{"id":54162,"date":"2019-12-06T19:17:39","date_gmt":"2019-12-06T18:17:39","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=54162"},"modified":"2026-01-06T20:01:49","modified_gmt":"2026-01-06T19:01:49","slug":"le-barde-et-la-revolution-francaise-decouvrons-robert-burns-poete-national-ecossais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/12\/06\/le-barde-et-la-revolution-francaise-decouvrons-robert-burns-poete-national-ecossais\/","title":{"rendered":"Le Barde et la R\u00e9volution Fran\u00e7aise&#160;: d\u00e9couvrons Robert Burns, po\u00e8te national \u00e9cossais"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"intro\">Robert Burns (1759 \u2013 1796), le barde national \u00e9cossais, demeure un illustre inconnu en France. Rares, en effet, sont ceux qui au pays de Voltaire connaissent l\u2019auteur de la chanson \u00ab&#160;Auld Lang Syne&#160;\u00bb\u2014l\u2019hymne de l\u2019amiti\u00e9 et du temps perdu, chant\u00e9e en c\u0153ur, \u00e0 chaque nouvelle ann\u00e9e, par-del\u00e0 les mers et les continents, aux quatre coins du monde anglophone. Ce n\u2019est pourtant pas que les lettres fran\u00e7aises aient manqu\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eat, \u00e0 travers les \u00e2ges, pour la culture \u00e9cossaise. David Hume, Adam Smith, Ossian, Walter Scott, Robert Louis Stevenson et Walter Scott \u2014parmi d\u2019autres grands noms philosophiques et litt\u00e9raires \u2014 irriguent depuis longtemps l\u2019imaginaire du sud de la Manche. Cependant, il semblerait que ce panth\u00e9on cal\u00e9donien, \u00e9difi\u00e9 principalement au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, et admir\u00e9 des romantiques, des aventuriers, et des \u00e9conomistes en tous genres, depuis Victor Hugo jusqu\u2019\u00e0 Charles Nodier et Fr\u00e9d\u00e9ric Bastiat, soit rest\u00e9 ferm\u00e9 \u00e0 la charrue de \u2018Rabbie\u2019 Burns<em>,<\/em> le po\u00e8te paysan des basses-terres de l\u2019Ecosse, mort \u00e0 37 ans, en 1796. \u00a0<br><br>Certainement, rien ne saurait trancher davantage avec l\u2019adulation qui entoure le souvenir du barde \u00e9cossais dans son pays natal. Hiss\u00e9 au rang de h\u00e9ros national de son vivant et r\u00e9v\u00e9r\u00e9 chaque ann\u00e9e depuis lors par la c\u00e9r\u00e9monieuse <em>Burns Night<\/em>, tenue tous les 25 janvier, le jour de sa naissance, Robert Burns demeure le personnage historique pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des \u00e9cossais. Si l\u2019on en croit plusieurs sondages, parus r\u00e9guli\u00e8rement depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle, la popularit\u00e9 posthume du po\u00e8te d\u00e9passe m\u00eame celle de William Wallace, le grand martyr de l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9cossaise (rendu mondialement c\u00e9l\u00e8bre par le film de Mel Gibson, <em>Braveheart, <\/em>en 1995). \u00a0<br><br>Sans doute faut-il \u00e9galement insister sur le fait que Burns n\u2019est pas seulement une ic\u00f4ne \u00e9cossaise, ni m\u00eame anglo-saxonne. Le culte de Burns a en effet longtemps \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 (et parfois l\u2019est encore \u2014 de fa\u00e7on certes plus confidentielle mais non moins enthousiaste) en ex-URSS, en ex-Allemagne de l\u2019Est et en R\u00e9publique Populaire de Chine. La raison en est que Burns, po\u00e8te ador\u00e9 par Karl Marx \u2014si l\u2019on en croit les souvenirs de Paul Lafargue\u2014 fut l\u2019un des fils spirituels de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise, dont le vent \u00e9mancipateur le conduisit \u00e0 composer des textes souvent tenus comme annonciateurs du socialisme. <br><br>N\u2019est-il pas \u00e9tonnant qu\u2019un po\u00e8te si connu pour ses opinions r\u00e9volutionnaires ait manqu\u00e9 la post\u00e9rit\u00e9 dans le pays o\u00f9 germa la R\u00e9volution&#160;? Certes, la langue de Burns, fortement marqu\u00e9e par le dialecte \u00e9cossais des basses-terres \u2014le Scots\u2014 n\u2019a pas facilit\u00e9 les \u00e9changes avec une litt\u00e9rature fran\u00e7aise souvent contemptrice des po\u00e9sies r\u00e9gionales. De m\u00eame, le mod\u00e9rantisme \u2014sinon le royalisme\u2014 r\u00e9gnant chez la plupart des anglophiles fran\u00e7ais du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle n\u2019a probablement pas favoris\u00e9 l\u2019importation d\u2019une \u0153uvre roturi\u00e8re, \u00e0 la r\u00e9putation sulfureuse. Ainsi, les traductions du po\u00e8te, par L\u00e9on de Wailly, en 1843, et par Auguste Angellier, en 1893, ne surent frapper les esprits par-del\u00e0 les cercles d\u2019initi\u00e9s \u2014une situation qui ne changea gu\u00e8re au vingti\u00e8me-si\u00e8cle, malgr\u00e9 l\u2019essor du communisme et l\u2019immense popularit\u00e9 de Burns en URSS (o\u00f9 une traduction de ses \u0153uvres par Samuel Marshak se vendit \u00e0 plus d\u2019un demi-million d\u2019exemplaires). <br><br>Plus de deux-cent-vingt ans apr\u00e8s la mort du barde \u00e9cossais, alors que les vell\u00e9it\u00e9s d\u2019ind\u00e9pendance se font plus que jamais sentir dans son pays natal, le temps est peut-\u00eatre venu de redorer le blason de Robert Burns et de l\u2019introduire dans le canon des auteurs qu\u2019il incombe aux Fran\u00e7ais de d\u00e9couvrir s\u2019ils veulent appr\u00e9cier, \u00e0 sa juste mesure, l\u2019amplitude universelle de la litt\u00e9rature \u00e9cossaise. A la faveur des remous politiques de l\u2019Ecosse contemporaine, il semblerait que la situation soit d\u00e9j\u00e0 en train d\u2019\u00e9voluer en ce sens. Apr\u00e8s une nouvelle traduction des \u0153uvres de Burns par Jean-Claude Crapoulet en 1994, plusieurs travaux universitaires par Yann Tholoniat, Dominique Delmaire, et Karyn Wilson-Costa ont r\u00e9cemment mis Burns au go\u00fbt du jour. <br><br>Toutefois, en dehors des c\u00e9nacles universitaires, tout reste \u00e0 faire pour permettre \u00e0 Burns de piquer la curiosit\u00e9 du public francophone. Dans cette optique, et \u00e0 n\u2019en pas douter, le jacobinisme du barde \u00e9cossais constitue la porte d\u2019entr\u00e9e la plus stimulante vers son \u0153uvre. C\u2019est donc l\u2019ambition du pr\u00e9sent article que d\u2019exposer les principaux textes, vers, et chansons politiques du po\u00e8te, lesquels ont fa\u00e7onn\u00e9 les cultures lib\u00e9rale, travailliste et ind\u00e9pendantiste \u00e9cossaises depuis plus de deux si\u00e8cles. <br><br>Comme on le verra, la tradition socialiste, depuis la Grande-Bretagne jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Union Sovi\u00e9tique, a eu raison d\u2019insister sur le p\u00e9digr\u00e9 r\u00e9volutionnaire de Burns. Certes, le sans-culottisme de ses plus grandes chansons ne saurait manquer d\u2019\u00e9mouvoir les c\u0153urs \u00e9galitaires. Cependant, il convient aussi d\u2019insister sur certaines ambigu\u00eft\u00e9s du po\u00e8te, lequel, \u00e9voluant dans un contexte politique difficile, celui des ann\u00e9es 1790 o\u00f9 les \u00e9crivains s\u00e9ditieux subissaient la r\u00e9pression du r\u00e9gime britannique, ne put \u00e9chapper aux tourments de la compromission et \u00e0 l\u2019app\u00e2t des retournements de veste opportuns. Au carrefour du protestantisme, du jacobitisme (\u00e0 ne pas confondre avec le jacobinisme), du r\u00e9publicanisme et du royalisme, l\u2019\u0153uvre politique de Robert Burns embrasse les moindres circonvolutions de l\u2019identit\u00e9 \u00e9cossaise. En tant que telle, elle a tout pour fasciner le lectorat francophone.  <br><br><strong>POETE PAYSAN, POETE DISSIDENT<\/strong><br><br>Robert Burns na\u00eet le 25 janvier 1759, \u00e0 Alloway, dans l\u2019Ayrshire, une r\u00e9gion agricole et mini\u00e8re du sud-ouest de l\u2019Ecosse. Sa m\u00e8re, Agn\u00e8s Broun, est une paysanne de la r\u00e9gion. De culture protestante, presbyt\u00e9rienne, elle narrera au jeune Robert les histoires et l\u00e9gendes des martyrs covenantaires \u2014ces fantassins de la foi qui, le si\u00e8cle pass\u00e9, se sont lev\u00e9s contre le roi et la \u00ab&#160;tyrannie \u00e9piscopale&#160;\u00bb dans l\u2019espoir d\u2019assurer la tol\u00e9rance religieuse et d\u2019\u00e9tablir une \u00e9glise plus d\u00e9mocratique, o\u00f9 les paroissiens \u00e9lisent leurs propres pasteurs, \u00e0 rebours des \u00e9v\u00eaques et du roi (nomm\u00e9 chef de l\u2019\u00e9glise depuis la r\u00e9forme anglicane du XVI\u00e8me si\u00e8cle). <br><br>Le p\u00e8re de Robert, William Burnes, pour sa part, est un \u00e9migr\u00e9 de l\u2019Aberdeenshire, une r\u00e9gion du nord-est de l\u2019Ecosse, boulevers\u00e9e durant l\u2019ann\u00e9e 1745 par la derni\u00e8re insurrection des rebelles jacobites \u2014les partisans d\u00e9faits de la dynastie Stuart, d\u2019origine \u00e9cossaise, proches de la France catholique, et favorable \u00e0 l\u2019\u00e9piscopalisme (la version \u00e9cossaise de l\u2019anglicanisme). Inutile de le souligner, Covenantaires et Jacobites (presbyt\u00e9riens-protestants et catholiques-anglicans) sont les grands fr\u00e8res ennemis de l\u2019histoire \u00e9cossaise. Depuis la R\u00e9volution Anglaise du milieu du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 la Glorieuse R\u00e9volution protestante de 1688 et la d\u00e9faite finale des Jacobites, \u00e0 Culloden en 1746, ils se sont ha\u00efs, martyris\u00e9s, et entretu\u00e9s. Le long des routes, au bord des lochs, et en haut des collines, cairns d\u00e9cr\u00e9pis et vieilles ruines sont le rappel constant d\u2019une guerre civile qui dura plus de cent ans. <br><br>Toutefois, en ce milieu de dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, et malgr\u00e9 la proximit\u00e9 temporelle du dernier soubresaut jacobite, le r\u00e9cit des grandes r\u00e9bellions semble d\u00e9sormais appartenir au pass\u00e9. L\u2019union de l\u2019Ecosse et de l\u2019Angleterre, act\u00e9 en 1707, sur la base d\u2019un protestantisme mod\u00e9r\u00e9, assure d\u00e9sormais la stabilit\u00e9 politique et financi\u00e8re du royaume. En outre, l\u2019expansion du march\u00e9 colonial et l\u2019\u00e9ssor de la fortune mobili\u00e8re, favorise l\u2019\u00e9mergence d\u2019une classe bourgeoise, dont le nouveau sens commun, poli et lib\u00e9ral, appara\u00eet aux antipodes des fanatismes pass\u00e9s. Cette culture des Lumi\u00e8res, en vogue de Londres \u00e0 Edimbourg, constitue les oripeaux du parti <em>Whig <\/em>(le parti du parlement, lib\u00e9ral, protestant), qui contr\u00f4le les affaires du pays tout le long du si\u00e8cle, au d\u00e9triment du parti <em>Tory <\/em>(le parti du roi, conservateur, anglican).<br><br>Ainsi, c\u2019est dans ce contexte que grandit Robert Burns, h\u00e9ritier \u2014par sa m\u00e8re et par son p\u00e8re\u2014 des deux grandes traditions politiques, religieuses, et insurrectionnelles de l\u2019Ecosse. Ces derni\u00e8res marqueront profond\u00e9ment la pens\u00e9e politique et l\u2019\u0153uvre po\u00e9tique du future barde. Alors qu\u2019il occupe ses jeunes ann\u00e9es \u00e0 pousser le soc de la charrue familiale de m\u00e9tairies en m\u00e9tairies, Robert b\u00e9n\u00e9ficie cependant d\u2019une \u00e9ducation de qualit\u00e9, fournie par les services du pr\u00e9cepteur John Murdoch. Le r\u00f4le de ce dernier dans l\u2019\u00e9ducation politique du jeune Robert est fondamental. En effet, Murdoch, selon la terminologie de l\u2019\u00e9poque, est un <em>dissenter <\/em>(\u2018dissident\u2019), un radical, dont la foi protestante et le parlementarisme intransigeant confinent parfois au r\u00e9publicanisme, et aux r\u00eaves de s\u00e9dition inspir\u00e9s du souvenir covenantaire. Cet enseignement avanc\u00e9, re\u00e7u par le jeune Robert jusqu\u2019en 1772, prend tout son sens quelques ann\u00e9es plus tard, en juillet 1776, lors de la d\u00e9claration d\u2019ind\u00e9pendance des Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique. Pour la premi\u00e8re fois depuis l\u2019\u00e9poque d\u2019Olivier Cromwell (qui fut pour un temps l\u2019alli\u00e9 des Covenantaires \u00e9cossais), un rameau r\u00e9publicain a bourgeonn\u00e9 dans le monde anglophone. <br><br>A cette \u00e9poque, Burns, qui est entr\u00e9 dans sa dix-septi\u00e8me ann\u00e9e, compose d\u00e9j\u00e0 quelques vers \u2014le plus souvent adress\u00e9e aux jeunes femmes de son entourage. Cette passion pour la po\u00e9sie, inspir\u00e9e par les sc\u00e8nes de la vie paysanne et la langue vernaculaire du sud de l\u2019Ecosse, continue de grandir au fil des ann\u00e9es, jusqu\u2019\u00e0 \u00e9clore, une d\u00e9cennie plus tard, en 1786, \u00e0 travers la publication du premier (et unique) recueil de po\u00e9sie de Burns&#160;: <em>Poems, chiefly in the Scottish dialect <\/em>(\u00ab&#160;Po\u00e8mes, principalement dans le dialecte \u00e9cossais&#160;\u00bb). <br><br>Cinglant et corrosif \u00e0 bien des \u00e9gards, les <em>Poems <\/em>manient l\u2019\u00e9l\u00e9gie et le langage des sentiments aussi bien que la satire, l\u2019ironie, et les envol\u00e9es moralistes. Cette grande libert\u00e9 de ton et de genre permet au radicalisme de Burns de s\u2019exprimer sans ambages, au carrefour des traditions covenantaires, dissidentes, et proto-r\u00e9publicaines. Un premier exemple, dans ce registre, appara\u00eet dans le troisi\u00e8me po\u00e8me du recueil, une satire intitul\u00e9e \u2018R\u00e9clamation et pri\u00e8re fervente de l\u2019auteur aux repr\u00e9sentants de l\u2019Ecosse dans la Chambre des Communes\u2019. Ce long po\u00e8me critique la politique d\u2019imposition du whisky r\u00e9cemment vot\u00e9e \u00e0 Westminster et prend \u00e0 partie les d\u00e9put\u00e9s \u00e9cossais au Parlement britannique, incapables d\u2019avoir d\u00e9fendu les int\u00e9r\u00eats de leurs compatriotes consommateurs. \u00ab&#160;Freedom and whisky gang thegither&#160;!&#160;\u00bb (\u00ab&#160;La libert\u00e9 et le whisky font la paire&#160;\u00bb), raille le po\u00e8te, \u00e0 l\u2019attention des d\u00e9put\u00e9s avant de hausser le ton et d\u2019invoquer les m\u00e2nes insurrectionnels de la \u2018Vieille Ecosse\u2019. Il s\u2019adresse, une nouvelle fois, aux d\u00e9put\u00e9s\u00a0 <\/p>\n\n\n\n<p>Arouse, my boys&#160;! exert your mettle,<br>To get auld Scotland back her kettle&#160;;<br>Or faith&#160;! I&rsquo;ll wad my new pleugh-pettle,<br>Ye&rsquo;ll see&rsquo;t or lang,<br>She&rsquo;ll teach you, wi&rsquo; a reekin whittle,<br>Anither sang.<br><br>This while she&rsquo;s been in crankous mood,<br>Her lost Militia fir&rsquo;d her bluid&#160;;<br>(Deil na they never mair do guid,<br>Play&rsquo;d her that pliskie&#160;!)<br>An&rsquo; now she&rsquo;s like to rin red-wud<br>About her whisky.<br><br>An&rsquo; Lord&#160;! if ance they pit her till&rsquo;t,<br>Her tartan petticoat she&rsquo;ll kilt,<br>An&rsquo; durk an&rsquo; pistol at her belt,<br>She&rsquo;ll tak the streets,<br>An&rsquo; rin her whittle to the hilt,<br>I&rsquo; the first she meets&#160;!<br><br>For God sake, sirs&#160;! then speak her fair,<br>An&rsquo; straik her cannie wi&rsquo; the hair,<br>An&rsquo; to the muckle house repair,<br>Wi&rsquo; instant speed,<br>An&rsquo; strive, wi&rsquo; a&rsquo; your wit an&rsquo; lear,<br>To get remead. &nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-1-54162' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/12\/06\/le-barde-et-la-revolution-francaise-decouvrons-robert-burns-poete-national-ecossais\/#easy-footnote-bottom-1-54162' title=' &lt;br&gt;Levez-vous, mes enfants&amp;#160;! D\u00e9ployez votre ardeur, &lt;br&gt;Pour faire rendre son \u00e9cuelle \u00e0 la vieille Ecosse&amp;#160;; &lt;br&gt;Ou, ma foi, je parie le curoir neuf de ma charrue, &lt;br&gt;Qu&amp;rsquo;avant peu vous verrez &lt;br&gt;Qu&amp;rsquo;elle vous apprendra, avec un petit couteau fumant, &lt;br&gt;Une autre chanson.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Ces temps-ci elle a \u00e9t\u00e9 de mauvaise humeur, &lt;br&gt;La perte de sa milice lui a allum\u00e9 le sang&amp;#160;; &lt;br&gt;(Que le diable ne les laisse plus jamais prosp\u00e9rer, &lt;br&gt;Ceux qui lui ont jou\u00e9 ce tour) &lt;br&gt;Et \u00e0 pr\u00e9sent elle parait devoir devenir tout \u00e0 fait folle &lt;br&gt;Au sujet de son whisky. &lt;br&gt;&lt;br&gt;Et, Seigneur, si une fois on l&amp;rsquo;y pousse. &lt;br&gt;Elle retroussera sa jupe de tartan. &lt;br&gt;Et, poignard et pistolet \u00e0 la ceinture, &lt;br&gt;Elle courra les rues, &lt;br&gt;Et plongera son petit couteau jusqu&amp;rsquo;\u00e0 la poign\u00e9e &lt;br&gt;Dans le premier qu&amp;rsquo;elle rencontrera. &lt;br&gt;&lt;br&gt;Pour l&amp;rsquo;amour de Dieu, messieurs parlez-lui donc avec douceur &lt;br&gt;Et caressez-la l\u00e9g\u00e8rement et pas \u00e0 contre-poil&amp;#160;: &lt;br&gt;Et rendez-vous \u00e0 la grand&amp;rsquo;chambre &lt;br&gt;En toute h\u00e2te, &lt;br&gt;Et efforcez-vous, avec tout votre esprit et tout votre savoir, &lt;br&gt;D\u2019y porter rem\u00e8de.&lt;br&gt;&lt;br&gt;(Traduction par L\u00e9on de Wailly, 1843) '><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Cette \u00e9vocation goguenarde \u2014mais non moins provocatrice\u2014 du pass\u00e9 s\u00e9ditieux de la \u00ab&#160;Veille Ecosse&#160;\u00bb, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 fusionner le souvenir des deux fr\u00e8res ennemis de l\u2019histoire \u00e9cossaise, depuis la mention de la milice arm\u00e9e (l\u2019un des th\u00e8mes favoris des presbyt\u00e9riens patriotes du d\u00e9but du si\u00e8cle) jusqu\u2019\u00e0 la description des <em>kilts <\/em>et poignards (<em>dirks<\/em>) jacobites. Associant les deux traditions familiales, maternelle et paternelle, Burns cr\u00e9e ainsi l\u2019image patriotique et radicale d\u2019une \u00ab&#160;Vieille Ecosse&#160;\u00bb populaire, r\u00e9concili\u00e9e par son opposition commune au ventre mou du parlementarisme <em>whig <\/em>et londonien. <br><br>Plus loin, dans le recueil, le po\u00e8te continue de broder le lien entre le pass\u00e9 \u00e9cossais et la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9surgence insurrectionnelle. C\u2019est le cas, par exemple, dans \u00ab&#160;Le samedi soir du m\u00e9tayer&#160;\u00bb (\u00ab&#160;<em>The Cotter\u2019s Saturday Night&#160;\u00bb<\/em>), qui fait la part belle \u00e0 la culture presbyt\u00e9rienne du sud-Ouest de l\u2019Ecosse. B\u00e2ti comme une image pieuse, ce long po\u00e8me d\u00e9crit le <em>pater familias <\/em>\u00e9cossais et sa petite famille, recroquevill\u00e9s dans la foi et les psaumes par une longue soir\u00e9e d\u2019hiver (une sc\u00e8ne \u00e0 laquelle William Burnes avait depuis longtemps accoutum\u00e9 son fils). Parvenu \u00e0 la fin de la pri\u00e8re, les deux derni\u00e8res strophes du po\u00e8me s\u2019\u00e9lancent dans une p\u00e9roraison patriotique o\u00f9 semblent sonner les trompettes de l\u2019ancien Covenant&#160;: <\/p>\n\n\n\n<p>O Scotia&#160;! my dear, my native soil&#160;!<br>For whom my warmest wish to Heaven is sent&#160;!<br>Long may thy hardy sons of rustic toil<br>Be blest with health, and peace, and sweet content&#160;!<br>And O&#160;! may Heaven their simple lives prevent<br>From Luxury&rsquo;s contagion, weak and vile&#160;!<br>Then, howe&rsquo;er crowns and coronets be rent,<br>A virtuous populace may rise the while,<br>And stand a wall of fire around their much-lov&rsquo;d Isle.<br>\u00a0<br>O Thou&#160;! who pour&rsquo;d the patriotic tide,<br>That stream&rsquo;d thro Wallace&rsquo;s undaunted heart,<br>Who dar&rsquo;d to, nobly, stem tyrannic pride,<br>Or nobly die, the second glorious part&#160;:<br>(The patriot&rsquo;s God, peculiarly Thou art,<br>His friend, inspirer, guardian, and reward&#160;!)<br>O never, never Scotia&rsquo;s realm desert&#160;;<br>But still the patriot, and the patriot-bard<br>In bright succession raise, her ornament and guard&#160;!&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-2-54162' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/12\/06\/le-barde-et-la-revolution-francaise-decouvrons-robert-burns-poete-national-ecossais\/#easy-footnote-bottom-2-54162' title='&lt;br&gt;Ecosse&amp;#160;! mon cher sol natal,&lt;br&gt;Pour qui mon v\u0153u fervent est adress\u00e9 au ciel,&lt;br&gt;Puissent longtemps tes robustes enfants,&lt;br&gt;Jouir de sant\u00e9, de paix et du doux contentement&amp;#160;!&lt;br&gt;Puisse le ciel pr\u00e9server leur simple vie&lt;br&gt;De la contagion du luxe, faible et vil,&lt;br&gt;Alors, quoique les couronnes et les fleurons soient bris\u00e9s.&lt;br&gt;Une vertueuse populace peut s&amp;rsquo;\u00e9lever cependant,&lt;br&gt;Et dresser un mur de feu autour de son \u00eele bien-aim\u00e9e.&lt;br&gt;\u00a0&lt;br&gt;Toi, qui versas le torrent patriotique&lt;br&gt;Qui coulait dans le c\u0153ur indompt\u00e9 de Wallace,&lt;br&gt;Lequel osa noblement tenir t\u00eate \u00e0 l&amp;rsquo;orgueil tyrannique,&lt;br&gt;Ou noblement mourir, second r\u00f4le glorieux&lt;br&gt;Tu es particuli\u00e8rement le dieu du patriote,&lt;br&gt;Son ami, son inspirateur, son tuteur et sa r\u00e9compense,&lt;br&gt;Oh, jamais, jamais n&amp;rsquo;abandonne l\u2019&amp;rsquo;Ecosse&amp;#160;;&lt;br&gt;Mais que toujours les patriotes et les bardes&lt;br&gt;Se succ\u00e8dent avec \u00e9clat pour son ornement et sa d\u00e9fense&lt;br&gt;\u00a0&lt;br&gt;(Traduction par L\u00e9on de Wailly, 1843)'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Comme dans la \u00ab&#160;R\u00e9clamation et pri\u00e8re fervente de l\u2019auteur&#160;\u00bb, \u00ab&#160;Le samedi soir du m\u00e9tayer&#160;\u00bb invoque l\u2019image d\u2019une \u2018populace\u2019 patriotique et pieuse, oppos\u00e9e au \u2018luxe\u2019 des puissants, et soulev\u00e9e, cette fois-ci dans le souvenir m\u00e9di\u00e9val de William Wallace \u2014le h\u00e9ros roturier de l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9cossaise dont Burns a d\u00e9vor\u00e9 la l\u00e9gende \u00e9pique sous la f\u00e9rule de son pr\u00e9cepteur. <br><br>Cette opposition entre l\u2019humilit\u00e9 religieuse des paysans et l\u2019arrogance somptuaire des lords \u2014ce que d\u2019aucuns ont d\u00e9crit comme la \u2018conscience de classe\u2019 de Robert Burns\u2014 ne s\u2019exprime nulle part avec plus de v\u00e9h\u00e9mence que dans \u2018Les deux chiens\u2019 (\u00ab&#160;<em>The Twa Dog&#160;\u00bb\u2019<\/em>), le premier po\u00e8me du recueil. Cette longue satire met en sc\u00e8ne le dialogue entre un m\u00e9dor bien nourri \u2014C\u00e9sar, le chien d\u2019aristocrate\u2014 et un cabot efflanqu\u00e9 \u2014Luath, le chien de paysan. Conform\u00e9ment \u00e0 la tradition satirique (tr\u00e8s pris\u00e9e en Ecosse depuis les fables animali\u00e8res de Robert Henryson, au XV\u00e8me si\u00e8cle), la discussion entre les deux animaux tourne \u00e0 la vindicte contre le syst\u00e8me social et politique de la Grande-Bretagne. Au d\u00e9tour d\u2019une tirade, C\u00e9sar en vient \u00e0 plaindre la pauvret\u00e9 et la suj\u00e9tion des ma\u00eetres de Luath&#160;:<\/p>\n\n\n\n<p>CAESAR <br>But then to see how ye&rsquo;re negleckit,<br>How huff&rsquo;d, an&rsquo; cuff&rsquo;d, an&rsquo; disrespeckit&#160;!<br>Lord man, our gentry care as little<br>For delvers, ditchers, an&rsquo; sic cattle&#160;;<br>They gang as saucy by poor folk,<br>As I wad by a stinkin brock.<br> <br>I&rsquo;ve notic&rsquo;d, on our laird&rsquo;s court-day, &#8211;<br>An&rsquo; mony a time my heart&rsquo;s been wae, &#8211;<br>Poor tenant bodies, scant o&rsquo;cash,<br>How they maun thole a factor&rsquo;s snash&#160;;<br>He&rsquo;ll stamp an&rsquo; threaten, curse an&rsquo; swear<br>He&rsquo;ll apprehend them, poind their gear&#160;;<br>While they maun stan&rsquo;, wi&rsquo; aspect humble,<br>An&rsquo; hear it a&rsquo;, an&rsquo; fear an&rsquo; tremble&#160;!<br>I see how folk live that hae riches&#160;;<br>But surely poor-folk maun be wretches&#160;!&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-3-54162' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/12\/06\/le-barde-et-la-revolution-francaise-decouvrons-robert-burns-poete-national-ecossais\/#easy-footnote-bottom-3-54162' title='&lt;br&gt;C\u00c9SAR. &lt;br&gt;Mais aussi de voir comme vous \u00eates d\u00e9daign\u00e9s,&lt;br&gt;Insult\u00e9s, maltrait\u00e9s et m\u00e9pris\u00e9s&amp;#160;!&lt;br&gt;Seigneur Dieu&amp;#160;! mon cher, notre gentry se soucie si peu&lt;br&gt;Des gens qui b\u00eachent et qui piochent, et de pareil b\u00e9tail&amp;#160;;&lt;br&gt;Ils passent aussi arrogants pr\u00e8s des pauvres gens&lt;br&gt;Que je ferais pr\u00e8s d&amp;rsquo;un blaireau pourri.&lt;br&gt; &lt;br&gt;J&amp;rsquo;ai remarqu\u00e9, le jour o\u00f9 notre laird rend la justice,&lt;br&gt;Et bien souvent j&amp;rsquo;en ai eu le c\u0153ur triste,&lt;br&gt;Tout ce que ces pauvres diables de tenanciers sans argent&lt;br&gt;Ont \u00e0 souffrir d&amp;rsquo;injures d&amp;rsquo;un agent&amp;#160;:&lt;br&gt;Il frappe du pied et menace, sacre et jure&amp;#160;:&lt;br&gt;Il les fait arr\u00eater, saisit leur avoir&amp;#160;;&lt;br&gt;Et eux doivent se tenir debout d&amp;rsquo;un air humble,&lt;br&gt;Et tout entendre, et craindre, et trembler.&lt;br&gt;Je vois comment vivent ceux qui ont de la fortune&lt;br&gt;Mais certes les pauvres gens doivent \u00eatre bien malheureux&amp;#160;!&lt;br&gt; &lt;br&gt;(Traduction L\u00e9on de Wailly, 1843)'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">A cela, Luath r\u00e9pond que ses pauvres ma\u00eetres jouissent tout de m\u00eame du confort des humbles&#160;: une prog\u00e9niture joyeuse, une ivresse \u00e0 peu de frais apr\u00e8s la fin des r\u00e9coltes, et des discussions enflamm\u00e9es sur les affaires de l\u2019\u00e9tat et de l\u2019\u00e9glise (on appr\u00e9ciera ici encore le d\u00e9mocratisme presbyt\u00e9rien de Burns, qui encense l\u2019opinion populaire dans un contexte o\u00f9 moins d\u2019un \u00e9cossais sur cent dispose du droit de vote) et des parlementaires \u00ab&#160;\u0153uvrant pour le bien de la Grande Bretagne&#160;\u00bb. <br><br>La r\u00e9ponse de C\u00e9sar, trop au fait de la corruption parlementaire, ne se fait pas attendre. Aux abois, le m\u00e9dor se met \u00e0 tirer le portrait du d\u00e9put\u00e9 de base&#160;:<\/p>\n\n\n\n<p>CAESAR <br> Faith, lad, ye little ken about it&#160;:<br> For Britain&rsquo;s guid&#160;! guid faith&#160;! I doubt it.<br> Say rather, gaun as Premiers lead him&#160;:<br> An&rsquo; saying ay or no&rsquo;s they bid him&#160;:<br> At operas an&rsquo; plays parading,<br> Mortgaging, gambling, masquerading&#160;:<br> Or maybe, in a frolic daft,<br> To Hague or Calais takes a waft,<br> To mak a tour an&rsquo; tak a whirl,<br> To learn bon ton, an&rsquo; see the worl&rsquo;.<br><br>There, at Vienna, or Versailles,<br> He rives his father&rsquo;s auld entails&#160;;<br> Or by Madrid he takes the rout,<br> To thrum guitars an&rsquo; fecht wi&rsquo; nowt&#160;;<br> Or down Italian vista startles,<br> Whore-hunting amang groves o&rsquo; myrtles&#160;:<br> Then bowses drumlie German-water,<br> To mak himsel look fair an&rsquo; fatter,<br> An&rsquo; clear the consequential sorrows,<br> Love-gifts of Carnival signoras.<br> For Britain&rsquo;s guid&#160;! for her destruction&#160;!<br> Wi&rsquo; dissipation, feud, an&rsquo; faction.&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-4-54162' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/12\/06\/le-barde-et-la-revolution-francaise-decouvrons-robert-burns-poete-national-ecossais\/#easy-footnote-bottom-4-54162' title='&lt;br&gt; CESAR &lt;br&gt; &lt;br&gt; Eh, mon gar\u00e7on, vous n&amp;rsquo;\u00eates gu\u00e8re au fait&amp;#160;;&lt;br&gt; Au bien de la Grande-Bretagne&amp;#160;! Bon Dieu,&lt;br&gt; Si vous disiez plut\u00f4t&amp;#160;: allant o\u00f9 les premiers ministres le conduisent.&lt;br&gt; Et prenant les opinions qu\u2019ils lui dictent&amp;#160;:&lt;br&gt; S&amp;rsquo;\u00e9talant aux op\u00e9ras et aux th\u00e9\u00e2tres.&lt;br&gt; Empruntant, jouant, se masquant&amp;#160;:&lt;br&gt; Ou peut-\u00eatre bien, dans un joyeux caprice,&lt;br&gt; Il pousse jusqu\u2019\u00e0 La Haye ou Calais.&lt;br&gt; Pour faire un tour, une excursion.&lt;br&gt; Apprendre le bon ton et voir le monde.&lt;br&gt; &lt;br&gt; L\u00e0, \u00e0 Vienne ou \u00e0 Versailles.&lt;br&gt; Il fait force br\u00e8ches aux vieilles \u00e9conomies de son p\u00e8re&amp;#160;;&lt;br&gt; Ou bien il prend la route de Madrid&lt;br&gt; Pour racler la guitare et combattre des taureaux&amp;#160;;&lt;br&gt; Ou bien il court les sites de l&amp;rsquo;Italie.&lt;br&gt; Pourchassant les filles de joie sous les bois de myrtes&amp;#160;:&lt;br&gt; Puis il boit les eaux bourbeuses de l\u2019Allemagne&lt;br&gt; Pour se donner meilleure mine et s&amp;rsquo;engraisser,&lt;br&gt; Et effacer les f\u00e2cheuses cons\u00e9quences&lt;br&gt; Des dons d&amp;rsquo;amour des signoras de carnaval.&lt;br&gt; Au bien de la Grande-Bretagne&amp;#160;! A sa destruction&amp;#160;! &lt;br&gt; A force de dissipation, de discordes et de cabale.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Satires antiparlementaires, tirades pl\u00e9b\u00e9iennes, r\u00eaves d\u2019insurrections, souvenirs covenantaires et passions jacobites&#160;: les <em>Poems <\/em>de Robert Burns \u2014qui lui vaudront une gloire instantan\u00e9e\u2014 ont de quoi chauffer le sang des patriotes et autres <em>dissenters <\/em>dont les yeux, riv\u00e9s vers l\u2019Atlantique, s\u2019appr\u00eate \u00e0 lorgner de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la Manche. <br><br><strong>DU KILT SANS CULOTTE\u2026<\/strong><br><br>Suivant le succ\u00e8s de ses <em>Poems, <\/em>en  1786-87, celui que l\u2019on nomme d\u00e9sormais \u2018barde national\u2019 parvient \u00e0  s\u2019ouvrir certaines portes. En septembre 1789, alors que les femmes  parisiennes marchent sur Versailles, il quitte sa m\u00e9tairie d\u2019Ellisland  et s\u2019installe \u00e0 Dumfries, avec sa femme Jean Armour, pour devenir  percepteur d\u2019imp\u00f4t. Cette nouvelle situation deviendra source de  nombreux dilemmes. Alors que les revenus du po\u00e8te augmentent, son  ind\u00e9pendance d\u2019esprit \u2014cette ind\u00e9pendance paysanne qu\u2019il ch\u00e9rit tant\u2014 se  trouve d\u00e9sormais restreinte par son nouveau m\u00e9tier. En effet, Burns, le  percepteur (une position ironique pour celui qui jadis tonnait contre  l\u2019imposition du whisky) est d\u00e9sormais asserment\u00e9 \u00e0 la couronne  britannique. Il travaille au service d\u2019un Etat dont les int\u00e9r\u00eats  \u2014\u00e9conomiques, politiques, et id\u00e9ologiques\u2014 s\u2019appr\u00eatent \u00e0 entrer en  conflit avec ceux de la France r\u00e9volutionnaire.<br><br>Dans  un premier temps, cependant, le po\u00e8te ne semble pas s\u2019\u00e9mouvoir de  l\u2019inimiti\u00e9 grandissante entre les r\u00e9volutionnaires fran\u00e7ais et le  gouvernement britannique de William Pitt (un <em>whig <\/em>ind\u00e9pendant,  consid\u00e9r\u00e9, \u00e0 cause de son opposition \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise, comme le  refondateur du conservatisme anglais). En juillet 1790, Burns s\u2019essaie  pour la premi\u00e8re fois \u00e0 un vieux th\u00e8me franco-\u00e9cossais en r\u00e9digeant les  \u2018Lamentations de Marie Stuart\u2019 (\u00ab&#160;<em>Lament of Mary, Queen of Scots<\/em> &#160;\u00bb) o\u00f9 la reine d\u2019Ecosse et douairi\u00e8re de France peste contre son  ennemi, la reine d\u2019Angleterre, Elizabeth I, dont la \u2018fausset\u00e9\u2019 \u00e0  contribuer \u00e0 la disgr\u00e2ce du royaume d\u2019Ecosse. Enrob\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9gie, cette  pi\u00e8ce historique demeure toutefois mod\u00e9r\u00e9e dans son propos.<\/p>\n\n\n\n<p>I was the Queen o&rsquo; bonie France,<br>Where happy I hae been&#160;;<br>Fu&rsquo; lightly raise I in the morn,<br>As blythe lay down at e&rsquo;en&#160;:<br>And I&rsquo;m the sov&rsquo;reign of Scotland,<br>And mony a traitor there&#160;;<br>Yet here I lie in foreign bands,<br>And never-ending care.<br><br>But as for thee, thou false woman,<br>My sister and my fae,<br>Grim Vengeance yet shall whet a sword<br>That thro&rsquo; thy soul shall gae&#160;;<br>The weeping blood in woman&rsquo;s breast<br>Was never known to thee&#160;;<br>Nor th&rsquo; balm that draps on wounds of woe<br>Frae woman&rsquo;s pitying e&rsquo;e.&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-5-54162' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/12\/06\/le-barde-et-la-revolution-francaise-decouvrons-robert-burns-poete-national-ecossais\/#easy-footnote-bottom-5-54162' title='&lt;br&gt;J&amp;rsquo;\u00e9tais la reine de la belle France,\u00a0&lt;br&gt;O\u00f9 j&amp;rsquo;\u00e9tais heureuse&amp;#160;;\u00a0&lt;br&gt;Je m&amp;rsquo;\u00e9veillais toute l\u00e9g\u00e8re le matin.\u00a0&lt;br&gt;Et me couchais aussi gaie le soir&amp;#160;:\u00a0&lt;br&gt;El je suis la souveraine de l&amp;rsquo;Ecosse ,\u00a0&lt;br&gt;O\u00f9 il y a bien des tra\u00eetres&amp;#160;;\u00a0&lt;br&gt;Pourtant je languis ici dans des liens \u00e9trangers ,\u00a0&lt;br&gt;Et dans un souci sans fin.\u00a0&lt;br&gt;&lt;br&gt;Mais quant \u00e0 toi, femme fausse,\u00a0&lt;br&gt;Ma s\u0153ur et mon ennemie ,\u00a0&lt;br&gt;L&amp;rsquo;affreuse Vengeance, pourtant, aiguisera une \u00e9p\u00e9e\u00a0&lt;br&gt;Qui te traversera !e c\u0153ur&amp;#160;:\u00a0&lt;br&gt;Le sang qui pleure dans le sein de la femme\u00a0&lt;br&gt;Ne te fut jamais connu,\u00a0&lt;br&gt;Ni le baume qui coule sur les blessures du malheur,\u00a0&lt;br&gt;De l&amp;rsquo;\u0153il compatissant de la femme.\u00a0&lt;br&gt;&lt;br&gt;(Traduction L\u00e9on de Wailly, 1843)'><sup>5<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Ce n\u2019est qu\u2019avec l\u2019emballement de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, en 1792, l\u2019ann\u00e9e de la prise des Tuileries, que plusieurs rumeurs (inv\u00e9rifiables) commencent \u00e0 circuler concernant les cris s\u00e9ditieux du po\u00e8te. En mars, on rapporte que Burns, apr\u00e8s avoir particip\u00e9 \u00e0 l\u2019arrestation d\u2019un navire contrebandier, a pay\u00e9 de sa poche quatre petits canons et les a affr\u00e9t\u00e9s pour la France, afin de secourir les r\u00e9volutionnaires en guerre contre l\u2019Autriche. Au mois d\u2019octobre, plus outrageusement, des t\u00e9moins expliquent que le barde \u00e9cossais, pr\u00e9sent lors d\u2019une repr\u00e9sentation au th\u00e9\u00e2tre de Dumfries, a accueilli l\u2019hymne national britannique, \u2018<em>God Save the King<\/em>\u2019 par le quolibet de \u2018\u00c7a ira&#160;!\u2019. Ces sentiments sembleront confirm\u00e9s, quelques ann\u00e9es plus tard, quand, dans une lettre \u00e0 son amie Mrs Dunlop, Burns d\u00e9clarera que Louis XVI et Marie Antoinette, \u2018cet imb\u00e9cile parjure et cette prostitu\u00e9e sans principe\u2019 m\u00e9ritaient de finir entre les mains du bourreau.  <br><br>Cependant, la rumeur publique \u2014fond\u00e9e ou non\u2014 n\u2019est pas au go\u00fbt des sup\u00e9rieurs du po\u00e8te-percepteur.  A la fin de l\u2019ann\u00e9e 1792, alors qu\u2019une guerre semble probable entre la Grande-Bretagne et la R\u00e9publique fran\u00e7aise, le bureau d\u2019octroi commence une enqu\u00eate sur le cas de Burns. Ce dernier, qui a connu la mis\u00e8re et tient \u00e0 son nouvel emploi, se r\u00e9tracte imm\u00e9diatement. Dans une longue lettre \u00e0 son protecteur, Robert Graham of Fintry, il maudit la rumeur mensong\u00e8re et d\u00e9clare son attachement \u00e0 la Constitution Britannique \u00e9tablie par la Glorieuse R\u00e9volution de 1688. L\u2019enqu\u00eate est suspendue.<br><br>Le barde sait d\u00e9sormais qu\u2019il devra se montrer discret s\u2019il veut continuer \u00e0 commenter, par sa plume, les bouleversements politiques de son \u00e9poque. En effet, \u00e0 partir de l\u2019ann\u00e9e 1793, alors que la France entre en guerre contre l\u2019Angleterre, le gouvernement de William Pitt entame une vaste campagne de r\u00e9pression contre les jacobins britanniques. En ao\u00fbt 1793, cette \u2018Terreur blanche\u2019 frappe de plein fouet la \u00ab&#160;Soci\u00e9t\u00e9 \u00e9cossaise des amis du peuple&#160;\u00bb. Le grand leader r\u00e9volutionnaire \u00e9cossais, Thomas Muir, un ancien pasteur, est arr\u00eat\u00e9 et passe devant le tribunal. Il sera ensuite transport\u00e9 en Australie, d\u2019o\u00f9 il s\u2019\u00e9vadera, \u00e0 la rocambole, et finira par rejoindre la France, o\u00f9 il mourra, couvert d\u2019honneurs, en 1799. <br><br>Quelques jours apr\u00e8s l\u2019arrestation de Muir, Burns envoi un nouveau texte \u00e0 son \u00e9diteur. Il s\u2019agit d\u2019une chanson compos\u00e9e sur l\u2019air de \u00ab&#160;<em>Hey Tutti Tatti&#160;\u00bb<\/em>, la marche des soldats de Robert Bruce, en 1314, lors de la victoire \u00e9cossaise de Bannockburn qui permit d\u2019assurer l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Ecosse face aux ing\u00e9rences anglaises. Bien que d\u2019inspiration \u00e9pique et m\u00e9di\u00e9vale, \u2018Robert Bruce s\u2019adresse \u00e0 ses troupes\u2019, plus connu en \u00e9cossais sous le nom de \u00ab&#160;<em>Scots wha hae&#160;\u00bb <\/em>(litt\u00e9ralement \u2018Ecossais qui avez\u2019), puise son \u00e9lan, aux dires m\u00eame de son auteur, non pas tant dans le pass\u00e9 que dans \u2018certaines luttes r\u00e9centes pour la libert\u00e9\u2019.<\/p>\n\n\n\n<p>Scots, wha hae wi&rsquo; Wallace bled,<br>Scots, wham Bruce has aften led,<br>Welcome to your gory bed,<br>Or to Victorie&#160;!<br>\u00a0<br>Now&rsquo;s the day, and now&rsquo;s the hour&#160;;<br>See the front o&rsquo; battle lour&#160;;<br>See approach proud Edward&rsquo;s power\u2014<br>Chains and Slaverie&#160;!<br>\u00a0<br>Wha will be a traitor knave&#160;?<br>Wha can fill a coward&rsquo;s grave&#160;?<br>Wha sae base as be a Slave&#160;?<br>Let him turn and flee&#160;!<br>\u00a0<br>Wha for Scotland, king, and law,<br>Freedom sword will strongly draw&#160;?<br>Freeman stand, or freeman fa\u2019&#160;:<br>Let him follow me&#160;!<br>\u00a0<br>By Oppression&rsquo;s woes and pains&#160;!<br>By your Sons in servile chains&#160;!<br>We will drain our dearest veins,<br>But they shall be free&#160;!<br>\u00a0<br>Lay the proud Usurpers low&#160;!<br>Tyrants fall in every foe&#160;!<br>Liberty&rsquo;s in every blow&#160;!\u2014<br>Let us Do or Die&#160;!&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-6-54162' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/12\/06\/le-barde-et-la-revolution-francaise-decouvrons-robert-burns-poete-national-ecossais\/#easy-footnote-bottom-6-54162' title='&lt;br&gt;\u00c9cossais, h\u00e9ros de Wallace,F\u00e9aux de Bruce, de l\u2019audace&amp;#160;!&lt;br&gt;Pour vous le lit de la disgr\u00e2ce,&lt;br&gt;A d\u00e9faut de victoire&amp;#160;! \u00a0\u00a0\u00a0 &lt;br&gt;\u00a0&lt;br&gt;Voici le jour et voici l\u2019heure&amp;#160;;&lt;br&gt;Voyez les lueurs du champ d\u2019honneur&lt;br&gt;Voyez \u00c9douard l\u2019air sup\u00e9rieur \u2014&lt;br&gt;Les fers du d\u00e9sespoir&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0&lt;br&gt;Qui donc a l\u2019\u00e2me du f\u00e9lon&amp;#160;?&lt;br&gt;Qui donc pour la fosse aux fripons&amp;#160;?&lt;br&gt;Qui donc les serviles poltrons&amp;#160;?&lt;br&gt;Qu\u2019ils d\u00e9campent et s\u2019enfuient&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0&lt;br&gt;Qui pour l\u2019Ecosse, son roi, sa loi,&lt;br&gt;L\u2019\u00e9p\u00e9e lib\u00e9r\u00e9e brandira&amp;#160;?&lt;br&gt;Celui qui librement se bat&amp;#160;:&lt;br&gt;Qu\u2019il me suive en ami&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0&lt;br&gt;Par les malheurs de l\u2019oppression&amp;#160;!&lt;br&gt;Par vos enfants en suj\u00e9tion&amp;#160;!&lt;br&gt;Nos tendres veines couleront&lt;br&gt;Pour les faire affranchir&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0&lt;br&gt;A bas l\u2019usurpateur honni&amp;#160;!&lt;br&gt;La cur\u00e9e pour la tyrannie&amp;#160;!&lt;br&gt;Que chaque souffle ensemble crie&amp;#160;:&lt;br&gt;Vivre libre ou mourir&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0&lt;br&gt;(Traduction de l\u2019auteur)'><sup>6<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Cette chanson a longtemps \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme un potentiel hymne national de l\u2019Ecosse. En effet, elle a tout d\u2019une \u00ab&#160;Marseillaise&#160;\u00bb \u00e9cossaise&#160;: depuis l\u2019\u00e9lan guerrier et le souvenir combin\u00e9 de Wallace \u2014le roturier martyr\u2014 et de Bruce \u2014le roi populaire\u2014, jusqu\u2019au th\u00e8me de l\u2019usurpation, si cher aux Jacobites, et, enfin, la devise \u00ab&#160;<em>Let us Do or Die<\/em>&#160;\u00bb (prononc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cossaise \u00ab&#160;<em>Let us Dae or Dee<\/em>&#160;\u00bb), d\u00e9calque du fameux slogan r\u00e9volutionnaire fran\u00e7ais, \u00ab&#160;Vivre Libre ou Mourir&#160;\u00bb. Toutefois, dans l\u2019Ecosse de 1793, de tels accents ind\u00e9pendantistes et r\u00e9volutionnaires ne peuvent voir le jour sans compromettre la s\u00e9curit\u00e9 de leur auteur. Aussi, Burns n\u2019accepte la publication de \u00ab&#160;<em>Scots wha hae<\/em>&#160;\u00bb que l\u2019ann\u00e9e suivante, sous couvert d\u2019anonymat.Le barde, cependant, ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. A cet hymne patriotique, qui embrasse la mar\u00e9e des volontaires de l\u2019An II aussi bien que les fant\u00f4mes des guerres m\u00e9di\u00e9vales, il manque encore, semble-t-il, un souffle \u00e9galitaire et universel \u2014de quoi traduire, dans la langue \u00e9cossaise, la nouvelle devise r\u00e9volutionnaire&#160;: \u00ab&#160;Libert\u00e9&#160;! Egalit\u00e9&#160;! Fraternit\u00e9&#160;!&#160;\u00bb. Au fil des mois, Burns, en fin lecteur, parvient \u00e0 s\u2019enqu\u00e9rir des \u00e9crits de Thomas Paine, l\u2019agitateur anglais alors d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Convention nationale fran\u00e7aise. Bien qu\u2019affili\u00e9 aux Girondins, Paine, dans son livre <em>The Rights of Man <\/em>(1792) s\u2019est fait l\u2019\u00e9cho des dol\u00e9ances parisiennes, celles des sans-culottes et des Cordeliers. En effet, l\u2019auteur anglais demande une r\u00e9forme de l\u2019Etat britannique, avec la mise en place d\u2019un syst\u00e8me social et d\u2019une caisse de retraite, financ\u00e9e par l\u2019imp\u00f4t progressif. Burns, l\u2019ancien paysan et l\u2019auteur des \u00ab&#160;Deux Chiens&#160;\u00bb, qui a vu son p\u00e8re mourir \u00e0 petit feu sous la pression de son tenancier, ne sait que trop bien de quoi il retourne. En janvier 1795, il se lance dans la r\u00e9daction d\u2019une nouvelle chanson, inspir\u00e9e par Paine et ses espoirs \u00e9galitaires. Ultime clin d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019histoire rebelle de l\u2019Ecosse, ce texte, pour lequel la post\u00e9rit\u00e9 retiendra le titre <em>\u00ab&#160;A Man\u2019s a Man&#160;\u00bb <\/em>(\u00ab&#160;Un homme est un homme&#160;\u00bb) est compos\u00e9 sur l\u2019air jacobite du \u00ab&#160;Quadrille de Lady McIntosh&#160;\u00bb. Le refrain ternaire de cette m\u00e9lodie (<em>\u00ab&#160;<\/em>[\u2026] <em>and a\u2019 that \/ for a\u2019 that and a<\/em>\u2019 <em>that<\/em>&#160;\u00bb \u2014litt\u00e9ralement \u00ab&#160;[\u2026] et tout \u00e7a, malgr\u00e9 tout et tout \u00e7a&#160;\u00bb), coupl\u00e9 au contenu radical du texte fera dire \u00e0 la grande universitaire britannique, Marilyn Butler, qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 de \u00ab&#160;l\u2019adaptation anglaise la plus fid\u00e8le de l\u2019esprit et de la lettre du chant jacobin \u2018\u00c7a ira&#160;!\u2019&#160;\u00bb. De m\u00eame, l\u2019auteur de ces lignes s\u2019est permis de traduire le refrain de Burns (<em>\u00ab&#160;for a\u2019 that&#160;\u00bb<\/em>) par les fameux accents sans-culottises&#160;:<\/p>\n\n\n\n<p>Is there for honest Poverty<br>That hings his head, an&rsquo; a&rsquo; that&#160;;<br>The coward slave-we pass him by,<br>We dare be poor for a&rsquo; that&#160;!<br>For a&rsquo; that, an&rsquo; a&rsquo; that.<br>Our toils obscure an&rsquo; a&rsquo; that,<br>The rank is but the guinea&rsquo;s stamp,<br>The Man&rsquo;s the gowd for a&rsquo; that.<br>\u00a0<br>What though on hamely fare we dine,<br>Wear hoddin grey, an&rsquo; a that&#160;;<br>Gie fools their silks, and knaves their wine&#160;;<br>A Man&rsquo;s a Man for a&rsquo; that&#160;:<br>For a&rsquo; that, and a&rsquo; that,<br>Their tinsel show, an&rsquo; a&rsquo; that&#160;;<br>The honest man, tho&rsquo; e&rsquo;er sae poor,<br>Is king o&rsquo; men for a&rsquo; that.<br>\u00a0<br>Ye see yon birkie, ca&rsquo;d a lord,<br>Wha struts, an&rsquo; stares, an&rsquo; a&rsquo; that&#160;;<br>Tho&rsquo; hundreds worship at his word,<br>He&rsquo;s but a coof for a&rsquo; that&#160;:<br>For a&rsquo; that, an&rsquo; a&rsquo; that,<br>His ribband, star, an&rsquo; a&rsquo; that&#160;:<br>The man o&rsquo; independent mind<br>He looks an&rsquo; laughs at a&rsquo; that.<br>\u00a0<br>A prince can mak a belted knight,<br>A marquis, duke, an&rsquo; a&rsquo; that&#160;;<br>But an honest man&rsquo;s abon his might,<br>Gude faith, he maunna fa&rsquo; that&#160;!<br>For a&rsquo; that, an&rsquo; a&rsquo; that,<br>Their dignities an&rsquo; a&rsquo; that&#160;;<br>The pith o&rsquo; sense, an&rsquo; pride o&rsquo; worth,<br>Are higher rank than a&rsquo; that.<br>\u00a0<br>Then let us pray that come it may,<br>(As come it will for a&rsquo; that,)<br>That Sense and Worth, o&rsquo;er a&rsquo; the earth,<br>Shall bear the gree, an&rsquo; a&rsquo; that.<br>For a&rsquo; that, an&rsquo; a&rsquo; that,<br>It&rsquo;s coming yet for a&rsquo; that,<br>That Man to Man, the world o&rsquo;er,<br>Shall brothers be for a&rsquo; that.&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-7-54162' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/12\/06\/le-barde-et-la-revolution-francaise-decouvrons-robert-burns-poete-national-ecossais\/#easy-footnote-bottom-7-54162' title='&lt;br&gt;Est-ce l&amp;rsquo;honn\u00eate pauvret\u00e9Qui le tient courb\u00e9 comme \u00e7a&amp;#160;?&lt;br&gt;Le l\u00e2che esclave il faut tancer,&lt;br&gt;Osons, les pauvres&amp;#160;! \u00c7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0\u00c7a ira, \u00c7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0Nos travaux humbles, \u00e7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0Le rang n&amp;rsquo;est rien que le papier&lt;br&gt;\u00a0Mais l&amp;rsquo;homme est l&amp;rsquo;or, ah \u00e7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0&lt;br&gt;Qu&amp;rsquo;importe nos d\u00eeners frugaux&lt;br&gt;\u00a0Nos fracs r\u00e2p\u00e9s, ah \u00e7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0Aux gros la soie et le Bordeaux&lt;br&gt;\u00a0L&amp;rsquo;homme n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;homme et s&amp;rsquo;en ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00c7a ira, \u00c7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0Leur beau num\u00e9ro, s&amp;rsquo;en ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0L&amp;rsquo;honn\u00eate homme est toujours si pauvre&lt;br&gt;\u00a0Mais roi des hommes il ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0&lt;br&gt;Voyez celui qu&amp;rsquo;on nomme un Lord&lt;br&gt;\u00a0Ce paon cr\u00e2neur, ah \u00e7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0A ses mots se suspend la horde&lt;br&gt;\u00a0Ah, ce bouffon, il s&amp;rsquo;en ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00c7a ira, \u00c7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0Avec ses titres, s&amp;rsquo;en ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0L&amp;rsquo;homme \u00e0 l&amp;rsquo;esprit ind\u00e9pendant&lt;br&gt;\u00a0Il en ri bien car \u00e7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0&lt;br&gt;Un roi peut faire un chevalier&lt;br&gt;\u00a0Un marquis, duc, ah \u00e7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0Mais l&amp;rsquo;humble peut les m\u00e9priser&lt;br&gt;\u00a0Si, foutre&amp;#160;! il se tourne et s&amp;rsquo;en va&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00c7a ira, \u00c7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0Leur distinction s&amp;rsquo;en ira,&lt;br&gt;\u00a0Si le m\u00e9rite et le bon sens&lt;br&gt;\u00a0Les outrepassent \u00e7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0&lt;br&gt;Alors prions pour l&amp;rsquo;\u00e9closion&lt;br&gt;\u00a0(qui \u00e9clora car \u00e7a ira&amp;#160;!)&lt;br&gt;\u00a0D&amp;rsquo;un monde impr\u00e9gn\u00e9 de raison&lt;br&gt;\u00a0Et de talent et \u00e7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0\u00c7a ira, \u00c7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0\u00c7a vient, \u00e7a vient, et \u00e7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0Quand tous les hommes sur la terre&lt;br&gt;\u00a0Seront des fr\u00e8res, \u00e7a ira&amp;#160;!&lt;br&gt;\u00a0&lt;br&gt;(Traduction de l\u2019auteur)'><sup>7<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Publi\u00e9 anonymement en Ao\u00fbt 1795 dans le journal r\u00e9volutionnaire d\u2019Irlande du Nord, <em>The Northern Star, <\/em>ce  po\u00e8me deviendra, au si\u00e8cle suivant, l\u2019un des hymnes du jeune mouvement  ouvrier. En effet, l\u2019\u00e9lan \u00e9galitariste et universaliste de la chanson  appara\u00eet, notamment chez les chartistes britanniques des ann\u00e9es 1830,  comme une pr\u00e9monition du combat pour le suffrage universel. De m\u00eame, en  1838, l\u2019anglophile socialiste allemand, Ferdinand Freiligrath, per\u00e7oit \u00e0  son tour \u00ab&#160;<em>A Man\u2019s a Man&#160;\u00bb<\/em> comme l\u2019un des grands cantiques de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 venir. Sa traduction germanique du po\u00e8me, \u00ab&#160;<em>Trotz Alledem<\/em> &#160;\u00bb (litt\u00e9ralement \u2014\u00ab&#160;malgr\u00e9 tout&#160;\u00bb), amend\u00e9e pour correspondre au  contexte de la R\u00e9volution allemande de 1848, est publi\u00e9e en juin de la  m\u00eame ann\u00e9e, dans le journal de Karl Marx, le <em>Neue Rheinische Zeitung<\/em>. Le succ\u00e8s est imm\u00e9diat et, en quelques mois, <em>\u00ab&#160;Trotz Alledem<\/em> &#160;\u00bb devient l\u2019un des classiques de la gauche allemande. Adopt\u00e9, au  vingti\u00e8me si\u00e8cle, par Karl Liebknecht puis par les chorales de la RDA, <em>\u00ab&#160;Trotz Alledem&#160;\u00bb<\/em> appartient, aujourd\u2019hui encore, au r\u00e9pertoire musical des militants de <em>Die Linke<\/em>.  <br><br>Toutefois,  comme on l\u2019imagine ais\u00e9ment, c\u2019est surtout en Ecosse que la chanson de  Burns r\u00e9sonne avec le plus d\u2019ampleur. En juillet 1999, lors de  l\u2019inauguration du Parlement \u00e9cossais, en pr\u00e9sence de la reine Elizabeth  II, \u00ab&#160;<em>A Man\u2019s a Man\u2019<\/em>&#160;\u00bb est la chanson retenue pour marquer le  clou de la c\u00e9r\u00e9monie. Sheena Wellington, une chanteuse native de la cit\u00e9  ouvri\u00e8re de Dundee, entonne l\u2019hymne de Burns, face \u00e0 toutes les cam\u00e9ras  de t\u00e9l\u00e9vision du pays, dans un grand moment de communion patriotique.  Plus qu\u2019une simple provocation r\u00e9publicaine \u00e0 l\u2019encontre de la reine, le  choix de cette chanson, impuls\u00e9 par le parti travailliste \u00e9cossais,  s\u2019explique par le besoin de clamer haut et fort l\u2019\u00e9galitarisme du peuple  \u00e9cossais, vingt ans apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection de Margaret Thatcher \u00e0 la t\u00eate du  Royaume-Uni.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\"><strong>\u2026 AU RETOURNEMENT DE VESTE&#160;?<\/strong><br><br>Mais retournons, une derni\u00e8re fois, \u00e0 nos ann\u00e9es r\u00e9volutionnaires, o\u00f9 les choses se compliquent quelque peu. Quelques semaines apr\u00e8s l\u2019\u00e9criture de son nouvel hymne r\u00e9volutionnaire, Robert Burns apprend qu\u2019une milice patriotique et loyaliste vient de se constituer dans sa ville de Dumfries. \u00ab&#160;Les Volontaires de Dumfries&#160;\u00bb, comme ils se nomment, entendent s\u2019armer et s\u2019entra\u00eener pour d\u00e9fendre le royaume de Grande-Bretagne dans le cas d\u2019une invasion fran\u00e7aise. Burns, qui craint encore d\u2019\u00eatre inqui\u00e9t\u00e9 pour cris et \u00e9crits s\u00e9ditieux, voit dans cette nouvelle initiative une occasion de se montrer en public et de faire du z\u00e8le. En avril 1795, il s\u2019engage chez les \u00ab&#160;Volontaires&#160;\u00bb et va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 s\u2019endetter pour rev\u00eatir un bel uniforme pourpre. Mieux encore, il r\u00e9dige de sa plume une ode \u00e0 son nouveau r\u00e9giment, laquelle, imprim\u00e9e par tout le pays, devient bient\u00f4t l\u2019antienne pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e de tous les contre-r\u00e9volutionnaires&#160;:<\/p>\n\n\n\n<p>Does haughty Gaul invasion threat&#160;?<br>Then let the louns beware, Sir&#160;;<br> There&rsquo;s wooden walls upon our seas,<br> And volunteers on shore, Sir&#160;:<br> The Nith shall run to Corsincon,<br> And Criffel sink in Solway,<br> Ere we permit a Foreign Foe<br> On British ground to rally&#160;!<br><br> O let us not, like snarling curs,<br> In wrangling be divided,<br> Till, slap&#160;! come in an unco loun,<br> And wi&rsquo; a rung decide it&#160;!<br> Be Britain still to Britain true,<br> Amang ourselves united&#160;;<br> For never but by British hands<br> Maun British wrangs be righted&#160;!<br><br>The Kettle o&rsquo; the Kirk and State,<br> Perhaps a clout may fail in&rsquo;t&#160;;<br> But deil a foreign tinkler loun<br> Shall ever ca&rsquo;a nail in&rsquo;t.<br> Our father&rsquo;s blude the Kettle bought,<br> And wha wad dare to spoil it&#160;;<br> By Heav&rsquo;ns&#160;! the sacrilegious dog<br> Shall fuel be to boil it&#160;!<br> <br> The wretch that would a tyrant own,<br> And the wretch, his true-born brother,<br> Who would set the Mob aboon the Throne,<br> May they be damn&rsquo;d together&#160;!<br> Who will not sing \u00ab&#160;God save the King,&#160;\u00bb<br> Shall hang as high&rsquo;s the steeple&#160;;<br> But while we sing \u00ab&#160;God save the King,&#160;\u00bb<br> We&rsquo;ll ne&rsquo;er forget The People&#160;!&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-8-54162' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/12\/06\/le-barde-et-la-revolution-francaise-decouvrons-robert-burns-poete-national-ecossais\/#easy-footnote-bottom-8-54162' title='&lt;br&gt; La Gaule hautaine nous menace d&amp;rsquo;une invasion&amp;#160;?&lt;br&gt;Eh bien, que les chenapans y prennent garde, monsieur,&lt;br&gt;Il y a une muraille de bois sur nos mers,&lt;br&gt;Et des volontaires sur le rivage, monsieur.&lt;br&gt;Le Nith courra vers Corsincon,&lt;br&gt;Le Criffel s&amp;rsquo;abimera dans Sohvay,&lt;br&gt;Avant que nous permettions \u00e0 un ennemi \u00e9tranger&lt;br&gt;De se rassembler sur le sol breton&amp;#160;!&lt;br&gt;&lt;br&gt;Oh, ne soyons pas  comme des chiens hargneux,&lt;br&gt;Divis\u00e9s et en querelle&amp;#160;;&lt;br&gt;Jusqu&amp;rsquo;\u00e0 ce que tout d&amp;rsquo;un coup entre un franc chenapan &lt;br&gt;Qui nous mette d&amp;rsquo;accord avec un b\u00e2ton.&lt;br&gt;Que la Bretagne soit toujours fid\u00e8le \u00e0 la Bretagne,&lt;br&gt; Soyons unis entre nous&amp;#160;;&lt;br&gt; Car ce n&amp;rsquo;est jamais que par des mains bretonnes&lt;br&gt; Que les torts des Bretons doivent \u00eatre redress\u00e9s.&lt;br&gt;&lt;br&gt; Dans la chaudi\u00e8re de l&amp;rsquo;Eglise ou de l&amp;rsquo;Etat,&lt;br&gt; Il peut se faire qu&amp;rsquo;une pi\u00e8ce manque&amp;#160;;&lt;br&gt; Mais du diable si un coquin de chaudronnier \u00e9tranger&lt;br&gt; Y fera entrer un clou.&lt;br&gt; Le sang de nos p\u00e8res a pay\u00e9 cette chaudi\u00e8re&amp;#160;:&lt;br&gt; Et qui oserait la g\u00e2ter,&lt;br&gt; Par le ciel, le chien sacril\u00e8ge&lt;br&gt; Servira de combustible pour la faire bouillir.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Le mis\u00e9rable qui reconna\u00eetrait un tyran,&lt;br&gt; Et le mis\u00e9rable, son digne fr\u00e8re,&lt;br&gt; Qui voudrait mettre la populace au-dessus du tr\u00f4ne,&lt;br&gt; Puissent-ils \u00eatre damn\u00e9s ensemble&amp;#160;!&lt;br&gt; Qui ne chantera pas \u00ab&amp;#160;Dieu sauve le roi&amp;#160;\u00bb&lt;br&gt; Sera pendu aussi haut que le clocher&amp;#160;;&lt;br&gt; Mais tout en chantant \u00ab&amp;#160;Dieu sauve le roi&amp;#160;\u00bb&lt;br&gt; Nous n&amp;rsquo;oublierons jamais le peuple.&lt;br&gt;&lt;br&gt; (Traduction L\u00e9on de Wailly, 1843)'><sup>8<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Publi\u00e9 quelques mois seulement apr\u00e8s \u00ab&#160;<em>A Man\u2019s a Man&#160;\u00bb, <\/em>ce  texte r\u00e9actionnaire, loyal \u00e0 la couronne de Grande Bretagne et hargneux \u00e0  l\u2019encontre de ceux qui \u00ab&#160;voudraient mettre la populace au-dessus du  tr\u00f4ne&#160;\u00bb n\u2019a pas fini de donner de l\u2019urticaire aux sp\u00e9cialistes de Burns.  Depuis plus de deux cents ans, la pol\u00e9mique fait rage et les  interpr\u00e9tations diverges. Du c\u00f4t\u00e9 conservateur, bien s\u00fbr, on se r\u00e9jouit  d\u2019un po\u00e8me qui semble affirmer la loyaut\u00e9 de Burns au gouvernement  contre-r\u00e9volutionnaire de William Pitt. Certains commentateurs de  droite, comme William Paton Ker, en 1918, s\u2019avancent m\u00eame plus loin et,  relisant l\u2019\u0153uvre de Burns \u00e0 l\u2019aune de son \u00ab&#160;Ode aux Volontaires de  Dumfries&#160;\u00bb, n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 affirmer que Burns, influenc\u00e9 par les  traditions monarchistes et jacobites de l\u2019Ecosse \u00e9tait, en fin de  compte, un grand po\u00e8te <em>tory<\/em>. Du c\u00f4t\u00e9 socialiste, \u00e0 l\u2019inverse,  on souffle le chaud et le froid&#160;: tant\u00f4t l\u2019on crie \u00e0 la trahison et aux  rebuffades du po\u00e8te, tant\u00f4t on cherche \u00e0 l\u2019excuser compte tenu du  contexte r\u00e9pressif des ann\u00e9es 1790. Enfin, du c\u00f4t\u00e9 nationaliste, on  s\u2019effarouche de l\u2019ineptie d\u2019un po\u00e8te qui sut se faire \u00e0 la fois chantre  de William Wallace et pan\u00e9gyriste de la couronne anglaise. De mani\u00e8re  plus subtile, l\u2019universitaire Liam McIlvanney, sp\u00e9cialiste de Burns  explique que le patriotisme britannique de Burns n\u2019entre pas  n\u00e9cessairement en contradiction avec ses opinions avanc\u00e9es. Comme la  majorit\u00e9 des r\u00e9formistes qui gravitent \u00e0 l\u2019\u00e9poque autour du parti <em>whig<\/em>,  Burns s\u2019inspire des id\u00e9aux de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, certes, mais il  ne convertit pas ses r\u00eaves r\u00e9publicains en opposition \u00e0 la couronne  britannique. Au contraire, tout en appelant de ses v\u0153ux une extension du  suffrage et une r\u00e9forme de l\u2019Etat, le barde \u00e9cossais, en bon patriote,  n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 prendre les armes contre une R\u00e9publique fran\u00e7aise dont la  diplomatie est devenue agressive. C\u2019est en tous les cas le sens conf\u00e9r\u00e9  par McIlvanney aux deux derni\u00e8rs vers de son ode&#160;: \u00ab&#160;Mais tout en  chantant \u2018Dieu sauve le roi\u2019 \/ Nous n&rsquo;oublierons jamais le peuple&#160;\u00bb.  Royalisme et loyalisme d\u2019un c\u00f4t\u00e9, r\u00e9formisme et populisme de l\u2019autre&#160;:  le positionnement de Burns, en cette ann\u00e9e 1795 \u2014dix mois apr\u00e8s  l\u2019ex\u00e9cution de Robespierre\u2014 semble refl\u00e9ter la complexit\u00e9 des  d\u00e9veloppements politiques et diplomatique de son temps.<br> <br>Malheureusement,  m\u00eame si l\u2019interpr\u00e9tation de McIlvanney est convaincante, nous manquons  \u2014et manquerons toujours\u2014 de sources concr\u00e8tes pour sonder le c\u0153ur de  Robert Burns \u00e0 cet instant fatidique. En effet, au cours de l\u2019ann\u00e9e  1795, la sant\u00e9 du po\u00e8te se d\u00e9grade rapidement. Endett\u00e9, affaibli par les  rhumatismes dont il eut \u00e0 souffrir durant sa jeunesse et \u00e9reint\u00e9 par  ses longues cavalcades, carnet de percepteur en main, \u00e0 travers la  campagne du Dumfrieshire, le po\u00e8te doit s\u2019aliter en juin 1796. C\u2019est \u00e0  cette \u00e9poque qu\u2019il re\u00e7oit la visite du R\u00e9v\u00e9rend James MacDonald, un  radical, qui, apr\u00e8s un d\u00eener avec le po\u00e8te, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 d\u00e9crire ce  dernier, dans son carnet, comme un \u00ab&#160;r\u00e9publicain inv\u00e9t\u00e9r\u00e9&#160;\u00bb. Burns  aurait-il conserv\u00e9 ses convictions intactes&#160;? On n\u2019en saura pas  davantage, malheureusement, car le po\u00e8te meurt deux mois plus tard, le  16 juillet 1796, d\u2019une inflammation de l\u2019endocarde. Dix jours plus tard,  son corbillard est accompagn\u00e9 par une d\u00e9l\u00e9gation des \u00ab&#160;Volontaires de  Dumfries&#160;\u00bb, dont les trois tirs de vol\u00e9e, mousquet\u00e9s au ciel lors de la  descente du cercueil, planent toujours, comme un soup\u00e7on de poudre et de  myst\u00e8re pour la post\u00e9rit\u00e9.  <\/p>\n\n\n\n<p>Should auld acquaintance be forgot,<br>and never brought to mind&#160;?<br>Should auld acquaintance be forgot,<br>and auld lang syne&#160;?<br><br>For auld lang syne, my jo,<br>for auld lang syne,<br>we&rsquo;ll tak&rsquo; a cup o&rsquo; kindness yet,<br>for auld lang syne.&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-9-54162' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/12\/06\/le-barde-et-la-revolution-francaise-decouvrons-robert-burns-poete-national-ecossais\/#easy-footnote-bottom-9-54162' title='&lt;br&gt;Faut-il nous quitter sans espoir,&lt;br&gt;Sans espoir de retour,&lt;br&gt;Faut-il nous quitter sans espoir&lt;br&gt;De nous revoir un jour&lt;br&gt;&lt;br&gt;Ce n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;un au-revoir, mes fr\u00e8res&lt;br&gt;Ce n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;un au-revoir&lt;br&gt;Oui, nous nous reverrons, mes fr\u00e8res,&lt;br&gt;Ce n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;un au-revoir&lt;br&gt;&lt;br&gt;(Traduction Jacques Sevin, 1920)'><sup>9<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Ainsi r\u00e9sonne le chant d&rsquo;adieu du barde \u00e9cossais.<br><br>Au moment de conclure, une chose demeure certaine&#160;: au grand dam des propagandistes de tout poil, Burns, le po\u00e8te, n&rsquo;\u00e9tait pas un id\u00e9ologue. Il poss\u00e9dait, certes, une bonne culture politique, ainsi qu\u2019une conscience de classe aiguis\u00e9e et de l&rsquo;estime pour les vieilles causes politico-religieuses de l\u2019histoire \u00e9cossaise. Tout cela aurait pu pr\u00e9parer Burns \u00e0 devenir un fervent r\u00e9volutionnaire. Il semblerait qu&rsquo;il ait suivi cette voie jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point. Cependant, le barde ne souhaitait pas se faire martyr. A la fin de sa courte de vie, inquiet de prot\u00e9ger sa famille, effray\u00e9 par la r\u00e9pression et \u00e9cartel\u00e9 entre deux classes sociales \u2014entre la paysannerie ind\u00e9pendante de sa jeunesse et le service confortable de la couronne\u2014 il pr\u00e9f\u00e9ra louvoyer, quitte \u00e0 obscurcir le message qu&rsquo;il l\u00e9gua aux g\u00e9n\u00e9rations futures.<br>\u00a0<br>Ce faisant, il n\u2019en reste pas moins que les \u00e9clairs les plus vifs et les plus passionn\u00e9s jamais lanc\u00e9s par le po\u00e8te continuent d\u2019illuminer les satires subversives de sa jeunesse et les grands hymnes r\u00e9volutionnaires de sa (trop br\u00e8ve) maturit\u00e9. \u00ab&#160;<em>The Twa Dogs<\/em>&#160;\u00bb, \u00ab&#160;<em>Scots wha hae<\/em>&#160;\u00bb, \u00ab&#160;<em>A Man\u2019s a Man<\/em>&#160;\u00bb<em> <\/em>&#160;: ces vers ont b\u00e2ti l\u2019identit\u00e9 d\u2019une nation \u2014l\u2019Ecosse\u2014 et soulev\u00e9 l\u2019imaginaire d\u2019une classe, des dockers de Glasgow aux spartakistes berlinois. Ne serait-ce qu\u2019\u00e0 ce titre \u2014celui de sa muse \u00e9galitaire\u2014 le barde \u00e9cossais m\u00e9rite incontestablement sa place dans le grand panth\u00e9on des auteurs r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>V\u00e9ritable po\u00e8te national \u00e9cossais, Robert Burns demeure pourtant tr\u00e8s largement inconnu en France. 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