{"id":45577,"date":"2019-09-03T09:48:26","date_gmt":"2019-09-03T07:48:26","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=45577"},"modified":"2019-09-03T10:09:13","modified_gmt":"2019-09-03T08:09:13","slug":"le-centrisme-integral-voie-dun-pluralisme-para-democratique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/09\/03\/le-centrisme-integral-voie-dun-pluralisme-para-democratique\/","title":{"rendered":"Le centrisme int\u00e9gral, voie d’un pluralisme para-d\u00e9mocratique"},"content":{"rendered":"\n
Apr\u00e8s des \u00e9lections pour les Parlements r\u00e9gionaux du Brandebourg et de la Saxe marqu\u00e9es par une perc\u00e9e du parti n\u00e9o-nationaliste Alternative f\u00fcr Deutschland<\/em> (qui obtient respectivement 24 % et 28 % des voix dans ces r\u00e9gions), le mod\u00e8le allemand de grande coalition entre les chr\u00e9tiens-d\u00e9mocrates et les sociaux-d\u00e9mocrates semble r\u00e9volu faute d\u2019obtenir, ne serait-ce que de pr\u00e8s, la majorit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 la formation d\u2019un gouvernement r\u00e9gional. Aujourd\u2019hui, \u00e0 moins d\u2019accueillir l\u2019AfD dans l\u2019ex\u00e9cutif local, seule une coalition r\u00e9unissant trois partis est envisageable afin de parvenir \u00e0 instaurer une nouvelle majorit\u00e9 dans ces L\u00e4nder<\/em> de l\u2019Est de l\u2019Allemagne, au risque d\u2019accentuer un des principaux facteurs ayant conduit \u00e0 ce mouvement de rejet des partis politiques traditionnels : un sentiment d\u2019indiff\u00e9renciation entre l\u2019ensemble des partis de gouvernement ayant conduit \u00e0 l\u2019impression de ne plus \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 par les institutions, faute \u00ab d\u2019alternative \u00bb offerte par le scrutin.<\/p>\n\n\n\n De m\u00eame, au lendemain des \u00e9lections l\u00e9gislatives europ\u00e9ennes marqu\u00e9es par une rh\u00e9torique \u00ab pro-europ\u00e9ens \u00bb contre \u00ab anti-europ\u00e9ens \u00bb, une tr\u00e8s grande coalition <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> de l\u2019ensemble des partis favorables \u00e0 l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne semblait la base des n\u00e9gociation en vue de former une majorit\u00e9 parlementaire. \u00c0 la suite des pertes importantes des sociaux-d\u00e9mocrates et des conservateurs, la nouvelle l\u00e9gislature semble ainsi davantage \u00e9clat\u00e9e, et pour faire face \u00e0 ce constat, les responsables politiques ont pu juger opportun de r\u00e9aliser une alliance entre conservateurs, \u00e9cologistes, sociaux-d\u00e9mocrates et l\u2019Alliance des lib\u00e9raux et d\u00e9mocrates, devenue \u00ab Renew Europe \u00bb \u00e0 la demande de La R\u00e9publique en Marche. <\/p>\n\n\n\n Cette nouvelle coalition aurait permis d\u2019ent\u00e9riner ce qui semble \u00eatre la nouvelle summa divisio<\/em> de la vie politique, opposant les n\u00e9onationalistes d\u2019une part aux \u00ab pro-europ\u00e9ens-progressistes \u00bb d\u2019autre part.<\/p>\n\n\n\n Ce mod\u00e8le est bien connu des Fran\u00e7ais depuis le second tour des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2017. Les deux camps y \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s respectivement par Marine Le Pen et Emmanuel Macron, ce dernier \u00e9tant parvenu \u00e0 construire majorit\u00e9 parlementaire et gouvernement sur ce mod\u00e8le apr\u00e8s sa victoire lors de ce scrutin.<\/p>\n\n\n\n Contrairement aux diff\u00e9rents courants centristes historiques (d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne, radicalisme, etc.), la majorit\u00e9 macronienne ne se caract\u00e9rise pas par une id\u00e9ologie politique class\u00e9e au centre. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019une coalition pr\u00e9-\u00e9lectorale \u00ab centrale \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire regroupant les courant politiques mod\u00e9r\u00e9s en un bloc unique, de la droite conservatrice \u00e0 la gauche sociale-d\u00e9mocrate et \u00e9cologiste. Depuis le dernier remaniement (16 octobre 2018), sur les 20 ministres du gouvernement Philippe II, 30 % sont issus de la droite (LR et divers droite), 20 % du centre (MoDem, Parti Radical de Gauche et \u00e9cologiste) et 35 % de la gauche (PS et divers gauche), avec \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s seulement 3 coll\u00e8gues issus de la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 titre de comparaison, dans la grande coalition du cabinet Merkel IV (en place depuis le 14 mars 2018), sur les 17 ministres, 44 % sont issus de la d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne (CDU), 35 % sociaux-d\u00e9mocrates et 18 % de la droite conservatrice (CSU). Ainsi, la seule diff\u00e9rence significative dans la mise en place des deux ex\u00e9cutifs est la date de mise en place de la coalition centrale : avant le scrutin en France, apr\u00e8s celui-ci en Allemagne. Cela est notamment d\u00fb aux modes de scrutins diff\u00e9rents lors des l\u00e9gislatives dans les deux pays, respectivement uninominal \u00e0 deux tours et proportionnel int\u00e9gral personnalis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n\n\n Dans les deux cas, on assiste parall\u00e8lement \u00e0 un effacement des champs partisans \u00ab classiques \u00bb en faveur d\u2019une nouvelle polarisation de type bipartisan, opposant cette nouvelle forme de centrisme, caract\u00e9ris\u00e9e par un interventionnisme \u00e9conomique pro-business, un soutien \u00e0 la globalisation et la d\u00e9fense d\u2019un mod\u00e8le de \u00ab soci\u00e9t\u00e9 ouverte \u00bb, et le n\u00e9onationalisme <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>, proposant un repli identitaire avec un mod\u00e8le \u00e9conomique interventionniste, cens\u00e9 profiter \u00ab au peuple \u00bb.<\/p>\n\n\n\n \u00ab On assiste parall\u00e8lement \u00e0 un effacement des champs partisans \u00ab classiques \u00bb en faveur d\u2019une nouvelle polarisation de type bipartisan, opposant cette nouvelle forme de centrisme, caract\u00e9ris\u00e9e par un interventionnisme \u00e9conomique pro-business, un soutien \u00e0 la globalisation et la d\u00e9fense d\u2019un mod\u00e8le de \u00ab soci\u00e9t\u00e9 ouverte \u00bb, et le n\u00e9onationalisme, proposant un repli identitaire avec un mod\u00e8le \u00e9conomique interventionniste, cens\u00e9 profiter ‘au peuple’. \u00bb<\/p>Th\u00e9ophile Rospars<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Ici ce n\u2019est plus la structure \u00ab parti politique \u00bb qui est essentielle, mais davantage l\u2019indiff\u00e9renciation des programmes des partis de gouvernements classiques, qu\u2019elle soit r\u00e9elle ou bien per\u00e7ue par le citoyen. Depuis d\u00e9cembre 2012, o\u00f9 d\u00e9j\u00e0 52 % des citoyens fran\u00e7ais d\u00e9clarent ne faire confiance ni dans la droite ni dans la gauche pour r\u00e9former le pays, \u00e0 d\u00e9cembre 2018, ils repr\u00e9sentent 71 % de la population, \u00e0 la suite d\u2019une hausse quasi ininterrompue sur cette p\u00e9riode selon le barom\u00e8tre annuel de la confiance politique du Cevipof. De la m\u00eame fa\u00e7on que le gouvernement Valls a men\u00e9 une politique compatible avec le mod\u00e8le d\u00e9fendu par l\u2019opposition conservatrice de l\u2019\u00e9poque, allant jusqu\u2019\u00e0 s\u2019ali\u00e9ner sa propre base \u00e9lectorale, la SPD s\u2019est globalement align\u00e9e sur le programme de la CDU. Les Verts allemands partagent \u00e9galement les grands axes de cette ligne, n\u2019ayant \u00e9chou\u00e9 \u00e0 entrer au gouvernement aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Angela Merkel en 2018 qu’\u00e0 la suite du refus des lib\u00e9raux d\u2019agr\u00e9er le compromis \u00e9colo-conservateur qui avait rapidement \u00e9merg\u00e9. L\u2019\u00e9mergence du mouvement La R\u00e9publique en Marche n\u2019a finalement fait qu\u2019acter cette \u00e9volution c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais. La volont\u00e9 de constituer une tr\u00e8s grande coalition au sein du nouveau Parlement europ\u00e9en entre tous les groupes \u00ab pro-europ\u00e9ens \u00bb va dans le m\u00eame sens.<\/p>\n\n\n\n Le d\u00e9nominateur commun de ce centrisme int\u00e9gral est sa tendance \u00e0 faire dispara\u00eetre le d\u00e9bat politique, voire \u00e0 d\u00e9politiser l\u2019action gouvernementale au profit de sch\u00e9mas de pure \u00ab gouvernance \u00bb. Toute id\u00e9ologie politique est r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9nigr\u00e9e, renvoyant notamment outre-Rhin au souvenir de l\u2019id\u00e9ologie nationale-socialiste, qui, par la d\u00e9mocratie, a impos\u00e9 un \u00e9tat totalitaire.<\/p>\n\n\n\n On lui pr\u00e9f\u00e8rera dor\u00e9navant un mod\u00e8le visant \u00e0 r\u00e9soudre les probl\u00e8mes des administr\u00e9s \u00e0 travers des mesures de \u00ab bon sens \u00bb, issues des grilles de lectures enseign\u00e9es dans les formations pour futurs dirigeants, en France notamment par les Grandes \u00e9coles. Pour mener cette Realpolitik<\/em> <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> on souhaite \u00ab rassembler toutes les bonnes volont\u00e9s autour d\u2019une ambition positive pour [le] pays. Peu importe qu\u2019elles viennent de la gauche, de la droite, du centre, de l\u2019\u00e9cologie ou d\u2019ailleurs : seule compte [leur] volont\u00e9 partag\u00e9e de progr\u00e8s au service de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral \u00bb <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La d\u00e9politisation y est brandie en \u00e9tendard du r\u00e9alisme, du bon sens politique au service du bien commun. Inversement la partisanisme y est d\u00e9cri\u00e9 comme au mieux utopique et irr\u00e9aliste, bien souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme dangereux et au service d\u2019une fraction de la population. De fait, on se retrouve ironiquement sur une position comparable \u00e0 la pratique du pouvoir technopopuliste \u00e0 la sauce Mouvement 5 \u00c9toiles (M5S) <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span> qui apr\u00e8s avoir renvoy\u00e9 la classe politique locale, notamment lors des \u00e9lections municipales de Rome, sur un discours anti-\u00e9lites, a eu besoin de nommer aux charges publiques clefs des technocrates, faute d\u2019avoir des membres form\u00e9s \u00e0 la pratique institutionnelle. La d\u00e9politisation promue par le M5S a donc eu la m\u00eame cons\u00e9quence que la gouvernance issue du centrisme int\u00e9gral dans la pratique du pouvoir.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Le d\u00e9nominateur commun de ce centrisme int\u00e9gral est sa tendance \u00e0 faire dispara\u00eetre le d\u00e9bat politique, voire \u00e0 d\u00e9politiser l\u2019action gouvernementale au profit de sch\u00e9mas de pure gouvernance<\/em>. \u00bb<\/p>Th\u00e9ophile Rospars<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Ce dernier entend se parer d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 technique, port\u00e9e par l\u2019application de mesures issues des travaux acad\u00e9miques utilis\u00e9s pour mettre en place les politiques publiques, et par l\u2019intervention de personnes pr\u00e9sent\u00e9es comme expertes au sein des appareils institutionnels. On souhaite donc, une fois un probl\u00e8me identifi\u00e9, lui apporter une r\u00e9ponse rationnelle. Une fois cette position arr\u00eat\u00e9e, tout opposant appara\u00eet n\u00e9cessairement comme un \u00eatre irrationnel, dont l\u2019opinion a d\u00e8s lors moins de valeur <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. On consid\u00e9rera que cette personne fait le jeu des \u00ab populistes \u00bb, qu\u2019elle s\u2019oppose \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, principal vecteur de cette d\u00e9cision. Ainsi lorsque Nicolas Hulot appelle les d\u00e9put\u00e9s \u00e0 ne pas autoriser la ratification du CETA par sa tribune du 22 juillet 2019, le pr\u00e9sident Macron lui r\u00e9pond lors de sa conf\u00e9rence du jour-m\u00eame que \u00ab le v\u00e9ritable id\u00e9alisme consiste toujours \u00e0 regarder le r\u00e9el \u00bb ainsi il serait absurde de s\u2019opposer \u00e0 l\u2019adoption de ce trait\u00e9 encadrant les \u00e9changes commerciaux entre l\u2019Union europ\u00e9enne et le Canada car celui-ci \u00ab va dans le bon sens \u00bb. Ici ce ne sont pas les arguments qui sont r\u00e9fut\u00e9s, mais la l\u00e9gitimit\u00e9 de son auteur \u00e0 s\u2019exprimer qui est remise en cause, en ce que la d\u00e9cision poursuit un but d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, tel que pr\u00e9d\u00e9fini par l\u2019ex\u00e9cutif.<\/p>\n\n\n\n Toutefois, ces politiques ne sont pas souvent men\u00e9es par voie d\u2019autorit\u00e9 mais davantage \u00e0 travers des incitations comportementales, selon la th\u00e9orie du Nudge<\/em> de Thaler, introduites par la fameuse soft law<\/em>, qui laisse en fa\u00e7ade au citoyen l\u2019option entre plusieurs alternatives \u00ab sous la banni\u00e8re de la libert\u00e9 individuelle \u00bb <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Selon l\u2019approche mise en valeur par l\u2019analyse \u00e9conomique du droit, ceux-ci sont amen\u00e9s \u00e0 modifier leur comportement dans le cadre d\u2019une norme, souvent fiscale, afin de maximiser leur int\u00e9r\u00eat personnel imm\u00e9diat. La norme est con\u00e7ue pour amener le citoyen \u00e0 privil\u00e9gier l\u2019alternative consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9tant conforme \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. On entend ici cr\u00e9er un sujet de droit plus mall\u00e9able, chez qui la raison l\u2019emporte, gr\u00e2ce au m\u00e9canisme de l\u2019incitation, sur des pulsions individuelles subjectives Ceci n\u00e9cessite que les diff\u00e9rents instincts aient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement hi\u00e9rarchis\u00e9s <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span> par le pouvoir politique au nom de la n\u00e9cessaire rationalit\u00e9. Ici, ce n\u2019est donc plus l\u2019opposant politique qui est vis\u00e9 mais l\u2019ensemble de la population.<\/p>\n\n\n\n De ce fait, l\u2019\u00e9lection des repr\u00e9sentants politiques a tendance \u00e0 prendre un tour pl\u00e9biscitaire, devenant un vote de confiance destin\u00e9e \u00e0 conforter cette gouvernance technocratique, ou bien, \u00e0 travers un bulletin en faveur des n\u00e9onationalistes, \u00e0 la r\u00e9cuser. Ces derniers jouent un r\u00f4le de faire-valoir en mati\u00e8re de l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique : le fait qu\u2019une alternative puisse th\u00e9oriquement exister en leur personne justifie le caract\u00e8re pluraliste du r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Le centrisme int\u00e9gral a donc tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 faire tourner la fabrique du consentement afin de garantir le soutien le plus large \u00e0 son mode de gouvernance. \u00bb<\/p>Th\u00e9ophile Rospars<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le centrisme int\u00e9gral a donc tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 faire tourner la fabrique du consentement <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span> afin de garantir le soutien le plus large \u00e0 son mode de gouvernance <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La libert\u00e9 serait garantie par l\u2019absence d\u2019obligation d\u2019agir dans un sens plut\u00f4t qu\u2019un autre, une obligation remplac\u00e9e par un simple \u00ab coup de pouce \u00bb destin\u00e9 \u00e0 encourager le consentement d\u2019un individu \u00ab libre \u00bb. Mais le pluralisme n\u2019est encore une fois que formel, et ce n\u2019est pas le spectre des propositions l\u00e9gitimes qui est mis en d\u00e9bat, mais uniquement le consentement de la majorit\u00e9 \u00e0 un programme pr\u00e9d\u00e9fini, sur un mode pl\u00e9biscitaire.<\/p>\n\n\n\n On voit l\u00e0 se pr\u00e9ciser l\u2019intuition tocquevillienne de centralisation du pouvoir, entendue comme \u00ab la concentration des pr\u00e9rogatives et des d\u00e9cisions politiques entre les mains d\u2019une instance unique \u00bb <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Son intuition de \u00ab pastorat d\u00e9mocratique \u00bb tend ici \u00e0 aller encore plus loin, dans le cadre de ce que nous pourrions consid\u00e9rer comme une \u00ab pastorale d\u00e9mocratique \u00bb. En effet, ayant \u00e9lev\u00e9 le consentement en valeur permettant la l\u00e9gitimation de toute mesure, il devient la seule chose que la classe politique cherche \u00e0 obtenir afin que les citoyens la suivent comme un bon berger en qui ils remettent toute leur confiance, sans m\u00eame chercher \u00e0 enseigner comme un pasteur \u00e0 ses fid\u00e8les la doctrine.<\/p>\n\n\n\n Cette situation provoque cependant un dangereux cercle vicieux mettant \u00e0 mal le pluralisme.<\/p>\n\n\n\n Les d\u00e9mocraties illib\u00e9rales en place (Hongrie, Pologne principalement) d\u00e9clinent des outils destin\u00e9s \u00e0 r\u00e9duire la place du pluralisme dans la vie politique du pays, notamment en attaquant l\u2019ind\u00e9pendance des m\u00e9dias et en stigmatisant les ONG <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le but est de conforter le monopole de la volont\u00e9 populaire que pr\u00e9tend d\u00e9tenir le gouvernement en place.<\/p>\n\n\n\n Parall\u00e8lement, ce r\u00e9gime de gouvernance d\u00e9mocratique pr\u00e9sume de l\u2019existence d\u2019un monopole du bien-fond\u00e9 des politiques publiques, toute critique \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9e comme infond\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Finalement, en tant que vecteurs monopolistiques <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>, aucun des deux camps du nouveau bi-partisanisme ne peut admettre la confrontation des id\u00e9es au nom d\u2019une revendication de nature politique, la seule forme de confrontation y survivant \u00e9tant celle, formelle, r\u00e9sultant du scrutin.<\/p>\n\n\n\n Cet \u00e9tat de fait s\u2019oppose \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une politique con\u00e7ue comme \u00ab la forme vari\u00e9e de la dissension civique, cette dispute fondatrice dont parlait d\u00e9j\u00e0 Machiavel \u00bb <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le moment d\u00e9mocratique prend racine dans le d\u00e9bat, pas dans l\u2019argument d\u2019autorit\u00e9. Admettre un r\u00e8gne politique de l\u2019argument d\u2019autorit\u00e9 pr\u00e9supposerait, soit que la communaut\u00e9 scientifique soit capable d\u2019\u00e9tablir des consensus sur l\u2019ensemble des sujets int\u00e9ressant les politiques publiques, soit qu\u2019on conf\u00e8re au pouvoir politique un droit d\u2019arbitrage entre th\u00e9ories scientifiques. La premi\u00e8re alternative, clairement irr\u00e9aliste ne serait-ce qu\u2019en sciences \u00e9conomiques, serait de nature \u00e0 freiner toute recherche scientifique. La seconde est la voie qui correspond aux d\u00e9veloppements actuels. La classe dirigeante actuelle est form\u00e9e aujourd\u2019hui d\u2019intellectuels tels que d\u00e9finis par Hayek en tant que secondhand dealers in ideas<\/em> <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>, c\u2019est-\u00e0-dire des personnes \u00ab capables de s\u2019exprimer sur un large spectre de sujets \u00bb sans avoir besoin de poss\u00e9der une expertise pr\u00e9cise, gr\u00e2ce \u00e0 leur capacit\u00e9 \u00e0 obtenir l\u2019information avant le reste de la population pour la lui transmettre ensuite. Ce sont, au fond, des \u00ab convoyeurs d\u2019id\u00e9es \u00bb. En tant que m\u00e9diateurs entre universitaires et \u00e9lecteurs, ils d\u00e9tiennent de fait un pouvoir d\u2019arbitrage les amenant \u00e0 privil\u00e9gier telle ou telle th\u00e9orie.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Admettre un r\u00e8gne politique de l\u2019argument d\u2019autorit\u00e9 pr\u00e9supposerait, soit que la communaut\u00e9 scientifique soit capable d\u2019\u00e9tablir des consensus sur l\u2019ensemble des sujets int\u00e9ressant les politiques publiques, soit qu\u2019on conf\u00e8re au pouvoir politique un droit d\u2019arbitrage entre th\u00e9ories scientifiques. \u00bb<\/p>Th\u00e9ophile Rospars<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Mais cette situation repose en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 sur un non-sens qui n\u2019a que l\u2019apparence de la scientificit\u00e9. En effet, une th\u00e9orie n\u2019\u00e9tant rien davantage, qu\u2019une explication provisoire, \u00ab qu\u2019une hypoth\u00e8se [qu\u2019on ne pourra] jamais prouver \u00bb <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>, elle livre certes une explication corrobor\u00e9e par l\u2019exp\u00e9rience, mais cette explication est condamn\u00e9e \u00e0 une forme de pr\u00e9carit\u00e9, qui se traduit, dans la m\u00e9thode, par l’attente d\u2019une observation permettant de la r\u00e9futer. Le centrisme int\u00e9gral entend cependant appliquer la th\u00e9orie comme une v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9finitive destin\u00e9e \u00e0 conforter sa l\u00e9gitimit\u00e9 ; ceci pose d\u2019autant plus question que, le r\u00f4le d\u2019un \u00e9lu \u00e9tant selon notre convention constitutionnelle de repr\u00e9senter un corps \u00e9lectoral, il n\u2019est pas de son ressort de proc\u00e9der \u00e0 des arbitrages relevant de la pratique scientifique.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui a abouti \u00e0 la contestation actuelle des trait\u00e9s europ\u00e9ens. Le constituant europ\u00e9en, c\u2019est-\u00e0-dire les chefs d\u2019\u00c9tat et de gouvernement, ont entendu y inscrire dans le marbre des normes ne relevant ni du fonctionnement institutionnel, ni des libert\u00e9s fondamentales, mais de la politique commerciale, agricole et industrielle. Du fait de cette ultra-constitutionnalisation, ces principes sont appliqu\u00e9s comme des v\u00e9rit\u00e9s \u00e9tablies par les \u00c9tats membres sous couvert d\u2019action des institutions europ\u00e9ennes, afin de d\u00e9rouler des \u00e9l\u00e9ments de doctrines n\u00e9es dans les ann\u00e9es 1930 <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Qu\u2019on soit d\u2019accord avec ou non avec ces dispositions, les retirer du d\u00e9bat public et les \u00e9tablir en tant que normes constitutionnelles pose probl\u00e8me et conduit \u00e0 des conflictualit\u00e9s que la d\u00e9mocratie aurait pu pr\u00e9venir.<\/p>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nLa nouvelle technocratie d\u00e9mocratique<\/h3>\n\n\n\n
La n\u00e9cessit\u00e9 du retour du politique ?<\/h3>\n\n\n\n