\u00e0 partir de 8 euros par mois<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\nLa possibilit\u00e9 d’un cessez-le-feu en Ukraine avec gel des positions est de nouveau \u00e9voqu\u00e9e. Au-del\u00e0 de l\u2019espoir que suscite toujours la perspective d\u2019un arr\u00eat des combats, il faut toutefois rester prudent. Une telle possibilit\u00e9 n’est pas forc\u00e9ment synonyme de paix \u00e0 long terme, mais souvent de complications et de nouvelles violences. Les n\u00e9gociations, manifestement pouss\u00e9es par une Maison-Blanche en qu\u00eate de succ\u00e8s diplomatiques avant les \u00e9lections de mi-mandat, pourraient progresser rapidement si la partie russe s\u2019y montre int\u00e9ress\u00e9e. En effet, rappelons qu\u2019il y a longtemps que l\u2019Ukraine se dit pr\u00eate \u00e0 un cessez-le-feu pr\u00e9alable \u00e0 des n\u00e9gociations de paix, alors que Moscou refusait le principe d\u2019un arr\u00eat des combats avant d\u2019avoir obtenu satisfaction \u00e0 ses exigences.<\/p>\n\n\n\n
Les deux prochains mois, avant l\u2019entr\u00e9e en fonction du nouveau Congr\u00e8s am\u00e9ricain, pourraient s\u2019av\u00e9rer particuli\u00e8rement difficiles pour l\u2019Ukraine : deux semaines apr\u00e8s les \u00e9lections de mi-mandat, Donald Trump s\u2019envolera pour l\u2019Asie o\u00f9 il participera au sommet de la Coop\u00e9ration \u00e9conomique Asie-Pacifique \u00e0 Shenzhen. Il s\u2019est dit ouvert \u00e0 une rencontre trilat\u00e9rale propos\u00e9e par le Kremlin entre lui, Poutine et Xi Jinping. Puis, le 20 d\u00e9cembre, l\u2019administration accueillera \u00e0 Miami le sommet du G20, qui, selon plusieurs sources diplomatiques, sera le moment o\u00f9 Trump esp\u00e8re un accord sur l\u2019Ukraine. Il a d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9 son d\u00e9sir de voir Poutine participer \u00e0 la r\u00e9union, m\u00eame si ce dernier n\u2019a pas encore confirm\u00e9 sa pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\nUn cessez-le-feu en Ukraine ne devrait pas nous bercer d\u2019illusions.<\/p>St\u00e9phane Audrand<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nAdmettons que Vladimir Poutine consente \u00e0 ce sc\u00e9nario : un arr\u00eat des combats et un \u00ab gel \u00bb des positions actuelles des deux camps. Les rumeurs diplomatiques entourant les n\u00e9gociations actuelles \u00e9voquent \u00e9galement la possibilit\u00e9 d’une zone d\u00e9militaris\u00e9e et l’engagement des Europ\u00e9ens \u00e0 fournir des \u00ab garanties de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb. On parle aussi d’un moratoire sur l’entr\u00e9e de l’Ukraine dans l’OTAN et du paiement des co\u00fbts de reconstruction par les Europ\u00e9ens, qui semblent avoir vocation \u00e0 payer une guerre qu’ils n’ont pas initi\u00e9e et des dommages qu’ils n’ont pas caus\u00e9s. Et, bien entendu, comme l\u2019URSS en 1991, la Russie de 2026 ne serait \u00e0 nouveau comptable d\u2019aucune de ses agressions ni de ses crimes, et tout pourrait \u00ab continuer comme si de rien \u00e9tait \u00bb.<\/p>\n\n\n\n
Donald Trump est certainement pr\u00eat \u00e0 aller tr\u00e8s loin en termes de concessions ukrainiennes et europ\u00e9ennes, \u00e0 condition qu’il puisse pr\u00e9tendre avoir arr\u00eat\u00e9 la guerre sans risquer la vie d’un seul soldat am\u00e9ricain ni d\u00e9penser un seul dollar. Il tentera \u00e9galement de faire main basse sur les ressources mini\u00e8res et agricoles de l\u2019Ukraine.<\/p>\n\n\n\n
O\u00f9 s\u2019arr\u00eate la Russie ?<\/h2>\n\n\n\n Un cessez-le-feu n\u2019est que ce qu\u2019il est : l\u2019arr\u00eat des combats sur la base des positions tenues par les deux camps au moment de sa conclusion. Une notion qui \u00e9tait raisonnablement claire au XXe si\u00e8cle, lorsque les lignes de front \u00e9taient la norme et qu\u2019on savait approximativement o\u00f9 finissaient les positions d\u2019un camp et o\u00f9 commen\u00e7aient celles de l\u2019autre. M\u00eame si, d\u00e9j\u00e0, les choses \u00e9taient plus compliqu\u00e9es en ville, comme on a pu le constater de Beyrouth \u00e0 Sarajevo.<\/p>\n\n\n\n
En 2026, en Ukraine, le probl\u00e8me est qu\u2019il n\u2019y a plus de \u00ab ligne de front \u00bb, mais une zone de contact diffuse, imbriqu\u00e9e et contest\u00e9e o\u00f9 les positions des bellig\u00e9rants coexistent. Cette zone grise s’\u00e9tend sur 10 \u00e0 50 kilom\u00e8tres selon les secteurs. Premier probl\u00e8me donc : \u00ab o\u00f9 se trouve la ligne de cessez-le-feu \u00bb ? Il y a fort \u00e0 parier que Moscou consid\u00e9rera que le soldat russe le plus avanc\u00e9, m\u00eame isol\u00e9 et sans autres moyens que ceux qu\u2019il emporte, d\u00e9finit le \u00ab contr\u00f4le russe \u00bb, m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas effectif.<\/p>\n\n\n\n
Les cessez-le-feu sont tr\u00e8s souvent viol\u00e9s. Du Liban au Donbass en passant par le Haut-Karabagh, c\u2019est malheureusement fr\u00e9quent lorsque les bellig\u00e9rants cessent le combat non par volont\u00e9, mais par contrainte. Tirs d\u2019artillerie et attaques de patrouilles deviennent alors la norme, que les diff\u00e9rentes forces d\u2019observation ne peuvent souvent que d\u00e9plorer, quand elles n\u2019en sont pas elles-m\u00eames victimes. Violer le cessez-le-feu sera d\u2019autant plus facile pour l\u2019agresseur russe, \u00e0 l\u2019heure des drones, que personne n\u2019est capable d\u2019avoir une vision transparente et en temps r\u00e9el de la situation dans cet imbroglio, malgr\u00e9 les progr\u00e8s des capteurs et des logiciels. Et tout mouvement de soldats sera pr\u00e9texte \u00e0 des d\u00e9nonciations de \u00ab violation \u00bb. Rappelons que cette situation a d\u00e9j\u00e0 exist\u00e9 en Donbass en 2015 : la Russie, pourtant massivement pr\u00e9sente, se pr\u00e9sentait alors comme une tierce partie, pr\u00e9tendant que l\u2019affaire se jouait entre \u00ab s\u00e9paratistes et Ukrainiens \u00bb. Et Moscou emp\u00eachait les observateurs de l\u2019OSCE de pouvoir attribuer les violations du cessez-le-feu, officieusement imput\u00e9es en grande majorit\u00e9 \u00e0 la Russie et \u00e0 ses alli\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n
75 000 km\u00b2 de no man\u2019s land<\/em><\/h2>\n\n\n\nLa suite logique d’un cessez-le-feu durable est la zone d\u00e9militaris\u00e9e, ou \u00ab DMZ \u00bb en anglais. Il s’agit d’une zone neutralis\u00e9e, o\u00f9 plus personne n\u2019entre, afin de limiter les \u00ab incidents \u00bb. On sait que cela peut fonctionner \u00e0 condition d’\u00eatre \u00e9tanche, sans corridor civil et avec un nombre tr\u00e8s limit\u00e9 de points de travers\u00e9e. En Cor\u00e9e, c\u2019est cette situation qui pr\u00e9vaut depuis 1953. Pas la paix, pas tout \u00e0 fait la guerre, mais une situation fig\u00e9e le long du 38e parall\u00e8le, au point qu\u2019on a l\u2019impression qu\u2019il y a \u00ab toujours \u00bb eu deux Cor\u00e9es. La DMZ en Cor\u00e9e, c\u2019est environ 4 kilom\u00e8tres de terrain abondamment min\u00e9, clos de barbel\u00e9s et surveill\u00e9 par des capteurs, depuis les yeux des sentinelles jusqu\u2019aux satellites en passant par des radars et des capteurs acoustiques. Et derri\u00e8re la DMZ, les deux Cor\u00e9es maintiennent des arm\u00e9es sur le pied de guerre, abondamment pourvues en artillerie pour \u00e9craser toute tentative de franchissement. Sur 250 km, cela repr\u00e9sente tout de m\u00eame plus de 1 000 km2<\/sup> de terrain \u00ab sacrifi\u00e9 \u00bb. \u00c0 l’\u00e8re des drones, la logique voudrait qu’une DMZ entre l’Ukraine et la Russie soit plus profonde. De combien ? Id\u00e9alement, 50 km, afin d’emp\u00eacher la travers\u00e9e par la plupart des drones FPV et de se situer au-del\u00e0 de la port\u00e9e de la plupart des pi\u00e8ces d’artillerie courantes. Il faudrait donc sacrifier entre 4 et 50 km le long des 1 500 km de ligne de contact. Jusqu\u2019\u00e0 75 000 km2<\/sup> de territoire que la Russie avait par trois fois reconnu comme ukrainien. Pour peut-\u00eatre un si\u00e8cle. Ce sc\u00e9nario de DMZ est d\u2019autant moins propice qu\u2019il faudrait que chaque partie abandonne une partie de ses positions actuelles. Ce qui pourrait imposer \u00e0 l\u2019Ukraine de c\u00e9der encore du terrain et d\u2019abandonner ses positions fortifi\u00e9es dans le Donbass. Il s’agit d’ailleurs sans doute d’une des limites qui pourrait faire \u00e9chouer un accord : si Vladimir Poutine exige que l’agglom\u00e9ration de Sloviansk-Kramatorsk lui soit remise avant la tr\u00eave, l’Ukraine pourrait refuser tout cessez-le-feu.<\/p>\n\n\n\nDonald Trump est certainement pr\u00eat \u00e0 aller tr\u00e8s loin en termes de concessions ukrainiennes et europ\u00e9ennes.<\/p>St\u00e9phane Audrand<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nMais si un cessez-le-feu est d\u00e9clar\u00e9, comment faire pour que la Russie respecte l\u2019Ukraine et son int\u00e9grit\u00e9 territoriale \u00e0 l\u2019avenir ? La question des garanties de s\u00e9curit\u00e9 se pose in\u00e9vitablement d\u00e8s que les panneaux de la DMZ sont install\u00e9s. Il faut quelqu\u2019un pour garantir, sinon la paix, du moins l\u2019absence de conflit.<\/p>\n\n\n\n
En Cor\u00e9e, depuis 1953, les deux \u00ab sponsors \u00bb de la guerre ne veulent plus se battre, mais surveillent la situation. La Chine est pr\u00e9sente d’un c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re et les \u00c9tats-Unis sont d\u00e9ploy\u00e9s en nombre en Cor\u00e9e du Sud pour \u00e9viter le d\u00e9sastre du d\u00e9but de la guerre, en 1950, lorsque la Cor\u00e9e du Nord est pass\u00e9e tout pr\u00e8s de r\u00e9ussir l\u2019unification par la force. Mais en Ukraine, il n’y aura pas deux \u00ab sponsors \u00bb qui ne veulent pas se battre. Il y aura la Russie, l\u2019agresseur qui a tout son temps, et l\u2019Ukraine qui esp\u00e8re des garanties que les \u00c9tats-Unis ne veulent pas lui donner. On comprend d’ailleurs que les Ukrainiens soient circonspects. Le m\u00e9morandum de Budapest de 1994, par lequel le Royaume-Uni, la Russie et les \u00c9tats-Unis \u00ab r\u00e9affirmaient leur engagement [\u2026] \u00e0 respecter les fronti\u00e8res existantes (de l\u2019Ukraine) \u00bb, en \u00e9change du renoncement aux armes nucl\u00e9aires sovi\u00e9tiques rest\u00e9es sur son sol, a laiss\u00e9 un go\u00fbt amer. <\/p>\n\n\n\n
Une coalition au mandat flou<\/h2>\n\n\n\n Garantir la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019un pays est en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s simple : il suffit d\u2019\u00eatre pr\u00eat \u00e0 se battre pour lui en cas d’attaque. Le principe est facile \u00e0 comprendre, mais sa mise en \u0153uvre est plus complexe. Depuis 1949, les Europ\u00e9ens doutent souvent de la sinc\u00e9rit\u00e9 de la promesse am\u00e9ricaine, pourtant explicitement inscrite dans le trait\u00e9 de l’Atlantique Nord et mat\u00e9rialis\u00e9e par les forces am\u00e9ricaines en Europe. S\u2019agissant de l\u2019Ukraine, il semble que, dans l\u2019esprit am\u00e9ricain, ce sera la \u00ab coalition des volontaires \u00bb qui entrera sur le territoire ukrainien pour\u2026 \u00ab garantir \u00bb quelque chose. Mais quoi, et avec quel mandat ? On ne le sait pas exactement. Mais on devine les r\u00e9serves de la Maison-Blanche, qui sp\u00e9cifiera qu\u2019une attaque de la Russie contre les forces europ\u00e9ennes en Ukraine ne saurait justifier l\u2019invocation de l\u2019article 5 de l\u2019OTAN par les pays europ\u00e9ens engag\u00e9s. La Russie paralysant tout mandat au Conseil de s\u00e9curit\u00e9, on \u00e9chappera aux \u00ab casques bleus \u00bb, qui seraient au mieux inefficaces et au pire un d\u00e9sastre. Et on n\u2019aura jamais aucune r\u00e9solution prise sous le chapitre VII qui serait favorable \u00e0 l\u2019Ukraine.<\/p>\n\n\n\n
En outre, une force europ\u00e9enne en Ukraine : jusqu\u2019aux derni\u00e8res nouvelles, la Russie n\u2019en voulait pas, \u00e9voquant parfois la pr\u00e9sence de Chinois ou de Pakistanais. S’il est possible que certaines nations \u00e9mergentes soient tent\u00e9es de venir y prendre pied, il est peu probable que P\u00e9kin vienne se fourrer dans ce gu\u00eapier.<\/p>\n\n\n\nLa Russie veut la fin de l\u2019OTAN, le retrait des \u00c9tats-Unis \u00e0 la fronti\u00e8re d\u2019avant 1989, l\u2019abandon de toute souverainet\u00e9 r\u00e9elle et de toute alliance par les anciens membres du Pacte de Varsovie.<\/p>St\u00e9phane Audrand<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nAdmettons toutefois que la Russie consente \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019Europ\u00e9ens en Ukraine. C’est ce \u00e0 quoi la Coalition des volontaires, port\u00e9e par la France et le Royaume-Uni, est cens\u00e9e \u00eatre pr\u00e9par\u00e9e sur le plan op\u00e9rationnel. Et les \u00c9tats-Unis, en coulisse, fournissent leur aide, notamment pour la surveillance future du cessez-le-feu, et pourraient continuer depuis leurs bases en Allemagne. Mais l\u2019Ukraine est un grand pays. M\u00eame en maintenant une arm\u00e9e ukrainienne sur le pied de guerre sur le long terme, ce qui sera co\u00fbteux, il faudrait au moins l\u2019\u00e9quivalent de 4 ou 5 brigades europ\u00e9ennes en permanence sur place. Rappelons que l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise en a aujourd\u2019hui six. On voit mal la France en engager plus d\u2019une. Il en faudrait donc au moins une allemande, une britannique, une scandinave et deux autres \u00e0 trouver sur le continent. Ce qui pourrait s\u2019av\u00e9rer compliqu\u00e9. Ces brigades auraient surtout pour mission d’assurer une \u00ab pr\u00e9sence \u00bb, sous la couverture de batteries antia\u00e9riennes et de chasseurs qu\u2019il faudrait d\u00e9ployer sous un commandement s\u00e9par\u00e9. Et tous ces moyens manqueraient bien entendu au dispositif existant de l\u2019OTAN. Pour longtemps, car ce sc\u00e9nario pourrait durer aussi longtemps que la situation en Cor\u00e9e, comme on l’a dit.<\/p>\n\n\n\n
Dissuader sans attendre<\/h2>\n\n\n\n Il y a des actes que nous pourrions poser d\u00e8s maintenant pour commencer \u00e0 dissuader la Russie. Des actes qui serviraient nos int\u00e9r\u00eats directs, mettraient les Europ\u00e9ens au centre des n\u00e9gociations et obligeraient Moscou comme Washington \u00e0 prendre en compte nos demandes. Nous pourrions par exemple d\u00e9clarer que nous prot\u00e8gerons les r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires ukrainiens encore en activit\u00e9 de tout bombardement, compte tenu du risque que ferait peser sur nous un bombardement russe, volontaire ou non, qui les frapperait. Face au nombre croissant d’incursions de drones dans l’espace europ\u00e9en, nous pourrions aussi d\u00e9cr\u00e9ter une zone d’exclusion a\u00e9rienne au-dessus de l’Ukraine et abattre tout ce qui volerait \u00e0 l’ouest de Lviv et se dirigerait vers l’Europe. Ce ne seraient pas des actions \u00ab escalatoires \u00bb qui feraient de nous des \u00ab co-bellig\u00e9rants \u00bb, mais elles montreraient que nous avons, nous aussi, des int\u00e9r\u00eats \u00e0 d\u00e9fendre.<\/p>\n\n\n\n
On l\u2019aura compris, un cessez-le-feu en Ukraine est un sc\u00e9nario assez compliqu\u00e9, pour ne pas dire cauchemardesque. Certes, il est sans doute \u00ab moins pire \u00bb qu\u2019une poursuite des combats sur le plan humanitaire. Mais il ne devrait pas nous bercer d’illusions. Or, il le fera. Il nous bercera. Une partie de l’opinion publique europ\u00e9enne, et surtout de la classe politique, n\u2019aspire qu\u2019\u00e0 un arr\u00eat de cette guerre qui les d\u00e9range, car c\u2019est un conflit existentiel sur le sol europ\u00e9en qu\u2019il faudrait traiter sous l\u2019angle de nos int\u00e9r\u00eats de s\u00e9curit\u00e9, ce que la classe politique ne sait plus faire. La classe politique europ\u00e9enne est surtout sp\u00e9cialiste pour transformer tout enjeu de politique \u00e9trang\u00e8re en posture et enjeu \u00e9lectoral, sans plus se livrer \u00e0 un calcul d’int\u00e9r\u00eats. Si c’\u00e9tait le cas, l’union sacr\u00e9e face \u00e0 la Russie serait en place depuis 2022, voire 2014. En effet, de fa\u00e7on parfaitement \u00e9go\u00efste, soutenir l\u2019Ukraine est dans notre int\u00e9r\u00eat face \u00e0 une Russie expansionniste et r\u00e9visionniste.<\/p>\n\n\n\n
Un apr\u00e8s-guerre sous tension<\/h2>\n\n\n\n En Russie comme en Ukraine, un cessez-le-feu posera \u00e9galement de grands d\u00e9fis. L\u2019Ukraine devra organiser des \u00e9lections, ce qui pourrait donner lieu \u00e0 des tentatives d\u2019ing\u00e9rence massive de la part de la Russie. L\u2019union sacr\u00e9e pourrait tenir quelques temps, mais elle pourrait se fissurer \u00e0 l’occasion de la d\u00e9claration des diff\u00e9rents candidats \u00e0 la succession du pr\u00e9sident Zelensky. La politisation d\u2019une partie de l\u2019arm\u00e9e est un fait ind\u00e9niable qui aura un grand poids. La soci\u00e9t\u00e9 civile ukrainienne a d\u00e9montr\u00e9 une forte capacit\u00e9 \u00e0 se mobiliser pour maintenir la trajectoire d\u00e9mocratique et europ\u00e9enne, ce qui est une source d\u2019optimisme. L\u2019Ukraine est sans doute promise au m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab chambre Bleu horizon \u00bb que l\u2019Assembl\u00e9e nationale de 1919, qui avait vu de nombreux v\u00e9t\u00e9rans devenir parlementaires. Dans les deux pays, et surtout en Russie, le retour de centaines de milliers de v\u00e9t\u00e9rans dans leurs foyers sera tr\u00e8s difficile et les tensions sociales seront \u00e9normes. On observe d\u00e9j\u00e0 en Russie une hausse des actes criminels violents et des trafics d\u2019armes, bien plus qu\u2019en Ukraine. On voit aussi \u00e9merger \u00e0 Moscou de nouvelles \u00e9lites, \u00ab form\u00e9es sur le champ de bataille \u00bb, qui r\u00e9clameront leur part de pouvoir et de richesse dans le r\u00e9gime kleptocratique. Elles seront sans doute plus brutales et moins form\u00e9es au ballet diplomatico-militaire que leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs ayant connu la guerre froide. Les difficult\u00e9s \u00e9conomiques de la Russie et l\u2019instabilit\u00e9 de son \u00e9conomie conduiront Moscou \u00e0 faire pression pour une lev\u00e9e rapide des sanctions, ce qui sera approuv\u00e9, soyons-en s\u00fbrs, par de nombreux industriels europ\u00e9ens, press\u00e9s de renouer avec le gaz russe. Une pause peut donc tenter les \u00e9lites russes, mais elle sera suffisamment courte pour ne pas faire retomber la surchauffe de l\u2019\u00e9conomie de guerre ni d\u00e9mobiliser trop de soldats. Cette pause leur permettrait d’obtenir la lev\u00e9e de certaines sanctions, d’attendre des alternances politiques favorables en Europe, de mieux pr\u00e9parer leur prochaine agression et d’esp\u00e9rer r\u00e9ussir le prochain \u00ab coup de Kiev \u00bb dans six mois \u00e0 deux ans, en ayant refait leurs stocks et en laissant les Europ\u00e9ens renoncer \u00e0 une partie de leur r\u00e9armement, par confort autant que myopie.<\/p>\n\n\n\nVioler le cessez-le-feu sera d\u2019autant plus facile pour l\u2019agresseur russe, \u00e0 l\u2019heure des drones, que personne n\u2019est capable d\u2019avoir une vision transparente et en temps r\u00e9el de la situation dans cet imbroglio.<\/p>St\u00e9phane Audrand<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nPour soulager les souffrances du peuple ukrainien, il faut esp\u00e9rer que les combats cessent. Mais m\u00e9fions-nous des fausses joies. Tout arr\u00eat des combats n\u2019est pas synonyme de paix juste et \u00e9quitable. L\u2019histoire montre au contraire que le gel des conflits ne r\u00e9sout souvent rien et n\u2019est qu\u2019un pr\u00e9lude \u00e0 une reprise de la violence. L\u2019essentiel est que l\u2019Ukraine puisse choisir son destin en toute libert\u00e9. Il est \u00e9galement important pour nous de r\u00e9aliser que discuter avec Moscou ne \u00ab suffit pas \u00bb pour que le r\u00e9gime russe change. L\u2019hostilit\u00e9 des \u00e9lites russes envers les d\u00e9mocraties europ\u00e9ennes est structurelle. Leur projet avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 avec une certaine candeur fin 2021 dans le cadre du double projet de trait\u00e9. La Russie veut la fin de l\u2019OTAN, le retrait des \u00c9tats-Unis \u00e0 la fronti\u00e8re d\u2019avant 1989, l\u2019abandon de toute souverainet\u00e9 r\u00e9elle et de toute alliance par les anciens membres du Pacte de Varsovie, qui seraient alors soumis \u00e0 son influence, \u00e0 ses ing\u00e9rences et \u00e0 des menaces arm\u00e9es, et ce, tout en reconstituant l\u2019URSS par l\u2019annexion des anciennes r\u00e9publiques sovi\u00e9tiques. Le programme n\u2019a pas vari\u00e9. Tout r\u00e9pit sera mis \u00e0 profit pour pr\u00e9parer une prochaine agression, tout en continuant de d\u00e9stabiliser nos soci\u00e9t\u00e9s. Esp\u00e9rer la paix est l\u00e9gitime. Mais \u00eatre myope devant un mauvais cessez-le-feu serait dangereux. La paix ne pourra qu\u2019\u00eatre arm\u00e9e et courageuse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"
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En Ukraine, le pi\u00e8ge du cessez-le-feu trumpiste | Le Grand Continent<\/title>\n \n \n \n \n \n \n \n \n \n \n\t \n\t \n\t \n \n \n \n \n\t \n\t \n\t \n