{"id":41317,"date":"2019-06-22T12:26:07","date_gmt":"2019-06-22T10:26:07","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=41317"},"modified":"2019-06-29T12:13:44","modified_gmt":"2019-06-29T10:13:44","slug":"entre-la-droite-ultra-conservatrice-et-la-social-democratie-le-guatemala-toujours-sous-la-vieille-politique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/06\/22\/entre-la-droite-ultra-conservatrice-et-la-social-democratie-le-guatemala-toujours-sous-la-vieille-politique\/","title":{"rendered":"Entre la droite ultra-conservatrice et la social-d\u00e9mocratie : le Guatemala, toujours sous la vieille politique ?"},"content":{"rendered":"\n

Guatemala. <\/em>Le petit pays d’Am\u00e9rique centrale fait ses adieux au gouvernement du com\u00e9dien Jimmy Morales (2016-2020), qui repr\u00e9sentait l’h\u00e9ritage de la crise politique de 2015, gagnant en popularit\u00e9 en s’autoproclamant repr\u00e9sentant d’une nouvelle politique, mais en fondant son gouvernement sur des id\u00e9es conservatrices, en collaborant avec des acteurs ayant un bilan compromis et en mettant en cause la lutte contre la corruption, notamment \u00e0 travers l\u2019expulsion de la Commission Internationale Contre l’Impunit\u00e9 au Guatemala (CICIG), organe ind\u00e9pendant cl\u00e9 pour les enqu\u00eates et d\u00e9nonciations des cas de corruption dans le pays. <\/p>\n\n\n\n

Au Guatemala, la politique et la corruption sont intrins\u00e8quement li\u00e9es, presque normalis\u00e9es. La crise politique de 2015 avait conduit \u00e0 l’emprisonnement de l’ancien Pr\u00e9sident Otto P\u00e9rez Molina et de l’ancienne vice-pr\u00e9sidente Roxana Baldetti pour le cas de corruption, connu sous le nom de \u00ab La L\u00ednea \u00bb, pour fraude douani\u00e8re. Cependant, ce bilan tach\u00e9 de politicien n’est pas une nouveaut\u00e9 pour le Guatemala : P\u00e9rez Molina fait partie d\u2019une liste d\u2019anciens Pr\u00e9sidents qui ont fait l’objet de poursuites p\u00e9nales et d’emprisonnement. Parmi eux, Alfonso Portillo (2000-2004), emprisonn\u00e9 aux \u00c9tats-Unis pour complot de blanchiment d’argent, et \u00c1lvaro Colom (2008-2012) pour corruption dans les transports publics, affaire connue sous le nom de \u00ab Transurban case \u00bb. Dans cette cat\u00e9gorie d’anciens Pr\u00e9sidents qui ont d\u00fb faire face \u00e0 la loi pour abus de pouvoir, il y a aussi l’ancien dictateur militaire Efra\u00edn R\u00edos Montt, qui a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 pour g\u00e9nocide pendant le conflit arm\u00e9 interne du pays (1960-1996). Son h\u00e9ritage est toujours pr\u00e9sent \u00e0 travers sa fille, Zury R\u00edos, qui a tent\u00e9 de participer \u00e0 l’\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2019 en tant que candidate, mais n’y a pas \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n

Le profil des deux finalistes et leur relation avec la corruption dans le pays <\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Non seulement les anciens Pr\u00e9sidents font d\u00e9j\u00e0 l’objet d’accusations et d’emprisonnements, mais les aspirants \u00e0 ce nouveau mandat de 2020 \u00e0 2024 entrent \u00e9galement en sc\u00e8ne avec un bilan important. <\/p>\n\n\n\n

A commencer par celle qui a re\u00e7u le plus de voix, Sandra Torres, qui est incrimin\u00e9e pour financement \u00e9lectoral ill\u00e9gal et est accus\u00e9e d’avoir une relation \u00e9troite avec le trafic de drogue. Les narcotrafiquants auraient financ\u00e9 la campagne \u00e9lectorale de son parti actuel, l’Unidad Nacional de la Esperanza<\/em> (UNE), pendant le mandat de son mari, \u00c1lvaro Colom (2008-2012) qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en prison <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Torres a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 accus\u00e9e par la CICIG et le minist\u00e8re public (MP) d’association illicite et de financement \u00e9lectoral non d\u00e9clar\u00e9 lors de sa campagne pr\u00e9sidentielle de millions de dollars en 2015. C’est pourquoi, en 2017, son parti a vot\u00e9 au Congr\u00e8s l\u2019\u00e9limination du crime de financement \u00e9lectoral illicite, une action qui devrait continuer \u00e0 fomenter la corruption dans la vie politique du pays. \u00a0<\/p>\n\n\n\n

Ces accusations font de Torres une candidate attach\u00e9e \u00e0 la vieille politique in\u00e9vitablement impliqu\u00e9e dans la corruption. Elle s’est d\u00e9fendue en niant toutes les accusations, sous pr\u00e9texte d\u2019\u00eatre au service d\u2019une strat\u00e9gie politique \u00e9lectorale. Malgr\u00e9 ces accusations, elle a r\u00e9ussi \u00e0 maintenir son immunit\u00e9 en tant que candidate \u00e0 la pr\u00e9sidence par d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame de justice. Pour \u00e9viter d’autres effets n\u00e9gatifs sur ses r\u00e9sultats lors de cette \u00e9lection, Torres a cherch\u00e9 des m\u00e9thodes atypiques de d\u00e9fense juridique, en utilisant notamment la loi contre le f\u00e9micide et d’autres formes de violence contre les femmes <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> pour accuser les procureurs qui enqu\u00eatent sur l\u2019affaire du financement ill\u00e9gal et les directeurs d’un important journal du pays, r\u00e9ussissant \u00e0 leur interdire de publier des articles qui pourraient la toucher selon son statut de femme. Ces actions et d’autres font de Torres un profil politique complexe, lanc\u00e9 dans une qu\u00eate insatiable du pouvoir pr\u00e9sidentiel. Si certains la critiquent pour avoir abus\u00e9 de la loi contre le f\u00e9minicide, dans le but de r\u00e9duire ses opposants au silence, d\u2019autres consid\u00e8rent qu\u2019elle poss\u00e8de des traits autoritaires.<\/p>\n\n\n\n

Ce ne serait pas la premi\u00e8re fois que Torres aspire au poste, et pour beaucoup, sa victoire repr\u00e9senterait son deuxi\u00e8me mandat en raison du r\u00f4le qu’elle a jou\u00e9 pendant le gouvernement de son mari, Alvaro Colom, en tant que premi\u00e8re dame. Dans cette fonction, elle a commenc\u00e9 son travail comme coordinatrice du Conseil de coh\u00e9sion sociale, cr\u00e9\u00e9 par ce m\u00eame gouvernement, \u00e0 travers lequel elle a mis en \u0153uvre un grand nombre de programmes sociaux, permettant ainsi l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019\u00c9tat dans des zones rurales o\u00f9 celui-ci \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement absent. En plus de ce r\u00f4le, Torres est devenue c\u00e9l\u00e8bre parce qu\u2019elle aurait \u00e9t\u00e9 celle qui prenait les d\u00e9cisions \u00e0 la place de son mari, Colom. Cependant, ses propres ambitions l’ont amen\u00e9e \u00e0 divorcer de Colom pour se pr\u00e9senter aux \u00e9lections de 2011, sans succ\u00e8s, suite \u00e0 l\u2019interdiction de sa candidature par la Cour constitutionnelle. Ce n’est qu’en 2015 qu’elle a pu se pr\u00e9senter \u00e0 nouveau et rivaliser avec l’actuel Pr\u00e9sident, Jimmy Morales, qui repr\u00e9sentait superficiellement une image fra\u00eeche et nouvelle, sans influences politiques ant\u00e9rieures. <\/p>\n\n\n\n

Si Torres a acquis une exp\u00e9rience politique et une reconnaissance nationale, sa candidature \u00e0 la pr\u00e9sidence s’est \u00e9galement faite par le biais de diverses manipulations juridiques et du manque de transparence. <\/p>\n\n\n\n

Son plus grand adversaire, Alejandro Giammatei, avec son nouveau parti VAMOS por una Guatemala Diferente<\/em> (\u00ab Allons vers un Guatemala diff\u00e9rent \u00bb), affiche un profil tout aussi int\u00e9ress\u00e9 par la conqu\u00eate du pouvoir pr\u00e9sidentiel. Il a \u00e9t\u00e9 candidat \u00e0 quatre \u00e9lections cons\u00e9cutives et c’est la premi\u00e8re fois qu’il parvient \u00e0 atteindre le second tour. Giammatei est candidat depuis 1999, se pr\u00e9sentant deux ann\u00e9es de suite comme maire de la capitale du pays, la ville de Guatemala, sans succ\u00e8s. La renomm\u00e9e de Giammatei vient principalement de son travail en tant que directeur du syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire et en particulier de sa d\u00e9cision consid\u00e9r\u00e9e difficile de reprendre l’ordre p\u00e9nal et le contr\u00f4le de la plus grande prison du pays, Pav\u00f3n, en 2006 (aujourd’hui connu comme le \u00ab Caso Pav\u00f3n<\/em> \u00bb). Des enqu\u00eates ont d\u00e9montr\u00e9 que ces actions \u00e9taient fond\u00e9es sur sept ex\u00e9cutions extrajudiciaires, commettant ainsi une violation des droits des prisonniers. Cependant, dans l’un des pays du triangle nord-am\u00e9ricain o\u00f9 la violence, principalement men\u00e9e par les maras<\/em>, cro\u00eet chaque jour davantage et affecte la vie quotidienne de la population, cette initiative a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme une action positive et lui a donn\u00e9 la notori\u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire pour commencer \u00e0 se d\u00e9velopper en tant que candidat pr\u00e9sidentiel depuis 2007. Trois ans plus tard, en 2010, ce candidat a \u00e9t\u00e9 en d\u00e9tention provisoire pendant dix mois \u00e0 la suite de l’enqu\u00eate conjointe de la CICIG et du MP, qui a d\u00e9montr\u00e9 que, dans son r\u00f4le de directeur du syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire, il avait s\u00e9lectionn\u00e9 les sept d\u00e9tenus qui avaient \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s et modifi\u00e9 les preuves pour nier les faits.<\/p>\n\n\n\n

Pour chaque \u00e9lection pr\u00e9sidentielle, Giammatei a adopt\u00e9 un nouveau parti politique, faisant preuve d’instabilit\u00e9. Cependant, il a r\u00e9ussi \u00e0 garder avec lui des financiers cl\u00e9s et des personnages \u00ab sombres \u00bb, tous impliqu\u00e9s dans la vieille politique et dans diverses affaires de corruption. Parmi eux, comme le d\u00e9crit N\u00f3mada<\/em> <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, se trouve le g\u00e9n\u00e9ral Francisco Ortega Menaldo, aujourd’hui reconnu comme l’un des dirigeants des r\u00e9seaux militaires qui ont permis, par le biais du contr\u00f4le douanier, des op\u00e9rations de contrebande, de trafic de drogue et d’autres activit\u00e9s illicites. Son premier parti politique a \u00e9t\u00e9 la Gran Alianza Nacional<\/em> (GANA), en 2007, suivi du Centro de Acci\u00f3n Social<\/em> (CASA) en 2011 et du parti Fuerza<\/em> en 2015. Enfin, il a cr\u00e9\u00e9 son nouveau parti politique VAMOS por una Guatemala Diferente <\/em>pour l’\u00e9lection de 2019, qui a obtenu une croissance soudaine et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. Il convient de noter que Giammatei est un m\u00e9decin chirurgien de formation qui a \u00e9t\u00e9 progressivement introduit \u00e0 la politique \u00e0 travers diverses positions dans l’\u00c9tat <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Plans de gouvernement<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Les deux partis pr\u00e9sentent des positions diff\u00e9rentes avec certains points communs. Inclin\u00e9s vers une vision plus conservatrice, les deux partis s’opposent \u00e0 d’importantes questions sociales dans le pays telles que l’avortement et les droits des personnes LGBT sur le mariage homosexuel, d\u00e9fendant ainsi la famille comme fondement de la soci\u00e9t\u00e9. Le plan du gouvernement Torres <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span> s’articule autour de quatre axes principaux. Premi\u00e8rement, la r\u00e9activation \u00e9conomique et la cr\u00e9ation d’emplois. Deuxi\u00e8mement, la promotion de la s\u00e9curit\u00e9 et de la justice afin de cr\u00e9er un environnement plus propice aux investissements \u00e9trangers (en recourant une fois de plus \u00e0 la strat\u00e9gie qui consiste \u00e0 associer l’arm\u00e9e et la police). Troisi\u00e8mement, l’activation des programmes d’aide sociale et de protection sociale (comme beaucoup de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9s au cours du mandat 2008-2012) et, enfin, la concentration sur la transparence du gouvernement, une question cl\u00e9 pour le probl\u00e8me actuel de la lutte contre la corruption.<\/p>\n\n\n\n

Dans le cas de Giammatei <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>, le plan conservateur de son gouvernement est principalement ax\u00e9 sur la promotion d’une \u00e9conomie de march\u00e9 libre pour attirer les investissements \u00e9trangers et renforcer le profil du Guatemala comme pays exportateur. En outre, elle cherche \u00e0 d\u00e9velopper les petites, moyennes et grandes entreprises. Tout en conservant son h\u00e9ritage en tant que directeur du syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire, son gouvernement propose une politique p\u00e9nale forte pour lutter contre le crime organis\u00e9 et la d\u00e9linquance. <\/p>\n\n\n\n

Aucun des deux partis ne semble avoir un plan particulier pour faire face \u00e0 l’une des plus grandes crises actuelles du pays : la migration caus\u00e9e par la pauvret\u00e9 rurale, aggrav\u00e9e par le changement climatique, qui repr\u00e9sente un enjeu majeur de g\u00e9opolitique, notamment depuis la d\u00e9cision du Pr\u00e9sident am\u00e9ricain Donald Trump de couper les aides \u00e9conomiques au pays, ainsi qu’au Honduras et au Salvador, en plus de fermer davantage ses fronti\u00e8res<\/p>\n\n\n\n

Les peuples autochtones, qui repr\u00e9sentent plus de la moiti\u00e9 de la population guat\u00e9malt\u00e8que, sont \u00e9galement les plus touch\u00e9s par l’exclusion \u00e9conomique et sociale et repr\u00e9sentent les taux les plus \u00e9lev\u00e9s de malnutrition, d’analphab\u00e9tisme et de pauvret\u00e9. Cette situation, h\u00e9rit\u00e9e de la colonisation espagnole, fait du Guatemala l’un des pays les plus in\u00e9galitaires d’Am\u00e9rique latine aujourd’hui. Les femmes autochtones des zones rurales sont confront\u00e9es \u00e0 une triple discrimination fond\u00e9e sur le sexe, l’appartenance ethnique et la classe sociale.<\/p>\n\n\n\n

Dans ce contexte, cette \u00e9lection guat\u00e9malt\u00e8que a apport\u00e9 un nouveau succ\u00e8s repr\u00e9sentatif \u00e0 travers Thelma Cabrera, la deuxi\u00e8me femme autochtone, apr\u00e8s Rigoberta Menchu, prix Nobel de la paix (1992), \u00e0 se pr\u00e9senter \u00e0 la pr\u00e9sidence. Sur les 19 candidats, Cabrera, d\u00e9fenseur des droits de l’Homme et r\u00e9f\u00e9rente des mobilisations sociales, est devenue la quatri\u00e8me candidate avec le plus de votes dans le pays, obtenant 10 % avec le parti du Mouvement pour la lib\u00e9ration des peuples (MLP), juste derri\u00e8re le candidat humaniste Edmond Mulet qui a obtenu 11 %.<\/p>\n\n\n\n

En plus de repr\u00e9senter une \u00e9volution positive pour une grande partie du pays, c’est aussi une surprise inqui\u00e9tante pour beaucoup, en particulier pour les hommes d’affaires conservateurs (comme l’union des hommes d’affaires organis\u00e9e par le Comit\u00e9 de coordination des associations agricoles, commerciales, industrielles et financi\u00e8res – CACIF – identifi\u00e9 comme l’\u00e9lite oligarchique et l’\u00e9lite \u00e9conomique du Guatemala), qui ont compar\u00e9 le plan du gouvernement Cabrera au risque de faire du Guatemala \u00ab un autre Venezuela \u00bb <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En se basant sur Buen Vivir<\/em> et dans une perspective inclusive – des peuples Maya, Garifuna, Xinca et Mestizo – elle proposait de cr\u00e9er une assembl\u00e9e constituante populaire et plurinationale. M\u00eame si elle n’est pas, cette ann\u00e9e, parmi les deux premiers candidats au second tour, Cabrera a r\u00e9ussi \u00e0 marquer un grand pas dans l’histoire du pays, intrins\u00e8quement raciste, machiste et classiste, d\u00e9fiant \u00e9galement la vieille politique. <\/p>\n\n\n\n

Perspectives <\/strong> :<\/h4>\n\n\n\n