{"id":53999,"date":"2019-12-05T00:03:31","date_gmt":"2019-12-04T23:03:31","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=53999"},"modified":"2019-12-05T11:00:20","modified_gmt":"2019-12-05T10:00:20","slug":"comment-la-guerre-sociale-a-ete-declaree-en-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/12\/05\/comment-la-guerre-sociale-a-ete-declaree-en-france\/","title":{"rendered":"Comment la \u00ab guerre sociale \u00bb a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e en France"},"content":{"rendered":"\n
Ce 5 d\u00e9cembre marquera un nouvel acte fort de la tension quasi-continuelle qui existe entre l\u2019actuel gouvernement et le corps social depuis le d\u00e9but du quinquennat. Depuis la d\u00e9cision de r\u00e9duire forfaitairement les allocations logements de 5 euros jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9forme des retraites, le pouvoir est d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 mener sa politique sans \u00e9couter la col\u00e8re et la tension qui montent. La tentative d\u2019acheter les r\u00e9formes avec des baisses d\u2019imp\u00f4ts, qui sont autant de raison de les poursuivre \u00e0 l\u2019avenir, a lamentablement \u00e9chou\u00e9. La paix sociale n\u2019est plus \u00e0 l\u2019ordre du jour. Le pouvoir semble passer d\u2019une col\u00e8re \u00e0 une autre, des Gilets jaunes aux hospitaliers, des retrait\u00e9s aux cheminots, des enseignants aux ouvriers, ne se m\u00e9nageant que de courtes p\u00e9riodes de fausses accalmies. Face \u00e0 ce rejet profond d\u2019une politique de marchandisation, face \u00e0 cette incapacit\u00e9 \u00e0 acheter une adh\u00e9sion du moment et devant le risque d\u2019une \u00ab coagulation \u00bb, l\u2019\u00c9tat n\u2019a plus d\u2019autres r\u00e9ponses que la violence. Une violence qui a atteint un niveau in\u00e9dit depuis des d\u00e9cennies dans ce pays.<\/p>\n\n\n\n
C\u2019est cette situation que tente d\u2019expliquer mon ouvrage La Guerre Sociale en France<\/em>. Il s\u2019agissait de comprendre comment la France avait pu en arriver \u00e0 ce point o\u00f9, sous des formes forc\u00e9ment propres \u00e0 l\u2019\u00e9poque, resurgit un conflit qui n\u2019est autre que celui du capital contre le travail<\/a>, de ceux qui ont gagn\u00e9 dans les mesures prioritaires du gouvernement, de la r\u00e9forme de l\u2019Imp\u00f4t sur la fortune et la \u00ab flat tax <\/em> \u00bb sur les revenus du capital aux r\u00e9formes structurelles du march\u00e9 du travail et de l\u2019assurance-ch\u00f4mage. Ce conflit se caract\u00e9rise par l\u2019imposition d\u2019une version radicalis\u00e9e du paradigme n\u00e9olib\u00e9ral incarn\u00e9 par Emmanuel Macron sur un corps social fran\u00e7ais qui y est fondamentalement r\u00e9ticent. La violence et la mont\u00e9e de l\u2019autoritarisme deviennent alors le produit d\u2019une situation sans issue o\u00f9 les institutions sont incapables de r\u00e9soudre ce conflit.<\/p>\n\n\n\n\n\n La lecture tr\u00e8s pertinente et n\u00e9anmoins critique<\/a> qu\u2019ont faite de l\u2019ouvrage Bruno Amable et Stefano Palombarini dans Le Grand Continent<\/em> m\u2019am\u00e8ne ici \u00e0 pr\u00e9ciser quelques \u00e9l\u00e9ments.<\/p>\n\n\n\n Commen\u00e7ons par la singularit\u00e9 du moment Macron. Il n\u2019est pas question dans mon esprit de parler de \u00ab tournant soudain \u00bb<\/em>. Le livre retrace l\u2019histoire longue des id\u00e9es et des politiques n\u00e9olib\u00e9rales en France. D\u00e8s la naissance de la s\u00e9curit\u00e9 sociale, une partie des \u00e9lites ont engag\u00e9 sa critique et son d\u00e9mant\u00e8lement. Le passage au paritarisme date de 1967 et signe un recul certain par rapport \u00e0 la gestion ouvri\u00e8re engag\u00e9e en 1945. L\u2019histoire \u00e9conomique de la France depuis 1977, et encore plus depuis 1983, est celle d\u2019une s\u00e9rie de r\u00e9formes n\u00e9olib\u00e9rales. Contrairement \u00e0 ce que pr\u00e9tend dans R\u00e9volution<\/em> Emmanuel Macron, la France est alors bien \u00ab entr\u00e9e dans le monde \u00bb, autrement dit elle est bien entr\u00e9e dans le paradigme n\u00e9olib\u00e9ral. Ces r\u00e9formes ont progressivement attaqu\u00e9 le mod\u00e8le social fran\u00e7ais. Mais il faut aussi reconna\u00eetre qu\u2019il y a eu en France une forme de r\u00e9sistance \u00e0 ce mod\u00e8le qui s\u2019est impos\u00e9e \u00e0 des \u00e9lites enti\u00e8rement converties au n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00e0 partir de 1983.<\/p>\n\n\n\n Les \u00ab tentatives vite avort\u00e9es \u00bb de porter atteinte aux domaines de la protection sociale et de la relation d\u2019emplois qu\u2019\u00e9voquent Bruno Amable et Stefano Palombarini, montrent qu\u2019il y a l\u00e0 un chemin fran\u00e7ais particulier qui a amen\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment le candidat Macron \u00e0 caricaturer la France comme \u00e9tant \u00ab hors du monde \u00bb<\/em>. Cette particularit\u00e9 fran\u00e7aise \u00e9tait que les r\u00e9formes devaient \u00eatre limit\u00e9es \u00e0 certains domaines (dont la finance o\u00f9 la France a \u00e9t\u00e9 pionni\u00e8re) ou bien conduire \u00e0 des compensations dans le domaine social pour limiter les effets naturels du n\u00e9olib\u00e9ralisme (le RMI, l\u2019assurance-ch\u00f4mage ou les 35 heures en sont quelques-uns). Ceux qui d\u00e9cidaient de passer en force et d\u2019ignorer cette r\u00e9sistance \u00e9taient rappel\u00e9s \u00e0 la raison par la rue (1986, 1994 et 1995) ou par les urnes (Jacques Chirac en 1986, \u00c9douard Balladur en 1995 et, plus tard, Nicolas Sarkozy ou Fran\u00e7ois Hollande en ont fait l\u2019exp\u00e9rience). C\u2019est ainsi que la France a \u00e9vit\u00e9 un \u00ab big bang \u00bb similaire \u00e0 celui des ann\u00e9es 1980 dans les pays anglophones, des pays scandinaves dans les ann\u00e9es 1990 ou en Allemagne au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000.<\/p>\n\n\n\n\n\n Cette politique a bien s\u00fbr n\u00e9anmoins affaibli le mod\u00e8le social fran\u00e7ais. La France, tout en r\u00e9sistant mieux que nombre d\u2019autres pays avanc\u00e9s en mati\u00e8re d\u2019in\u00e9galit\u00e9s, a connu une agitation sociale qui traduit le rejet profond du caract\u00e8re profond\u00e9ment in\u00e9galitaire et favorable au capital du n\u00e9olib\u00e9ralisme. D\u00e8s lors, il n\u2019y avait que deux options pour les dirigeants fran\u00e7ais : ou le passage en force, au risque de la violence, ou la d\u00e9finition d\u2019une voie originale dans le n\u00e9olib\u00e9ralisme dans le tradition d\u2019un mod\u00e8le hybride qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 celui de la France sous le paradigme keyn\u00e9sien-fordiste.<\/p>\n\n\n\n La th\u00e8se que je d\u00e9fends est que, \u00e0 partir de 2010 et plus ouvertement encore \u00e0 partir de 2017, la premi\u00e8re solution pr\u00e9vaut progressivement sur la seconde. Mais ce n\u2019est certes pas le passage brutal de la lumi\u00e8re \u00e0 l\u2019ombre, c\u2019est un abandon progressif de l\u2019id\u00e9e qu\u2019il faut d\u00e9finir un \u00ab n\u00e9olib\u00e9ralisme acceptable \u00bb. Cette forme avait aussi des aspects de violence sociale \u00e9vidente et que je suis loin de nier, rappelant l\u2019effet des d\u00e9localisations et de la financiarisation sur l\u2019\u00e9conomie et la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Mais elle avait n\u00e9anmoins l\u2019avantage de pr\u00e9server, notamment dans le domaine des relations d\u2019emplois, mais aussi par la persistance de certains statuts, une forme de r\u00e9sistance \u00e0 la marchandisation de la soci\u00e9t\u00e9. R\u00e9sistance limit\u00e9e, mais r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n Emmanuel Macron n\u2019est donc pas original en \u00e9tant n\u00e9olib\u00e9ral, toutes les \u00e9lites fran\u00e7aises qui ont du pouvoir le sont depuis quatre d\u00e9cennies. Mais il l\u2019est en \u00e9tant pr\u00eat \u00e0 tenter la guerre sociale pour imposer les formes les plus violentes de marchandisation de la vie quotidienne et de comp\u00e9tition entre les individus. Ce sont donc les moyens mis \u00e0 disposition du projet n\u00e9olib\u00e9ral qui changent. De ce point de vue, je continue \u00e0 penser qu\u2019une acc\u00e9l\u00e9ration a lieu \u00e0 partir de 2010 et encore plus apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2017. Et que la situation de gu\u00e9rilla constante d\u00e9crite ci-dessous est le produit de cette radicalisation.<\/p>\n\n\n\n Cela am\u00e8ne \u00e0 une deuxi\u00e8me critique centrale de Bruno Amable et Stefano Palombarini : celle d\u2019une \u00ab neutralit\u00e9 \u00bb pass\u00e9e de l\u2019\u00c9tat qui laisserait place \u00e0 un \u00c9tat n\u00e9olib\u00e9ral. Je reconnais que le terme de \u00ab neutralit\u00e9 \u00bb est sans doute malheureux \u00e0 certains \u00e9gards dans la mesure o\u00f9 il laisse entendre un \u00c9tat qui resterait \u00e0 \u00e9gale distance des deux p\u00f4les du capitalisme, le capital et le travail. Les deux auteurs ont raison de souligner qu\u2019il n\u2019en est jamais ainsi. Mais mon id\u00e9e, sans doute mal formul\u00e9e, \u00e9tait celle-ci : dans le mod\u00e8le fran\u00e7ais hybride, l\u2019\u00c9tat joue un r\u00f4le de faiseur d\u2019\u00e9quilibre. Il n\u2019est jamais franchement avec le capital, ni franchement avec le travail. Il agit toujours en fonction des besoins du capitalisme du temps, en tentant de maintenir une forme de compromis.<\/p>\n\n\n\n Pendant le moment \u00ab keyn\u00e9sien-fordiste \u00bb, l\u2019\u00c9tat fait jouer des m\u00e9canismes de redistribution dont le capitalisme d\u2019alors a besoin. Mais il sait aussi r\u00e9primer les r\u00e9voltes du monde du travail pour maintenir ce mod\u00e8le hybride. La r\u00e9pression f\u00e9roce des mouvements anti-capitalistes des ann\u00e9es 1960 et 1970 s\u2019explique ainsi. Mais le balancier doit \u00eatre maintenu. En 1953, l\u2019\u00c9tat renonce \u00e0 une r\u00e9forme des r\u00e9gimes sp\u00e9ciaux de retraite (d\u00e9j\u00e0) alors qu\u2019une longue gr\u00e8ve a pourtant \u00e9chou\u00e9. En 1963, il favorise un compromis dans la gr\u00e8ve des mineurs. Les exemples sont nombreux et montrent que l\u2019\u00c9tat ailleurs, s\u2019il a une tendance \u00e0 la d\u00e9construction du mod\u00e8le que je souligne d\u2019ailleurs dans le livre, ne m\u00e8ne pas une guerre ouverte contre le monde du travail comme avant lui l\u2019\u00c9tat du XIXe<\/sup> si\u00e8cle et comme le fait aujourd\u2019hui l\u2019\u00c9tat d\u2019Emmanuel Macron.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s le basculement des ann\u00e9es 1970, l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais construit ce mod\u00e8le hybride diff\u00e9remment, il impose les r\u00e9formes favorables au capital dont le capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral a besoin. Mais l\u00e0 encore, comme on l\u2019a vu, il construit des \u00e9quilibres, sans doute davantage sous la pression. Certes, comme le rappellent les deux auteurs, l\u2019organisation du monde du travail a chang\u00e9. Mais c\u2019est oublier qu\u2019il est encore capable de fortes mobilisations, comme en 1986, 1995 ou 2003. Au reste, comme Fran\u00e7ois Fillon l\u2019a soulign\u00e9 r\u00e9cemment en Suisse, sa \u00ab fiert\u00e9 \u00bb n\u00e9olib\u00e9rale est bien d\u2019avoir ignor\u00e9 en 2010 une tr\u00e8s forte mobilisation contre sa r\u00e9forme des retraites. Au plus fort du mois d\u2019octobre, on compte plusieurs millions de manifestants dans la rue. Une mobilisation qui aurait fait r\u00eaver la CGT des ann\u00e9es 1960, \u00e0 coup s\u00fbr. En r\u00e9alit\u00e9, la France est toujours capable de r\u00e9agir. Mais l\u2019\u00c9tat choisit de plus en plus l\u2019\u00e9preuve de force.<\/p>\n\n\n\n L\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais prend donc des formes de plus en plus n\u00e9olib\u00e9rales \u00e0 mesure qu\u2019il refuse tout compromis. La quinquennat actuel est l\u2019aboutissement de ce ph\u00e9nom\u00e8ne et c\u2019est bien pour cela qu\u2019on arrive \u00e0 ce qui appara\u00eet comme un paradoxe mais n\u2019en est pas un : la r\u00e9forme n\u00e9olib\u00e9rale des retraites par excellence, celle qui permet de g\u00e9rer par les co\u00fbts l\u2019assurance-vieillesse passe par une \u00e9tatisation du syst\u00e8me, comme cela avait \u00e9t\u00e9 le cas pour l\u2019assurance-ch\u00f4mage.<\/p>\n\n\n\n Le changement de nature de l\u2019\u00c9tat est ici \u00e9vident. Il est de ce point de vue frappant de constater que la Constitution de la Ve<\/sup> r\u00e9publique, une des plus potentiellement autoritaires des pays occidentaux, aurait pu imposer avec facilit\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es 1980 un tournant n\u00e9olib\u00e9ral brutal et global. Pourtant, la France est all\u00e9e moins loin que d\u2019autres pays. Ce n\u2019est que depuis Nicolas Sarkozy, et encore plus avec Manuel Valls puis Emmanuel Macron, que la puissance publique utilise tout ce potentiel pour imposer les r\u00e9formes les plus brutales du n\u00e9olib\u00e9ralisme.<\/p>\n\n\n\n En termes de luttes de classes, on passe d\u2019institutions tentant, avec plus ou moins de succ\u00e8s et de volont\u00e9, de construire l\u2019apaisement entre les classes \u00e0 un \u00c9tat construisant un rapport de force en faveur du capital contre le travail. Il revient ainsi \u00e0 cet \u00c9tat brutal du XIXe<\/sup> si\u00e8cle fran\u00e7ais. Ce changement est, l\u00e0 encore, progressif. Et la diff\u00e9rence aujourd\u2019hui n\u2019est pas qu\u2019il se poursuit, mais qu\u2019il s\u2019acc\u00e9l\u00e8re et s\u2019assume. Comme \u00e0 chaque fois que le n\u00e9olib\u00e9ralisme entre dans le rapport de force, il a besoin d\u2019une victoire d\u00e9cisive sur le mouvement social, il cherche donc l\u2019affrontement, la \u00ab guerre sociale \u00bb, en esp\u00e9rant une victoire d\u00e9cisive qui lui permettra de remporter la bataille culturelle, qui est le c\u0153ur de son combat. C\u2019est dans ce moment qu\u2019est la France.<\/p>\n\n\n\n Ces discussions sont passionnantes sur le plan historique, mais elles ne doivent pas cacher la convergence de mon analyse avec celle des deux auteurs : le pays est d\u00e9sormais confront\u00e9 \u00e0 une politique violente et tr\u00e8s largement \u00e0 contre-courant de l\u2019\u00e9volution du moment. Le n\u00e9olib\u00e9ralisme est d\u00e9sormais incapable de r\u00e9pondre aux d\u00e9fis de notre temps : \u00e9cologique, social et d\u00e9mocratique. Le projet d\u2019Emmanuel Macron est celui d\u2019un capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral en bout de course. Il est le spasme d\u2019un paradigme aux abois. C\u2019est aussi pourquoi sa violence est d\u00e9cupl\u00e9e. Elle doit cacher cette faiblesse fondamentale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Retour sur les singularit\u00e9s du \u00ab moment Macron \u00bb dans le cadre de la voie fran\u00e7aise vers le n\u00e9olib\u00e9ralisme. Ce sont ces singularit\u00e9s qui expliquent la violence actuelle du pouvoir.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":54004,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-reviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1731],"tags":[],"geo":[],"class_list":["post-53999","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-politique","staff-romaric-godin"],"acf":[],"yoast_head":"\n
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