{"id":48757,"date":"2019-10-07T14:11:54","date_gmt":"2019-10-07T12:11:54","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=48757"},"modified":"2019-10-07T18:01:01","modified_gmt":"2019-10-07T16:01:01","slug":"colombie-lillusion-du-post-conflit-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/10\/07\/colombie-lillusion-du-post-conflit-2\/","title":{"rendered":"Colombie : l’illusion du post-conflit"},"content":{"rendered":"\n
Il y a trois ans, Ban Ki-Moon \u00e9tait \u00e0 Cartagena de Indias pour assister \u00e0 la signature historique de l’accord de paix entre le gouvernement colombien et les rebelles des Forces arm\u00e9es r\u00e9volutionnaires de Colombie \u2013 Arm\u00e9e populaire (FARC-EP). Cet accord ambitieux repr\u00e9sentait l\u2019opportunit\u00e9 de lutter contre les in\u00e9galit\u00e9s historiques qui gangr\u00e8nent le syst\u00e8me politique et la structure socio-\u00e9conomique du pays. Il facilitait \u00e9galement la conversion de la gu\u00e9rilla en parti politique et promettait d\u2019offrir des r\u00e9parations aux huit millions de victimes <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, ainsi que de faire conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 sur plus d\u2019un demi-si\u00e8cle de conflit. Le Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU se r\u00e9jouissait alors que \u00ab les Colombiens disent adieu \u00e0 des d\u00e9cennies de guerre et envoient un signal brillant d’espoir qui illumine le monde entier \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Pourtant, le 29 ao\u00fbt dernier, d\u2019anciens commandants des FARC ont annonc\u00e9 dans une vid\u00e9o post\u00e9e sur Youtube la reprise des op\u00e9rations de gu\u00e9rilla en r\u00e9ponse \u00e0 la trahison par l’\u00c9tat des accords de paix. Leur porte-parole, Luciano Mar\u00edn \u2013 alias Iv\u00e1n M\u00e1rquez, ex-num\u00e9ro deux des FARC et l\u2019un des principaux n\u00e9gociateurs du pacte de paix \u2013 y d\u00e9clare le commencement de \u00ab la seconde Marquetalia <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> au nom du droit universel des peuples \u00e0 se lever en armes face \u00e0 l\u2019oppression \u00bb. Cette annonce signifie-t-elle la reprise des hostilit\u00e9s en Colombie ? Ou n\u2019est-t-elle que le sympt\u00f4me d\u2019un conflit qui n\u2019a jamais cess\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n \u00ab Cette annonce signifie-t-elle la reprise des hostilit\u00e9s en Colombie ? Ou n\u2019est-t-elle que le sympt\u00f4me d\u2019un conflit qui n\u2019a jamais cess\u00e9 ? \u00bb<\/p>RIWANON GOUEZ<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le concept de \u00ab paix territoriale \u00bb a \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur des n\u00e9gociations de paix entre le gouvernement colombien et la gu\u00e9rilla des FARC. Propos\u00e9 par le Haut Commissaire de la Paix Sergio Jaramillo <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>, il traduit la volont\u00e9 d\u2019instaurer un \u00c9tat de droit dans l\u2019ensemble du pays et d\u2019att\u00e9nuer les profonds clivages socio-\u00e9conomiques qui s\u00e9parent les territoires ruraux des territoires urbains en Colombie. Un tel projet est sous-tendu par le postulat que le d\u00e9sarmement des groupes arm\u00e9s ne constitue pas, \u00e0 lui seul, une mesure de pacification suffisante : la transition vers la paix ne serait possible qu\u2019\u00e0 travers une transformation sociale, politique et \u00e9conomique des r\u00e9gions rurales les plus affect\u00e9es par le conflit. Le projet suppose, entre autres, la mise en place de politiques de lutte contre la pauvret\u00e9 et un renforcement de la pr\u00e9sence \u00e9tatique (quasi nulle dans certains territoires), ainsi qu\u2019un effort accru pour restaurer la confiance des populations de la \u00ab p\u00e9riph\u00e9rie \u00bb dans les institutions publiques.<\/p>\n\n\n\n Or, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, les espoirs suscit\u00e9s par la signature de l\u2019accord de paix ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us. D\u2019abord, parce que les grandes promesses de l\u2019accord aux communaut\u00e9s rurales \u2013 comme la construction de routes ou l\u2019instauration de services d\u2019eau et d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u2013 sont de telle ampleur qu\u2019elles ne pourront \u00eatre accomplies en moins de 10 ans <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les retards dans la mise en \u0153uvre des programmes de d\u00e9veloppement territorial refl\u00e8tent par ailleurs un manque de volont\u00e9 politique, notamment de la part du gouvernement Duque \u00e9lu en juin 2018. Ainsi, le Budget G\u00e9n\u00e9ral de la Nation pour 2019 n\u2019attribue que 2,6 milliards de pesos colombiens (soient 690 000 euros) \u00e0 la mise en \u0153uvre des programmes de paix alors que le Plan Cadre d\u2019Impl\u00e9mentation de l\u2019accord pr\u00e9voyait 8,6 milliards de pesos (2,3 millions d\u2019euros) pour cette ann\u00e9e <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00c0 titre de comparaison, le Budget consacre 33,5 milliards de pesos (8,9 millions d\u2019euros) pour la D\u00e9fense, une diff\u00e9rence \u00e9difiante\u2026<\/p>\n\n\n\n \u00ab Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, les espoirs suscit\u00e9s par la signature de l\u2019accord de paix ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us. \u00bb<\/p>RIWANON GOUEZ<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dans de nombreuses r\u00e9gions de Colombie, en particulier les zones frontali\u00e8res ou les territoires strat\u00e9giques qui accueillent des trafics en tout genre \u2013 drogues, armes, or, \u00e9meraudes, traite des personnes \u2013, la paix promise en 2016 n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019illusoire. La plupart des communaut\u00e9s de ces r\u00e9gions restent abandonn\u00e9es par les pouvoirs publics. Elles sont \u00e0 la merci des groupes ill\u00e9gaux qui n\u2019ont pas tard\u00e9 \u00e0 se disputer le contr\u00f4le des territoires laiss\u00e9s libres suite \u00e0 la d\u00e9mobilisation des combattants des FARC. Actuellement, il est estim\u00e9 que l\u2019Arm\u00e9e de lib\u00e9ration nationale (ELN) est pr\u00e9sente dans 101 municipalit\u00e9s du pays (10 %). Des n\u00e9gociations de paix entre le gouvernement et ce groupe rebelle \u00e9taient en cours depuis 2017, mais elles furent brutalement interrompues par le Pr\u00e9sident Duque \u00e0 la suite de l\u2019attentat de l’ELN contre l\u2019\u00e9cole de police Santander \u00e0 Bogota en janvier dernier. Plusieurs r\u00e9gions sont d\u00e9sormais le th\u00e9\u00e2tre de violents affrontements entre l’ELN et l\u2019arm\u00e9e colombienne, notamment dans le Choc\u00f3, Cauca, ou pr\u00e8s de la fronti\u00e8re v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne. Le principal cartel colombien, le Clan del Golfo<\/em> ou Autodefensas Gaitanistas de Colombia<\/em>, est pr\u00e9sent quant \u00e0 lui dans 250 municipalit\u00e9s (23 %) et contr\u00f4le la moiti\u00e9 de l\u2019exportation ill\u00e9gale de drogues du pays <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le cartel a opt\u00e9 pour une strat\u00e9gie de violences cibl\u00e9es et ses attaques contre les forces publiques sont sporadiques. Par ailleurs, les groupes dissidents des FARC ne cessent de cro\u00eetre et leurs troupes se composent de 2 000 \u00e0 3 000 soldats. Les diff\u00e9rents groupes dissidents sont actuellement pr\u00e9sents dans 85 municipalit\u00e9s, soit 8 % du pays.<\/p>\n\n\n\n La lutte pour le contr\u00f4le des territoires entre ces groupes criminels ainsi que leur volont\u00e9 d\u2019appropriation du budget public perp\u00e9tuent la violence. Les populations civiles en sont les premi\u00e8res victimes et, plus particuli\u00e8rement, ceux qui exercent un quelconque pouvoir organisationnel, communautaire ou politique : leaders sociaux, d\u00e9fenseurs des droits de l\u2019homme ou de l\u2019environnement et candidats politiques. Entre janvier 2016 et mai 2019, environ 700 d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le bon d\u00e9roulement de la campagne politique des \u00e9lections locales d\u2019octobre est mis \u00e0 mal : d\u2019apr\u00e8s le dernier rapport de la Mission d\u2019Observation \u00c9lectorale (MOE), 364 leaders politiques et communautaires ont \u00e9t\u00e9 victimes d\u2019attaques au cours de cette ann\u00e9e, desquels 91 ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Parmi eux, 7 candidats \u00e0 la mairie ou au conseil municipal ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s. La violence politique est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et n\u2019affecte pas de partis politiques en particulier. Elle est cependant fortement concentr\u00e9e g\u00e9ographiquement (15 % des municipalit\u00e9s sont particuli\u00e8rement touch\u00e9es) <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span> et il existe un lien direct entre la violence, les disputes territoriales entre groupes arm\u00e9s et la pr\u00e9sence de ressources qui alimentent les rentes criminelles. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 les institutions du syst\u00e8me de justice transitionnelle s\u2019efforcent de faire la lumi\u00e8re sur les crimes commis pendant le conflit, ces violences se d\u00e9roulent dans la plus grande impunit\u00e9. En effet, dans 77 % des cas de violences politiques recens\u00e9s cette ann\u00e9e, aucune information fiable n\u2019a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e et le coupable n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n \u00ab La violence politique est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et n\u2019affecte pas de partis politiques en particulier. \u00bb<\/p>RIWANON GOUEZ<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La question de la justice est encore aujourd\u2019hui l\u2019un des points les plus controvers\u00e9s de l\u2019accord de paix colombien. L\u2019accord est jug\u00e9 trop laxiste par ses opposants qui l\u2019ont accus\u00e9 de promouvoir l\u2019impunit\u00e9 au nom de la r\u00e9conciliation nationale, en permettant aux ex-FARC de former un parti politique et d\u2019\u00eatre jug\u00e9s dans le cadre du syst\u00e8me de justice transitionnelle. De telles critiques sont \u00e0 l\u2019origine de la victoire du \u00ab non \u00bb lors du pl\u00e9biscite pour l\u2019accord de paix d\u2019octobre 2016.<\/p>\n\n\n\n L\u2019actuel pr\u00e9sident Iv\u00e1n Duque a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu \u00e0 la t\u00eate du Centre D\u00e9mocratique, un parti fond\u00e9 par Alvaro Uribe, l\u2019un des plus farouches opposants au pacte de paix. Le soir de sa victoire, M. Duque a confirm\u00e9 sa volont\u00e9 d\u2019apporter des \u00ab corrections \u00bb \u00e0 l\u2019accord. Le Pr\u00e9sident a notamment tent\u00e9 de modifier les pouvoirs de la Juridiction Sp\u00e9ciale pour la Paix (JEP) \u2013 pierre angulaire du syst\u00e8me de justice transitionnelle et principal obstacle l\u00e9gal \u00e0 l\u2019extradition des anciens FARC vers les \u00c9tats-Unis \u2013, en s\u2019opposant \u00e0 plusieurs articles de sa loi statutaire. Ces objections pr\u00e9sidentielles ont d\u00e9stabilis\u00e9 la mise en oeuvre du processus de paix : elles ont raviv\u00e9 la brulante question de la justice pour les ex-combattants et ont rendu incertain, pendant plusieurs mois, le futur de milliers d\u2019entre eux en attente de jugement. Ces objections ont finalement \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es par la Cour Constitutionnelle et la loi statutaire de la JEP a \u00e9t\u00e9 ratifi\u00e9e en mai.<\/p>\n\n\n\n Dans un tel contexte, la capture et la menace d\u2019extradition de l\u2019un des plus influents leaders des FARC \u2013 Seuxis Hern\u00e1ndez Solarte alias Jes\u00fas Santrich \u2013 ont attis\u00e9 les tensions. L\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e, alors qu\u2019il devait occuper l\u2019un des dix si\u00e8ges au Congr\u00e8s promis aux ex-FARC, Santrich a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 \u00e0 la demande des \u00c9tats-Unis qui l\u2019accusent d\u2019avoir particip\u00e9 \u00e0 l\u2019envoi de plusieurs tonnes de coca\u00efne depuis la signature de l\u2019accord de paix. La JEP, ainsi que la Cour Supr\u00eame, se sont oppos\u00e9es \u00e0 son extradition et ont ordonn\u00e9 sa lib\u00e9ration, qui a \u00e9t\u00e9 obtenue en mai dernier. Quelques jours plus tard, Santrich a fui la Colombie, refusant ainsi de compara\u00eetre en audience judiciaire pour r\u00e9pondre \u00e0 ces accusations et de t\u00e9moigner devant la JEP pour les crimes commis par le pass\u00e9. Ce pr\u00e9c\u00e9dent a gravement affect\u00e9 la cr\u00e9dibilit\u00e9 du processus de paix. Il a nourri les attaques des opposants au syst\u00e8me de justice transitionnelle et d\u00e9\u00e7u les milliers de victimes qui attendaient la comparution de Santrich devant la JEP. <\/p>\n\n\n\n Le programme de substitution des cultures illicites (coca, cannabis et pavot), autre pilier de l\u2019accord de paix, pr\u00e9voit que 100 000 hectares de plantations ill\u00e9gales soient d\u00e9truits \u2013 volontairement ou non \u2013 et que 10 millions de colombiens b\u00e9n\u00e9ficient en \u00e9change d\u2019alternatives \u00e9conomiques et d\u2019opportunit\u00e9s de cr\u00e9dits <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cependant, les cultivateurs de coca accusent le gouvernement de ne pas tenir ses engagements : en 2017, le programme de substitution n\u2019a atteint que 30 % de ses objectifs <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le gouvernement poursuit la destruction des plantations de coca sans offrir d\u2019options de remplacement aux cultivateurs, ce qui exacerbe les tensions et le manque de confiance envers l\u2019\u00c9tat dans les zones productrices.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Le gouvernement poursuit la destruction des plantations de coca sans offrir d\u2019options de remplacement aux cultivateurs, ce qui exacerbe les tensions et le manque de confiance envers l\u2019\u00c9tat dans les zones productrices. \u00bb<\/p>RIWANON GOUEZ<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En cons\u00e9quence, la quantit\u00e9 de terres utilis\u00e9es pour la production de feuilles de coca atteint des niveaux records depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re et le commerce de coca\u00efne colombienne est plus dynamique que jamais. La crise v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne a intensifi\u00e9 la production et le trafic de coca\u00efne, notamment dans les r\u00e9gions frontali\u00e8res. L\u2019essence, dont les composants sont impliqu\u00e9s dans la transformation de la coca, est import\u00e9e \u00e0 bas prix \u00e0 travers les r\u00e9seaux de contrebande et les migrants v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens constituent une main d\u2019\u0153uvre nombreuse et peu co\u00fbteuse pour les laboratoires ill\u00e9gaux. Ce commerce lucratif permet aux groupes arm\u00e9s de gagner en puissance et de prolif\u00e9rer. Il encourage \u00e9galement la perp\u00e9tration des violences politiques ; les candidats ou activistes qui promeuvent l\u2019\u00e9radication forc\u00e9e ou la substitution volontaire des cultures illicites sont particuli\u00e8rement cibl\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 l\u2019intensification du commerce de coca\u00efne, les \u00c9tats-Unis \u2013 premier consommateur mondial de cette drogue et principal financeur des programmes d\u2019\u00e9radication \u2013 ont accru leur pression sur le gouvernement colombien. Celui-ci s\u2019efforce d\u2019atteindre des r\u00e9sultats rapides, aux d\u00e9pens d\u2019une strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement rural \u00e0 long terme. M. Duque a \u00e9galement d\u00e9cid\u00e9 de reprendre les fumigations a\u00e9riennes de glyphosate, pourtant interdites depuis 2005 \u00e9tant donn\u00e9 leurs effets n\u00e9fastes pour la sant\u00e9 et les d\u00e9g\u00e2ts environnementaux qu\u2019elles engendrent. <\/p>\n\n\n\n Outre qu\u2019elle favorise l\u2019intensification du commerce de coca\u00efne et le financement des groupes arm\u00e9s, la crise v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne constitue un avantage strat\u00e9gique in\u00e9dit pour les rebelles colombiens qui transitent librement le long des 2 200 kilom\u00e8tres de fronti\u00e8re. Le Pr\u00e9sident Duque a accus\u00e9 le gouvernement de Nicol\u00e1s Maduro de donner refuge aux insurg\u00e9s et de leur apporter son soutien. En effet, le Venezuela est d\u00e9sormais la base centrale de l’ELN et de certains groupes dissidents des FARC (ainsi que de leurs commandants les plus influents comme Santrich), o\u00f9 ils op\u00e8rent en toute impunit\u00e9. Les groupes arm\u00e9s colombiens collaborent \u00e9galement avec des groupes paramilitaires v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens alli\u00e9s du r\u00e9gime en place, et se sont engag\u00e9s \u00e0 soutenir ce dernier en cas d\u2019intervention militaire ext\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Les groupes arm\u00e9s colombiens collaborent \u00e9galement avec des groupes paramilitaires v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens alli\u00e9s du r\u00e9gime en place, et se sont engag\u00e9s \u00e0 soutenir ce dernier en cas d\u2019intervention militaire ext\u00e9rieure. \u00bb<\/p>RIWANON GOUEZ<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Malgr\u00e9 l\u2019appel au dialogue du Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU Ant\u00f3nio Guterres, les tensions s\u2019intensifient entre Caracas et Bogota. En r\u00e9ponse aux all\u00e9gations de Duque, Maduro a accus\u00e9 le gouvernement colombien d\u2019utiliser le rejet de l\u2019accord de paix par les dirigeants dissidents FARC pour tenter de \u00ab provoquer un conflit militaire \u00bb avec le Venezuela et a annonc\u00e9 la mobilisation \u00e0 la fronti\u00e8re de 150 000 soldats (bien que ce chiffre soit peu cr\u00e9dible). Le pr\u00e9sident colombien s\u2019est oppos\u00e9, quant \u00e0 lui, \u00e0 tout \u00e9change avec \u00ab la dictature de Nicol\u00e1s Maduro \u00bb. Le 11 septembre dernier, lors d\u2019une session au conseil permanent de l\u2019Organisation des \u00c9tats am\u00e9ricains, la Colombie a fait partie des 11 pays en faveur de l\u2019invocation par les \u00c9tats-Unis du Trait\u00e9 interam\u00e9ricain d\u2019assistance r\u00e9ciproque (TIAR) pour faire face \u00e0 \u00ab la menace que constitue la crise v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne \u00bb pour la r\u00e9gion. Le TIAR, ratifi\u00e9 en 1947, pr\u00e9voit des mesures pouvant aller de la rupture des relations diplomatiques jusqu’\u00e0 l’emploi de la force arm\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n Si le coup de th\u00e9\u00e2tre de l\u2019annonce de la reprise des armes d\u2019une faction de la gu\u00e9rilla FARC constitue un important revers pour le processus de paix colombien, il n\u2019implique pas pour autant la renaissance d\u2019un mouvement insurrectionnel unifi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale. En effet, Iv\u00e1n M\u00e1rquez et ses acolytes ne b\u00e9n\u00e9ficient pas du soutien du parti politique des FARC \u2013 la Force Alternative R\u00e9volutionnaire Commune \u2013 qui a r\u00e9affirm\u00e9 son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019accord de paix. Il n\u2019existe pas non plus de coh\u00e9sion entre les diff\u00e9rentes dissidences : le plus grand groupe dissident du pays qui op\u00e8re dans les d\u00e9partements du Guaviare, Meta, Caqueta et Amazonas sous les ordres du commandant Gentil Duarte, a jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent gard\u00e9 son ind\u00e9pendance. La mont\u00e9e en puissance de cette \u00ab nouvelle gu\u00e9rilla \u00bb d\u00e9pendra donc d\u2019une potentielle alliance avec l’ELN et de sa capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser d\u2019anciens combattants et de nouvelles recrues. Cependant, la \u00ab nouvelle gu\u00e9rilla \u00bb n\u2019est pas porteuse d\u2019un discours id\u00e9ologique cr\u00e9dible et ne propose pas de projet de long terme ; il semble que sa principale motivation est d\u2019obtenir une part du butin g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par le narcotrafic <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n L\u2019annonce du retour aux armes est avant tout le sympt\u00f4me des lacunes de la mise en \u0153uvre de l\u2019accord de paix et devrait inciter le gouvernement colombien \u00e0 respecter ses engagements, notamment aupr\u00e8s des cultivateurs de coca et des ex-gu\u00e9rilleros. Pourtant, la rh\u00e9torique belliciste du gouvernement et le durcissement de ses politiques de d\u00e9fense risquent d\u2019envenimer la situation. D\u2019apr\u00e8s les r\u00e9v\u00e9lations du New York Times<\/em> <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>, le chef de l\u2019arm\u00e9e colombienne a ordonn\u00e9 \u00e0 ses troupes de doubler le nombre de rebelles tu\u00e9s ou captur\u00e9s par rapport \u00e0 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, quitte \u00e0 solliciter l\u2019aide d\u2019autres groupes criminels pour obtenir des informations. Une autre instruction particuli\u00e8rement pr\u00e9occupante incite les soldats \u00e0 ne pas \u00ab exiger la perfection \u00bb lors du d\u00e9roulement des attaques. Cette dangereuse strat\u00e9gie militaire, d\u00e9j\u00e0 employ\u00e9e entre 2002 et 2008, avait pourtant conduit \u00e0 l\u2019horreur des \u00ab faux positifs \u00bb : entre 5 000 et 10 000 civils innocents ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s et maquill\u00e9s en gu\u00e9rilleros par l\u2019arm\u00e9e colombienne afin de gonfler leurs r\u00e9sultats dans la lutte contre les groupes arm\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Si le coup de th\u00e9\u00e2tre de l\u2019annonce de la reprise des armes d\u2019une faction de la gu\u00e9rilla FARC constitue un important revers pour le processus de paix colombien, il n\u2019implique pas pour autant la renaissance d\u2019un mouvement insurrectionnel unifi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale. \u00bb<\/p>Riwanon Gouez<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L\u2019avenir du processus de paix est donc plus incertain que jamais et la Colombie ne peut affronter seule les d\u00e9fis qui lui sont pr\u00e9sent\u00e9s. Tant que la crise v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne ne sera pas r\u00e9solue, les groupes arm\u00e9s colombiens pourront prolif\u00e9rer et trouver refuge au Venezuela, restant ainsi hors de port\u00e9e de l\u2019arm\u00e9e. Par ailleurs, le combat de l\u2019\u00c9tat contre les plantations illicites est perdu d\u2019avance et ses politiques r\u00e9pressives attisent les violences et la criminalit\u00e9 dans tout le pays. La nation colombienne est ainsi prisonni\u00e8re d\u2019un conflit qui la d\u00e9passe et qui invite \u00e0 interroger les implications morales du maintien du r\u00e9gime international de prohibition des drogues.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" La reprise des tensions en Colombie cet \u00e9t\u00e9 est-elle le signe du retour \u00e0 un climat de violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e ou le simple sympt\u00f4me des dysfonctionnements de l\u2019accord de paix de 2016 ? Riwanon Gouez fait la g\u00e9n\u00e9alogie de la reprise des armes par une faction de la gu\u00e9rilla FARC.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":48759,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-angles.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1732],"tags":[],"geo":[525],"class_list":["post-48757","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-guerre","staff-riwanon-gouez","geo-ameriques"],"acf":[],"yoast_head":"\nLa faillite du projet de \u00ab paix territoriale \u00bb : manque de volont\u00e9 politique et violences exacerb\u00e9es dans les territoires dits p\u00e9riph\u00e9riques <\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nUn syst\u00e8me de justice transitionnel d\u00e9stabilis\u00e9<\/h3>\n\n\n\n
Les plantations illicites cultivent le conflit<\/h3>\n\n\n\n
Une crise d\u2019ampleur internationale<\/h3>\n\n\n\n
Quelles perspectives ?<\/h3>\n\n\n\n