{"id":57877,"date":"2020-01-24T23:49:18","date_gmt":"2020-01-24T22:49:18","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=57877"},"modified":"2021-03-17T17:10:57","modified_gmt":"2021-03-17T16:10:57","slug":"une-conversation-avec-annette-wieviorka","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/","title":{"rendered":"\u00ab La m\u00e9moire de la Shoah est aujourd’hui devenue un facteur de division europ\u00e9enne \u00bb, une conversation avec Annette Wieviorka"},"content":{"rendered":"\n

L\u2019an dernier vous avez publi\u00e9 une version remani\u00e9e de l\u2019un de vos premiers ouvrages, Ils \u00e9taient juifs, r\u00e9sistants, communistes<\/em> (1986). Qu\u2019est-ce qui vous a pouss\u00e9e \u00e0 entreprendre ce nouveau travail ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Quand on arrive \u00e0 un certain \u00e2ge, on sait qu\u2019on a ses livres derri\u00e8re soi et je crois que l\u2019on commence \u00e0 avoir le souci de nettoyer sa table. Il y a quelques ann\u00e9es, j\u2019ai fait un grand tri de mes papiers et j\u2019ai donn\u00e9 ce qui me semblait int\u00e9ressant aux archives Nationales : c\u2019est-\u00e0-dire, pour l\u2019essentiel, toutes les interviews que j\u2019avais r\u00e9alis\u00e9es pour Ils \u00e9taient juifs, r\u00e9sistants, communistes<\/em>, les personnes interview\u00e9es \u00e9tant mortes, plus personne ne pouvait faire ces entretiens ; tous les carnets chinois, de mon voyage et de mon s\u00e9jour \u00e0 Canton qui contenaient deux ann\u00e9es de documents uniques ; et puis beaucoup de correspondance, surtout li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9portation et aux g\u00e9nocide, d\u2019anciens d\u00e9port\u00e9s ou de gens qui \u00e9crivaient.<\/p>\n\n\n\n

J\u2019avais donc ce souci de nettoyer ma table. Or, de l\u2019ensemble des livres que j\u2019avais \u00e9crits, il en restait deux qui me laissaient insatisfaite : les Communistes<\/em> et mon histoire chinoise <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> ; le reste de mes livres ne me pose aucun probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n

Quels probl\u00e8mes ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

D\u2019abord, le livre avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s mal re\u00e7u \u00e0 sa publication et violemment attaqu\u00e9. Dans les ann\u00e9es 1980, le Parti communiste \u00e9tait encore tr\u00e8s puissant et influen\u00e7ait un certain nombre de personnes qui trouvaient un int\u00e9r\u00eat \u00e0 m\u2019attaquer, afin de faire place nette \u00e0 Adam Rayski, Denis Peschanski, et St\u00e9phane Courtois qui \u00e9tait alors proche des deux premiers. Cela faisait que le Parti voulait donner de la r\u00e9sistance une image qui ne correspondait pas \u00e0 ce que j\u2019\u00e9crivais. De mon c\u00f4t\u00e9, j\u2019ai sans doute commis une erreur, en \u00e9tant trop pol\u00e9mique.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019autre motif que j\u2019ai eu de revenir \u00e0 ce livre est plus scientifique. En l\u2019espace de quarante ans, de nombreuses archives ont \u00e9t\u00e9 ouvertes, des t\u00e9moignages ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s, notamment celui de Boris Holban, des th\u00e8ses ont \u00e9t\u00e9 soutenues, dont la plus importante, selon moi, est celle de Franck Liaigre sur les FTP <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Alors que dans ma propre th\u00e8se, D\u00e9portation et g\u00e9nocide<\/em> <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, j\u2019avais l\u2019impression que rien n\u2019\u00e9tait encore d\u00e9pass\u00e9, il y avait l\u00e0 du nouveau, qui permettait de reprendre Ils \u00e9taient juifs, r\u00e9sistants, communistes<\/em>.<\/p>\n\n\n\n

Y a-t-il quelque chose de lib\u00e9rateur ou, au contraire, de douloureux \u00e0 revenir sur un livre de jeunesse ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Je n\u2019ai pas eu de difficult\u00e9 \u00e0 revenir sur cet ouvrage et, honn\u00eatement, ce travail s\u2019est fait sans difficult\u00e9s majeures. J\u2019ai pu avancer sur certaines choses qui m\u2019int\u00e9ressaient, supprimer ce qui, sur la forme, \u00e9tait trop pol\u00e9mique, j\u2019ai appliqu\u00e9 quelques corrections. Entretemps, le contexte de r\u00e9ception du livre avait aussi beaucoup chang\u00e9 et le livre r\u00e9vis\u00e9, apais\u00e9, a \u00e9t\u00e9 bien accueilli, ce qui a quelque peu pans\u00e9 les plaies de la premi\u00e8re parution.<\/p>\n\n\n\n

Et votre livre sur votre exp\u00e9rience chinoise ? Quels \u00e9taient vos motifs d\u2019insatisfaction ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est un livre publi\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s d\u00e9prim\u00e9e. C\u2019\u00e9tait un peu le t\u00e9moignage de ma gueule de bois post-soixante-huitarde, que je trouvais beaucoup trop personnel.<\/p>\n\n\n\n

Je voulais le reprendre, et essayer de r\u00e9fl\u00e9chir au regard que je pose maintenant sur cette exp\u00e9rience : j\u2019ai enseign\u00e9 deux ann\u00e9es en Chine, en tant que professeur de lettres et de civilisation fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019Institut des Langues \u00e9trang\u00e8res du Guangdong, pr\u00e8s de Canton. J\u2019avais l\u2019envie de revenir sur cette exp\u00e9rience, qui fut pour moi une exp\u00e9rience fondatrice.<\/p>\n\n\n\n

Je pense en effet que c\u2019est cette exp\u00e9rience d\u2019enseignement de deux ann\u00e9es dans la Chine de la R\u00e9volution culturelle a forg\u00e9 l\u2019historienne que je suis devenue. Cela a \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience extr\u00eame, et j\u2019y ai beaucoup appris.<\/p>\n\n\n\n

\u00cates-vous retourn\u00e9e en Chine depuis ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

J\u2019y suis retourn\u00e9e deux ou trois ans apr\u00e8s mon retour de cette exp\u00e9rience. Et puis je suis revenue une fois dans la Chine nouvelle de Deng Xiaoping, \u00e0 P\u00e9kin. J\u2019ai aussi fait deux voyages pour des colloques. Enfin, pour reprendre mon livre, je suis retourn\u00e9e dans les endroits o\u00f9 j\u2019avais enseign\u00e9 et v\u00e9cu.<\/p>\n\n\n\n

Ce fut une exp\u00e9rience fascinante : il ne demeurait plus rien de ce que j\u2019avais connu. Quarante apr\u00e8s mon exp\u00e9rience d\u2019enseignement qui s\u2019\u00e9tait conclue en 1976, il ne restait plus rien de ce que j\u2019avais connu. En revanche, tout le monde avait surv\u00e9cu. La Chine \u00e9tant tr\u00e8s surveill\u00e9e, j\u2019avais fait savoir que je venais via<\/em> l\u2019application Wechat<\/em>, et j\u2019ai pu revoir certains de mes anciens \u00e9tudiants et coll\u00e8gues.<\/p>\n\n\n\n

Comm\u00e9morer la Shoah a toujours rev\u00eatu une signification particuli\u00e8re : au souvenir des millions de victimes se superpose un discours d\u2019opposition \u00e0 l\u2019antis\u00e9mitisme aujourd\u2019hui.<\/p>Annette Wieviorka<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Nous comm\u00e9morons cette ann\u00e9e le 75e anniversaire de la lib\u00e9ration du camp d\u2019Auschwitz. Vous avez longuement travaill\u00e9 sur la m\u00e9moire de la Shoah : pourriez-vous revenir avec nous sur l\u2019\u00e9volution des comm\u00e9morations de cet \u00e9v\u00e8nement dans les prochaines d\u00e9cennies, ainsi que leur signification ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Bien s\u00fbr. Je crois qu\u2019il y aura dans les prochaines ann\u00e9es \u2014 bien que tout puisse changer, \u00e9videmment \u2014 quelque chose de radicalement nouveau. Traditionnellement, la comm\u00e9moration avait lieu \u00e0 Auschwitz et pendant des ann\u00e9es, elle ne s\u2019est pas faite le 27 janvier mais en avril, date choisie pour comm\u00e9morer la lib\u00e9ration des camps, sans attention particuli\u00e8re \u00e0 ce que l\u2019historien am\u00e9ricain Raoul Hilberg a appel\u00e9 dans La Destruction des Juifs d\u2019Europe<\/em> les \u00ab centres de mise \u00e0 mort \u00bb. Or petit \u00e0 petit, les choses ont chang\u00e9 : la c\u00e9r\u00e9monie a continu\u00e9 d\u2019avoir lieu \u00e0 Auschwitz m\u00eame, mais la pratique des lib\u00e9rateurs sovi\u00e9tiques de prendre la parole lors de cette grande comm\u00e9moration nationale s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

La derni\u00e8re grande comm\u00e9moration, celle du soixanti\u00e8me anniversaire de l\u2019ouverture du camp en 2005, a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rable. Un nombre important de chefs d\u2019\u00c9tat y assistaient : notamment Jacques Chirac et Vladimir Poutine\u2026 Poutine a pris la parole, pour les lib\u00e9rateurs sovi\u00e9tiques, Simone Veil, pour les Juifs, Wladyslaw Bartoszewski, un personnage extraordinaire, pour les prisonniers politiques politiques polonais et, chose in\u00e9dite, Romani Rose, pour les Tziganes.<\/p>\n\n\n\n

Depuis, il y a chaque ann\u00e9e une comm\u00e9moration nationale polonaise \u00e0 Auschwitz ; toutefois, du fait des \u00e9v\u00e9nements ukrainiens, il a \u00e9t\u00e9 impossible, depuis quelques ann\u00e9es, de faire venir Poutine en Pologne. La derni\u00e8re comm\u00e9moration s\u2019est donc faite non pas au nom du gouvernement polonais, mais d\u2019une fondation cr\u00e9\u00e9e pour le m\u00e9morial d\u2019Auschwitz.<\/p>\n\n\n\n

Enfin, il y a une \u00e9volution majeure cette ann\u00e9e puisque la c\u00e9r\u00e9monie principale \u2014 celle qui r\u00e9unira les chefs d\u2019\u00c9tat et de gouvernement \u2014 se tiendra \u00e0 Yad Vashem, en Isra\u00ebl. Plus de quarante chefs d’\u00c9tat et de gouvernement y seront pr\u00e9sents, parmi eux le roi d’Espagne, le prince Charles, le pr\u00e9sident Macron et celui de l’Allemagne, le vice-pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis… Le pr\u00e9sident polonais Duda est invit\u00e9, mais comme il n’est pas pr\u00e9vu qu’il prenne la parole, il a d\u00e9cid\u00e9 de s’abstenir.<\/p>\n\n\n\n

Le fait que cette grande comm\u00e9moration se d\u00e9place de Pologne en Isra\u00ebl est-il un marqueur d\u2019une \u00e9volution des pratiques m\u00e9morielles de la Shoah ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Assur\u00e9ment. Comm\u00e9morer la Shoah a toujours rev\u00eatu une signification particuli\u00e8re : au souvenir des millions de victimes se superpose un discours d\u2019opposition \u00e0 l\u2019antis\u00e9mitisme aujourd\u2019hui. Mais d\u00e9placer la c\u00e9r\u00e9monie en Isra\u00ebl marque deux changements : on prend d\u2019abord acte du fait que le centre de la m\u00e9moire soit Isra\u00ebl, ce qui n\u2019est pas si absurde quand l\u2019on y songe \u2014 la majorit\u00e9 de la population juive vit en Isra\u00ebl et sur le continent am\u00e9ricain ; ensuite et dans le m\u00eame temps, on prend acte d\u2019une \u00e9volution de la d\u00e9finition de l\u2019antis\u00e9mitisme, que l\u2019on a vu \u00e9voluer et qui a agit\u00e9 derni\u00e8rement, qui consid\u00e8re qu\u2019une certaine part de l\u2019antisionisme est de l\u2019antis\u00e9mitisme.<\/p>\n\n\n\n

On prend acte d\u2019une \u00e9volution de la d\u00e9finition de l\u2019antis\u00e9mitisme, que l\u2019on a vu \u00e9voluer et qui a agit\u00e9 derni\u00e8rement, qui consid\u00e8re qu\u2019une certaine part de l\u2019antisionisme est de l\u2019antis\u00e9mitisme.<\/p>Annette Wieviorka<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Revenons sur le cas pr\u00e9cis des Polonais : vous avez co-dirig\u00e9 les actes du colloque \u00ab Les Polonais et la Shoah <\/em> \u00bb, de f\u00e9vrier 2019, sur la nouvelle historiographie polonaise en ce domaine. Ce colloque a \u00e9t\u00e9 interrompu, comme l\u2019on sait, par des militants \u00ab patriotes \u00bb polonais. Comment expliquez-vous la violence de ces perturbateurs  ? Vous racontez, avec Judith Lyon-Caen, dans l\u2019introduction de ce texte combien, entre ce temps long du colloque et de la recherche et cette irruption de la politique, il y a quelque chose de choquant.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Publier les actes de ce colloque le plus vite possible nous paraissait imp\u00e9ratif, tant son d\u00e9roulement a \u00e9t\u00e9 symptomatique du malaise polonais devant la nouvelle historiographie polonaise de la Shoah. Et de fait, nous avons battu un record : le colloque s\u2019est tenu fin f\u00e9vrier, et nous avons termin\u00e9 d\u2019\u00e9crire les Actes en moins de huit mois.<\/p>\n\n\n\n

Tout d\u2019abord, il y avait dans ce colloque une arri\u00e8re pens\u00e9e politique : le d\u00e9sir de soutenir nos coll\u00e8gues polonais menac\u00e9e par une loi qui p\u00e9naliserait ceux qui \u00e9voquerait une quelconque complicit\u00e9 de Polonais dans la destruction des Juifs. Par exemple, l’usage fautif de l’expression \u00ab camps polonais \u00bb (il s’agit de fait de camps allemands) rel\u00e8verait de la loi. C’est le plus souvent une facilit\u00e9 de plume, sans arri\u00e8re-pens\u00e9e ; on parle de \u00ab camp fran\u00e7ais \u00bb pour le Struthof, qui n\u2019\u00e9tait pourtant pas plus fran\u00e7ais qu\u2019Auschwitz n\u2019\u00e9tait polonais.<\/p>\n\n\n\n

La loi p\u00e9nalise tout travail qui mettrait en cause l\u2019implication de Polonais dans la destruction des Juifs. Or les travaux de nos coll\u00e8gues polonais ont montr\u00e9 qu\u2019\u00e0 partir de l\u2019\u00e9t\u00e9 1942 \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire, apr\u00e8s les grandes vagues de d\u00e9portation vers les centres d\u2019extermination \u2014 a eu lieu ce que l\u2019un d\u2019entre eux, Jan Grabowski <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>, a appel\u00e9 la \u00ab chasse aux Juifs \u00bb. Il y a eu environ deux cent mille Juifs qui ont \u00e9t\u00e9 livr\u00e9s \u00e0 la Gestapo par leurs voisins, ou assassin\u00e9 directement par les Polonais. Il serait donc interdit, avec la nouvelle loi, de parler publiquement de ce sujet-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n

Pour nous opposer \u00e0 cette incursion dramatique du politique dans le domaine de l\u2019historien, nous avons voulu continuer le travail entrepris dans un important colloque de 2005, o\u00f9 avait figur\u00e9, entre autres, Simone Veil. C\u2019\u00e9tait un moment de grande euphorie, je pense aujourd\u2019hui que cela a \u00e9t\u00e9 l\u2019acm\u00e9 de la fin de cette p\u00e9riode d\u2019\u00e9mergence de la m\u00e9moire juive.<\/p>\n\n\n\n

D\u00e8s le moment o\u00f9 nous avons annonc\u00e9 la tenue de ce colloque, des perturbateurs ont commenc\u00e9 \u00e0 agir. Des menaces ont \u00e9t\u00e9 prof\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre de la Fondation pour la m\u00e9moire de la Shoah et de l\u2019EHESS, soit les deux institutions qui ont soutenu le colloque. Cela a escalad\u00e9 au point o\u00f9 la Fondation pour la m\u00e9moire de la Shoah nous a fourni un vigile suppl\u00e9mentaire : on a donc craint des incidents. Toutefois, le colloque a \u00e9t\u00e9 maintenu ; perturb\u00e9, mais il s\u2019est tenu malgr\u00e9 tout, et s’il a \u00e9t\u00e9 perturb\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 interrompu. Dans la presse polonaise et sur les r\u00e9seaux sociaux on a lu des horreurs, par exemple qu\u2019il n\u2019y avait pas de Fran\u00e7ais dans la salle et qu’on y parlait yiddish. Ces gens-l\u00e0 qui ont perturb\u00e9 le colloque, ont surtout r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019un des visages les plus inqui\u00e9tants de la Pologne actuelle. Nos coll\u00e8gues l\u00e0-bas subissent ce genre de harc\u00e8lement quotidiennement.<\/p>\n\n\n\n

Comment expliquez-vous une telle violence, si loin de la Pologne ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Dans le cas de notre colloque, je pense qu\u2019ils sont intervenus si loin de chez eux car le colloque associait certaines des plus grandes institutions fran\u00e7aises, \u00e0 savoir le Coll\u00e8ge de France, puisque nous y avons fait faire la conf\u00e9rence inaugurale de Jan Gross qui, le premier, a pos\u00e9 la question de l\u2019implication des \u00ab voisins \u00bb polonais dans le processus d\u2019extermination, mais aussi le CNRS et l\u2019EHESS. Patrick Boucheron a pr\u00e9sent\u00e9 Jan Gross, et sa contribution figure dans les actes. C’est le gage du soutien du Coll\u00e8ge de France. Les plus grandes institutions acad\u00e9miques et de recherche soutiennent donc la libert\u00e9 de travail de nos coll\u00e8gues.<\/p>\n\n\n\n

La violence qui a entour\u00e9 ce colloque atteste une recrudescence g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019antis\u00e9mitisme. En Pologne, on voit revenir des th\u00e8mes antis\u00e9mites moyen\u00e2geux. Pour autant, certains st\u00e9r\u00e9otypes antis\u00e9mites ont toujours exist\u00e9, m\u00eame si l’antis\u00e9mitisme a atteint un \u00e9tiage. Par exemple, l\u2019id\u00e9e que les Juifs sont inassimilables, qu\u2019ils restent \u00e9trangers aux pays dans lesquels ils vivent (on se souvient des propos de Raymond Barre qui disait, au moment de l\u2019attentat de la rue Copernic). Quoi qu\u2019ils fassent ce ne sont pas des nationaux. Quand il y a du nationalisme int\u00e9gral, il y a de l\u2019antis\u00e9mitisme. C\u2019est ce qu\u2019on peut constater en Hongrie, en Pologne et sans doute ici en France, dans la frange h\u00e9riti\u00e8re de la droite maurassienne.<\/p>\n\n\n\n

En Pologne, on voit revenir des th\u00e8mes antis\u00e9mites moyen\u00e2geux. Pour autant, certains st\u00e9r\u00e9otypes antis\u00e9mites ont toujours exist\u00e9, m\u00eame si l’antis\u00e9mitisme a atteint un \u00e9tiage.<\/p>Annette Wieviorka<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Pensez-vous que le gouvernement du PiS est un facilitateur voire un instigateur de ce ph\u00e9nom\u00e8ne ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Instigateur, je n’en sais rien. Mais le gouvernement est assur\u00e9ment un facilitateur de ces \u00e9v\u00e8nements. Il y a un nouveau r\u00e9cit national polonais. Jean-Yves Potel <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, qui intervient dans l\u2019ouvrage, est l\u2019un des meilleurs experts de la Pologne, qui est un pays qu\u2019il aime profond\u00e9ment : il a \u00e9t\u00e9 en poste comme attach\u00e9 culturel \u00e0 Varsovie, dans les ann\u00e9es de la grande d\u00e9mocratisation. Il a \u00e9t\u00e9 un militant de cette d\u00e9mocratisation des pays de l\u2019Est en \u00e9tant une cheville ouvri\u00e8re du mouvement. Il a toujours eu comme id\u00e9e que, pour que la Pologne devienne r\u00e9ellement une d\u00e9mocratie et retrouve sa place parmi les nations, il fallait qu\u2019elle se r\u00e9concilie avec les Juifs et surtout, avec leur histoire. Et cette histoire rev\u00eat une importance singuli\u00e8re l\u00e0-bas, puisque dix pour cent de la population polonaise \u00e9tait juive dans l\u2019entre-deux-guerres, et que cette population a \u00e9t\u00e9 quasiment totalement assassin\u00e9e. Il a ainsi publi\u00e9 un ouvrage, La Fin de l\u2019innocence ?<\/em>, il prenait acte du grand mouvement qui avait saisi la Pologne et qui rendait caduque l’id\u00e9e que les Polonais \u00e9taient seulement un peuple de martyrs. Certains avaient aussi activement particip\u00e9 \u00e0 la destruction des Juifs.<\/p>\n\n\n\n

Aujourd\u2019hui, on assiste \u00e0 un retour brutal de cette revendication d\u2019une innocence presque constitutive du peuple polonais, c\u2019est-\u00e0-dire, un r\u00e9cit national, qui ne touche pas simplement \u00e0 l\u2019histoire de la m\u00e9moire des Juifs, et qui marque une volont\u00e9 claire de mettre l\u2019histoire sous la coupe du politique.<\/p>\n\n\n\n

Les Polonais auraient \u00e9t\u00e9 tous des r\u00e9sistants, tous sauveurs de Juifs. Les Juifs seraient des ingrats de ne pas le reconna\u00eetre, d\u2019autant qu\u2019ils auraient par ailleurs collabor\u00e9, comme le prouverait l\u2019existence de conseils juifs.<\/p>\n\n\n\n

Ce r\u00e9visionnisme historique au nom de la d\u00e9fense de la Pologne d\u00e9passe la question des Juifs et elle est aussi li\u00e9e au pass\u00e9 communiste. Par exemple, il y a r\u00e9cemment eu une r\u00e9solution du Parlement europ\u00e9en, propos\u00e9e par des eurod\u00e9put\u00e9s polonais du PiS, qui affirme que la guerre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e par le pacte germano-sovi\u00e9tique entre l\u2019Allemagne nazie et l\u2019URSS stalinienne. C\u2019est stupide. Cela d\u00e9montre une incompr\u00e9hension profonde des m\u00e9canismes qui ont provoqu\u00e9 la Seconde Guerre mondiale. Le pacte est une des \u00e9tapes de la \u00ab marche \u00e0 la guerre \u00bb, notamment dans sa dimension polonaise, puisqu\u2019il acte sa destruction et lib\u00e8re les mains du IIIe Reich \u00e0 l\u2019est.<\/p>\n\n\n\n

Face \u00e0 cette r\u00e9solution, Poutine r\u00e9agit et r\u00e9pond que les Polonais \u00e9taient antis\u00e9mites, et qu\u2019ils avaient fait alliance avec les Nazis pour exterminer les Juifs. Ce qui est aussi stupide. L\u2019histoire de la Shoah n\u2019est ici plus qu\u2019un pr\u00e9texte aux man\u0153uvres g\u00e9opolitiques.<\/p>\n\n\n\n

N\u2019est-ce pas l\u00e0 un exemple du risque qu\u2019il y a \u00e0 l\u00e9gif\u00e9rer en mati\u00e8re d\u2019histoire ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Bien s\u00fbr que si. Au moment o\u00f9 on d\u00e9battait en France des lois m\u00e9morielles, sur le g\u00e9nocide des Arm\u00e9niens, sur l\u2019esclavage et enfin sur l\u2019article de la loi sur les Anciens combattants qui parlait des \u00ab aspects positifs de la colonisation \u00bb, il s\u2019est cr\u00e9\u00e9 une association, pr\u00e9sid\u00e9e d\u2019abord par Ren\u00e9 R\u00e9mond puis par Pierre Nora contre ces l\u00e9gislations en mati\u00e8re d\u2019histoire. J\u2019ai d\u2019abord h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 adh\u00e9rer, car l\u2019association s\u2019opposait aussi \u00e0 la loi Gayssot, que je ne consid\u00e8re pas comme une simple loi m\u00e9morielle comme les autres : elle prend des mesures qui p\u00e9nalisent le racisme et l\u2019antis\u00e9mitisme.<\/p>\n\n\n\n

Cette association, tr\u00e8s puissante et intelligente, a vieilli, et le statut de l\u2019histoire a boug\u00e9. Si vous visitez le site \u00ab Libert\u00e9 pour l\u2019histoire<\/em> \u00bb sur internet, vous constaterez que c\u2019est une association morte. Pour la loi m\u00e9morielle polonaise, certaines voix se sont fait entendre : j\u2019ai notamment fait un article dans L\u2019Histoire<\/em> qui pr\u00e9sentait cette loi et ses dangers. Cependant, aujourd\u2019hui, les historiens n\u2019ont plus de force de frappe ; m\u00eame pour lutter contre les programmes scolaires. Ils sont \u00e0 l\u2019image du reste de la soci\u00e9t\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n

L\u2019impunit\u00e9 de certaines personnalit\u00e9s qui manipulent \u00e0 l\u2019envi l\u2019histoire de la Shoah vous para\u00eet-elle expliquer l\u2019isolement des historiens sp\u00e9cialistes face aux attaques qu\u2019ils subissent de la part des n\u00e9onationalistes europ\u00e9ens ? Par exemple \u00c9ric Zemmour, qui tire dans ses derniers livres \u00e0 boulets rouges sur les travaux de Robert Paxton.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Elle peut l\u2019expliquer. Mais je pense que c\u2019est avant tout une affaire de paradigme intellectuel, de g\u00e9n\u00e9rations. Avant-guerre, tous les intellectuels ont plus ou moins fricot\u00e9 avec l\u2019Action fran\u00e7aise. Dans l\u2019apr\u00e8s-guerre, leurs successeurs ont, eux, fricot\u00e9 avec le Parti communiste : tous nos grands historiens, ceux de la g\u00e9n\u00e9ration de Leroy-Ladurie, de Fran\u00e7ois Furet, Mona Ozouf \u2026 Puis il y eu la g\u00e9n\u00e9ration des soixante-huitards, (dont je suis) mao\u00efstes, castristes, trotskystes. Il y a donc eu la g\u00e9n\u00e9ration Action fran\u00e7aise puis la g\u00e9n\u00e9ration communiste. Et aujourd\u2019hui je crois que la bascule s\u2019est \u00e0 nouveau faite dans l\u2019autre sens. La plupart des intellectuels m\u00e9diatiques sont aujourd\u2019hui marqu\u00e9s \u00e0 droite.<\/p>\n\n\n\n

Est-il selon vous encore possible de faire porter une voix face \u00e0 ceux qui nient purement l\u2019Histoire et publient des th\u00e8ses visant \u00e0 r\u00e9habiliter, m\u00eame partiellement, le r\u00e9gime de Vichy ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

C’est devenu difficile. On assiste \u00e0 un retour du nationalisme. Je pense aussi que parmi nos a\u00een\u00e9s, certains n\u2019ont jamais vraiment aim\u00e9 cette mise en cause du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais dans la d\u00e9portation des Juifs. Le d\u00e9bat portant sur ce qu’\u00e9tait la France. On revient au r\u00e9cit national en \u00e9dulcorant les \u00ab pages noires \u00bb : je ne pense pas que l\u2019on puisse revenir \u00e0 un r\u00e9cit national tel qu\u2019il \u00e9tait enseign\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n

Avec la disparition actuelle de la majorit\u00e9 des t\u00e9moins de la Shoah, comment continuer \u00e0 transmettre cette m\u00e9moire ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Christian Boltanski parle tr\u00e8s bien de cela. Il s\u2019agit de quelque chose de naturel, du passage du temps. Les survivants meurent de concert avec leur g\u00e9n\u00e9ration. Il ne reste plus beaucoup d\u2019historiens d\u2019apr\u00e8s-guerre : Mona Ozouf, Michelle Perrot, Pierre Nora ; Fran\u00e7ois Furet, Emmanuel Leroy-Ladurie, Anne Kriegel, qui \u00e9tait ma directrice de th\u00e8se, Pierre Vidal-Naquet, sont morts. Il y a donc un passage d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre. La Seconde guerre mondiale s\u2019\u00e9loigne, et la m\u00e9moire, dans les familles, se perd. <\/p>\n\n\n\n

La sensibilit\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque, qui vient de r\u00e9cits incarn\u00e9s par des personnes qui l\u2019ont v\u00e9cue, n\u2019existera bient\u00f4t plus, et cela est une difficult\u00e9 pour la transmission de cette histoire. On perd cet air du temps, on gagne en archives d\u00e9class\u00e9es. Avec les derniers t\u00e9moins, on perd surtout le fait d\u2019appartenir \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode.<\/p>\n\n\n\n

Cette histoire est en train de se d\u00e9tacher des lieux, des femmes et des hommes qui l\u2019ont v\u00e9cu. C\u2019est aussi li\u00e9 au passage du temps. Mais l’histoire s’\u00e9crit et s’enseigne avec ou sans t\u00e9moin vivant.<\/p>\n\n\n\n

Cela ne rendra donc pas la transmission plus difficile ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Cela va rendre la sensibilit\u00e9 \u00e0 cette transmission plus difficile, et non cette transmission m\u00eame. J\u2019ai vu des enfants se pr\u00e9cipiter vers Henri Borlant <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span> et lui demander de toucher son num\u00e9ro. Cet effet de r\u00e9el qui atteste aussi pour les jeunes une v\u00e9rit\u00e9 sera perdu.<\/p>\n\n\n\n

Vous avez affirm\u00e9, il y a quelques ann\u00e9es, que la m\u00e9moire de la Shoah \u00e9tait un facteur d\u2019unification europ\u00e9enne ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Je l\u2019ai dit, mais force est de constater qu\u2019elle est maintenant un facteur de division europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n

\u00ab La m\u00e9moire de la Shoah est aujourd’hui devenue un facteur de division europ\u00e9enne \u00bb<\/p>Annette Wieviorka<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Comment ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est assur\u00e9ment devenu un facteur de division, oui. Mais pour comprendre comment, il faut remonter \u00e0 l\u2019histoire la plus proche et voir comment elle a \u00e9t\u00e9 d\u2019abord un facteur d\u2019unit\u00e9. En 1989 a lieu la chute du Mur. On a cru pendant des ann\u00e9es que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 la fin de l\u2019Histoire, au sens de Fukuyama : la fin de l\u2019Histoire h\u00e9g\u00e9lienne. C\u2019\u00e9tait le triomphe d\u2019un mod\u00e8le unique : politiquement, la d\u00e9mocratie ; pour ce qui est de l\u2019\u00e9conomie, le lib\u00e9ralisme et enfin, les droits de l\u2019Homme. On a alors cru cette bizarrerie que pour enseigner les droits de l\u2019Homme, il fallait faire une sorte de dystopie, c\u2019est-\u00e0-dire de montrer que la Shoah pouvait devenir l\u2019avenir, si on n\u2019\u00e9duquait pas sur ce sujet. \u00c0 partir de 1997, la Shoah est donc devenue une question de relations diplomatiques, ce qui n\u2019avait jamais exist\u00e9 auparavant. Il y a eu, cette ann\u00e9e-l\u00e0, de grandes conf\u00e9rences : d\u2019abord, sur l\u2019or, ensuite, sur les tableaux spoli\u00e9s. En l\u2019an 2000, il y a eu une grande conf\u00e9rence \u00e0 Stockholm o\u00f9 ont assist\u00e9 un grand nombre de chefs d’\u00c9tat et de gouvernement, pour la France Lionel Jospin, suivie par une d\u00e9claration en huit points. Alors que les PECO <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span> voulaient int\u00e9grer l\u2019Europe, la discussion diplomatique a entre autres port\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 ou non d\u2019\u00e9tablir une clause sur l\u2019enseignement de la Shoah comme crit\u00e8re europ\u00e9en sine qua non<\/em> pour entrer dans la communaut\u00e9 des nations europ\u00e9ennes. Finalement, la clause n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 retenue. Mais a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e une \u00ab Task force for Holocaust education<\/em> \u00bb, qui est devenue l\u2019IHRA, o\u00f9 sont repr\u00e9sent\u00e9s une trentaine de pays : le repr\u00e9sentant pour la France est son ambassadeur pour les droits de l\u2019Homme.<\/p>\n\n\n\n

2005 a \u00e9t\u00e9 l\u2019ann\u00e9e la plus marquante avec notamment la grande comm\u00e9moration du soixanti\u00e8me anniversaire \u00e0 Auschwitz. J\u2019ai publi\u00e9 cette ann\u00e9e-l\u00e0 Auschwitz, soixante ans apr\u00e8s<\/em> et j\u2019ai pu mesurer l’\u00e9norme int\u00e9r\u00eat par la pr\u00e9sence d’Auschwitz pendant des semaines dans les medias. Simone Veil incarnait cette m\u00e9moire et la portait avec toute son intelligence et sa dignit\u00e9. Et puis les choses ont commenc\u00e9 \u00e0 se compliquer\u2026 La fin du r\u00eave europ\u00e9en \u00e0 l\u2019Est a pes\u00e9 et certains pays ont commenc\u00e9 \u00e0 marquer une forme d\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 ce travail m\u00e9moriel continental. Finalement, ce qui a \u00e9t\u00e9 construit pendant ces ann\u00e9es d\u2019unit\u00e9 s\u2019est un peu retourn\u00e9 contre la m\u00e9moire de la Shoah : en en faisant un enjeu diplomatique, on en a fait une variable d\u2019ajustement dans les relations qu\u2019entretiennent les pays europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n

Pensez-vous que les pays d\u2019Europe de l\u2019Ouest vont finir par l\u00e2cher du lest sur ce sujet-l\u00e0 ? La division se fait aujourd\u2019hui sur cette base des anciens camps de la guerre froide\u2026<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est un sujet compliqu\u00e9, et puis il y a de l\u2019Ouest qui est un peu de l\u2019Est : l\u2019Allemagne. Jamais on n\u2019aurait pens\u00e9 qu\u2019un parti n\u00e9onazi remette en cause de la sorte ces choses-l\u00e0\u2026 Ce que je sens, c\u2019est que ces sujets ne sont plus index\u00e9s d\u2019une morale. Ceux qui se consacraient \u00e0 ces sujets-l\u00e0 se sentaient investis d\u2019une mission morale, et \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme tels. D’un c\u00f4t\u00e9, on s’y int\u00e9resse moins. Dans le m\u00eame temps, les visites au m\u00e9morial de la Shoah sont tr\u00e8s nombreuses, les places pour chaque formation pour les professeurs \u00e0 ce sujet sont vite remplies. On ne peut aussi faire abstraction de la question d\u2019Isra\u00ebl. On comptait en 1939, dix-huit millions de Juifs dans le monde. Ils vivaient, pour 60 % d\u2019entre eux, en Europe. Aujourd\u2019hui, il y a dix-huit millions de Juifs. Moins que la population de Shanghai. Les pertes du g\u00e9nocide n’ont pas \u00e9t\u00e9 rattrap\u00e9es. Mais le basculement majeur est que seuls 10 % des Juifs vivent aujourd\u2019hui en Europe, principalement en France et au Royaume-Uni, le reste vit en Isra\u00ebl et sur le continent am\u00e9ricain. Le juda\u00efsme europ\u00e9en peine \u00e0 exister, ou alors en exil.<\/p>\n\n\n\n

Aujourd\u2019hui, il y a dix-huit millions de Juifs. Moins que la population de Shanghai. Les pertes du g\u00e9nocide n’ont pas \u00e9t\u00e9 rattrap\u00e9es.<\/p>Annette Wieviorka<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Pensez-vous qu\u2019il soit possible de r\u00e9pondre \u00e0 un n\u00e9gationniste, de le convaincre qu\u2019il est en tort ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Il y a un grand d\u00e9bat \u00e0 ce sujet-l\u00e0. Pierre Vidal-Naquet disait : \u00ab On ne r\u00e9pond pas aux n\u00e9gationnistes \u00bb. Si vous prenez des gens comme Faurisson, Dieudonn\u00e9, Soral, \u2026 cela ne sert \u00e0 rien. Cependant, vous pouvez expliquer certaines choses si vous \u00eates face \u00e0 des gens qui ont des doutes qui ne sont pas id\u00e9ologiques. J\u2019ai enseign\u00e9 en lyc\u00e9e, avec pour principe que tout peut \u00eatre dit dans une salle de classe. On n\u2019y est pas dans l\u2019espace public, et il faut se rappeler qu\u2019un jeune adolescent peut toujours bouger intellectuellement. Autrement non, il n\u2019y a rien \u00e0 faire…<\/p>\n\n\n\n

Le doute sur la Shoah n\u2019est-il pas toujours id\u00e9ologique ? Avez-vous l\u2019impression que cette \u00e8re du doute g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 s\u2019installe ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Si, bien s\u00fbr. Toutefois, \u00e0 quelqu\u2019un qui n\u2019a pas une pens\u00e9e structur\u00e9e par une id\u00e9ologie, qui serait de bonne foi et qui aurait lu un passage qui l\u2019aurait troubl\u00e9, il est possible de r\u00e9pondre et parfois de leur faire abandonner leurs doutes. C\u2019est aussi cela, le r\u00f4le d\u2019une historienne.<\/p>\n\n\n\n

Vous avez consacr\u00e9 la quasi-totalit\u00e9 de vos livres \u00e0 la Shoah, ses victimes, ses perp\u00e9trateurs, sa m\u00e9moire. Y a-t-il eu des moments o\u00f9 vous avez succomb\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9puisement ? Avez-vous envisag\u00e9, parfois, de changer de sujet ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Bien s\u00fbr. On en a tous l\u2019envie. Mais j\u2019ai tout de m\u00eame fait des pauses. J\u2019ai fait la biographie du couple Thorez <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u2014 5 ans de travail \u2014 qui \u00e9tait un pas de c\u00f4t\u00e9. J’ai co-\u00e9crit avec Dani\u00e8le Voldman Tristes grossesses. <\/em>J\u2019ai pass\u00e9 beaucoup de temps \u00e0 m\u2019occuper des archives, aussi. Je me suis occup\u00e9 de la question des femmes. J\u2019ai eu et ai encore un certain nombre d\u2019activit\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9, qui ne sont pas li\u00e9es \u00e0 la Shoah : de la BnF \u00e0 la mission sur la parit\u00e9 dans la haute fonction publique. J\u2019ai eu beaucoup d\u2019investissements ext\u00e9rieurs ; mais en m\u00eame temps, cela reste un sujet primordial. Pour moi, il y a deux sujets in\u00e9puisables pour le XXe <\/sup>si\u00e8cle : le communisme et le nazisme.<\/p>\n\n\n\n

Dans les deux cas, il y a quelque chose d\u2019irr\u00e9ductible, qui r\u00e9siste \u00e0 nos intelligences d\u2019historien. Je pense que c\u2019est pour cela que nous y revenons.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

\u00c0 l’occasion du 75e anniversaire de la lib\u00e9ration du camp d’Auschwitz, l’historienne se livre sur les difficult\u00e9s actuelles \u00e0 enseigner la Shoah.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":103032,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[2024],"tags":[],"geo":[1917],"class_list":["post-57877","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","staff-baptiste-roger-lacan","geo-europe"],"acf":[],"yoast_head":"\n\u00ab\u00a0La m\u00e9moire de la Shoah est aujourd'hui devenue un facteur de division europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, une conversation avec Annette Wieviorka | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00ab\u00a0La m\u00e9moire de la Shoah est aujourd'hui devenue un facteur de division europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, une conversation avec Annette Wieviorka | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"\u00c0 l'occasion du 75e anniversaire de la lib\u00e9ration du camp d'Auschwitz, l'historienne se livre sur les difficult\u00e9s actuelles \u00e0 enseigner la Shoah.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2020-01-24T22:49:18+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2021-03-17T16:10:57+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/01\/Annette_Wieviorka_par_Claude_Truong-Ngoc-scaled.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1920\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"2560\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Matheo Malik\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Matheo Malik\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"20 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/\",\"name\":\"\u00ab\u00a0La m\u00e9moire de la Shoah est aujourd'hui devenue un facteur de division europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, une conversation avec Annette Wieviorka | Le Grand Continent\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/01\/Annette_Wieviorka_par_Claude_Truong-Ngoc-scaled.jpg\",\"datePublished\":\"2020-01-24T22:49:18+00:00\",\"dateModified\":\"2021-03-17T16:10:57+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/01\/Annette_Wieviorka_par_Claude_Truong-Ngoc-scaled.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/01\/Annette_Wieviorka_par_Claude_Truong-Ngoc-scaled.jpg\",\"width\":1920,\"height\":2560},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"\u00ab La m\u00e9moire de la Shoah est aujourd’hui devenue un facteur de division europ\u00e9enne \u00bb, une conversation avec Annette Wieviorka\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\",\"name\":\"Le Grand Continent\",\"description\":\"L'\u00e9chelle pertinente\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45\",\"name\":\"Matheo Malik\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"Matheo Malik\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"\u00ab\u00a0La m\u00e9moire de la Shoah est aujourd'hui devenue un facteur de division europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, une conversation avec Annette Wieviorka | Le Grand Continent","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"\u00ab\u00a0La m\u00e9moire de la Shoah est aujourd'hui devenue un facteur de division europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, une conversation avec Annette Wieviorka | Le Grand Continent","og_description":"\u00c0 l'occasion du 75e anniversaire de la lib\u00e9ration du camp d'Auschwitz, l'historienne se livre sur les difficult\u00e9s actuelles \u00e0 enseigner la Shoah.","og_url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/","og_site_name":"Le Grand Continent","article_published_time":"2020-01-24T22:49:18+00:00","article_modified_time":"2021-03-17T16:10:57+00:00","og_image":[{"width":1920,"height":2560,"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/01\/Annette_Wieviorka_par_Claude_Truong-Ngoc-scaled.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"Matheo Malik","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Matheo Malik","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"20 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/","name":"\u00ab\u00a0La m\u00e9moire de la Shoah est aujourd'hui devenue un facteur de division europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, une conversation avec Annette Wieviorka | Le Grand Continent","isPartOf":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/01\/Annette_Wieviorka_par_Claude_Truong-Ngoc-scaled.jpg","datePublished":"2020-01-24T22:49:18+00:00","dateModified":"2021-03-17T16:10:57+00:00","author":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/#primaryimage","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/01\/Annette_Wieviorka_par_Claude_Truong-Ngoc-scaled.jpg","contentUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/01\/Annette_Wieviorka_par_Claude_Truong-Ngoc-scaled.jpg","width":1920,"height":2560},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/01\/24\/une-conversation-avec-annette-wieviorka\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"\u00ab La m\u00e9moire de la Shoah est aujourd’hui devenue un facteur de division europ\u00e9enne \u00bb, une conversation avec Annette Wieviorka"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/","name":"Le Grand Continent","description":"L'\u00e9chelle pertinente","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45","name":"Matheo Malik","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g","caption":"Matheo Malik"}}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57877","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57877"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57877\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/103032"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57877"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57877"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57877"},{"taxonomy":"geo","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/geo?post=57877"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}