{"id":45701,"date":"2019-08-26T15:04:20","date_gmt":"2019-08-26T13:04:20","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=45701"},"modified":"2019-08-27T17:13:01","modified_gmt":"2019-08-27T15:13:01","slug":"libre-echange-et-changements-climatiques-les-incendies-en-amazonie-remettent-en-question-laccord-ue-mercosur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/08\/26\/libre-echange-et-changements-climatiques-les-incendies-en-amazonie-remettent-en-question-laccord-ue-mercosur\/","title":{"rendered":"Libre-\u00e9change et changement climatique : les incendies en Amazonie remettent en question l\u2019accord UE-Mercosur"},"content":{"rendered":"\n
Paris.<\/em> L\u2019Amazonie est travers\u00e9e en ce moment par de nombreux incendies qui ravagent ainsi la plus grande for\u00eat tropicale humide du monde <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019Institut national des recherches spatiales (INPE, public) a recens\u00e9 pr\u00e8s de 80 000 foyers d\u2019incendie dans tout le Br\u00e9sil, dont plus de la moiti\u00e9 en Amazonie, depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, ce qui repr\u00e9sente une hausse de plus de 80 % par rapport \u00e0 2018 \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. Plusieurs millions de plantes, d\u2019animaux et d\u2019insectes vivent en Amazonie et les arbres qui la composent repr\u00e9sentent un important r\u00e9servoir \u00e0 carbone qui captent le CO2<\/sub> lors de leur croissance. La d\u00e9forestation \u00e0 l\u2019origine de ces feux menace ainsi la biodiversit\u00e9 tout en rel\u00e2chant dans l\u2019atmosph\u00e8re des gaz \u00e0 effet de serre. Les arbres \u00e9tant notre principale source d\u2019\u00e9missions n\u00e9gatives de CO2<\/sub>, leur r\u00f4le est crucial pour atteindre la neutralit\u00e9 carbone.<\/p>\n\n\n\n Selon Jos\u00e9 Antonio Marengo, climatologue au Centre national de surveillance et d’alerte rapide en cas de catastrophe naturelle de S\u00e3o Paulo l\u2019augmentation des d\u00e9frichages ill\u00e9gaux pour l\u2019agriculture et l\u2019affaiblissement de la l\u00e9gislation environnementale sont les raisons de l\u2019augmentation de ces feux en Amazonie. En effet, des d\u00e9frichements par br\u00fblis sont utilis\u00e9s pour transformer des aires foresti\u00e8res en zones de culture et d\u2019\u00e9levage, ou pour nettoyer des zones d\u00e9j\u00e0 d\u00e9forest\u00e9es, g\u00e9n\u00e9ralement pendant la saison s\u00e8che de juin \u00e0 novembre. Un cercle vicieux se forme : les incendies sont aliment\u00e9s par la s\u00e9cheresse, elle-m\u00eame due \u00e0 l\u2019important d\u00e9frichement en cours.<\/p>\n\n\n\n Par ailleurs, le m\u00e9dia d\u2019investigation openDemocracy<\/em> a fait fuiter le 21 ao\u00fbt dernier des documents montrant les projets du gouvernement de Bolsonaro pour occuper l\u2019Amazonie <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> et emp\u00eacher la mise en place de plans de conservation de la for\u00eat \u00e9quatoriale, notamment le projet \u00ab Triple A \u00bb. Ce projet de corridor forestier Andes-Amazone-Atlantique est promu par des ONG comme l\u2019organisation Gaia Amazonas et par des associations de peuples autochtones pour pr\u00e9server la nature et les habitats naturels, dans une large zone de 135 millions d\u2019hectares qui traverse l\u2019Am\u00e9rique du Sud d\u2019Est en Ouest. Jair Bolsonaro s\u2019y oppose vigoureusement, y voyant une perte de souverainet\u00e9 du Br\u00e9sil, et envisage d\u2019occuper cette zone et de la d\u00e9velopper \u00e9conomiquement, avec la construction de ponts, d\u2019autoroutes et d\u2019une usine hydro\u00e9lectrique.<\/p>\n\n\n\n Au-del\u00e0 du choix de Jair Bolsonaro en faveur du d\u00e9veloppement \u00e9conomique et contre la pr\u00e9servation de l\u2019environnement, on peut interroger la responsabilit\u00e9 des modes de vie et de consommation occidentaux dans cette d\u00e9forestation. L\u2019Union importe plus de la moiti\u00e9 du soja br\u00e9silien et les fili\u00e8res animales europ\u00e9ennes en sont \u00e9galement d\u00e9pendantes : en 2017, 54 % du soja import\u00e9 en Espagne et 61 % de celui import\u00e9 en France vient du Br\u00e9sil (d\u2019apr\u00e8s l\u2019Atlas of Economic Complexity<\/em>). Le Br\u00e9sil exporte aussi pr\u00e8s d’un tiers de sa production de b\u0153uf dans l\u2019Union. Or le soja et l\u2019\u00e9levage de b\u0153uf repr\u00e9sente 80 % de la d\u00e9forestation en Amazonie selon l\u2019institut de recherche Chain Reaction Research <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019alimentation mondiale est ainsi un des facteurs favorisant la d\u00e9forestation et se retrouve au c\u0153ur des enjeux de commerce international avec les quotas n\u00e9goci\u00e9s dans les accords de libre-\u00e9change.<\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 cette catastrophe environnementale, les chefs d\u2019\u00c9tats europ\u00e9ens ont rapidement r\u00e9agi, condamnant la politique du pr\u00e9sident br\u00e9silien et appelant \u00e0 la coordination internationale pour g\u00e9rer cette crise. Le ministre des Finances de la Finlande, pays qui assure actuellement la pr\u00e9sidence tournante du Conseil de l\u2019Union europ\u00e9enne, a propos\u00e9 d\u2019interdire les importations de b\u0153uf br\u00e9silien. Le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Emmanuel Macron et le Premier ministre irlandais Leo Varadkar ont m\u00eame menac\u00e9 de ne pas signer le trait\u00e9 de libre-\u00e9change UE-Mercosur. Ce trait\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 il y a deux mois entre l’Union europ\u00e9enne et les \u00c9tats membres du Mercosur (le Br\u00e9sil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay) doit r\u00e9duire fortement les barri\u00e8res douani\u00e8res entre les deux zones \u00e9conomiques et favoriser le commerce. Il comporte aussi en contrepartie des dispositions pour la lutte contre le changement climatique et en particulier contre la d\u00e9forestation <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le Br\u00e9sil doit notamment mettre fin \u00e0 la d\u00e9forestation ill\u00e9gale et restaurer 12 millions d’hectares de for\u00eat tropicale d’ici 2030. Les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre doivent \u00e9galement diminuer de 37 % entre 2005 et 2025.<\/p>\n\n\n\n L\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Jair Bolsonaro d\u00e9but 2019 rend toutefois ces engagements peu cr\u00e9dibles. Climatosceptique, le pr\u00e9sident br\u00e9silien est accus\u00e9 par Emmanuel Macron de lui avoir \u00ab menti \u00bb sur ses engagements au G20 d\u2019Osaka en juin 2019. En r\u00e9action aux incendies en Amazonie, le pr\u00e9sident du Conseil europ\u00e9en Donald Tusk a par ailleurs d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab Il est difficile d\u2019imaginer un processus de ratification harmonieux par les pays europ\u00e9ens tant que le gouvernement br\u00e9silien permettra la destruction du poumon vert de la Terre \u00bb. En effet, la version finale de l\u2019accord doit encore \u00eatre approuv\u00e9 \u00e0 la majorit\u00e9 qualifi\u00e9e (55 % des \u00c9tats membres repr\u00e9sentant 65 % de la population) au Conseil europ\u00e9en puis ratifi\u00e9 par tous les \u00c9tats europ\u00e9ens. Avec les oppositions de la France et de l\u2019Irlande, l\u2019accord est donc fortement menac\u00e9 si le pr\u00e9sident br\u00e9silien ne modifie pas significativement sa politique environnementale. En 2016, la Belgique avait \u00e0 elle seule failli faire \u00e9chouer la signature du controvers\u00e9 CETA, l\u2019accord commercial avec le Canada. L\u2019accord continue toutefois d\u2019avoir le soutien d\u2019Angela Merkel qui estime que l\u2019abandonner n\u2019est \u00ab pas appropri\u00e9 \u00bb et que cela ne \u00ab contribuera pas \u00e0 r\u00e9duire le d\u00e9frichement de la for\u00eat tropicale au Br\u00e9sil \u00bb. Pedro S\u00e1nchez et Ant\u00f3nio Costa, les Premiers ministres espagnol et portugais, ont aussi exprim\u00e9s leur soutien au trait\u00e9 en arguant qu\u2019il ne fallait pas m\u00e9langer la pr\u00e9servation de l\u2019Amazonie avec la signature d\u2019un accord commercial qui serait favorable \u00e0 l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne. <\/p>\n\n\n\n Deux strat\u00e9gies s\u2019opposent ici : la premi\u00e8re est d\u2019utiliser les accords de libre-\u00e9change pour arrimer les partenaires commerciaux aux accords de Paris, en incluant des objectifs environnementaux (de r\u00e9duction des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre par exemple). C\u2019est la strat\u00e9gie de l\u2019Union jusqu\u2019\u00e0 maintenant. Dans l\u2019accord UE-Mercosur figure ainsi \u00ab la conservation des for\u00eats, le respect des droits des travailleurs et la promotion d\u2019un comportement responsable des entreprises \u00bb. L\u2019Union et le Mercosur s\u2019engagent aussi \u00ab \u00e0 mettre en \u0153uvre efficacement l\u2019accord de Paris sur le climat \u00bb. Cette strat\u00e9gie fait donc le pari que le Mercosur tiendra ses engagements, qui ne sont pas contraignants, mettant donc le d\u00e9veloppement des \u00e9changes \u00e9conomiques comme priorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n La deuxi\u00e8me strat\u00e9gie est d\u2019exiger des standards environnementaux \u00e9lev\u00e9s avant toute signature de trait\u00e9 de libre-\u00e9change et d\u2019exercer une certaine m\u00e9fiance face au libre-\u00e9change. En d\u00e9non\u00e7ant un \u00ab \u00e9cocide \u00bb, Emmanuel Macron applique cette strat\u00e9gie qui est devenue sa nouvelle politique en mati\u00e8re de libre-\u00e9change : aucun n\u2019accord n\u2019est possible avec un pays ne respectant pas l’Accord de Paris et un chapitre pr\u00e9cisant les objectifs environnementaux doit \u00eatre inclus dans chaque accord commercial. C\u2019est ainsi qu\u2019il s\u2019est oppos\u00e9 en vain \u00e0 la r\u00e9ouverture des n\u00e9gociations d\u2019un accord commercial entre l\u2019Union europ\u00e9enne et les \u00c9tats-Unis en avril 2019.<\/p>\n\n\n\n Quelle est donc la strat\u00e9gie la plus efficace ? La menace d\u2019Emmanuel Macron sur le trait\u00e9 EU-Mercosur aurait pu infl\u00e9chir la position de Jair Bolsonaro, d\u2019apr\u00e8s le New York Times <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Apr\u00e8s avoir critiqu\u00e9 jeudi le pr\u00e9sident fran\u00e7ais en l\u2019accusant d\u2019 \u00ab instrumentaliser \u00bb une affaire interne au Br\u00e9sil \u00e0 son profit et fustig\u00e9 l\u2019esprit colonial d\u2019un G7 traitant des incendies en Amazonie, il semblerait que la menace annonc\u00e9e vendredi ait oblig\u00e9 le pr\u00e9sident br\u00e9silien \u00e0 r\u00e9agir. Faisant de la protection de la for\u00eat tropicale son \u00ab devoir \u00bb, il a annonc\u00e9 le d\u00e9ploiement de militaires dans plusieurs provinces touch\u00e9es. Il faudra toutefois s\u2019assurer que ces paroles se traduisent en actes, et que ces mesures ne soient pas l\u00e0 uniquement pour sauver les apparences, comme le redoutent de nombreux experts. Quoiqu\u2019il en soit, cet accord commercial a vocation \u00e0 devenir un moyen de pression pour imposer les normes sanitaires et environnementales europ\u00e9ennes au Br\u00e9sil et aux autres pays producteurs latino-am\u00e9ricains.<\/p>\n\n\n\n Mais la question est plus profonde : est-ce que le libre-\u00e9change est compatible avec la lutte contre le changement climatique ? Quelle est la place du libre-\u00e9change dans cette lutte ? Car si Emmanuel Macron cherche \u00e0 contenir les d\u00e9rives du libre-\u00e9change, des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour d\u00e9noncer une prise de position incoh\u00e9rente avec le reste de sa politique. Le porte-parole d\u2019EELV, le parti des Verts fran\u00e7ais, Julien Bayou a ainsi mis en garde contre un \u00ab terrible greenwashing<\/em> \u00bb si les actes ne suivent pas, rappelant la ratification r\u00e9cente du CETA, accus\u00e9 lui aussi d\u2019\u00eatre n\u00e9faste pour l\u2019environnement. Les Verts au Parlement europ\u00e9en, opposants de longue date au trait\u00e9 UE-Mercosur, ont propos\u00e9 en juin 2018 une vision nouvelle du commerce international en publiant une feuille de route intitul\u00e9e Green Trade for All<\/em> <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ils proposent notamment de r\u00e9duire les impacts n\u00e9gatifs li\u00e9s \u00e0 la consommation en respectant les limites \u00e9cologiques plan\u00e9taires et de relocaliser au maximum les activit\u00e9s de production. <\/p>\n\n\n\n
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