{"id":44793,"date":"2019-08-08T10:49:56","date_gmt":"2019-08-08T08:49:56","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=44793"},"modified":"2019-08-08T10:53:30","modified_gmt":"2019-08-08T08:53:30","slug":"geopolitique-des-nominations-la-course-au-fmi-et-sa-necessaire-reforme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/08\/08\/geopolitique-des-nominations-la-course-au-fmi-et-sa-necessaire-reforme\/","title":{"rendered":"G\u00e9opolitique des nominations : la course au FMI et sa n\u00e9cessaire r\u00e9forme"},"content":{"rendered":"\n
Bruxelles-Washington<\/em>. Le mandat de 8 ans de Mario Draghi venant \u00e0 son terme, Christine Lagarde a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9e \u00e0 sa succession. Elle a pr\u00e9sent\u00e9 sa d\u00e9mission au FMI le 16 juillet, et prendra la t\u00eate de la BCE \u00e0 compter du 1er<\/sup> novembre. L\u2019Europe, tout juste sortie d\u2019une grande redistribution des cartes au sein de ses institutions centrales, entend conserver la main sur l\u2019institution, et s\u2019est mise en ordre de marche pour pr\u00e9senter un candidat europ\u00e9en, tout trouv\u00e9 en la personne de la bulgare Kristalina Georgieva, directrice g\u00e9n\u00e9rale de la Banque mondiale. <\/p>\n\n\n\n Cependant, cette nomination soul\u00e8ve trois probl\u00e8mes :<\/p>\n\n\n\n Le G7 r\u00e9uni \u00e0 Gentilly les 17 et 18 Juillet derniers a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 Bruno Le Maire la gestion de la nomination europ\u00e9enne. Assez loin du consensus esp\u00e9r\u00e9, il aura fallu encore 12h de n\u00e9gociations le Vendredi 2 ao\u00fbt \u2013 soit deux jours de retard sur la date annonc\u00e9e \u2013 pour faire \u00e9merger la candidate unique. <\/p>\n\n\n\n De fait, ce que le duel final entre le n\u00e9erlandais Jeroen Dijsselbloem et Kristalina Georgieva montre parfaitement, c\u2019est que le processus s\u2019est tout de suite politis\u00e9. Le premier \u00e9tait soutenu par les pays de la Nouvelle Ligue Hans\u00e9atique. Ce groupe de huit pays d\u2019Europe du Nord, premiers de la classe en terme de notations financi\u00e8res, n\u2019\u00e9taient pas parvenus \u00e0 s\u2019imposer dans l\u2019attribution des top jobs <\/em>de l\u2019Union. La seconde \u00e9tait soutenue par la France, les pays du Sud assez hostiles \u00e0 Dijsselbloem \u2013 et pour cause, voire ses commentaires sal\u00e9s sur l\u2019incurie des finances de l\u2019Italie et la Gr\u00e8ce <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u2013, et les pays de l\u2019Est, qui ont enfin une championne. Le fait que la nomination de la direction d\u2019un organisme garant du multilat\u00e9ralisme int\u00e8gre de telles rivalit\u00e9s politiques est au c\u0153ur d\u2019un probl\u00e8me qui menace la l\u00e9gitimit\u00e9 du FMI et le r\u00f4le de l\u2019Union dans le maintien du multilat\u00e9ralisme menac\u00e9. <\/p>\n\n\n\n De plus, certains critiquent la gestion de Le Maire. Apr\u00e8s avoir rechign\u00e9 avant d\u2019accepter sa mission, il aurait autoris\u00e9 des candidatures vou\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chec, faisant perdre du temps \u00e0 essayer d\u2019arracher des consensus au forceps. Aussi, il aurait refus\u00e9 une premi\u00e8re fois une proc\u00e9dure par votation, au risque de ruiner les efforts d\u2019unit\u00e9 europ\u00e9enne, pour in fine proposer un vote qui a fait ressortir la candidate favorite de la France. <\/p>\n\n\n\n Au fond, le gentleman agreement <\/em>pass\u00e9 avec les Etats-Unis en 1944 et respect\u00e9 depuis, laissant aux US la direction de la Banque Mondiale et aux Europ\u00e9ens celle du FMI, est la seule raison pour organiser ainsi cette succession. Sous couvert de nomination concert\u00e9e, l\u2019Europe d\u00e9fend son influence internationale au moment o\u00f9 les pays \u00e9mergents sont plus que jamais susceptibles de lui faire de l\u2019ombre \u2013 au vu des outsiders qui s\u2019avancent pour le poste, l\u2019Inde, Singapour ou encore le Mexique pourraient en effet mettre leur grain de sel. <\/p>\n\n\n\n Pourtant, selon les mises en garde de Christine Lagarde, les premiers troubles des \u00ab blessures auto-inflig\u00e9es \u00bb par la guerre commerciale sino-am\u00e9ricaine invitent l\u2019Europe \u00e0 se positionner entre les deux g\u00e9ants. <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> Ces tensions rendent une institution de coop\u00e9ration multilat\u00e9rale comme le FMI toujours plus essentielle. <\/p>\n\n\n\n Sans volont\u00e9 europ\u00e9enne, rien ne changera car du fait de leurs poids respectifs dans le syst\u00e8me de quotes-parts \u2013 les Etats-Unis sont les premiers shareholders<\/em>\u2013 et de la nomination de l\u2019Am\u00e9ricain et proche de Trump David Malpass \u00e0 la t\u00eate de la Banque mondiale en avril, les voix US et UE suffiront \u00e0 10 % pr\u00e8s pour \u00e9lire du candidat europ\u00e9en \u2013 ce duopole explique pourquoi les 11 directeurs du FMI ont \u00e9t\u00e9 europ\u00e9ens durant ces 73 derni\u00e8res ann\u00e9es, dont 44 pour des directeurs Fran\u00e7ais. <\/p>\n\n\n\n Lors de sa cr\u00e9ation \u00e0 Bretton Woods en 1944, en pleine refonte du syst\u00e8me mon\u00e9taire international, le FMI a une mission claire : garantir la stabilit\u00e9 financi\u00e8re et la coop\u00e9ration internationale, gr\u00e2ce \u00e0 une mutualisation de moyens, en vue d\u2019\u00e9viter les crises budg\u00e9taires et leurs transformations en guerre des monnaies, en protectionnisme, voire en nationalisme d\u00e9vastateur. Ainsi le FMI est-il charg\u00e9 de r\u00e9guler les politiques \u00e9conomiques et d\u2019\u00e9quilibrer les balances des paiements des pays dont les finances publiques sont en crise. <\/p>\n\n\n\n Le FMI a un double r\u00f4le de financement et de conseil technique, sorte de think tank <\/em>g\u00e9ant aux poches profondes, quand bien m\u00eame il est limit\u00e9 \u2013 tant en terme de d\u00e9penses que de cadrage id\u00e9ologique \u2013 par le fait qu\u2019il ne peut pas engager des fonds communs dans un pays dont la dette n\u2019est pas rendue soutenable par des politiques cons\u00e9quentes d\u2019assainissement budg\u00e9taire et de lib\u00e9ralisation des capitaux. En tant qu\u2019organisme multilat\u00e9ral richement dot\u00e9, le FMI peut imposer des conditions strictes et peu populaires. A la suite des deux premiers chocs p\u00e9troliers dans les ann\u00e9es 80, le FMI syst\u00e9matise des programmes d\u2019aides aux pays tr\u00e8s endett\u00e9s, mais fortement conditionn\u00e9s \u00e0 des r\u00e9formes structurelles : aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire, privatisation, lutte contre la corruption et lib\u00e9ralisation — les fameuses politiques \u00ab d\u2019ajustements structurels \u00bb. <\/p>\n\n\n\n La s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de ces politiques a \u00e9t\u00e9 largement critiqu\u00e9e, notamment quand elles ont men\u00e9 \u00e0 des coupes budg\u00e9taires dans les d\u00e9penses de sant\u00e9, d\u2019\u00e9ducation et de construction des infrastructures publiques. Le FMI est devenu pour ses d\u00e9tracteurs un promoteur de l\u2019orthodoxie \u00e9conomique et du n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. R\u00e9cemment, c\u2019est son r\u00f4le dans la Tro\u00efka en charge de la gestion de la crise de la dette grecque qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9 de mani\u00e8re virulente \u2013 comme le montre entre autres exemples la r\u00e9action du prix Nobel pour l’\u00e9conomie Joseph Stiglitz, qui lie directement la force d\u00e9vastatrice de la r\u00e9cession \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9e. <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le vent de critique souffle m\u00eame depuis l\u2019int\u00e9rieur, puisqu\u2019en 2016 trois \u00e9conomistes du fond affirment que l\u2019 \u00ab agenda n\u00e9olib\u00e9ral \u00bb de l\u2019institution n\u2019a pas eu l\u2019efficacit\u00e9 escompt\u00e9e, mais a au contraire contribu\u00e9 \u00e0 la mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s, qui menace \u00e0 terme la croissance globale <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Cependant, malgr\u00e9 ces critiques, le FMI a repris beaucoup d\u2019importance gr\u00e2ce \u00e0 la crise, en trois temps. D\u2019abord, comme l\u2019explique Adam Tooze dans un long article sur \u00ab The IMF Bargain \u00bb <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, le FMI est sorti de la crise de l\u00e9gitimit\u00e9 dans laquelle sa gestion de la crise asiatique de 1997 l\u2019avait jet\u00e9. Les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 d\u00e9fendues par le FMI ont \u00e9t\u00e9 si n\u00e9fastes qu\u2019il devenait m\u00eame dangereux aux yeux des \u00e9mergents de faire appel au FMI. Apr\u00e8s une travers\u00e9e du d\u00e9sert \u2013 quand Dominique Strauss-Kahn prend la t\u00eate du fond en 2007, le FMI se finance en partie par cr\u00e9dit tant les participations au fond des pays s\u2019\u00e9taient \u00e9puis\u00e9es \u2013, la liste des pays demandeurs cro\u00eet exponentiellement avec la crise en 2008, \u00e0 commencer par des pays d\u2019Europe de l\u2019Est \u2013 la Hongrie, la Lettonie et l\u2019Ukraine. Ensuite, le FMI recouvre son r\u00f4le d\u2019institution mondiale de stabilit\u00e9 financi\u00e8re, en tant que pr\u00eateur en dernier ressort de tr\u00e8s grande envergure, gr\u00e2ce au G20. En effet, la formation de ce jeune forum global acte la mont\u00e9e des \u00e9mergents dans la gouvernance multilat\u00e9rale. Lors de sa r\u00e9union \u00e0 Londres en Avril 2009, le G20 d\u00e9cide de redistribuer les droits de vote au sein du FMI, et de lui confier un trillion d\u2019euros. Finalement, malgr\u00e9 la r\u00e9ticence de Nicolas Sarkozy et de la Commission europ\u00e9enne, et suite \u00e0 un accord entre Obama et Merkel appuy\u00e9 par D. Strauss-Kahn, le FMI est venu en renforcement essentiel du Fond europ\u00e9en de stabilit\u00e9 financi\u00e8re apr\u00e8s 2010 pour g\u00e9rer les crises de la dette de la Gr\u00e8ce, du Portugal et de l\u2019Irlande. D\u00e8s lors, le FMI devient une institution essentielle de la gestion financi\u00e8re europ\u00e9enne, instaurant une d\u00e9pendance qui s\u2019av\u00e8re assez toxique, qui dure depuis, et que l\u2019\u00e9vidence d\u2019une nomination europ\u00e9enne illustre plus que jamais. <\/p>\n\n\n\nL\u2019Europe en son pr\u00e9 carr\u00e9 \u2013 jockeying for position <\/em><\/h4>\n\n\n\n
De Bretton Woods \u00e0 la Tro\u00efka, comment le FMI est devenu crucial<\/h4>\n\n\n\n