{"id":4385,"date":"2017-09-30T14:28:55","date_gmt":"2017-09-30T12:28:55","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/?p=4385"},"modified":"2021-10-09T14:34:40","modified_gmt":"2021-10-09T12:34:40","slug":"denis-crouzet-historiens-europe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2017\/09\/30\/denis-crouzet-historiens-europe\/","title":{"rendered":"L\u2019histoire \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019Europe"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">L\u2019intuition qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 la rencontre d\u2019o\u00f9 est issu ce livre est que la crise id\u00e9ologique subie par l\u2019Europe actuelle rel\u00e8ve autant d\u2019un d\u00e9ficit d\u2019historicisation, et donc de nomination, que de la projection de peurs ambiantes ou de fictions n\u00e9gatives issues moins de l\u2019Europe m\u00eame que d\u2019une fantasmagorie excitatoire li\u00e9e \u00e0 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration d\u2019un processus de globalisation&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-1-4385' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2017\/09\/30\/denis-crouzet-historiens-europe\/#easy-footnote-bottom-1-4385' title='&lt;em&gt;L\u2019historien fran\u00e7ais Denis Crouzet, sp\u00e9cialiste mondialement reconnu du XVI&lt;sup&gt;e&lt;\/sup&gt; si\u00e8cle fran\u00e7ais et europ\u00e9en, livre ici en avant-premi\u00e8re au&lt;\/em&gt;&amp;nbsp;Grand Continent&lt;em&gt; l\u2019avant-propos d\u2019&lt;\/em&gt;Historiens d\u2019Europe, historiens de l\u2019Europe&lt;em&gt;, &lt;a href=&quot;http:\/\/www.champ-vallon.com\/denis-crouzet-sous-la-direct-de-historiens-deurope-historiens-de-leurope\/&quot;&gt;ouvrage qu\u2019il a dirig\u00e9, \u00e0 para\u00eetre le 5 octobre prochain chez Champ Vallon&lt;\/a&gt;&amp;nbsp;et d\u00e9di\u00e9&amp;nbsp;\u00e0 la place de l\u2019Europe comme \u00e9chelle et objet g\u00e9opolitiques dans la pens\u00e9e de nombre des plus c\u00e9l\u00e8bres historiens europ\u00e9ens du XX&lt;sup&gt;e&lt;\/sup&gt; si\u00e8cle. Cet avant-propos est l\u2019occasion d\u2019une r\u00e9flexion d\u2019une formidable richesse probl\u00e9matique sur la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9crire une nouvelle histoire de l\u2019Europe. Dans la lign\u00e9e des pr\u00e9occupations du&lt;\/em&gt;&amp;nbsp;Grand Continent,&lt;em&gt;&amp;nbsp;entre&amp;nbsp;les apories d\u2019une accumulation d\u2019histoires nationales autosuffisantes et, parfois, les insuffisances th\u00e9oriques d\u2019une histoire globale automotrice ou r\u00e9duite \u00e0 une somme d\u2019histoires parall\u00e8les, Denis Crouzet nous invite, fort de quarante ann\u00e9es de recherches consacr\u00e9es notamment \u00e0 une analyse anthropologique des ph\u00e9nom\u00e8nes de violence et de pacification en France et en Europe, \u00e0 consid\u00e9rer les inestimables&amp;nbsp;vertus heuristiques d\u2019une \u00e9chelle d\u2019analyse interm\u00e9diaire europ\u00e9enne dans la compr\u00e9hension des ph\u00e9nom\u00e8nes historiques. Loin de sacrifier aux mythes d\u2019une Europe donn\u00e9e en propre ou de la lente gen\u00e8se d\u2019une civilisation partag\u00e9e, c\u2019est peut-\u00eatre surtout dans le cadre d\u2019un \u00ab&amp;#160;&amp;nbsp;jeu d\u2019\u00e9chelle&amp;nbsp;&amp;#160;\u00bb que Denis Crouzet envisage l\u2019Europe. Aux pr\u00e9misses du raisonnement est l\u2019impossibilit\u00e9 de donner sens \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes historiques sans les inscrire dans un cadre de compr\u00e9hension qui est avant tout celui de l\u2019Europe davantage peut-\u00eatre que celui du monde et en tout cas de la nation. C\u2019est parce que l\u2019Europe est par nature une succession de contingences historiques qu\u2019elle est d\u2019ailleurs la m\u00e9taphore m\u00eame de l\u2019histoire et m\u00e9rite donc de sortir de l\u2019impens\u00e9 et du refoul\u00e9. C\u2019est parce qu\u2019\u00e0 rebours de toute t\u00e9l\u00e9ologie elle est non hypostase mais hypoth\u00e8se qu\u2019elle \u00e9claire peut-\u00eatre si bien le pass\u00e9. Elle permettrait de r\u00e9\u00e9valuer \u00e0 la hausse les m\u00e9rites d\u2019une histoire qui, sans \u00eatre utilitariste, refuserait en tout cas de d\u00e9finir son objet comme l\u2019imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique et autosuffisant de la simple connaissance historique et viserait plut\u00f4t l\u2019hypoth\u00e9tique, condition d\u2019une pens\u00e9e libre et vivante int\u00e9ress\u00e9e au contemporain et \u00e0 ses enjeux g\u00e9opolitiques. Une histoire \u00ab&amp;#160;&amp;nbsp;th\u00e9rapie&amp;nbsp;&amp;#160;\u00bb,&lt;\/em&gt;&amp;nbsp;magister vit\u00e6&lt;em&gt;, serait donc en fait possible, entendu qu\u2019en empruntant ce chemin de sortie de la plus s\u00e8che neutralit\u00e9 axiologique positiviste l\u2019on ne d\u00e9bouche pas sur une essentialisation civilisationnelle de l\u2019Europe mais sur une ligne de cr\u00eate o\u00f9 r\u00e9sonne depuis la vall\u00e9e de l\u2019histoire l\u2019\u00e9cho de la qu\u00eate, depuis le XVI&lt;sup&gt;e&lt;\/sup&gt; si\u00e8cle et l\u2019\u00e9clatement de la chr\u00e9tient\u00e9, d\u2019une unit\u00e9 et d\u2019une totalit\u00e9 d\u2019\u00eatre&amp;#160;; au bout de cette ligne, le sommet de l\u2019universel&amp;#160;?&lt;\/em&gt;'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Un processus qui n\u2019est jamais qu\u2019une mise en hypervisibilit\u00e9, peut-\u00eatre plus perceptible qu\u2019auparavant, de faits de longue dur\u00e9e que, pourtant, un simplisme d\u00e9magogique porte \u00e0 ignorer, \u00e0 dissimuler, \u00e0 encore charger de culpabilit\u00e9. Tout se passe comme si s\u2019\u00e9tait produite la dilatation d\u2019un vide dans la m\u00e9moire, un trou noir, une sorte de maladie d\u2019Alzheimer lentement infus\u00e9e dans les sph\u00e8res de la pens\u00e9e commune par des proc\u00e9dures tant conscientes qu\u2019inconscientes, aux ressorts paniques.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-small\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-16.14.04.png\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"554\"\n        data-pswp-height=\"908\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-16.14.04-125x205.png\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-16.14.04-330x541.png\"\r\n                media=\"(min-width: 375px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-16.14.04-125x205.png\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n                    <figcaption class=\"pswp-caption-content \">Denis Crouzet (dir.), Historiens d\u2019Europe, historiens de l\u2019Europe. D\u00e9fense et illustration de l\u2019histoire de l\u2019Europe, Ceyz\u00e9rieu, Champ Vallon, 5 octobre 2017, 388 p., ici p. 7-21.<\/figcaption>\n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Il n\u2019est pas alors \u00e9tonnant que l\u2019Europe en vienne toujours plus subrepticement \u00e0 \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e en tant qu\u2019une d\u00e9raison de l\u2019histoire, le contresens d\u2019une histoire que l\u2019imaginaire ne voudrait voir programm\u00e9e simultan\u00e9ment, t\u00e9l\u00e9ologiquement et antinomiquement, qu\u2019en termes de \u00ab&#160;nation&#160;\u00bb ou de \u00ab&#160;patrie&#160;\u00bb, voire plus encore na\u00efvement d\u2019\u00ab&#160;identit\u00e9&#160;\u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une forme d\u2019atomisation ou d\u2019absolutisation contradictoire du concept de culture d\u00e9mocratique dans laquelle prime l\u2019\u00e9galit\u00e9 des individus et qui est conditionn\u00e9e par, pr\u00e9cis\u00e9ment, l\u2019acceptation de la d\u00e9sidentification. L\u2019identit\u00e9 est la relation toujours expansive, sans limite, de la relation \u00e0 l\u2019autre, et non pas un cercle clos et fini relevant d\u2019un refoulement loin de soi de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Elle est par l\u00e0 m\u00eame mobile et transgressive, moins composite que compos\u00e9e et, pourrait-on dire, de l\u2019ordre de l\u2019irrepr\u00e9sentable, l\u2019indicible tant elle se doit de s\u2019excentrer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit pas ici de dire que l\u2019Europe souffre d\u2019un manque d\u2019histoire et que l\u00e0 se trouverait l\u2019explication de la distorsion qui ouvre \u00e0 tous les possibles n\u00e9gativistes. L\u00e0 n\u2019est pas le probl\u00e8me, car l\u2019Europe est aussi victime d\u2019un trop d\u2019histoire qui n\u2019est pas, pr\u00e9cis\u00e9ment, son histoire, qui l\u2019oblit\u00e8re plus qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9claire. Parce qu\u2019il faut postuler que son histoire ne peut pas s\u2019\u00e9crire avec les normes convenues et les outils conventionnels.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci parce que l\u2019histoire n\u2019a pas invent\u00e9 de mani\u00e8re efficace un discours pouvant \u00ab&#160;conscientiser&#160;\u00bb l\u2019Europe autrement que comme une discontinuit\u00e9 d\u2019\u00e9tats, plus ou moins fragiles ou provisoires, de conscience ou de non-conscience de soi. Tout le probl\u00e8me, qui ouvre aux d\u00e9rives n\u00e9o-identitaires, rel\u00e8ve du langage et de sa dispersion s\u00e9miotique. L\u2019Europe est r\u00e9duite bien souvent \u00e0 un agr\u00e9gat d\u2019histoires parall\u00e8lement concordantes, quand sa virtualit\u00e9 n\u2019est pas artificieusement rapport\u00e9e aux concepts probl\u00e9matiques de \u00ab&#160;civilisation&#160;\u00bb et de \u00ab&#160;culture&#160;\u00bb qui, lentement, au fil des si\u00e8cles, auraient suivi une progression ascendante conduisant \u00e0 une situation actuelle voyant le continent osciller entre le m\u00e9ta-national et le global. Plusieurs axes \u00e9nonciatifs ont \u00e9t\u00e9 valoris\u00e9s dans cette double optique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Il n\u2019existe pas d\u2019<em>histoire g\u00e9n\u00e9rale<\/em> r\u00e9cente de l\u2019Europe en fran\u00e7ais qui puisse pr\u00e9tendre \u00eatre \u00e0 jour des probl\u00e9matiques et des \u00e9volutions r\u00e9centes de la discipline pas plus que pr\u00e9senter un champ interpr\u00e9tatif nouveau adapt\u00e9 aux doutes, aux interrogations du pr\u00e9sent.<\/p><cite>Denis Crouzet<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Une constatation pr\u00e9liminaire int\u00e9resse le premier de ces axes. Il n\u2019existe pas d\u2019<em>histoire g\u00e9n\u00e9rale<\/em> r\u00e9cente de l\u2019Europe en fran\u00e7ais qui puisse pr\u00e9tendre \u00eatre \u00e0 jour des probl\u00e9matiques et des \u00e9volutions r\u00e9centes de la discipline pas plus que pr\u00e9senter un champ interpr\u00e9tatif nouveau adapt\u00e9 aux doutes, aux interrogations du pr\u00e9sent. Ainsi le fil directeur appara\u00eet ici \u00eatre une certaine d\u00e9sid\u00e9ologisation. Si, peut-\u00eatre, la conceptualisation \u00ab&#160;moderniste&#160;\u00bb d\u2019une histoire de l\u2019Europe peut remonter \u00e0 Fran\u00e7ois Guizot et \u00e0 l\u2019<em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale de la civilisation en Europe depuis la chute de l\u2019Empire romain jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> (1838), il n\u2019en est pas moins vrai que rien de v\u00e9ritablement ambitieux n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit depuis la grande tentative du grand historien belge Henri Pirenne et les quatre volumes de l\u2019<em>Histoire de l\u2019Europe<\/em> \u2013 dont le premier volume seul (jusqu\u2019au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) est en r\u00e9alit\u00e9 de sa plume. Cette histoire est europ\u00e9enne en ce qu\u2019elle appr\u00e9hende de mani\u00e8re transversale l\u2019ensemble des ph\u00e9nom\u00e8nes structurant le continent depuis la fin du monde romain, qu\u2019ils soient d\u2019ordre intellectuel ou religieux, socio-\u00e9conomique ou politique. Elle est europ\u00e9enne en ce qu\u2019elle met en rapport ces ph\u00e9nom\u00e8nes structurants avec l\u2019espace europ\u00e9en dans sa totalit\u00e9 et \u00e0 travers les configurations successives qu\u2019ils contribuent \u00e0 d\u00e9terminer, y compris les divisions qu\u2019ils ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9marche a servi de mod\u00e8le \u00e0 bien des tentatives ult\u00e9rieures qui n\u2019en ont gu\u00e8re d\u00e9pass\u00e9 les fondements ou la m\u00e9thode. Certes, on peut noter l\u2019existence d\u2019une <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Europe<\/em> en trois volumes sous la direction de Georges Livet et Roland Mousnier (Paris, 1980), qui suit une segmentation tris\u00e9quentielle tr\u00e8s classique (\u00ab&#160;L\u2019Europe des origines au d\u00e9but du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&#160;\u00bb&#160;; \u00ab&#160;L\u2019Europe du d\u00e9but du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u00e0 la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&#160;\u00bb&#160;; \u00ab&#160;L\u2019Europe de 1789 \u00e0 nos jours&#160;\u00bb). Con\u00e7ue selon les m\u00eames normes et entrant dans la sph\u00e8re des manuels de vulgarisation, on citera l\u2019<em>Histoire de l\u2019Europe<\/em> donn\u00e9e par Serge Berstein et Pierre Milza (tome 1&#160;: \u00ab&#160;L\u2019h\u00e9ritage antique&#160;\u00bb&#160;; tome 2&#160;: \u00ab&#160;De l\u2019Empire romain \u00e0 l\u2019Europe, V<sup>e<\/sup>-XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&#160;\u00bb&#160;; tome 3&#160;: \u00ab&#160;\u00c9tats et identit\u00e9 europ\u00e9enne, XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle-1815&#160;\u00bb&#160;; tome 4&#160;: \u00ab&#160;Nationalismes et concerts europ\u00e9ens 1815-1919&#160;\u00bb, etc.). <\/p>\n\n\n\n<p>Mais on en demeure \u00e0 des probl\u00e9matiques p\u00e9riodis\u00e9es et surtout \u00e0 des cadres hypoth\u00e9tico-d\u00e9ductifs peu renouvel\u00e9s, quand le cr\u00e9neau chronologique ne se limite pas aux XIX<sup>e<\/sup> et XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles \u2013 cf. Jean- Michel Gaillard et Antony Rowley, <em>L\u2019Histoire du continent europ\u00e9en (1850-2000)<\/em> (Paris, 2001). Le principe de base est celui, au sein d\u2019une temporalit\u00e9 qui est pr\u00e9sum\u00e9e poss\u00e9der une unit\u00e9 d\u2019action, de la succession d\u2019\u00e9tudes de cas territoriaux ou \u00e9tatiques. Dans le m\u00eame filon d\u2019une temporalit\u00e9 coagul\u00e9e et coup\u00e9e en tranches, il est possible d\u2019\u00e9voquer un ouvrage synth\u00e9tique&#160;: <em>Histoire de l\u2019Europe<\/em> de Jean Carpentier et Fran\u00e7ois Lebrun (dir.) (Paris, 1992). Enfin, peut \u00eatre relev\u00e9e une tentative d\u2019\u00e9criture europ\u00e9enne, qui reste toutefois \u00e9clat\u00e9e en histoires nationales tout en n\u2019\u00e9chappant pas totalement \u00e0 une certaine tentation t\u00e9l\u00e9ologique, l\u2019<em>Histoire de l\u2019Europe<\/em> par douze historiens europ\u00e9ens, sous la direction de Fr\u00e9d\u00e9ric Delouche (Paris, 1992).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L\u00e0 est le paradoxe, c\u2019est la Grande-Bretagne du <em>Brexit<\/em> d\u2019aujourd\u2019hui qui a donn\u00e9 r\u00e9cemment les ouvrages scientifiques les plus parachev\u00e9s sur une Europe d\u00e9sanachronis\u00e9e et pens\u00e9e comme une totalit\u00e9 d\u2019histoire ayant fonctionn\u00e9 plus sur des connexions que sur des sp\u00e9cificit\u00e9s ou sur des collections de particularit\u00e9s.<\/p><cite>denis crouzet<br><\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Puis, alors que pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019Europe devenait une r\u00e9alit\u00e9 toujours plus politique, rien ou presque rien, ou des livres qui, sous le couvert d\u2019une globalit\u00e9 europ\u00e9enne, p\u00e9riode par p\u00e9riode historiographique, sont des successions de monographies \u00ab&#160;nationales&#160;\u00bb et d\u00e9bouchent t\u00e9l\u00e9ologiquement sur la c\u00e9sure d\u2019apr\u00e8s une seconde guerre mondiale pens\u00e9e comme ouvrant sur un moment de sublimation&#160;; ceci, alors que prolif\u00e8rent parall\u00e8lement les histoires \u00ab&#160;nationales&#160;\u00bb retra\u00e7ant bien souvent, par exemple pour ce qui est de la France, les donn\u00e9es pr\u00e9suppos\u00e9es d\u2019une construction logique reposant sur divers enracinements originels et enqu\u00eatant, jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, sur les conditions ayant pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 cette logique et sur les permanences ou les ruptures&#8230; Sans se poser la question que l\u2019histoire et la logique des continuit\u00e9s ne sont pas synonymes&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00eame constatation d\u2019une situation de relative d\u00e9sh\u00e9rence historiographique et surtout de la priorit\u00e9 donn\u00e9e au choix de coupures par p\u00e9riodes (Renaissance, XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) peut \u00eatre constat\u00e9e pour ce qui est de la recherche anglo-saxonne, apr\u00e8s les deux volumes de l\u2019<em>History of Europe<\/em> de H. A. L. Fisher (Londres, 1935). Citons l\u2019exemple de la <em>Short Oxford History of Europe<\/em> qui, si elle est r\u00e9cente, n\u2019en est pas moins tr\u00e8s traditionnelle dans sa conception clivant le pass\u00e9 en grandes s\u00e9quences classiques si ce n\u2019est anachronisantes, \u00e0 commencer par \u00ab&#160;Classical Greece&#160;\u00bb ou \u00ab&#160;Roman Europe&#160;\u00bb&#160;; citons aussi, plus originales, les <em>New Approaches to European History<\/em> de Cambridge Uni- versity Press et les <em>Fontana History of Europe Series<\/em> qui reposent sur un projet th\u00e9matico-chronologique. \u00c0 quoi s\u2019ajoute <em>The Penguin History of Europe<\/em>, de J. M. Roberts (1996), fort heureusement renouvel\u00e9e dans les <em>Penguin History of Europe Series<\/em> gr\u00e2ce aux contributions de grands sp\u00e9cialistes comme Chris Wickham ou Mark Greengrass. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 est le paradoxe, c\u2019est la Grande-Bretagne du <em>Brexit<\/em> d\u2019aujourd\u2019hui qui a donn\u00e9 r\u00e9cemment les ouvrages scientifiques les plus parachev\u00e9s sur une Europe d\u00e9sanachronis\u00e9e et pens\u00e9e comme une totalit\u00e9 d\u2019histoire ayant fonctionn\u00e9 plus sur des connexions que sur des sp\u00e9cificit\u00e9s ou sur des collections de particularit\u00e9s. Pour aller dans cette direction, l\u2019histoire de l\u2019Europe se trouve travaill\u00e9e outre-Manche surtout syst\u00e9matiquement sur le plan de l\u2019histoire \u00e9conomique, avec <em>The Cambridge Economic History of Europe<\/em> et <em>The Fontana Economic History of Europe<\/em>. Un peu \u00e0 part, original, et soup\u00e7onn\u00e9 aujourd\u2019hui d\u2019europ\u00e9o-centrisme parce que donnant le primat \u00e0 la question de l\u2019exceptionnalit\u00e9 du continent d\u00e9sormais pass\u00e9 de mode, il y a le livre important d\u2019Eric Jones, <em>The European Miracle<\/em> (Cambridge, 1981) \u00e0 l\u2019inverse du plus superficiel <em>Europe. A History<\/em>, de Norman Davies (Oxford, 1996). Il faudrait signaler encore Eugen Weber et <em>Une histoire de l\u2019Europe<\/em>, Paris (2 vol., Paris, 1986-1987), qui insiste sur le concept postromantique d\u2019h\u00e9ritage l\u00e9gu\u00e9 au monde mais noie le lecteur sous une avalanche factuelle donnant une certaine invisibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019objet m\u00eame Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce qui est de la production allemande, m\u00eames strat\u00e9gies d\u2019\u00e9dition et d\u2019\u00e9criture par voie de compartimentages spatio-temporels, avec, par exemple, les sept tomes du <em>Handbuch der europa\u00efschen Geschichte<\/em>, publi\u00e9 par Theodor Schieder (Stuttgart, 1968-1991) ou les dix volumes du <em>Handbuch der Geschichte Europas<\/em>, dirig\u00e9 par Peter Bickle (Stuttgart, 2000). L\u2019histoire en tranches face \u00e0 laquelle s\u2019est dress\u00e9 Wolfgang Schmale, dans sa <em>Geschichte Europas<\/em> (Stuttgart, 2000), qui est peut-\u00eatre le seul pari vraiment \u00ab&#160;europ\u00e9iste&#160;\u00bb mais ayant privil\u00e9gi\u00e9 l\u2019angle culturel pour le moins r\u00e9ductionniste. Pour l\u2019Italie, il faudrait citer bien s\u00fbr ensuite la r\u00e9cente <em>Storia d\u2019Europa<\/em> de Giuseppe Galasso (Bari, 2001) qui envisage l\u2019Europe comme sous l\u2019angle de \u00ab&#160;contrasioni e di espansioni di un grande spazio di civilt\u00e0&#160;\u00bb. Le th\u00e8me probl\u00e9matique d\u2019un espace de convergence postul\u00e9e entre une identit\u00e9 g\u00e9ographique et une identit\u00e9 qui serait \u00ab&#160;psychoculturelle&#160;\u00bb. Le mythe de la civilisation partag\u00e9e&#8230; Un autre danger&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Second axe&#160;: arr\u00eatons-nous sur la tradition de l\u2019essai centr\u00e9 sur l\u2019histoire d\u2019une conscience ou d\u2019une pr\u00e9conscience europ\u00e9enne. Y appartiennent des livres importants, au premier rang desquels figure l\u2019ouvrage de Lucien Febvre, <em>L\u2019Europe, gen\u00e8se d\u2019une civilisation<\/em>. Ce cours, profess\u00e9 au Coll\u00e8ge de France en 1944-1945, pose l\u2019Europe non comme un d\u00e9terminisme, g\u00e9ographique, naturel voire biologique, mais comme un fait historique qui doit \u00eatre analys\u00e9 en termes de culture, de civilisation, et au final, de mani\u00e8re implicite, de projet politique relevant d\u2019une s\u00e9rie de dynamiques. Doit \u00eatre encore cit\u00e9e de mani\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9e la <em>Storia dell\u2019idea d\u2019Europa<\/em> de Federico Chabod (1961), qui a une tonalit\u00e9 particuli\u00e8re dans la mesure o\u00f9 l\u2019important de la d\u00e9monstration tient dans la succession et la r\u00e9accommodation de valeurs morales et spirituelles d\u2019identification collective depuis le temps des Grecs jusqu\u2019au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. <\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Baptiste Duroselle a fait figure de pionnier tant en 1965 dans son <em>Id\u00e9e d\u2019Europe dans l\u2019Histoire<\/em>, mettant en relief une conscience commune, que dans <em>L\u2019Europe, histoire de ses peuples<\/em> (Paris, 1990), qui se situe dans la perspective de Pirenne et de Febvre&#160;; y est d\u00e9gag\u00e9e une succession de scansions, depuis les m\u00e9galithes ou l\u2019expansion celte jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9mocratisation des nations de l\u2019Est, qui ont fini par d\u00e9terminer un mouvement de d\u00e9passement des langues, des cultures, des conflits politiques ou \u00e9conomiques. Et l\u00e0 encore, on retrouve le mythe de la civilisation partag\u00e9e&#8230;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le danger serait de partir \u00e0 la recherche d\u2019un invariant identifi\u00e9, qui serait appel\u00e9 Europe, qui aurait une histoire plus ou moins sinuso\u00efdale, mais qui aurait \u00ab&#160;une histoire&#160;\u00bb.<\/p><cite>Denis Crouzet<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>On peut, entre autres travaux individuels ou collectifs, ajouter \u00e0 cette sph\u00e8re d\u2019\u00e9criture Krzysztof Pomian, <em>L\u2019Europe et ses nations<\/em> (Paris, 1990), puis Jacques Le Goff, <em>La Vieille Europe et la n\u00f4tre<\/em> (Paris, 1994) ou <em>L\u2019Europe est-elle n\u00e9e au Moyen \u00c2ge&#160;?<\/em> (Paris, Seuil, 2003). L\u2019ouvrage de Denis de Rougemont, <em>Vingt-huit si\u00e8cles de l\u2019Europe, la conscience europ\u00e9enne \u00e0 travers les textes d\u2019H\u00e9siode \u00e0 nos jours<\/em> (Paris, 1961), est un produit militant issu de la r\u00e9flexion de l\u2019un des fondateurs du projet europ\u00e9en de l\u2019apr\u00e8s-1945. Notons encore <em>Identit\u00e9s nationales et conscience europ\u00e9enne,<\/em> sous la direction de Joseph Rovan et Gilbert Krebs (Paris, 1992). Et encore, <em>L\u2019Europe dans son histoire. La vision d\u2019Alphonse Dupront<\/em>, publi\u00e9 par Fran\u00e7ois Crouzet et Fran\u00e7ois Furet (Paris, 1998). Ou <em>Penser l\u2019Europe<\/em>, d\u2019Edgar Morin (Paris, 1987), qui met l\u2019accent sur la complexit\u00e9 europ\u00e9enne, et sur le dialogue des pluralit\u00e9s ou l\u2019interculturalit\u00e9 \u00e9tant le moteur interne de l\u2019histoire de l\u2019Europe, \u00ab&#160;<em>unitas multiplex<\/em>&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En troisi\u00e8me lieu, il faut relever l\u2019axe tr\u00e8s actif de l\u2019histoire de la construction europ\u00e9enne, donc une histoire du <em>terminus ad quem<\/em> \u00e0 \u00e9pist\u00e9mologie courte. Une \u00e9tonnante prolif\u00e9ration d\u2019ouvrages oscillant entre manuels et \u00e9tudes d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Citons entre autres, et au milieu d\u2019un oc\u00e9an textuel, Pierre Gerbet, <em>La Construction de l\u2019Europe<\/em> (Paris, 1996), Serge Bernstein et Pierre Milza, <em>Histoire de l\u2019Europe contemporaine<\/em> (2 t., Paris, 1992), Marie-Th\u00e9r\u00e8se Bitsch, <em>Histoire de la construction europ\u00e9enne<\/em>, Paris, 1996, G\u00e9rard Bossuat, <em>Les Fondateurs de l\u2019Europe<\/em> (Paris, 1994), P. Fabre, <em>Histoire de l\u2019Europe au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, 1945-1974<\/em> (2 vol., Paris, 1995), Michel Foucher, <em>Fragments d\u2019Europe <\/em>(Paris, 1993), etc. Une prolif\u00e9ration d\u2019ouvrages \u00e9rudits dont le propre est de gommer ou estomper, au profit d\u2019analyses d\u00e9taill\u00e9es des m\u00e9canismes du processus de la construction europ\u00e9enne, la dur\u00e9e longue et en cons\u00e9quence le questionnaire de la dialectique des possibles en amont de l\u2019imm\u00e9diate contemporan\u00e9it\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Tout se passe comme si l\u2019histoire de l\u2019Europe devait \u00eatre \u00e9crite et sur-\u00e9crite de mani\u00e8re n\u00e9cessairement positiviste, sans qu\u2019il soit tenu compte de la r\u00e9flexion de Mark Mazower, pour qui la question est de savoir si \u00ab&#160;l\u2019Europe a une histoire au sens habituel du mot&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-2-4385' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2017\/09\/30\/denis-crouzet-historiens-europe\/#easy-footnote-bottom-2-4385' title=' Mark Mazower, &lt;em&gt;Le Continent des t\u00e9n\u00e8bres. Une histoire de l\u2019Europe au XXe si\u00e8cle&lt;\/em&gt;, Paris, Complexe, 2005&amp;#160;: \u00ab&amp;#160;on se repr\u00e9sente souvent l\u2019Europe comme compos\u00e9e d\u2019\u00c9tats et de peuples d\u00e9j\u00e0 anciens&amp;#160;; or, \u00e0 bien des \u00e9gards, c\u2019est un continent tr\u00e8s r\u00e9cent qui n\u2019a cess\u00e9, au cours du dernier si\u00e8cle, de s\u2019inventer et de se r\u00e9inventer \u00e0 travers des m\u00e9tamorphoses politiques souvent convulsives&amp;#160;\u00bb'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/span><strong>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le danger serait de partir \u00e0 la recherche d\u2019un invariant identifi\u00e9, qui serait appel\u00e9 Europe, qui aurait une histoire plus ou moins sinuso\u00efdale, mais qui aurait \u00ab&#160;une histoire&#160;\u00bb en d\u00e9veloppement fait d\u2019avanc\u00e9es et retraites, d\u2019\u00e9mergences et d\u2019occultations, donc de significations et de d\u00e9significations se neutralisant dans une logique de l\u2019incertitude&#160;; alors qu\u2019il faudrait articuler pr\u00e9cis\u00e9ment \u00ab&#160;histoire&#160;\u00bb \u00e0 ce qui serait sa n\u00e9gation m\u00eame, une aporie autog\u00e9n\u00e9r\u00e9e d\u2019une pluralit\u00e9 de contingences n\u00e9gatives ou positives. Aporie au sens donn\u00e9 par Diodore Kronos dans l\u2019analyse de Jules Vuillemin &#160;: \u00ab&#160;Est contingent ce qui est possible et ce qui est non n\u00e9cessaire, c\u2019est-\u00e0-dire la conjonction logique de ce qui est ou sera et de ce qui n\u2019est pas ou ne sera pas. Cette d\u00e9finition a pour effet qu\u2019est contingent ce qui n\u2019est pas et sera ou ce qui est et ne sera pas ou ce qui sera et ne sera pas&#160;\u00bb &nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-3-4385' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2017\/09\/30\/denis-crouzet-historiens-europe\/#easy-footnote-bottom-3-4385' title=' Cit\u00e9 in Jacques Bouveresse, &lt;em&gt;Dans le labyrinthe&amp;#160;: n\u00e9cessit\u00e9, contingence et libert\u00e9 chez Leibnitz. Cours 2009 et 2010&lt;\/em&gt;, Openeditions books, Paris, Coll\u00e8ge de France, 2013, p. 137, \u00e0 partir de Jules Vuillemin, &lt;em&gt;N\u00e9cessit\u00e9 ou contingence, l\u2019aporie de Diodore et les syst\u00e8mes philosophiques&lt;\/em&gt;, Paris, \u00c9ditions de Minuit, 2001.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-small\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-20.35.48.png\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"710\"\n        data-pswp-height=\"908\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-20.35.48-125x160.png\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-20.35.48-330x422.png\"\r\n                media=\"(min-width: 375px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-20.35.48-125x160.png\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>En quatri\u00e8me lieu, un autre axe a pris forme autour d\u2019histoires de l\u2019Europe \u0153uvrant sur la longue dur\u00e9e mais en se fixant sur une chronologie particularis\u00e9e pour les uns, autour d\u2019une approche th\u00e9matique pour d\u2019autres. Citons, \u00e0 titre d\u2019exemples, les ouvrages qui ont fait le choix, sur une p\u00e9riode distincte, d\u2019analyser, dans les ann\u00e9es 1960-1970, l\u2019Europe par le biais de la probl\u00e9matique de la \u00ab&#160;civilisation&#160;\u00bb&#160;: <em>La Civilisation de l\u2019Occident m\u00e9di\u00e9val<\/em> (Jacques Le Goff), <em>La Civilisation de la Renaissance<\/em> (Jean Delumeau), <em>La Civilisation de l\u2019Europe classique<\/em> (Pierre Chaunu), <em>La Civilisation de l\u2019Europe des Lumi\u00e8res<\/em> (Pierre Chaunu), <em>L\u2019Europe des Lumi\u00e8res<\/em> (Jean Meyer, 1989), <em>Napol\u00e9on et l\u2019Europe. Regards d\u2019historiens<\/em> (Thierry Lentz dir., Paris, 2004), etc. D\u2019autres ont pris le parti d\u2019analyser l\u2019histoire europ\u00e9enne sous l\u2019angle des villes, avec l\u2019<em>Histoire de l\u2019Europe urbaine<\/em>, sous la direction de Jean-Luc Pinol, Paris 2003 (t. I, \u00ab&#160;De l\u2019antiquit\u00e9 au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, gen\u00e8se des villes europ\u00e9ennes&#160;\u00bb&#160;; t. II, \u00ab&#160;De l\u2019Ancien R\u00e9gime \u00e0 nos jours. Expansion et limites d\u2019un mod\u00e8le&#160;\u00bb)&#8230;<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-small\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-20.37.34.png\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"602\"\n        data-pswp-height=\"934\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-20.37.34-125x194.png\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-20.37.34-330x512.png\"\r\n                media=\"(min-width: 375px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-20.37.34-125x194.png\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>On pourrait encore \u00e9voquer le centrage sur la d\u00e9mographie, avec l\u2019<em>Histoire des populations de l\u2019Europe<\/em> \u00e9dit\u00e9e par Jean-Pierre Bardet et Jacques Dupaquier (3 vol., Paris, 1997), sur l\u2019histoire de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me, avec l\u2019<em>Histoire de l\u2019environnement europ\u00e9en<\/em> de Robert Delort (pr\u00e9face de Jacques Le Goff, Paris, 2001). L\u2019Europe peut encore s\u2019\u00e9crire dans la longue dur\u00e9e de son histoire \u00e9conomique tendant vers une \u00ab&#160;unit\u00e9 organique&#160;\u00bb malgr\u00e9 ses \u00ab&#160;diversit\u00e9s&#160;\u00bb, avec <em>L\u2019Histoire de l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne 1000-2000<\/em> de Fran\u00e7ois Crouzet (Paris, 2000)&#160;: \u00ab&#160;On essaiera constamment de consid\u00e9rer l\u2019Europe comme un ensemble, et de pr\u00eater attention aux relations entre ses diverses parties&#160;: au commerce intra-europ\u00e9en, qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 de bonne heure, notamment sur la base des dotations diff\u00e9rentes en ressources de l\u2019Europe du Nord et de celle du Sud&#160;; \u00e0 la diffusion des institutions, des organisations et des technologies, aux migrations de main-d\u2019\u0153uvre et de capitaux. <\/p>\n\n\n\n<p>On recherchera les forces qui ont rapproch\u00e9 les r\u00e9gions europ\u00e9ennes et contribu\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er une \u00e9conomie europ\u00e9enne int\u00e9gr\u00e9e \u2013 m\u00eame si ce ne fut que de fa\u00e7on l\u00e2che. Cependant, ni les forces centrifuges, ni les rapports avec le monde ext\u00e9rieur ne seront n\u00e9glig\u00e9s&#8230;&#160;\u00bb. D\u2019autres enqu\u00eates se sont fix\u00e9es dans la probl\u00e9matique de <em>Les Racines de l\u2019identit\u00e9 europ\u00e9enne<\/em>, de Francis Dumont (Paris, 1999) ou de <em>La Conscience europ\u00e9enne au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em> de Fran\u00e7oise Autrand et Nicole Cazauran (\u00e9d.) (Paris, 1983)&#160;; ou dans le champ de l\u2019histoire des relations internationales avec L<em>\u2019Ordre europ\u00e9en du XVI<sup>e<\/sup> au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>, dirig\u00e9 par Georges-Henri Soutou (Paris, 1998) ou <em>La Soci\u00e9t\u00e9 des princes<\/em> (Paris, 1999), de Lucien B\u00e9ly.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L&rsquo;Europe p\u00e2tit de ce que son histoire est \u00e9crite comme si elle \u00e9tait n\u2019importe quelle histoire. Alors qu\u2019elle doit s\u2019analyser diff\u00e9renciellement.<\/p><cite>Denis Crouzet<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019Europe, malgr\u00e9 toutes ces tentatives, p\u00e2tit donc de la dispersion ou de la division de son histoire, d\u2019une dramatique occultation de sens tenant en grande partie \u00e0 ce que cette histoire est le contraire de ce qu\u2019elle devrait chercher \u00e0 \u00eatre. Elle p\u00e2tit de ce que son histoire est \u00e9crite comme si elle \u00e9tait n\u2019importe quelle histoire. Alors qu\u2019elle doit s\u2019analyser diff\u00e9renciellement. \u00c9crire l\u2019histoire revient \u00e0 produire un syst\u00e8me de contingences et intermittences multiples et pas seulement \u00e0 fabriquer un discours cumulatif de donn\u00e9es inspirant des parall\u00e9lismes ou des convergences. Et c\u2019est ce \u00ab&#160;faire comprendre&#160;\u00bb qui a manqu\u00e9 et qui toujours manque aujourd\u2019hui. Le projet de ceux qui ont pris part \u00e0 la confection de cet ouvrage est de prendre part \u00e0 une autre \u00e9criture de l\u2019histoire de l\u2019Europe, qui serait \u00ab&#160;nouvelle&#160;\u00bb parce qu\u2019elle serait moins facticiste ou t\u00e9l\u00e9ologique que dialectique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le but est de fournir au lectorat universitaire comme non universitaire les lignes de forces d\u2019une anthropologie historique des possibles, qui ne doit pas \u00eatre subvertie par les forces d\u00e9magogiques qui instrumentent les incertitudes, les angoisses, les fixations collectives. L\u2019Europe ne serait pas alors \u00e0 \u00e9valuer sous l\u2019angle d\u2019une qu\u00eate de ses origines, de sa lente maturation, de ses \u00e9checs, de ses antagonismes internes, de ses exp\u00e9riences plus ou moins br\u00e8ves et marquantes. L\u2019Europe historique a en effet un trait comme structurel&#160;: elle est contingence et par l\u00e0 m\u00eame elle se r\u00e9v\u00e8le en tant qu\u2019herm\u00e9neutique. Il y eut une Europe des humanistes, une Europe de la r\u00e9publique des Lettres, une Europe des id\u00e9aux de 1789&#8230;, comme il y a eu \u00e0 partir de 1951 et de la CECA le d\u00e9clenchement de la mise en \u0153uvre d\u2019une Europe \u00e9conomique. Comme il y a eu une Europe des clivages de religion, des nations et nationalismes, des haines et des atrocit\u00e9s&#8230; L\u2019Europe existe aussi, c\u2019est ce que l\u2019on tend \u00e0 ignorer ou euph\u00e9miser, dans le sang et la violence.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est cette discontinuit\u00e9 dans l\u2019ambivalence, qui est bien souvent gomm\u00e9e au profit d\u2019une t\u00e9l\u00e9ologie simpliste. D\u2019o\u00f9 l\u2019hypoth\u00e8se que pour trouver un point d\u2019origine \u00e0 une r\u00e9flexion qui se pr\u00e9vaut d\u2019une histoire \u00ab&#160;<em>magister vit\u00e6<\/em>&#160;\u00bb, il faut aller vers les grands historiens qui ont tous crois\u00e9 durant le XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, avec une intensit\u00e9 variable et des modes de polarisation diff\u00e9rents, la n\u00e9cessit\u00e9 herm\u00e9neutique des possibles contingents de l\u2019Europe&#160;; qui ont pens\u00e9 par l\u2019Europe et pour certains pour l\u2019Europe, parce que l\u2019Europe donnait sens \u00e0 l\u2019histoire qu\u2019ils entendaient r\u00e9\u00e9crire ou reconstruire, donnait sens tout simplement. L\u2019histoire est une succession de possibles plus ou moins r\u00e9alis\u00e9s et donc plus ou moins perdus, et l\u2019Europe est alors la m\u00e9taphore de l\u2019histoire. Elle existe parce qu\u2019elle se confond avec l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans cette perspective qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 ainsi distingu\u00e9es dix-neuf grandes figures britanniques, allemandes, hollandaises, belges, italiennes, russes et bien s\u00fbr fran\u00e7aises qui, selon des strat\u00e9gies diff\u00e9renci\u00e9es, ont \u00e9t\u00e9 conduites de mani\u00e8re plus ou moins parachev\u00e9e et englobante \u00e0 observer ou constater que l\u2019Europe pouvait ou pourrait avoir eu sur le long comme les moyen et court termes une histoire conjointe transcendant les fronti\u00e8res \u00e9tablies et surtout les cadres analytiques pr\u00e9sum\u00e9s. Une histoire collective permettant autant de regarder vers un avenir d\u00e9dramatis\u00e9 que de d\u00e9phaser dialectiquement l\u2019\u00e9tude de chaque construction g\u00e9opolitique du pass\u00e9 vers la structure m\u00e9tasignifiante qu\u2019est ou a \u00e9t\u00e9 le cadre europ\u00e9en. Si l\u2019on y r\u00e9fl\u00e9chit, tous ces grands historiens ont particip\u00e9 au grand changement de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie historique parce que l\u2019Europe, avec plus ou moins de centralit\u00e9 ou d\u2019intensit\u00e9, s\u2019est gliss\u00e9e entre eux et leurs objets de recherche, qu\u2019elle les a guid\u00e9s dans leurs analyses de mani\u00e8re directe ou indirecte. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>l\u2019Europe autorisait la prise de conscience d\u2019une unit\u00e9 qui \u00e9tait douloureuse certes, mais aidait ceux qui \u00e9taient pers\u00e9cut\u00e9s et qui \u00e9taient troubl\u00e9s au point de voir l\u2019avenir ferm\u00e9, \u00e0 conserver l\u2019esp\u00e9rance.<\/p><cite>Denis Crouzet<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019est pas agi de faire l\u2019inventaire de \u00ab&#160;tous&#160;\u00bb les historiens ayant int\u00e9gr\u00e9 l\u2019Europe dans leur \u00e9pist\u00e9mologie, mais de travailler sur les caract\u00e9risations et les d\u00e9terminations d\u2019approches tentant de produire l\u2019Europe comme relevant autant de la distinction d\u2019un r\u00e9f\u00e9rent commun que de mises en probl\u00e8mes ouvrant au d\u00e9passement des habitus historiographiques et op\u00e9rant sur les plans soit autonomes soit solidaires de l\u2019histoire \u00e9conomique, sociale, culturelle, politique&#8230; De la n\u00e9cessit\u00e9 donc de l\u2019Europe dans la conscience des Europ\u00e9ens parce que leur histoire, \u00e0 tous ses niveaux travaill\u00e9e et expertis\u00e9e scientifiquement par les plus grands historiens, se pense par l\u2019Europe, qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 et sont historiquement des Europ\u00e9ens de la dialectique des possibles et des impossibles de l\u2019Europe, dans les temps de paix comme de guerre, malgr\u00e9 eux bien souvent&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9p\u00e9tons-le, il ne s\u2019est agi ici que de proc\u00e9der par une sorte de carottage dans les profondeurs du discours historique, car l\u2019objectif n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 de dresser un inventaire de tous les grands historiens ayant pens\u00e9 par ou pour l\u2019Europe. L\u2019exhaustivit\u00e9 aurait entra\u00een\u00e9 trop loin, jusqu\u2019\u00e0 une remont\u00e9e vers la seconde moiti\u00e9 du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&#160;; alors les inventeurs de l\u2019histoire parfaite tentaient en effet de tirer les le\u00e7ons de la fin de l\u2019unit\u00e9 chr\u00e9tienne et des atroces d\u00e9chirements qui \u00e9taient v\u00e9cus dans le pr\u00e9sent en op\u00e9rant un d\u00e9passement g\u00e9opolitique, comme Lancelot Voisin de La Popelini\u00e8re avec <em>L\u2019histoire de France enrichie des plus notables occurrances survenues ez provinces de l\u2019Europe &amp; pays voisins, soit en paix soit en guerre&#160;: tant pour le fait s\u00e9culier qu\u2019ecl\u00e9siastic.<\/em> Quand les r\u00eaves les plus destructeurs et barbares s\u2019emparaient des imaginaires dans le royaume de France du temps des guerres de Religion, l\u2019Europe autorisait la prise de conscience d\u2019une unit\u00e9 qui \u00e9tait douloureuse certes, mais aidait ceux qui \u00e9taient pers\u00e9cut\u00e9s et qui \u00e9taient troubl\u00e9s au point de voir l\u2019avenir ferm\u00e9, \u00e0 conserver l\u2019esp\u00e9rance. Il aurait donc \u00e9t\u00e9 possible de s\u2019engager dans cette veine herm\u00e9neutique sur la longue dur\u00e9e et de composer un ouvrage sur la distanciation positive que l\u2019Europe a pu g\u00e9n\u00e9rer par rapport \u00e0 l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 de son histoire. Une Europe qui \u00e9tait une th\u00e9rapie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de mettre en action une dynamique de focalisation sur certains des historiens ayant particip\u00e9 du grand renouvellement historiographique du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Des historiens ayant mis en \u0153uvre des proc\u00e9dures d\u00e9centrant leur \u00e9criture de l\u2019histoire \u00ab&#160;nationale&#160;\u00bb ou campaniliste ou de l\u2019histoire globale (histoire des civilisations, World History, Connected History&#8230;)&#160;; ceci soit en exp\u00e9rimentant que c\u2019est par le d\u00e9tour oblig\u00e9 vers l\u2019Europe que peuvent se construire les processus de compr\u00e9hension de l\u2019histoire dans tous ses points d\u2019imputation, soit en usant d\u2019une optique europ\u00e9enne leur permettant de penser ou de repenser un pass\u00e9 qui serait matriciel dans le pr\u00e9sent de l\u2019Europe en fonction de la d\u00e9tection de possibles contingents, et donc un futur en rupture avec les drames et conflits que cette derni\u00e8re a connus. L\u2019Europe donc pour penser l\u2019histoire, ou l\u2019histoire pour penser l\u2019Europe. L\u2019Europe pour ne pas rester enferm\u00e9 en soi, mais pour se situer dans toutes les virtualit\u00e9s de ce \u00ab&#160;soi&#160;\u00bb. <\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-small\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-20.43.11.png\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"644\"\n        data-pswp-height=\"984\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-20.43.11-125x191.png\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-20.43.11-330x504.png\"\r\n                media=\"(min-width: 375px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-20.43.11-125x191.png\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Il a fallu proc\u00e9der \u00e0 des choix. Georges Duby, pour ne citer que lui, est un des grands absents du livre, tout comme Benedetto Croce, ou Alphonse Dupront qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 retenu puisque ayant donn\u00e9 occasion \u00e0 une publication ax\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment sur son \u00ab&#160;europ\u00e9it\u00e9&#160;\u00bb \u2013 <em>L\u2019Europe dans son histoire. La vision d\u2019Alphonse Dupront<\/em> (Paris, PUF, 1998). Quant \u00e0 un autre grand absent du livre, Marc Bloch, c\u2019est une absence subie qui doit \u00eatre cette fois d\u00e9plor\u00e9e puisque l\u2019auteur de la communication, pourtant sp\u00e9cialiste incontest\u00e9 et donc incontournable, n\u2019a pas daign\u00e9 rendre son texte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le principe a \u00e9t\u00e9 empiriquement d\u2019isoler quelques parcours intellectuels qui ont li\u00e9 la qu\u00eate d\u2019une alternative aux d\u00e9chirements guerriers et nationalistes ayant affect\u00e9 historiquement le continent au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et une \u00e9criture s\u2019\u00e9tant donn\u00e9 pour objectif le discernement, par voie comparatiste ou structuraliste et hors de toute t\u00e9l\u00e9ologie, de ce que l\u2019on peut appeler un \u00ab&#160;sens&#160;\u00bb transcendant les sp\u00e9cificit\u00e9s et les diff\u00e9rences. L\u2019Europe comme \u00ab&#160;matrice d\u2019unit\u00e9&#160;\u00bb s\u2019imposant \u00e0 l\u2019\u00e9criture m\u00eame \u00e0 la fois de son histoire et de l\u2019histoire, et dont l\u2019\u00e9vocation des jeux possibles et impossibles est aujourd\u2019hui n\u00e9cessaire en un temps peut-\u00eatre p\u00e9rilleux de fragilisation. Comme quoi la n\u00e9cessit\u00e9 exige bien, comme cela a \u00e9t\u00e9 entrevu, une herm\u00e9neutique de la contingence.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L\u2019Europe, moins qu\u2019un \u00ab&#160;sujet d\u2019\u00e9tude&#160;\u00bb, est un \u00ab&#160;processus&#160;\u00bb.<\/p><cite>Denis Crouzet<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019Europe n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 alors pour nombre d\u2019historiens l\u2019objet d\u2019une d\u00e9claration de foi les portant \u00e0 chercher dans l\u2019histoire un sens leur permettant de poser les cadres d\u2019un d\u00e9passement heuristique. Elle a bien souvent \u00e9t\u00e9 moins une finalit\u00e9 qu\u2019un instrument cognitif fournissant un support ou une impulsion \u00e0 leur r\u00e9flexion, selon des objectifs et des proc\u00e9dures tr\u00e8s variables, voire multiples. Une \u00ab&#160;matrice nourrici\u00e8re&#160;\u00bb selon l\u2019expression d\u2019Alphonse Dupront.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle peut se dissimuler, d\u2019apr\u00e8s Jean-Pierre Poussou, dans l\u2019arri\u00e8re-fond du travail du grand historien Trevelyan&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-4-4385' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2017\/09\/30\/denis-crouzet-historiens-europe\/#easy-footnote-bottom-4-4385' title=' George Macaulay Trevelyan (1876-1962) fut Regius Professor of Modern History \u00e0 Trinity College (Cambridge) de 1927 \u00e0 1943 et l\u2019auteur d\u2019une \u0153uvre d\u2019histoire sociale en partie tomb\u00e9e dans l\u2019oubli parce que ne r\u00e9pondant plus aux exigences scientifiques de nouveaux mod\u00e8les historiographiques d\u00e9gag\u00e9s des ambitions historiennes du &lt;em&gt;placere et docere &lt;\/em&gt;promues par Trevelyan.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> et ce \u00e0 travers une fascination pour une Italie qui serait port\u00e9e \u00e0 \u00ab&#160;importer le mod\u00e8le anglais sur le continent&#160;\u00bb et, de la sorte, \u00e0 initier une autre histoire europ\u00e9enne, le paradigme lib\u00e9ral d\u2019une sup\u00e9riorit\u00e9 de la civilisation anglaise s\u2019enracinant dans les autres paradigmes de la r\u00e9publique romaine et des r\u00e9publiques de la Renaissance signifiant l\u2019avenir de l\u2019histoire. Paradoxalement ou du moins en apparence, l\u2019affirmation d\u2019une sup\u00e9riorit\u00e9 britannique s\u2019accompagne d\u2019un regard sur l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le Russe Aaron Gourevitch, d\u00e9crypt\u00e9 par son ancien secr\u00e9taire Pavel Ouvarov, ce furent sans doute ses propres \u00e9tudes sur l\u2019Angleterre du haut Moyen \u00c2ge puis sur la Scandinavie qui l\u2019entra\u00een\u00e8rent dans une mutation heuristique capitale remettant en cause les postulats marxistes oblig\u00e9s et fa\u00e7onnant une image de l\u2019Europe m\u00e9di\u00e9vale concordant avec celle que pr\u00e9sentait synchroniquement Jacques Le Goff. L\u2019Europe, parce qu\u2019elle avait un r\u00f4le historique particularis\u00e9 dont l\u2019anthropologie permettait de dessiner les contours et parce qu\u2019elle n\u00e9cessitait de penser autrement, fut ainsi l\u2019agent d\u2019une grande remise en cause id\u00e9ologique anticipatrice puis accompagnatrice de l\u2019effondrement de l\u2019URSS. Un effondrement qui rendit \u00e0 l\u2019Europe une partie d\u2019elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 John Bossy, on peut deviner qu\u2019il polarisa ses enqu\u00eates sur l\u2019Europe moderne parce que l\u2019Angleterre, son premier champ d\u2019\u00e9tudes, le conduisit \u00e0 faire le tableau d\u2019un catholicisme r\u00e9siduel, fonctionnant en parall\u00e8le des sectes protestantes, et que cette situation de marge sollicitait \u00e0 ses yeux la remont\u00e9e dans un espace-temps europ\u00e9en ant\u00e9rieur aux ruptures du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&#160;; d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019analyser, dans leurs impacts civilisationnels, les m\u00e9canismes des changements religieux conditionnant le ph\u00e9nom\u00e8ne de grand basculement d\u2019un temps vers un autre. Seule l\u2019Europe semble permettre de penser et de comprendre, et pour l\u2019historien, de compenser, selon Joseph Bergin, la sensation de \u00ab&#160;vide&#160;\u00bb que pouvait \u00e9prouver un catholique dans un univers majoritairement protestant. Elle renvoie en tant qu\u2019objet analytique \u00e0 des exp\u00e9riences personnelles diverses et divergentes mais surtout \u00e0 la prise de conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 de comprendre celles-ci \u00e0 partir du principe d\u2019un d\u00e9passement g\u00e9opolitique qui fait donc dialoguer le pass\u00e9 avec le pr\u00e9sent et le pr\u00e9sent avec le pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Ainsi pour Braudel, la grammaire de l\u2019Europe serait devenue la grammaire du monde, et le monde serait devenu l\u2019Europe.<\/p><cite>Denis Crouzet<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>On peut poursuivre avec Ernst Kantorowicz et son parcours qui le m\u00e8ne tout d\u2019abord de Fr\u00e9d\u00e9ric II, empereur-sauveur, et d\u2019un attachement \u00e0 un Reich imagin\u00e9 r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateur, de la foi dans le g\u00e9nie de la nation allemande, au boycott de ses cours par les \u00e9tudiants nazis, puis \u00e0 son exfiltration d\u2019Allemagne. Parvenu aux USA et nomm\u00e9 \u00e0 Berkeley, il doit affronter le maccarthysme en se faisant le d\u00e9fenseur d\u2019une conception europ\u00e9enne de l\u2019universit\u00e9 \u00e0 laquelle il reste attach\u00e9. Et son \u0153uvre, qui est aliment\u00e9e de multiples sources puis\u00e9es dans des espaces et des temps diff\u00e9rents, G\u00e9rald Chaix l\u2019\u00e9crit, d\u00e9passe les \u00e9vidences dans un paradoxe apparent&#160;: parce que sa \u00ab&#160;perspective est d\u2019embl\u00e9e europ\u00e9enne, m\u00eame si, dans sa lecture imp\u00e9riale, il attribue \u00e0 une Allemagne impr\u00e9gn\u00e9e de romanit\u00e9 un destin privil\u00e9gi\u00e9. Elle le demeure lorsque les circonstances, mais aussi ses propres choix, l\u2019en \u00e9loignent. Elle se pr\u00e9cise lorsque \u00e9tudiant la conception anglaise des deux corps du roi, il situe explicitement celle-ci dans la construction chronologique et g\u00e9ographique d\u2019une histoire europ\u00e9enne nullement close sur elle-m\u00eame.&#160;\u00bb Kantorowicz pense par l\u2019Europe. L\u2019Europe conditionne sa pens\u00e9e et son inventivit\u00e9 d\u2019historien.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est paradoxalement encore que Reinhardt Koselleck a pos\u00e9 les fondements, ambigus sans aucun doute parce que d\u00e9termin\u00e9s au sein d\u2019une dialectique plus ou moins consciente de la culpabilit\u00e9\/d\u00e9culpabilisation, si l\u2019on suit l\u2019\u00e9tude de Thomas Maissen, d\u2019une construction conceptuelle certifiant que c\u2019est par l\u2019Europe que s\u2019expliquerait l\u2019aventure nazie inscrite dans un ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab&#160;guerre civile&#160;\u00bb europ\u00e9enne ayant d\u00e9sormais r\u00e9alis\u00e9 sa migration dans une guerre civile mondiale, mais enracin\u00e9e dans le champ conceptuel de Lumi\u00e8res du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qui ont \u00e9t\u00e9 europ\u00e9ennes. Ici l\u2019Europe fixe l\u2019\u00e9criture parce qu\u2019elle sert \u00e0 d\u00e9sp\u00e9cifier une histoire, \u00e0 la d\u00e9sint\u00e9grer en la sortant en quelque sorte d\u2019elle-m\u00eame, de ses jeux particularis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, peut-on souligner \u00e0 travers l\u2019analyse de Jean-Fran\u00e7ois Dunyach, le travail de Hugh Trevor-Roper sur la crise g\u00e9n\u00e9rale du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, s\u2019il permet de d\u00e9finir une Europe frapp\u00e9e par un continuum de crise, de scansions ayant des origines et des cons\u00e9quences identifiables selon les diff\u00e9rents pays, n\u2019en ouvre pas moins \u00e0 la valorisation d\u2019\u00ab&#160;une communaut\u00e9, unique, de destins au pluriel&#160;\u00bb et donc \u00e0 la restitution d\u2019une histoire dialectique qui fait travailler ensemble l\u2019unit\u00e9 et la multiplicit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et avec Robert Lopez, Jean-Claude Marie Vigueur d\u00e9montre que l\u2019Europe m\u00e9di\u00e9vale est un moyen de penser l\u2019histoire \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du monde puisqu\u2019elle permet de partir \u00e0 la recherche de ce qui a fait sa sp\u00e9cificit\u00e9, l\u2019essor de l\u2019individualisme et donc ce que l\u2019on pourrait appeler un \u00e9tat d\u2019esprit. L\u2019Europe autorise la d\u00e9signation de ce qu\u2019il faudrait nommer \u00ab&#160;une r\u00e9volution mentale&#160;\u00bb articul\u00e9e \u00e0 la r\u00e9volution commerciale, il faut aussi voir que le processus de changement doit \u00eatre mis en rapport avec les grandes catastrophes qui ont marqu\u00e9 le reste du monde et dont l\u2019Europe n\u2019a pas connu l\u2019intensit\u00e9 destructrice. Finalement l\u2019histoire de l\u2019Europe aide \u00e0 saisir le pourquoi de l\u2019agencement du mouvement en histoire et donc de la dynamique dialectique des contingences. Elle veut moins assurer d\u2019une identit\u00e9 que produire une th\u00e9orie exp\u00e9rimentale de l\u2019histoire mettant en avant la part de l\u2019individualisme.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9flexion de Fernand Braudel, originellement m\u00e9fiant quant \u00e0 d\u00e9terminer ce que peut \u00eatre l\u2019Europe face \u00e0 l\u2019unit\u00e9 qu\u2019il d\u00e9tecte dans la M\u00e9diterran\u00e9e, est aussi une r\u00e9flexion sur le \u00ab&#160;mouvement&#160;\u00bb, le changement qui donne \u00ab&#160;un destin&#160;\u00bb \u00e0 l\u2019Europe. Sans l\u2019Europe rien ne peut se comprendre car l\u2019Europe est investigu\u00e9e comme devenant la \u00ab&#160;plus vaste Europe&#160;\u00bb qui tend \u00e0 se confondre avec le monde&#160;; elle ne se caract\u00e9rise plus par sa g\u00e9ographie continentale car elle est un cheminement vers la totalit\u00e9, vers le sens de l\u2019histoire. Elle fait glisser l\u2019historien vers une forme de philosophie de l\u2019histoire, de la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019histoire telle qu\u2019elle s\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du monde invent\u00e9e. Ainsi pour Braudel, la grammaire de l\u2019Europe serait devenue la grammaire du monde, et le monde serait devenu l\u2019Europe dans une sorte d\u2019englobement r\u00e9troactive d\u2019une totalit\u00e9 par une autre. O\u00f9 l\u2019on retrouve toujours et encore, d\u2019une autre fa\u00e7on propos\u00e9e, l\u2019id\u00e9e que l\u2019Europe, pour les historiens, a \u00e9t\u00e9 le moyen pour penser l\u2019histoire, parvenir \u00e0 la conceptualiser dans une dialectique mettant en action le particulier et le g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019un et le tout. \u00c0 la faire basculer dans une \u00ab&#160;nouvelle histoire&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Impossibilit\u00e9 de penser l\u2019Europe moderne sans faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019europ\u00e9anisation du monde.<\/p><cite>Denis Crouzet<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Penser par l\u2019Europe, mais aussi penser pour l\u2019Europe. La seconde partie du livre s\u2019attache \u00e0 une autre modalit\u00e9 de mise en probl\u00e8me historique de l\u2019Europe. Avec en ouverture bien s\u00fbr, Johan Huizinga qui traduit une volont\u00e9 d\u2019\u00e9crire une histoire de l\u2019Europe dans la perspective d\u2019une fin de dur\u00e9e, un \u00ab&#160;automne&#160;\u00bb du Moyen \u00c2ge d\u2019abord franco-bourguignon caract\u00e9ris\u00e9 par une exacerbation d\u2019affects contradictoires, l\u2019exub\u00e9rance d\u2019une vie contrast\u00e9e mais commune. Et ensuite, apr\u00e8s les id\u00e9aux chevaleresques, il y eut les id\u00e9aux renaissants qui transcend\u00e8rent la diversit\u00e9 des hommes et des nations. Et Jean-Baptiste Delzant d\u2019insister sur un point&#160;: l\u2019Europe de Huizinga est d\u2019abord un \u00ab&#160;esprit&#160;\u00bb transhistorique qui en appelle \u00e0 un \u00ab&#160;besoin d\u2019unit\u00e9 civilisatrice&#160;\u00bb et donc \u00e0 une exigence morale partag\u00e9e et conceptualis\u00e9e, entre autres, par \u00c9rasme. L\u2019histoire appara\u00eet tel un bouclier, une mise en d\u00e9fense contre les id\u00e9ologies n\u00e9gatives ultranationalistes, contre les ruines qui en adviennent et en sont advenues au cours du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et pour Huyzinga, de ce fait, elle a un avenir et un pr\u00e9sent&#160;: \u00ab&#160;donner corps \u00e0 une unit\u00e9 d\u00e9sir\u00e9e&#8230;&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Henri Pirenne et son <em>Histoire de l\u2019Europe<\/em> peuvent alors intervenir. Marc Boone et Sarah Keymeulen, d\u2019embl\u00e9e, insistent sur l\u2019aspect th\u00e9rapeutique de l\u2019\u00e9criture, qui fait penser l\u2019Europe comme \u00ab&#160;une communaut\u00e9 dynamique&#160;\u00bb se renouvelant apr\u00e8s des s\u00e9quences de d\u00e9pressivit\u00e9 dont l\u2019une, celle d\u2019apr\u00e8s 1918 et plus encore des ann\u00e9es trente, contraint l\u2019historien belge de la Belgique, avec d\u2019autres, \u00e0 repenser son m\u00e9tier dans le sens d\u2019une d\u00e9nonciation des divagations racisto-nationalistes des nazis. Mais cette prise de position r\u00e9solument \u00ab&#160;internationaliste&#160;\u00bb, humaniste, lib\u00e9rale et pacifiste se combine avec une affirmation de la Belgique comme m\u00f4le symbolique&#160;: \u00ab&#160;l\u2019id\u00e9e d\u2019une certaine Europe ne servait pas uniquement \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019existence d\u2019une identit\u00e9 belge [&#8230;], mais \u00e9galement \u00e0 souligner la mission diplomatique du pays pour promouvoir en Europe la coop\u00e9ration, la paix et le progr\u00e8s&#160;\u00bb. L\u2019historien est le r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019un fonctionnement du particulier au g\u00e9n\u00e9ral et du g\u00e9n\u00e9ral au particulier&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est peut-\u00eatre pas absurde alors de faire un parall\u00e8le avec Norbert Elias, parvenant \u00e0 une histoire europ\u00e9enne par les biais de la sociologie, de la psychologie, des \u00e9motions, mais aussi guid\u00e9, selon Francisco Bethencourt, sans aucun doute dans la mise en exergue de la formation d\u2019une civilisation des m\u0153urs courant en Europe depuis \u00c9rasme par le d\u00e9sir d\u2019identification historique d\u2019un contre-monde qu\u2019il subissait et qui l\u2019avait chass\u00e9 de son Allemagne natale. Ou plut\u00f4t d\u2019une contre-impulsion repla\u00e7ant la violence au c\u0153ur de la vie des hommes. Car la civilisation des m\u0153urs sur laquelle Elias se met au travail, et qu\u2019il scrute attentivement, associe une pacification des relations sociales \u00e0 une r\u00e9gulation passant par l\u2019autocontrainte des individus. L\u2019histoire \u00e0 nouveau comme une th\u00e9rapie qui ne se dit pas, mais qui cherche \u00e0 analyser la disciplination sociale jadis structur\u00e9e autour des pouvoirs \u00e9tatiques au moment m\u00eame o\u00f9 elle se d\u00e9fait en une sauvagerie encadr\u00e9e, l\u00e9gitim\u00e9e par des id\u00e9ologues anim\u00e9s par une pens\u00e9e mortif\u00e8re et criminelle. Ou plut\u00f4t en une d\u00e9civilisation des m\u0153urs.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019histoire s\u2019\u00e9crit comme une d\u00e9fense face \u00e0 l\u2019angoisse de voir un monde se d\u00e9faire, \u00e0 la peur, elle peut aussi \u00eatre \u00e9dict\u00e9e par un d\u00e9sir militant d\u2019action et donc de paix. Et alors il est difficile de savoir ce qui guide la pens\u00e9e de Henri Hauser, ce qui fa\u00e7onne son engagement d\u2019historien, du pass\u00e9 et de ses conflits, de ses d\u00e9veloppements \u00e9conomiques ou de ses modes de domination, ou du pr\u00e9sent. Comme l\u2019\u00e9crit Claire Dolan, \u00ab&#160;L\u2019histoire devient alors le t\u00e9moin des id\u00e9es qu\u2019il d\u00e9fend&#160;\u00bb, mais ses id\u00e9es, par exemple celles qui touchent \u00e0 l\u2019application du droit et qui lui font mettre en avant le principe de compromis, lui viennent aussi de son exp\u00e9rience de l\u2019analyse historique. \u00ab&#160;Par l\u2019histoire, Hauser place donc la France au c\u0153ur d\u2019un ensemble beaucoup plus vaste dont il faudra g\u00e9rer les relations entre les \u00e9l\u00e9ments. L\u2019apport fran\u00e7ais est intellectuel, il fournit les arguments pour penser l\u2019Europe, mais laisse aux diplomates le soin d\u2019en imaginer l\u2019organisation concr\u00e8te.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le grand drame d\u00e9coule de l\u2019\u00e9v\u00e9nement pourtant positif qu\u2019a \u00e9t\u00e9 la R\u00e9volution, avec l\u2019\u00e9mergence des nations et des nationalismes, quand deviennent anachroniques les r\u00eaves d\u2019\u00e9quilibre et de paix et quand le malheur surgit d\u2019une succession de guerres intraeurop\u00e9ennes.<\/p><cite>Denis Crouzet<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>En Italie, il y a eu Federico Chabod qui s\u2019attacha \u00e0 construire le lien op\u00e9ratoire du Risorgimento et du Rinascimento, en passant par les Lumi\u00e8res et la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Donc une autre voie analytique int\u00e9grant cependant un cadre dialectique puisque sans l\u2019Italie, rien n\u2019aurait pu \u00eatre possible mais puisque aussi sans l\u2019Europe il n\u2019y aurait eu, en Italie et ailleurs, que de la non-conscience de soi. <em>Le Prince<\/em> de Machiavel, si l\u2019on suit Guido Castelnuovo, joue alors comme paradigme donn\u00e9 par l\u2019Italie \u00e0 l\u2019Europe puisque posant les fondations d\u2019un mode de pens\u00e9e et d\u2019action d\u00e9fini, au-del\u00e0 de la morale, par \u00ab&#160;la libert\u00e9 et la grandeur de l\u2019action politique, la force et l\u2019autorit\u00e9 du pouvoir central&#160;\u00bb. L\u2019histoire est, pour Chabod, l\u2019histoire de l\u2019id\u00e9e d\u2019Europe, de ses \u00ab&#160;traditions morales et culturelles, nous oserions dire plus que son pr\u00e9sent, son pass\u00e9&#8230;&#160;\u00bb, mais dans une n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019interroger sur ce qu\u2019a pu \u00eatre la trame inventive d\u2019une conscience de l\u2019Europe et sur ce que cette conscience peut dicter au pr\u00e9sent comme sens&#8230; Un Chabod proche d\u2019Alphonse Dupront dans son \u00e9pist\u00e9mologie mettant en valeur le concept de \u00ab&#160;matrice&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-small\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-21.01.27.png\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"606\"\n        data-pswp-height=\"910\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-21.01.27-125x188.png\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-21.01.27-330x496.png\"\r\n                media=\"(min-width: 375px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2017\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-04-04-\u00e0-21.01.27-125x188.png\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Avec Lucien Febvre, l\u2019historien \u00ab&#160;pour l\u2019Europe&#160;\u00bb acquiert une grande densit\u00e9, m\u00eame si le livre qui aurait pu \u00eatre \u00e9crit n\u2019a jamais vu le jour. L\u2019Europe est une \u00ab&#160;civilisation&#160;\u00bb, mais dont les points d\u2019ancrage sont des terres et des eaux m\u00e9diterran\u00e9ennes, puis des trac\u00e9s de voies et de routes dans l\u2019espace, et enfin des m\u00e9tissages advenus avec les invasions. Febvre s\u2019engage dans une vision filmographique, d\u2019une Europe carolingienne qui doit son unit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9glise avant tout, une Europe dont le tiss\u00e9 de la trame passe et repasse du politique au religieux, puis \u00e0 l\u2019\u00e9conomique et au culturel&#160;: jusqu\u2019\u00e0, apr\u00e8s la Renaissance, un XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle au cours duquel l\u2019Europe est devenue une \u00ab&#160;patrie&#160;\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Le grand drame d\u00e9coule de l\u2019\u00e9v\u00e9nement pourtant positif qu\u2019a \u00e9t\u00e9 la R\u00e9volution, avec l\u2019\u00e9mergence des nations et des nationalismes, quand deviennent anachroniques les r\u00eaves d\u2019\u00e9quilibre et de paix et quand le malheur surgit d\u2019une succession de guerres intraeurop\u00e9ennes. L\u2019historien se voit donc r\u00e9cepteur d\u2019une mission, la mission de comprendre comment un sens de l\u2019histoire s\u2019est perdu et comment un autre sens a pu prendre le dessus, et donc emp\u00eacher que par l\u2019oubli du pass\u00e9 les chemins de la haine demeurent libres d\u2019acc\u00e8s. D\u2019o\u00f9 un appel, parce que l\u2019Europe est aussi mondiale, \u00e0 produire de l\u2019espoir, en cr\u00e9ant une Europe. L\u2019historien se doit d\u2019inventer une herm\u00e9neutique que lui seul peut agencer et qu\u2019il a le devoir \u00e9thique de formuler, car lui seul conna\u00eet les myst\u00e8res du pass\u00e9 puisqu\u2019il a secou\u00e9 les blocages d\u2019une histoire engonc\u00e9e dans ses anachronismes structurels et dans ses illusions facticistes. \u00ab&#160;Penser l\u2019Europe, pour Febvre, c\u2019est aussi la penser en fonction des cadres de pens\u00e9es, de l\u2019outillage mental qui forment l\u2019architecture d\u2019une civilisation.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Eric Hobsbawm examin\u00e9 par Mark Greengrass, un autre paradigme est \u00e0 l\u2019\u0153uvre, parce que jouent le marxisme et donc un engagement politique affirm\u00e9. L\u2019Europe est pr\u00e9sente d\u2019abord parce que l\u2019historien a<strong> <\/strong>v\u00e9cu une vie europ\u00e9enne et qu\u2019en cons\u00e9quence sa propre exp\u00e9rience formate son \u00e9criture, et aussi parce que l\u2019internationalisme faisait partie de lui-m\u00eame&#160;; mais elle s\u2019estompa dans la mesure o\u00f9 ce sont les mutations du monde qui se lisent pour lui au filtre des \u00e9v\u00e9nements europ\u00e9ens et de la pluralit\u00e9 historique des transformations r\u00e9volutionnaires que ces derniers sugg\u00e8rent. Ce qui compte plut\u00f4t alors, c\u2019est \u00ab&#160;la diversit\u00e9 et le caract\u00e8re ind\u00e9termin\u00e9 des \u201cnombreuses Europes\u201d&#160;\u00bb qui jouent historiquement&#160;; et alors le fait essentiel est que l\u2019Europe, moins qu\u2019un \u00ab&#160;sujet d\u2019\u00e9tude&#160;\u00bb, est un \u00ab&#160;processus&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces Europes plurielles, elles sont mises en sc\u00e8ne par Pierre Chaunu dont Yann Rodier reconstitue les cheminements intellectuels&#160;: impossibilit\u00e9 de penser l\u2019Europe moderne sans faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019europ\u00e9anisation du monde, impossible de penser la modernit\u00e9 europ\u00e9enne sans postuler que ses origines sont d\u2019ordre d\u00e9mographique, impossible de penser l\u2019Europe triomphante sans int\u00e9grer dans son histoire sa \u00ab&#160;r\u00e9volution&#160;\u00bb scientifique&#160;; impossible de penser l\u2019Europe sans partir de son histoire religieuse pour assimiler ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 un \u00ab&#160;syst\u00e8me de civilisation&#160;\u00bb lisible des d\u00e9buts de l\u2019\u00e2ge classique \u00e0 l\u2019\u00e2ge des Lumi\u00e8res&#160;; impossible de lire l\u2019histoire du temps pr\u00e9sent sans user de la focale de l\u2019histoire du pass\u00e9, sans donc faire mouvement vers une \u00e9criture qui n\u2019a de sens que son pr\u00e9sent et qui r\u00eave proph\u00e9tiquement d\u2019une Europe conf\u00e9d\u00e9rale marquant une ultime \u00e9tape de la modernit\u00e9 dans la transition de l\u2019\u00c9tat nation \u00e0 une communaut\u00e9 humaine du futur. Une Europe qui transcenderait l\u2019angoisse d\u2019une d\u00e9cadence que l\u2019histoire sugg\u00e8re aussi \u00e0 l\u2019historien&#8230;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Si aujourd\u2019hui il y a une crise du projet europ\u00e9en, c\u2019est aussi parce que l\u2019histoire n\u2019accomplit plus son travail&#8230;<\/p><cite>Denis Crouzet<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019itin\u00e9raire de Jean-Baptiste Duroselle retient ensuite l\u2019attention de Laurence Badel. Flexible et \u00e9volutive au fur et \u00e0 mesure que les ann\u00e9es avancent, l\u2019histoire se fixe la vis\u00e9e de venir en appui de la construction europ\u00e9enne, jusqu\u2019\u00e0 aller vers la vision d\u2019une identit\u00e9 de longue dur\u00e9e qui serait celle d\u2019une \u00ab&#160;civilisation europ\u00e9enne&#160;\u00bb int\u00e9gratrice. \u00ab&#160;En historien engag\u00e9, Duroselle alimente le <em>topos<\/em> de l\u2019heure, celui de l\u2019Europe \u201cclose\u201d, de l\u2019Europe-forteresse qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 au tournant des ann\u00e9es 1980-1990, en Europe et sur d\u2019autres continents et, contre \u201cBruxelles\u201d, il prend position pour la transformation de l\u2019Europe en une conf\u00e9d\u00e9ration qui respecterait la diversit\u00e9 des cultures et institutions nationales et serait susceptible de susciter la \u201cpassion des peuples\u201d.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette succession de grandes figures s\u2019ach\u00e8ve avec Jacques Le Goff. \u00catre historien de l\u2019Europe m\u00e9di\u00e9vale, c\u2019\u00e9tait, selon Jacques Chiffoleau, entrer dans un monde parall\u00e8le de l\u2019Europe scind\u00e9e par un mur et dire que ce mur n\u2019\u00e9tait pas in\u00e9luctable. Aborder ensuite l\u2019histoire de l\u2019Europe m\u00e9di\u00e9vale par le biais de l\u2019anthropologie, c\u2019\u00e9tait briser les clivages de fronti\u00e8res temporelles et spatiales, briser des champs \u00e9pist\u00e9mologiques \u00e9troits et d\u00e9pass\u00e9s. Enfin quand commence \u00e0 s\u2019obscurcir ou se complexifier l\u2019horizon europ\u00e9en, \u00e9crire l\u2019histoire, c\u2019\u00e9tait \u00e9crire une histoire pour l\u2019Europe. \u00ab&#160;Faire l\u2019Europe par l\u2019histoire et imaginer ce que peut \u00eatre l\u2019Europe, dans l\u2019oscillation entre unit\u00e9 et diversit\u00e9, \u00e0 travers ce qu\u2019a pu \u00eatre son Moyen \u00c2ge \u2013 peut-\u00eatre mythifi\u00e9, euph\u00e9mis\u00e9 toutefois. Une histoire qui n\u2019est pas d\u2019abord politique mais plut\u00f4t culturelle, m\u00eame si les difficult\u00e9s de la construction europ\u00e9enne renvoient toujours au poids des \u00e9tats nationaux.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi se cl\u00f4t ce livre, sur l\u2019hypoth\u00e8se que si aujourd\u2019hui il y a une crise du projet europ\u00e9en, c\u2019est aussi parce que l\u2019histoire n\u2019accomplit plus son travail&#8230;, qu\u2019elle tend \u00e0 ne pas poursuivre dans les chemins parcourus au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle par de grands historiens en d\u00e9passant leurs intuitions&#160;: c\u2019est-\u00e0-dire en appr\u00e9hendant l\u2019Europe non pas comme une fin, mais comme le premier pallier d\u2019une anthropologie humaniste de la globalit\u00e9 permettant d\u2019aller dans un second mouvement vers la certitude d\u2019une universalit\u00e9 &nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-5-4385' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2017\/09\/30\/denis-crouzet-historiens-europe\/#easy-footnote-bottom-5-4385' title=' L\u2019ensemble des \u00e9tudes incluses dans ce livre ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es au cours d\u2019un colloque organis\u00e9 par l\u2019axe 3 (\u00ab&amp;#160;L\u2019humanisme europ\u00e9en ou la construction d\u2019une Europe \u201cpour soi\u201d, entre affirmation et crise identitaire&amp;#160;\u00bb) du Labex EHNE \u2013 \u00c9crire une histoire nouvelle de l\u2019Europe \u2013, qui a eu pour cadre la Villa Finaly, les 25-28 f\u00e9vrier 2016'><sup>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Denis Crouzet nous explique pourquoi il est n\u00e9cessaire de trouver une \u00e9chelle interm\u00e9diaire proprement europ\u00e9enne entre histoire nationale et histoire globale.<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":4467,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-editorials.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":34,"footnotes":""},"categories":[1728,1734],"tags":[],"staff":[1573],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[],"class_list":["post-4385","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts","category-doctrines","staff-denis-crouzet"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false,"_thumbnail_id":4467,"excerpt":"Denis Crouzet nous explique pourquoi il est n\u00e9cessaire de trouver une \u00e9chelle interm\u00e9diaire proprement europ\u00e9enne entre histoire nationale et histoire globale.","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - 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