{"id":362826,"date":"2026-10-05T06:00:00","date_gmt":"2026-10-05T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=362826"},"modified":"2026-10-04T22:46:58","modified_gmt":"2026-10-04T20:46:58","slug":"pascal-lamy-la-chine-est-en-train-de-tuer-le-commerce-mondial-ouvert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/10\/05\/pascal-lamy-la-chine-est-en-train-de-tuer-le-commerce-mondial-ouvert\/","title":{"rendered":"Pascal Lamy : \u00ab La Chine est en train de tuer le commerce mondial ouvert \u00bb"},"content":{"rendered":"\n
Testez\u00a0<\/em>le Grand Continent. Les id\u00e9es et les analyses qu\u2019on ne trouve nulle part. Mais que vous verrez bient\u00f4t partout. Dans votre bo\u00eete mail\u00a0\u00e0 partir de 8 euros par mois<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Mon analyse a chang\u00e9, mais pas mon choix initial. <\/p>\n\n\n\n L\u2019erreur n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 l\u2019adh\u00e9sion de la Chine. L’erreur a \u00e9t\u00e9 que les \u00c9tats-Unis, l’Union europ\u00e9enne et le Japon n’ont pas renforc\u00e9 les r\u00e8gles de l’OMC en mati\u00e8re de subventions et d’aides d’\u00c9tat avant l’adh\u00e9sion de P\u00e9kin, par souci de pr\u00e9server le soutien apport\u00e9 aux grands champions nationaux tels que Boeing, Airbus ou Toyota.<\/p>\n\n\n\n Il convient de noter un fait peu connu : fin 1999, deux ans avant l\u2019adh\u00e9sion de la Chine, les membres de l\u2019OMC ont laiss\u00e9 expirer la disposition la plus stricte de l\u2019accord sur les subventions, \u00e0 savoir la pr\u00e9somption de pr\u00e9judice grave lorsque les subventions d\u00e9passent 5 % de la valeur de la production. <\/p>\n\n\n\n Si la Chine a pay\u00e9 au prix fort son entr\u00e9e \u00e0 l\u2019OMC en plafonnant son tarif moyen \u00e0 10 %, moyenne bien inf\u00e9rieure \u00e0 celle des autres pays \u00e9mergents, l’affaiblissement de ces disciplines OMC n’a pas permis de contenir l\u2019ampleur du soutien public chinois qui a fortement augment\u00e9 depuis 2010. <\/p>\n\n\n\n Mais au-del\u00e0 de ces consid\u00e9rations historiques, nous avons aujourd\u2019hui un probl\u00e8me beaucoup plus grave avec la Chine.<\/p>\n\n\n\n Le d\u00e9ficit commercial de l’Union avec la Chine a atteint 360 milliards d’euros en 2025, soit pr\u00e8s d’un milliard d’euros par jour. <\/p>\n\n\n\n L’erreur n’a pas \u00e9t\u00e9 l’adh\u00e9sion de la Chine.<\/p>Pascal Lamy<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Jens Eskelund, le pr\u00e9sident de la Chambre de commerce de l’Union europ\u00e9enne en Chine, d\u00e9crit la relation \u00e9conomique actuelle comme \u00ab un porte-conteneurs g\u00e9ant de 400 m\u00e8tres charg\u00e9 de 24 000 conteneurs qui va vers l’Europe et revient presque vide \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre s’accentue, car les marchandises chinoises sont en partie d\u00e9tourn\u00e9es du march\u00e9 am\u00e9ricain : au premier semestre 2026, les exportations chinoises vers les \u00c9tats-Unis ont baiss\u00e9 de 23 % par rapport au premier semestre 2025, tandis que celles \u00e0 destination de l’Union ont augment\u00e9 de 5 %. <\/p>\n\n\n\n Ce d\u00e9s\u00e9quilibre est sp\u00e9cifique \u00e0 la Chine. En 2025, l’Union a en effet d\u00e9gag\u00e9 un exc\u00e9dent commercial global de 128 milliards d’euros sur les biens. Hors Chine, l’exc\u00e9dent europ\u00e9en avoisine les 490 milliards d’euros. L’Europe n’a donc pas un probl\u00e8me g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de comp\u00e9titivit\u00e9 dans le commerce des biens. Elle a un grave probl\u00e8me chinois qu\u2019elle n\u2019a avec aucun de ses autres partenaires commerciaux.<\/p>\n\n\n\n Elle \u00e9volue rapidement et beaucoup, sinon la plupart, jugent la trajectoire actuelle insoutenable. <\/p>\n\n\n\n Mais notre mani\u00e8re d’aborder ce probl\u00e8me reste structurellement inadapt\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Prenons un exemple tout r\u00e9cent : le 9 juillet, la Commission europ\u00e9enne a ouvert une enqu\u00eate antidumping sur les importations de viande de canard de P\u00e9kin.<\/p>\n\n\n\n Le lendemain, la Chine a annonc\u00e9 qu\u2019elle interdisait temporairement toutes les exportations d\u2019h\u00e9lium, un gaz sans lequel il est impossible de fabriquer des semi-conducteurs. <\/p>\n\n\n\n P\u00e9kin a justifi\u00e9 cette mesure par les perturbations d\u2019approvisionnement caus\u00e9es par la guerre en Iran, et c\u2019est vraisemblable. Mais la diff\u00e9rence d\u2019approche est tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9latrice.<\/p>\n\n\n\n Nous avons d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la protection commerciale europ\u00e9enne qui fonctionne produit par produit, selon des proc\u00e9dures juridiquement tr\u00e8s encadr\u00e9es et contr\u00f4l\u00e9es par la Cour de Justice de l’Union europ\u00e9enne et avec un calendrier pouvant s\u2019\u00e9tendre sur plusieurs mois, tandis que les outils administratifs chinois, discr\u00e9tionnaires, ont un impact sur tout un secteur en une seule journ\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n Le d\u00e9ficit commercial de l’Union avec la Chine a atteint 360 milliards d’euros en 2025, soit pr\u00e8s d’un milliard d’euros par jour.<\/p>Pascal Lamy<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L\u2019Union affronte donc, avec des outils con\u00e7us pour un type de conflit totalement diff\u00e9rent, un concurrent qui planifie secteur par secteur et agit en quelques jours.<\/p>\n\n\n\n Oui, et c’est nouveau. La f\u00e9d\u00e9ration allemande de la construction m\u00e9canique (VDMA) demande d\u00e9sormais des droits compensateurs par groupes de produits et un renversement de la charge de la preuve. Le patron de Volkswagen, Oliver Blume, dont l’entreprise avait men\u00e9 la charge contre les droits compensateurs europ\u00e9ens en 2024, r\u00e9clame \u00e0 pr\u00e9sent des droits de douane sur les v\u00e9hicules hybrides import\u00e9s de Chine. <\/p>\n\n\n\n Lors du conseil des ministres franco-allemand de juillet, le chancelier Merz a d\u00e9clar\u00e9 qu’il allait \u00ab de soi que nous devons traiter ce d\u00e9s\u00e9quilibre, parce qu’il se fait au d\u00e9triment de notre industrie \u00bb et le pr\u00e9sident Macron a demand\u00e9 que la Commission puisse agir par mesures d’urgence plut\u00f4t que par de longues enqu\u00eates. Les deux gouvernements se sont engag\u00e9s \u00e0 suivre un plan commun concernant la Chine, et des discussions pr\u00e9paratoires sont d\u00e9j\u00e0 en cours en vue de la visite du commissaire europ\u00e9en au Commerce, Maro\u0161 \u0160ef\u010dovi\u010d, \u00e0 P\u00e9kin ce mois-ci.<\/p>\n\n\n\n P\u00e9kin r\u00e9pond, en gros, qu’il s’agit simplement d\u2019un diff\u00e9rentiel de comp\u00e9titivit\u00e9 et que le d\u00e9bat sur les surcapacit\u00e9s n\u2019a pas lieu d\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n Oui et non. Il est vrai que la Chine poss\u00e8de des avantages comparatifs l\u00e9gitimes gr\u00e2ce \u00e0 la taille de son march\u00e9, \u00e0 une politique industrielle strat\u00e9giquement d\u00e9termin\u00e9e et men\u00e9e avec autorit\u00e9, et gr\u00e2ce \u00e0 des co\u00fbts unitaires inf\u00e9rieurs. Mais ce constat est incomplet.<\/p>\n\n\n\n La vraie question est ailleurs. Ce g\u00e9ant \u00e9conomique s’est construit dans un rapport avec le reste du monde qui produit des d\u00e9s\u00e9quilibres macro\u00e9conomiques structurels.<\/p>\n\n\n\n En termes de part du PIB, l\u2019exc\u00e9dent chinois n\u2019est pas in\u00e9dit : l\u2019exc\u00e9dent courant de l\u2019Allemagne a atteint plus de 7 % du PIB pendant la majeure partie des ann\u00e9es 2010.<\/p>\n\n\n\n Seulement, la Chine est la deuxi\u00e8me \u00e9conomie mondiale, et un exc\u00e9dent commercial de 1 200 milliards de dollars, comme en 2025, n\u2019a aucun pr\u00e9c\u00e9dent en valeur absolue.<\/p>\n\n\n\n Ce d\u00e9bat sur l\u2019avantage comparatif a ainsi tendance \u00e0 escamoter trois r\u00e9alit\u00e9s difficilement contestables.<\/p>\n\n\n\n D\u2019abord les subventions, d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9es. L\u2019ampleur du soutien apport\u00e9 par le gouvernement chinois est sans pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 ce niveau.<\/p>\n\n\n\n D\u2019apr\u00e8s la base de donn\u00e9es MAGIC de l\u2019OCDE, entre 2005 et 2024, les entreprises bas\u00e9es en Chine ont re\u00e7u, en moyenne, trois \u00e0 huit fois plus de soutien de l\u2019\u00c9tat par rapport \u00e0 leur chiffre d\u2019affaires que les entreprises des pays de l\u2019OCDE. Toujours selon l\u2019OCDE, le soutien public est \u00e0 l\u2019origine de 60 % de l\u2019augmentation de la part de march\u00e9 mondiale des entreprises chinoises depuis 2005 et le Fonds mon\u00e9taire international estime que les d\u00e9penses budg\u00e9taires de la Chine au titre de sa politique industrielle s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 environ 4 % du PIB par an.<\/p>\n\n\n\n L’Europe n’a donc pas un probl\u00e8me g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de comp\u00e9titivit\u00e9 dans le commerce des biens. Elle a un grave probl\u00e8me chinois.<\/p>Pascal Lamy<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le constructeur de voitures BYD illustre bien aujourd\u2019hui des atouts comp\u00e9titifs r\u00e9els. Et pourtant, selon l\u2019Institut Kiel, m\u00eame lui a re\u00e7u des subventions directes totalisant 2,1 milliards d\u2019euros en 2022, soit 3,5 % de son chiffre d’affaires <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Derri\u00e8re BYD, on trouve des fabricants publics ou soutenus par l\u2019\u00c9tat qui b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un soutien encore plus important par rapport \u00e0 leur chiffre d\u2019affaires et dont la survie ne d\u00e9pend pas de leur rentabilit\u00e9. En ao\u00fbt 2025, pr\u00e8s de 30 % des entreprises industrielles chinoises perdaient de l\u2019argent, contre 20 % environ avant la pand\u00e9mie.<\/p>\n\n\n\n Oui, en partie, et c\u2019est la deuxi\u00e8me r\u00e9alit\u00e9. Les taux de change indiquent une sous-\u00e9valuation. L\u2019exc\u00e9dent commercial de la Chine aurait d\u00fb faire monter le renminbi. Or, le taux de change effectif r\u00e9el s\u2019est d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9 d\u2019environ 15 % depuis mars 2022.<\/p>\n\n\n\n Les estimations rigoureuses de la sous-\u00e9valuation du renminbi varient entre 16 et 30 % <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Ce mode op\u00e9ratoire n\u2019est un secret pour personne : les banques chinoises se sont remises \u00e0 accumuler des actifs \u00e9trangers pour contenir le cours de la monnaie. Et je partage l\u2019avis de Gita Gopinath, Pierre-Olivier Gourinchas et H\u00e9l\u00e8ne Rey, il ne fait aucun doute que le yuan chinois est sous-\u00e9valu\u00e9 <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Qu\u2019elle r\u00e9sulte d\u2019un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de sous-\u00e9valuer la monnaie ou de la ma\u00eetrise par les autorit\u00e9s mon\u00e9taires chinoises des niveaux d\u2019inflation int\u00e9rieure, cette sous-\u00e9valuation procure un avantage comparatif significatif. <\/p>\n\n\n\n La faiblesse de la consommation int\u00e9rieure. Le r\u00e9\u00e9quilibrage de la production manufacturi\u00e8re vers la demande int\u00e9rieure promis depuis longtemps n\u2019est toujours pas venu.<\/p>\n\n\n\n En mars 2007 d\u00e9j\u00e0, Wen Jiabao avait formul\u00e9 ses fameux \u00ab quatre non \u00bb : la croissance chinoise, disait-il, \u00e9tait \u00ab instable, d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e, non coordonn\u00e9e et non durable \u00bb <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Depuis, rien n\u2019a boug\u00e9. La consommation priv\u00e9e pesait 39,8 % du PIB en 2005, elle en pesait toujours 40,0 % en 2024.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 titre de comparaison, toujours en 2024, elle repr\u00e9sentait 53 % du PIB dans l\u2019Union et 68 % aux \u00c9tats-Unis. Le 15e plan quinquennal aborde \u00e0 nouveau cette question, mais s\u2019engage en m\u00eame temps \u00e0 lib\u00e9rer les \u00ab forces productives de nouvelle qualit\u00e9 \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 renforcer le mod\u00e8le fond\u00e9 sur l\u2019investissement et les exportations. <\/p>\n\n\n\n L\u2019avertissement lanc\u00e9 par Xi Jinping en 2021 contre le fait \u00ab d\u2019\u00e9viter de tomber dans le pi\u00e8ge de \u2018l’assistanat\u2019 qui entretient les paresseux \u00bb <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span> illustre peut-\u00eatre mieux la situation de la Chine que d\u2019autres documents officiels. <\/p>\n\n\n\n Oui, mais pas seulement. L\u2019\u00e9clatement de la bulle immobili\u00e8re a fait fondre le patrimoine des m\u00e9nages \u00e0 un point tel que les familles chinoises en souffrent encore. Les ventes de voitures sur le march\u00e9 int\u00e9rieur ont recul\u00e9 dix mois d\u2019affil\u00e9e jusqu\u2019en juillet, pendant que les exportations automobiles bondissaient de pr\u00e8s de 90 %. Et avec une dette globale sup\u00e9rieure \u00e0 300 % du PIB, P\u00e9kin semble chercher d\u2019abord \u00e0 se d\u00e9sendetter.<\/p>\n\n\n\n Miser sur la consommation suppose d\u2019augmenter les imp\u00f4ts pour financer un \u00c9tat-providence capable de r\u00e9duire l\u2019\u00e9pargne de pr\u00e9caution ou bien de s\u2019endetter, et le Parti refuse ces deux options. Or, les exportations nettes sont la seule source de croissance qui n\u2019alourdit pas la dette. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est l\u00e0 que l\u2019argument de P\u00e9kin \u00e9choue sur le terrain m\u00eame de Ricardo. <\/p>\n\n\n\n Oui, la Chine est en train de tuer le syst\u00e8me d\u2019ouverture des \u00e9changes commerciaux mondiaux. <\/p>\n\n\n\n L\u2019Union affronte, avec des outils con\u00e7us pour un type de conflit totalement diff\u00e9rent, un concurrent qui planifie secteur par secteur et agit en quelques jours.<\/p>Pascal Lamy<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dans ses Principes<\/em> <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>, Ricardo expliquait qu\u2019un pays meilleur en tout voit cet avantage absorb\u00e9 par le taux de change et les salaires, si bien que chacun finit par se sp\u00e9cialiser dans ce qu\u2019il fait relativement le mieux. <\/p>\n\n\n\n La Chine a enray\u00e9 ce m\u00e9canisme. Le contr\u00f4le des capitaux et l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat maintiennent la monnaie sous-\u00e9valu\u00e9e, et un taux d\u2019\u00e9pargne tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 bride la consommation. Une croissance de la production qui aurait d\u00fb se traduire par des hausses de salaires et davantage d\u2019importations a \u00e9t\u00e9 orient\u00e9e vers l\u2019exportation.<\/p>\n\n\n\n Non. B\u00e2ti en 1947 et r\u00e9form\u00e9 en 1995, il reposait sur une logique ricardienne. Chaque pays devait se sp\u00e9cialiser, produire et \u00e9changer certains biens, et les distorsions se corrigeraient peu \u00e0 peu, produit par produit, fournisseur par fournisseur.<\/p>\n\n\n\n Le mod\u00e8le asiatique du \u00ab vol d\u2019oies sauvages \u00bb <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span> semblait le confirmer : le Japon s\u2019est d\u2019abord sp\u00e9cialis\u00e9 dans le secteur textile, puis la Cor\u00e9e et Ta\u00efwan ont pris le relais avant de le transmettre leur expertise et savoir-faire au reste de l\u2019Asie du Sud-Est. Les avantages comparatifs se d\u00e9placent, et les pays abandonnent certains secteurs \u00e0 mesure qu\u2019ils montent en gamme. Personne n\u2019avait imagin\u00e9 qu\u2019un pays, par sa seule taille, ne laisserait plus rien aux autres.<\/p>\n\n\n\n Or, la Chine a continu\u00e9 \u00e0 produire des textiles et des jouets, tout en d\u00e9veloppant sa production dans les secteurs de l\u2019acier, de la chimie, des panneaux solaires, des batteries, des voitures, des machines-outils, des semi-conducteurs et des m\u00e9dicaments. La part du pays dans la valeur ajout\u00e9e manufacturi\u00e8re mondiale est pass\u00e9e de 8,5 % en 2004 \u00e0 28 % en 2024, tandis que celle de l\u2019Union europ\u00e9enne est pass\u00e9e de 25 % \u00e0 17 %. <\/p>\n\n\n\n Qu\u2019elle ne se bat pas \u00e0 armes \u00e9gales et dans des conditions \u00e9quitables avec ses concurrents chinois, ni sur le march\u00e9 chinois, ni ailleurs.<\/p>\n\n\n\n Un fabricant europ\u00e9en de machines-outils n\u2019est plus seulement en concurrence avec un fabricant chinois du m\u00eame secteur qui utilise le m\u00eame \u00e9quipement que lui. <\/p>\n\n\n\n En face, il y a un \u00c9tat dot\u00e9 d\u2019un plan \u00e0 long terme, une administration locale d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 maintenir une entreprise en activit\u00e9 pour prot\u00e9ger les emplois, un syst\u00e8me bancaire public r\u00e9solu \u00e0 continuer de pr\u00eater pour soutenir cette entreprise, quelles que soient les conditions commerciales ou la conjoncture. <\/p>\n\n\n\n Chez Schumpeter, permettre la \u00ab destruction cr\u00e9atrice \u00bb envoie un signal utile en mati\u00e8re d\u2019efficacit\u00e9 : la disparition d\u2019une entreprise signale qu\u2019elle a moins bien employ\u00e9 ses ressources que ses concurrents. Mais quand une entreprise survit d\u2019abord gr\u00e2ce \u00e0 son aptitude \u00e0 d\u00e9crocher de l\u2019argent public, ce signal s\u2019\u00e9teint, et l\u2019argument \u00e9conomique en faveur de la concurrence libre et non fauss\u00e9e ne vaut plus.<\/p>\n\n\n\n Le solaire est le plus frappant. En 2007, l\u2019Europe produisait pr\u00e8s de 30 % des cellules photovolta\u00efques mondiales. Aujourd\u2019hui elle n\u2019en produit plus qu\u2019environ 1 %. Elle ne produit plus une seule plaquette de silicium, et il ne reste que quelques usines de polysilicium. Kevin Rudd a bien d\u00e9crit le raisonnement de P\u00e9kin : ces subventions massives sont temporaires et prendront fin une fois les concurrents \u00e9trangers \u00e9limin\u00e9s ; les prix pourront alors remonter au niveau qui convient aux producteurs chinois, puisqu\u2019il n\u2019y aura plus d’autres sources d\u2019approvisionnement <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le retour \u00e0 la normale peut prendre tr\u00e8s longtemps, car il faut des ann\u00e9es, parfois des d\u00e9cennies, pour reconstituer une cha\u00eene d\u2019approvisionnement, et les capitaux, entre-temps, partent se mettre \u00e0 l\u2019abri.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est une question int\u00e9ressante. On pourrait se dire que le probl\u00e8me est simplement la vitesse d’ex\u00e9cution mais qu\u2019on dispose d\u2019un cadre suffisant face \u00e0 cette situation extraordinaire. C\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs le premier r\u00e9flexe de la Commission europ\u00e9enne : faire la m\u00eame chose, mais plus vite.<\/p>\n\n\n\n Personne n\u2019avait imagin\u00e9 qu\u2019un pays, par sa seule taille, ne laisserait plus rien aux autres.<\/p>Pascal Lamy<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Elle a ouvert 33 enqu\u00eates de d\u00e9fense commerciale en 2024, un record depuis 2006, puis 32 en 2025, alors que la moyenne historique tourne autour de 12 par an. En un an seulement, le nombre de mesures en vigueur est pass\u00e9 de 199 \u00e0 232.<\/p>\n\n\n\n Le vice de fond, c\u2019est que le co\u00fbt de traitement grimpe \u00e0 mesure que le nombre de dossiers s\u2019accro\u00eet. Un syst\u00e8me qui n\u00e9cessite de nouvelles analyses, de nouvelles enqu\u00eates sur le pr\u00e9judice et de nouvelles \u00e9valuations de causalit\u00e9 pour chaque produit sera toujours d\u00e9savantag\u00e9 face \u00e0 une perturbation affectant l\u2019ensemble d\u2019une cha\u00eene d\u2019approvisionnement.<\/p>\n\n\n\n Ajoutons que les ajustements que produisent ces instruments, disons de l’ordre d’une dizaine de milliards en taillant large, sont hors de proportion avec l\u2019\u00e9normit\u00e9 et la vitesse de croissance du d\u00e9ficit<\/p>\n\n\n\n Cette hypoth\u00e8se ne s\u2019applique en effet pas aux entreprises soutenues par l\u2019\u00c9tat chinois, qui fonctionnent selon des objectifs et une strat\u00e9gie utilitaires plut\u00f4t que selon les exigences des actionnaires. Elles peuvent absorber des droits de douane illimit\u00e9s pour prot\u00e9ger leur part de march\u00e9 plut\u00f4t que leur rentabilit\u00e9, et c\u2019est ce qu\u2019elles font aujourd\u2019hui. <\/p>\n\n\n\n Agir sur les volumes. Dans les faits, elle l\u2019a d\u00e9j\u00e0 compris : les 16 proc\u00e9dures ouvertes contre la Chine en 2025 reposent toutes sur le constat de distorsions significatives dans l\u2019\u00e9conomie chinoise, et ce constat vaut pour une multitude de produits. <\/p>\n\n\n\n Les n\u00e9gociations sur le commerce et les investissements, qui ont d\u00e9but\u00e9 le 29 juin dernier, couvrent cinq domaines : le r\u00e9\u00e9quilibrage des \u00e9changes commerciaux et des investissements, les contr\u00f4les \u00e0 l\u2019exportation, la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, la r\u00e9forme de l\u2019OMC et un m\u00e9canisme conjoint de surveillance des flux commerciaux. Le premier test a eu lieu en septembre avec les voitures hybrides : leur nombre est pass\u00e9 de 3 800 par mois en octobre 2024 \u00e0 50 000 \u00e0 partir de juillet 2026, alors qu\u2019elles ne sont soumises qu\u2019\u00e0 un droit de douane standard de 10 %. La Commission europ\u00e9enne a demand\u00e9 \u00e0 P\u00e9kin de limiter volontairement ses exportations. <\/p>\n\n\n\n L\u2019Europe est, je crois, \u00e0 un tournant dans sa relation avec la Chine : soit P\u00e9kin accepte de r\u00e9\u00e9quilibrer les \u00e9changes, soit l\u2019Union devra muscler consid\u00e9rablement sa d\u00e9fense commerciale pour prot\u00e9ger son industrie. Il faut donner une vraie chance \u00e0 la n\u00e9gociation. Mais un plan A n\u2019a de valeur que s\u2019il est adoss\u00e9 \u00e0 un plan B cr\u00e9dible, car la Chine semble d\u00e9j\u00e0 parier sur le fait que l\u2019Europe finira par c\u00e9der.<\/p>\n\n\n\n Peu de choses. Le document exposant la position de P\u00e9kin n\u2019offre, \u00e0 ce jour, aucune concession sur le fond. <\/p>\n\n\n\n Ce que P\u00e9kin peut offrir, ce sont des achats. La Chine a manifest\u00e9 son int\u00e9r\u00eat pour des \u00e9quipements suppl\u00e9mentaires destin\u00e9s \u00e0 la production de semi-conducteurs, la seule exportation majeure de l\u2019Europe susceptible d\u2019apporter un peu d\u2019am\u00e9lioration, mais elle est limit\u00e9e pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9. Le r\u00e9sultat probable sera une offre insuffisante et tardive, dont la mise en \u0153uvre prendra un ou deux ans.<\/p>\n\n\n\n En 2007, l\u2019Europe produisait pr\u00e8s de 30 % des cellules photovolta\u00efques mondiales. Aujourd\u2019hui elle n\u2019en produit plus qu\u2019environ 1 %.<\/p>Pascal Lamy<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c0 mes yeux, trois conditions doivent \u00eatre r\u00e9unies : une limitation v\u00e9rifiable des volumes export\u00e9s dans les secteurs o\u00f9 un pr\u00e9judice a \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9 ; l’inscription de la question du taux de change \u00e0 l\u2019ordre du jour du Fonds mon\u00e9taire international et du G20 ; un engagement en mati\u00e8re de capacit\u00e9 de production dans les secteurs mis en avant par P\u00e9kin dans sa campagne sp\u00e9ciale de lutte contre l\u2019\u00ab involution \u00bb <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Il reste \u00e0 afficher le m\u00e9canisme qui apportera une solution en cas d\u2019\u00e9chec du plan A, et ce, d\u00e8s maintenant.<\/p>\n\n\n\n Sur un mod\u00e8le qui existe d\u00e9j\u00e0 : le r\u00e8glement sur l\u2019acier, entr\u00e9 en vigueur le 1er juillet.<\/p>\n\n\n\n Il a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 en huit mois seulement, un record pour Bruxelles. Son objectif affich\u00e9 est de r\u00e9pondre \u00e0 la surcapacit\u00e9 mondiale : le volume d\u2019importations exempt\u00e9es de droits a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit d\u2019environ 47 %, et un droit de 50 % frappe tout ce qui d\u00e9passe le contingent. C\u2019est ce dont l\u2019Europe a besoin dans tous les secteurs expos\u00e9s \u00e0 des chocs structurels comparables.<\/p>\n\n\n\n Le m\u00e9canisme repose sur quelques principes. D\u2019abord, sa justification : il s\u2019attaque aux effets n\u00e9fastes des d\u00e9s\u00e9quilibres structurels. Qu\u2019est-ce qui le d\u00e9clencherait ? Les enqu\u00eates seraient ouvertes \u00e0 partir de comportements observ\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de toute une cha\u00eene d\u2019approvisionnement, et non plus ligne tarifaire par ligne tarifaire. Ces comportements sont connus : une hausse continue des importations, des prix inf\u00e9rieurs aux co\u00fbts de production \u00e9tablis, des capacit\u00e9s qui d\u00e9passent la demande int\u00e9rieure, un niveau de subventions publiques \u00e9lev\u00e9, et des indices d\u2019intervention pour maintenir la monnaie \u00e0 un niveau bas. Une fois le volume des importations fix\u00e9, tout devient automatique : d\u00e8s que le contingent est \u00e9puis\u00e9, le droit hors contingent s\u2019applique, sans nouvelle d\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n La question, au fond, ce sont bien les quantit\u00e9s, mais on passe par un contingent tarifaire : un droit faible jusqu\u2019\u00e0 un certain volume, un droit \u00e9lev\u00e9 au-del\u00e0. La raison est juridique, pour rester dans les clous de l\u2019OMC, position europ\u00e9enne constante. Une restriction quantitative pure est contraire \u00e0 l\u2019article XI du GATT, alors que l’article XXVIII permet de ren\u00e9gocier les droits consolid\u00e9s, et donc d’instaurer des contingents tarifaires. Les volumes sont r\u00e9partis pays par pays sur la base des flux historiques, comme lors de la mesudre de sauvegarde sur l\u2019acier de 2018-2019. Cela pr\u00e9serve les parts de march\u00e9 des fournisseurs qui ont jou\u00e9 le jeu et impose \u00e0 P\u00e9kin un plafond connu \u00e0 l\u2019avance.<\/p>\n\n\n\nLe 11 d\u00e9cembre marquera l\u2019anniversaire de l’adh\u00e9sion de la Chine \u00e0 l\u2019Organisation mondiale du Commerce en 2001. Vous avez personnellement men\u00e9 les n\u00e9gociations de l’accord bilat\u00e9ral entre l\u2019Union et la Chine en 2000. Vingt-cinq ans plus tard, votre point de vue sur ce moment historique a-t-il chang\u00e9 ?<\/h3>\n\n\n\n
Un probl\u00e8me beaucoup plus grave ? <\/h3>\n\n\n\n
La politique europ\u00e9enne vis-\u00e0-vis de la Chine n\u2019est-elle pas en train de changer ?<\/h3>\n\n\n\n
En quel sens ?<\/h3>\n\n\n\n
Les choses commencent pourtant \u00e0 bouger en Allemagne\u2026<\/h3>\n\n\n\n
Que r\u00e9pond P\u00e9kin \u00e0 ces critiques ? <\/h3>\n\n\n\n
Ce n\u2019est pas le cas ?<\/h3>\n\n\n\n
Lesquelles ? <\/h3>\n\n\n\n
De plus en plus de personnes analysent la structure de ces d\u00e9s\u00e9quilibres par la politique mon\u00e9taire. Partagez-vous ce constat ?<\/h3>\n\n\n\n
Quelle est la troisi\u00e8me r\u00e9alit\u00e9 ?<\/h3>\n\n\n\n
Pensez-vous que c\u2019est la cons\u00e9quence d\u2019une politique et d\u2019une strat\u00e9gie ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment expliquez-vous la politique du Parti ? <\/h3>\n\n\n\n
Ricardo est-il vraiment une lecture de chevet de Xi Jinping ? Au fond, par la doctrine du maximalisme industriel<\/em> <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>, le Parti semble plut\u00f4t \u00eatre en train de casser le commerce mondial\u2026<\/h3>\n\n\n\n
Aucun des acteurs clefs du syst\u00e8me commercial international n\u2019avait anticip\u00e9 ce sc\u00e9nario ?<\/h3>\n\n\n\n
Concr\u00e8tement, qu\u2019est-ce que cela change pour une entreprise europ\u00e9enne ?<\/h3>\n\n\n\n
Avez-vous un exemple ?<\/h3>\n\n\n\n
Pourquoi la d\u00e9fense commerciale traditionnelle ne suffit-elle pas ?<\/h3>\n\n\n\n
Ces instruments partent aussi du principe que les entreprises cherchent \u00e0 maximiser leurs profits. Ce postulat ne tient plus ?<\/h3>\n\n\n\n
Que devrait faire la Commission dans ces conditions ? <\/h3>\n\n\n\n
Plus g\u00e9n\u00e9ralement, que devrait faire l\u2019Europe ? Dans une note qui vient de para\u00eetre pour les Instituts Jacques Delors <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span> vous parlez d\u2019un plan A et d\u2019un plan B : la n\u00e9gociation, ou bien la mise en place d\u2019un nouveau cadre. <\/h3>\n\n\n\n
Avec un plan B d\u00e9j\u00e0 en pr\u00e9paration, que peut-on r\u00e9ellement attendre de ces n\u00e9gociations ?<\/h3>\n\n\n\n
Sur quel cadre d\u2019\u00e9quilibre institutionnel repose votre plan B ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment cela fonctionnerait-il concr\u00e8tement ?<\/h3>\n\n\n\n
Pourquoi un contingent tarifaire plut\u00f4t qu\u2019un simple quota ?<\/h3>\n\n\n\n
Vous proposez \u00e9galement de passer des \u00ab r\u00e8gles d\u2019origine \u00bb aux \u00ab r\u00e8gles de propri\u00e9t\u00e9 \u00bb. Qu\u2019est-ce que cela impliquerait ?<\/h3>\n\n\n\n