{"id":53977,"date":"2019-12-05T23:17:34","date_gmt":"2019-12-05T22:17:34","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=53977"},"modified":"2020-01-11T11:35:29","modified_gmt":"2020-01-11T10:35:29","slug":"lenergie-hongroise-integration-europeenne-dependance-russe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/12\/05\/lenergie-hongroise-integration-europeenne-dependance-russe\/","title":{"rendered":"L’\u00e9nergie hongroise : int\u00e9gration europ\u00e9enne, d\u00e9pendance russe"},"content":{"rendered":"\n
L\u2019\u00e9nergie est un domaine des plus complexes pour l\u2019Union europ\u00e9enne. En effet, si celle-ci s\u2019immisce de plus en plus dans les orientations des \u00c9tats comme la transition \u00e9nerg\u00e9tique, l\u2019Union n\u2019acquerra probablement jamais de comp\u00e9tences concr\u00e8tes dans la d\u00e9finition, tr\u00e8s strat\u00e9gique, des mix \u00e9nerg\u00e9tiques au niveau national <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. N\u00e9anmoins, les institutions europ\u00e9ennes d\u00e9veloppent depuis deux d\u00e9cennies une politique \u00e9nerg\u00e9tique sinon autonome, du moins structurant les actions nationales. Les \u00c9tats se trouvent donc encadr\u00e9s par une action europ\u00e9enne de plus en plus pr\u00e9gnante, en r\u00e9alit\u00e9 difficilement acceptable pour de nombreux pays europ\u00e9ens, surtout en Europe centrale. La Hongrie est de ceux-l\u00e0. Membre de l\u2019Union europ\u00e9enne depuis 2004, elle a d\u00e9velopp\u00e9 au cours de son histoire un mix \u00e9nerg\u00e9tique singulier, marqu\u00e9 par l\u2019importance du nucl\u00e9aire et la relative faiblesse du charbon, tout en partageant des probl\u00e9matiques communes \u00e0 la r\u00e9gion, telles que la d\u00e9pendance au gaz russe et le d\u00e9veloppement progressif des \u00e9nergies renouvelables.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 la lumi\u00e8re de ces param\u00e8tres, comment l\u2019histoire et la politique \u00e9nerg\u00e9tique de la Hongrie ont-elles pu mener \u00e0 la situation actuelle, celle d\u2019un pays \u00e0 la charni\u00e8re entre l\u2019Europe occidentale et l\u2019Europe orientale, subissant de multiples d\u00e9pendances \u00e9nerg\u00e9tiques \u00e0 l\u2019impact \u00e9minemment politique ? Quel r\u00f4le peut ainsi jouer Budapest dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019une politique \u00e9nerg\u00e9tique coh\u00e9rente \u00e0 l\u2019\u00e9chelle centre-europ\u00e9enne comme \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Union tout enti\u00e8re ?<\/p>\n\n\n\n D\u00e9mocratie populaire dans le glacis sovi\u00e9tique de 1948 \u00e0 1990, la Hongrie a vu ses flux \u00e9conomiques et \u00e9nerg\u00e9tiques r\u00e9organis\u00e9s pour favoriser une forte d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019URSS. Le Conseil d\u2019assistance \u00e9conomique mutuelle <\/em>(CAEM) <\/em>cr\u00e9\u00e9 en 1949 fut le principal outil de cette d\u00e9pendance \u00e9conomique et in fine <\/em>politique. M\u00eame si le CAEM fut pens\u00e9 comme la \u00ab version orientale \u00bb de l\u2019Organisation europ\u00e9enne de coop\u00e9ration \u00e9conomique (OECE) et favorisa d\u2019une certaine mani\u00e8re l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique des d\u00e9mocraties populaires participantes, cette int\u00e9gration fut fortement d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e en faveur de l\u2019URSS, au point de parler \u00e0 l\u2019\u00e9poque de \u00ab colonisation sovi\u00e9tique de l\u2019Europe de l\u2019Est \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Puisque l\u2019\u00e9conomie planifi\u00e9e socialiste reposait principalement sur l\u2019industrie lourde, la consommation \u00e9nerg\u00e9tique avait un r\u00f4le absolument fondamental dans l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique. M\u00eame si celle-ci ne s’exprima qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 1960, la d\u00e9pendance des pays d\u2019Europe centrale et balkanique vis-\u00e0-vis des ressources \u00e9nerg\u00e9tiques sovi\u00e9tiques \u00e9tait donc manifeste, quoique diff\u00e9rente selon les pays <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Une d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique de plus en plus profonde<\/em><\/p>\n\n\n\n La r\u00e9publique populaire de Hongrie \u00e9tait d\u00e9pendante \u00e9nerg\u00e9tiquement \u00e0 plusieurs titres pendant la p\u00e9riode communiste, quoique pas imm\u00e9diatement apr\u00e8s la Seconde guerre mondiale <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En 1945, la Hongrie du g\u00e9n\u00e9ral Miklos Horthy, alli\u00e9 des nazis, fut ainsi consid\u00e9r\u00e9e comme un pays vaincu et dut ainsi payer de lourdes r\u00e9parations \u00e0 l\u2019Union sovi\u00e9tique <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Concernant les ressources \u00e9nerg\u00e9tiques, pr\u00e8s de 172 000 tonnes de p\u00e9trole furent exp\u00e9di\u00e9es vers l\u2019URSS entre 1945 et 1947 ; les chiffres officiels sovi\u00e9tiques montrent que Moscou \u00e9tait importateur net de p\u00e9trole hongrois jusqu\u2019en 1953 <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ainsi, dans une p\u00e9riode que l\u2019on qualifia \u00ab d\u2019autarcie \u00e9nerg\u00e9tique \u00bb (1945-1960) o\u00f9 chaque pays du bloc communiste devait d\u00e9velopper ses propres r\u00e9serves \u00e9nerg\u00e9tiques, des transferts de ressources eurent bien lieu vers l\u2019URSS <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>, aussi bien chez les pays dits \u00ab vaincus \u00bb comme la Hongrie ou la Roumanie que dans les autres d\u00e9mocraties populaires comme la Pologne, qui dut exporter des quantit\u00e9s consid\u00e9rables de charbon, ou bien la R\u00e9publique d\u00e9mocratique allemande (RDA) qui \u00ab loua \u00bb des mines d\u2019uranium \u00e0 l\u2019URSS dans le massif de l’Erz (Erzgebirge) <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ce n\u2019est donc pas une d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique d\u2019un point de vue comptable qui s\u2019est exerc\u00e9e de prime abord, mais une mainmise plus insidieuse, exprim\u00e9e notamment par la cr\u00e9ation de soci\u00e9t\u00e9s mixtes hungaro-sovi\u00e9tiques encadrant l\u2019extraction du p\u00e9trole et de l\u2019uranium hongrois.<\/p>\n\n\n\n Ce n\u2019est pas une d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique d\u2019un point de vue comptable qui s\u2019est exerc\u00e9e de prime abord, mais une mainmise plus insidieuse, exprim\u00e9e notamment par la cr\u00e9ation de soci\u00e9t\u00e9s mixtes hungaro-sovi\u00e9tiques encadrant l\u2019extraction du p\u00e9trole et de l\u2019uranium hongrois.<\/p>Th\u00e9o Boucart<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cette situation ambigu\u00eb ne fit que pr\u00e9parer le terrain \u00e0 une d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique bien plus explicite \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960. Les autorit\u00e9s sovi\u00e9tiques puis est-europ\u00e9ennes d\u00e9cid\u00e8rent alors d\u2019axer la production sur les hydrocarbures extraits en Sib\u00e9rie au d\u00e9triment du charbon, ce qui priva la Pologne, la Tch\u00e9coslovaquie et la RDA d\u2019une pr\u00e9cieuse manne financi\u00e8re domestique <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Malgr\u00e9 ses ressources p\u00e9troli\u00e8res (surtout concentr\u00e9es \u00e0 l\u2019Est de la plaine pannonienne, \u00e0 la fronti\u00e8re avec la Roumanie), la Hongrie ne pouvait pas subvenir totalement \u00e0 ses besoins \u00e9nerg\u00e9tiques croissants, provoqu\u00e9s par la pr\u00e9valence de l\u2019industrie lourde et le mod\u00e8le de planification quinquennale. Le pays commen\u00e7a ainsi \u00e0 importer des hydrocarbures depuis la Russie sovi\u00e9tique, seul pays du bloc de l\u2019Est \u00e0 afficher des exc\u00e9dents \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960. D\u00e8s 1962, le r\u00e9seau \u00e9nerg\u00e9tique hongrois fut connect\u00e9 \u00e0 l\u2019ol\u00e9oduc sovi\u00e9tique Droujba<\/em> <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La Hongrie couvrait encore 82 % de ses besoins en p\u00e9trole en 1960, contre \u00e0 peine 52 % en 1980. Dans le m\u00eame temps, l\u2019URSS passait de l\u2019autosuffisance (100 %) \u00e0 un confortable exc\u00e9dent (130 %). Tous les pays europ\u00e9ens sous la domination de Moscou \u00e9taient concern\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n\n\n Le p\u00e9trole ne fut n\u00e9anmoins pas la seule \u00e9nergie de plus en plus import\u00e9e par Budapest. Le gaz naturel et l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire furent \u00e9galement concern\u00e9s. Apparue seulement dans les ann\u00e9es 1970, la d\u00e9pendance au gaz naturel continua de cro\u00eetre les ann\u00e9es suivantes. En 1975, la Hongrie n\u2019\u00e9tait d\u00e9pendante de l\u2019ext\u00e9rieur que de 13,5 %, contre 42,5 % en 1980. L\u2019influence de l\u2019URSS sur la consommation hongroise de gaz fut d\u2019autant plus importante qu\u2019elle concernait, en plus des volumes de gaz, les trac\u00e9s des gazoducs. La construction du gazoduc Soyouz, <\/em>\u00e0 partir de 1967, contournait la Hongrie par le Nord, via Oujgorod. Quant au deuxi\u00e8me gazoduc Yamal, <\/em>celui-ci passait encore plus au Nord, en Pologne. Cette \u00ab exclusion \u00e9nerg\u00e9tique \u00bb fut peut-\u00eatre l\u2019une des cons\u00e9quences g\u00e9opolitiques de la r\u00e9volution hongroise de 1956. Concernant le nucl\u00e9aire, la Hongrie prit un chemin diff\u00e9rent de ses voisins en entreprenant d\u00e8s les ann\u00e9es 1970 la construction de centrales, l\u00e0 encore sous la d\u00e9pendance des Sovi\u00e9tiques <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La centrale nucl\u00e9aire de Paks, construite entre 1967 et 1987 dans le centre du pays, est la seule en activit\u00e9 en Hongrie. Cette centrale, qui produit encore 35 \u00e0 40 % de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 nationale, poss\u00e8de quatre r\u00e9acteurs de type VVER, une technologie sovi\u00e9tique <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n La r\u00e9percussion en 1975 du choc p\u00e9trolier de 1973 par l\u2019URSS (en augmentant les prix des hydrocarbures) eut pour effet une baisse des livraisons d\u2019hydrocarbures et des tentatives d\u2019\u00e9conomie d\u2019\u00e9nergie (qui connurent un \u00e9chec relatif) <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Pour autant, l\u2019Europe centrale resta tr\u00e8s d\u00e9pendante du \u00ab grand fr\u00e8re \u00bb sovi\u00e9tique jusqu\u2019\u00e0 sa dislocation. Aussi bien les r\u00e9seaux d\u2019hydrocarbures que les infrastructures \u00e9taient con\u00e7us pour permettre \u00e0 Moscou d\u2019exercer la plus grande influence possible sur les pays du CAEM. La Hongrie \u00e9tait qui plus est handicap\u00e9e par deux facteurs endog\u00e8nes : les faibles ressources en charbon et la politique de planification sovi\u00e9tique, qui la priva de la capacit\u00e9 de faire transiter les hydrocarbures sovi\u00e9tiques.<\/p>\n\n\n\n L\u2019ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique : un objectif second<\/em><\/p>\n\n\n\n Pourtant, l\u2019effondrement du bloc communiste \u00e0 partir de 1989 et 1990 puis la disparition de l\u2019Union sovi\u00e9tique en d\u00e9cembre 1991 ne changea pas fondamentalement la situation. La Hongrie, d\u00e9mocratique \u00e0 partir de 1990, tenta bien de r\u00e9orienter son approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique vers l\u2019Europe occidentale <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span> via le gazoduc austro-hongrois mais ne sembla pas accorder autant d\u2019importance que la Pologne ou la R\u00e9publique Tch\u00e8que \u00e0 la r\u00e9forme profonde de son syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique et prit conscience assez tardivement dans les ann\u00e9es 1990 de l\u2019importance des choix de politique \u00e9nerg\u00e9tique. Les premiers gouvernements de droite sous J\u00f3zsef Antall et P\u00e9ter Boross consid\u00e9r\u00e8rent la question \u00e9nerg\u00e9tique comme secondaire <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>, d\u2019autant que les politiques de restructuration firent sensiblement baisser le PIB, la part de l\u2019industrie lourde dans la richesse nationale, et donc la demande en \u00e9nergie.<\/p>\n\n\n\n Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, avec le retour de la croissance et l\u2019importance de l’\u00ab \u00e9nergie \u00e0 bas co\u00fbt \u00bb que la demande, particuli\u00e8rement en gaz naturel, repartit nettement \u00e0 la hausse. Des consid\u00e9rations \u00e9conomiques l\u2019emport\u00e8rent sur la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et la part du gaz naturel atteignit dans les ann\u00e9es 2000 entre 40 et 45 % du mix \u00e9nerg\u00e9tique national, 85 % du gaz venant de Russie. Cette d\u00e9pendance historique au gaz russe se doubla d\u2019une d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019Ukraine en tant que pays de transit. La p\u00e9riode fut \u00e9galement marqu\u00e9e par une privatisation drastique de l\u2019industrie \u00e9nerg\u00e9tique <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>, notamment sous le gouvernement socialiste de Gyula Horn entre 1994 et 1998, dont la compagnie nationale de p\u00e9trole et de gaz MOL <\/em>(Magyar Olaj \u00e9s Gazipari<\/em>) <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/em>L\u2019objectif de ce mouvement de privatisation fut d\u2019enrayer le d\u00e9ficit budg\u00e9taire abyssal de la fin de la d\u00e9cennie mais eut pour corollaire l\u2019affaiblissement du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat dans la d\u00e9finition d\u2019une politique \u00e9nerg\u00e9tique coh\u00e9rente, \u00e0 l\u2019inverse de pays voisins comme l\u2019Autriche ou la Pologne. Une vague de renationalisations fut d\u00e9cid\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010 par le FIDESZ, en r\u00e9action \u00e0 cet \u00e9tat de fait <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n L\u2019histoire \u00e9nerg\u00e9tique de la Hongrie est celle d\u2019un pays profond\u00e9ment influenc\u00e9 par l\u2019h\u00e9ritage sovi\u00e9tique, toutes sources d\u2019\u00e9nergie confondues, qui tenta progressivement d\u2019europ\u00e9aniser sa politique \u00e9nerg\u00e9tique dans les ann\u00e9es 1990, avec toutefois moins de vigueur que ses voisins d\u2019Europe centrale.<\/p>Th\u00e9o Boucart<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Ainsi l\u2019histoire \u00e9nerg\u00e9tique de la Hongrie est-elle celle d\u2019un pays profond\u00e9ment influenc\u00e9 par l\u2019h\u00e9ritage sovi\u00e9tique, toutes sources d\u2019\u00e9nergie confondues, qui tenta progressivement d\u2019europ\u00e9aniser sa politique \u00e9nerg\u00e9tique dans les ann\u00e9es 1990, avec toutefois moins de vigueur que ses voisins d\u2019Europe centrale. La d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique du pays a m\u00eame augment\u00e9 depuis la chute du bloc communiste, m\u00eame s\u2019il s\u2019agit d\u2019une tendance partag\u00e9e dans l\u2019Union europ\u00e9enne. Quelles traces ce legs historique laisse-t-il aujourd\u2019hui, alors que la politique \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne est en train de se fa\u00e7onner, en particulier dans la transition \u00e9nerg\u00e9tique et la lutte contre le changement climatique ?<\/p>\n\n\n\n L\u2019entr\u00e9e de la Hongrie dans l\u2019Union europ\u00e9enne en 2004 intervint dans un contexte tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui des ann\u00e9es 1990 : le choc p\u00e9trolier de 2003 <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span> avait pr\u00e9cipit\u00e9 la hausse consid\u00e9rable du prix du gaz, index\u00e9 sur celui du p\u00e9trole <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les crises du gaz que subirent l\u2019Ukraine et la Bi\u00e9lorussie \u00e0 partir de 2006 marqu\u00e8rent un tournant dans les esprits des politiciens hongrois, comme dans bon nombre d\u2019esprits europ\u00e9ens : non seulement le gaz n\u2019\u00e9tait plus bon march\u00e9, mais l\u2019approvisionnement devenait incertain. La priorit\u00e9 se d\u00e9pla\u00e7a vers les enjeux de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, tant par la diversification des sources d\u2019approvisionnement que des voies de transit. L\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale et europ\u00e9enne fut une premi\u00e8re occasion de multiplier les routes gazi\u00e8res <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La Hongrie et ses voisins d\u2019Europe centrale d\u00e9velopp\u00e8rent en premier lieu l\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale des march\u00e9s gaziers apr\u00e8s le choc p\u00e9trolier de 2003 (m\u00eame si la premi\u00e8re int\u00e9gration \u00e9nerg\u00e9tique en Europe centrale concerna l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 : les pays du CAEM furent li\u00e9s entre eux d\u00e8s 1959 par l\u2019interconnexion \u00e9nerg\u00e9tique Mir<\/em>) <\/span>22<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ces premi\u00e8res initiatives pr\u00e9figur\u00e8rent la cr\u00e9ation en 2015 du Central and South Eastern Europe energy connectivity (CESEC), <\/em>un groupe de travail regroupant la Hongrie et ses voisins pour acc\u00e9l\u00e9rer l\u2019int\u00e9gration des march\u00e9s gaziers et \u00e9lectriques <\/span>23<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La Hongrie d\u00e9veloppa \u00e9galement d\u00e8s 2006 des capacit\u00e9s de stockage qui s\u2019av\u00e9r\u00e8rent strat\u00e9giques en 2009 durant la seconde crise d\u2019approvisionnement en gaz entre la Russie et l\u2019Ukraine : Budapest put non seulement assurer son approvisionnement durant l\u2019hiver, mais fut \u00e9galement capable d\u2019exporter du gaz vers les Balkans occidentaux, en extr\u00eame difficult\u00e9 <\/span>24<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Nabucco vs. South Stream<\/em><\/p>\n\n\n\n La diversification des sources d\u2019hydrocarbures se joua \u00e9galement au niveau europ\u00e9en avec le lancement du projet de gazoduc Nabucco, <\/em>soutenu par la Commission europ\u00e9enne et <\/em>cens\u00e9 acheminer du gaz extrait en Asie centrale et dans la r\u00e9gion de la mer Caspienne vers l\u2019Europe occidentale. La Hongrie aurait \u00e9t\u00e9 l\u2019un des principaux b\u00e9n\u00e9ficiaires de ce projet, puisque pr\u00e8s de 400 kms de gazoducs devaient transiter par son territoire. N\u00e9anmoins, le milieu des ann\u00e9es 2000 fut \u00e9galement marqu\u00e9 par le \u00ab contre-projet \u00bb russe de South Stream, <\/em>un gazoduc devant relier la Russie \u00e0 l\u2019Europe, via la Bulgarie, la Serbie et la Hongrie en contournant l\u2019Ukraine, rem\u00e9diant donc aux yeux de l\u2019UE \u00e0 la menace d\u2019une rupture d\u2019approvisionnement en cas d\u2019un nouvel \u00e9pisode de crise bilat\u00e9rale. Le d\u00e9bat \u00e9nerg\u00e9tique se politisa alors consid\u00e9rablement, symbolis\u00e9 par l\u2019opposition entre les projets Nabucco <\/em>et South Stream<\/em> <\/span>25<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Cet intense d\u00e9bat fut en quelque sorte la premi\u00e8re manifestation claire du dilemme \u00e9nerg\u00e9tique de la Hongrie, entre europ\u00e9anisation de la politique \u00e9nerg\u00e9tique nationale et d\u00e9pendance aux abondantes ressources russes. Tandis que le gouvernement socialiste de Ferenc Gyurcs\u00e1ny (2004-2009) pencha plut\u00f4t vers South Stream, <\/em>l\u2019opposition conservatrice du Fidesz dirig\u00e9e par Viktor Orb\u00e1n (qui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 premier ministre entre 1998 et 2002) affirma son europhilie de circonstance en soutenant le projet Nabucco. <\/em>D\u00e9bat avant tout guid\u00e9 par des consid\u00e9rations de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, les partis politiques hongrois ne parvenant pas \u00e0 s\u2019accorder sur les moyens de la garantir. Si ces deux projets de gazoducs sont aujourd\u2019hui abandonn\u00e9s, il semblerait que la Russie ait pris un avantage d\u00e9cisif avec la mise en service de Blue Stream <\/em>et de Turkish Stream <\/em>(qui traversera la Hongrie \u00e0 partir de 2021) <\/span>26<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/em><\/p>\n\n\n\n Tandis que le gouvernement socialiste de Ferenc Gyurcs\u00e1ny (2004-2009) pencha plut\u00f4t vers South Stream, <\/em>l\u2019opposition conservatrice du Fidesz dirig\u00e9e par Viktor Orb\u00e1n (qui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 premier ministre entre 1998 et 2002) affirma son europhilie de circonstance en soutenant le projet Nabucco.<\/em><\/p>Th\u00e9o Boucart<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Des objectifs de transition \u00e9nerg\u00e9tique atteints<\/em><\/p>\n\n\n\n Parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019approvisionnement en hydrocarbures, le d\u00e9veloppement de la politique \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne connut une acc\u00e9l\u00e9ration \u00e0 la fin des ann\u00e9es 2000, impuls\u00e9e par deux \u00e9v\u00e9nements : d\u2019une part le vote par les institutions europ\u00e9ennes du Paquet climat-\u00e9nergie 2020, <\/em>fixant d\u2019ici 2020 une part de 20 % de sources d\u2019\u00e9nergies renouvelables dans le mix europ\u00e9en, une augmentation de l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique de 20 % et une baisse de 20 % des gaz \u00e0 effet de serre (GES) par rapport aux niveaux de 1990, et d\u2019autre part la ratification du trait\u00e9 de Lisbonne en d\u00e9cembre 2009 avec l\u2019article 194 TFUE posant les bases formelles d\u2019une politique \u00e9nerg\u00e9tique communautaire.<\/p>\n\n\n\n Le Paquet climat-\u00e9nergie 2020 <\/em>introduisit une innovation majeure, qui ne fut d\u2019ailleurs pas reprise dans le Paquet de 2030 : des objectifs contraignants, aussi bien au niveau europ\u00e9en qu\u2019au niveau national. La Hongrie s\u2019engagea donc \u00e0 porter \u00e0 13 % la part des \u00e9nergies renouvelables dans son mix \u00e9nerg\u00e9tique d\u2019ici 2020. Un objectif atteint d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 2010 (en 2016, cette part atteignait 14.5 %, toutefois en baisse depuis) <\/span>27<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans son plan national en mati\u00e8re d\u2019\u00e9nergie et de climat, la Hongrie porta la part de sa consommation d\u2019\u00e9nergie renouvelable \u00e0 20 % <\/span>28<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La dynamique demeure pourtant incertaine : la part des \u00e9nergies renouvelables d\u00e9cline depuis 2014 et il n\u2019existe pas encore d\u2019industrie hongroise de la transition \u00e9nerg\u00e9tique, la faute \u00e0 un environnement r\u00e9glementaire peu propice aux investissements <\/span>29<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n\n\n Concernant l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, l\u2019autre pilier majeur de la transition \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne, les progr\u00e8s de la Hongrie sont consid\u00e9rables, puisque celle-ci a augment\u00e9 de 30 % entre 2000 et 2015 (et jusqu\u2019\u00e0 40 % dans l\u2019industrie) <\/span>30<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il faut dire que le pays revient de loin : \u00e0 l\u2019instar de toute l\u2019Europe centrale et orientale, son parc immobilier construit durant la p\u00e9riode communiste fait office de v\u00e9ritable passoire \u00e9nerg\u00e9tique. En juin 2015, le vice-pr\u00e9sident de la Commission europ\u00e9enne de l\u2019\u00e9poque en charge de l\u2019union de l\u2019\u00e9nergie, le Slovaque Maro\u0161 \u0160ef\u010dovi\u010d, f\u00e9licita d\u2019ailleurs la Hongrie pour ses efforts <\/span>31<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n La Hongrie est-elle alors le bon \u00e9l\u00e8ve europ\u00e9en ou le partenaire privil\u00e9gi\u00e9 de la Russie ?<\/p>Th\u00e9o Boucart<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La Hongrie est-elle alors le bon \u00e9l\u00e8ve europ\u00e9en ou le partenaire privil\u00e9gi\u00e9 de la Russie ? Si les derni\u00e8res ann\u00e9es montrent clairement un rapprochement entre Budapest et Moscou, la perspective historique met en lumi\u00e8re une situation plus nuanc\u00e9e. Ainsi, les performances du pays dans la transition \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne sont plut\u00f4t honorables, m\u00eame si le d\u00e9veloppement des \u00e9nergies renouvelables y est moins prononc\u00e9 qu\u2019ailleurs. D\u2019autre part, si les conservateurs du Fidesz se pos\u00e8rent longtemps en d\u00e9fenseurs de l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne, Viktor Orb\u00e1n est aujourd\u2019hui un alli\u00e9 inestimable de Vladimir Poutine en Europe centrale et voit l\u2019int\u00e9gration \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne d\u2019un mauvais \u0153il, malgr\u00e9 quelques inflexions r\u00e9centes.<\/p>\n\n\n\n En 2014, la consommation primaire d\u2019\u00e9nergie de la Hongrie \u00e9galait 22.8 MTEP <\/span>32<\/sup><\/a><\/span><\/span> (cf figure 2). La production primaire d\u2019\u00e9nergie (d\u2019une valeur de 10 MTEP) r\u00e9v\u00e9lait les proportions suivantes : 40.3 % de nucl\u00e9aire, 20.4 % d\u2019\u00e9nergies renouvelables, 15.8 % de charbon, 14.3 % de gaz naturel et 5.7 % de p\u00e9trole brut <\/span>33<\/sup><\/a><\/span><\/span>. On voit donc \u00e0 travers ces donn\u00e9es que la part des hydrocarbures reste tr\u00e8s importante, tandis que le charbon est moins essentiel. D\u2019autre part, le nucl\u00e9aire occupe une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 (un cas unique en Europe centrale). Les ann\u00e9es 2000 et 2010 virent \u00e9galement la Hongrie se tailler une place de choix dans la r\u00e9gion, avec de nombreuses OPA effectu\u00e9es par des entreprises nationales dans les pays voisins (comme la Serbie, la Croatie ou la Slovaquie), activement soutenues par le gouvernement de Budapest, conscient de l\u2019importance strat\u00e9gique d\u2019\u00e9tablir une politique \u00e9nerg\u00e9tique nationale <\/span>34<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La position g\u00e9ographique du pays, au carrefour entre Europe occidentale, orientale et balkanique, joua aussi en sa faveur.<\/p>\n\n\n\n\n\n Une position floue et fluctuante<\/em><\/p>\n\n\n\n Comme bon nombre de pays europ\u00e9ens, la Hongrie voit donc avec un certain scepticisme La Hongrie, histoire d\u2019une (multiple) d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nLa singularisation du cas hongrois dans les ann\u00e9es 1990<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
La Hongrie dans la politique \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne : bon \u00e9l\u00e8ve de Bruxelles ou cheval de Troie du Kremlin ?<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n L\u2019Union de l\u2019\u00e9nergie, une \u00ab menace \u00bb pour la Hongrie ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n