{"id":367652,"date":"2026-11-01T14:00:00","date_gmt":"2026-11-01T13:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=367652"},"modified":"2026-10-31T21:18:54","modified_gmt":"2026-10-31T20:18:54","slug":"shanghai-apres-la-croissance-sans-limites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/11\/01\/shanghai-apres-la-croissance-sans-limites\/","title":{"rendered":"Pour continuer \u00e0 grandir, Shanghai doit se d\u00e9molir elle-m\u00eame"},"content":{"rendered":"\n
Connaissez-vous trois provinces chinoises ? Pour comprendre la Chine de Xi, il faut sortir de P\u00e9kin et de Shanghai. Notre nouvelle s\u00e9rie part \u00e0 la rencontre des espaces o\u00f9 se construit une autre figure du futur. Pour recevoir cette s\u00e9rie qui nous a d\u00e9j\u00e0 amen\u00e9 au Sichuan<\/a>, au Zhejiang<\/a> en passant par le Guangxi<\/a> ou encore le Hunan<\/a>, abonnez-vous au<\/em> Grand Continent<\/a>. Dans votre bo\u00eete mail \u00e0 partir de 8 euros par mois<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Alors que Shanghai a grandi sur ses rizi\u00e8res depuis un demi-si\u00e8cle, elle ne peut d\u00e9sormais cro\u00eetre qu\u2019en se d\u00e9molissant elle-m\u00eame <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Fin 2025, la municipalit\u00e9 a en effet consomm\u00e9 3\u00a0139 km2<\/sup> de terrains constructibles sur les 3 200 <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> que son plan directeur l\u2019autorise \u00e0 mobiliser d’ici 2035\u00a0\u2013\u00a0une \u00e9ch\u00e9ance avanc\u00e9e \u00e0 2030 en juillet dernier. Pour donner un autre ordre de grandeur, apr\u00e8s avoir construit l’\u00e9quivalent de 53 Manhattan, il ne lui en reste qu’un seul pour la prochaine d\u00e9cennie, soit 61\u00a0km2<\/sup> \u00e0 r\u00e9partir entre le logement, l’industrie, les infrastructures et les cinq villes nouvelles.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Peut-on faire du neuf avec du vieux ? \u00c0 Shanghai, cette question est avant tout politique, la municipalit\u00e9 ayant re\u00e7u le mandat d\u2019inventer la ville chinoise post-expansion. En 2017, deux mois apr\u00e8s le XIXe Congr\u00e8s, le Conseil des affaires de l\u2019\u00c9tat a en effet approuv\u00e9 le plan directeur \u00ab Shanghai 2035 \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il s\u2019agit du premier document d’urbanisme chinois de ce rang \u00e0 programmer une forme de d\u00e9croissance : l\u2019emprise y est plafonn\u00e9e ; la population, stabilis\u00e9e autour de 25 millions d’habitants ; et plus de 60 % du territoire sont consacr\u00e9s \u00e0 des espaces \u00e9cologiques. Ce plan comporte de nombreuses implications politiques pour une municipalit\u00e9 <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> qui exerce \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale des fonctions \u00e9conomiques et administratives consid\u00e9rables. <\/p>\n\n\n\n Shanghai n\u2019est pas une \u00ab ville \u00bb au sens communal europ\u00e9en, mais une municipalit\u00e9 directement administr\u00e9e par le gouvernement central <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, soixante fois plus vaste que Paris intra-muros, avec des campagnes, des \u00eeles et des ports en eau profonde. En 2025, son PIB a atteint 5 670,9 milliards de yuans <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>, soit environ le quart du PIB fran\u00e7ais et autour de 4 % de celui de l’Union europ\u00e9enne. Alors que son mod\u00e8le de croissance par \u00e9talement et le foncier culminent, la m\u00e9gapole est prise entre trois \u00e9taux : concurrentiel, budg\u00e9taire et d\u00e9mographique. En effet, dans le mod\u00e8le de croissance chinois des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies, le foncier est devenu l’un des principaux actifs et leviers de financement des collectivit\u00e9s locales <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Plafonner l’emprise constructible d’une municipalit\u00e9 revient donc \u00e0 amputer ses capacit\u00e9s financi\u00e8res. De plus, on peut se demander si la contrainte fonci\u00e8re produit r\u00e9ellement de l\u2019innovation urbaine, et si la ville peut rester \u00e0 l\u2019avant-garde.<\/p>\n\n\n\n Pour y r\u00e9pondre, il faut regarder attentivement le plan <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span> et les objectifs fix\u00e9s. Celui-ci en \u00e9nonce trois : s’adapter aux tendances internationales, mettre en \u0153uvre les strat\u00e9gies nationales et se fonder sur les attentes des habitants. Le monde impose, la nation ordonne, les habitants sugg\u00e8rent. Si une consultation publique a permis de recueillir environ seize mille r\u00e9ponses, ces derni\u00e8res s\u2019inscrivent toutefois dans un cadre politique d\u00e9j\u00e0 d\u00e9fini par la pens\u00e9e de Xi Jinping.<\/p>\n\n\n\n Le plan directeur s’ouvre sur un diagnostic de l\u2019\u00e9tat du monde et identifie trois tendances auxquelles Shanghai devra se conformer. La premi\u00e8re est l\u2019interconnexion g\u00e9opolitique : la mondialisation se double d\u2019un fort ancrage r\u00e9gional. Pour exister, la ville doit donc \u00eatre \u00e0 la fois un hub mondial connect\u00e9 aux flux financiers et commerciaux, et un p\u00f4le r\u00e9gional, \u00e0 travers l\u2019\u00e9laboration d\u2019une coop\u00e9ration en r\u00e9seau avec les villes voisines comme Suzhou ou Hangzhou. La deuxi\u00e8me est le d\u00e9veloppement d\u2019une \u00e9conomie port\u00e9e par l\u2019intelligence artificielle, et plus largement l\u2019innovation. La croissance future est envisag\u00e9e \u00e0 travers la cr\u00e9ation de technologies de pointe, d\u00e9passant les cha\u00eenes d\u2019assemblage basiques. Enfin, la troisi\u00e8me tendance est l\u2019entr\u00e9e du monde dans l’\u00e8re de la civilisation \u00e9cologique <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span> (\u751f\u6001\u6587\u660e), c\u2019est-\u00e0-dire un alignement de la croissance \u00e9conomique sur les limites physiques de la plan\u00e8te. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle urbaine, cela se traduit par le respect des ressources et des sols, la r\u00e9duction de la pollution et une attention recentr\u00e9e sur le bien-\u00eatre des habitants. Le passage d\u2019une logique quantitative \u00e0 une logique qualitative s\u2019inscrit dans un basculement annonc\u00e9, o\u00f9 le renoncement serait une avance prise sur les autres m\u00e9tropoles. Ce constat \u00e9labor\u00e9 entre 2014 et 2017 s\u2019inscrivait cependant dans un monde de r\u00e9seaux croissants. En une d\u00e9cennie, les bouleversements g\u00e9opolitiques ont entra\u00een\u00e9 une augmentation des contr\u00f4les des exportations de semi-conducteurs, des restrictions \u00e0 l’investissement \u00e9tranger et une fragmentation spectaculaire des cha\u00eenes de valeur.<\/p>\n\n\n\n L\u2019attention port\u00e9e aux tendances internationales s’est traduite tr\u00e8s concr\u00e8tement par une politique industrielle visant la sp\u00e9cialisation. La m\u00e9gapole se distingue parmi les grandes m\u00e9tropoles financi\u00e8res mondiales, en demeurant une des plus grandes bases industrielles, et l\u2019une des principales de Chine. Trois fili\u00e8res <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span> ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9es comme prioritaires : les circuits int\u00e9gr\u00e9s, la biom\u00e9decine et l\u2019intelligence artificielle. Ces derni\u00e8res cumulaient en 2024 environ 1 800 milliards de yuans de chiffre d’affaires, soit quelque 230 milliards d\u2019euros. La mue industrielle vers les secteurs de pointe s\u2019accomplit alors que la ville conserve pour la seizi\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive le premier rang mondial de traitement de conteneurs : 55,06 millions d’EVP en 2025 <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>, soit pr\u00e8s de quatre fois le volume de Rotterdam, premier port europ\u00e9en. Le commerce ext\u00e9rieur de Shanghai a atteint 4 510 milliards de yuans en 2025 <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>, faisant de la ville une plateforme gigantesque o\u00f9 circulent capitaux, mati\u00e8res premi\u00e8res et produits finis.<\/p>\n\n\n\n La conjoncture a d\u00e9menti le pari d\u2019une mondialisation heureuse. La strat\u00e9gie adopt\u00e9e des \u00ab cinq centres \u00bb <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span> consistait \u00e0 faire de Shanghai un hub international dans cinq domaines clefs : \u00e9conomie, finance, commerce, transport maritime, innovation scientifique et technologique. La mont\u00e9e en puissance de ces centres et leur interconnexion supposaient un environnement ouvert, dans lequel la position d’interface constituait un avantage. Trois signaux indiquent toutefois les limites de la soutenabilit\u00e9 de ce mod\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n Le premier tient aux contr\u00f4les \u00e0 l’exportation qui frappent la premi\u00e8re des trois fili\u00e8res prioritaires. Depuis 2022, les \u00c9tats-Unis, les Pays-Bas et le Japon ont progressivement renforc\u00e9 leurs restrictions sur les \u00e9quipements n\u00e9cessaires \u00e0 la fabrication des semi-conducteurs avanc\u00e9s <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les \u00c9tats-Unis ont \u00e9galement restreint l’acc\u00e8s chinois \u00e0 certaines puces de pointe et aux technologies permettant de les produire. Or, les circuits int\u00e9gr\u00e9s (semi-conducteurs), fili\u00e8re la plus strat\u00e9gique du plan \u00ab Shanghai 2035 \u00bb, p\u00e2tissent du manque d\u2019outils. Con\u00e7u comme la d\u00e9monstration que Shanghai pouvait attirer la science mondiale, le p\u00f4le de Zhangjiang, quartier technologique surnomm\u00e9 la \u00ab Silicon Valley chinoise \u00bb <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>, est finalement devenu le lieu o\u00f9 la Chine s’efforce de produire par elle-m\u00eame et de tendre vers l\u2019autosuffisance. La substitution aux importations remplace la logique d\u2019ouverture, et devient le nouveau crit\u00e8re de r\u00e9ussite.<\/p>\n\n\n\n Le deuxi\u00e8me signal est celui d\u2019une concurrence int\u00e9rieure. Des villes comme Hangzhou et ses \u00ab six petits dragons \u00bb <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u2013 Shenzhen et surtout Hefei <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>, capitale provinciale longtemps obscure devenue gr\u00e2ce \u00e0 ses fonds d’investissement publics un p\u00f4le majeur du capital-investissement et des industries d’avenir \u2013, captent une part croissante des talents et des capitaux. La m\u00e9gapole doit donc aussi se d\u00e9fendre contre ses rivales int\u00e9rieures.<\/p>\n\n\n\n Enfin, les recettes du budget public local constituent le troisi\u00e8me signal, avec une progression de 1,5 % contre 5,4 % pour le PIB r\u00e9el en 2025, tr\u00e8s en de\u00e7\u00e0 de la croissance nominale de l’\u00e9conomie. Les recettes fonci\u00e8res <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u2013 dont le tarissement ne peut \u00eatre que m\u00e9canique d\u00e8s lors que l’on cesse d’ouvrir des terrains \u00e0 l’urbanisation \u2013, n’ont pas encore trouv\u00e9 de substitut.<\/p>\n\n\n\n La contrainte fonci\u00e8re peut toutefois \u00eatre contourn\u00e9e, par exemple en d\u00e9pla\u00e7ant les lieux de croissance. Distantes de quelques dizaines de kilom\u00e8tres, les op\u00e9rations de Lingang et de Yangshan montrent comment Shanghai peut red\u00e9ployer son d\u00e9veloppement \u00e0 l’int\u00e9rieur de ses nouvelles contraintes g\u00e9ographiques.<\/p>\n\n\n\nS’adapter au monde : \u9002\u5e94\u56fd\u9645\u8d8b\u52bf<\/h2>\n\n\n\n
Contourner le plafond : la sortie par la mer <\/h3>\n\n\n\n