{"id":63162,"date":"2020-03-13T19:06:48","date_gmt":"2020-03-13T18:06:48","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=63162"},"modified":"2020-03-19T10:43:31","modified_gmt":"2020-03-19T09:43:31","slug":"lamour-aux-temps-du-corona","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/03\/13\/lamour-aux-temps-du-corona\/","title":{"rendered":"L\u2019Amour aux temps du corona"},"content":{"rendered":"\n
Pendant des semaines, elle avait planifi\u00e9 son escapade en Italie : moiti\u00e9 p\u00e8lerinage (catholique fervente, elle avait fait des recherches sur les cryptes et les cath\u00e9drales qui constellaient Rome), moiti\u00e9 romance (il l’attendait de l’autre c\u00f4t\u00e9). Des billets avaient \u00e9t\u00e9 achet\u00e9s, des h\u00f4tels r\u00e9serv\u00e9s, des itin\u00e9raires pr\u00e9par\u00e9s. \u00ab S’il vous pla\u00eet \u00bb, \u00e9crivit-elle, \u00ab faites-moi sortir d’ici \u00bb.<\/p>\n\n\n\n
Elle n’avait cependant pas planifi\u00e9 la pand\u00e9mie. Les histoires de Coronavirus \u2013 et de son arriv\u00e9e r\u00e9cente en Italie \u2013 se r\u00e9pandaient \u00e0 travers les \u00c9tats-Unis. Et les Am\u00e9ricains commen\u00e7aient \u00e0 paniquer : \u00e0 l’a\u00e9roport JFK, des essaims de voyageurs anxieux se pr\u00e9cipitaient dans le terminal, et des machines \u2013 des machines qu’elle n’avait jamais vues de sa vie \u2013 prenaient des photos de tous les passagers lors de leur passage \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n
Effray\u00e9e et confuse, elle prit son chapelet. Mais il \u00e9tait \u00e0 la maison, toujours accroch\u00e9 au miroir de sa chambre. \u00ab Je suis vraiment d\u00e9sol\u00e9e \u00bb, \u00e9crivit-elle lorsque son avion atterrit \u00e0 Rome sans elle \u00e0 bord. \u00ab Je suis rest\u00e9e \u00e0 New York. \u00bb<\/p>\n\n\n\n\n\n Il lut le message sur son balcon. En bas, des dizaines de jeunes Romains descendaient la rue, buvant de la bi\u00e8re, chantant des chansons, s\u2019amusant. Une notification apparut sur son t\u00e9l\u00e9phone. \u00ab C\u2019est vrai ? ? \u00bb, lui demandait sa m\u00e8re alors qu\u2019un lien renvoyait vers un article am\u00e9ricain<\/a> sur \u00ab l’\u00e9trange terreur de voir le coronavirus s’emparer de Rome \u00bb. Quelle terreur ? se demandait-il, en regardant du balcon.<\/p>\n\n\n\n C’\u00e9tait il y a une semaine. Le jeudi 5 mars. Depuis, les rues se sont vid\u00e9es, les magasins ont ferm\u00e9s, et tout est devenu beaucoup, beaucoup plus inqui\u00e9tant. <\/p>\n\n\n\n Du moins, c’est le point de vue romain. <\/p>\n\n\n\n Les gens allaient travailler, d\u00eenaient, s\u2019amusaient dans des f\u00eates. Mais depuis la fermeture, les Romains ont battu en retraite. Nous sommes aussi \u00e0 l’int\u00e9rieur, isol\u00e9s.<\/p>David Adler<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En l’espace de seulement trois semaines, le Coronavirus a r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9couper l’Italie en trois r\u00e9alit\u00e9s distinctes.<\/p>\n\n\n\n Dans le Nord de l’Italie<\/a>, o\u00f9 les cas de coronavirus ont \u00e9t\u00e9 les plus concentr\u00e9s, le verrouillage a \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8re : \u00e9viter tout contact, travailler \u00e0 domicile. Il ne s’agit pas de business as usual<\/em> \u2013 que ce soit dans une ville industrielle comme Codogno (o\u00f9 les cha\u00eenes d’approvisionnement perturb\u00e9es), ou dans une ville mondiale comme Milan (bureaux ferm\u00e9s), o\u00f9 dans une ville touristique comme Venise (r\u00e9servations annul\u00e9es en masse).<\/p>\n\n\n\n En Italie centrale<\/a>, et en particulier dans la capitale, Rome, personne ne semblait vraiment s’apercevoir de quoi que ce soit \u2013 jusqu’\u00e0 ce que le Premier ministre Conte renvoie tout le monde chez lui. Les gens allaient travailler, d\u00eenaient, s\u2019amusaient dans des f\u00eates. Pour le meilleur ou pour le pire, il n’y avait pas de masques en vue ; la plus grande pr\u00e9caution dont j’ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin, c’est lorsqu’un h\u00f4te d’une f\u00eate a insist\u00e9 pour que les visiteurs milanais ne soient pas autoris\u00e9s \u00e0 entrer. Mais depuis la fermeture, les Romains ont battu en retraite. Nous sommes aussi \u00e0 l’int\u00e9rieur, isol\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n\n\n Le Sud de l’Italie se trouve dans une situation \u00e9trange et peu enviable : toute la peur avec presque aucune des infections. M\u00eame si le coronavirus n’a pas atteint le Molise ou la Calabre en grand nombre, les habitants sont pris dans la crainte persistante que les syst\u00e8mes de sant\u00e9 de ces r\u00e9gions \u00e0 faibles revenus ne soient compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9s par le d\u00e9fi que repr\u00e9sente l’hospitalisation d’une population de r\u00e9sidents infect\u00e9s \u2013 surtout que tant de jeunes ont fui ces r\u00e9gions \u00e0 la recherche de meilleures opportunit\u00e9s \u00e9conomiques, faussant la r\u00e9partition par \u00e2ge au d\u00e9triment des personnes \u00e2g\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Ces pr\u00e9occupations imm\u00e9diates dans le Sud de l’Italie sont aggrav\u00e9es par la crainte de r\u00e9percussions dans les mois \u00e0 venir. M\u00eame si le gouvernement italien parvient \u00e0 contenir rapidement le coronavirus<\/a> \u2013 et cela reste un grand \u00ab si \u00bb \u2013 il est probable que le co\u00fbt de la r\u00e9putation pour l’Italie sera durable. Les familles choisissent leurs destinations de vacances en fonction d’un m\u00e9lange de fantaisie, de d\u00e9sir et de prix ; la perception de l’Italie comme un pays dangereux ou \u00ab infect\u00e9 \u00bb pourrait faire basculer cette d\u00e9cision vers les voisins m\u00e9diterran\u00e9ens que sont la Gr\u00e8ce et l’Espagne. <\/p>\n\n\n\n M\u00eame si le gouvernement italien parvient \u00e0 contenir rapidement le coronavirus, il est probable que le co\u00fbt de la r\u00e9putation pour l’Italie sera durable.<\/p>David Adler<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n
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