{"id":366537,"date":"2026-10-26T07:58:14","date_gmt":"2026-10-26T06:58:14","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=366537"},"modified":"2026-10-26T07:58:19","modified_gmt":"2026-10-26T06:58:19","slug":"le-nouvel-ordre-energetique-mondial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/10\/26\/le-nouvel-ordre-energetique-mondial\/","title":{"rendered":"Le nouvel ordre \u00e9nerg\u00e9tique mondial"},"content":{"rendered":"\n
J’avais dit qu\u2019il s\u2019agissait de la plus grande menace pour la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique de l\u2019histoire. Ce qui s\u2019est pass\u00e9 au cours des huit derniers mois, ainsi que les r\u00e9percussions que nous continuons d\u2019observer, le confirment. Je le regrette, car ce n\u2019est en rien une bonne nouvelle, que ce soit pour notre s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, pour les \u00e9conomies ou pour la vie de plusieurs millions de personnes. C\u2019est un choc consid\u00e9rable dont l\u2019impact ne saurait se mesurer au seul prix du p\u00e9trole brut. Ce serait une vision trop \u00e9troite.<\/p>\n\n\n\n
S\u2019agissant du transport a\u00e9rien en particulier, la crise a profond\u00e9ment perturb\u00e9 le secteur et affect\u00e9 les passagers. Les raisons en sont la fermeture des espaces a\u00e9riens au Moyen-Orient, la hausse du prix du k\u00e9ros\u00e8ne et les p\u00e9nuries de carburant, notamment dans certaines r\u00e9gions d\u2019Asie.<\/p>\n\n\n\n
Il est en train de transformer la dynamique du march\u00e9 mondial de l\u2019\u00e9nergie. Le cours international du p\u00e9trole s\u2019\u00e9tablit \u00e0 117 dollars. C\u2019est le prix du brut, mais ni vous ni moi n\u2019utilisons de p\u00e9trole brut. Nous utilisons de l\u2019essence, du gazole ou du gaz de p\u00e9trole liqu\u00e9fi\u00e9. Or, le prix du gazole est aujourd\u2019hui deux fois plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019avant le d\u00e9but de la guerre.<\/p>\n\n\n\n
Ce choc a incit\u00e9 de nombreux pays, notamment ceux du Moyen-Orient, \u00e0 repenser leurs strat\u00e9gies \u00e9nerg\u00e9tiques, leurs partenariats et leurs routes commerciales. La situation est simple : l\u2019essentiel de leurs exportations de p\u00e9trole et de gaz transitait par le d\u00e9troit d\u2019Ormuz. Aujourd\u2019hui, nombre d\u2019entre eux, en particulier les plus importants, comme l\u2019Arabie saoudite et les \u00c9mirats arabes unis, s\u2019empressent de construire ou d\u2019agrandir des ol\u00e9oducs et des gazoducs pour contourner le d\u00e9troit. C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019un bouleversement d\u2019une telle ampleur se produit aussi rapidement. Hors du Moyen-Orient \u00e9galement, des pays ont revu leurs strat\u00e9gies en mati\u00e8re de routes commerciales. Le Canada, grand producteur de p\u00e9trole et de gaz, se d\u00e9tourne des routes centr\u00e9es sur son voisin du sud pour regarder de plus en plus vers l\u2019Asie et l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n
Deuxi\u00e8mement, la dynamique du commerce mondial de l\u2019\u00e9nergie change elle aussi, et c\u2019est une premi\u00e8re. D\u2019ordinaire, si je veux acheter du GNL et qu\u2019un vendeur me le propose \u00e0 3 dollars et un autre \u00e0 4, j\u2019ach\u00e8te le moins cher. D\u00e9sormais, si j\u2019estime que le vendeur le plus cher est bien plus fiable, c\u2019est lui que je choisirai. C\u2019est une prime \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, fond\u00e9e sur la confiance.<\/p>\n\n\n\n
Troisi\u00e8mement, et c\u2019est le plus important, cette crise a consid\u00e9rablement dynamis\u00e9 les \u00e9nergies renouvelables et les voitures \u00e9lectriques. Hors Chine, les ventes de voitures \u00e9lectriques ont progress\u00e9 de 60 % au cours des huit mois de guerre, ce qui repr\u00e9sente une hausse sans pr\u00e9c\u00e9dent par rapport aux ann\u00e9es ant\u00e9rieures. Dans de nombreux pays, elles ont m\u00eame plus que doubl\u00e9 en glissement annuel. L’int\u00e9r\u00eat pour le nucl\u00e9aire s\u2019est lui aussi nettement accru dans beaucoup de pays. Certains construisent de nouvelles centrales. D\u2019autres, qui pr\u00e9voyaient de fermer les leurs, comme l\u2019Espagne, ont chang\u00e9 d\u2019avis. Pr\u00e8s de 90 gigawatts de capacit\u00e9s nucl\u00e9aires sont actuellement en construction, un niveau in\u00e9dit depuis pr\u00e8s de quarante ans.<\/p>\n\n\n\n
La r\u00e9ponse \u00e0 la crise au Moyen-Orient et les efforts visant \u00e0 s\u00e9curiser l\u2019approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique contribuent \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer la transition vers les \u00e9nergies propres. Pour la premi\u00e8re fois, les objectifs de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et de lutte contre le changement climatique convergent. C\u2019est un tournant majeur. La Turquie et l\u2019Australie, les deux pays qui pr\u00e9sident cette ann\u00e9e la COP31 et ses n\u00e9gociations, en sont pleinement conscients. Ils en font un th\u00e8me central de la conf\u00e9rence, qui se tiendra le mois prochain \u00e0 Antalya. \u00c0 l\u2019initiative de l\u2019AIE, l\u2019un des axes majeurs en sera le r\u00f4le de l\u2019\u00e9lectrification, sujet auquel nous avons consacr\u00e9 un rapport sp\u00e9cial en septembre.<\/p>\n\n\n\n L\u2019\u00e2ge de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est l\u00e0.\u00a0<\/p>Fatih Birol<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Plus largement, on voit clairement que les \u00e9v\u00e9nements de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, en particulier ceux de 2022 et 2026, ont redessin\u00e9 la carte \u00e9nerg\u00e9tique mondiale. Il y a quatre ans, deux grandes routes d\u2019approvisionnement dominaient cette carte : l\u2019une reliait la Sib\u00e9rie occidentale \u00e0 l\u2019Europe via la Russie, et l\u2019autre allait du d\u00e9troit d\u2019Ormuz vers l\u2019Asie et au-del\u00e0. Ces deux routes sont aujourd\u2019hui coup\u00e9es. De nouveaux partenariats se nouent, tandis que d’anciens sont abandonn\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Voici un chiffre frappant : en Europe, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ne repr\u00e9sente aujourd\u2019hui que 24 % de la consommation totale d\u2019\u00e9nergie. Dans d’autres pays importateurs d’\u00e9nergie, comme la Chine, le Japon ou la Cor\u00e9e du Sud, cette part atteint 33 \u00e0 34 %. Dans les pays exportateurs d\u2019\u00e9nergies fossiles, comme les \u00c9tats-Unis, le Canada et l\u2019Australie, elle est de 23 \u00e0 24 %. Le taux d\u2019\u00e9lectrification de l\u2019Europe est donc comparable \u00e0 celui des pays exportateurs d\u2019hydrocarbures.<\/p>\n\n\n\n L\u2019avenir \u00e9nerg\u00e9tique de l\u2019Europe passe par l\u2019\u00e9lectrification. M\u00eame en faisant abstraction du climat, si nous voulons une Europe souveraine, nous devons \u00e9lectrifier. Nous pouvons produire notre propre \u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 partir de l’\u00e9nergie solaire, \u00e9olienne ou nucl\u00e9aire, et ainsi r\u00e9duire notre d\u00e9pendance \u00e0 l’\u00e9gard de pays situ\u00e9s aux quatre coins du monde.<\/p>\n\n\n\n Poser le bon diagnostic est important, mais trouver le bon traitement l\u2019est tout autant. Prenons un exemple de ce que l\u2019Europe a mal fait. En 1973 et en 1979, deux grands chocs p\u00e9troliers ont eu lieu. De nombreux pays ont r\u00e9agi ; l\u2019industrie nucl\u00e9aire a vu le jour en r\u00e9ponse \u00e0 ces crises. Les Europ\u00e9ens ont alors compris qu\u2019il \u00e9tait imprudent de d\u00e9pendre autant du Moyen-Orient. Le diagnostic \u00e9tait bon, mais le traitement \u00e9tait mauvais : ils se sont massivement tourn\u00e9s vers la Russie. Si j\u2019\u00e9voque cet \u00e9pisode, c\u2019est que j\u2019esp\u00e8re que, cette fois, l\u2019Europe saura apporter la bonne r\u00e9ponse \u00e0 la crise provoqu\u00e9e par l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie, ainsi qu’\u00e0 la situation actuelle avec l\u2019Iran. Je suis convaincu que la souverainet\u00e9 europ\u00e9enne d\u00e9pend de notre capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9lectrifier nos \u00e9conomies. C\u2019est une question de souverainet\u00e9, d\u2019\u00e9nergie et de comp\u00e9titivit\u00e9 \u00e9conomique. C\u2019est aussi, en d\u00e9finitive, la condition pour atteindre les objectifs climatiques.<\/p>\n\n\n\n Il faut souligner que l\u2019Europe a progress\u00e9 depuis le choc de 2022 en acc\u00e9l\u00e9rant le d\u00e9ploiement des \u00e9nergies renouvelables. Gr\u00e2ce \u00e0 ces efforts consid\u00e9rables, les syst\u00e8mes \u00e9lectriques europ\u00e9ens ont \u00e9t\u00e9 moins expos\u00e9s aux perturbations de l\u2019approvisionnement en gaz cette ann\u00e9e qu\u2019ils ne l\u2019auraient \u00e9t\u00e9 autrement. Mais il reste beaucoup \u00e0 faire.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 mesure que de plus en plus de pays produisent leur propre \u00e9nergie et cherchent \u00e0 r\u00e9duire leur d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autres, l\u2019\u00e9lectrification prend une importance croissante.<\/p>\n\n\n\n Il y a deux ans, j\u2019affirmais que le monde entrait dans l\u2019\u00e2ge de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Depuis le d\u00e9but de l\u2019\u00e9poque moderne, chaque \u00e8re a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finie par un combustible particulier. Il y eut d\u2019abord l\u2019\u00e2ge du charbon, avec la r\u00e9volution industrielle, puis celui du p\u00e9trole et du gaz. Aujourd\u2019hui, comme l\u2019a annonc\u00e9 l\u2019AIE, l\u2019\u00e2ge de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est l\u00e0. Les exportations de p\u00e9trole et de gaz en provenance de r\u00e9gions telles que le Moyen-Orient et les Am\u00e9riques resteront importantes. Mais \u00e0 l\u2019\u00e2ge de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, les pays importateurs de combustibles reprendront de plus en plus leur destin en main.<\/p>\n\n\n\n M\u00eame en faisant abstraction du climat, si nous voulons une Europe souveraine, nous devons \u00e9lectrifier.\u00a0<\/p>Fatih Birol<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cela dit, un pays en particulier pourrait en tirer profit : la Chine, qui est parvenue \u00e0 s\u2019imposer comme leader de l\u2019\u00e9lectrification. Il faut r\u00e9fl\u00e9chir aux implications d’un r\u00f4le plus dominant de la Chine \u00e0 l’avenir.<\/p>\n\n\n\n En mati\u00e8re de production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 renouvelable et nucl\u00e9aire, l\u2019Europe dispose du savoir-faire n\u00e9cessaire et de nombreux industriels europ\u00e9ens sont en mesure d’y contribuer. La France est un bon exemple dans le domaine du nucl\u00e9aire. Le Danemark et l\u2019Allemagne le sont pour l\u2019\u00e9nergie \u00e9olienne, et les pays nordiques sont \u00e9galement des acteurs clefs. Le secteur du solaire d\u00e9pend fortement de la Chine, mais il existe des moyens d\u2019y rem\u00e9dier.<\/p>\n\n\n\n Le monde doit se montrer particuli\u00e8rement vigilant en ce qui concerne les minerais critiques, tant pour leur extraction que pour leur raffinage. L\u2019enjeu porte pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce dernier : aujourd\u2019hui, 75 % du raffinage est effectu\u00e9 en Chine. Un seul pays concentre 75 % de cette capacit\u00e9, tandis que tous les autres r\u00e9unis n’en concentrent que 25 %. La domination chinoise dans ce domaine est \u00e9crasante. Il est donc essentiel que les autres pays, en Europe, en Asie ou ailleurs, diversifient autant que possible leurs capacit\u00e9s de raffinage.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s avoir affront\u00e9 de nombreuses crises de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, j\u2019en ai tir\u00e9 une le\u00e7on clef : la diversification est la r\u00e8gle d\u2019or num\u00e9ro un de la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique. Il faut diversifier autant que possible. Il ne faut pas d\u00e9pendre excessivement d\u2019un seul pays ou d\u2019une seule route commerciale. Il est na\u00eff de penser qu\u2019une \u00e9conomie mondiale de 110 000 milliards de dollars puisse d\u00e9pendre d\u2019un d\u00e9troit de 40 kilom\u00e8tres et qu’elle serait paralys\u00e9e s’il venait \u00e0 \u00eatre bloqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n L\u2019AIE est pleinement mobilis\u00e9e face aux d\u00e9fis actuels de la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, mais aussi face aux d\u00e9fis \u00e9mergents, au premier rang desquels la concentration des cha\u00eenes d\u2019approvisionnement en minerais critiques. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, nous avons consid\u00e9rablement \u00e9tendu nos travaux dans ce domaine en cr\u00e9ant une division qui lui est consacr\u00e9e. Nous r\u00e9unissons r\u00e9guli\u00e8rement des repr\u00e9sentants de gouvernements et d’entreprises, notamment pour des exercices de gestion de crise. Ces exercices visent \u00e0 mieux nous pr\u00e9parer \u00e0 d\u2019\u00e9ventuelles ruptures d\u2019approvisionnement.<\/p>\n\n\n\n En effet, la Chine a jou\u00e9 un r\u00f4le en important moins de p\u00e9trole.<\/p>\n\n\n\n Pour la premi\u00e8re fois, elle a montr\u00e9 son poids sur le march\u00e9 en tant que grand importateur d\u2019\u00e9nergie. Pour donner un ordre de grandeur, les stocks p\u00e9troliers publics des \u00c9tats-Unis, du Japon et de l\u2019ensemble des pays europ\u00e9ens r\u00e9unis sont l\u00e9g\u00e8rement inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux de la Chine. P\u00e9kin a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019il pouvait utiliser la gestion de ses stocks pour influencer les march\u00e9s, ce qui n\u2019est pas pass\u00e9 inaper\u00e7u.<\/p>\n\n\n\n La Chine n\u2019a toutefois pas \u00e9t\u00e9 le seul facteur d\u2019amortissement. Le multilat\u00e9ralisme, \u00e0 travers l\u2019AIE, a \u00e9galement jou\u00e9 un r\u00f4le majeur. D\u00e9but mars, nos 32 pays membres se sont mobilis\u00e9s rapidement pour annoncer une mise sur le march\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent de 400 millions de barils de r\u00e9serves p\u00e9troli\u00e8res d\u2019urgence. Cette lib\u00e9ration, toujours en cours, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante pour \u00e9viter des effets plus graves sur nos \u00e9conomies. Et nous pouvons recommencer si n\u00e9cessaire. Elle ne repr\u00e9sente en effet qu\u2019environ 20 % de nos r\u00e9serves, ce qui signifie qu’il nous en reste 80 %. Si besoin, nous pouvons en lib\u00e9rer davantage.<\/p>\n\n\n\n Elle peut peser dans les deux sens. Elle peut importer moins, mais si elle d\u00e9cide d\u2019augmenter ses importations, les prix s\u2019en ressentiront.<\/p>\n\n\n\n J\u2019ignore ce qui y sera discut\u00e9 et quelle en sera l\u2019issue.<\/p>\n\n\n\n Ce qui m\u2019inqui\u00e8te, c\u2019est qu\u2019en cette p\u00e9riode difficile pour le gaz naturel, j\u2019entends certains pays et dirigeants europ\u00e9ens tenir des propos que je ne voudrais pas entendre. Cet hiver s\u2019annonce d\u00e9licat pour l\u2019Europe, car les livraisons de gaz du Qatar et des \u00c9mirats arabes unis ont \u00e9t\u00e9 interrompues. Si l\u2019hiver est particuli\u00e8rement froid, les prix pourraient grimper. Certains pays sugg\u00e8rent donc, \u00e0 demi-mot, de rouvrir temporairement les vannes du gaz russe. Ma r\u00e9ponse est tr\u00e8s simple. C\u2019\u00e9tait une erreur de devenir trop d\u00e9pendants de la Russie. Le faire une fois, c\u2019est une erreur. Le refaire, ce n\u2019est plus une erreur.<\/p>\n\n\n\n L\u2019enjeu va bien au-del\u00e0 de la transition \u00e9nerg\u00e9tique. Ce serait porter un coup \u00e0 la souverainet\u00e9 et \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Europe. Nous devons reprendre notre destin en main, et l\u2019\u00e9nergie y joue un r\u00f4le central. Nous devons produire chez nous autant d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 que possible.<\/p>\n\n\n\n C\u2019\u00e9tait une erreur de devenir trop d\u00e9pendant de la Russie. Le faire une fois, c\u2019est une erreur. Le refaire, ce n\u2019est plus une erreur.\u00a0<\/p>Fatih Birol<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L\u2019administration am\u00e9ricaine actuelle n\u2019a pas la m\u00eame vision que la pr\u00e9c\u00e9dente. Mais si l\u2019on regarde les \u00e9nergies renouvelables, comme le solaire ou les biocarburants, on constate qu’elles connaissent une croissance tr\u00e8s forte. Les \u00c9tats-Unis misent aussi sur le nucl\u00e9aire.<\/p>\n\n\n\n Les gens pensaient, ou on leur a fait croire, que ce serait vite termin\u00e9. En turc, nous avons un proverbe : \u00ab Un vase bris\u00e9 ne se recolle pas. \u00bb Tout a chang\u00e9 et, de mani\u00e8re r\u00e9aliste, je ne vois pas comment les choses pourraient revenir l\u2019an prochain \u00e0 ce qu\u2019elles \u00e9taient avant la guerre. Chacun se dira que si le d\u00e9troit d\u2019Ormuz a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9 une fois, il peut l\u2019\u00eatre de nouveau. Cela va changer le monde. Je m\u2019attends \u00e0 ce que cela affecte, dans un avenir proche, la dynamique et la trajectoire des prix sur les march\u00e9s p\u00e9troliers.<\/p>\n\n\n\n Le baril de p\u00e9trole est \u00e0 117 dollars, mais le prix du gazole a doubl\u00e9. Je m\u2019inqui\u00e8te de voir notre attention se porter exclusivement sur le p\u00e9trole et le gaz. Il y a pourtant un autre domaine tr\u00e8s touch\u00e9 dont on parle peu : les engrais. Or, dans de nombreuses r\u00e9gions du monde, notamment en Afrique et en Am\u00e9rique latine, la saison des semis est sur le point de commencer. Les engrais posent probl\u00e8me et le gazole est aussi essentiel pour les tracteurs et autres machines agricoles. Cela m\u2019inqui\u00e8te tout autant. Pour les Europ\u00e9ens, 117 dollars ne paraissent peut-\u00eatre pas si dramatiques. Mais si vous allez dire en Afrique que les prix ne sont pas tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s, vous entendrez un autre son de cloche. \u00c0 117 dollars, par exemple, on n\u2019a plus les moyens d\u2019acheter du GPL pour cuisiner.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 l\u2019AIE, nous suivons quotidiennement plus de 550 technologies. L\u2019une des questions clefs est celle de la maturit\u00e9 : quand ces nouvelles technologies pourront-elles se g\u00e9n\u00e9raliser ? Si je devais parier sur celle qui sera largement disponible et abordable demain, je citerais le stockage par batteries.<\/p>\n\n\n\n Le stockage par batteries va transformer bien des choses. Les \u00e9nergies renouvelables connaissent une forte croissance, mais elles ont un d\u00e9faut : leur intermittence. Les batteries peuvent y rem\u00e9dier. Leur co\u00fbt chute fortement. C’est, \u00e0 mon sens, sans doute la technologie la plus prometteuse et la plus importante pour l’avenir.<\/p>\n\n\n\n En turc, nous avons un proverbe : \u00ab Un vase bris\u00e9 ne se recolle pas \u00bb<\/p>Fatih Birol<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La Chine est d\u00e9j\u00e0 en t\u00eate dans ce domaine, mais la bonne nouvelle, c\u2019est que l\u2019Europe, les \u00c9tats-Unis, la Cor\u00e9e du Sud et le Japon progressent eux aussi fortement. Contrairement au raffinage des minerais critiques, le secteur n\u2019est pas aussi concentr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Les centres de donn\u00e9es ont besoin d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en continu et, selon moi, l\u2019intelligence artificielle pourrait \u00eatre l\u2019innovation technologique la plus importante de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Les \u00c9tats-Unis et la Chine se livrent une concurrence acharn\u00e9e, et l\u2019Europe, l\u2019Inde et le Moyen-Orient ne sont pas loin derri\u00e8re. Le vainqueur de la course \u00e0 l\u2019IA sera celui qui aura acc\u00e8s \u00e0 de grandes quantit\u00e9s d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 bon march\u00e9. Quand je regarde le monde d’aujourd’hui, il me semble que la Chine a, \u00e0 ce stade, quelques longueurs d’avance sur les autres. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est donc crucial.<\/p>\n\n\n\n Dans de nombreux pays, aux \u00c9tats-Unis comme en Europe, les centres de donn\u00e9es consomment beaucoup d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, ce qui cr\u00e9e des tensions entre les populations locales et les entreprises technologiques. Les gens ne veulent pas voir les prix de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 augmenter \u00e0 cause de l\u2019IA. C\u2019est l\u2019un des grands th\u00e8mes des \u00e9lections de mi-mandat am\u00e9ricaines, et cela devient aussi un enjeu dans de nombreux pays europ\u00e9ens. Les gouvernements doivent donc inciter les entreprises technologiques \u00e0 soutenir plus g\u00e9n\u00e9reusement le secteur et les march\u00e9s de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Il existe trois grandes tendances, et l\u2019intelligence artificielle et les centres de donn\u00e9es y jouent un r\u00f4le important. Mais il y a aussi les voitures \u00e9lectriques. Il y a cinq ans \u00e0 peine, seules 5 % des voitures vendues \u00e9taient \u00e9lectriques. Cette ann\u00e9e, ce chiffre est pass\u00e9 \u00e0 32 %, et d\u2019ici un an, nous parlerons tr\u00e8s probablement de camions \u00e9lectriques.<\/p>\n\n\n\n Le vainqueur de la course \u00e0 l\u2019IA sera celui qui aura acc\u00e8s \u00e0 de grandes quantit\u00e9s d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 bon march\u00e9.\u00a0<\/p>Fatih Birol<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Mais en r\u00e9alit\u00e9, le principal moteur de la demande mondiale d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 aujourd\u2019hui, c\u2019est la climatisation. Dans certains pays, comme les \u00c9tats-Unis ou le Japon, 90 % des foyers sont \u00e9quip\u00e9s d’une climatisation. Or, lorsque je me suis rendu au Nigeria il y a quelques semaines, le pr\u00e9sident m\u2019a indiqu\u00e9 que seuls 5 % des foyers l\u2019\u00e9taient. Le pays compte 240 millions d\u2019habitants et il y fait bien plus chaud qu\u2019aux \u00c9tats-Unis ou au Japon. Avec la hausse des temp\u00e9ratures due au changement climatique, l\u2019une des premi\u00e8res choses que font les gens d\u00e8s qu\u2019ils en ont les moyens, c\u2019est d\u2019acheter un climatiseur pour rendre leur vie plus confortable.<\/p>\n\n\n\n L\u2019AIE est d\u00e9j\u00e0 l\u2019agence de la transition \u00e9nerg\u00e9tique : quiconque s\u2019int\u00e9resse au sujet et cherche une vision mondiale r\u00e9aliste se tourne vers elle.<\/p>\n\n\n\n Nous verrions un monde bien plus moderne, efficace, propre et juste. L\u2019Afrique montre ce qui est en jeu. Aujourd\u2019hui, sur le continent, quatre familles sur cinq cuisinent au bois. Cette t\u00e2che, essentiellement assur\u00e9e par des femmes, provoque des maladies respiratoires. Chaque ann\u00e9e, 800 000 personnes en meurent pr\u00e9matur\u00e9ment. C\u2019est, avec le paludisme, l\u2019une des deux premi\u00e8res causes de mortalit\u00e9 pr\u00e9matur\u00e9e sur le continent, et les femmes en sont les principales victimes. C\u2019est la plus grande injustice du secteur \u00e9nerg\u00e9tique actuel. L\u2019\u00e9lectrification pourrait changer cette situation.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Selon le directeur de l\u2019Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie, apr\u00e8s l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du p\u00e9trole, \u00ab l\u2019\u00e2ge de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est l\u00e0. \u00bb <\/p>\n","protected":false},"author":40,"featured_media":366540,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":16,"_lgc_tts_voice":"","_lgc_tts_publish":false,"_lgc_tts_history_item_id":"","_lgc_tts_generated_at":"","_lgc_tts_status":"","_lgc_tts_error":"","footnotes":""},"categories":[1730],"tags":[],"staff":[4260,1697],"editorial_format":[4854],"serie":[],"audience":[],"geo":[2163],"class_list":["post-366537","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-energie-et-environnement","staff-emmanuel-guerin","staff-ramona-bloj","editorial_format-entretiens","geo-monde"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":"default","_thumbnail_id":366540,"excerpt":"Selon le directeur de l\u2019Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie, apr\u00e8s l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du p\u00e9trole, \u00abl\u2019\u00e2ge de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est l\u00e0.\u00bb ","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\nEn Europe, objectifs climatiques et s\u00e9curitaires convergeaient d\u00e9j\u00e0 en 2022, apr\u00e8s l\u2019invasion de l\u2019Ukraine. Pourtant, quatre ans plus tard, l\u2019Europe peine toujours \u00e0 s\u00e9curiser son approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique. Pourquoi ?<\/h3>\n\n\n\n
Cette absence de progr\u00e8s tient-elle \u00e0 un d\u00e9faut d\u2019analyse ?<\/h3>\n\n\n\n
Sommes-nous en train de passer d\u2019un syst\u00e8me g\u00e9opolitique centr\u00e9 sur les \u00e9nergies fossiles \u00e0 un syst\u00e8me organis\u00e9 autour des cha\u00eenes de valeur des technologies propres ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment l\u2019Europe peut-elle s\u2019\u00e9lectrifier sans remplacer une d\u00e9pendance par une autre, cette fois \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la Chine ?<\/h3>\n\n\n\n
La Chine a jou\u00e9 un r\u00f4le important pour amortir le choc p\u00e9trolier.<\/h3>\n\n\n\n
Qu\u2019est-ce que cela r\u00e9v\u00e8le du r\u00f4le \u00e9mergent de la Chine sur les march\u00e9s p\u00e9troliers mondiaux ?<\/h3>\n\n\n\n
Vladimir Poutine, Xi Jinping et Donald Trump pourraient se retrouver lors d’un sommet dans les prochaines semaines. Cela pourrait-il avoir un impact sur les march\u00e9s de l\u2019\u00e9nergie ?<\/h3>\n\n\n\n
Un retour aux importations d\u2019hydrocarbures russes marquerait-il la fin de la transition \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment percevez-vous aujourd\u2019hui le r\u00f4le des \u00c9tats-Unis dans la transition \u00e9nerg\u00e9tique ?<\/h3>\n\n\n\n
Les prix du p\u00e9trole ont augment\u00e9 ces derni\u00e8res semaines. Pourquoi les march\u00e9s ont-ils tard\u00e9 \u00e0 r\u00e9agir au d\u00e9but de la guerre en Iran ?<\/h3>\n\n\n\n
Le prix actuel vous semble-t-il juste, ou les march\u00e9s sous-estiment-ils encore le risque ?<\/h3>\n\n\n\n
O\u00f9 se situe aujourd\u2019hui l\u2019innovation la plus importante dans le domaine de l\u2019\u00e9nergie ?<\/h3>\n\n\n\n
La demande croissante d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 l\u2019IA est accus\u00e9e de mettre sous pression les r\u00e9seaux \u00e9lectriques et les prix pour les consommateurs. Ces accusations sont-elles fond\u00e9es ?<\/h3>\n\n\n\n
Dans les projections de l\u2019AIE, l\u2019IA est-elle un moteur important de la demande future d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ?<\/h3>\n\n\n\n
L\u2019AIE a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en r\u00e9ponse aux chocs p\u00e9troliers des ann\u00e9es 1970, et elle a profond\u00e9ment \u00e9volu\u00e9 depuis. Que faudrait-il pour qu’elle devienne l\u2019agence internationale \u00e0 la t\u00eate de la transition vers les \u00e9nergies propres ?<\/h3>\n\n\n\n
Si l\u2019\u00e2ge de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 advenait vraiment, \u00e0 quoi ressemblerait le monde ?<\/h3>\n\n\n\n