{"id":45447,"date":"2019-08-19T22:05:07","date_gmt":"2019-08-19T20:05:07","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=45447"},"modified":"2019-08-19T22:16:24","modified_gmt":"2019-08-19T20:16:24","slug":"europacity-un-hyper-lieu-pour-leurope-mondialisee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/08\/19\/europacity-un-hyper-lieu-pour-leurope-mondialisee\/","title":{"rendered":"EuropaCity : un \u00ab hyper-lieu \u00bb pour l\u2019Europe mondialis\u00e9e ?"},"content":{"rendered":"\n

Les opinions exprim\u00e9es dans le pr\u00e9sent article n\u2019engagent que leur auteur.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Le complexe commercial, h\u00f4telier et de loisirs, qui doit \u00eatre construit dans le triangle de Gonesse, entre les a\u00e9roports de Roissy et du Bourget, suscite l\u2019enthousiasme autant que l\u2019ire de l\u2019opinion publique, locale comme nationale. <\/p>\n\n\n\n

Le projet EuropaCity est port\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 Alliages et Territoires, d\u00e9tenue par le groupe Immochan (filiale immobili\u00e8re du groupe Auchan, renomm\u00e9e Ceetrus en 2018 et propri\u00e9t\u00e9 de la famille Mulliez) et son partenaire chinois, Wanda Group. Il doit occuper une surface d\u2019environ 80 hectares, sur les 280 hectares au total que compte la zone d\u2019am\u00e9nagement concert\u00e9 (ZAC) du Triangle de Gonesse, vaste surface aujourd\u2019hui essentiellement agricole, l\u2019une des derni\u00e8res dans le nord-est de l\u2019\u00cele-de-France, et qui concentre beaucoup d\u2019espoirs de la part de la puissance publique pour son potentiel \u00e9conomique. <\/p>\n\n\n\n

Trois ans apr\u00e8s sa cr\u00e9ation par arr\u00eat\u00e9 pr\u00e9fectoral, la ZAC a d\u00e9j\u00e0 subi de nombreux soubresauts administratifs : sa cr\u00e9ation a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise en mars 2018 suite aux recours d\u00e9pos\u00e9s par des associations oppos\u00e9es \u00e0 l\u2019am\u00e9nagement de la zone, au motif que les \u00e9tudes d\u2019impact men\u00e9es jusqu\u2019alors \u00e9taient insuffisantes, motif conforme aux pr\u00e9conisations du rapporteur public. En mars 2019, le plan d\u2019am\u00e9nagement urbain (PLU) de la ville de Gonesse a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 annul\u00e9 par le m\u00eame tribunal, annulant par l\u00e0 m\u00eame la capacit\u00e9 pour la collectivit\u00e9 de rendre la zone constructible. Derni\u00e8re p\u00e9rip\u00e9tie juridique en date, en juillet 2019, la cour administrative d\u2019appel de Versailles a n\u00e9anmoins valid\u00e9 la cr\u00e9ation de la ZAC. <\/p>\n\n\n\n

\u00c0 l\u2019instar d\u2019autres grands projets d\u2019infrastructure en France, EuropaCity fait l\u2019objet d\u2019un combat sans rel\u00e2che entre deux camps irr\u00e9m\u00e9diablement oppos\u00e9s, parfois le fruit d\u2019alliances de circonstances que la perspective du projet a suffi \u00e0 rapprocher. D\u2019une part, les associations locales, comme le Collectif pour le Triangle de Gonesse, des militants \u00e9cologistes, des conservateurs de tous horizons et de toutes \u00e9coles, des anticapitalistes ; de l\u2019autre, les d\u00e9fenseurs du d\u00e9veloppement \u00e9conomique local, du \u00ab d\u00e9senclavement \u00bb du territoire, les investisseurs, architectes, d\u00e9veloppeurs, les collectivit\u00e9s locales et \u00e9lus du Val-d\u2019Oise pour qui EuropaCity a la vertu d\u2019\u00eatre un horizon, le seul depuis longtemps, et pas des moins ambitieux. <\/p>\n\n\n\n

\u00c0 tous \u00e9gards, EuropaCity est un projet gargantuesque, destin\u00e9 \u00e0 satisfaire les d\u00e9sirs et \u00e0 anticiper les aspirations des Franciliens, mais aussi d\u2019une client\u00e8le touristique fran\u00e7aise et internationale. Mais au-del\u00e0 de ses caract\u00e9ristiques formelles, il est avant tout con\u00e7u et revendiqu\u00e9 comme participant d\u2019une nouvelle forme d\u2019urbanit\u00e9, comme une r\u00e9invention du rapport \u00e0 la ville.<\/p>Cl\u00e9mence P\u00e8legrin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

EuropaCity est bel et bien une sorte de n\u0153ud gordien qui oppose deux conceptions du progr\u00e8s et du d\u00e9veloppement. C\u2019est en effet un projet architectural ambitieux, et \u00e0 plusieurs \u00e9gards proprement gigantesque : 230 000 m2 de boutiques, distribu\u00e9es au rez-de-chauss\u00e9e des diff\u00e9rents b\u00e2timents du complexe ; 50 000 m2 d\u2019espace d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la \u00ab culture \u00bb, avec une halle d\u2019exposition, un centre d\u00e9di\u00e9 au cin\u00e9ma, un cirque contemporain, une r\u00e9sidence de cr\u00e9ateurs et une salle de spectacle ; une ferme urbaine de 7 hectares, dot\u00e9e de son propre syst\u00e8me de compostage des d\u00e9chets induits par l\u2019exploitation, et dont les fruits et les l\u00e9gumes cultiv\u00e9s seront servis dans les restaurants du site ; plusieurs h\u00f4tels, du 3 \u00e9toiles au 5 \u00e9toiles, pour un total de 2 000 chambres ; il \u00e9tait m\u00eame question, avant la r\u00e9vision du plan directeur en 2017, d\u2019une piste de ski artificielle \u2013 projet que la soci\u00e9t\u00e9 a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 abandonner devant le scandale farouche que l\u2019annonce avait suscit\u00e9. L\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de ces installations sera accessible depuis la gare de Gonesse de la ligne 17 du Grand Paris Express, pr\u00e9vue pour 2027, et qui doit relier EuropaCity \u00e0 Paris en 24 minutes et \u00e0 Roissy-Charles de Gaulle en 7 minutes. \u00c0 tous \u00e9gards, EuropaCity est un projet gargantuesque, destin\u00e9 \u00e0 satisfaire les d\u00e9sirs et \u00e0 anticiper les aspirations des Franciliens, mais aussi d\u2019une client\u00e8le touristique fran\u00e7aise et internationale. Par sa nature \u2013 un espace m\u00ealant commerce, loisirs et h\u00f4tellerie \u2013 son envergure \u2013 le plus grand centre commercial de France, le Carr\u00e9 S\u00e9nart, ne compte que<\/em> 140 000 m2 de surface commerciale \u2013 et son ambition, EuropaCity est un projet sans \u00e9gal aujourd\u2019hui en Europe. Mais au-del\u00e0 de ses caract\u00e9ristiques formelles, il est avant tout con\u00e7u et revendiqu\u00e9 comme participant d\u2019une nouvelle forme d\u2019urbanit\u00e9, comme une r\u00e9invention du rapport \u00e0 la ville. <\/p>\n\n\n\n

EuropaCity, un projet qui repousse les limites du gigantisme commercial moderne<\/h3>\n\n\n\n

EuropaCity s\u2019inscrit dans une longue lign\u00e9e de sophistications des espaces de chalandise, qui na\u00eet avec les premi\u00e8res galeries marchandes europ\u00e9ennes du XIXe si\u00e8cle. En France, les centres commerciaux tels qu\u2019ils se sont multipli\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui suivent toujours la m\u00eame structure, sur le mod\u00e8le am\u00e9ricain des ann\u00e9es 1920, \u00e0 laquelle tel ou tel promoteur sait apporter une forme d\u2019in\u00e9dit \u2013 un hypermarch\u00e9 autour duquel sont agglom\u00e9r\u00e9s d\u2019autres boutiques, restaurants et services, dont l\u2019activit\u00e9 compl\u00e8te celle de l\u2019hypermarch\u00e9 et permet de profiter de l\u2019attractivit\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par ce dernier \u2013 \u00e0 travers ses grands espaces de stationnement, la grande vari\u00e9t\u00e9 et le choix de produits propos\u00e9s, in\u00e9galable dans les centres villes, son confort et sa praticit\u00e9 \u2013 pour soutenir l\u2019activit\u00e9 des boutiques dans son orbite, dans un cycle vertueux de commodit\u00e9 et de concentration g\u00e9ographique de la satisfaction des besoins des consommateurs. Le premier exemple du genre en France est celui d\u2019Englos, pr\u00e8s de Lille, ouvert en 1969 par la famille Mulliez. Cinquante ans tout juste apr\u00e8s l\u2019ouverture du premier centre commercial de France, la m\u00eame famille Mulliez veut, \u00e0 travers EuropaCity, r\u00e9pondre aux aspirations de son \u00e9poque, comme elle l\u2019a fait nagu\u00e8re \u00e0 Englos \u2013 plus encore, elle veut anticiper et forger les aspirations des consommateurs de ces trente prochaines ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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La grande galerie souterraine du Forum des Halles, 1985<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

EuropaCity renouvelle \u00e0 son tour l\u2019ambition d\u00e9j\u00e0 ancienne d\u2019imiter et de reconstruire des villes en p\u00e9riph\u00e9rie et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des villes, \u00e0 l\u2019instar des premiers centres commerciaux comme Englos. Cette d\u00e9marche se distingue d\u2019autres projets de centres commerciaux embl\u00e9matiques de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, \u00e0 commencer par le Forum des Halles, cr\u00e9\u00e9 sur le site de l\u2019ancien march\u00e9 \u00e9ponyme, que le Premier ministre Michel Debr\u00e9 avait d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9m\u00e9nager \u00e0 Rungis en 1960. Apr\u00e8s la destruction des halles Baltard et dix ans de b\u00e9ance, une premi\u00e8re partie du nouveau Forum est inaugur\u00e9e en 1979, au-dessus du principal n\u0153ud de transports publics de la capitale et de la r\u00e9gion. Sur trois niveaux, entre la gare de RER et la surface, une ville souterraine est ainsi creus\u00e9e, accueillant des espaces commerciaux, de loisirs et culturels sur pr\u00e8s de 70 000 m2, reli\u00e9s entre eux et \u00e0 la ville par un ensemble de voies et portes nouvelles. Le \u00ab ventre \u00bb des Halles absorbe et r\u00e9gurgite 48 millions de visiteurs annuels, et plus de 750 000 passagers par jour ; tant\u00f4t usagers des transports, tant\u00f4t clients du Forum, puisque la galerie marchande est un passage oblig\u00e9 vers la gare de RER \u2013 la confusion demeure entre les deux statuts. La cession, en 2010 par la mairie de Paris, de ces \u00e9tages entre la gare de RER et la surface, \u00e0 Unibail, exploitant depuis 1976, ach\u00e8ve de semer la confusion entre le Forum commercial et la gare de Ch\u00e2telet-Les Halles <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Les \u201cParapluies\u201d des Halles de l\u2019architecte Jean Willerval, inaugur\u00e9s en 1983<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Selon l\u2019urbaniste Fran\u00e7oise Fromonot, \u00ab le fait qu\u2019un espace priv\u00e9 doive \u00eatre travers\u00e9 pour aller d\u2019une gare publique \u00e0 un sol public \u00bb pose un probl\u00e8me dans le rapport \u00e0 la ville <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. EuropaCity ne devrait pas d\u00e9roger \u00e0 ce questionnement. En effet, la future gare de Gonesse, implant\u00e9e \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du centre commercial, mais \u00e0 plus d\u20191,5 km du centre-ville de Gonesse, ferait p\u00e9n\u00e9trer quasi instantan\u00e9ment dans le p\u00e9rim\u00e8tre direct d\u2019EuropaCity, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans le \u00ab parc cr\u00e9atif \u00bb, accessible gratuitement et ouvert 20h\/24. <\/p>\n\n\n\n

La future gare de Gonesse, implant\u00e9e \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du centre commercial, mais \u00e0 plus d\u20191,5 km du centre-ville de Gonesse, ferait p\u00e9n\u00e9trer quasi instantan\u00e9ment dans le p\u00e9rim\u00e8tre direct d\u2019EuropaCity, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans le \u00ab parc cr\u00e9atif \u00bb, accessible gratuitement et ouvert 20h\/24. <\/p>Cl\u00e9mence P\u00e8legrin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le plan directeur initial, pr\u00e9sent\u00e9 par le cabinet d\u2019architectes de Bjarke Ingels, pr\u00e9voyait la construction d\u2019un unique b\u00e2timent en forme d\u2019anneau au milieu de la parcelle. Devant l\u2019accueil mitig\u00e9 de l\u2019opinion, et la comparaison anxiog\u00e8ne du futur site avec une soucoupe volante pos\u00e9e en pleine campagne, un nouveau concours d\u2019architecture a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 en juillet 2017, pour dessiner ce qui doit davantage s\u2019apparenter \u00e0 un quartier qu\u2019\u00e0 un centre commercial, cat\u00e9gorisation dont EuropaCity cherche \u00e0 s\u2019\u00e9loigner, beaucoup par la paraphrase. Plus de trente cabinets d\u2019architectes ont donc pr\u00e9sent\u00e9 des propositions relatives aux huit b\u00e2timents embl\u00e9matiques du futur \u00ab \u00e9cosyst\u00e8me urbain \u00bb \u00e0 la commission compos\u00e9e de Bjarke Ingels Group (BIG), la ville de Gonesse et de Grand Paris Am\u00e9nagement : centre de congr\u00e8s, parc aquatique, cirque contemporain, salle de concerts, etc. Les commerces, au lieu d\u2019\u00eatre concentr\u00e9s dans une seule et m\u00eame structure, sont diss\u00e9min\u00e9es au rez-de-chauss\u00e9e des diff\u00e9rents b\u00e2timents. Outre les constructions \u00e0 usage bien d\u00e9fini \u2013 salle de concert, halle d\u2019expositions \u2013 dont la description laisse n\u00e9anmoins entendre qu\u2019elles sont con\u00e7ues dans une optique \u00ab participative \u00bb et \u00ab \u00e9volutive \u00bb, la nature commerciale d\u2019EuropaCity accompagne donc la promenade, de part et d\u2019autre du parc ouvert au public, et d\u2019opportunit\u00e9 de loisir en opportunit\u00e9 de d\u00e9paysement.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Vue d\u2019ensemble du projet EuropaCity<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

En somme, EuropaCity diff\u00e8re fondamentalement du Forum des Halles pour des raisons d\u2019abord spatiales : les Halles, noeud historique de l\u2019\u00e9conomie marchande parisienne, se sont doubl\u00e9es de la plus grande gare souterraine d\u2019Europe et de l\u2019un des centres commerciaux les plus visit\u00e9s de France, le tout dans une configuration particuli\u00e8rement contrainte. Le super centre commercial enterr\u00e9 profite du flux quasi ininterrompu de passagers quotidiens, qui eux-m\u00eames se saisissent de la concentration de biens et services du Forum. La m\u00eame logique s\u2019applique aux 4 Temps, \u00e0 la D\u00e9fense ; inaugur\u00e9 en 1981, dont le succ\u00e8s s\u2019appuie aussi sur la concentration d\u2019employ\u00e9s du quartier d\u2019affaires et sur les usagers de la gare de la D\u00e9fense. Le d\u00e9veloppement du Grand Paris et la transformation du r\u00e9seau de transports publics francilien ne devraient pas tarir le flux d\u2019usagers-clients qui traversent quotidiennement le Forum. EuropaCity, parce qu\u2019il entend urbaniser le triangle de Gonesse, un no man\u2019s land<\/em> aujourd\u2019hui non constructible et enclav\u00e9 entre un a\u00e9roport international et une capitale europ\u00e9enne, parce qu\u2019il entend r\u00e9aliser un potentiel \u00e9conomique dans un territoire aujourd\u2019hui \u00ab d\u00e9laiss\u00e9 \u00bb par la puissance publique, parce qu\u2019il entend \u00e0 la fois r\u00e9pondre \u00e0 une demande suppos\u00e9e et anticiper les mutations soci\u00e9tales qui, elles-m\u00eames, engendrent des modes de consommation pr\u00e9sum\u00e9s nouveaux, se distingue fondamentalement de toute initiative pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n\n\n\n

Plus qu\u2019une zone de chalandise, un hyper-lieu<\/em> pour l\u2019Europe mondialis\u00e9e<\/h3>\n\n\n\n

EuropaCity prouve donc par l\u2019exemple l\u2019influence croissante qu\u2019exercent les ma\u00eetrises d\u2019ouvrage priv\u00e9es sur l\u2019am\u00e9nagement urbain. Unique raison \u00e0 l\u2019implantation d\u2019une gare du Grand Paris Express dans le Val d\u2019Oise, le projet participe, par son emprise au sol et par sa concentration in\u00e9dite de commerces et de services, \u00e0 profond\u00e9ment modeler son environnement, en se substituant \u00e0 la puissance publique. Les investisseurs et le ma\u00eetre d\u2019ouvrage ne se contentent pas de construire, ils expriment et portent des valeurs \u2013 inclusivit\u00e9, sociabilit\u00e9, etc. \u2013 les mat\u00e9rialisent, comme les architectes en ont toujours eu l\u2019ambition, avec plus ou moins de succ\u00e8s, et cr\u00e9ent l\u2019illusion d\u2019un espace urbain, public, mais \u00e0 vocation commerciale. Mais si EuropaCity n\u2019est pas tout \u00e0 fait un centre commercial, il n\u2019est pas tout \u00e0 fait une ville non plus : on n\u2019y vivra pas. Une ville fr\u00e9quent\u00e9e 20h\/24, sans autres habitants que les chalands le jour, les clients des h\u00f4tels la nuit, et les quelques prestataires de s\u00e9curit\u00e9 priv\u00e9e ne peut pas tout \u00e0 fait \u00eatre appel\u00e9e une ville \u2013 encore moins europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Franklin Azzi Architecture<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

\u00ab Sur un socle ouvert et transparent faisant face au parc, nous avons imagin\u00e9 un b\u00e2timent sous forme de topographie, habill\u00e9 d’une grande cape verte figurant un grand paysage de montagne \u00e0 arpenter. Les fa\u00e7ades se camouflent dans une nature dense offrant calme et intimit\u00e9 \u00e0 chacune des chambres de l’h\u00f4tel. Les toitures deviennent des territoires \u00e0 conqu\u00e9rir : promenades sur les lignes de cr\u00eate, espaces verts d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la d\u00e9tente, points culminants devenant des belv\u00e9d\u00e8res offerts \u00e0 tous. \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n

Les investisseurs et le ma\u00eetre d\u2019ouvrage ne se contentent pas de construire, ils expriment et portent des valeurs \u2013 inclusivit\u00e9, sociabilit\u00e9, etc. \u2013 les mat\u00e9rialisent, comme les architectes en ont toujours eu l\u2019ambition, avec plus ou moins de succ\u00e8s, et cr\u00e9ent l\u2019illusion d\u2019un espace urbain, public, mais \u00e0 vocation commerciale.<\/p>Cl\u00e9mence P\u00e8legrin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

EuropaCity projette d\u2019accueillir, \u00e0 terme, 31 millions de visiteurs par an, dont 6 millions de touristes fran\u00e7ais et \u00e9trangers. Si son succ\u00e8s \u00e9conomique doit s\u2019\u00e9panouir gr\u00e2ce \u00e0 une localisation avantageuse, c\u2019est aussi possiblement gr\u00e2ce \u00e0 la cr\u00e9ation \u00ab d\u2019exp\u00e9riences client \u00bb sans cesse renouvel\u00e9es et en avance sur les attentes actuelles : personnalisation du service, offres commerciales cibl\u00e9es, \u00e9v\u00e9nements marketing, participation active du client aux manifestations organis\u00e9es <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u2026 \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 la distribution cherche \u00e0 se renouveler pour maintenir la g\u00e9n\u00e9ration de croissance et de b\u00e9n\u00e9fices, l\u2019attraction et la r\u00e9tention des clients doit se parer de nouvelles m\u00e9thodes que la r\u00e9volution num\u00e9rique permet de d\u00e9multiplier. Si EuropaCity t\u00e9moigne d\u2019une telle inventivit\u00e9, c\u2019est parce que ses concepteurs sont anim\u00e9s d\u2019un r\u00eave que beaucoup de centre-bourgs partagent depuis plusieurs ann\u00e9es : le renforcement du lien social. En parlant d\u2019espace \u00ab inclusif \u00bb et \u00ab d\u00e9sirable \u00bb, EuropaCity veut convaincre les Franciliens des prochaines d\u00e9cennies de sortir de chez eux pour \u00ab vivre des choses avec d\u2019autres gens \u00bb <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, alors qu\u2019ils b\u00e9n\u00e9ficient d\u00e9j\u00e0 gr\u00e2ce \u00e0 Internet et des smartphones de l\u2019offre culturelle, sociale et de loisirs la plus importante, contre laquelle aucun comit\u00e9 des f\u00eates ne pourrait lutter. C\u2019est ainsi que l\u2019exprime Beno\u00eet Chang, directeur g\u00e9n\u00e9ral d\u2019EuropaCity : \u00ab Aujourd’hui nous switchons sans aucune difficult\u00e9 de la culture aux loisirs, \u00e0 l’\u00e9ducation, aux commerces depuis notre smartphone. Un lieu physique doit \u00eatre capable de produire cette m\u00eame diversit\u00e9 d’offres. \u00bb <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n

La notion d\u2019hyper-lieu a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e par le g\u00e9ographe Michel Lussault dans un ouvrage de 2017, en r\u00e9ponse \u00e0 la notion de non lieu, ces espaces cr\u00e9\u00e9s par la mondialisation, standardis\u00e9s et uniformes, participant de l\u2019absence d\u2019identit\u00e9 de nombreux lieux fonctionnels comme les a\u00e9roports et les centres commerciaux.<\/p>Cl\u00e9mence P\u00e8legrin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Aussi, par son ambition, par ses dimensions et par sa concentration d\u2019une vari\u00e9t\u00e9 in\u00e9dite de biens et services propos\u00e9s, le futur site d\u2019EuropaCity s\u2019apparente davantage \u00e0 un hyper-lieu qu\u2019\u00e0 un centre commercial classique tel qu\u2019h\u00e9rit\u00e9 du mod\u00e8le des ann\u00e9es 1960. La notion d\u2019hyper-lieu a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e par le g\u00e9ographe Michel Lussault dans un ouvrage de 2017 <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>, en r\u00e9ponse \u00e0 la notion de non lieu <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>, ces espaces cr\u00e9\u00e9s par la mondialisation, standardis\u00e9s et uniformes, participant de l\u2019absence d\u2019identit\u00e9 de nombreux lieux fonctionnels comme les a\u00e9roports et les centres commerciaux. La d\u00e9finition que propose Lussault passe par cinq caract\u00e9ristiques essentielles :<\/p>\n\n\n\n