Quels sont aujourd\u2019hui les principaux sujets g\u00e9opolitiques internes \u00e0 la Belgique ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nS\u2019agissant de mon pays, la premi\u00e8re r\u00e9ponse est la plus \u00e9vidente, tout le monde s\u2019en doute un peu. La Belgique est un \u00c9tat qui n\u2019est pas homog\u00e8ne d\u2019un point de vue linguistique et qui, de ce fait, a d\u00fb se doter d\u2019une structure politico-administrative assez complexe qui est celle d\u2019une f\u00e9d\u00e9ration. Je dirais m\u00eame d\u2019une f\u00e9d\u00e9ration sui generis,<\/em> puisque toute une s\u00e9rie d\u2019\u00e9l\u00e9ments de ce f\u00e9d\u00e9ralisme belge sont singuliers \u00e0 la Belgique et ne se retrouvent pas dans d\u2019autres formes de f\u00e9d\u00e9ralisme. Donc la premi\u00e8re question est de savoir comment les contraintes g\u00e9ographiques (l\u00e0 aussi prises au sens large), pas uniquement la g\u00e9ographie physique mais aussi humaine, politique, la g\u00e9ographie \u00e9conomique, cela va de soi ; comment ces contraintes ont-elles abouti \u00e0 la formation de la Belgique d\u2019aujourd\u2019hui et comment envisager son \u00e9volution demain ?<\/p>\n\n\n\nLa g\u00e9opolitique de toute \u00e9vidence ne doit pas servir seulement \u00e0 analyser ce qui s\u2019est pass\u00e9 et ce qui existe aujourd\u2019hui mais doit aussi examiner les sc\u00e9narios d\u2019avenir et leur pr\u00e9visibilit\u00e9. Initialement pour mon pays, il faut remonter \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la Gaule. Les peuplades qui ont occup\u00e9 le sol de ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui la Belgique \u00e9taient des Germains et des Celtes, \u00e0 peu pr\u00e8s en m\u00eame proportion d\u2019ailleurs. Avec de temps \u00e0 autre des rivalit\u00e9s, voire des repoussements vers ce qu\u2019on appelait \u00e0 l\u2019\u00e9poque la Bretagne et qui est aujourd\u2019hui la Grande-Bretagne, vers la r\u00e9gion du Rhin, voire plus loin vers le Danube. Il va de soi que, quand je parle de Belgique, je parle d\u2019un espace g\u00e9ographique qui s\u2019\u00e9tendait non seulement sur le territoire belge d\u2019aujourd\u2019hui mais qui englobait aussi le Nord de la France, le Sud des Pays-Bas et l\u2019Ouest de l\u2019Allemagne, ce qui correspondait aux terres des peuples de la Gaule Belgique. C\u2019est la r\u00e9gion dont parle C\u00e9sar dans son fameux De Bello Gallico<\/em>, dont tout le monde en Belgique (du moins ceux qui ont fait du latin !) apprenait \u00e0 l\u2019\u00e2ge de douze ou treize ans la phrase embl\u00e9matique, Horum omnium fortissimi sunt Belgae<\/em>, de tous ces peuples (de la Gaule), les Belges sont les plus\u2026 cela d\u00e9pend de la d\u00e9finition qu\u2019on donne \u00e0 l\u2019adjectif fortis<\/em> qui a \u00e9volu\u00e9 au cours des \u00e2ges. En suivant Cic\u00e9ron, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 C\u00e9sar l\u2019a \u00e9crit cela voulait plut\u00f4t dire barbare, dans le sens \u00ab sauvages extr\u00eamement violents \u00bb. Heureusement aujourd\u2019hui on ne peut plus en dire autant. En tout \u00e9tat de cause, ce qui est devenu aujourd\u2019hui la Belgique \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 terre de croisements ethniques. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un carrefour linguistique. <\/p>\n\n\n\nJe vous passe toute l\u2019Histoire mais il importe de rappeler qu\u2019au cours des si\u00e8cles, ce qui est aujourd\u2019hui la Belgique a connu de nombreuses dominations \u00e9trang\u00e8res qui ne furent jamais n\u00e9erlandophones sauf la derni\u00e8re p\u00e9riode o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 occup\u00e9s par les Pays-Bas, imm\u00e9diatement avant l\u2019ind\u00e9pendance belge de 1830. En dehors de cette \u00e9poque hollandaise la domination fut autrichienne, espagnole, bourguignonne ou fran\u00e7aise ; napol\u00e9onienne d\u2019ailleurs puisque Bonaparte avait m\u00eame trac\u00e9 chez nous les fronti\u00e8res de d\u00e9partements. <\/p>\n\n\n\n
Tout cela s\u2019est fait \u00e0 la faveur du fran\u00e7ais. Les cours de Vienne, Madrid et autres, bien s\u00fbr Paris, ne parlaient pas le n\u00e9erlandais. C\u2019\u00e9tait le fran\u00e7ais la langue v\u00e9hiculaire en Europe et c\u2019est donc le fran\u00e7ais qui s\u2019est impos\u00e9 aux \u00e9lites politiques et administratives en Belgique. Le n\u00e9erlandais d\u2019ailleurs n\u2019existait pas encore non plus sous la forme codifi\u00e9e et harmonis\u00e9e qu\u2019on lui conna\u00eet. Quant au flamand, on observera qu\u2019il n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9 comme une langue mais bien comme une s\u00e9rie de dialectes. Les langues officielles de la Belgique d\u2019aujourd\u2019hui sont le n\u00e9erlandais, le fran\u00e7ais et l\u2019allemand. A Anvers, \u00e0 Gand, dans le Limbourg, le long de la c\u00f4te\u2026 outre le n\u00e9erlandais, les gens parlent des dialectes du flamand. La langue n\u00e9erlandaise elle-m\u00eame n\u2019a \u00e9t\u00e9 unifi\u00e9e et codifi\u00e9e qu\u2019assez tardivement au moment o\u00f9 les Pays-Bas sont devenus une tr\u00e8s grande puissance commerciale et maritime dans les ann\u00e9es 1600-1650, plus forte m\u00eame que la Grande-Bretagne, avec une flotte gigantesque qui leur a permis de b\u00e2tir l\u2019Empire des Indes orientales, dans ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui l\u2019Indon\u00e9sie. Les Pays-Bas s\u2019\u00e9taient donc consid\u00e9rablement d\u00e9velopp\u00e9s en cr\u00e9ant un tr\u00e8s grand empire colonial. Ils \u00e9taient devenus une v\u00e9ritable puissance. De l\u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019unification et de codification de la langue.<\/p>\n\n\n\n
On a donc connu dans cette r\u00e9gion qui englobe la Belgique une \u00e9volution tr\u00e8s contrast\u00e9e selon les endroits. Il faut d\u2019ailleurs diff\u00e9rencier les Pays-Bas du nord et les Pays-Bas du sud, ceux du nord \u00e9tant les Pays-Bas actuels et ceux du sud la Belgique ainsi qu\u2019une partie du nord de la France. Mais il y a toujours eu des interactions entre ces territoires. Du point de vue linguistique cependant et pratiquement jusqu\u2019\u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale, toutes les \u00e9lites flamandes parlaient fran\u00e7ais. Il n\u2019y avait que le peuple, essentiellement agricole \u00e0 l\u2019\u00e9poque, qui parlait le flamand. Donc pour ce qui est aujourd\u2019hui de la question des langues et la lecture g\u00e9opolitique qu\u2019on peut en avoir, qui est locale et europ\u00e9enne, on peut dire que toute cette \u00e9volution s\u2019est faite d\u2019une mani\u00e8re pas du tout lin\u00e9aire pour en arriver au lendemain de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale o\u00f9 la Flandre entame un d\u00e9collage \u00e9conomique extr\u00eamement impressionnant qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 \u00eatre aujourd\u2019hui une des r\u00e9gions d\u2019Europe les plus prosp\u00e8res en termes de PIB par habitant. En peloton de t\u00eate des r\u00e9gions de l\u2019Union avec une \u00e9conomie extr\u00eamement innovante tourn\u00e9e vers les nouvelles technologies, l\u2019intelligence artificielle et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela une \u00e9conomie plus traditionnelle autour de grands p\u00f4les logistiques que sont les ports d\u2019Anvers, de Zeebrugge et de Gand, p\u00f4les de transports maritime et industriel. Anvers est par exemple le deuxi\u00e8me site p\u00e9trochimique du monde apr\u00e8s Houston au Texas. Il y a donc toute une industrie p\u00e9trochimique qui contribue puissamment \u00e0 faire de la r\u00e9gion d\u2019Anvers une zone de d\u00e9veloppement \u00e9conomique tr\u00e8s forte. <\/p>\n\n\n\n
La position g\u00e9ographique de la Flandre et de la Belgique de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, combin\u00e9e \u00e0 ses atouts logistiques, a permis un d\u00e9collage \u00e9conomique. Nous sommes dans la proximit\u00e9 de toute une s\u00e9rie de centres de d\u00e9veloppement \u00e9conomique extr\u00eamement forts en Europe. Vous avez la banane qui commence entre Ruhr et Rhin et se prolonge pratiquement jusqu\u2019\u00e0 Milan et une autre banane dans le Randstad hollandais, c\u2019est-\u00e0-dire la r\u00e9gion d\u2019Amsterdam, Rotterdam plus Anvers et qui remonte vers l\u2019Allemagne avec des possibilit\u00e9s de d\u00e9ploiement logistique et de distribution qui nous ont permis une prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique flagrante. Cette localisation, il faut la regarder sur une carte et voir les distances entre la Belgique et tous ces grands p\u00f4les voisins de d\u00e9veloppement \u00e9conomique. A l\u2019inverse, la r\u00e9gion de Dunkerque est proche de la Flandre mais les ports y sont de plus petite taille. Dunkerque est justement bien plus lointaine des autres p\u00f4les \u00e9conomiques europ\u00e9ens, il y a beaucoup moins de possibilit\u00e9s de transit rapide des marchandises avec la r\u00e9gion allemande du Rhin-Ruhr. <\/p>\n\n\n\n
Et au point de vue plus politique ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nSur ce fond de g\u00e9o-\u00e9conomie se greffe la question du politique. On a affaire aujourd\u2019hui \u00e0 une Belgique qui pr\u00e9sente une triple facette (Flandre, Wallonie et Bruxelles). La Flandre est extr\u00eamement puissante sur le plan \u00e9conomique : sur les 11 millions d\u2019habitants de la Belgique, un peu plus de 6 millions habitent cette r\u00e9gion. J\u2019\u00e9voquerai Bruxelles plus avant. La Wallonie, quant \u00e0 elle, est la partie sud du pays qui avait \u00e9t\u00e9 une des toutes premi\u00e8res en Europe \u00e0 embrayer sur la r\u00e9volution industrielle en cr\u00e9ant dans les bassins sid\u00e9rurgiques de Li\u00e8ge et Charleroi des industries \u00e0 la fois mini\u00e8res et sid\u00e9rurgiques tr\u00e8s importantes. C\u2019est l\u2019\u00e9poque ou l\u2019ing\u00e9nieur britannique John Cockerill d\u00e9veloppe de nouveaux proc\u00e9d\u00e9s pour la sid\u00e9rurgie, il s\u2019\u00e9tablit \u00e0 Li\u00e8ge et cr\u00e9e une industrie sid\u00e9rurgique qui jusque dans les ann\u00e9es 1970 a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s performante. <\/p>\n\n\n\n
Depuis malheureusement il y a eu un effondrement de la sid\u00e9rurgie et de l\u2019industrie extractive du charbon \u00e0 peu pr\u00e8s partout en Europe. On le voit encore aujourd\u2019hui, ce que les Europ\u00e9ens font encore en sid\u00e9rurgie sont des produits finis dans des niches tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9es, mais l\u2019industrie de base n\u2019est plus pr\u00e9sente car nous ne sommes plus comp\u00e9titifs. Cela a conduit \u00e0 un effondrement industriel de la Wallonie qui a eu lieu essentiellement dans les ann\u00e9es 1960-70 mais dont les effets se font ressentir encore aujourd\u2019hui de fa\u00e7on parfois dramatique. <\/p>\n\n\n\n
La Wallonie toutefois ne peut \u00eatre d\u00e9crite seulement comme une r\u00e9gion en d\u00e9clin. Elle est aussi assez diversifi\u00e9e car il y existe de remarquables poches de d\u00e9veloppement \u00e9conomique et de richesse. Par exemple les environs de Wavre (r\u00e9gion de Brabant-Wallon) constituent l\u2019une des poches les plus prosp\u00e8res du pays parce qu\u2019elles abritent deux types d\u2019entreprises qui connaissent beaucoup de succ\u00e8s : d\u2019abord tout ce qui concerne le p\u00f4le pharmaceutique et la bio-industrie avec souvent de tr\u00e8s grosses firmes (GlaxoSmithKline pour n\u2019en citer qu\u2019une seule d\u2019entre elles) et ensuite toute une s\u00e9rie de petites et tr\u00e8s petites entreprises dans le domaine scientifique qui \u00e9manent de l\u2019universit\u00e9 catholique de Louvain (des \u00ab spin off \u00bb de l\u2019UCL) avec des ing\u00e9nieurs, des chercheurs qui d\u00e9cident de se lancer dans les affaires. Je prends pour exemple une firme qui s\u2019appelle IBA et qui a d\u00e9velopp\u00e9 une s\u00e9rie d\u2019applications m\u00e9dicales et industrielles sur la base des acc\u00e9l\u00e9rateurs de particules. Il y a \u00e9norm\u00e9ment de domaines d\u2019application industrielle ou m\u00e9dicale, tout une s\u00e9rie de traitements du cancer utilisent les acc\u00e9l\u00e9rateurs de particules pour faire des bombardements d\u2019ions. Vous avez d\u2019autres applications, industrielles celles-l\u00e0, qui rel\u00e8vent de la m\u00eame technologie comme les films plastiques qui entourent les aliments. L\u2019exemple d\u2019IBA qui a commenc\u00e9 comme toute petite firme d\u2019ing\u00e9nieurs dipl\u00f4m\u00e9s de l\u2019UCL et est maintenant une grande entreprise \u00e0 vocation mondiale illustre bien cette Wallonie qui r\u00e9ussit. <\/p>\n\n\n\n
Tandis qu\u2019il y a d\u2019autres parties de la Wallonie, ce qu\u2019on appelle le centre notamment avec la r\u00e9gion de Charleroi et le Hainaut o\u00f9 vous avez des friches industrielles \u00e0 ne plus savoir o\u00f9 les mettre, un taux de ch\u00f4mage affolant et des perspectives beaucoup trop mis\u00e9rables pour les jeunes g\u00e9n\u00e9rations. La Wallonie pr\u00e9sente aujourd\u2019hui un visage tr\u00e8s contrast\u00e9 avec des poches de d\u00e9veloppement \u00e9conomique impressionnant et des poches de sous-d\u00e9veloppement aussi impressionnant. <\/p>\n\n\n\n
Au milieu il y a Bruxelles, officiellement r\u00e9gion bilingue puisque capitale du pays, historiquement clairement flamande mais devenue aujourd\u2019hui essentiellement francophone. Enfin, c\u2019est avant tout une m\u00e9tropole internationale o\u00f9 le pourcentage de non-Belges d\u00e9passe celui de toutes les autres capitales d\u2019Europe. Bruxelles est belge bien s\u00fbr mais aussi internationale avec des institutions comme la Commission europ\u00e9enne, le Conseil de l\u2019UE et l\u2019OTAN, ce qui am\u00e8ne beaucoup de fonctionnaires internationaux. Mais d\u2019un point de vue belge, Bruxelles est bilingue. Pour toute une s\u00e9rie de raisons qui tiennent en grande partie \u00e0 ce que les revenus de la fiscalit\u00e9 des entreprises y sont faibles alors que les d\u00e9penses y sont lourdes pour la gestion infrastructurelle d\u2019une grande conurbation, Bruxelles est une r\u00e9gion relativement pauvre par rapport \u00e0 la Flandre et m\u00eame la Wallonie. <\/p>\n\n\n\n
Les francophones en Belgique sont autour de 4,3 millions mais il reste encore une troisi\u00e8me composante linguistique de la Belgique : la communaut\u00e9 des germanophones. En Belgique, les r\u00e9gions (Flandre, Wallonie et Bruxelles) ont des assises territoriales tandis que les communaut\u00e9s (flamande, fran\u00e7aise et germanophone) ont des bases linguistiques. En Flandre cependant, la r\u00e9gion et la communaut\u00e9 ont fusionn\u00e9. R\u00e9sultat de l\u2019Histoire du XXe si\u00e8cle, nous avons 85 000 Belges dont la langue maternelle est l\u2019allemand. En taille, cette communaut\u00e9 germanophone \u00e9quivaut \u00e0 une petite ville ou une grosse bourgade en Allemagne mais dispose de ses propres institutions ex\u00e9cutives et l\u00e9gislatives. On ne va pas trop parler d\u2019eux aujourd\u2019hui car, du fait de leur faible nombre, ils sont moins repr\u00e9sentatifs d\u2019un point de vue macro-\u00e9conomique ou politique. Les Germanophones sont toutefois des Belges tr\u00e8s loyaux \u00e0 la fois au pays et \u00e0 son syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n
Les communaut\u00e9s flamande et fran\u00e7aise (entendez \u00ab francophone \u00bb) habitent donc des r\u00e9gions (Flandre et Wallonie) dont le sort \u00e9conomique est tr\u00e8s diversifi\u00e9. Un Nord g\u00e9n\u00e9ralement prosp\u00e8re et nanti d\u2019une \u00e9conomie tr\u00e8s moderne, ce qui se refl\u00e8te dans le fait que les partis de gauche y sont relativement faibles car il y a relativement peu d\u2019ouvriers. Il n\u2019y a en effet presque plus d\u2019ouvriers en Flandre, ils sont devenus employ\u00e9s ou techniciens tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9s dans une mati\u00e8re ou une autre. Le PS flamand depuis la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale a terriblement chut\u00e9 en importance car il ne dispose plus d\u2019une base ouvri\u00e8re forte. Sa base est aujourd\u2019hui essentiellement la classe moyenne intellectuelle et non plus ouvri\u00e9riste, ce qui permet de mobiliser d\u2019importantes foules de militants. La Flandre vote clairement \u00e0 droite et au centre-droit. <\/p>\n\n\n\n
C\u2019est tout \u00e0 fait diff\u00e9rent en Wallonie o\u00f9 il y a encore une base ouvri\u00e8re importante et malheureusement aussi une base, si je peux m\u2019exprimer ainsi, de \u00ab laiss\u00e9s-pour-compte \u00bb, de gens qui ont d\u00e9croch\u00e9 du syst\u00e8me de l\u2019emploi pour toutes sortes de raisons et qui, donc, votent \u00e0 gauche ou protestataire. Ce dualisme \u00e9conomique entre Flandre et Wallonie d\u00e9bouche directement sur une situation \u00e9lectorale tr\u00e8s diverse. Comme tous les pays d\u2019Europe nous avons connu en mai dernier des \u00e9lections. En Belgique toutefois, elles furent non seulement europ\u00e9ennes mais aussi f\u00e9d\u00e9rales et nous avons eu comme tous les pays d\u2019Europe un vote protestataire important. Cela n\u2019est pas tr\u00e8s remarquable mais ce qui l\u2019est, c\u2019est que ce vote protestataire s\u2019est exprim\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame-droite en Flandre et \u00e0 l\u2019extr\u00eame-gauche en Wallonie. Le parti vainqueur en Flandre, la N-VA, s\u2019est vu d\u00e9bord\u00e9 sur sa droite par un parti r\u00e9solument d\u2019extr\u00eame-droite qui s\u2019appelle le Vlaams Belang, une sorte de Rassemblement national, parfois plus extr\u00e9miste encore. En Wallonie en revanche, le PS s\u2019est fait d\u00e9passer sur sa gauche par le Parti du travail de Belgique (PTB) qui est en fait un parti marxiste-l\u00e9niniste qui ne dit pas franchement son nom. Ce n\u2019est pas un parti de gouvernement mais d\u2019opposition syst\u00e9matique, un parti qui ressemble \u00e0 La France insoumise mais parfois aussi en plus radical.<\/p>\n\n\n\n
Donc on voit bien que ce vote protestataire, qui existe dans tous les pays d\u2019Europe, en Belgique se traduit diff\u00e9remment en Flandre et en Wallonie et que cela r\u00e9sulte finalement de raisons de d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Tout ceci ne facilite pas l\u2019organisation du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral de la Belgique puisque tous nos gouvernements, par la force des choses, sont des gouvernements de coalition pour lesquels il faut trouver une majorit\u00e9 au Parlement f\u00e9d\u00e9ral et normalement, mais pas obligatoirement, aussi une majorit\u00e9 dans les deux groupes linguistiques. <\/p>\n\n\n\n
Ces situations tr\u00e8s diff\u00e9rentes qu\u2019on a entre nord et sud, c\u2019est vraiment la question pour laquelle l\u2019instrument g\u00e9opolitique est en Belgique tout \u00e0 fait essentiel. Qu\u2019est-ce que cela va donner \u00e0 l\u2019avenir ? Difficile \u00e0 dire… beaucoup croient que la Belgique risque d\u2019exploser, je n\u2019en suis pas si s\u00fbr car il n\u2019y a pas de majorit\u00e9 ni en Flandre, ni en Wallonie ni \u00e0 Bruxelles pour soutenir cette option. Il y a en revanche certainement des groupes politiques pour demander une structure d\u00e9centralis\u00e9e encore plus forte (les r\u00e9gions et communaut\u00e9s belges ont des comp\u00e9tences extr\u00eamement \u00e9tendues et notamment \u00e0 l\u2019international, prolongement de leurs comp\u00e9tences constitutionnelles internes, ce qui constitue l\u2019une des singularit\u00e9s du fait belge). Ce n\u2019est ainsi pas le cas des L\u00e4nder allemands.<\/p>\n\n\n\n
Nous avons un f\u00e9d\u00e9ralisme tr\u00e8s d\u00e9centralis\u00e9, trop peut-\u00eatre mais cela, c\u2019est un commentaire strictement personnel. Toutefois, je ne le vois pas changer fondamentalement de nature dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. Je crois en effet que ni la Flandre ni la Wallonie et encore moins Bruxelles n\u2019auraient int\u00e9r\u00eat \u00e0 la s\u00e9paration du pays. La Flandre d\u2019abord parce que les Flamands se retrouveraient comme entit\u00e9 rejetant la Belgique et devraient donc se faire r\u00e9admettre dans l\u2019UE. Il est \u00e0 peu pr\u00e8s certain qu\u2019une s\u00e9rie d\u2019\u00c9tats qui connaissent des tendances autonomistes comme l\u2019Italie, la France et l\u2019Espagne n\u2019auraient pas du tout envie d\u2019encourager ce genre de mouvements l\u00e0. D\u2019autre part, la Flandre si elle devait se s\u00e9parer de la Wallonie se retrouverait devant une Wallonie appauvrie par rapport \u00e0 ce qu\u2019elle est aujourd\u2019hui (on estime aujourd\u2019hui un appauvrissement pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 12 % de la situation actuelle) alors que les entreprises wallonnes sont les premi\u00e8res clientes des firmes flamandes. La Flandre se priverait d\u2019une ressource extr\u00eamement importante et n\u2019arriverait pas \u00e0 exporter autant qu\u2019elle le fait aujourd\u2019hui en Wallonie. D\u2019un point de vue \u00e9conomique, tout le monde y perdrait. Donc je ne crois pas au sc\u00e9nario d\u2019explosion du pays.<\/p>\n\n\n\n
L\u2019option conf\u00e9d\u00e9rale invoqu\u00e9e par certains en Belgique, c\u2019est du mauvais th\u00e9\u00e2tre. La conf\u00e9d\u00e9ration n\u2019est pas, contrairement \u00e0 ce qu\u2019on pourrait penser, une forme d\u2019organisation de l\u2019\u00c9tat. C\u2019est une structure toujours \u00e9volutive qui r\u00e9unit des \u00c9tats diff\u00e9rents et ind\u00e9pendants les uns des autres \u00e0 la diff\u00e9rence de la f\u00e9d\u00e9ration qui est une forme d\u2019\u00c9tat dans laquelle il y a une structure f\u00e9d\u00e9rale ainsi que des entit\u00e9s f\u00e9d\u00e9r\u00e9es. Une conf\u00e9d\u00e9ration ne dispose pas de Constitution alors qu\u2019une f\u00e9d\u00e9ration a une Constitution. Une conf\u00e9d\u00e9ration fonctionne sur un trait\u00e9 entre \u00c9tats ind\u00e9pendants. L\u2019UE, dans son format actuel est un prototype de conf\u00e9d\u00e9ration, s\u00e9rie d\u2019\u00c9tats ind\u00e9pendants qui par trait\u00e9 mettent en commun la gestion de certaines comp\u00e9tences. Et quand on globalise l\u2019\u00e9tude, on voit que la conf\u00e9d\u00e9ration n\u2019est pas du tout un mod\u00e8le fixe. La Suisse par exemple a commenc\u00e9 comme une conf\u00e9d\u00e9ration : \u00ab la conf\u00e9d\u00e9ration helv\u00e9tique \u00bb mais elle n\u2019est pas rest\u00e9e une conf\u00e9d\u00e9ration et c\u2019est aujourd\u2019hui un \u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral. Les \u00c9tats-Unis ont commenc\u00e9 comme une conf\u00e9d\u00e9ration et sont aujourd\u2019hui un \u00c9tat r\u00e9solument f\u00e9d\u00e9ral, en pleine \u00e9volution car les \u00c9tats f\u00e9d\u00e9raux, eux aussi, sont souvent caract\u00e9ris\u00e9s par une \u00e9volution constante des comp\u00e9tences constitutionnelles, m\u00eame si le processus politique prend beaucoup de temps. <\/p>\n\n\n\n
La subsistance et les \u00e9ventuels ajustements du mod\u00e8le f\u00e9d\u00e9ral, c\u2019est la principale question de g\u00e9opolitique en Belgique. La deuxi\u00e8me question de g\u00e9opolitique rel\u00e8ve de la s\u00e9curit\u00e9 et de la d\u00e9fense du pays, une partie par l\u2019Union, l\u2019autre par l\u2019OTAN et il est tr\u00e8s int\u00e9ressant de voir l\u2019\u00e9volution de la Belgique depuis 1949 et la signature du trait\u00e9 de Washington avec les autres fondateurs de l\u2019alliance atlantique. La Belgique n\u2019est alors g\u00e9ographiquement pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de la menace sovi\u00e9tique par rapport \u00e0 aujourd\u2019hui. De nos jours si l\u2019on consid\u00e8re la menace russe, elle est beaucoup plus lointaine qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque sovi\u00e9tique. La perception de la s\u00e9curit\u00e9 est tr\u00e8s diff\u00e9rente de ce qu\u2019elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la guerre froide.<\/p>\n\n\n\n
Comment la Belgique envisage-t-elle sa relation avec ses partenaires europ\u00e9ens ? Quels sont les sujets o\u00f9 elle a aujourd\u2019hui des points de convergence et de divergence ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nTraditionnellement la Belgique a toujours eu \u00e0 la fois une position tr\u00e8s favorable \u00e0 l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne et en m\u00eame temps assez proche de celle de la France avec des fluctuations au cours de l\u2019Histoire. Notre proximit\u00e9 par rapport \u00e0 la France est beaucoup plus prononc\u00e9e aujourd\u2019hui qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, o\u00f9 il y avait de r\u00e9elles divergences entre les points de vue fran\u00e7ais et belge sur l\u2019int\u00e9gration. De nos jours nous avons en revanche, sur toute une s\u00e9rie de points, une position tr\u00e8s proche, voire identique \u00e0 celle de la France et singuli\u00e8rement de la France du pr\u00e9sident Macron. De ce point de vue-l\u00e0, il faut remarquer que la Belgique continue d\u2019\u00eatre extr\u00eamement favorable \u00e0 l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne car ce pays est g\u00e9ographiquement contraint par sa taille et ne peut se suffire \u00e0 lui-m\u00eame en termes de march\u00e9. Nous avons besoin d\u2019ouverture de fronti\u00e8res, de march\u00e9 unique et de politique commerciale commune comme d\u2019un moteur pour notre d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Un pays comme la France, probablement moins aujourd\u2019hui qu\u2019il y a dix ou vingt ans de cela, peut se permettre une certaine forme d\u2019autarcie, mais en Belgique cela n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 le cas. L\u2019autarcie ne veut rien dire car le territoire national est bien trop petit pour les entreprises belges. <\/p>\n\n\n\n
Du point de vue de sa s\u00e9curit\u00e9, la Belgique ne peut pas vivre sur la base de relations bilat\u00e9rales. Nous avons imp\u00e9rativement besoin du r\u00e9seau des relations multilat\u00e9rales. Par deux fois au XXe si\u00e8cle nous avons cru comme \u00e0 un mirage aux trait\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9, souverainet\u00e9 et d\u2019inviolabilit\u00e9, ce qui nous a valu d\u2019\u00eatre parmi les victimes des deux guerres mondiales. Depuis, les autorit\u00e9s politiques belges ont pris un parti \u00e0 la fois multilat\u00e9ral et tr\u00e8s pro-europ\u00e9en, tout simplement car la s\u00e9curit\u00e9 et le d\u00e9veloppement \u00e9conomique du pays en d\u00e9pendent de mani\u00e8re cruciale. C\u2019est un axiome de base pour la Belgique, Il ne faut rien envisager comme position de politique europ\u00e9enne ou \u00e9trang\u00e8re qui se d\u00e9partisse de cet axiome. <\/p>\n\n\n\n
Deuxi\u00e8mement, la proximit\u00e9 avec la France : tous les deux sont des \u00c9tats fondateurs de l\u2019Union et ils ont d\u00e9velopp\u00e9 une vision assez proche de ce que doit \u00eatre l\u2019Union \u00e0 la fois en termes strat\u00e9giques et tactiques. Je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, ce ne fut pas toujours aussi harmonieux puisque le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle avait une perception assez diff\u00e9rente de l\u2019Europe et de son int\u00e9gration. Il avait essentiellement une vue de l\u2019Europe des nations et l\u2019Europe supranationale, qui s\u2019est aujourd\u2019hui d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Europe des nations, lui \u00e9tait d\u00e9testable. <\/p>\n\n\n\n
Pour le reste nous avons toujours eu avec la France des positions tr\u00e8s proches et c\u2019est devenu aujourd\u2019hui particuli\u00e8rement frappant. Que ce soit le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et industriel avec le tournant vers les nouvelles technologies, que ce soit pour l\u2019\u00e9conomie de la transition \u00e9cologique, pour la question sensible des migrations, pour la question de la d\u00e9fense et de la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019Europe, la question en g\u00e9n\u00e9ral du multilat\u00e9ralisme etc., la Belgique et la France sont sur des lignes \u00e0 peu pr\u00e8s identiques. Par exemple, sur la r\u00e9alisation de l\u2019Union financi\u00e8re et mon\u00e9taire, nous sommes sur la m\u00eame longueur d\u2019onde que Paris sur les objectifs mais nous divergeons parfois un petit peu sur le plan tactique car nous sommes entour\u00e9s au nord et \u00e0 l\u2019est (Pays-Bas et Allemagne) par deux \u00c9tats qui sont assez hostiles \u00e0 une int\u00e9gration plus forte de l\u2019Europe financi\u00e8re et mon\u00e9taire. Nous sommes donc oblig\u00e9s, compte tenu de notre taille et de l\u2019importance de ces deux voisins pour notre commerce international, de mettre un peu d\u2019eau dans notre vin \u2013 ce que Paris n\u2019est pas n\u00e9cessairement oblig\u00e9 de faire.<\/p>\n\n\n\n
Quelle est la position de la Belgique vis-\u00e0-vis de l\u2019agenda europ\u00e9en et international des prochains mois : Brexit, nouvelle Commission, G7 de Biarritz.<\/strong><\/h3>\n\n\n\nLa Belgique n\u2019est pas membre du G7. En revanche nous y participons via la Commission europ\u00e9enne qui est la repr\u00e9sentante de l\u2019int\u00e9r\u00eat commun de l\u2019Union. Nous sommes donc indirectement tr\u00e8s concern\u00e9s. Pour nous, ce qui est d\u2019abord important dans le G7, c\u2019est d\u2019essayer, autant que faire se peut, de ramener une forme de rationalisme multilat\u00e9ral. Du fait que le monde n\u2019est plus bipolaire mais bien multipolaire avec une s\u00e9rie de puissances \u00e9conomiquement et politiquement tr\u00e8s affirm\u00e9es et qui ont une tendance croissante \u00e0 jouer des cartes bilat\u00e9rales avant tout, le multilat\u00e9ralisme se trouve aujourd\u2019hui affaibli et menac\u00e9 de l\u2019\u00eatre plus encore. Le tournant pris par la politique am\u00e9ricaine avec l\u2019arriv\u00e9e de Donald Trump n\u2019est pas \u00e0 proprement parler surprenant. Il s\u2019agit seulement d\u2019une accentuation extr\u00eame de ce qui existait d\u00e9j\u00e0 auparavant puisque les Am\u00e9ricains n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 des grands partisans du multilat\u00e9ralisme. Mais ils s\u2019\u00e9taient toujours arrang\u00e9s pour respecter certaines r\u00e8gles du jeu essentielles. Ce pr\u00e9sident-ci toutefois am\u00e8ne son pays \u00e0 une confrontation directe et quasi-permanente avec le multilat\u00e9ralisme tel qu\u2019il s\u2019est institutionnalis\u00e9 depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Nous sommes donc dans une situation o\u00f9 le multilat\u00e9ralisme est attaqu\u00e9 de toutes parts et pour nous, Belges, le bien-\u00eatre et la s\u00e9curit\u00e9 du pays d\u00e9pendent fondamentalement d\u2019un multilat\u00e9ralisme fort et efficace. <\/p>\n\n\n\n
Ce qui se passe actuellement ne nous arrange absolument pas et nous comptons sur la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise du G7 pour essayer de ramener non pas de la discipline car le mot est trop fort mais simplement un bon sens multilat\u00e9ral. En d\u00e9finitive, il ne s\u2019agit pas de d\u00e9velopper des th\u00e9ories alambiqu\u00e9e, c\u2019est simplement du bon sens et il faut essayer de faire comprendre aux \u00c9tats du G7 qu\u2019ils se desservent en n\u2019ayant pas une approche plus multilat\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n
Le deuxi\u00e8me objectif n\u2019est pas exclusif au G7 mais d\u00e9pend de l\u2019Union. Nous ne souhaitons pas renouveler la crise qui a suivi les \u00e9v\u00e9nements de 2008, et qui nous a tous, Europ\u00e9ens, co\u00fbt\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment. Sur le march\u00e9 bancaire d\u2019abord, en fait de la coh\u00e9sion sociale ensuite puisque c\u2019est avant tout la classe moyenne qui a fait les frais de cette crise avec toutes les cons\u00e9quences que cela sous-entend. Regardez ce qu\u2019il se passe en Allemagne aujourd\u2019hui : la Deutsche Bank qui \u00e9tait il y a quelques ann\u00e9es encore un instrument bancaire extr\u00eamement puissant est aujourd\u2019hui dans de grosses difficult\u00e9s. D\u2019o\u00f9, d\u2019ailleurs, l\u2019int\u00e9r\u00eat des Allemands dans la nomination de la nouvelle directrice de la BCE, Christine Lagarde, qui doit bien garder la ligne de M. Draghi, \u00e0 savoir les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat bas parce que le milieu bancaire allemand risque de souffrir dans le cas contraire. Sans encore mentionner le cas de certaines dettes souveraines d\u2019\u00c9tats membres de l\u2019UE ! Nous souhaitons gr\u00e2ce au G7 mais aussi gr\u00e2ce aux instruments mon\u00e9taires et financiers europ\u00e9ens et internationaux pouvoir augmenter cette stabilit\u00e9 financi\u00e8re qui est gage d\u2019un d\u00e9veloppement \u00e9conomique harmonieux. <\/p>\n\n\n\n
Nous souhaitons \u00e9galement, puisque c\u2019est aussi au G7 que cela se discute, avoir une approche un peu plus rationnelle vis-\u00e0-vis de la lutte contre le r\u00e9chauffement du climat et la protection de la biodiversit\u00e9. Je ne dirais pas que nous sommes \u00e0 deux doigts d\u2019une catastrophe car le catastrophisme en la mati\u00e8re est plus contre-productif qu\u2019autre chose, mais si nous ne faisons rien, nous risquons beaucoup. Et nous pourrions nous montrer plus actifs encore dans bien des domaines, allant des mesures de protection aux innovations technologiques. La science a toujours apport\u00e9 les bonnes r\u00e9ponses au moment o\u00f9 l\u2019humanit\u00e9 en a eu besoin mais il faut l\u2019aider et financer son d\u00e9veloppement. Et nous ne pouvons \u00e0 peu pr\u00e8s rien y faire seuls, nous avons besoin que fonctionne l\u00e0 aussi l\u2019approche multilat\u00e9rale qui englobe les \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique et la Chine, et des pays comme l\u2019Inde et d\u2019autres o\u00f9 le d\u00e9veloppement \u00e9conomique est fort mais la protection de l\u2019environnement n\u2019est pas encore suffisamment une priorit\u00e9. C\u2019est pourquoi le G7 a un r\u00f4le important en cr\u00e9ant des dynamismes auxquels de nombreux \u00c9tats finissent par se joindre. <\/p>\n\n\n\n
Il y a enfin un \u00e9l\u00e9ment dans les priorit\u00e9s fran\u00e7aises du G7 qui nous int\u00e9resse beaucoup : le socle des droits sociaux. L\u2019actualit\u00e9 nous le montre \u00e0 suffisance, nous sommes dans une phase de notre d\u00e9veloppement \u00e9conomique o\u00f9 le lib\u00e9ralisme qui nous a tellement servi est menac\u00e9 par la perception qu\u2019en a l\u2019\u00e9lecteur mais aussi par une concertation insuffisante entre les partenaires sociaux. Je crois que le lib\u00e9ralisme doit \u00eatre bien compris. Nous sommes tous en Europe des lib\u00e9raux, m\u00eame si, dans certains m\u00e9dias et partis politiques, le terme lib\u00e9ral est aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9 comme infamant \u2013 ce qui est aussi insens\u00e9 que dangereux. Nous sommes tous des lib\u00e9raux, disais-je, avec un peu plus ou un peu moins d\u2019interventionnisme d\u2019\u00c9tat selon les pays et les circonstances politiques. Si nous voulons continuer sur cette voie lib\u00e9rale qui a tellement servi le d\u00e9veloppement \u00e9conomique du monde, si nous voulons \u00e9viter que ce lib\u00e9ralisme fasse courbe rentrante,<\/em> ce qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 en train de faire, il faut d\u00e9velopper plus de concertation entre les partenaires sociaux, d\u00e9velopper des socles de droit sociaux. Il faut sans doute faire notre travail entre Europ\u00e9ens mais il faut aussi l\u2019envisager au plan mondial. Il faut qu\u2019il y ait des chartes de droits sociaux minimum. C\u2019est une des excellentes et tr\u00e8s pertinentes ambitions fran\u00e7aises pour sa pr\u00e9sidence du G7 mais elle ne se r\u00e9alisera pas en claquant des doigts.<\/p>\n\n\n\nIl y a aussi quelques facteurs d\u2019optimisme. On se rend compte que les \u00c9tats du G7 ne sont pas sourds et il faut esp\u00e9rer beaucoup des discussions entre chefs d\u2019\u00c9tats et de gouvernement. C\u2019est l\u00e0 que les choses vont pouvoir se d\u00e9velopper. Je ne suis pas na\u00eff car je sais bien que le pr\u00e9sident am\u00e9ricain n\u2019est pas quelqu\u2019un qui \u00e9coute ce genre de propositions mais il faut encore et toujours chercher \u00e0 le convaincre en lui montrant que l\u2019int\u00e9r\u00eat des \u00c9tats-Unis n\u2019est pas dans le rejet de la logique multilat\u00e9rale. Quant au pr\u00e9sident chinois, il n\u2019est pas tout \u00e0 fait sourd non plus. Que du contraire ! Donc, comme je le disais, il faut pouvoir cr\u00e9er des dynamiques au sein du G7 avec des \u00c9tats qui commencent \u00e0 avancer plus vite que d\u2019autres et forcent les autres \u00e0 les rattraper. Je ne suis pas exag\u00e9r\u00e9ment optimiste mais je ne suis pas non plus exag\u00e9r\u00e9ment pessimiste, c\u2019est quelque chose qui va prendre du temps mais il faut bien comprendre que les enjeux sont \u00e9normes.<\/p>\n\n\n\n
Pour ce qui est des th\u00e8mes qui concernent les institutions de l\u2019UE telles qu\u2019elles sont en train de nouvellement se composer apr\u00e8s les \u00e9lections de mai dernier, nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 certains des sujets qui vont se poser dans notre discussion. Le renforcement du multilat\u00e9ralisme se joue \u00e9galement dans le cadre europ\u00e9en. La r\u00e9alisation du march\u00e9 unique n\u2019est pas termin\u00e9e, contrairement \u00e0 ce qu\u2019on pourrait penser. C\u2019est un point sur lequel il faut insister beaucoup. De m\u00eame que sur cette mutation graduelle vers la nouvelle \u00e9conomie, \u00e9conomie de l\u2019intelligence artificielle et de la transition \u00e9cologique. Par ailleurs, si vous regardez la situation en termes de venture capital<\/em> (qui cible les secteurs \u00e0 forte croissance comme les technologies, les biotechnologies et les \u00e9nergies alternatives) en 2018 entre les \u00c9tats-Unis, la Chine et l\u2019UE, vous avez pour les \u00c9tats-Unis 100 milliards de dollars, 80 milliards de dollars pour la Chine et 20 milliards pour l\u2019UE. Cela montre assez rapidement o\u00f9 l\u2019effort doit \u00eatre plac\u00e9. <\/p>\n\n\n\nAutre priorit\u00e9 pour la Belgique : l\u2019int\u00e9gration mon\u00e9taire, financi\u00e8re et bancaire. En mati\u00e8re fiscale, on a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9ussi \u00e0 harmoniser les assiettes fiscales et c\u2019est une bonne chose. Il faut aussi pouvoir arriver graduellement \u00e0 des formes d\u2019harmonisation des taux. C\u2019est quelque chose qui va aller de pair avec une harmonisation financi\u00e8re. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion d\u2019\u00e9voquer les fortes n\u00e9cessit\u00e9s pour tout ce qui concerne la lutte contre le r\u00e9chauffement climatique et la lutte pour la biodiversit\u00e9. Je crois qu\u2019en f\u00e9d\u00e9rant nos forces au plan europ\u00e9en, on peut avoir des r\u00e9sultats. <\/p>\n\n\n\n
Quatri\u00e8me point : les migrations. L\u00e0 c\u2019est une question que la Commission europ\u00e9enne va avoir \u00e0 g\u00e9rer tr\u00e8s rapidement. Outre les aspects humanitaires tragiques et intol\u00e9rables pour des pays qui se targuent de civilisation, l\u2019image que nous donnons de l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019UE est d\u00e9sastreuse. Avant tout pour nos propres citoyens. Il faut revoir les accords de Dublin, il faut pouvoir travailler plus avec les pays de transit et d\u2019origine mais nous devons aussi prot\u00e9ger l\u2019UE avec la fronti\u00e8re Schengen sinon cela n\u2019aurait pas de sens. Elle doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9e de mani\u00e8re plus efficace qu\u2019aujourd\u2019hui. Nous devons \u00eatre pr\u00eats \u00e0 accepter beaucoup plus de migrations mais nous devons faire tout pour limiter l\u2019immigration ill\u00e9gale parce-que celle-l\u00e0 risque de tout foutre en l\u2019air. Elle est tr\u00e8s mal per\u00e7ue et \u00e0 raison par l\u2019opinion publique et provoque en grande partie le vote protestataire d\u2019extr\u00eame-droite qu\u2019on voit \u00e0 peu pr\u00e8s partout en Europe. Ceci est le r\u00e9sultat de ce que pendant des d\u00e9cennies les partis politiques traditionnels n\u2019ont pas voulu traiter pour des raisons politiquement correctes les questions de migration ill\u00e9gale. Ce sera pourtant essentiel dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. <\/p>\n\n\n\n
Le budget pluriannuel de l\u2019Union, vous savez qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 en cours de n\u00e9gociations, mais il appartiendra \u00e0 la nouvelle Commission de r\u00e9ellement faire des progr\u00e8s d\u00e9cisifs. La Belgique est en faveur d\u2019un budget qui soit r\u00e9solument europ\u00e9en mais nous sommes aussi pour que de plus grandes parties de ce budget soient d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la transition \u00e9conomique et \u00e9cologique. Sans qu\u2019il y ait \u00e0 ce propos de position officielle belge, nombre de partis politiques chez nous verraient bien 25 % du budget r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la question climatique et la biodiversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n
Quelle est la position belge vis-\u00e0-vis de la cr\u00e9ation d\u2019une arm\u00e9e europ\u00e9enne ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nC\u2019est une question que je n\u2019ai en effet pas encore abord\u00e9e, celle de la s\u00e9curit\u00e9 et de la d\u00e9fense de l\u2019UE. Nous ne sommes pas en faveur d\u2019une arm\u00e9e europ\u00e9enne parce que ce n\u2019est pas un concept op\u00e9rationnel mais nous sommes en revanche tr\u00e8s attach\u00e9s \u00e0 une int\u00e9gration plus forte de la s\u00e9curit\u00e9 et de la d\u00e9fense de l\u2019Europe. Int\u00e9gration qui soit avant tout industrielle, commen\u00e7ons par-l\u00e0, le d\u00e9veloppement et la production des capacit\u00e9s donc des syst\u00e8mes d\u2019armement. Il doit \u00eatre rationalis\u00e9 en Europe. Vous savez probablement que l\u00e0 o\u00f9 les \u00c9tats-Unis produisent un char de combat les Europ\u00e9ens en produisent dix-huit, tous concurrents les uns des autres. La concurrence est un moteur indispensable de l\u2019\u00e9conomie mais l\u00e0, cela n\u2019a plus aucun sens. Ce que nous devons faire c\u2019est rationaliser cette industrie de d\u00e9fense, mais faisons attention \u00e0 ce que les petits pays qui ont beaucoup d\u2019entreprises de taille moyenne dans ce secteur participent aussi \u00e0 cette int\u00e9gration et qu\u2019elle ne se fasse pas exclusivement avec la France et l\u2019Allemagne puis dans une moindre mesure l\u2019Espagne et l\u2019Italie. Cela serait tr\u00e8s dommageable pour l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n
L\u2019arm\u00e9e europ\u00e9enne, disais-je, personne n\u2019y croit. Le pr\u00e9sident Macron et la chanceli\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale Merkel ont utilis\u00e9 l\u2019argument avant tout pour r\u00e9pondre \u00e0 des tweets <\/em>outranciers du pr\u00e9sident Trump. Si vous allez dans les milieux o\u00f9 on travaille sur les sujets de s\u00e9curit\u00e9 et de d\u00e9fense comme \u00e0 l\u2019Elys\u00e9e, au Quai d\u2019Orsay, au minist\u00e8re des Arm\u00e9es ou dans les think-tanks<\/em>, personne ne va vous dire que l\u2019arm\u00e9e europ\u00e9enne est un objectif. Si nous voulions cr\u00e9er une arm\u00e9e europ\u00e9enne ind\u00e9pendante des USA, ce n\u2019est pas 2 % du PIB qu\u2019il faudrait r\u00e9server pour le budget de la D\u00e9fense mais bien 6 % au minimum. C\u2019est politiquement parfaitement irr\u00e9aliste. Comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, la Belgique est en revanche tr\u00e8s favorable \u00e0 une plus grande int\u00e9gration de la s\u00e9curit\u00e9 et de la d\u00e9fense de l\u2019Europe. Et ceci en pleine compl\u00e9mentarit\u00e9 avec l\u2019OTAN. Il est insens\u00e9 d\u2019\u00e9voquer une forme de concurrence entre l\u2019UE (la PESD en fait) et l\u2019alliance atlantique. Les d\u00e9fis de s\u00e9curit\u00e9 et d\u00e9fense auxquels nous sommes aujourd\u2019hui d\u00e9j\u00e0 confront\u00e9s ne peuvent \u00eatre tous relev\u00e9s par une seule des deux organisations. Nous sommes donc en faveur d\u2019un pilier europ\u00e9en de la s\u00e9curit\u00e9 et de la d\u00e9fense au sein de l\u2019OTAN mais nous ne pensons pas une seconde \u00e0 l\u2019arm\u00e9e europ\u00e9enne. C\u2019est un grand malentendu entre l\u2019opinion publique et les d\u00e9cideurs politiques. Comme ce concept d\u2019arm\u00e9e europ\u00e9enne a \u00e9t\u00e9 publiquement utilis\u00e9 un peu trop souvent et sans explication, beaucoup de gens non inform\u00e9s ont maintenant cette id\u00e9e que l\u2019arm\u00e9e europ\u00e9enne est un objectif. Ce n\u2019est pas le cas. Ce n\u2019est m\u00eame pas un objet de r\u00e9flexion. <\/p>\n\n\n\nLes sp\u00e9cialistes de la d\u00e9fense et de la s\u00e9curit\u00e9 vous parleront d\u2019une imp\u00e9rative n\u00e9cessit\u00e9 de mieux se mettre ensemble, nous Europ\u00e9ens, pour des questions op\u00e9rationnelles, mais aussi en termes d\u2019autonomie strat\u00e9gique. C\u2019est un mot-cl\u00e9 de la d\u00e9fense et de la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019Europe, c\u2019est quelque chose qu\u2019il faut d\u00e9velopper plus avant. Un exemple : on voit d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque du pr\u00e9sident Bush jr. que les Am\u00e9ricains vis-\u00e0-vis du Moyen-Orient et de l\u2019Afrique du Nord prennent une attitude de plus en plus distante. Cela ne les int\u00e9resse plus r\u00e9ellement d\u2019intervenir militairement de mani\u00e8re massive avec les \u00ab Boots on the Ground <\/em> \u00bb comme on dit. Ils ont eu de mauvaises exp\u00e9riences, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Carter avec l\u2019Iran puis cela s\u2019est perp\u00e9tu\u00e9 par apr\u00e8s dans diff\u00e9rentes parties du Levant ainsi que dans la Corne de l\u2019Afrique et au Sahel. Ils envoient de moins en moins d\u2019hommes sur le terrain. En revanche ils restent tr\u00e8s pr\u00e9sents aux c\u00f4t\u00e9s des Europ\u00e9ens pour toute une s\u00e9rie de \u00ab strategic enablers<\/em> \u00bb, \u00e0 travers des instruments comme le renseignement satellitaire ou le ravitaillement par voie a\u00e9rienne pour une certaine forme de logistique et d\u2019appui donc. Tout cela est une contribution tr\u00e8s bienvenue pour les Europ\u00e9ens. Si pour les Am\u00e9ricains, le Levant et l\u2019Afrique sah\u00e9lienne ne sont plus un objectif prioritaire de d\u00e9ploiement militaire, pour nous Europ\u00e9ens cela l\u2019est plus que jamais. Nous devons donc pouvoir d\u00e9velopper une capacit\u00e9 op\u00e9rationnelle autonome pour mener des op\u00e9rations quand nous l\u2019estimons n\u00e9cessaire d\u2019un point de vue diplomatique ou s\u00e9curitaire. Ce n\u2019est pas s\u2019opposer aux Am\u00e9ricains mais travailler en pleine intelligence avec eux.<\/p>\n\n\n\nL\u2019Union para\u00eet s\u2019organiser en plusieurs grands bloc transnationaux (ligue hans\u00e9atique, groupe de Visegrad\u2026) la Belgique semble faire bande \u00e0 part : s\u2019agit-il d\u2019un positionnement r\u00e9fl\u00e9chi ? Est-il amen\u00e9 \u00e0 se transformer ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nC\u2019est une conclusion tr\u00e8s erron\u00e9e. La Belgique, depuis le tout d\u00e9but de l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne, fait preuve de concertations de groupe. Ainsi par exemple, avant chaque Conseil affaires g\u00e9n\u00e9rales ou affaires \u00e9trang\u00e8res, les ministres des trois pays du Benelux se r\u00e9unissent pour d\u00e9cider de l\u2019harmonisation de leurs positions. Il va de soi que nous avons d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 en amont sur l\u2019harmonisation des positions de fond avec nos partenaires hollandais et luxembourgeois mais aussi sur nos interventions au Conseil. Le Benelux est un instrument indispensable et il fonctionne depuis bien avant les autres groupes et est toujours tr\u00e8s vivace. Je ne dis pas que nous sommes toujours du m\u00eame point de vue mais nous avons constamment un dialogue et avons en permanence dans nos minist\u00e8res des diplomates qui sont d\u00e9tach\u00e9s d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre. Lorsque l\u2019un d\u2019entre nous est membre non permanent du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU ou en charge de la pr\u00e9sidence tournante de l\u2019Union, il y a toujours des diplomates des deux autres Benelux pr\u00e9sents de mani\u00e8re \u00e0 travailler sur toutes les questions de fond. Ignorer le Benelux c\u2019est passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un axiome diplomatique essentiel de la Belgique. <\/p>\n\n\n\n
\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cela (ce n\u2019est pas un groupe mais une ligne permanente), nous cherchons \u00e0 ne pas nous distancer, ou pas trop, de Paris, de Berlin et m\u00eame de Londres. Evidemment cela a fortement \u00e9volu\u00e9 ces derniers mois avec les Britanniques et la question du BREXIT mais pendant des d\u00e9cennies, depuis l\u2019adh\u00e9sion du Royaume-Uni, nous avons constamment entretenu un dialogue de mani\u00e8re \u00e0 ne pas couper les ponts \u2013 nous souhaitons toujours privil\u00e9gier le dialogue. C\u2019est la deuxi\u00e8me approche de la Belgique en mati\u00e8re de concertation intereurop\u00e9enne. <\/p>\n\n\n\n
Nous avons aussi eu, mais c\u2019est un peu moins productif aujourd\u2019hui, une approche Benelux\/Visegrad qui a fonctionn\u00e9 pendant des ann\u00e9es. Encore une fois vous remarquerez qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une tactique belge mais bien du Benelux. Avec les pays de Visegrad nous avons eu des consultations r\u00e9guli\u00e8res mais actuellement certains d\u00e9veloppements politiques au sein des pays du groupe Visegrad ne facilitent pas ces coordinations. <\/p>\n\n\n\n
Nous avons un dernier caucus auquel nous participons m\u00eame si nous n\u2019en sommes pas formellement membres comme Belges. Tout ce qui concerne le dialogue m\u00e9diterran\u00e9en, comme nous sommes un pays d\u2019immigration m\u00e9diterran\u00e9enne assez importante, nous le suivons de pr\u00e8s. <\/p>\n\n\n\n
Depuis l\u2019officialisation de la fonction de pr\u00e9sident du Conseil avec l\u2019entr\u00e9e en vigueur du trait\u00e9 de Lisbonne en 2009, deux Belges se sont vus attribuer ce poste, dont Herman Von Rompuy. Charles Michel est ainsi le deuxi\u00e8me \u00e0 y acc\u00e9der. Quelles ont \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res r\u00e9actions face \u00e0 la nomination du Premier ministre affich\u00e9 pro-europ\u00e9en, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur comme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du pays ? Y a-t-il une exception belge ? Une affinit\u00e9 \u00e9lective avec ce poste ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nLa r\u00e9action fut bien s\u00fbr positive, mais ce qui frappe illustre assez volontiers ce dont nous parlions plus t\u00f4t : la n\u00e9cessit\u00e9 permanente en Belgique d\u2019un consensus, et c\u2019est quelque chose qui manque \u00e0 l\u2019Union, qui manque aujourd\u2019hui plus qu\u2019il y a quelques ann\u00e9es. Tout le monde s\u2019imagine aujourd\u2019hui que sa propre proposition doit faire foi et loi. Le consensus doit retrouver ses lettres de noblesse. Le consensus va avec concessions et il faut pouvoir retrouver toute la vertu de ce mot. En politique c\u2019est quelque chose d\u2019essentiel, et je crois que le fait qu\u2019un Belge ait par deux fois \u00e9t\u00e9 choisi pour cette fonction, qui est \u00e9minemment une fonction de consensus, montre toute la n\u00e9cessit\u00e9 de retrouver l\u2019essence du mot. <\/p>\n\n\n\n
La pr\u00e9sidence du Conseil n\u2019a que peu de pouvoir par rapport au pr\u00e9sident de la Commission mais son pouvoir est essentiel quand il y a des d\u00e9saccords entre \u00c9tats. C\u2019est pour cela qu\u2019en mati\u00e8re de budget il joue un r\u00f4le important, il faut un m\u00e9diateur. C\u2019est vraiment le r\u00f4le du pr\u00e9sident du Conseil, c\u2019est un \u00ab monsieur loyal \u00bb qui essaye de mettre les gens d\u2019accord, trouver un terrain de consensus quand cela ne va pas. Quand on a cr\u00e9\u00e9 cette fonction en 2009, je me souviens de la r\u00e9flexion sur le besoin de quelqu\u2019un capable de f\u00e9d\u00e9rer sans faire d\u2019ombre aux chefs d\u2019\u00c9tats des grands pays europ\u00e9ens donc sans prendre la place du pr\u00e9sident fran\u00e7ais, du chancelier allemand ou du Premier ministre britannique, quelqu\u2019un qui sache rester en dehors de cette pr\u00e9\u00e9minence, soit f\u00e9d\u00e9rateur donc capable de trouver les lignes qui rassemblent. Ce fut brillamment le cas d\u2019Herman Van Rompuy et je ne doute pas un instant que Charles Michel fasse la m\u00eame d\u00e9monstration.<\/p>\n\n\n\n
Au vu des derni\u00e8res \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales, on voit s\u2019opposer un vote d\u2019extr\u00eame droite en Flandre \u00e0 un vote socialiste en Wallonie, il semblerait que le nationalisme belge n\u2019existe plus que jamais qu\u2019\u00e0 travers ses communaut\u00e9s linguistiques, ce qui posera la question d\u2019une coalition durable au niveau du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral. R\u00e9ussira-t-il \u00e0 concilier les id\u00e9ologies selon vous ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nCe que je vais vous r\u00e9pondre ici rel\u00e8ve strictement d\u2019une analyse personnelle. Il ne peut de toute \u00e9vidence y avoir de point de vue officiel belge sur ce sujet maintenant. Une chose m\u2019appara\u00eet comme certaine, c\u2019est que ne seront membres de cette coalition f\u00e9d\u00e9rale ni l\u2019extr\u00eame-gauche ni l\u2019extr\u00eame-droite. Ce sont des partis d\u2019opposition, pas de gouvernement. Ils n\u2019ont pas vocation \u00e0 entrer dans un gouvernement, ils sont l\u00e0 avant tout pour faire opposition. <\/p>\n\n\n\n
Au demeurant, en Wallonie, il appara\u00eet clairement que le PTB ne sera pas non plus membre de la coalition r\u00e9gionale. Il y a eu des consultations avec le PS et ECOLO et ils se sont rendu compte que les communistes n\u2019avaient rien \u00e0 proposer de r\u00e9aliste pour un programme gouvernemental r\u00e9gional sauf \u00e0 consid\u00e9rer des mesures qui nous ali\u00e9neraient l\u2019UE, ce qui est politiquement inacceptable. On voit doucement poindre en Wallonie la coalition ECOLO-Lib\u00e9raux-PS.<\/p>\n\n\n\n
\u00c0 Bruxelles, c\u2019est plus complexe, car il y a deux communaut\u00e9s linguistiques. Pour les francophones ce sera PS, ECOLO et D\u00e9fi (parti essentiellement bruxellois qui d\u00e9fend les droits des francophones dans Bruxelles et sa p\u00e9riph\u00e9rie, c\u2019est un petit parti mais il apportera deux si\u00e8ges de d\u00e9put\u00e9s utiles). Et du c\u00f4t\u00e9 flamand de Bruxelles nous aurons les \u00e9cologistes, les lib\u00e9raux et les socialistes. C\u2019est \u00e0 peu de choses pr\u00e8s (le CDH qui se retire de tous les niveaux de gouvernement), la m\u00eame coalition qu\u2019avant les \u00e9lections.<\/p>\n\n\n\n
En Flandre, pour l\u2019instant, on attend, mais une chose est certaine, c\u2019est que la N-VA fera partie de ce gouvernement. Mieux m\u00eame, comme principal parti flamand, la NV-A conduit le bal. Il y a un peu de restreinte dans la formation de l\u2019ex\u00e9cutif r\u00e9gional car Bart de Wever, le pr\u00e9sident de la N-VA, attend de voir ce qu\u2019il va se passer au niveau f\u00e9d\u00e9ral avant de faire des progr\u00e8s. La composition du futur gouvernement f\u00e9d\u00e9ral et surtout les partis flamands qui en feront partie influencera grandement la coalition en Flandre. Il y a des jeux de partis importants \u00e0 l\u2019\u0153uvre. <\/p>\n\n\n\n
Pour ce qui est du f\u00e9d\u00e9ral, je ne peux pas vous dire ce que cela va \u00eatre puisque les informateurs du Roi sont actuellement au travail. Mais \u00e0 mon sens il y a des choses qui apparaissent comme solides ou r\u00e9alistes et d\u2019autres comme plus illusoires. Je sais que le PS et ECOLO avaient beaucoup voulu, et c\u2019est math\u00e9matiquement possible, une coalition qui ne comprenne pas la N-VA mais je ne crois pas que ce soit r\u00e9aliste. Tout simplement parce qu\u2019aucun parti flamand qui pourrait faire partie de cette coalition f\u00e9d\u00e9rale, \u00e0 savoir les Sociaux-chr\u00e9tiens, les Lib\u00e9raux, les Socialistes etc. ne voudrait se mettre la N-VA \u00e0 dos. La N-VA est le principal parti flamand et elle peut les d\u00e9molir si eux n\u2019en tiennent pas compte. Je crois aussi que la N-VA dans le cas d\u2019une telle coalition qui les exclut du pouvoir f\u00e9d\u00e9ral, pourrait mettre des b\u00e2tons dans les roues de mani\u00e8re syst\u00e9matique puisqu\u2019il s\u2019agit du plus important groupe parlementaire au parlement f\u00e9d\u00e9ral. Je crois en revanche, et cela me semble \u00eatre un sc\u00e9nario r\u00e9aliste, qu\u2019il faudra pouvoir passer par un dialogue entre le PS et la N-VA. C\u2019est \u00e0 mon sens incontournable. M\u00eame si pendant la campagne il y a eu des exclusives fortes qui ont m\u00eame continu\u00e9 par apr\u00e8s, je ne crois pas \u00e0 la p\u00e9rennit\u00e9 de ces exclusives. Les partis vont devoir basculer d\u2019une logique de campagne dans une logique de formation de coalition o\u00f9 les exclusives n\u2019ont plus lieu d\u2019\u00eatre mais o\u00f9 il faut trouver des terrains d\u2019entente o\u00f9 les positions des uns et des autres trouvent \u00e0 se satisfaire. <\/p>\n\n\n\n
Troisi\u00e8mement, mais l\u00e0 je suis plus que jamais sur un terrain d\u2019analyse personnelle et sp\u00e9culative, je crois qu\u2019il y a une place pour les lib\u00e9raux francophones au sein de la coalition f\u00e9d\u00e9rale tout simplement parce qu\u2019ils sont l\u2019unique instrument qui permet au PS et \u00e0 la N-VA de dialoguer l\u2019un avec l\u2019autre. Le MR (Mouvement R\u00e9formateur, soit les lib\u00e9raux francophones) est accept\u00e9 aussi bien par le PS, m\u00eame si parfois il rechigne \u00e0 le dire publiquement, que par la N-VA qui n\u2019en fait pas myst\u00e8re puisque le MR a gouvern\u00e9 avec la N-VA durant les cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. Le MR est vraiment un parti de jonction. Il n\u2019a sans doute pas gagn\u00e9 \u00e9lections, mais il ne les a pas plus perdues que le PS m\u00eame si les Socialistes restent clairement les premiers en Belgique francophone. <\/p>\n\n\n\n
Vous \u00eates relativement optimiste vis-\u00e0-vis de cela ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nNon pas n\u00e9cessairement pour l\u2019instant car je me rends bien compte que les exclusives existent toujours et que ce ne sera pas simple pour les lib\u00e9raux de se faire accepter comme parti de jonction. Je reste donc prudent. Le jour cependant o\u00f9 PS et NV-A prennent langue l\u2019un avec l\u2019autre et o\u00f9 le MR se pr\u00e9sente comme parti de jonction, alors l\u00e0 je serai beaucoup plus optimiste.<\/p>\n\n\n\n
Quelles sont les sources de la doctrine belge ? Quels sont les espaces de d\u00e9bat strat\u00e9gique (revues, think-tank\u2026) en Belgique ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\nLa doctrine belge c\u2019est un peu difficile \u00e0 d\u00e9finir rapidement. Vous avez certains \u00e9l\u00e9ments qui sont une grande constante de r\u00e9flexion en politique belge comme l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne. Cela fait indiscutablement partie de la doctrine belge et elle est \u00e9tudi\u00e9e et d\u00e9velopp\u00e9e de mani\u00e8re tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9e et en profondeur dans les partis, les universit\u00e9s et les think-tanks qui ne sont pas seulement belges mais aussi europ\u00e9ens. N\u2019oublions pas non plus les services d\u2019\u00e9tude du patronat et des syndicats. Vous avez, bien entendu, au Parlement, des commissions et des groupes de travail qui m\u00e8nent aussi cette r\u00e9flexion sur les \u00e9l\u00e9ments qui constituent in fine <\/em>une forme de doctrine belge. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale les dialogues sont tr\u00e8s ouverts, la politique en Belgique est tr\u00e8s transparente. <\/p>\n\n\n\nIl y a \u00e9galement d\u2019autres sujets de politique fondamentale au point de devenir de la doctrine qui sont d\u00e9velopp\u00e9s par les m\u00eames acteurs. Je pense \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 sociale, au d\u00e9veloppement durable, aux d\u00e9penses publiques et \u00e0 la fiscalit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n
Mais il y a certains points sur lesquels la doctrine s\u2019\u00e9labore de fa\u00e7on plus confidentielle. Par exemple tout ce qui concerne les transferts financiers entre les trois r\u00e9gions du pays. El\u00e9ments potentiellement tr\u00e8s conflictuels et tr\u00e8s complexes sur le plan technique. Cela fait l\u2019objet d\u2019un travail de recherche et de d\u00e9veloppement assez logiquement beaucoup plus discret que ce qui concerne l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne. Il est int\u00e9ressant de voir comment s\u2019\u00e9tablissent les indispensables accords sur ces th\u00e8mes essentiels, loin des m\u00e9dias et du d\u00e9bat public. <\/p>\n\n\n\n
Les mati\u00e8res de s\u00e9curit\u00e9 et d\u00e9fense font, depuis relativement peu de temps, partie de ces \u00e9l\u00e9ments doctrinaux d\u00e9battus dans les centres de recherches et ailleurs. Pendant longtemps les Belges n\u2019y accordaient pas beaucoup d\u2019importance puisqu\u2019ils se sentaient tr\u00e8s en s\u00e9curit\u00e9 au sein de l\u2019OTAN et de l\u2019UE. Puis sont intervenus les attentats de Bruxelles et cela a modifi\u00e9 l\u2019opinion publique belge, d\u00e9sormais un peu plus pr\u00e9occup\u00e9e par la s\u00e9curit\u00e9 comme \u00e9tant quelque chose qui n\u2019est pas garantie d\u2019avance, qui doit \u00eatre pr\u00e9par\u00e9e et discut\u00e9e. C\u2019est un \u00e9l\u00e9ment relativement nouveau de ce qu\u2019on peut appeler la doctrine belge.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"
La Belgique est un pays dont la pertinence g\u00e9opolitique est bien plus grande que ses dimensions r\u00e9duites peuvent le laisser penser. Nous avons rencontr\u00e9 S.E.M. Fran\u00e7ois de Kerchove d’Exaerde, ambassadeur du Royaume de Belgique en France, pour une ample conversation qui croise histoire, g\u00e9opolitique, politique et doctrine afin de mieux comprendre ce pays central dans le syst\u00e8me europ\u00e9en. <\/p>\n","protected":false},"author":175,"featured_media":45135,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-briefings.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1731],"tags":[],"geo":[534],"class_list":["post-44876","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-politique","staff-lea-faivre","staff-thibault-valentin","geo-bulles"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\n
La doctrine du consensus : entretien avec S.E.M. l\u2019Ambassadeur de Belgique en France | Le Grand Continent<\/title>\n \n \n \n \n \n \n \n \n \n \n \n\t \n\t \n\t \n \n \n \n\t \n\t \n\t \n