des-politiques-monetaires-non-conventionnelles-pour-freiner-la-crise-economique-liee-au-covid-19\/","title":{"rendered":"Les monnaies digitales au secours des politiques mon\u00e9taires non conventionnelles pour freiner la crise \u00e9conomique li\u00e9e au Covid-19 ?"},"content":{"rendered":"\n
Paris.<\/em> La crise sanitaire va conduire \u00e0 une crise \u00e9conomique. Les gouvernements annoncent ou vont annoncer des mesures de soutien rarement d\u00e9ploy\u00e9es, y compris pendant la crise de 2008, car avant d\u2019\u00eatre une crise \u00e9conomique, celle de 2008 \u00e9tait d\u2019abord une crise financi\u00e8re. Ici, c\u2019est toute l\u2019\u00e9conomie des pays touch\u00e9s par la crise sanitaire qui va \u00eatre affect\u00e9e. Les banques centrales injectent des quantit\u00e9s de liquidit\u00e9s \u2013 r\u00e9ponse traditionnelle \u00e0 toute crise \u00e9conomique. Mais la question est de savoir si cette injection via le secteur bancaire est efficace ? La crise de 2008 a montr\u00e9 les limites de ce type d\u2019action : les banques \u2013 sans mauvaise volont\u00e9 de leur part \u2013 n\u2019arrivent pas toujours \u00e0 toucher directement les entreprises qui ont besoin de liquidit\u00e9 pour assurer leurs probl\u00e8mes de tr\u00e9sorerie. Il faut bien s\u00fbr identifier ces entreprises, mais il faut aussi que celles-ci passent le filtre des diff\u00e9rents comit\u00e9s de cr\u00e9dit internes au regard de leur situation financi\u00e8re, sans parler pour les banques du respect des ratios prudentiels de diversification et autres. Bref, si l\u2019argent envoy\u00e9 par les banques centrales sort bien des caisses de ces derni\u00e8res, il n\u2019arrive pas toujours dans les comptes des entreprises, et lorsque c\u2019est le cas, cela met un \u00ab certain temps \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Il existe depuis quelques ann\u00e9es une id\u00e9e avanc\u00e9e par les \u00e9conomistes, celle d\u2019 \u00ab h\u00e9licopt\u00e8re mon\u00e9taire \u00bb. De quoi s\u2019agit-il ?\u00a0 Il existe plusieurs variantes de cette notion, mais la plus radicale est celle qui correspond \u00e0 la m\u00e9taphore employ\u00e9e : une banque centrale injecte directement des liquidit\u00e9s aupr\u00e8s des agents \u00e9conomiques, sans passer par les r\u00e9seaux bancaires. Comment ? En \u00ab distribuant \u00bb gratuitement de l\u2019argent \u00e0 ces agents ! Artus \u00e9voque \u00ab une cr\u00e9ation de monnaie sans achats d’actifs en contrepartie <\/em> \u00bb (2012) tout comme Waldman (2013). C\u2019est une solution plus radicale encore que le quantative easing<\/em> <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> : il s’agit d’une \u00ab distribution \u00bb de monnaie et non d’une injection de monnaie avec achat d’actif en contrepartie comme cela est le cas \u00e0 travers le quantitative easing<\/em>. D’un point de vue bilantiel, cela se traduit par une augmentation du passif de la banque centrale sans augmentation cons\u00e9quente de son actif. La m\u00e9taphore de l’h\u00e9licopt\u00e8re nous vient de Milton Friedman, dans son livre The optimum quantity of money <\/em>(1969) <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il l’emploie notamment au d\u00e9but du livre lorsqu’il tente d’expliquer par un exemple simple pourquoi la monnaie est neutre sur le long terme. Mais cette th\u00e9orie n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 mise en \u0153uvre de fa\u00e7on aussi radicale. D\u2019abord parce qu\u2019elle pose de nombreux d\u00e9bats au sein des \u00e9conomistes : elle conduit \u00e0 la cr\u00e9ation de monnaie sans achats d’actifs en contrepartie, et donc potentiellement des capitaux n\u00e9gatifs des banques centrales, voire m\u00eame leur ind\u00e9pendance. Mais il existe une raison encore plus simple pour expliquer l\u2019absence d\u2019utilisation de cette th\u00e9orie : c\u2019est celui du ciblage de cette distribution. Car contrairement \u00e0 la m\u00e9taphore, il ne s\u2019agit pas de larguer du haut d\u2019un h\u00e9licopt\u00e8re des billets de banque o\u00f9 chacun viendra ensuite se servir une fois tomb\u00e9s au sol, ce qui serait d\u2019une assez grande inefficacit\u00e9 du fait qu’il est plus que probable que ce ne sont pas ceux qui en auront besoin qui ramasseront le plus d\u2019argent distribu\u00e9s. Il s\u2019agit au contraire de bien cibler cette distribution d\u2019argent. D\u2019o\u00f9 le changement de m\u00e9taphore, qui passe \u00e0 celui de drone mon\u00e9taire, permettant de produire une image plus cibl\u00e9e du \u00ab largage \u00bb d\u2019argent. Mais le probl\u00e8me demeure : comment une banque centrale peut elle s\u2019assurer que cette distribution arrive au bon endroit ?<\/p>\n\n\n\n Et c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 les r\u00e9flexions et projets depuis plusieurs mois des banques centrales en mati\u00e8re de monnaie digitales prennent tout leur sens. En effet, la plupart des grandes banques centrales, pouss\u00e9es tant par le FMI que par la BRI, lancent des projets de monnaies de banques centrales digitales (ou \u00ab CBDC \u00bb selon l\u2019acronyme anglais). De quoi s\u2019agit il ? Tout simplement de mettre en place une nouvelle forme de la monnaie, aux c\u00f4t\u00e9s de la monnaie fiduciaire et de la monnaie scripturale, avec une monnaie digitale. Dans ce sens, la monnaie digitale est une repr\u00e9sentation num\u00e9rique de la monnaie l\u00e9gale. Dans la mesure o\u00f9 il existe plusieurs variantes d\u2019une CBDC, il est difficile de d\u00e9finir celle-ci de fa\u00e7on trop pr\u00e9cise. Comme l\u2019indique la BRI, \u00ab CBDC n’est pas un terme bien d\u00e9fini. Il est utilis\u00e9 pour d\u00e9signer un certain nombre de concepts. Cependant, la plupart des gens l’envisagent comme une nouvelle forme de monnaie de banque centrale. Il s’agit d’un passif de la banque centrale, libell\u00e9 dans une unit\u00e9 de compte existante, qui sert \u00e0 la fois de moyen d’\u00e9change et de r\u00e9serve de valeur<\/em> \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Et de proposer une d\u00e9finition negative d\u2019une CBDC : \u00ab La CBDC est une forme num\u00e9rique de monnaie de banque centrale qui est diff\u00e9rente des soldes des comptes de r\u00e9serve ou de r\u00e8glement traditionnel<\/em>s \u00bb.<\/p>\n\n\n\n\n\n Parmi les variantes possibles d\u2019une CBDC aux c\u00f4t\u00e9s des autres repr\u00e9sentations mon\u00e9taires (cf. graphique 1<\/em>), il y a celle o\u00f9 les acteurs \u00e9conomiques d\u00e9tiennent directement un compte aupr\u00e8s de la banque central (cf. graphique 2<\/em>). Ce n\u2019\u00e9tait pas jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent le sc\u00e9nario privil\u00e9gi\u00e9, car cela revient \u00e0 passer au-dessus des banques commerciales et de leurs relations clients ; sans parler du fait qu\u2019une banque centrale n\u2019est pas outill\u00e9e pour ouvrir des comptes aux agents \u00e9conomiques, et proc\u00e9der \u00e0 leur suivi, notamment en terme de process<\/em> de lutte contre le blanchiment.<\/p>\n\n\n\n\n\n Et pourtant, c\u2019est cette id\u00e9e qui revient comme une petite musique depuis que la crise sanitaire se transforme en une crise \u00e9conomique. Ainsi, l\u2019Institut Veblen propose dans une note de janvier 2020 de \u00ab verser \u00e0 chaque citoyen de la zone euro entre 120 et 140 euros de monnaie centrale num\u00e9rique, sur un compte ouvert pour chacun aupr\u00e8s de la Banque centrale europ\u00e9enne<\/em> \u00bb <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En pratique, la somme serait vers\u00e9e chaque mois pendant une ann\u00e9e test, et tant que l\u2019inflation reste en dessous de la cible de 2 % d\u00e9finie par la BCE. Elle le serait sans contrepartie, et chacun serait libre de la d\u00e9penser comme il l\u2019entend. L\u2019\u00e9mission de monnaie centrale correspondante se situerait aux environs de 480 milliards annuels, soit 40 milliards mensuels. C\u2019est la m\u00eame id\u00e9e qui est avanc\u00e9e dans un article r\u00e9cent du Financial Times<\/em> en mars 2020 <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, peu apr\u00e8s la publication, pass\u00e9e relativement inaper\u00e7ue compte tenu des circonstances, d\u2019un rapport de la Banque d\u2019Angleterre qui pr\u00e9cise certains cas d\u2019utilisation des CBDC <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>, notamment dans le cadre de politique mon\u00e9taire non conventionnelle.<\/p>\n\n\n\n Si l\u2019id\u00e9e est s\u00e9duisante, force est de constater : (i) qu\u2019\u00e0 ce jour, aucune banque centrale n\u2019a encore \u00e9mis une CBDC et que la banque centrale la plus en avance sur le sujet (la Banque centrale de Su\u00e8de) est encore en phase de test : autrement dit, la solution risque d\u2019arriver trop tard ; (ii) les objections quant aux cons\u00e9quences sur les bilans des banques centrales ne font pas l\u2019objet d\u2019un consensus quant aux r\u00e9ponses \u00e0 y apporter ; (iii) les cons\u00e9quences sur les activit\u00e9s des banques commerciales ne sont pas bien mesur\u00e9es, et il faudrait \u00e9viter de cr\u00e9er un probl\u00e8me syst\u00e9mique suppl\u00e9mentaire en fragilisant les banques commerciales. C\u2019est donc sur le papier une excellente id\u00e9e mais qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre \u00e9tudi\u00e9e plus en d\u00e9tail.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" La crise sanitaire li\u00e9e aux coronavirus va tr\u00e8s probablement entra\u00eener une grave crise \u00e9conomique. Les gouvernements annoncent ou vont annoncer des mesures de soutien rarement d\u00e9ploy\u00e9es, y compris pendant la crise de 2008. Mais c’est pr\u00e9cis\u00e9ment cette crise qui a montr\u00e9 les limites de l’action des banques centrales. Une solution possible et innovante pourrait \u00eatre le lancement par les banques centrales de projets de monnaies de banques centrales digitales (ou \u00ab CBDC \u00bb selon l’acronyme anglais). Hubert de Vauplane \u00e9voque le potentiel et la faisabilit\u00e9 de cette id\u00e9e. <\/p>\n","protected":false},"author":175,"featured_media":63617,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-briefings.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1989,1935,1727],"tags":[2281],"geo":[534],"class_list":["post-63616","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-acces-libre","category-droit","category-economie","tag-coronavirus","staff-hubert-de-vauplane","geo-bulles"],"acf":[],"yoast_head":"\nComme faire pour r\u00e9soudre cette difficult\u00e9 ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
Les monnaies digitales comme solution \u00e0 la th\u00e9orie des drones mon\u00e9taires<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
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