{"id":53823,"date":"2019-12-01T21:46:12","date_gmt":"2019-12-01T20:46:12","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=53823"},"modified":"2019-12-02T16:59:21","modified_gmt":"2019-12-02T15:59:21","slug":"boeing-et-airbus-decryptage-et-perspectives-autour-du-moyen-courrier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/12\/01\/boeing-et-airbus-decryptage-et-perspectives-autour-du-moyen-courrier\/","title":{"rendered":"Boeing et Airbus : d\u00e9cryptage et perspectives autour du moyen-courrier"},"content":{"rendered":"\n
Paris. <\/em>Coup historique et in\u00e9dit pour Airbus en cette fin d\u2019ann\u00e9e, le programme A320 a d\u00e9pass\u00e9 son concurrent am\u00e9ricain, le B737 de Boeing. L\u2019avionneur europ\u00e9en comptabilise 15 193 commandes fermes depuis le lancement du programme, contre 15 136 pour Boeing. L\u2019essor du low-cost <\/em>d\u2019une part et l\u2019augmentation du trafic a\u00e9rien d\u2019autre part <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> ont offert de formidables d\u00e9bouch\u00e9s aux deux constructeurs. Les deux appareils moyen-courrier profitent notamment des contraintes sous-jacentes au mod\u00e8le low-cost <\/em>\u2013 compression maximale des co\u00fbts et standardisation des appareils. La recherche d\u2019\u00e9conomies d\u2019\u00e9chelles incite \u00e9galement les compagnies \u00e0 passer des commandes massives, voyant ainsi diminuer le prix unitaire. Dans un contexte d\u2019expansion du march\u00e9 et de stabilit\u00e9 macro\u00e9conomique, la confiance des compagnies dans les \u00e9volutions de la demande vient gonfler les carnets de commandes. Du c\u00f4t\u00e9 des avionneurs, l\u2019intensification de la production par l\u2019am\u00e9lioration des cha\u00eenes de montage et par l\u2019ouverture de nouveaux sites, permet de satisfaire la demande croissante. <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/p>\n\n\n\n\n\n Le secteur a\u00e9rien fait partie des secteurs dits de \u00ab fronti\u00e8re technologique \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les pays industrialis\u00e9 doivent donc, pour des raisons de rayonnement <\/em>international et de place objective dans l\u2019\u00e9conomie, y faire figurer une ou plusieurs firmes. Cet enjeu justifie l\u2019emploi de ressources publiques importantes pour construire puis alimenter les institutions \u2013 universit\u00e9s, laboratoires de recherches, entreprises \u2013 et les acteurs humains \u2013 chercheurs, techniciens, ing\u00e9nieurs \u2013 qui vont participer \u00e0 faire rayonner le pays et in fine <\/em>\u00e0 am\u00e9liorer sa comp\u00e9titivit\u00e9 <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. De plus, le secteur a\u00e9rien est un secteur d\u2019ing\u00e9nieur <\/em>o\u00f9 l\u2019aspect technologique a une place centrale et vectrice de conflits entre une \u201cculture\u201d d\u2019ing\u00e9nieur <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. et les logiques commerciales (Morales & Pezet, 2010) \u2013 nourrie par leurs acteurs et r\u00e9seaux respectifs.<\/p>\n\n\n\n Les deux derniers n\u00e9s de cette concurrence entre les g\u00e9ants europ\u00e9en et am\u00e9ricain sont l\u2019A320neo (pour New Engine Option) et le B737 Max. Airbus avait ouvert les hostilit\u00e9s en 2010 avec le lancement de l\u2019A320neo. Il s\u2019agissait alors de prendre de court Boeing qui, assis sur le succ\u00e8s du 737, commen\u00e7ait \u00e0 plancher sur un avion nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. N\u00e9gociant avec American Airlines \u2013 partenaire historique et national de Boeing \u2013 la livraison de 460 appareils, Airbus allait forcer Boeing \u00e0 changer de strat\u00e9gie, et \u00e0 proposer une version \u00e9conome en carburant et reconfigur\u00e9e du B737 pour r\u00e9pondre \u00e0 la menace \u201cneo\u201d.<\/p>\n\n\n\n Le 29 octobre 2018 le vol 610 Lion Air s\u2019\u00e9crase en mer de Java. Les 189 personnes \u00e0 bord sont tu\u00e9es. Un deuxi\u00e8me accident, le vol 302 d\u2019Ethiopian Airlines s\u2019\u00e9crase dix minutes apr\u00e8s son d\u00e9collage d\u2019Addis-Abeba le 10 mars 2019. Plusieurs pays d\u00e9cident d\u2019interdire les vols de tous les 737 MAX \u2013 derni\u00e8re \u00e9volution plus efficace en carburant et remotoris\u00e9e du 737 lanc\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960 \u2013 et les craintes se propagent rapidement dans les instances de contr\u00f4les mais aussi dans les compagnies. Le 737 Max repr\u00e9sente 86 % du carnet de commande de Boeing, et tire le chiffre d\u2019affaire vers le haut. Il est aussi l\u2019une des facettes de l\u2019image Boeing<\/em>, du savoir faire industriel, du quasi \u00ab sans faute \u00bb am\u00e9ricain depuis un demi-si\u00e8cle. Enfin, il incarne les tensions g\u00e9opolitiques et industrielles entre les Etats-Unis et le Vieux-Continent, sur fond de concurrence technologique, d\u2019espionnage industriel et d\u2019ententes commerciales visant \u00e0 s\u00e9dimenter le duopole.<\/p>\n\n\n\n La situation s\u2019aggrave fin octobre quand sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s des documents potentiellement g\u00eanants, cach\u00e9s aux enqu\u00eateurs pendant plusieurs mois. Boeing aurait-eu connaissance des probl\u00e8mes li\u00e9s au MCAS, le syst\u00e8me anti-d\u00e9crochage soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019\u00eatre impliqu\u00e9 dans le crash <\/em>des deux appareils.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 premi\u00e8re vue les d\u00e9boires de Boeing pourraient appara\u00eetre comme une aubaine pour le g\u00e9ant europ\u00e9en. Les craintes des compagnies sur la fiabilit\u00e9 du 737 et la d\u00e9gradation de l\u2019image de marque de Boeing aupr\u00e8s des consommateurs devraient permettre \u00e0 Airbus d\u2019accro\u00eetre ses commandes, en r\u00e9cup\u00e9rant notamment les annulations de commandes, et distancer son \u00e9ternel concurrent pour pr\u00e9tendre au monopole. Cependant, il n\u2019en est rien, et les raisons de cette crainte d\u2019une latence de reprise de confiance partag\u00e9e par les dirigeants d\u2019Airbus se comprend dans le cadre des fondements technologiques <\/em>de l\u2019industrie a\u00e9ronautique. <\/p>\n\n\n\n En toile de fond, la controverse autour des objectifs de \u201cneutralit\u00e9 carbone\u201d du transport a\u00e9rien, entre 2030 et 2050 selon les estimations plus ou moins optimistes \u2013 et \u00e9mergeant de cercles plus ou moins proches d\u2019int\u00e9r\u00eats industriels. Sur le march\u00e9 du monocouloir \u2013 un march\u00e9 \u00e0 3500 milliards de dollars sur 20 ans \u2013 les deux groupes sont en duopole. De Schumpeter (1912) \u00e0 Jean Tirole (1988), les analyses des situations oligopolistiques ont soulign\u00e9 leurs faiblesses, quelques fois leurs dangers \u2013 rente, frein \u00e0 l\u2019innovation et \u00e0 la croissance \u2013 mais dans d\u2019autres cas leur n\u00e9cessit\u00e9. C\u2019est rapidement notre propos ici : Airbus n\u2019a pas int\u00e9r\u00eat <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u2013 et certainement pas la capacit\u00e9 \u2013 de potentiellement se retrouver \u00e0 court-moyen terme dans une position tr\u00e8s dominante. Premi\u00e8rement la difficult\u00e9 op\u00e9rationnelle de r\u00e9ponse \u00e0 la demande risquerait de contracter le march\u00e9 dans son ensemble. Secondement, si Airbus se retrouvait dans une position de forte croissance et de distanciation face \u00e0 Boeing cela pourrait avoir deux effets particuli\u00e8rement sensibles : <\/p>\n\n\n\n En conclusion, <\/strong>la crise de Boeing interroge la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me \u00e9tabli, et on peut en tracer deux grands traits : <\/p>\n\n\n\n Tandis que le trafic a\u00e9rien conna\u00eet des sommets, les B737 Max de Boeing sont toujours clou\u00e9s au sol, et avec eux la r\u00e9putation et l\u2019avenir de la firme am\u00e9ricaine. Sur fond de g\u00e9opolitique et de concurrence technologique, les r\u00e9alit\u00e9s commerciales sont aussi le fruit d\u2019une pragmatique commune aux deux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019Atlantique.<\/p>\n","protected":false},"author":175,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-briefings.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":0,"_lgc_tts_voice":"","_lgc_tts_publish":false,"_lgc_tts_history_item_id":"","_lgc_tts_generated_at":"","_lgc_tts_status":"","_lgc_tts_error":"","footnotes":""},"categories":[1727],"tags":[],"staff":[2166],"editorial_format":[4942],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-53823","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","staff-marc-antoine-faure","editorial_format-actu-breves","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false,"_thumbnail_id":"","excerpt":"Tandis que le trafic a\u00e9rien conna\u00eet des sommets, les B737 Max de Boeing sont toujours clou\u00e9s au sol, et avec eux la r\u00e9putation et l\u2019avenir de la firme am\u00e9ricaine. 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\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nFronti\u00e8re technologique, enjeux g\u00e9opolitiques<\/strong> <\/h4>\n\n\n\n
B737 Max : suspensions de vol et perspectives<\/strong> <\/h4>\n\n\n\n
Perspectives :<\/h4>\n\n\n\n