\u00e0 partir de 8 euros par mois<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\nEn novembre\u00a02025, alors qu\u2019il visitait un centre de formation aux drones de l\u2019arm\u00e9e, le ministre ta\u00efwanais de la D\u00e9fense, Wellington Koo, a cit\u00e9 l\u2019exemple de l\u2019Ukraine pour montrer qu\u2019une arm\u00e9e d\u00e9savantag\u00e9e en termes d\u2019effectifs et de moyens peut obtenir un avantage asym\u00e9trique en faisant \u00ab un usage innovant et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de plateformes sans pilote \u00bb. La le\u00e7on \u00e0 en tirer va bien au-del\u00e0 de la simple acquisition de mat\u00e9riel : il s’agit d’adapter la doctrine, la formation, le commandement et le contr\u00f4le (C2), ainsi que l’int\u00e9gration entre les unit\u00e9s de premi\u00e8re ligne et les fabricants, \u00e0 l’usage de ces plateformes en temps de guerre. Le rythme de production et la capacit\u00e9 d\u2019adaptation aux contre-mesures ennemies, qui \u00e9voluent rapidement, sont \u00e9galement essentiels pour l\u2019emporter sur l\u2019adversaire.<\/p>\n\n\n\n
Pour Ta\u00efwan, o\u00f9 l\u2019on oppose les capacit\u00e9s de d\u00e9fense conventionnelles et asym\u00e9triques, l\u2019Ukraine constitue un exemple qui se joue en temps r\u00e9el. Il ne s’agit pas de soutenir que les drones doivent remplacer les armes conventionnelles, mais que les uns et les autres doivent \u00eatre employ\u00e9s en fonction des besoins op\u00e9rationnels. Les drones permettent d’\u00e9largir le champ de reconnaissance, d’identifier et de suivre des cibles, de corriger les tirs d’artillerie et d’\u00e9valuer les d\u00e9g\u00e2ts. Les missiles, l\u2019artillerie et les autres syst\u00e8mes conventionnels constituent une puissance de feu compl\u00e9mentaire. La question que Ta\u00efwan doit se poser est la suivante : comment associer au mieux ces capacit\u00e9s, compte tenu des ressources et des stocks limit\u00e9s, et de la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir des op\u00e9rations \u00e0 long terme ?<\/p>\n\n\n\n
En m\u00eame temps, Ta\u00efwan doit tenir compte de son propre environnement op\u00e9rationnel. Le conflit ukrainien est principalement terrestre, alors que Ta\u00efwan est confront\u00e9 \u00e0 des menaces dans les airs, sur terre et en mer. Qui plus est, l\u2019activit\u00e9 a\u00e9rienne et navale permanente de l\u2019Arm\u00e9e populaire de lib\u00e9ration (APL), ainsi que la pression grandissante dans la \u00ab zone grise \u00bb maritime, brouillent la fronti\u00e8re entre coercition en temps de paix et op\u00e9rations militaires, ce qui peut r\u00e9duire les d\u00e9lais d\u2019alerte et de r\u00e9action. C\u2019est pourquoi les UAV (v\u00e9hicules a\u00e9riens sans pilote) doivent prendre en charge davantage de missions, notamment le renseignement, la surveillance et la reconnaissance maritime (ISR), le ciblage, les frappes, les relais de communications, la logistique et la guerre \u00e9lectronique.<\/p>\n\n\n\n
Depuis l\u2019invasion \u00e0 grande \u00e9chelle de l\u2019Ukraine en 2022, le minist\u00e8re ta\u00efwanais de la D\u00e9fense suit de pr\u00e8s ce th\u00e9\u00e2tre d\u2019op\u00e9rations pour revoir ses priorit\u00e9s en mati\u00e8re de drones. Des changements ont eu lieu d\u00e8s 2025-2026 dans quatre domaines : la doctrine de la d\u00e9fense, l\u2019acquisition de mat\u00e9riel, l\u2019organisation des forces ainsi que la formation et les exercices op\u00e9rationnels. Le pays est pass\u00e9 de l\u2019acquisition de drones \u00e0 l\u2019int\u00e9gration de syst\u00e8mes sans pilote pour renforcer ses capacit\u00e9s de reconnaissance et de frappe.<\/p>\n\n\n\n
Deux d\u00e9fis se d\u00e9tachent. Premi\u00e8rement, comment maintenir sa capacit\u00e9 \u00e0 construire, r\u00e9parer, remplacer et moderniser les drones alors que la guerre cr\u00e9e de nouveaux besoins ? Deuxi\u00e8mement, dans quelle mesure des syst\u00e8mes provenant de diff\u00e9rents fournisseurs peuvent-ils communiquer au sein de r\u00e9seaux de commandement interop\u00e9rables ? Pour Ta\u00efwan, il est essentiel d\u2019y r\u00e9pondre, car il s’agit de savoir si l\u2019augmentation de sa flotte de drones lui garantira une puissance de combat.<\/p>\n\n\n\n
Int\u00e9grer des drones dans les op\u00e9rations de d\u00e9fense<\/h2>\n\n\n\n D\u00e9sormais, la doctrine de d\u00e9fense de Ta\u00efwan met l\u2019accent sur la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre les capacit\u00e9s conventionnelles et les capacit\u00e9s asym\u00e9triques. La Revue quadriennale de d\u00e9fense (QDR) de 2021 avait jet\u00e9 les bases de cette approche. Quatre ans plus tard, celle de 2025 int\u00e8gre encore plus explicitement les syst\u00e8mes sans \u00e9quipage dans le d\u00e9veloppement des forces et la planification op\u00e9rationnelle.<\/p>\n\n\n\n
La planification du minist\u00e8re de la D\u00e9fense nationale (MND) s\u2019appuie sur ces syst\u00e8mes, qu\u2019il s\u2019agisse du niveau interarm\u00e9es, de la tactique ou du combat. Du point de vue interarm\u00e9es, les syst\u00e8mes \u00e0 longue port\u00e9e garantissent une couverture ISR permanente, ainsi que le guidage de frappes autour de l\u2019\u00eele. Du point de vue tactique, les drones permettent de suivre les forces navales et amphibies, et contribuent aux op\u00e9rations anti-d\u00e9barquement. Au contact, les engins moins volumineux facilitent la reconnaissance en temps r\u00e9el, la d\u00e9signation de cibles et l\u2019appui-feu destin\u00e9 aux unit\u00e9s de la ligne de front.<\/p>\n\n\n\n
La QDR 2025 comprend toujours une mission de pr\u00e9paration qualifi\u00e9e de \u00ab d\u00e9fense r\u00e9solue et dissuasion multi-niveaux \u00bb (\u9632\u885b\u56fa\u5b88\u3001\u91cd\u5c64\u5687\u963b), mais elle introduit un concept op\u00e9rationnel : le \u00ab d\u00e9ni multidomaine et d\u00e9fense r\u00e9siliente \u00bb (\u591a\u57df\u62d2\u6b62\u3001\u97cc\u6027\u9632\u885b). Elle distingue plusieurs phases de d\u00e9fense : la pr\u00e9paration au combat, la lutte interarm\u00e9es contre les d\u00e9barquements, la bataille littorale et c\u00f4ti\u00e8re, la d\u00e9fense en profondeur et les op\u00e9rations de longue dur\u00e9e. \u00c0 chaque phase, le MND met l\u2019accent sur l\u2019int\u00e9gration de l\u2019ISR, du C2, des frappes de pr\u00e9cision, de l\u2019IA et des a\u00e9ronefs sans \u00e9quipage.<\/p>\n\n\n\n
Il distingue trois cat\u00e9gories de drones en fonction de leur port\u00e9e, de leurs capacit\u00e9s et des missions qui leur sont assign\u00e9es : interarm\u00e9es, tactiques et de combat. Les drones \u00e0 longue endurance sont affect\u00e9s aux op\u00e9rations interarm\u00e9es : surveillance et appui de la d\u00e9signation des cibles. Les drones tactiques permettent de suivre les formations navales et amphibies et de renforcer les op\u00e9rations de contre-d\u00e9barquement. Enfin, les engins plus petits, \u00e0 port\u00e9e r\u00e9duite sont r\u00e9serv\u00e9s aux unit\u00e9s tactiques charg\u00e9es de la reconnaissance en temps r\u00e9el, de l\u2019acquisition de cibles et des frappes organiques en premi\u00e8re ligne.<\/p>\n\n\n\n
Le d\u00e9ploiement de ces dispositifs \u00e9volue selon les phases du conflit. En cas de mise en condition op\u00e9rationnelle, les drones \u00e0 longue endurance surveillent les activit\u00e9s de l\u2019APL autour de Ta\u00efwan de fa\u00e7on \u00e0 donner l\u2019alerte le plus t\u00f4t possible et \u00e0 ne rater aucune menace. Si les forces de l\u2019APL traversent le d\u00e9troit de Ta\u00efwan, les drones ISR sont charg\u00e9s d\u2019identifier et traquer les formations amphibies, puis de transmettre des informations de ciblage aux missiles antinavires bas\u00e9s \u00e0 terre et \u00e0 d\u2019autres armes de pr\u00e9cision. Les drones d\u2019attaque compl\u00e8tent ces tirs en ciblant les \u00e9l\u00e9ments vuln\u00e9rables des navires ennemis, perturbant ainsi leur rythme d\u2019op\u00e9rations.<\/p>\n\n\n\n
Plus les combats se rapprocheraient de la c\u00f4te ta\u00efwanaise, puis p\u00e9n\u00e9treraient dans les terres, plus les drones de reconnaissance et d\u2019attaque de port\u00e9e plus courte seraient utiles \u00e0 l\u2019artillerie, aux manoeuvres terrestres et aux engagements directs. En cas d\u2019op\u00e9rations prolong\u00e9es, les drones plus petits, notamment ceux pilot\u00e9s en immersion (First-Person View<\/em>, FPV), fourniraient aux unit\u00e9s dispers\u00e9es des capacit\u00e9s de reconnaissance localis\u00e9e et de frappe tactique. Des plateformes sp\u00e9cialis\u00e9es pourraient en outre assurer les relais de communication et le ravitaillement.<\/p>\n\n\n\nCette r\u00e9partition correspond au \u00ab Rapport sur la d\u00e9fense nationale 2025 \u00bb qui met l\u2019accent sur l\u2019ISR interarm\u00e9es, les tirs de pr\u00e9cision, les op\u00e9rations d\u00e9centralis\u00e9es et la durabilit\u00e9 de la r\u00e9sistance. Mais il est encore plus important de relier ces capacit\u00e9s entre elles. La QDR 2025 \u00e9voque une \u00ab toile de destruction \u00bb (Kill Web<\/em>) r\u00e9active qui connecte entre eux les capteurs, les images op\u00e9rationnelles communes, les syst\u00e8mes de commandement et les forces de premi\u00e8re ligne. Le MND insiste aussi pour que les outils ISR soient reli\u00e9s aux armes de pr\u00e9cision \u00e0 longue port\u00e9e afin de frapper les centres n\u00e9vralgiques des op\u00e9rations de d\u00e9barquement de l\u2019APL. Le d\u00e9ploiement dispers\u00e9, le commandement de mission et la redondance des communications sont cens\u00e9s garantir l\u2019efficacit\u00e9 du combat au cas o\u00f9 des plateformes individuelles ou des liaisons r\u00e9seau seraient atteintes.<\/p>\n\n\n\nL\u2019int\u00e9gration est donc au c\u0153ur de la planification des forces. Le but est d\u2019int\u00e9grer les drones, les navires de surface sans \u00e9quipage (Uncrewed Surface Vessels<\/em>, USV), les mines navales et les missiles antinavires bas\u00e9s \u00e0 terre pour la d\u00e9fense littorale, ainsi que les drones d\u2019attaque associ\u00e9s aux HIMARS (High Mobility Artillery Rocket Systems<\/em>), \u00e0 l\u2019artillerie automotrice et aux missiles antichars pour les op\u00e9rations terrestres. Autrement dit, les drones sont con\u00e7us davantage comme des engins int\u00e9gr\u00e9s aux dispositifs de reconnaissance et d\u2019appui-feu d\u00e9j\u00e0 existants, que comme des armes distinctes.<\/p>\n\n\n\nCe changement de doctrine ne se limite pas \u00e0 \u00e9largir le r\u00f4le des drones en passant de la reconnaissance \u00e0 la frappe. Il s\u2019agit de placer ces appareils au c\u0153ur de l\u2019architecture reconnaissance-frappe, ce qui multiplie les capteurs, d\u2019informations de ciblage et d\u2019options d\u2019engagement pour les diff\u00e9rentes phases de la d\u00e9fense. L\u2019efficacit\u00e9 au combat d\u00e9pend de la r\u00e9silience des r\u00e9seaux de commandement et de contr\u00f4le, de la rapidit\u00e9 du partage des informations entre les unit\u00e9s et les diff\u00e9rents services, et de l\u2019aptitude \u00e0 poursuivre les op\u00e9rations en cas de d\u00e9gradation ou de destruction des communications et des engins individuels.<\/p>\n\n\n\n
Politique d\u2019achat de drones : ampleur, capacit\u00e9s de frappe et production int\u00e9rieure<\/h2>\n\n\n\n La nouvelle strat\u00e9gie de Ta\u00efwan se traduit par une politique d\u2019achat plus ambitieuse, en volume comme en qualit\u00e9. Avant l\u2019invasion de l\u2019Ukraine en 2022, le pays comptait essentiellement sur l\u2019achat de plateformes avanc\u00e9es aux \u00c9tats-Unis, et sur les engins ta\u00efwanais produits par l\u2019Institut national des sciences et technologies Chung-Shan (NCSIST).<\/p>\n\n\n\n
Les plateformes am\u00e9ricaines comprennent \u00e0 la fois des syst\u00e8mes ISR \u00e0 longue endurance et des munitions vagabondes. \u00c0 ce jour, Ta\u00efwan a achet\u00e9 quatre MQ-9B SkyGuardian (\u00e9quip\u00e9s de charges utiles ISR maritimes), et command\u00e9 685 Switchblade 300, ainsi que 291 ALTIUS-600M (dont la livraison a eu lieu). Il existe en outre un projet d\u2019achat de 478 drones de reconnaissance ALTIUS-600ISR, et 1 554 ; munitions vagabondes antichars ALTIUS-700M.<\/p>\n\n\n\n
De son c\u00f4t\u00e9, le NCSIST a con\u00e7u et fabriqu\u00e9 plusieurs syst\u00e8mes ta\u00efwanais. Les s\u00e9ries Albatross, Teng Yun et Cardinal proposent diff\u00e9rents niveaux de capacit\u00e9s de reconnaissance, alors que les s\u00e9ries Chien Hsiang et Mighty Hornet (I\u2013IV) sont destin\u00e9es aux missions de frappe. La Marine a \u00e9galement pr\u00e9vu d\u2019investir 16,8 milliards de NT$ (465 millions d\u2019euros) pour s\u2019\u00e9quiper de 32 Albatross II : le but est d\u2019avoir une plateforme modulaire qui associe les fonctions de reconnaissance et de frappe.<\/p>\n\n\n\n
Cela \u00e9tant, la guerre en Ukraine montre qu\u2019il est risqu\u00e9 de compter exclusivement sur l\u2019acquisition de plateformes sophistiqu\u00e9es et sp\u00e9cialis\u00e9es. Les taux d\u2019attrition \u00e9lev\u00e9s imposent de remplacer sans cesse les a\u00e9ronefs et les pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es. La technologie de guerre \u00e9lectronique, des communications, de la navigation et des logiciels progresse si rapidement que l\u2019\u00e9quipement est tr\u00e8s vite obsol\u00e8te. Mais ce n\u2019est pas tout. Ta\u00efwan est une \u00eele, si bien qu\u2019en cas de blocus ou de conflit prolong\u00e9, ses approvisionnements \u00e9trangers seraient bloqu\u00e9s, et son acc\u00e8s \u00e0 des pi\u00e8ces essentielles, limit\u00e9. Les stocks ne suffiraient pas, \u00e0 moins que Ta\u00efwan ne puisse r\u00e9parer les syst\u00e8mes endommag\u00e9s, compenser les pertes et d\u00e9ployer des mod\u00e8les am\u00e9lior\u00e9s en temps r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n
D\u2019o\u00f9 la cr\u00e9ation d\u2019une troisi\u00e8me fili\u00e8re : des drones commerciaux pr\u00eats \u00e0 l\u2019emploi (Commercial-Off-The-Shelf,<\/em> COTS), fabriqu\u00e9s par des entreprises ta\u00efwanaises. Ce sont essentiellement des engins des cat\u00e9gories 1 et 2 dont la production est plus rapide et plus abondante que celle des drones sp\u00e9cialis\u00e9s, plus volumineux. Cette strat\u00e9gie repose sur trois principes : achat en masse, commandes pr\u00e9visibles et it\u00e9ration. En effet, la pr\u00e9visibilit\u00e9 des commandes incite \u00e0 investir dans la production et l’innovation, et la production par lots permet d\u2019introduire des modifications techniques au fil des s\u00e9ries.<\/p>\n\n\n\nLe premier programme d\u2019achat de drones commerciaux, lanc\u00e9 en 2022 et financ\u00e9 en 2024, comprenait 3 422 engins r\u00e9partis en six cat\u00e9gories, pour un total de 6,9 milliards de NT$ (190 millions d\u2019euros). En juillet 2025, un second programme a port\u00e9 sur 48 750 drones r\u00e9partis en cinq cat\u00e9gories, mais le changement n\u2019\u00e9tait pas seulement quantitatif. Le premier programme privil\u00e9giait les ISR, alors que quatre des cinq cat\u00e9gories du second privil\u00e9gient les frappes. Ce qui montre que le minist\u00e8re de la D\u00e9fense nationale envisage les drones commerciaux comme des engins de reconnaissance mais aussi comme des moyens de frappe quasiment jetables. En ao\u00fbt 2026, une nouvelle l\u00e9gislation a pr\u00e9vu d\u2019augmenter les achats d\u2019a\u00e9ronefs sans \u00e9quipage. Une liste de 1 446 drones de surveillance c\u00f4ti\u00e8re, 208 200 drones d\u2019attaque c\u00f4ti\u00e8re et 1 320 petits v\u00e9hicules sous-marins d\u2019attaque \u00e0 usage unique a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie par le minist\u00e8re qui a pr\u00e9vu de se les procurer d\u2019ici 2031. <\/p>\n\n\n\n
Le programme de drones de Ta\u00efwan repose d\u00e9sormais sur trois fili\u00e8res. La fili\u00e8re am\u00e9ricaine et celle du NCSIST continuent de fournir des syst\u00e8mes sophistiqu\u00e9s, con\u00e7us pour des t\u00e2ches sp\u00e9cifiques, alors que l\u2019industrie nationale garantit une production plus massive qui permet des mises \u00e0 jour techniques et des remplacements de pi\u00e8ces plus rapides. L\u2019augmentation du nombre de plateformes capables de frappes t\u00e9moigne aussi de cette transition vers une force diversifi\u00e9e et multi-t\u00e2ches.<\/p>\n\n\n\n
Les normes techniques, les d\u00e9lais de production, les contraintes op\u00e9rationnelles et les protocoles d\u2019entretien varient selon les fili\u00e8res. Si la diversification de la cha\u00eene d\u2019approvisionnement r\u00e9duit la d\u00e9pendance \u00e0 un unique fournisseur, elle pose de vrais probl\u00e8mes d\u2019int\u00e9gration. L\u2019\u00e9largissement du parc ne produira pas de gains d\u2019efficacit\u00e9 au combat tant que les r\u00e9seaux de communication, le format des donn\u00e9es et l\u2019exploitation de syst\u00e8mes disparates ne seront pas compatibles. Il risque m\u00eame de compliquer la logistique et l\u2019organisation de l\u2019ensemble.<\/p>\n\n\n\n
Institutionnaliser les capacit\u00e9s des drones au sein des forces arm\u00e9es\u00a0<\/h2>\n\n\n\n D\u2019un c\u00f4t\u00e9, Ta\u00efwan poss\u00e8de de plus en plus de drones, de l\u2019autre, ses forces arm\u00e9es r\u00e9organisent leurs unit\u00e9s et modernisent leurs formations pour s\u2019adapter \u00e0 l\u2019usage de plus en plus fr\u00e9quent de ces drones dans les op\u00e9rations quotidiennes. Chaque arm\u00e9e a cr\u00e9\u00e9 une unit\u00e9 sp\u00e9cifique et un centre de formation afin d\u2019int\u00e9grer ces appareils au c\u0153ur de la structure militaire.<\/p>\n\n\n\n
L\u2019arm\u00e9e de Terre a mis en place des bataillons de drones qui rel\u00e8vent des commandements de th\u00e9\u00e2tre du nord (3e), du centre (5e) et du sud (4e), ainsi que des usines de drones dans le district de Guandu, qui prot\u00e8ge les abords de la capitale Taipei, et dans les \u00eeles de Penghu, un site strat\u00e9gique du d\u00e9troit de Ta\u00efwan. Les bataillons sont rattach\u00e9s aux commandements d\u2019artillerie que les drones peuvent seconder pour l\u2019acquisition de cibles, la correction de tir et l\u2019\u00e9valuation des d\u00e9g\u00e2ts lors de tirs conventionnels.<\/p>\n\n\n\n
Le Corps des Marines \u00e9volue aussi. Le dernier projet de restructuration des forces du MND montre que la 66e Brigade des Marines est en train de transformer ses bataillons de chars et d\u2019artillerie en bataillons de drones et d\u2019appui-feu. Le but est de renforcer les capacit\u00e9s organiques de reconnaissance et de frappe de cette unit\u00e9 afin qu\u2019elle puisse op\u00e9rer de mani\u00e8re plus dispers\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n
En juillet 2026, la Marine a cr\u00e9\u00e9 un Commandement de combat littoral, qui regroupe les unit\u00e9s c\u00f4ti\u00e8res de missiles antinavires, les outils de surveillance maritime et les forces de reconnaissance par drones. Trois ensembles ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 : le groupe de missiles c\u00f4tiers Hai Feng, restructur\u00e9 en trois bataillons de combat littoral ; les unit\u00e9s de radars c\u00f4tiers qui d\u00e9pendaient du Commandement de surveillance maritime ; le bataillon de reconnaissance tactique maritime, qui exploite des drones Albatross. Leur regroupement sous un m\u00eame commandement est cens\u00e9 am\u00e9liorer la coordination entre la surveillance maritime, le ciblage et les tirs antinavires lanc\u00e9s depuis la c\u00f4te, ce qui devrait r\u00e9duire les d\u00e9lais entre la d\u00e9tection et le tir.<\/p>\n\n\n\n
L\u2019arm\u00e9e de l\u2019Air s\u2019appuie sur l\u2019entr\u00e9e en service de drones mis en r\u00e9seau pour r\u00e9organiser son aviation, sa d\u00e9fense a\u00e9rienne et sa gestion des combats. En 2026, deux des quatre MQ-9B ont \u00e9t\u00e9 livr\u00e9s \u00e0 Ta\u00efwan ; ils ont fait l\u2019objet d\u2019essais sur la base a\u00e9rienne de Hualien en septembre. La livraison des deux autres doit avoir lieu en 2027. Ces a\u00e9ronefs \u00e0 longue endurance sont cens\u00e9s \u00e9tendre la couverture IRS du d\u00e9troit de Ta\u00efwan et des eaux environnantes, afin de fournir une capacit\u00e9 d\u2019alerte plus rapide et d\u2019am\u00e9liorer le partage de renseignements avec les commandements op\u00e9rationnels et les r\u00e9seaux de d\u00e9fense a\u00e9rienne d\u00e9j\u00e0 existants.<\/p>\n\n\n\n
La formation a \u00e9galement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de changements. Depuis 2025, les conscrits ont un module de 8 heures qui comprend des cours th\u00e9oriques, des simulations et des exercices de pilotage de drones. En effet, il est indispensable que les membres des forces arm\u00e9es soient plus nombreux \u00e0 ma\u00eetriser ces outils. Par ailleurs, c\u2019est une fa\u00e7on de s\u00e9lectionner les meilleurs candidats pour des formations sp\u00e9cialis\u00e9es. Chaque arm\u00e9e est en train de revoir sa formation. La Marine a ouvert une unit\u00e9 sp\u00e9cifique au sein de son Centre de formation sp\u00e9cialis\u00e9e en avril 2026. L\u2019arm\u00e9e de Terre a cr\u00e9\u00e9 un centre de formation en janvier 2025, \u00e9lev\u00e9 au rang de Commandement de l\u2019entra\u00eenement aux syst\u00e8mes sans pilote (\u7121\u4eba\u7cfb\u7d71\u8a13\u7df4\u6307\u63ee\u90e8) en avril 2026. Ce Commandement supervise la formation des op\u00e9rateurs et des instructeurs, le d\u00e9veloppement tactique, les essais, et il \u00e9tablit les normes d\u2019\u00e9valuation et d\u2019appr\u00e9ciation.<\/p>\n\n\n\n
Ces r\u00e9formes visent \u00e0 compl\u00e9ter la politique d\u2019achat qui, \u00e0 elle seule, est insuffisante. D\u00e9ployer des drones \u00e0 grande \u00e9chelle suppose que l\u2019on ait des \u00e9quipes form\u00e9es, des proc\u00e9dures claires pour la planification des missions et le partage du renseignement, des contrats d\u2019entretien s\u00fbrs, ainsi qu\u2019une coordination satisfaisante avec les tirs conventionnels. Les centres de formation doivent suivre de tr\u00e8s pr\u00e8s les op\u00e9rations pour en faire des tactiques et des crit\u00e8res d\u2019\u00e9valuation, lesquels doivent \u00eatre mis \u00e0 jour en fonction de l\u2019\u00e9volution des plateformes et du terrain.<\/p>\n\n\n\n
Chaque composante adopte l\u2019emploi des drones \u00e0 ses missions. L\u2019arm\u00e9e de Terre et le Corps des Marines se concentrent sur la reconnaissance tactique et l\u2019appui aux frappes. La Marine est responsable de la surveillance maritime et des frappes c\u00f4ti\u00e8res. L\u2019arm\u00e9e de l\u2019Air est charg\u00e9e des missions IRS de longue endurance, et de l\u2019int\u00e9gration de la d\u00e9fense a\u00e9rienne. Une fois l\u2019organisation mise en place, tout d\u00e9pend de la coordination entre les armes et de la souplesse de la formation et de la doctrine qui doivent s\u2019adapter aux nouvelles technologies et aux contraintes op\u00e9rationnelles.<\/p>\n\n\n\n
Tester l\u2019int\u00e9gration des drones au cours d\u2019exercices interarm\u00e9es<\/h2>\n\n\n\n En 2026, l\u2019arm\u00e9e ta\u00efwanaise a men\u00e9 plusieurs exercices qui montrent qu\u2019elle int\u00e8gre d\u00e9sormais les drones dans ses plans d\u2019op\u00e9rations. Les d\u00e9monstrations ant\u00e9rieures avaient tendance \u00e0 se limiter aux plateformes individuelles, alors que les manoeuvres plus r\u00e9centes visent \u00e0 coordonner au mieux les capacit\u00e9s de reconnaissance et de frappe des drones avec les armes conventionnelles des diff\u00e9rentes unit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n
En janvier\u00a02026, la Marine a organis\u00e9 un exercice de pr\u00e9paration au combat qui int\u00e9grait des drones de surveillance pour assurer le ciblage des missiles antinavires Hsiung Feng ; elle a \u00e9galement eu recours \u00e0 un Mighty Hornet I, fabriqu\u00e9 \u00e0 Ta\u00efwan, contre des cibles maritimes. En avril, au cours d\u2019un exercice de l\u2019arm\u00e9e de l\u2019Air baptis\u00e9 Tianlong, des munitions vagabondes Chien Hsiang ont contribu\u00e9 \u00e0 une simulation de contre-blocus avec des frappes a\u00e9riennes et maritimes coordonn\u00e9es. En juin, le bataillon de drones du 21e Commandement d\u2019artillerie de l\u2019arm\u00e9e de terre (3e Commandement de th\u00e9\u00e2tre) a men\u00e9 un exercice d\u2019engagement maritime \u00e0 tir r\u00e9el \u00e0 l\u2019aide de l\u2019ALTIUS-600M afin de s\u2019entra\u00eener au vol stationnaire, \u00e0 la recherche et \u00e0 l\u2019identification de cibles. C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019un exercice \u00e9tait m\u00e9diatis\u00e9. On a \u00e9galement vu des drones tactiques renforcer des formations interarmes au cours d\u2019exercices d\u2019alerte imm\u00e9diate au combat.<\/p>\n\n\n\n
Enfin, en ao\u00fbt, l\u2019exercice Han Kuang 42 a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de tester l\u2019usage des drones dans plusieurs arm\u00e9es, sur diff\u00e9rents terrains et diff\u00e9rentes phases du conflit. Trois nouveaut\u00e9s m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre signal\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n
Premi\u00e8rement, l\u2019usage des drones n\u2019est plus r\u00e9serv\u00e9 aux unit\u00e9s sp\u00e9cialis\u00e9es. Les formations terrestres et de r\u00e9serve ont recours \u00e0 des drones tactiques pour la reconnaissance et le compte rendu de situation. De leur c\u00f4t\u00e9, l\u2019observation avanc\u00e9e et l\u2019acquisition de cibles rel\u00e8vent de plateformes plus petites. Les r\u00e9servistes mobilis\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 form\u00e9s pour l\u2019exercice, preuve que les forces arm\u00e9es cherchent \u00e0 am\u00e9liorer les comp\u00e9tences de leurs op\u00e9rateurs.<\/p>\n\n\n\n
Deuxi\u00e8mement, la man\u0153uvre veillait essentiellement \u00e0 ce que les drones soient int\u00e9gr\u00e9s aux tirs conventionnels. Le 8\u00a0ao\u00fbt, la Marine a organis\u00e9 un exercice de frappe littorale \u00e0 Kaohsiung : des radars mobiles ont d\u2019abord permis de d\u00e9tecter les cibles, puis des drones ISR bas\u00e9s \u00e0 terre ont permis leur identification et leur suivi en temps r\u00e9el. Les informations obtenues ont servi \u00e0 coordonner l\u2019engagement des missiles antinavires bas\u00e9s \u00e0 terre et des vedettes lance-missiles. Enfin, quand les forces ennemies (simul\u00e9es) se sont rapproch\u00e9es de la c\u00f4te, des drones de reconnaissance et d\u2019attaque \u00e0 courte port\u00e9e ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n
L\u2019exercice \u00e9tait un parfait exemple de d\u00e9fense maritime multiniveau : le choix des capteurs et des armes d\u00e9pendait de la localisation des cibles et des contraintes de la man\u0153uvre. Les drones servaient \u00e0 renforcer la surveillance c\u00f4ti\u00e8re et la d\u00e9signation des cibles, tandis que les missiles conventionnels restaient essentiels pour les frappes \u00e0 longue port\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n
Les op\u00e9rations terrestres reposaient sur la m\u00eame logique. Au cours d\u2019exercices anti-d\u00e9barquement \u00e0 Kinmen, on a vu des drones seconder des missiles Javelin, des roquettes, de l\u2019artillerie, des chars et des v\u00e9hicules blind\u00e9s afin que les op\u00e9rations interarmes int\u00e8grent des capacit\u00e9s de reconnaissance a\u00e9rienne et de frappe. \u00c0 Matsu, au cours d\u2019une simulation de contre-blocus impliquant les garde-c\u00f4tes et les forces amphibies, des drones assuraient la surveillance et le suivi maritime tout en transmettant des informations. Dans tous les cas, il s\u2019agissait de faire valoir le r\u00f4le des drones pour l\u2019\u00e9valuation de la situation maritime locale et la coordination, en particulier \u00e0 Ta\u00efwan, une \u00eele dont l\u2019acc\u00e8s et les communications seraient limit\u00e9s en cas de conflit.<\/p>\n\n\n\n
Troisi\u00e8mement, ces exercices ont mis l\u2019accent sur la protection de la force et le soutien logistique. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019arm\u00e9e de l\u2019Air s\u2019est essay\u00e9e \u00e0 une d\u00e9fense anti-drones multi-niveaux, de l\u2019autre, elle a eu recours \u00e0 des drones logistiques dans des sc\u00e9narios de perturbation des voies de transport. Qui plus est, plusieurs unit\u00e9s de l\u2019arm\u00e9e de Terre ont montr\u00e9 comment fabriquer et r\u00e9parer des drones gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019impression 3D.<\/p>\n\n\n\n
Ces initiatives s\u2019inspiraient largement de l\u2019Ukraine, dont la d\u00e9fense d\u00e9pend non seulement des capacit\u00e9s de reconnaissance et de frappe, mais aussi de la r\u00e9sistance aux drones ennemis et \u00e0 la guerre \u00e9lectronique, ou encore, de la capacit\u00e9 \u00e0 remplacer et \u00e0 adapter les syst\u00e8mes \u00e0 mesure que les menaces \u00e9voluent. La r\u00e9paration et l\u2019entretien sur le terrain permettent de moins d\u00e9pendre d\u2019installations ad hoc<\/em> et de raccourcir les d\u00e9lais de remise en service des plateformes endommag\u00e9es.<\/p>\n\n\n\nL\u2019ann\u00e9e 2026 montre que Ta\u00efwan est en train de tester l\u2019usage de drones con\u00e7us comme un syst\u00e8me op\u00e9rationnel int\u00e9gr\u00e9. Mais il est difficile de savoir si ces man\u0153uvres seraient viables en cas de conflit. Nous n\u2019avons pas assez de donn\u00e9es pour \u00e9valuer leur efficacit\u00e9, s\u2019il y avait une guerre \u00e9lectronique prolong\u00e9e, des perturbations des communications r\u00e9currentes ou un taux d\u2019attrition \u00e9lev\u00e9 des drones, ce qui fragiliserait les structures de commandement, les comp\u00e9tences du personnel, l\u2019entretien et la possibilit\u00e9 de compenser les pertes.<\/p>\n\n\n\n
Prochaine \u00e9tape : maintenir et concentrer la puissance de combat<\/h2>\n\n\n\n Ta\u00efwan a d\u00e9pass\u00e9 la phase o\u00f9 il s\u2019agit de s\u2019interroger sur la valeur militaire des syst\u00e8mes sans \u00e9quipage. \u00c0 pr\u00e9sent, il faut qu\u2019elle sache \u00e0 quel rythme elle pourrait d\u00e9ployer ces engins \u00e0 grande \u00e9chelle, les ajuster en cas de nouvelles menaces et les int\u00e9grer aux r\u00e9seaux de combat existants.<\/p>\n\n\n\n
La premi\u00e8re urgence est de p\u00e9renniser l\u2019acquisition de mat\u00e9riel sans sacrifier la flexibilit\u00e9 ni l\u2019adaptabilit\u00e9 technique.<\/p>\n\n\n\n
En ao\u00fbt 2026, le pays a adopt\u00e9 une loi qui pr\u00e9voit un financement de six ans consacr\u00e9 aux syst\u00e8mes sans pilote, mais chaque achat est tributaire du budget annuel. Autrement dit, si l\u2019adoption du budget est repouss\u00e9e, la passation des march\u00e9s, la livraison du mat\u00e9riel, la mise en service des unit\u00e9s et la formation seront aussi retard\u00e9s. Le minist\u00e8re de la D\u00e9fense nationale a fait savoir que cela pourrait bloquer les achats et entraver le d\u00e9veloppement des forces, alors que l\u2019arm\u00e9e mise sur les drones et la cr\u00e9ation de nouvelles unit\u00e9s op\u00e9rationnelles.<\/p>\n\n\n\n
Et encore. La guerre en Ukraine montre que la technique des drones, ainsi que les contre-mesures qu\u2019il faut pour les combattre, \u00e9volue tr\u00e8s vite. Ces syst\u00e8mes d\u2019armes ne sont utiles que s\u2019ils int\u00e8grent les technologies et les configurations les plus r\u00e9centes sans bousculer l\u2019industrie de la d\u00e9fense dont les cycles d\u2019acquisition sont plus longs. Les acquisitions \u00e0 venir doivent consid\u00e9rer les retours de terrain et les mises \u00e0 jour, tout en \u00e9vitant les commandes trop importantes, qui risquent d\u2019\u00eatre obsol\u00e8tes avant d\u2019\u00eatre livr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n
Les tests sont aussi importants. Prenons l\u2019exemple des unit\u00e9s militaires et des fabricants : ils ont besoin d\u2019avoir acc\u00e8s au spectre radio\u00e9lectrique, de faire des essais qui vont au-del\u00e0 de la ligne de vue, d\u2019avoir un espace a\u00e9rien adapt\u00e9 et un environnement de guerre \u00e9lectronique cr\u00e9dible. La moindre limitation les emp\u00eache d\u2019\u00e9valuer les nouveaux syst\u00e8mes dans des conditions r\u00e9alistes. En bref, la flexibilit\u00e9 de l\u2019approvisionnement et la possibilit\u00e9 de faire des essais doivent aller de pair.<\/p>\n\n\n\n
Deuxi\u00e8me probl\u00e8me : comment relier les diff\u00e9rents parcs de drones dans un r\u00e9seau op\u00e9rationnel, compte tenu de leur diversit\u00e9 ?<\/h2>\n\n\n\n Les \u00c9tats-Unis vendent des drones \u00e0 Ta\u00efwan. Le NCSIST en fabrique sur place. Des entreprises nationales vendent des mod\u00e8les commerciaux \u00e0 Ta\u00efwan. Certes, ces trois fili\u00e8res garantissent une production r\u00e9guli\u00e8re, mais elles d\u00e9pendent de syst\u00e8mes de communication, d\u2019interfaces, de logiciels et de protocoles d\u2019entretien qui n\u2019ont rien \u00e0 voir.<\/p>\n\n\n\n
Le minist\u00e8re de la D\u00e9fense nationale a d\u00e9j\u00e0 mis en place des r\u00e9seaux destin\u00e9s \u00e0 faciliter le partage d\u2019informations et la coordination entre les capteurs et les armes, dont le R\u00e9seau tactique ta\u00efwanais, le Team Awareness Kit, ainsi que des outils d\u2019aide \u00e0 la d\u00e9cision fond\u00e9s sur l\u2019IA et des situations op\u00e9rationnelles communes. Mais il est difficile d\u2019\u00e9valuer la compatibilit\u00e9 des syst\u00e8mes issus de diff\u00e9rents fabricants dans un m\u00eame syst\u00e8me de commandement et de contr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n
L\u2019interop\u00e9rabilit\u00e9 implique au moins que les informations fournies par les drones arrivent aux unit\u00e9s et aux armes qui en ont besoin, dans un format qu\u2019elles peuvent exploiter. Il existe des formes plus avanc\u00e9es d\u2019interop\u00e9rabilit\u00e9 qui permettent de partager les donn\u00e9es de ciblage, la planification de missions conjointes et la possibilit\u00e9 de poursuivre les op\u00e9rations en cas de perte ou de mise hors service de plateformes ou de liaisons de communication.<\/p>\n\n\n\n
Le partage de donn\u00e9es n\u2019est pas tout. Chaque flotte risque d\u2019avoir besoin de proc\u00e9dures op\u00e9rationnelles, de postes de contr\u00f4le, de pi\u00e8ces de rechange, de mises \u00e0 jour logicielles et d\u2019un entretien sp\u00e9cifique, ce qui alourdirait la charge pesant sur l\u2019unit\u00e9 et compliquerait le maintien des op\u00e9rations \u00e0 grande \u00e9chelle. Dans la mesure o\u00f9 les drones sont r\u00e9partis entre diff\u00e9rentes fili\u00e8res et diff\u00e9rentes formations op\u00e9rationnelles, ces contraintes p\u00e8sent de plus en plus.<\/p>\n\n\n\n
Multiplier les drones suffit-il \u00e0 dissuader ?<\/h2>\n\n\n\n Depuis 2022, le programme de drones ta\u00efwanais progresse \u00e0 un rythme qui prouve que le pays entend renforcer sa dissuasion par le d\u00e9ni. Son objectif est clair : atomiser ses r\u00e9seaux de reconnaissance et de frappe pour que l\u2019APL ne puisse pas neutraliser sa d\u00e9fense en se contentant de quelques cibles strat\u00e9giques. Pour ce faire, il lui faut consolider sa d\u00e9fense asym\u00e9trique et son autonomie d\u00e9fensive.<\/p>\n\n\n\n
La d\u00e9fense asym\u00e9trique vise \u00e0 infliger des pertes \u00e0 un adversaire plus puissant en usant de capacit\u00e9s sciemment fragment\u00e9es, r\u00e9sistantes et peu co\u00fbteuses, tout en veillant \u00e0 ce que ces capacit\u00e9s se partagent les informations et forment un tandem. L\u2019autonomie d\u00e9fensive fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la mise en place de ce syst\u00e8me pour pallier l\u2019interruption de l\u2019approvisionnement fourni par des alli\u00e9s. Si le taux d\u2019attrition est important, ou si un embargo emp\u00eache de se fournir \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, il est essentiel de pouvoir construire, r\u00e9parer, modifier et remplacer le mat\u00e9riel soi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n
Non seulement ces deux strat\u00e9gies de d\u00e9fense sont li\u00e9es, mais le gouvernement ta\u00efwanais y veille. Le budget des achats augmente, les drones sont devenus un des piliers de l\u2019organisation militaire, et les derniers exercices font valoir une coordination plus satisfaisante avec les tirs conventionnels et les op\u00e9rations interarm\u00e9es. Ceci \u00e9tant dit, il y a encore des failles. Les fluctuations budg\u00e9taires annuelles risquent de compromettre les projets d\u2019achat. Le cycle des acquisitions et des essais doit \u00eatre assoupli et adapt\u00e9 aux changements techniques. Enfin, rien ne prouve \u00e0 ce jour qu\u2019une flotte de drones aussi disparate soit interop\u00e9rable \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n\n\n\n
Reste une incertitude majeure : combien de temps le dispositif taiwanais tiendrait en cas de guerre ? M\u00eame si le pays a \u00e9largi l\u2019\u00e9ventail de ses essais, peu d\u2019\u00e9l\u00e9ments montrent que les drones ont \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9s dans des sc\u00e9narios de guerre \u00e9lectronique intense, de communications perturb\u00e9es, de taux d\u2019attrition \u00e9lev\u00e9 ou de ravitaillement limit\u00e9. En soi, la quantit\u00e9 de drones que poss\u00e8de Ta\u00efwan n\u2019est pas dissuasive. Ce qui compte, c\u2019est de pouvoir utiliser, remplacer et adapter ces engins \u00e0 n\u2019importe quel moment du conflit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"
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De l\u2019Ukraine au d\u00e9troit de Ta\u00efwan\u00a0: comment les drones infl\u00e9chissent la strat\u00e9gie de dissuasion de Ta\u00efwan | Le Grand Continent<\/title>\n \n \n \n \n \n \n \n \n \n \n\t \n\t \n\t \n \n \n \n \n\t \n\t \n\t \n