{"id":58785,"date":"2020-02-01T12:19:28","date_gmt":"2020-02-01T11:19:28","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=58785"},"modified":"2020-02-01T12:19:30","modified_gmt":"2020-02-01T11:19:30","slug":"elections-regionales-en-italie-fin-de-lexperience-politique-du-mouvement-5-etoiles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/02\/01\/elections-regionales-en-italie-fin-de-lexperience-politique-du-mouvement-5-etoiles\/","title":{"rendered":"\u00c9lections r\u00e9gionales en Italie : fin de l’exp\u00e9rience politique du Mouvement 5 \u00e9toiles ?"},"content":{"rendered":"\n

Rome. <\/em>Les \u00e9lections de dimanche dans deux r\u00e9gions italiennes \u2014 largement consid\u00e9r\u00e9es comme une occasion pour la Ligue de Matteo Salvini de porter un coup fatal au gouvernement \u2014 n’ont pas donn\u00e9 de r\u00e9sultats qui s’inscrivent facilement dans le r\u00e9cit de la domination sans limite de la droite qui s’\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9e avant le vote, comme l\u2019a montr\u00e9 notre analyse du vote ces derniers jours. <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n

M\u00eame en Calabre, o\u00f9 la coalition d’extr\u00eame droite a gagn\u00e9, la Ligue n’est arriv\u00e9e qu’en troisi\u00e8me position sur les listes des partis \u2014 pratiquement \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec ses alli\u00e9s, Forza Italia<\/em> de Berlusconi et les Fr\u00e8res italiens de la droite radicale. <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> Le modeste r\u00e9sultat de la Ligue laisse penser que son attrait dans le Sud est encore frein\u00e9 par les racines du parti dans le r\u00e9gionalisme du Nord, et les alli\u00e9s de Salvini lui seront indispensables dans des endroits comme la Calabre pour r\u00e9colter les fruits d’un changement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la droite dans l’humeur du pays.<\/p>\n\n\n\n

Le Parti d\u00e9mocratique (PD), de centre-gauche, a \u00e9galement peu de raisons de se r\u00e9jouir : s’accrocher \u00e0 l’\u00c9milie-Romagne aurait \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme allant de soi il y a quelques ann\u00e9es, et le succ\u00e8s de Bonaccini peut \u00eatre attribu\u00e9, au moins en partie, \u00e0 son taux d’approbation personnel \u00e9lev\u00e9. Le parti est toujours sur le pied de guerre, coinc\u00e9 dans un gouvernement de coalition malais\u00e9, affaibli par des partis dissidents, et toujours incapable de s’associer \u00e0 la mobilisation anti-salvini du mouvement populaire des \u00ab Sardines <\/em> \u00bb.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Le seul signal sans \u00e9quivoque des \u00e9lections r\u00e9gionales est peut-\u00eatre l’effondrement du Mouvement 5 \u00e9toiles (M5S<\/em>). Leurs candidats ont obtenu 3 % en \u00c9milie-Romagne, o\u00f9 le M5S <\/em>avait \u00e9lu son premier candidat il y a dix ans, et 7 % en Calabre, o\u00f9 le parti avait remport\u00e9 43 % de son balayage du Sud aux \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales de 2018. Le M5S <\/em>a souvent obtenu de mauvais r\u00e9sultats dans les comp\u00e9titions infranationales, mais ce sont l\u00e0 des chiffres abyssaux pour ce qui reste le plus grand parti au Parlement et le principal partenaire de la coalition au gouvernement. <\/p>\n\n\n\n

Qu’est-ce qui explique cette chute ? <\/p>\n\n\n\n

Depuis son entr\u00e9e au gouvernement \u2014 d’abord avec la Ligue puis, \u00e0 partir de l’\u00e9t\u00e9 dernier, avec le PD \u2014 les forces m\u00eames qui ont fait le succ\u00e8s du M5S <\/em>au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie se sont transform\u00e9es en ses faiblesses. Sur le plan id\u00e9ologique, le \u00ab populisme de valence \u00bb du M5S<\/em>, comme l\u2019a nomm\u00e9 Mattia Zulianello sur ces m\u00eames colonnes <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, qui n’est ni de gauche ni de droite et qui se concentre sur des questions non positionnelles telles que l’int\u00e9grit\u00e9 en politique, la corruption et la d\u00e9mocratie directe, le placent dans la position d\u00e9licate de ne prendre position sur la nouvelle dimension dominante de la politique italienne : l’immigration. <\/p>\n\n\n\n

Avant 2018, le paquet id\u00e9ologique \u00ab l\u00e9ger \u00bb du M5S <\/em>\u00e9tait un atout formidable : il a r\u00e9ussi \u00e0 imposer un cadre post-id\u00e9ologique \u00e0 la conversation politique, en d\u00e9fendant un r\u00e9cit de renouveau moral et d\u00e9mocratique qui pouvait attirer les \u00e9lecteurs m\u00e9contents de la gauche et de la droite. Son succ\u00e8s lors des \u00e9lections pass\u00e9es s’est principalement construit sur cette reconfiguration de l’espace politique autour d’un nouvel axe de politique \u00ab nouvelle \u00bb contre \u00ab ancienne \u00bb, par opposition \u00e0 d’autres parties de l’Europe du Sud, o\u00f9 le cadre anti-aust\u00e9rit\u00e9 dominait, et de l’Europe du Nord-Ouest, o\u00f9 une division des valeurs distincte autour de la migration et de l’identit\u00e9 nationale est apparue. <\/p>\n\n\n\n

Mais en 2020, en Italie, le populisme du M5S <\/em>n\u2019est plus \u00e0 la mode. Alors que la renaissance de la Ligue en tant que parti nationaliste suite \u00e0 la crise des r\u00e9fugi\u00e9s et l’habile esprit d’entreprise de Salvini ont fait basculer le d\u00e9bat sur la question migratoire, l’obsession du M5S <\/em>pour les notes de frais des d\u00e9put\u00e9s et la r\u00e9duction des effectifs du Parlement sonne creux aux yeux des \u00e9lecteurs. Le message anti-\u00e9litiste de Salvini touche des cordes sensibles similaires \u00e0 celles du M5S<\/em>, mais l’id\u00e9ologie de son populisme est remplie d’un noyau de x\u00e9nophobie qui a maintenant largement polaris\u00e9 la politique italienne pour ou contre elle. <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> (Ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, pour ou contre lui, dans un sch\u00e9ma de personnalisation familier qui fait \u00e9cho aux ann\u00e9es Berlusconi). <\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \"Ligue\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Un parti comme le M5S <\/em>qui peut adopter des lois anti-migrants dures avec Salvini un jour, puis entrer dans une coalition avec le centre-gauche qui veut les abroger le lendemain, est forc\u00e9ment coinc\u00e9 dans un environnement polaris\u00e9. <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span> M\u00eame les politiques de redistribution du M5S <\/em>n’ont pas fait grand-chose pour relancer la fortune \u00e9lectorale du parti : en Calabre, on compte plus de 170 000 b\u00e9n\u00e9ficiaires de la politique phare du parti en mati\u00e8re d’allocations de ch\u00f4mage, mais moins de 50 000 personnes ont vot\u00e9 pour le M5S <\/em>dimanche dernier.<\/p>\n\n\n\n

A c\u00f4t\u00e9 de cette dimension id\u00e9ologique, l’autre force \u2014 devenue faiblesse \u2014 du M5S<\/em> est d’ordre organisationnel : sa structure fluide, non professionnelle, bas\u00e9e sur Internet, qui brouille la distinction entre membres et responsables du parti. C’est un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 qui, d\u00e8s le d\u00e9but, a fait partie int\u00e9grante de l’identit\u00e9 du M5S <\/em>en tant qu’ \u00ab antiparti \u00bb : ses candidats seraient des gens ordinaires choisis par les membres par le biais de votes sur Internet, mettant en \u0153uvre une politique \u00e9galement d\u00e9cid\u00e9e en ligne. Une fois \u00e9lus, ils s’en tiendraient \u00e0 une limite de deux mandats, r\u00e9duiraient de moiti\u00e9 leur salaire et verseraient une part fixe au mouvement, qui survivrait gr\u00e2ce \u00e0 ces contributions et refuserait le financement public <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Il est facile de voir \u00e0 quel point ces caract\u00e9ristiques ont \u00e9t\u00e9 importantes pour \u00e9tablir la cr\u00e9dibilit\u00e9 du mouvement en tant que vecteur de renouveau politique dans un contexte de m\u00e9fiance envers les politiciens et les partis. Mais maintenant, ils se sont retourn\u00e9s contre lui. Par exemple, l’une des raisons pour lesquelles le marasme du M5S <\/em>semble ne pas avoir de plancher est que ses structures de parti sont sous-d\u00e9velopp\u00e9es. Tous les partis peuvent subir des revers, mais le fait de disposer d’un r\u00e9seau d’antennes locales entretenant le feu avec un noyau de loyalistes peut servir d’amortisseur en p\u00e9riode difficile : c’\u00e9tait par exemple le cas de la Ligue avant la prise de contr\u00f4le de Salvini. Mais on ne peut pas la maintenir au rabais. \u00c0 l’inverse, c’est surtout dans les concours locaux comme les \u00e9lections de dimanche que la port\u00e9e du clicktivisme<\/em> du M5S <\/em>r\u00e9v\u00e8le ses limites, tandis que des partis comme la Ligue et le PD peuvent compter sur une pr\u00e9sence \u00e9tablie sur le territoire. <\/p>\n\n\n\n

De m\u00eame, l’id\u00e9e s\u00e9duisante d’avoir des citoyens ordinaires qui mettent en \u0153uvre la volont\u00e9 des gens (en ligne) \u00e0 la place des politiciens professionnels a produit une r\u00e9colte de repr\u00e9sentants malheureux. Les dirigeants de M5S <\/em>ont commis une gaffe apr\u00e8s l’autre dans la coalition, permettant \u00e0 la Ligue de mener le bal en tant que partenaire junior et, pour compenser leur manque de talent politique, confiant \u00e0 des technocrates non partisans des postes cl\u00e9s au sein du gouvernement <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

La discipline de parti a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 un fl\u00e9au pour le parti : alors que leur deuxi\u00e8me (et soi-disant dernier) mandat touche \u00e0 sa fin, les d\u00e9put\u00e9s M5S <\/em>sautent du navire en masse. Depuis les \u00e9lections de mars 2018, le groupe parlementaire du M5S <\/em>a perdu 31 d’entre eux, et la majorit\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s ont discr\u00e8tement refus\u00e9 de rendre la moiti\u00e9 de leur salaire au parti. <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/p>\n\n\n\n

Le leader qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 l’effondrement du M5S<\/em>, Luigi Di Maio, est l’incarnation des cons\u00e9quences de l’exp\u00e9rience organisationnelle du M5S <\/em> : un \u00e9tudiant en droit de premier cycle s\u00e9lectionn\u00e9 comme candidat du parti par un grand total de 189 personnes en ligne, il est devenu vice-pr\u00e9sident \u00e0 25 ans, chef du plus grand parti du pays \u00e0 31 ans, et ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res \u00e0 33 ans. Apr\u00e8s avoir dilapid\u00e9 la plus grande partie du capital politique du M5S <\/em>en moins de deux ans, il a d\u00e9missionn\u00e9 de son poste de chef de parti trois jours avant les \u00e9lections r\u00e9gionales.<\/p>\n\n\n\n

Alors que le parti se dirige vers un congr\u00e8s extraordinaire pour se regrouper apr\u00e8s sa d\u00e9mission, il est probablement trop t\u00f4t pour dire que les \u00e9lections de dimanche ont sonn\u00e9 le glas de l’exp\u00e9rience politique du M5S<\/em>. Mais les sir\u00e8nes d’urgence retentissent assez fort.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Perspectives :<\/strong><\/h4>\n\n\n\n